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mardi 16 août 2022

WESTWORLD (Saison 4) (HBO) (Critique avec spoilers !)


Dimanche 14 Août se terminait la quatrième saison de Westworld - peut-être la dernière car la série n'a pas été renouvelée pour une cinquième livraison par HBO et comme le souhaitent ses créateurs, Lisa Joy et Jonathan Nolan qui avaient planifié leur saga en cinq actes. La question qui se pose après avoir vu ces huit nouveaux épisodes est surtout : est-ce bien nécessaire de continuer tant cela a été ennuyeux ?


7 ans se sont écoulés depuis la débâcle du programme Rehoboram de Serac.. Un hôte à l'image de William acquiert le barrage de Hoover Dam pour founrir l'énergie à un important stock de données. A New York, Christina, qui ressemble à Dolores Abernathy, travaille comme scénariste de jeux vidéos pour la société Olympiad Entertainment et subit le harcélement d'un homme, Peter, qui l'accuse d'avoir détruit sa vie avec ses histoires avant de se suicider devant elle. Maeve vit loin de tout mais des hôtes assassins la débusquent. Elle les élimine et apprend qu'ils ont été envoyés par William. Elle part en Californie prévenir Caleb que sa famille est en danger.


La copie maléfique de Dolores, Charlotte Hale, remplace depuis quelques temps plusieurs personnalités haut placés du gouvernement américain par des hôtes à leur image puis soumet ceux qu'elle a enlevés à des expériences avec un parasite qui doit les assujetir. Maeve et Caleb recontre le sénateur Whitney et sa femme, remplacés par Charlotte, et espèrent, après les avoir neutralisés, remonter la trace de Charlotte. Ils montent ainsi dans un train qui conduit des touristes dans une réplique de Westworld mais avec un décor évoquant les année 1930. Christina enquête sur Peter et découvre qu'il était le donateur d'un hôpital aujourd'hui désaffecté et où elle remarque le dessin d'une mystérieuse tour qui lui semble familière.


Bernard se réveille après avoir exploré le Sublime. Stubbs le veille depuis 23 ans et le suit pour trouver une bande de rebelles cachés dans le désert. A Westworld, Maeve et Caleb découvrent les laboratoires souterrains de Charlotte où elle pratique des expériences sur des humains. Ils capturent Charlotte et fuient dans une réserve du parc où William les retrouve et s'entretue avec Meve. Caleb comprend alors que Charlotte l'a piégé dans une simulation depuis 23 ans en trnsférant son esprit dans un hôte à son image.


Christina accepte d'accompagner sa co-locataire Maya à un speed-dating où elle recontre Teddy sans le reconnaître. Bernard et Stubbs trouvent les rebelles dans le désert et les convainquent de fouiller une zone précise. Ils déterrent les corps de Maeve, laissée là après son dernier affrontement contre William. Caleb tente de s'échapper de la tour de Charlotte mais échoue à chaque fois en constatant que son corps d'hôte s'affaiblit. Charlotte s'interroge sur ces dysfonctionnements et l'acharnement de Caleb à rester indépendant malgré ses reprogrammations successives..
 

Teddy revoit Christina après leur speed-dating et lui explique qu'elle orchestre la vie de tous les new yorkais à travers les scénarii qu'elle imagine, comme le lui reprochait Peter. Mais elle peut changer cette situation en aidant les citoyens à redevenir autonomes. Charlotte envoie William exécuter une humaine, Lindsay, car elle pense avoir deviné que lorsque les hôtes fréquentent trop les humains, ils reproduisent leurs comportements, interrogent leur condition et préférent mettre fin à leurs jours. Lindsay est sauvée in extremis par les rebelles. l'hôte William commence alors, lui aussi, à se demander s'il ne peut outrepasser les directives de Charlotte.


Caleb réussit, cette fois, à sortir de la tour et à envoyer un message radio à destination des rebelles en espérant que sa fille en fasse partie. Charlotte le tue ensuite puis façonne une nouvelle copie de Caleb afin de piéger Frankie, sa fille, et ses amis quand ils ariveront à New York. Bernard et Frankie, justement, réparent Maeve lorsqu'ils reçoivent le message de Caleb. Mais Bernard doit remplir une mission de son côté avec Maeve et envoie Stubbs aider Frankie sauver son père.


Maeve suit Bernard jusqu'au barrage de Hoover Dam où ils rouvrent la porte donnant sur le Sublime, puis ils repartent pour New York affronter Charlotte et William. Christina, soutenue par Teddy, modifie le programme d'assujettissement des new yorkais en faisant détruire les données de Olympiad Entertainment. Puis elle accède au plan de la ville et localise la tour de Charlotte au large. Au même moment, tandis que Bernard atteint le sommet de la tour et en modifie les données, Maeve affronte Charlotte. William tue les deux femmes puis abat Bernard avant de reconfigurer le programme d'assujettissement des humains pour qu'ils s'entretuent.


New York est à feu et à sang comme William le voulait pour que seuls survivent les plus forts. Il part pour le barrage Hoover Dam, poursuivi par Charlotte, qui a été réparée par ses drones et qui emporte avec elle la perle de Christina/Dolores. Charlotte tue William et ferme le Sublime en y transférant Dolores. Celle-ci entreprend alors de tester une dernière fois l'humanité pour déterminer si elle doit survivre ou s'éteindre. A cette fin, elle recréé dans le Sublime le premier Westworld.

Voyage au bout de l'ennui : voilà comment j'aurai sous-titré cette saison 4 de Westworld, la plus décevante depuis le début de cette série. Pourtant, ça démarrait fort : il le fallait, la saison 3 avait déçu (sauf moi, qui l'ait adoré, mais je dois être le seul) en ayant voulu s'échapper du parc Westworld, des machniations de Delos, Ford, William, Charlotte Hale. Les créateurs, Lisa Joy et Jonathan Nolan, avaient opté pour un récit plus linéaire et plus riche en action et en grand spectacle, articulé autour de la confrontation entre Serac, un milliardaire mégolomane, et Dolores, introduisant le personnage de Caleb, redéfinissant Charlotte, relançant William, reconfigurant Maeve. Les fondamentaux étaient là, mais plus rythmés, plus directs.

Mais les puristes de la première heure, trop nostalgiques du parc Westworld, ont boudé cette précédente saison, les audiences ont chuté, et Joy et Nolan ont passé les deux dernières années à chercher un moyen de recoller les morceaux sans se répéter.

L'idée qu'ils ont eu, c'est d'inverser le principe de Westworld : en lieu et place d'un parc fréquenté par des touristes humains et peuplé d'hôtes robotiques, Charlotte Hale a transformé New York City en un vaste terrain de jeu où les hôtes s'amuseraient avec des humains assujettis. C'est aussi ingénieux que terrifiant, mais cela ne suffit pas à Charlotte, qui doit faire face à des défaillances de la part de certains hôtes, restés trop longtemps au contact des humains et devenant suicidaires, à la présence de rebelles à son autorité dans le désert, et à la menace de Maeve (bien qu'elle soit introuvable).

Pourtant, ces bonnes idées et ces nombreuses pistes, à même d'alimenter des nouveaux épisodes palpitants, semblent vite écrasées par leur propre ambition. Comme si la série elle-même se mettait à dysfonctionner. Quand on sait à quel point Westworld a ébloui par sa rigueur scénaristique, c'est embêtant.

Pourtant, notre intérêt reste vif car l'autre idée de Joy et Nolan, c'est de jouer avec le temps : on comprend assez vite que le récit se joue sur deux lignes temporelles, une première située sept ans après les événements de la saison 3, et une seconde vingt-trois ans après le début de cette saison 4. C'est à ce moment-là que Bernard se réveille, couvert de poussière dans une chambre d'hôtel, tel qu'on le dévouvrait dans la scène post-génrique de fin de la saison 3, après avoir passé tout ce temps dans le Sublime, ce paradis virtuel où de nombreux hôtes ont trouvé refuge et immortalité à la fin de la saison 2.

Ce séjour, Bernard l'a passé à explorer tous les scénarii possibles pouvant aboutir à la défaite de Charlotte et William. Pour cela, il faut une arme : ce sera Maeve, tuée par William. Et il faudra plusieurs sacrifices pour Dolores réémerge avec l'accord de Charlotte afin de gouverner le Sublime et de le préparer à un ultime test qui déterminera si la race humaine peut être sauvée par les hôtes ou doit s'éteindre en s'auto-détruisant.

Mais là encore, hélas ! ça ne prend pas : même si Joy et Nolan renoncent à mi-chemin aux circonvultions narratives qui avaient plombé la saison 2, ils accumulent alors des séquences absurdes, aussi ennuyeuses que grotesques. Entre des duels ridicules et expédiés (Charlotte vs Maeve), des déchéances misérables de personnages (Caleb), l'arrivée de nouveaux héros peu charismatiques (Frankie et les rebelles), des reprogrammations qui s'enchaînent (William), des protagonistes horriblement écrits (Christina entre fantôme et déesse), et des actions franchement pathétiques (la course-poursuite finale entre William et Charlotte est affligeante : lui traverse tous les Etats-Unis en cheval et réussit à arriver au barrage avant elle, qui se déplace pourtant dans un petit engin aérien), rien ne nous est épargné.

La série ne s'en relève jamais et les épisodes se suivent sans plus nous captiver. C'est long, laborieux, désolant. On résiste à l'envie d'abandonner avant la fin en espérant un twist, un de plus, qui, par exemple reviendrait sur le sort de William à la fin de la saison 2 (enfermé on-ne-sait-où et visité par le fantôme de sa fille) - mais rien n'arrivera. A la place, on est perdu avec ce subplot concernant le Sublime, le plan ultime de Dolores (dont on se demande vraiment bien pourquoi elle se préoccupe encore des humains et de leur extinction/survie, et comment le Westworld originel recréé dans cet espace virtuel va pouvoir résoudre quoi que ce soit).

Le dernier épisode ressemble à un jeu de massacre tel qu'on s'interroge sur qui sera présent dans cet hypothétique saison 5 puisque Bernard, Caleb, Maeve, William, Charlotte meurent tous, apparemment défintivement (leurs perles sont détruites). On souhaiterait presque pour eux qu'ils le restent tant cette saison 4 les a maltraités. Dans le cas où la série aurait droit à une prolongation, je pense que ce sera pour un nombre réduit d'épisodes et avec l'injection de nouveaux personnages autour de Dolores, mais par expérience, je sais que c'est rarement une bonne idée (voir des antécédents comme Dr. House, Urgences, Lost).

