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dimanche 21 mai 2023

LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL. 3, de James Gunn


Après bien des péripéties, Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est enfin sorti dans les salles. James Gunn, son scénariste et réalisateur, clôt non seulement sa trilogie mais quitte du même coup définitivement les studios Marvel pour partir diriger le DCU. Il est donc fortement conseillé d'avoir vu les deux précédents longs métrages consacrés aux personnages (et aussi le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame) pour apprécier ce récit, plus grave que d'habitude.
 


Adam Warlock, le "fils" de la prêtresse Ayesha que les Gardiens de la Galaxie avaient dupée, attaque la station Knowhere. Dans le feu du combat, il blesse gravement Rocket Raccoon avant que Nebula le touche à son tour et le force à battre en retraite. Incapable de sauver Rocket, l'équipe décide de gagner le Q.G. d'OrgoCorp où leur ami servit de cobaye à des expériences dans le passé.


Dans le coma, Rocket se souvient de l'époque où il était aux mains du Maître de l'Evolution, un savant fou et puissant qui ambitionnait de créer et peupler une Contre-Terre pacifiste avec des créatures anthropomorphiques. Rocket partageait ses souffrances avec d'autres animaux comme Sol le lapin, Lyla une loutre et Teefs le morse. Mais développant une intelligence que jalousait le Maître de l'Evolution, Rocket devina qu'il allait être sacrifié et entreprit de fuir avec ses amis. Lui seul y parvint.


Une fois à proximité d'OrgoCorp, les Gardiens retrouvent les Ravageurs et Gamora qui les aident à pénétrer dans le bâtiment. Ils y dérobent avec perte et fracas le dossier médical de Rocket puis, de retour dans leur vaisseau, constatent que des données importantes en ont été effacées par Theel, l'assistant du Maître de l'Evoltuion. Ils partent donc pour la Contre-Terre sans savoir que Adam Warlock et Ayesha, qui est redevable au Maître pour la naissance de son "fils", les suivent.


Une fois sur la Contre-Terre, Star_Lord, Nebula et Groot sont aidés par les habitants pour trouver la pyramide du Maître de l'Evolution, pendant que Drax, Mantis et Gamora veillent sur Rocket toujours entre la vie et la mort. La rencontre avec le Maître dégénère quand ce dernier, déçu d'avoir été dénoncé par ses créatures, décide de détruire la Contre-Terre et de partir dans l'espace à bord de sa pyramide. Drax et Mantis, impatients, ont rejoints Nebula au pied du bâtiment-vaisseau alors que des explosions dévastent la planète.


Star-Lord et Groot sautent de la pyramide qui décolle en embarquant Theel tandis que Drax, Mantis et Nebula montent, eux, à bord et découvrent des centaines d'enfants en cage pour servir de cobayes au Maître de l'Evolution. Star-Lord extrait de Theel les données manquantes du dossier médical de Rocket et avec Groot embarquent dans le vaisseau où leur ami se trouvent avec Gamora. Adam Warlock voit Ayesha mourir dans une explosion au moment où ils tentent d'aborder le vaisseau des Gardiens et le souffle de la déflagration le propulse à l'intérieur. 
 


Cependant, Star-Lord, Gamora et Groot sauvent Rocket avant que Nebula ne leur donne sa position. Ils prennent en chasse la pyramide du Maître de l'Evolution et, avec le renfort de Kraglin, lui barre la route avec la station Knowhere. Les enfants sont évacués de la pyramide à la station tandis que les Gardiens au complet avec le renfort d'Adam Warlock affrontent le Maître de l'Evolution. Rocket se refuse finalement à le tuer pour ne pas prolonger ce cycle de violence...

Deux scènes post-générique de fin conclut le film : 

- la première montre la nouvelle formation des Gardiens (Rocket devenu le leader, Groot, Kraglin, Cosmo, Adam Warlock et Phyla, une des enfants rescapés) part en mission après la décision de Star-Lord de repartir sur Terre, de Mantis de faire un break, de Gamora de réintégrer les Ravageurs, de Drax et Nebula de s'occuper des enfants retirés au Maître de l'Evolution ;

- la seconde montre Peter Quill en train de prendre le petit-déjeuner avec son père adoptif sur Terre, avant qu'un carton à l'écran indique que "le légendaire Star-Lord reviendra".

Après une Phase IV au mieux inégale, au pire médiocre, et un début de Phase V peu convaincant (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania s'est ramassé au box office), beaucoup d'espoirs reposaient sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Et quelque chose me dit que James Gunn, scénariste et réalisateur du film, a dû sourire de cette situation...

Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut remonter à la sortie du précédent volume des Gardiens de la Galaxie en 2017. Si le film fut un succès, en dépit d'avis mitigés, pour le Gunn, ce fut le début d'une mauvaise passe. De vieux tweets déterrés par des détracteurs de Droite du cinéaste conduisirent Disney à le sanctionner en l'écartant d'abord du troisième long métrage puis carrément en le virant. Tout le casting s'en émut et menaça d'abandonner tout projet avec le studio si Gunn n'était pas réintégré. Pendant ce temps, ce dernier, abordé par la concurrence, signa pour The Suicide Squad chez Warner (sorti en 2021) dont le succès critique et public (dans le contexte particulier d'alors, en pleine pandémie) convainquit Disney de revenir en arrière.

Le reste appartient à l'Histoire : la Warner resta en contact avec Gunn et lui proposa de refonder le DCU sur grand écran après les échecs du "Snyderverse" tandis que le cinéaste bouclait le tournage des Gardiens de la Galaxie vol. 3. Et, happy end, cet ultime chapitre cartonne depuis sa sortie en salles. Marvel studios doit donc une fière chandelle au mec qu'ils avaient renvoyé comme un malpropre.

Pour Gunn, boucler cette trilogie était aussi le moyen de raconter l'histoire du personnage qu'il aimait le plus : Rocket Raccoon. On raconte même qu'il avait initialement envisagé de mettre en scène un spin-off entièrement consacré au raton-laveur et Groot pour revenir sur le passé douloureux du premier, avant de se raviser, tout comme il changea de méchant en cours de route (passant de Annihilus au Maître de l'Evolution).

Ce qui frappe donc, d'emblée, c'est le ton plus grave de l'histoire. Rocket est rapidement gravement blessé et va passé les deux tiers du film sur une table d'opération entre la vie et la mort, à se remémorer ses origines, tenté d'abdiquer en se souvenant de ses amis disparus. Sans concessions, le film traite de la maltraitance animale de manière poignante et des dérives du transhumanisme. Le supplice que traverse Rocket dans des flashbacks très émouvants vous serre le coeur. On comprend à quel point Gunn s'est projeté dans ce personnage, le transformant en une figure sacrificielle, profondément touchante et blessée.

Qu'importe alors que le Maître de l'Evolution soit joué de façon un peu trop souvent hystérique par Chukwudi Iwuji (à la différence des comics où il est un savant fou et puissant mais d'une froideur totale, d'un détachement effrayant) : le face-à-face entre Rocket et ce néo-Docteur Moreau (inspiré par le héros du roman de H.G. Wells) réserve son lot de scènes mémorables, cruelles, et pour lesquelles Gunn trouve un dénouement tout sauf manichéen.

Le cinéaste n'a jamais envisagé les Gardiens comme une équipe de super-héros comme les Avengers, mais plutôt comme une famille que chacun de ses membres s'est choisie. Gunn a dû composer avec des éléments qu'il n'a pas choisis (et qui compliquent inutilement le récit, comme la Gamora issu de Avengers : Endgame, qui a tout oublié de son passé avec les Gardiens et n'est donc plus l'amante de Star-Lord), mais il les exploite avec adresse pour redynamiser le groupe, ses relations. Il donne aussi une suite directe à ce qu'il avait mis en place dans le volume 2 avec Ayesha et Adam Warlock en les reliant au Maître de l'Evolution et si, là aussi, son interprétation de Warlock peut dérouter par rapport aux comics (où il était un personnage plus mûr), elle a une vraie logique dans ce contexte, incarné avec recul par Will Poulter.

Alors, pourquoi ça fonctionne contrairement à la majorité de ce qu'a livré la Phase IV et Quantumania ? Qu'on apprécie ou pas le style coloré, décalé, de Gunn, on ne peut nier qu'il a un style affirmé, peut-être même le plus prononcé, le plus personnel, de tout le MCU. Dans la mesure où il écrit et dirige ses films, il en a le contrôle et en assume tous les aspects, parfois même les plus controversés (comme sa vision de Drax en gros bouffon plutôt qu'en réel destructeur ou de Mantis qui devient une ingénue comique au lieu d'une madone céleste). Quand on va voir un film de Gunn, on sait où on met les pieds, on ne peut pas jouer la surprise ou s'offusquer des libertés prises. Et ce sera intéressant de voir comment il s'emparera du DCU, à commencer par Superman dont il a écrit et mettra en scène le grand retour en 2024-2025.