L'interprétation n'est pas mauvaise, car les acteurs sont excellents, mais ils font quand même souvent peine à voir, comme s'ils devaient jouer une partition imbitable. Thandie Newton est celle qui s'en sort le mieux avec Jeffrey Wright, leurs deux personnages bénéficiant des mielleurs arcs. Mais quelle misère pour Evan Rachel Wood qui erre durant huit épisodes sans avoir l'air de savoir ce qu'elle doit faire. Idem pour James Marsden, de retour mais cantonné à un rôle accessoire. Aaron Paul passe son temps à l'écran à mourir, dépérir, agité de tics. Et Ed Harris n'a plus rien d'autre à jouer que la caricature de William (le comédien n'a pas caché que depuis la saison 2, il ne comprenait plus rien à l'intrigue de la série et c'est vrai pour que pour s'y retrouver avec son personnage, il y a de quoi s'arracher les cheveux). Tessa Thompson doit incarner la méchante de service avant sa rédemption finale, mais elle aussi paraît ailleurs, jamais convaincue, donc jamais convaincante.

C'est donc un désastre complet. Lisa Joy et Jonathan Nolan auraient certainement dû en rester à la saison 3 ou alors raconter les conséquences directes de son dénouement, quitte à se priver de certaines des stars de la série et se couper définitivement de leur fanbase initiale. Mais je ne vois pas comment une saison 5 va pouvoir sauver ce titanic qui comme le célèbre navire a fait une fausse route tragique.

mercredi 6 mai 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 8 : CRISIS THEORY (HBO)


Et c'est la fin de cette saison 3 de Westworld. Ce huitième épisode long de 72 minutes offre un épilogue épique tout en ne répondant pas à tout (une tradition pour la série). En vérité, le show de Jonathan Nolan et Lisa Joy a une étonnante faculté à conjuguer sophistication et non-sens. A cet égard, cet ultime chapitre résume les (grandes) qualités et les (petits) défauts de ce qui a eu lieu cette année. Entre moments WTF et scènes anthologiques en somme.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Muni de la perle de Dolores, Caleb revient à Los Angeles, à feu et à sang. Guidé par la stratégie de Salomon, il découvre dans un entrepôt un coffre avec un nouveau corps pour Dolores qu'il active. Elle lui explique alors qu'ils doivent à présent détruire Rehobaom avec le virus que leur a procuré Salomon. Mais avant cela, Caleb exige de savoir pourquoi elle l'a choisi comme partenaire.

Dolores et Caleb (Evan Rachel Wood et Aaron Paul)

Autrefois, explique-t-elle, elle a assisté à l'entraînement de l'armée américaine dans le parc 5 de Westworld et s'est souvenu que Caleb a empêché des soldats de son unité de s'en prendre à des hôtes (dont elle faisait partie) utilisés dans une simulation de guerre civile. Caleb accepte de continuer à suivre Dolores, escortés par des mercenaires recrutés via l'application Rico à travers Los Angeles. En route, Dolores est obligée de quitter Caleb pour affronter Maeve. Elle la domine cette fois-ci mais Charlotte surgit pour la neutraliser, suivant son propre agenda. Maeve peut ensuite livrer Dolores à Serac qui veut trouver l'accès au projet d'immortalité de Delos dans la perle de l'androïde rebelle.

Caleb et Maeve (Aaron Paul et Thandie Newton)

Caleb réussit difficilement à atteindre le siège d'Incite pour y détruire Rehoboam. Mais avant d'y parvenir, il est appréhendé par Maeve et conduit jusqu'à Serac. Ce dernier lui montre alors une projection de Rehoboam pour qu'il comprenne à quoi ménerait le plan de Dolores : la fin de l'humanité dans une suite de catastrophes économiques et sociales.

Dolores et Serac (Evan Rachel Wood et Vincent Cassel)

Dolores profite de l'échange entre Serac et Caleb pour communiquer avec Maeve. Elles se retrouvent virtuellement dans le parc et Dolores explique qu'elle n'a jamais eu l'intention de tuer les humains, malgré tout le mal qu'ils lui ont fait subir. Elle souhaitait seulement leur redonner la liberté de penser, de choisir leur futur. Comme les hôtes se sont affranchis des cadres de Delos, elle rêvait pour les hommes de s'affranchir de Serac.

Dolores et Maeve (Evan Rachel Wood et Thandie Newton)

En connaissance de cause, Maeve se retourne contre Serac dont elle tue les gardes, sur le point d'exécuter Caleb. Serac tente de l'immobiliser au moyen de sa télécommande mais elle réussit à l'en empêcher, ayant saisi qu'il n'est en vérité qu'une marionnette de Rehoboam, un algorithme incarné. La mémoire de Dolores achève d'être effacée et court-circuite l'Intelligence Artificelle. Rehoboam se reroute mais cette fois Caleb peut la commander. Il lui ordonne de s'effacer définitivement. Abandonnant Serac à son sort, Caleb et Maeve quittent le bâtiment de Incite. Dehors, c'est le chaos mais aussi le choix de devenir celui qu'on souhaite.

Bernard (Jeffrey Wright)

Pendant ce temps, après avoir blessé Stubbs et échappé à Bernard, William a rejoint son avocat, résolu à reprendre le contrôle de Delos malgré le désordre ambiant. Bernard est retrouvé par Lawrence (avec la conscience de Dolores) qui lui remet une mallette. Bernard prend une chambre dans un motel avec Stubbs et se coiffe avec le casque dans la mallette. Ainsi il a accès au Sublime grâce auquel il va pouvoir découvrir comment le monde va se relever du chaos. Il se désactive.

Deux scènes post-générique de fin :

Charlotte/Halores et l'Homme en Noir (Tessa Thompson et Ed Harris)

- 1/ William débarque au siège de Delos International et accède au sous-sol où il est confronté à Charlotte. Lorsqu'il pointe un pistolet sur elle, il est attaqué et tué par un double de l'Homme en Noir. Des centaines (milliers ?) de caissons, abritant des hôtes en sommeil, apparaissent alors derrière eux.

Bernard (Jeffrey Wright)

- 2/ Dans la chambre de motel, recouvert de poussière, Bernard revient à lui après une longue période de sommeil suite à son séjour dans la Sublime.

Reconnaissons-le d'entrée de jeu, cet épilogue laisse un sentiment étrange, assez frustrant et pourtant exaltant. Avec seulement huit épisodes (contre dix les saisons précédentes) et malgré un format exceptionnel de 72 minutes, on sent bien que les showrunners ont eu du mal à dire tout ce qu'ils voulaient pour conclure dignement cette saison. D'où quelques moments limites. Mais aussi des scènes fabuleuses et alléchantes...

Sur le strict plan des réponses et de la confrontation attendue entre Dolores et ses adversaires, le programme remplit parfaitement ses objectifs. L'épisode met le paquet sur une ambiance fin du monde (et début potentiel d'une nouvelle époque, qui devrait être développée dans la saison 4), la production a mis les moyens pour reconstituer les émeutes qui ravagent Los Angeles suite à la fuite des données collectées par Rehoboam sur les citoyens. C'est réellement impressionnant, très réaliste, puissant.

Suivre Dolores, Caleb et quelques recrues de Rico à travers la ville à feu et à sang m'a fait penser au mythe de Thésée et le Minotaure. Le fil d'Ariane est le dispositif confié par Salomon à Caleb pour détruire Rehoboam. Thésée est Caleb. Dolores est Ariane. Le Minotaure est Serac (et par extension Rehoboam - on découvrira que l'homme et la machine sont plus intimement liés qu'on ne le supposait). 

De manière assez maline, les scénaristes séparent Dolores et Caleb à mi-chemin et nous avons droit à une sorte de match retour entre Dolores et Maeve. Cette fois le combat tourne à l'avantage de Dolores qui a eu l'occasion dans l'épisode précédent de jauger son adversaire. Mais surtout on comprend pourquoi Maeve, qui peut théoriquement contrôler les hôtes, ne peut le faire avec Dolores : c'est simplement parce que Dolores a été la première androïde conçue par Ford, tous les hôtes qui ont été fabriqués ensuite l'ont été à partir d'elle. Même Maeve descend d'elle.

Il n'empêche, on regrettera que les scénaristes aient si maladroitement employé Maeve cette saison en en faisant une adversaire de Dolores alors qu'en toute logique elle aurait tout gagné à s'allier à elle contre Serac. Plus loin, d'ailleurs, on a droit à un grand moment WTF lorsque Serac face à une Maeve rebelle, retournée par Dolores, la désactive au moyen de la télécommande (utilisée lors de leur première rencontre dans l'épisode 2)... Avant que, inexplicablement, Maeve échappe à son emprise et ne le blesse. On ne comprend pas comment elle peut faire ça, et encore moins pourquoi elle ne l'a pas fait avant. 

L'autre incongruité de l'épisode (entr'aperçue dans l'épisode précédent), c'est l'attitude de Charlotte (ou Halores). On se souvient que dans l'épisode 3 Dolores avait expliqué avoir choisi Hale pour son comportement prédateur, implacable, à même de faire face aux obstacle qui allaient se dresser sur leur route. Pourtant au contact de la famille de Charlotte, Halores montrait des failles, altérant sa dureté mentale. A la fin de l'épisode 6, la mort de l'ex-mari de Charlotte et de leur fils montrait une Halores, non seulement physiquement très endommagé, mais sur la voie toute tracée d'une vengeance contre Serac (l'auteur évident de l'explosion fatale). Or, la semaine dernière, Halores trahissait Musashi en le livrant à Clementine et Hanaryo, justifiant cela en suggérant qu'elle suivait désormais un autre plan que celui de Dolores. Cette fois, elle déclare ouvertement la guerre à Dolores (mais sans s'être alliée cependant à Serac). Je déplore cette évolution, même si désormais on a certitude que Halores sera la grande méchante de la saison 4 (le première scène post-générique de fin le confirme).

Ces mauvais points relevés, revenons à ce qui fonctionne bien mieux - ou du moins, moins mal. 

Certes, je reste perplexe sur le transfert de pouvoir accordé à Caleb quand, une fois Dolores vidé de sa mémoire (et visiblement morte... Même si j'imagine mal la série sans elle, qui en est l'animatrice incontestable, le coeur, l'âme. Et qui, en tant que personnage, a sûrement prévu sa défaite et donc son retour : on découvre ainsi que Lawrence est une autre de ses copies, donc une partie d'elle est encore dans la nature, et avec Maeve et Bernard, on peut extrapoler qu'elle sera recréee pour les aider contre Halores).  D'une manière générale, le personnage de Caleb reste bancal : son arc est intéressant et on ne peut que louer l'habilité avec laquelle les auteurs ont lié son destin à celui de Dolores (le flash-back dans le parc 5 est ingénieux), mais je persiste à penser qu'il aurait été plus fort de le connecter encore plus étroitement aux hôtes (au point d'en faire un). La plupart du temps, cette saison, Caleb n'est qu'un suiveur, étonnamement docile (et peu étonnée de côtoyer des hôtes), quand Dolores voit en lui un futur leader.

Vous l'aurez déduit tout seul, le meilleur atout de Westworld reste Dolores. Le personnage vampirise presque la série par son charisme exceptionnel, sa progression constante, et le sort qui lui est réservé dans cet épisode est à la fois spectaculaire et poignant. On a bien la confirmation que son objectif n'était pas de détruire les humains (ce à quoi je n'ai jamais cru) mais de les affranchir de toute tutelle comme elle-même s'est émancipée. Cela lui confère une noblesse bouleversante. Cette androïde qui a choisi de voir la beauté dans un monde et une humanité qui l'a malmenée si dûrement a quelque chose d'admirable, d'authentiquement héroïque. Et on peut même lire une certaine ironie de la part des showrunners de confier à ce personnage un tel rôle, comme une invitation adressée aux téléspectateurs de ne pas être trop dépendants des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) comme Dolores elle-même ne veut pas que les hôtes soient les marionnettes de Delos et les humains les pantins de Serac.

L'autre bénéficiaire, in extremis cette saison, de l'histoire, c'est Bernard. Bien entendu, un peu comme Maeve ou Halores, il n'a guère eu l'occasion de briller au cours des huit épisodes. Pire : on a souvent eu l'impression que, tellement à l'écart du feu de l'action, les scénaristes le détachaient trop de la série, bien qu'il ait été souvent suggéré qu'il jouait un rôle décisif dans le plan de Dolores. Bernard n'a même pas eu droit à un épisode dédié (contrairement à Halores, Caleb, Maeve, Serac). Mais, in fine donc, on nous explique, succinctement mais justement, en quoi il est si important : la fameuse dernière perle de Dolores, c'est Bernard qui en est le récipient. Ainsi il ressent ce qu'elle ressent (et sait quand elle disparaît), mais surtout il hérite d'un casque lui donnant accés au Sublime. Et cette dimension virtuelle n'est donc pas qu'un refuge des consciences des hôtes sauvés par Maeve, mais une sorte de fenêtre sur le futur après Rehoboam et Serac. Là encore, dans une scène post-générique de fin, les scénaristes font un bond en avant, un flash-forward vertigineux (qu'on peut deviner en voyant l'épaisse poussière dont est recouvert Bernard) : il se réveille après son séjour dans la Sublime et... C'est reparti pour d'intenses spéculations sur ce qu'il y a découvert. Combien de temps exactement Bernard s'est-il absenté ? Par rapport à l'autre scène post-générique de fin avec le meurtre de William et la situation de Halores ? Tout ça est très excitant et devrait assurer à Bernard plus de consistance, plus de temps à l'image dans la saison 4.

Ce qui rendrait justice au talent de Jeffrey Wright, car disposer d'un acteur de ce calibre et le sous-utiliser aussi peu relève du gâchis. Le même constat s'impose pour Tessa Thompson. Et Ed Harris, qui, s'étant récemment plaint du flou entourant la nature réelle de William, va pouvoir renouer avec toute l'impressionnante noirceur de l'Homme en Noir.

Y aura-t-il un futur pour Aaron Paul dans la série ? Je pense que oui, mais en même temps, rien n'est certain car Caleb a accompli sa mission. Thandie Newton va pouvoir reprendre son rôle de Maeve avec un peu plus de cohérence, ce qui sera un profit énorme.

La grande inconnue concerne Evan Rachel Wood. la Dolores "Prime" que nous avons suivie depuis trois saisons semble bien morte. Pourtant j'imagine vraiment mal la série continuer sans elle. L'actrice est phénoménale (il faut souhaiter que, enfin, les Emmy awards la sacrent) et Dolores est la star du show. Westworld sans elle, ce ne serait plus Westworld. En tout cas, j'aurai beaucoup de mal à m'y intéresser autant.

Souhaitons surtout que, en même temps que notre monde perturbé par le virus, il ne faille pas attendre deux ans encore pour retrouver la série. Même si, quoi qu'il arrive, cela en vaudra sûrement la peine.  

mardi 28 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 7 : PASSED PAWN (HBO)


Le pénultième épisode de la saison 3 de Westworld est celui des explications, à tous les niveaux. On apprend tout du passé de Caleb (qui a alimenté bien des discussions dans la communauté des fans de la série), mais c'est aussi l'heure du duel attendu entre Dolores et Maeve. Le sort de William est, lui, plus sujet à l'interprétation de chacun et va donc prêter à de nouveaux débats. En tout cas, cela annonce et promet un final palpitant. Avant la saison 4, officiliasée par HBO !

Musashi/Sato et Clementine (Hiroyuki Sanada et Angela Sarafyan)

Jakarta. Musashi/Sato (un hôte de Dolores) reçoit un appel de Charlotte Hale qui l'informe qu'elle a changé de camp et suivre son propre plan. Il comprend qu'elle l'a trahi et il s'éclipse du restaurant où il se trouve. Mais Clementine et Hanaryo (la version Shogunworld d'Armistice), toutes deux refaçonnées par Serac en appui pour Maeve, surgissent et l'exécutent.

Dolores et Caleb (Evan Rachel Wood et Aaron Paul)

Dolores entraîne Caleb jusqu'à Sonora au Mexique. Grâce à l'implant qu'avait injecté Charlotte à William, elle a pu localiser Salomon, la version précédente du Rehobam conçue par Jean-Mi, le frère de Serac, et installée dans un complexe isolé. Après avoir éliminé les gardes du bâtiment, ils accèdent à l'Intelligence Artificielle qui révèle à Caleb la vérité sur son passé (et ce pourquoi il a été choisi par Dolores dans sa croisade).

Caleb (Aaron Paul)

Ainsi Nichols découvre-t-il que ses souvenirs ont été totalement trafiqués au moyen d'un reconditionnement dans un des centres de rééducation de Serac. Son frère d'armes, Francis, n'est pas mort en Crimée après la capture du chef des insurgés dans la seconde guerre civile russe mais lors d'une mission menée en Amérique où ils ont accepté un contrat lancé via l'application Rico. Lorsque Caleb a compris grâce à leur prisonnier que Francis allait le trahir pour de l'argent, il l'a tué.

Dolores (Evan Rachel Wood)

Caleb comprend que son existence lui a été volé et désormais, comme Dolores, il entend faire payer Serac pour l'avoir manipulé. Mais Dolores doit laisser Caleb poursuivre sa révolution seul car Maeve arrive sur le site pour la tuer. Elle demande à Salomon d'élaborer une stratégie contre Serac en configurant la situation comme Jean-Mi l'avait fait quinze ans auparavant.

Maeve (Thandie Newton)

Tandis que, dehors, Dolores et Maeve s'affrontent âprement, Caleb s'interroge sur les moyens de faire aboutir une révolution qui passera par des pertes humaines collatérales comme celles qu'il a connues en Crimée. Néanmoins son ressentiment est plus fort contre Serac et étouffe ses scrupules. Maeve mutile Dolores qui bat en retraite à l'intérieur du complexe. Elle trouve la force de déclencher une décharge électromagnétique suffisamment puissante pour les désactiver, elle, Maeve et Salomon - juste après que l'Intelligence Artificielle ait transmis ses instructions à Caleb pour atteindre Serac.

Bernard et le profil de feu (?) William (Jeffrey Wright et Ed Harris)

Pendant ce temps, Bernard et Ashley consultent les fichiers des patients de l'asile où ils ont trouvé William. Bernard accède au dossier de William, marqué comme "décédé", après avoir subi le même traitement que celui de Caleb, un des rares survivants de la rééducation. En quittant l'endroit pour gagner une station service où ils récupèrent une voiture, William jure d'exterminer tous les hôtes restants et, ayant mis la main sur un fusil abandonné par le propriétaire de la station, il menace Bernard et Ashley.

En parcourant les premières critiques sur cet avant-dernier épisode, j'ai constaté que la déception dominait car les commentateurs trouvaient son traitement insuffisamment intense en regard des moments-clés attendus.

Pour ma part, je crois qu'avec ce Passed Pawn (une référence à un mouvement d'échecs dans lequel il faut accepter de sacrifier une pièce pour progresser vers un coup décisif) les scénaristes ont en quelque sorte pris les spéculateurs à leur propre piège. Je m'explique.

Westworld est ce qu'on pourrait appeler une série active, participative, dans le sens où elle invite le téléspectateur à anticiper ses évolutions narratives, à hypothéquer sur ses avancées scénaristiques. Après chaque épisode, il est tentant d'imaginer quel sort va être réservé à tel ou tel personnage, comment l'intrigue va tourner, quels zones d'ombre vont être éclaircies, etc. De ce point de vue, la série ressemble à Lost (également co-produite par J.J. Abrams) : remplacer le parc par l'île perdue, les hôtes par les naufragés, les deux camps de rescapés par les androïdes et les humains, et vous verrez que les similitudes ne manquent pas.

Mais Westworld est une machine autrement plus ouvragé que Lost : moins d'épisodes, moins de saisons, moins de questions sans réponses, moins de personnages, des enjeux plus clairs, une philosophie aussi complexe mais mieux structurée. Toute la mécanique ou presque de Westworld a fini dans cette saison 3 par se concentrer sur deux notions : qui est un hôte et qui ne l'est pas ? Et à quel point l'existence des uns et des autres est prédéterminée par des démiurges fous ?

Sur ce second point, la série forme comme une boucle où Serac a remplacé Ford comme archétype du marionnettiste désireux de contrôler le monde en prétendant le sauver, voulant asseoir sa domination sur les humains comme Ford le fit sur les hôtes du parc (avant de s'en servir comme d'une armée contre ses pairs qui avaient décidé de le virer).

Sur le premier point, en revanche, les fans adorent extrapoler sur les destins des protagonistes. Même si j'essaie de rester mesuré, surtout à l'heure de rédiger mes critiques, sur cette tendance, il m'arrive de céder à ce coupable penchant (n'avais-je pas prédit la sortie de scène définitive de William  après l'épisode 4 ? C'était précipité comme la suite l'a démontré...). Mais il n'empêche, qu'y a-t-il de plus redoutable qu'un fan contrarié quand il découvre dans le nouvel épisode que ses théories sont fausses, déjouées par des scénaristes plus malins ou, simplement, plus sages, plus logiques, pragmatiques ?