Il y a donc cette exubérance familière et qui assure à la trilogie une vraie unité esthétique et narrative, une inventivité, une sorte d'insouciance, un refus de se prendre trop au sérieux tout en faisant le job sérieusement. Tout cela témoigne d'un amour pour le matériau de base, son folklore, mais aussi d'une approche singulière, sincère, sentimentale même. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence après tout un tas de films de la Phase IV où les spectateurs ont été perdus par les choix de Kevin Feige ou déçus par des opus trop ou pas assez, sans désormais de menace commune, de fil rouge (comme l'incarnaient Thanos et les pierres d'infinité). En existant en marge du reste mais en développant leurs propres thèmes, leurs propres méchants, les rapports entre les Gardiens, la trilogie de Gunn a échappé à ces sorties de route pour former un tout solide, certes imparfait, mais honnête avec lui-même et le public.

Enfin, plus que tout autre film ou trilogies du MCU, Gunn a bâti son oeuvre avec une troupe qui a fait corps avec son projet. Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Dave Bautista (même si ce dernier s'est plaint de l'évolution de son personnage), Pom Klementieff, ainsi que Bradley Cooper et Vin Diesel (qui ont prêté leur voix à Rocket et Groot), tous  sont indissociables de la réussite de ces trois films et de celui-ci en particulier (sans oublier le spécial diffusé fin 2022 sur Disney +). Cette famille d'acteurs dont certains ont vu leur carrière propulsé grâce à Gunn, qui les a imposés à Disney, a soutenu le réalisateur comme des enfants auraient soutenu un père mais ont aussi défendu leurs rôles en jouant à fond le jeu, communiquant leur plaisir à l'audience.

Alors que le MCU est actuellement en plein gestion du scandale lié à Jonathan Majors (Kang à l'écran, empêtré dans une sale affaire de violences sur sa compagne et rattrapé par des témoignages sur son comportement toxique de longue date), et en attendant la sortie à l'automne de The Marvels (la suite de Captain Marvel), Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 ressemble à la fin d'une époque. Le studio va devoir d'une manière ou d'une autre changer, évoluer, peut-être en lâchant la bride à ses cinéastes, en repensant son modèle. Gunn parti, Kevin Feige va devoir prouver qu'il n'a pas perdu son mojo, sa vista, tandis que Bob Iger, l'ex-président de Disney revenu en catastrophe, opère une restructuration drastique.

jeudi 2 février 2023

LE DCEU EST MORT ! VIVE LE DCU !


De la fin du DCEU au début du DCU...


Les architectes du DCU : Peter Safran - James Gunn

James Gunn nous aura fait (un peu) attendre mais depuis le début de cette semaine, on en sait plus sur le plan qu'il a établi pour le DCU dont il est à la tête désormais avec le producteur Peter Safran. Le cinéaste a été désigné comme l'architecte des films, séries télé et jeux vidéos produits par Warner Bros. à partir du catalogue de DC Comics, après l'échec du Snyderverse, initié avec Man of Steel de Zack Snyder il y a tout juste dix ans.

David Zazlav, le nouveau patron de Warner Bros. Discovery, cherchait depuis qu'il avait pris la tête du studio l'équivalent de Kevin Feige, celui qui a fait de Disney/Marvel l'empire multimédia qu'on connaît. Il s'agissait de proposer un univers partagé cohérent avec un fort potentiel commercial, une manière de tourner la page aux années Zack Snyder polluées par une fanbase toxique, le director's cut de Justice League, et pas d'errements artistiques (dont le dernier en date a abouti au navrant Black Adam par lequel Dwayne Johnson s'est rêvé calife à la place du calife).

On raconte que la quête de cet architecte a été une valse-hésitation et que beaucoup on refusé le siège (Todd Phillips notamment, mais aussi Phil Lord et Chris Miller), avant que James Gunn ne soit désigné. Le réalisateur des Gardiens de la Galaxie chez Marvel s'apprête à sortir le troisième et ultime volume des aventures de ces héros et, entre-temps, avait signé pour WB le film The Suicide Squad et la série dérivée du film, Peacemaker, deux succès critiques. Par ailleurs, c'est un authentique fan du DC-verse, soucieux de remettre les auteurs au centre du jeu.

Il sera secondé par le producteur Peter Safran, son partenaire sur The Suicide Squad et son ami. Avec ces deux hommes, c'en est fini du DCEU (pour DC Extended Universe) car Gunn a rebaptisé son initiative DCU (pour DC Universe), comme on le dit pour les comics. Dès leur nomination, le tandem a subi les attaques des trolls pro-Snyder, qui rêvaient encore à une suite de Justice League et aux retours de ses acteurs fêtiches (Henry Cavill, Ben Affleck, Gal Gadot, Ray Fisher) en affirmant, sans rire, que le long métrage remonté pour HBO Max avait été un succès comparable aux Avengers de Marvel (c'est cela, oui...).