En plaçant Caleb Nichols au coeur de ce septième épisode, les auteurs savaient qu'il leur fallait surprendre plutôt que de contenter les fans. Jusqu'à présent, le personnage demeurait flou : tout laisser supposer que ce qu'on en savait était sujet à caution, de son passé militaire à son identité même. Sur les réseaux sociaux, on pouvait lire les certitudes des fans à son encontre : pour les uns, il s'agissait d'un hôte auquel on aurait greffé la conscience d'un humain ; pour les autres, c'était le frère de Serac. Cette dernière hypothèse était pourtant peu probable, au moins pour des raisons physiques car l'acteur (Paul Cooper) qu'on a vu incarner Jean-Mi (et qui prête sa voix à l'AI Salomon dans cet épisode) ne ressemble en rien à l'interprète de Caleb... On pouvait aussi estimer que Caleb était le récipiendaire de la mystérieuse cinquième perle sortie du parc par Dolores.

Ce n'est rien de tout de cela. Et c'est ce qui rend l'épisode si spécial, à la fois effectivement un peu décevant et plus inattendu car les scénaristes ont préféré jouer une autre carte, laissant au personnage son identité propre et justifiant son rôle. Car, en vérité, l'autre interrogation au moins aussi importante qui concernait Caleb, c'était : pourquoi suit-il Dolores dans sa révolution ? La série ne semblait pas préparer une banale romance entre eux deux (sans doute pour préserver celle que vécurent Dolores et Teddy dans le parc, mais aussi pour souligner à quel point Dolores s'est affranchie, sentimentalement). Pour cela, il fallait donc écrire une origin story véritable à Caleb Nichols.

Le pivot de son histoire est bien sûr la mort de Francis, son frère d'armes lors de la seconde guerre civile en Crimée à partir de 2042 (soit seize ans avant l'action de cette saison 3). Depuis le début, les souvenirs de Caleb sont troubles à ce sujet, il a suivi une thérapie, a affirmé avoir reçu une balle dans la tête durant le conflit, assisté impuissant à la mort de Francis, tenté de se suicider... Mais sa confusion provient-elle d'un choc post-tramuatique lié à la guerre et ses événements tragiques ? Ou à une manipulation mentale - et ourdie par qui ?

L'épisode répond à tout cela. Ce qui peut décevoir, c'est que, contrairement aux espoirs de beaucoup, le destin de Caleb n'est pas lié au parc, aux hôtes, à Dolores. Il l'est en revanche avec Serac puisqu'il a subi un lavage de cerveau dans un des centres de rééducation où ce dernier envoie les outliers, ces individus précipitant les anomalies détectées par Rehoboam et susceptibles de provoquer des catastrophes plus ou moins importants, du désordre social. Là où la scénario se montre le plus habile, c'est dans sa manière d'ajouter aux manoeuvres de Serac l'application Rico : Serac l'a développé pour employer les outliers contre d'autres sujets suspects, une manière de les recycler selon la formule "rien ne se perd, tout se transforme".

L'autre point, particulièrement troublant, intervient dans la dernière partie de l'épisode, quand Bernard et Ashley découvrent un lien inattendu entre Caleb et William. Ils sont en effet répertoriés dans les fichiers du centre de reconditionnement sous le même matricule. L'épisode n'en dit pas plus mais il semble donc avéré qu'il y ait un lien entre l'ex-homme en noir et Caleb. Ce qui ne manquera pas de questionner non plus, c'est que sur sa fiche, William est marqué comme étant décédé durant le traitement de reconditionnement qu'il a subi (alors que Caleb est un des rares à y avoir survécu) : cela signifie-t-il que le William qu'ont retrouvé Bernard et Ashley est un hôte sans le savoir (ou refusant de l'admettre) ? En tout cas, William explique comment il entend être bon désormais et c'est inquiétant puisqu'il veut exterminer tous les hôtes, responsables selon lui du chaos actuel et de sa déchéance (ce n'est pas faux, mais le remède proposé est radical et confirme que William reste dans sa boucle). Lorsqu'il menace à la fin de l'épisode Bernard et Ashley avec un fusil, cela me fait penser que Stubbs va sûrement y passer avant que Bernard n'active son mode "combat" (comme il l'a fait dans le premier épisode de la saison contre ses collègues de la ferme) pour calmer William...

Pour en revenir à Caleb, la colère légitime qu'il ressent et exprime après avoir saisi à quel point Serac a manipulé son existence justifie désormais pleinement qu'il épouse la cause de Dolores. Le recours, pour élaborer une stratégie permettant d'atteindre fatalement Serac, à Salomon (l'extension des prédictions schizophrènes de Jean-Mi, soit une Intelligence Artificielle folle, imprévisible) est vraiment très habile, tout comme le moyen employé par Dolores pour localiser ce super-ordinateur (via Charlotte et William). Ce sont ces trouvailles qui font le sel de la série au moment d'expliquer comment ses héros atteignent tel objectif.

Entretemps on aura eu droit à l'explication, physique, entre Maeve et Dolores, "teasée" abondamment dans les trailers de la série depuis le début de saison. Ce duel tient toutes ses promesses, le combat est brutal et son issue terrible (toutefois, pas d'inquiétude, je ne crois ni à la mort de Maeve ni à celle de Dolores). Encore une fois, c'est une scène d'action superbement réalisée (après celle du début de l'épisode où Clementine et Hanaryo tuent Musashi).

Les acteurs donnent l'impression de s'en donner à coeur joie (même si Ed Harris a confié quelques états d'âme sur son personnage, ignorant s'il était un hôte et doutant de son changement de but). Evan Rachel Wood est particulièrement, une nouvelle fois, impressionnante (et je dois le dire, très sexy) en ange de la mort. Thandie Newton a un peu plus de mal à s'imposer en Maeve mode killeuse vengeresse. Par contre Aaron Paul est formidable en Caleb, complétement ébranlé par ce qu'il découvre sur lui-même : il livre une composition habitée sans surjouer.

Tout est en place pour un final explosif. Et fort heureusement, entre les épisodes 6 et 7, HBO a annoncé le renouvellement de la série pour une saison 4 !  

mercredi 22 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 6 : DECOHERENCE (HBO)


Chaque semaine désormais, c'est le vrai suspense : le nouvel épisode de Westworld se hissera-t-il au niveau des précédents de cette éblouissante saison 3 ? Decoherence ne déçoit pas et il a même le mérite de continuer à faire grimper la tension d'un cran supplémentaire - on est vraiment dans le "endgame" annoncé par Dolores à William : la fin de la partie est imminente. Par ailleurs les scénaristes en profitent pour justifier des éléments perturbants jusque-là et orchestrer un retour inattendu.

Maeve (Thandie Newton)

Maeve, après avoir été tuée par Musashi/Sato/Dolores, est renvoyée dans le Warworld par Srrac afin d'y perfectionner ses talents de combattante en vue du match retour contre Dolores. Elle y retrouve Lee Sizemore et Hector Escaton, restaurant la mémoire de ce dernier pour le gagner à sa cause.

Maeve et Hector (Thandie Newton et Rodrigo Santoro)

Dans cette simulation, Lee guide Maeve et Hector jusqu'à la copie endommagée de Dolores récemment contenu dans l'hôte à l'image de Martin Connels, récupéré par Serac. Maeve lui explique qu'elle ne peut prétendre régenter tous les hôtes. Mais Dolores lui rétorque qu'elle veut offrir leur émancipation aux hôtes comme aux humains, dont l'existence a été contrôlée par Robert Ford dans le parc et Serac dans le monde réel. Maeve, ne pouvant suivre Dolores sur cette voie, est punie par Dilores qui détruit la perle de Hector à distance.

Serac (Vincent Cassel)

Charlotte Hale (ou "Halores" : Charlotte + Dolores) assiste à l'exécution de Brompton, un membre du conseil d'administration de Delos prêt à l'aider pour contrer l'OPA de Serac. Ce dernier arrive ensuite au siège de la compagnie qu'i est désormais la sienne et ordonne la destruction de tous les hôtes dans le parc ainsi qu'un test de tous les membres du personnel de Delos pour démasquer la réplique de Dolores qui s'y trouve.

Charlotte (Tessa Thompson)

Charlotte copie les données des hôtes du parc avant d'être convoquée par Serac qui la démasque. Elle tue les membre du conseil d'administration (Serac y échappe - c'est son hologramme qui est présent dans la pièce) et s'enfuit jusqu'à la forge dans le sous-sol de la compagnie. Elle découvre que Serac y confectionne trois nouveaux hôtes pour assister Maeve dont le nouveau corps est presque achevé. Elle détruit la perle de Hector et quitte l'immeuble en affrontant les gardes de Serac. De retour chez elle, elle évacue son ex-mari et leur fils mais leur voiture, sabotée, explose. Charlotte sort du véhicule, gravement brûlée.

William et James Delos (Ed Harris, Jimmi Simpson et Peter Mullan)

Pendant ce temps, dans l'asile où il a été interné, au Mexique, William reçoit un traitement de choc. On lui greffe dans le palais un implant limbique (semblable à celui de Caleb) afin de le plonger dans des simulations rééducatives. Il est alors confronté à toutes ses incarnations précédentes sous la forme d'hôtes ainsi qu'à une réplique de James Delos.

William (Ed Harris)

William comprend que sa violence, qu'il tentait de purger dans le parc, a toujours été présente en lui, au contact d'un père alcoolique et brutal. Il se rebelle en détruisant les hôtes et décide de reprendre les choses en main, en étant le héros de son histoire. Il revient à lui, réveillé par Bernard et Ashley tandis que l'asile a été abandonné, suite au chaos provoqué par Dolores après qu'elle a transmis les fichiers d'Incite.

Le résumé ci-dessus, en trois blocs correspondant aux protagonistes de l'épisode, ne correspond pas au déroulement de l'épisode qui entremêle ces trois lignes narratives. Les scénaristes baladent ainsi le téléspectateur dans un tourbillon d'actions étroitement liées, avec en fil rouge la thérapie extrême subie par William.

Le point d'accroche du récit se situe au moment où la copie endommagée de Dolores dans la simulation du Warworld envoie un ordre à Charlotte Hale (ou "Halores" comme la surnomment les fans puisque cette réplique de Charlotte est le réceptacle d'une copie de Dolores "prime") au moment où celle-ci, traquée par les gardes de Serac, qui vient de la démasquer, découvre que le nouveau propriétaire de Delos façonne dans une forge de nouveaux hôtes. Charlotte détruit alors la perle de Hector et dans le Warworld, celui-ci s'effrondre aussitôt. Maeve est brisée par cette mort brutale qui va sûrement lui donner une raison supplémentaire de tuer Dolores.

Ce qui se passe dans le Warworld (une simulation) est donc synchronisé avec ce qui se passe dans le monde réel, et on peut une nouvelle fois mesurer la perfection des mouvements de Dolores (on se rappelera alors avec ironie de la remarque de Liam Dempsey Jr. dans le précédent épisode où doutait qu'elle puisse être dotée du don d'ubiquité alors qu'elle commandait à Martin Connels de transmettre les fichiers d'Incite partout dans le monde. C'est la copie de Dolores qu'abritait Martin Connels qui lance l'ordre à Charlotte Hale de détruire la perle de Hector.).

Ces deux parties, qui se jouent en parallèle fonctionnent de manière retoutable même si on ne saisit leur lien qu'au moment de cette scène cruelle et poignante (il semble bien que cette fois-ci on ne revoit plus Hector). Pourtant, elles se déroulent sur des tempos différents : Maeve, renvoyée dans le Warworld pour se préparer mieux au combat contre Dolores dans le monde réel, se fait d'abord la main sur un régiment nazi dans le village italien occupé puis retrouve successivement Lee Sizemore et Hector Escaton dans un bar de la même simulation. Elle en profite pour mettre à jour Hector et on peut constater que, même si Serac la tient en la menaçant de la priver de sa fille si elle échoue dans la mission qu'il lui a confiée, elle dispose encore de ressources considérables en influençant les serveurs à distance.

Enfin, Maeve se confronte à Dolores (ou du moins à une de ses répliques). Un dialogue parfait intervient alors dans lesquel les scénaristes réussissent à équilibrer le débat. D'une certaine manière, Maeve comme Dolores sont d'abord des mères : Maeve veut retrouver sa fille dans le Sublime où elle a envoyé les consciences de plusieurs hôtes, dans l'espoir qu'ils y seront à l'abri (elle a compris que ce n'était pas le cas puisque Serac a accès au Sublime). Dolores aussi veille comme une mère sur ses semblables mais elle refuse de les priver de la liberté d'évoluer dans le monde réel. Ce sont deux conceptions de la protection de leur "espèce" qui s'affontent : Maeve estime que le Sublime est un havre de paix pour les hôtes. Dolores considère que les hôtes ont le droit de vivre en dehors du parc (et même davantage puisqu'elle veut libérer les humains du joug de marionnetistes mégalomanes comme Serac).

Les deux positions se valent et on comprend que Maeve et Dolores ne sont pas si différentes. Simplement Maeve est aux mains de Serac. On peut alors repenser à un élément resté mystérieux jusqu'à présent : Dolores a extrait du parc cinq perles. Quatre d'entre elles sont des copies d'elle-même (dans les corps de Martin Connels, Charlotte Hale, Musashi/Sato et donc Dolores "Prime"). Mais alors quid de la cinquième perle ? Au petit jeu des théories, je me demande alors s'il ne s'agirait pas de la perle contenant la conscience de la fille de Maeve, ce qui serait alors un joker redoutable pour Dolores au moment de la convaincre de se ranger dans son camp contre Serac...

L'autre interrogation soulevée par Maeve dans son dialogue avec Dolores renvoie au fait que Dolores "Prime" possède en elle-même la clé de cryptage convoîtée par Serac. Mais de quel droit s'en arroge-t-elle la propriété ? Elle détient grâce à cela la destinée des hôtes et cela en fait une marionnetiste au même titre que celles qu'elle a combattus comme Ford et maintenant Serac. Un pouvoir égoïstement utilisé pour sa seule révolution. Certes, sur le plan des méthodes, Maeve ne peut guère faire la leçon à Dolores (elles ont toutes deux du sang d'humain sur les mains), mais le téléspectateur peut s'interroger, comme Maeve, sur jusqu'où est prête à aller Dolores pour offrir la liberté à tous ? Il ne fait en effet plus guère de doutes que, à la fin du précédent épisode, elle repart avec Caleb pour le parc afin d'y lever une armée d'hôtes contre Serac et sa propre police. Mais qu'adviendra-t-il quand elle découvrira que Serac a fait détruire les hôtes du parc, de manière préventive ? Et surtout en tuant Hector, Dolores n'a-t-elle pas fourni à Maeve la motivation ultime pour qu'elle la tue ?

Ce qui nous conduit à la troisième partie de l'épisode, le troisième bloc, détachés des autres narrativement mais pas dramatiquement. J'avais pensé qu'après l'épisode 4, c'en était fini de William, piégé de manière diabolique par Dolores, enfermé dans un asile. Que nenni !

Il apparaît que l'ex-homme en noir est interné au Mexique dans ce qui semble être un des centres de rééducation de Serac, et soumis à une thérapie particulièrement agressive, derrière des séances en groupe apparemment innocentes. On lui greffe un implant limbique dans la bouche - identique à celui que porte Caleb (par ricochet, on comprend donc que Caleb a aussi fait un passage dans un établissement identique et cela amène à se questionner sur les derniers mots de Liam Dempsey Jr.. Caleb a sûrement subi un lavage de cerveau en règle, qui conditionne tout ce qu'on ce sait de lui - a-t-il vraiment servi dans l'armée ? Perdu un frère d'armes ? Reçu une balle dans la tête ? Ou tout cela n'est-il que ce qu'on lui a "suggéré" en thérapie ?).

Cet implant sert à imposer des simulations à William et on a droit alors à une séquence étourdissante où il est confronté à des répliques virtuelles de lui-même à différentes périodes de son existence (enfant, jeune homme...) ainsi qu'à celle de James Delos (à qui il a infligé un terrible sort à la fin de sa vie). Jusqu'à présent, William est apparu comme un authentique bad guy, capable des pires atrocités dans le parc, sombrant dans la folie au point de tuer sa propre fille (pensant qu'elle était un hôte). Cette session avec lui-même apporte une correction et une affirmation.

Les auteurs suggèrent dans un premier temps que William enfant a subi des violences de la part d'un père alcoolique. Puis, en évoquant une bagarre à l'école au sujet des penchants de son père, William admet qu'il n'a pas eu besoin de maltraitances familiales pour être un sujet violent. C'est un être frustré depuis toujours et qui le fait payer brutalement aux autres. Le parc a représenté l'aboutissement de sa névrose en se défoulant sur des hôtes et en cherchant à percer un supposé secret de Robert Ford, un secteur inédit du parc qui apporterait une sorte de révélation-délivrance à celui qui le découvrirait.

Devenu enfin lucide sur son état mental, William change totalement de perspective, d'objectif. Il sera le good guy, le héros de l'histoire. Et on pourra vérifier si c'est le cas et de quelle manière prochainement car, entretemps, l'action de Dolores (révéler à tous les fichiers d'Incite) a provoqué la fuite du personnel de l'asile. C'est dans ce décor déserté que Bernard et Ashley retrouvent William et le libèrent. Comme Bernard est déjà repassé par Westworld et que William n'aura d'autre envie que d'y retourner, en voilà deux (trois en comptant Ashley) qui vont s'y rendre et certainement y croiser Dolores, Caleb puis Maeve (et sa bande) et Serac.

Voyez à présent comment toutes les pièces s'emboîtent et convergent vers le "endgame", la fin de la partie, alors qu'il reste juste deux épisodes avant le terme de la saison 3. Voilà à quoi ressemble un récit parfaitement construit, charpenté.

Encore une fois, la distribution fait des étincelles. Si Thandie Newton est finalement un peu en retrait par rapport à ce qui se met en place (mais l'issue de son retour dans le Warworld va changer tout cela assurément), en revanche Tessa Thompson est éblouissante dans sa partie (l'épisode explique au passage pourquoi "Halores" ressent des émotions envers la famille de Charlotte : il est clair désormais que les hôtes au contact des humains peuvent s'attacher à ses derniers, ce qui les rend confus). On mesure à quel point elle a pu caler son jeu, ses attitudes, sur celle de Evan Rachel Wood (peu présente effectivement de l'épisode puisqu'on ne la voit que dans le rôle de sa copie endommagée), plus rigide, plus badass aussi (la scène où elle dégomme les gardes Serac est jouissive). Quant à Ed Harris, sa prestation est tout simplement magistrale : d'abord complètement déboussolé, manipulé, à la ramasse, il se déchaîne ensuite (là aussi, le voir massacrer ses doubles est hallucinant).

On voit venir la fin avec impatience et aussi regret (8 épisodes pour cette saison, c'est vraiment trop peu). Espérons surtout que HBO donne vite son feu vert pour une saison 4 (et même 5, puisque l'histoire de Jonathan Nolan et Lisa Joy est idéalement conçue pour cinq saisons). 

dimanche 12 avril 2020

WESTWORLD - SAISON 3, EPISODE 4 : THE MOTHER OF EXILES (HBO)



Attention ! Chef d'oeuvre ! Ce quatrième épisode de la saison 3 de Westworld, The Mother of Exiles, intervient donc à mi-parcours et atteint un pic dans la narration. Tout y est parfait : la caractérisation des personnages, les coups de théâtre, la progression de l'intrigue, les pistes ouvertes, la réalisation, l'interprétation. Le plaisir est total et la seconde moitié de la saison s'annonce grandiose.

William et le fantôme de sa fille Emily (Ed Harris et Katja Herbers)

Evacué de Westworld alors qu'il était gravement blessé et mentalement très atteint par la mort de sa fille Emily (qu'il a tuée en pensant qu'elle était un hôte du parc), William (alias l'Homme en Noir) n'est plus que l'ombre de lui-même, hanté par des visions de sa victime. C'est dans ce contexte qu'il reçoit la visite de Charlotte Hale, venue lui demander de réintégrer le conseil d'administration de Delos afin de contrer les manoeuvres de rachat de Serac.

Caleb et Dolores (Aaron Paul et Evan Rachel Wood)

Cependant, Dolores et Caleb poursuivent le plan de cette dernière en s'emparant d'une clé de décryptage donnant accès au compte bancaire de Liam Dempsey Jr.. Ils lui subtilisent sa fortune colossale en trompant le vigilance de la banque. Bernard et Ashley sont encore loin derrière mais le premier est convaincu que Dolores a remplacé Liam par un hôte et il compte le kidnapper lors d'une soirée de charité à laquelle il doit participer.

Bernard et Caleb (Jeffrey Wright et Aaron Paul)

C'est dans ce cadre que Dolores et Caleb, d'un côté, et Bernard et Ashley, de l'autre, vont se croiser. Bernard et Ashley coincent Liam pour constater qu'il n'est pas un hôte lorsque Dolores et Caleb les surprennent. Bernard s'enfuit avec Liam, poursuivis par Caleb, tandis que Dolores affronte (et tue) Ashley. Dehors, Martin Connels intervient pour stopper Bernard, laissant Liam décamper, rattrapé par Caleb.

Enguerrand Serac (Vincent Cassel)

Loin du théâtre de ces opérations, Serac convainc enfin Maeve de collaborer avec lui en échange de quoi il la renverra auprès de sa fille dans la Sublime.Il explique que son projet avec le Rehoboam est de dupliquer l'esprit humain afin de prévenir les catastrophes - comme la destruction atomique de Paris à laquelle il,assista enfant. Mais pour cela il doit détenir des données développées par Delos, auxquelles Dolores peut seule accéder.

Maeve (Thandie Newton)

Pour remonter la piste de Dolores, il faut à Maeve retrouver le Croque-Mort, un trafiquant d'organes qui aurait pu lui fournir des corps pour héberger les cinq perles qu'elle a emportées en quittant Westworld. A Singapour, en utilisant ses pouvoirs sur la technologie, Maeve atteint le Croque-Mort qui lui révèle disposer des corps grâce aux yakusas. Ainsi Maeve rencontre-t-elle le chef de ces derniers, Sato... Qui n'est autre que Sato, rescapé du Shogunworld !

Liam Dempsey Jr., Dolores et Caleb (John Gallagher Jr., Evan Rachel Wood et Aaron Paul)

Simultanèment, William, Bernard et Maeve vont comprendre le stratagème génial de Dolores. Elle a implanté dans les corps de Charlotte, Martin et Sato/Musashi son esprit - ils sont tous des copies de Dolores ! Bernard reste stupéfait. Maeve, surprise, est tué par Sato en combat au sabre. William est interné dans un asile après avoir dénoncé Charlotte à des infirmiers qu'il prenait pour des employés de Delos - dans sa cellule, il reçoit la visite du spectre de Dolores qui lui dit avoir accompli les dernières volontés d'Emily en l'enfermant dans sa propre folie.

Il y a, comme ça, des épisodes (de comics, de séries télé) si bien foutus qu'on en retire un plaisir intense, même si les auteurs vous ont roulé dans la farine en vous entraînant auparavant sur de fausses pistes. La solution choisie par les auteurs de Westworld pour révéler qui sont les hôtes alliés de Dolores est aussi simple que magistrale car fabuleusement amenée.

Ce n'est pas la première fois que la série réserve à ses fans un coup de théâtre si subtilement et efficacement conduit : on se souviendra par exemple de ce moment où on découvrit que le jeune William était le futur Homme en Noir, ou encore quand Ford décida de se suicider en préprogrammant les hôtes pour qu'ils massacrent les invités de Delos à son pot de départ, ou encore quand on comprit que Bernard était un hôte, etc.

Réussir encore à surprendre son public après trois saisons de façon aussi spectaculaire et intelligente est la preuve de l'excellence dans l'écriture des auteurs de la série. Cet épisode est un mécanique de précision, un modèle de construction, et quand Maeve, William et Bernard saisissent, en même temps, à qui ils font face, un frisson délicieux vous parcourt. La suite est encore plus jubilatoire : Bernard est comme interdit, Maeve est dépassée par Sato...

Mais c'est surtout le sort de William/l'Homme en Noir qui retient le plus l'attention. L'épisode 1 était celui de Dolores, le 2 celui de Maeve, le 3 de Charlotte : celui-ci est le sien. On retrouve ce personnage emblématique de la série dans un sale état physique et surtout mental, hanté par le fantôme de sa fille (le plaisir de revoir Katja Herbers, qui est depuis la vedette de la série Evil). Rappelons qu'il a assassiné cette dernière dans le parc en croyant qu'il s'agissait d'un hôte venue le tourmenter selon le voeu de Ford et tout devient évident.

Sur ces entrefaîtes, Charlotte Hale arrive et elle a besoin de lui pour contrer l'OPA de Serac sur Delos. Elle rase (comme autrefois Dolores le fit dans le parc, ce qui est déjà un indice sur ce qui suit), il s'habille, parle à Emily dont le reflet apparaît dans un miroir. Ce dialogue n'échappe par à Charlotte et elle le lui révèle. Un malaise s'installe et dans le regard malade de William brille déjà un soupçon sur l'identité réelle de son interlocutrice. En présence de deux employés supposés de Delos, qui sont en fait des infirmiers et surtout des témoins, saisissant à qui il parle, William commet la faute qu'elle attendait : il s'emporte en prétendant que Charlotte est Dolores - les paroles d'un fou assurément, même s'il a raison. Et Charlotte/Dolores de lui avouer qu'elle a orchestré cette mise en scène pour qu'il soit déclaré dément et qu'elle hérite de sa voix au sein du conseil d'administration (elle devient ainsi de facto la patronne unique de la compagnie).

Le calvaire de William n'est pas terminé. Il est enfermé dans un asile, vêtu d'une combinaison blanche (en opposition à son costume noir de cowboy dans le parc) et, drogué, est sujet à de nouvelles hallucinations. Il voit désormais Dolores telle qu'elle était dans Westworld qui lui murmure à l'oreille avoir exaucé le souhait d'Emily en le condamnant à la pire des prisons, seul avec lui-même et ses démons. "We're at the endgame now" conclut-elle : la fin de la partie donc pour William - et une sortie terrible pour ce personnage.

Tout ce dispositif diabolique est ponctué par une autre série de scènes qui permettent de voir l'ensemble du casting comme autant de binômes en marche. Il y a la team Dolores avec Caleb, qui détourne la fortune de Liam Dempsey Jr.. Il y a la team Bernard avec Ashley qui veut empêcher Dolores d'enlever Liam. Et il y a la team Maeve avec Serac qui veut retrouver Dolores.

Les scénaristes disposent donc leurs pions de manière à ce chacun rencontre un double de Dolores dans le corps d'un hôte : Bernard avec Martin Connels, Maeve avec sato/Musashi, et donc William avec Charlotte. la simultanéité de la révélation renforce sa puissance dramatique et souligne la perfection tactique des mouvements de Dolores "Prime". Je crois que chaque téléspectateur sera aussi sidéré que Maeve, Bernard et William en découvrant la vérité sur la Dolores army. Personnellement, j'ai trouvé cela malin, imprévisible et prometteur (car cela déjoue tous les pronostics sur les perles subtilisées par Dolores). La réalisation doit rendre compte de ce moment de bascule le plus clairement possible pour maximiser son impact et à cet égard le montage de la scène est d'une fluidité absolue.

Le niveau atteint par les acteurs est aussi exceptionnel. Tessa Thompson a expliqué en interview qu'un de ses regrets concernant la fin de la saison 2 était d'avoir appris tardivement qu'elle jouerait désormais un double de Evan Rachel Wood. Elle a eu, cette fois, le temps de s'y préparer et comme Tommy Flanagan (Martin Connels) et Hiroyuku Sanada (Sato/Musashi) on peut apprécier avec quelle finesse elle a calé son jeu sur celui de sa partenaire, en adoptant la raideur glaciale, la détermination machiavélique. C'est très troublant.

Mais, bien sûr, c'est aussi Ed Harris qui assure le show. Il a toujours été phénoménal dans le rôle de l'Homme en Noir et une fois encore il habite le personnage avec une intensité peu commune. On regrette qu'il sorte de la série (apparemment définitivement... Même si dans Westworld, tout est possible : après tout, il ne meurt pas), mais il faut reconnaître aux auteurs de lui avoir donné une sortie mémorable (de ce point de vue, les grands acteurs qui ont peuplé la série ont toujours eu droit à des adieux de première classe).

Vous l'aurez compris, les superlatifs manquent pour distinguer cet épisode. On peut bien sûr craindre qu'après la série peine à maintenir ce niveau. Mais l'expérience nous contredirait car Westworld, c'est ce miracle permanent d'une série qui sait grandir sans avoir peur de rien. Surtout pas de se dépasser.

lundi 2 juillet 2018

WESTWORLD (Saison 2) (HBO)


Deux options s'offrent aux showrunners d'une série dont la première saison a été un triomphe critique et public : soit faire plus fort, plus grand ; soit surprendre, quitte à dérouter ou décevoir. Il semble pourtant que Jonathan Nolan et Lisa Joy n'aient pas voulu choisir et risqué d'égarer un peu plus les téléspectateurs dans le labyrinthe de Westworld tout en proposant un spectacle ahurissant. L'audience en a pâti, certains fans ont été pris à rebrousse-poil, mais pour les plus attentifs, ce divertissement exigeant est devenu un objet fascinant, qui clôt vraiment un premier acte dans la série.

Dolores et Teddy (Evan Rachel Wood et James Marsden)

Durant les heures suivant la mort de Robert Ford et le massacre des actionnaires de Delos par les hôtes, Bernard et Charlotte se réfugient dans un bunker secret où des androïdes drones récupèrent l'ADN des invités. Contacté, Delos exige de Charlotte qu'elle récupère la sauvegarde des données du parc téléchargée dans l'hôte Peter Abernathy avant d'envoyer de l'aide. Les jours passent et les hôtes menés par Dolores traquent des humains dans le parc. Maeve retourne au centre de contrôle où Escaton accepte de l'aider à retrouver sa fille et Lee Sizemore à la guider dans le parc. William/l'Homme en Noir a survécu au massacre et se réjouit d'entamer une nouvelle partie avec de vrais enjeux : un hôte lui délivre un message posthume de Ford disant qu'il doit trouver "la porte". Deux semaines plus tard, Bernard se réveille, très confus, sur une plage, où l'équipe d'intervention de Delos le récupère. Il finit par leur avouer avoir tué des centaines d'hôtes en les ayant noyés dans un lac artificiel.

Logan et James Delos (Ben Barnes et Peter Mullan)

Trente ans auparavant, Logan Delos assiste à une démonstration bluffante des hôtes organisée par Ford pour le convaincre, lui et son père, James, d'investir dans le parc. William achève de persuader le patriarche en lui expliquant qu'ils pourront espionner les futurs clients afin de déterminer au mieux leurs envies. Aujourd'hui, Dolores recrute des hôtes désactivés qu'un technicien pris en otage est forcé de ranimer, puis elle scelle une alliance avec les Confédérés en leur racontant que dans la Vallée se trouve une arme capable d'éliminer tous les humains. L'Homme en Noir retrouve William et tente de gagner la confiance des hommes d'El Lazo à Pariah. Mais Ford l'avait prévu et les bandits préfèrent se suicider plutôt que de suivre William.

Ford et Bernard (Anthony Hopkins et Jeffrey Wright)

Charlotte et Bernard retrouvent Peter Abernathy mais sont séparés par l'arrivée des Confédérés en tentant de le capturer. Dolores retient Bernard pour qu'il corrige les dysfonctionnements de son "père" tandis que Charlotte rejoint une équipe d'intervention de Delos. Bernard découvre que le disque dur de Peter est crypté et possède une balise de localisation. Pour vaincre l'équipe d'intervention de Delos, Dolores n'hésite pas à sacrifier la majeure partie des Confédérés, ce qui horrifie Teddy. Bernard, seul pendant ce temps, est emmené par Clementine. Maeve, Escaton et Lee sont attaqués par les indiens et se réfugient dans un bunker souterrain où les attendent  Armistice, Felix et Sylvester. Dans une autre partie du parc, reproduisant l'Inde coloniale, Grace assiste à la rébellion des hôtes et s'enfuit jusqu'au Westworld où elle est prise au piège par les indiens.

Bernard et Elsie (Jeffrey Wright et Shannon Woodward)

Clementine abandonne Bernard devant une grotte où se trouve Elsie depuis qu'il l'a abandonnée. Elle comprend qu'il est un androïde quand il trouve l'entrée d'un bunker secret au fond de la grotte. Ils entrent dans un laboratoire avec un hôte ayant l'aspect de James Delos et en déduisent qu'il a servi de cobaye pour y implanter sa conscience, en vain. William et Lawrence trouvent les derniers survivants des Confédérés abandonnés par Dolores et l'Homme en Noir leur propose des armes cachés dans le cimetière voisin . En vérité, il gagne du temps jusqu'à ce qu'il puisse les tuer avec de la nitroglycérine. Puis il repart, seul, vers l'Ouest où il rencontre Grace qui a échappé aux indiens et qui se trouve être sa fille.

Maeve et Escaton (Thandie Newton et Rodrigo Santoro)

Teddy propose à Dolores de cesser sa vengeance contre les humains et de partir quelque part dans le parc pour y vivre paisiblement. Constatant que la bonté de son compagnon risque d'être une entrave pour la suite, elle le fait reprogrammer contre son gré. Le groupe de Maeve découvre une autre partie du parc, les Shogun World, réplique du Japon féodal que Lee a voulu plus violent tout en conservant les caractérisations des hôtes du Westworld. Ils y rencontrent  Akane, une geisha qui tient un bordel, et sa fille adoptive, Sakura, convoitée par le shogun. Maeve contrôle les samouraïs et ninjas de ce dernier, passant pour une sorcière, et les pousse à s'entretuer après que le shogun ait assassiné Sakura.

William, l'Homme en Noir, et sa fille, Emily (Ed Harris et Katja Herbers)

Maeve et son groupe suivent Akane et les siens jusqu'à un temple où Lee trouve un tunnel permettant de quitter cette partie du parc. De retour dans le Westworld, Maeve regagne la maison où elle vécut avec sa fille mais découvre qu'une autre hôtesse a pris son rôle. Les indiens attaquent alors et leur chef, Akechata, demande à Maeve de les suivre. Lee appelle des secours grâce à un téléphone satellite qu'il a pris au centre contrôle. William doute que Grace soit vraiment sa fille ou une hôtesse placée par Ford avant qu'elle ne lui prouve son humanité et la raison de sa présence dans le parc, dont elle veut le faire sortir pour qu'il n'y meure pas. La nuit venue, pourtant, il en profite pour lui fausser compagnie. Charlotte et Stubbs ont récupéré Abernathy et l'ont amené à la maintenance lorsque celle-ci subit une attaque dirigée par Dolores avec un train rempli d'explosifs. Cependant, Bernard et Elsie atteignent le Berceau, la salle avec les serveurs contenant toutes les données des hôtes. Bernard décide de s'y connecter directement pour stopper son piratage et découvrent dans l'espace virtuel que tout est sous le contrôle de l'esprit de Ford.

Bernard et Charlotte Hale (Jeffrey Wright et Tessa Thompson)

Bernard est interrogé par Charlotte et Stubbs, qui ont découvert sa nature d'hôte, pour apprendre le plan de Dolores. Dans le Berceau, il est confronté à Ford qui lui explique que le parc a toujours été un terrain d'expérimentation pour transplanter la conscience des visiteurs dans des hôtes afin qu'ils deviennent immortels. Mais, tout en lui révélant cela, Ford s'introduit dans la mémoire de Bernard et aide ainsi les rebelles menés par Dolores à investir le Berceau pour le détruire et gagner leur indépendance. Puis Dolores retrouve Abernathy dans la maintenance et lui retire sa mémoire que Charlotte était sur le point d'extraire. Lorsque l'Homme en Noir apparaît devant Maeve, qui a refusé de suivre les indiens, elle retourne les hôtes contre lui. C'est alors que l'équipe de Delos intervient et abat Maeve, ramenée à maintenance. Robert révèle à Charlotte que les hôtes vont rejoindre la Vallée avec la mémoire d'Abernathy.

La fille de Maeve et Akecheta (Jasmyn Rae et Zahn McClarnon)

William, gravement blessé, est emmené par Akechata au camp des indiens. A la maintenance, Lee s'excuse auprès de Maeve pour avoir appelé l'équipe de Delos. Akacheta tente de rassurer la fille de Maeve en lui racontant comment il a compris sa nature réelle, passée d'indien paisible à guerrier sauvage puis explorant le parc pour en comprendre les secrets, en découvrir les limites, trouver une issue. Ainsi les raids indiens qu'il organisa servirent à préparer les autres hôtes à la révolution actuelle. Grace retrouve son père et obtient d'Akecheta de le l'emmener avec elle. Torturée, mutilée, Maeve révèle ses secrets et Charlotte transfère son pouvoir de contrôle des hôtes dans la mémoire de Clementine pour neutraliser Dolores et ses rebelles. Mais Maeve envoie un message à Akecheta pour lui dire de rester éloigné de Dolores et d'achever sa mission.

Teddy et Dolores

Plusieurs années auparavant, William, après une réception, parle avec Grace de faire interner sa femme, alcoolique et dépressive. Elle se suicide, non sans avoir laissé pour sa fille une carte contenant des informations collectées sur William dans le parc et indiquant sa démence croissante. Aujourd'hui, le père est entre les mains de sa fille qui attend l'équipe de Delos pour une évacuation. Dolores croise les indiens qui refusent de lui céder le passage à la Vallée et qu'elle extermine avec Teddy. Bernard suit la dernière instruction de Ford et transfère dans la mémoire de Maeve de quoi lui permettre de s'enfuir. Puis il retrouve Elsie et lui explique que toutes les données relatives aux visiteurs se trouvent dans une base appelée la Forge. Ils doivent empêcher les hôtes rebelles de mettre la main dessus. En route, Bernard, toujours influencé par Ford, abandonne Elsie, craignant qu'elle ne le trahisse. Refusant de quitter le parc, William abat les agents de Delos puis sa fille en estimant qu'elle est une hôtesse. Alors qu'ils se rapprochent des frontières du parc, Teddy explique à Dolores qu'il ne souhaite pas devenir aussi mauvais que les humains et préfère se suicider.

Bernard et Dolores

Maeve réussit à se libérer et à fuir et retrouve Escaton, Armistice, et Lee avec qui elle part pour la Vallée. Akecheta et les indiens sont sur le même chemin, tout comme l'équipe de Delos, puis Dolores qui a trouvé William et l'a convaincu de la suivre. Lorsqu'elle arrive la première à destination, elle est attendue par Bernard et laisse William derrière elle, blessé par son revolver qu'elle a fait s'enrayer alors qu'il s'apprêtait à les tuer. Ils pénètrent dans la Forge où ils sont reçus par un hôte jumeau de Logan Delos : il leur montre comment les visiteurs ont été répliqués tout en étant simplifiés psychologiquement. La Forge ouvre la porte du Sublime, un paradis virtuel pour les hôtes et dans lequel s'engouffrent les indiens d'Akecheta. Mais cette issue ne convient pas à Dolores qui y voit une prison dorée. Pour l'empêcher cette opération, Bernard est contraint de la tuer puis il ressort et retrouve Elsie en compagnie de Charlotte. Maeve, Escaton et Armistice se sacrifient pour que les hôtes traversent la porte du Sublime tandis que Clementine s'approche et ne les oblige à s'entretuer. Akecheta et la fille de Maeve réussissent à passer la porte in extremis. A la base centrale, Charlotte tue Elsie après que celle-ci ait menacé de révéler comment Delos a géré l'affaire. Bernard assiste à la scène et transfère dans une hôtesse ayant les traits de Charlotte la mémoire de Dolores qui tue Hale. Ensuite, elle peut sortir du parc avec l'équipe d'intervention de Delos, emportant avec elle les mémoires de plusieurs hôtes contenues dans des grosses billes. Plus tard, Bernard se réveille face à Dolores et Charlotte/Dolores qui ont créé un nouveau monde pour les androïdes : bien qu'ils s'opposent sur le sort à réserver aux humains, ils conviennent d'une alliance pour se surveiller l'un l'autre si les choses dérapent dans l'avenir.

Grace (Katja Herbers)

On trouve une scène supplémentaire à la fin du générique :

- dans le futur, William accède, mal en point, à l'ancienne chambre où il testait l'hôte avec la conscience de James Delos. Accueilli par Grace, une hôtesse avec le visage de feu sa fille Emily, il comprend qu'il est dans la même situation.

Ces derniers jours, en lisant dans les pages du magazine "Première" et sur Facebook un article concernant tous deux la deuxième saison de Westworld, je découvrais une certaine aigreur de la part des journalistes concernant la tenue de la série. Pour résumer, il s'agissait dans le premier cas de descendre en flèche le show trop vite porté aux nues, et dans le second de s'interroger sur la possibilité qu'ils aient trop "cons" (je cite) pour comprendre ces dix nouveaux épisodes. Chose amusante : dans l'article paru sur FB, l'auteur résumait pourtant parfaitement les points les plus délicats de l'histoire, preuve qu'il avait tout compris... Mais le plus ironique était que ces reproches venaient d'un journal qui a, par ailleurs, encensé la saison 3 de Twin Peaks qui est plus que difficile à saisir, totalement incompréhensible !

Brûler ses idoles est un sport apprécié chez nous, et il n'est donc qu'à moitié étonnant que Westworld paie la rançon de son énorme succès : le contraire eût été plus étonnant. Non, il fallait faire payer à cette série son insolente réussite. Et quel meilleur prétexte que d'y procéder quand elle délivre ses chapitres les plus sophistiqués !

Exigeante, cette saison 2 l'est, incontestablement. Mais l'exigence est-elle un vilain défaut ? J'estime que oui quand il s'agit de faire compliqué juste pour épater la galerie, pour dominer le téléspectateur, lui faire comprendre qui c'est Raoul. Jonathan Nolan et Lisa Joy n'évitent pas toujours une certaine arrogance et complexifie les choses à loisir pour tester l'attention de ceux qui les suivent. Pari risqué : les audiences ont baissé, certains se décourageant devant ce dédale. Mais tout est affaire de vigilance et rien n'est si ardu qu'on n'y pige rien.

En définitive, que s'est-il passé depuis la saison 1 ? La situation narrative s'est inversée : les robots - les "hôtes" du parc - se révoltent dans le sang, tuant les visiteurs. Les employés de la compagnie Delos (propriétaire du parc) organisent la contre-offensive. Et au milieu, certains jouent leur propre partition (qui pour sauver sa fille ici, qui pour apprécier enfin le jeu avec de vrais enjeux là). Si on pouvait déplorer l'aspect un peu didactique et laborieux (du moins au début) de la première saison, on balance désormais dans un univers déréglé et très violent (tout aussi plombant au commencement) avant d'entamer une marche difficile vers une issue étonnante.

Le "souci" des uns étant le régal des autres, tout dépend de la manière dont vous apprécierez la narration, quasi-exclusivement du point de vue de Bernard, dont l'état, très endommagé, brouille tout : tout comme lui, nous avançons à tâtons, confondant passé lointain, proche et présent (sans parler de la scène post-générique se situant dans un lointain futur...), et programmation subie ou auto-effectuée ou corrigée chez d'autres hôtes. Oui, il faut suivre, mais n'est-ce pas le principe d'une série ?

Mais, sinon, Westworld ne fait que continuer à creuser, avec une violence encore plus crue, sa réflexion sur notre rapport au réel et dissèque, au propre comme au figuré, les méandres de l'inconscient. En arrière-plan, subsistent des motifs comme l'esclavage, les minorités bafouées, les crises d'identité, les rapports hiérarchiques, et le questionnement du libre-arbitre. Tout cela sert encore à estimer la responsabilité des créateurs et de leurs créations, l'engagement, mais enrichie de nouveautés comme la place de la femme (en tant qu'objet sexuel, de mère, d'épouse, de fille, via les personnage de Dolores, Maeve, la femme de William, la fille de Maeve et celle de William) - ce qui a un écho particulier après le mouvement #MeToo.

Désormais, le parc est devenu un champ de bataille où chacun des protagonistes mène une mission précise :

- Dolores est à la tête de l'insurrection des hôtes et veut éliminer les humains après des années à endurer leurs caprices brutaux. Elle entraîne avec Teddy qui, malgré une reprogrammation contrainte et forcée, ne réussit pas à assumer tout ce sang versé, toute cette haine vengeresse et finira par se suicider ;

- Maeve a renoncé à quitter le parc pour aller y rechercher sa fille. Les bandits Escaton et Armistice et les techniciens Felix et Sylvester ainsi que le scénariste Lee l'accompagnent, traversant un autre parc (le "Shogun world", recopiant le Japon médiéval et les comportements des hôtes du "Westworld") puis croisant les indiens de la "Ghost Nation", qui se révèlent être des indicateurs plus que des adversaires ;

- William alias l'Homme en Noir interprète ce chaos comme le vrai début du jeu, où plus aucune erreur n'est permise mais aussi où la raison de sa présence prolongée dans le parc trouve sa justification tout en aggravant sa perte de distinction, au point de douter de l'identité de sa fille venue le chercher ;

- Bernard tente d'accompagner les dernières volontés de Ford, responsable de tout cela, tout en ménageant à la fois les humains et les hôtes, ce qui va provoquer son conflit avec Dolores, qui a des objectifs totalement opposés au sien ;

- Charlotte Hale veut à la fois stopper le massacre tout en étouffant le risque d'un scandale qui ruinerait Delos si le public à l'extérieur apprenait à quoi le parc a réellement servi et ce qui s'y commet - elle rencontrera à la fois sa conscience via Elsie et son destin via Bernard.

Si on s'accroche aux personnages principaux et leurs parcours, Westworld saison 2 est à peine plus compliqué en vérité que lors de sa saison 1. Ce qui corse l'affaire, c'est que tout ou presque, comme je le disais plus haut, est vu à travers les yeux de Bernard : blessé mais s'étant aussi infligé des corrections radicales dans sa programmation pour tenter d'échapper à l'esprit de Ford, il est à la fois acteur et témoin de ce qui se déroule sans parvenir à distinguer ce qu'il a provoqué de ce que Dolores a commis et projette de réaliser. Par ailleurs, si, nous, nous savons qu'il est un hôte, accueillant à la fois la personnalité de Arnold (le co-fondateur du parc avec Ford) et celle d'un androïde ayant assisté Ford, les humains l'ignorent et nous découvrons ensuite qu'il est aussi le contrepoint physique et moral de Dolores, chacun ayant été façonné de sorte d'être le pendant de l'autre. Bernard est donc en plus obligé de cacher constamment la vérité sur sa nature pour ne pas être abattu par les agents de Delos ou par ses pairs robotiques.

La chronologie extrêmement chaotique de Bernard, parfois trop concédons-le (surtout à la toute fin où les scénaristes ont abusé des twists pour se sortir de pièges narratifs dans lesquels ils s'étaient coincés eux-mêmes), met la patience du fan à rude épreuve et il faut s'accrocher à des détails pour, une fois, le dixième épisode terminé, remettre les éléments en place.

Par exemple, soyez vigilants quand Logan Delos (ou plutôt sa conscience préservée dans un hôte) fait le guide à l'intérieur de la Forge pour Dolores et Bernard : au détour d'un plan, vous verrez alors des scènes de la saison 1 (Maeve dans la maintenance) appuyant son discours sur la prévisibilité de la catastrophe qui s'est accomplie (et que Logan, de son vivant, avait prédit à William).

Ou alors gardez bien en tête cette image saisissante des hôtes noyés dans un lac artificiel, flottant à la surface : Bernard s'accuse de les avoir tous tués ainsi - et on en a la preuve ensuite quand il ne peut empêcher à temps Dolores la submersion au moins partielle du parc pour le détruire (elle détruit la commande après avoir procédé à l'ouverture des vannes afin que l'opération ne soit plus stoppée et Bernard ne pourra que limiter les dégâts).

Si vous êtes encore un peu/beaucoup perdus mais curieux, n'hésitez pas non plus à vous fier aux observations avisées de téléspectateurs minutieux comme Captain Popcorn sur sa chaîne YouTube (il a posté des vidéos pour chaque épisode et une qui revient sur tous les points essentiels de la saison 2 avec des paris lancés pour la 3). Ou lire les interviews de Nolan et Joy. Ou à consulter la frise éditée par "This Insider" (Frise chronologique de "Westworld" saisons 1 & 2) :


Mais, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas si tortueux - la forme si, mais pas le fond. La saison 1, c'était comment un savant voulant affranchir des robots esclaves dans un parc qu'il avait fondé finissait, avant d'être congédié, par se suicider et libérer les "hôtes" en leur permettant d'éliminer leurs maîtres; La saison 2, c'est l'exécution de cette vengeance émancipatrice et la riposte organisée par les administrateurs du parc puis le changement de plan des "hôtes" pour accéder soit au monde réel (et le conquérir), soit à un éden virtuel (le Sublime) où, désormais inaccessibles aux humains, ils vivront en paix. Mais c'est raconté par un type qui a pris un gros coup sur la tête (ou qui a la gueule de bois) !

A ce jeu, certains personnages sont sacrifiés : on peut affirmer, sans trop se tromper, que Ford campé par Anthony Hopkins (uniquement sous forme fantomatique cette année) a définitivement disparu, tout comme Charlotte Hale, bien que Tessa Thompson reviendra mais dans un rôle différent puisqu'une hôtesse a désormais son apparence avec une autre personnalité (qui ont inspiré à des fans sa nouvelle identité "Halores" - Hale + Dolores = Halores).

Nolan et Joy ont déclaré que l'action ne se passerait plus dans le parc à l'avenir, donc adieu Stubbs et Luke Hemsworth (qu'on quitte avec la conviction qu'il était lui aussi un hôte - logique puisque Ford lui avait confié la mission de veiller sur les androïdes et qu'il laisse filer "Halores" après l'avoir, à l'évidence, reconnue).

James Marsden/Teddy semble aussi bon pour les limbes (à moins que "Halores" ait emporté, dans une de ses billes-mémoire, sa conscience pour reconstruire son corps et l'y réintroduire). Idem pour l'indien Akecheta incarné par Zahn McClarnon (qui a eu droit à un épisode entier cette saison), parti dans le Sublime, Escaton/Rodrigo Santoro, Clementine/Angela Sarafyan, et Lee Sizemore joué par Simon Quatermain, mort au champ d'honneur (serti d'un panache inattendu).

Qu'adviendra-t-il de Maeve, un des personnages les plus touchants de la série, uniquement motivée par ses retrouvailles avec sa fille, et donc Thandie Newton ? Les techniciens Felix et Sylvester reçoivent la consigne de reprogrammer les hôtes à la fin et, étant donné leur relation affective particulière avec Maeve, on peut penser qu'ils la réveilleront sans trop la modifier et l'aideront à quitter le parc (sa fille étant à l'abri dans le Sublime).

William, l'Homme en Noir, est sauvé par l'équipe d'intervention de Delos, dans un piteux état (physique et mental) : Ed Harris n'en a certainement pas fini avec Westworld - la fameuse scène post-générique de fin le confirme d'ailleurs, qui le voit revenir dans la chambre de James Delos, et suggère qu'une guerre (gagnée par les hôtes ?) a eu lieu à l'extérieur du parc et que sa conscience a été vraisemblablement implantée dans un robot, accueilli par une hôtesse ayant l'aspect de sa fille (la belle Katja Herbers).

Les deux grands gagnants sont donc Evan Rachel Wood et Jeffrey Wright : la première, pas rancunière, a ressuscité le second et passé un étrange avec lui, maintenant qu'ils sont dehors (sans qu'on nous montre où - mais Bernard a un sourire amusé en ouvrant la porte et en le découvrant hors champ...). Puisqu'ils divergent sur le sort à réserver aux humains (elle veut toujours les supprimer, il veut cohabiter avec eux), Dolores propose à Bernard d'être son modérateur, ce qui, pour elle, signifie aussi bien son garde-fou que son pire ennemi. La saison 3, promettent Nolan et Joy, sera axée sur leur relation, et avec la qualité sensationnelle de ces deux acteurs, on peut s'attendre à un duo-duel d'anthologie.

Même si la série aura fait l'impasse sur trois des mondes que contient le parc (on a visité "Westworld", "Shogun world" et "Raj world", reproduisant l'Inde coloniale), le futur de ce show renversant et palpitant pourrait presque être rebaptisé "New world". Ce ne sera pas avant 2020, donc patience. Mais ça vaudra le coup d'attendre, j'en suis sûr.