Il reste des reliquats du DCEU a exploiter en salles : d'abord avec Shazam ! the Fury of Gods ; puis The Flash (avec Ezra Miller, dont les tribulations ont alimenté les gazettes ces derniers mois tout comme la production chaotique du film), puis Blue Beetle (que Gunn présente comme le premier vrai jalon de son DCU), et enfin Aquaman and the Lost Kingdom (avec Jason Momoa, qui serait dans les petits papiers de Gunn et Safran). Toutefois il semble acquis que c'est l'histoire de The Flash qui justifiera le reboot incarné par le DCU (quand bien même, très diplomatiquement, Gunn a expliqué que le cas Ezra Miller sera tranché une fois l'acteur débarrassé de ses casseroles pyschologico-judiciaires - je parie donc qu'on ne le reverra plus dans le DCU et j'en suis heureux).

Maintenant que ceci est posé, passons au programme dévoilé par James Gunn sous le titre générique Gods and Monsters, et qui concerne à la fois le cinéma, la télé mais aussi les jeux vidéos. Car désormais tout sera lié et les futurs acteurs qui personnifieront les héros du DCU signeront pour une longue durée et joueront leurs rôles aussi bien dans les productions pour le grand que pour le petit écran.


Le 11 Juillet 2025 sera une date à cocher d'une croix blanche car ce jour-là sortira en salles Superman Legacy, premier étage de la fusée du DCU. James Gunn est déjà à l'écriture de ce long métrage qui ne sera pas une origin story mais réintroduira un Superman plus jeune, apprenant à composer avec son héritage kryptonien sur Terre.
La photo postée sur Twitter par James Gunn du hardcover de All-Star Superman (de Grant Morrison et Frank Quitely) a affolé les fans car cette mini-série en douze épisodes est unanimement considérée comme un chef d'oeuvre. Toutefois, je serai plus prudent car l'intrigue raconte douze travaus accomplis par Superman avant sa mort et ça ne me paraît pas être le récit idéal pour ramener le personnage, même si des éléments peuvent inspirer le cinéaste.
D'ailleurs, Gunn réalisera-t-il aussi ce long métrage ? C'est fort probable, mais pas assuré par l'intéressé. Pas de casting non plus, même si on sait que Henry Cavill ne sera plus le Man of Steel, désormais trop âgé pour l'histoire envisagée et surtout plus sous contrat avec le studio (sans compter que le comédien ne manque pas de projets de son côté).


On reste avec les kryptoniens avec Supergirl : Woman of Tomorrow, qui semble bien parti pour être l'adaptation fidèle de la magistrale mini-série en huit épisodes de Tom King et Bilquis Evely. King avait évoqué son séjour récent à Hollywood pour écrire un script, qui serait donc inspiré de son propre récit. Gunn a expliqué que le film suivrait une Supergirl très différente de son cousin, engagée dans une aventure âpre et dans l'espace. Tout ça colle avec Woman of Tomorrow le comic-book.
Pas de réalisateur ni d'actrice annoncés, mais c'est très prometteur.


The Brave and The Bold va permettre à Gunn d'intégrer son Batman dans le DCU. Car lui et Safran ont clarifié les choses : des films comme The Batman (de Matt Reeves) et The Joker (de Todd Phillips) ne sont pas partie de la continuité, ils ont un statut à part, tout comme le dessin animé Teen Titans Go !, appartenant à ce qui s'appelera DC Elseworlds (là encore une référence à une collection de comics).
Si Gunn a prévenu qu'il n'y aurait plus une multitude de Batmen ou de Supermen, il semble avoir obtenu qu'un Batman existe dans le DCU et qu'il sera introduit dans The Brave and The Bold, un long métrage où il partagera l'affiche avec Damian Wayne, son propre fils, dernier Robin en date (et Robin préféré de Gunn).
Incorporé à la continuité des comics par Grant Morrison (encore lui), Damian Wayne a d'abord fait équipe avec son père Bruce, avant d'être le partenaire de Dick Grayson sous le masque de Batman. Mais je doute que Gunn fasse de Dick Grayson son Batman. En revanche, il semble résolu à présenter la Bat-family à terme, donc Batgirl (dont le film a carrèment été annulé après avoir été terminé), Nightwing, voire Tim Drake, Jason Todd, ou Alfred Pennyworth.
 

Avant-dernier film annoncé pour cette Phase 1 : Swamp Thing. Après une série qui n'aura connu qu'une saison (acclamée) sur HBO Max, la créature des marais va revenir sur le grand écran et s'annonce déjà comme quelque chose de très différent du reste (mais qui pourrait ouvrir la porte à un pan plus surnaturel, magique du DCU).
On reconnaît là à la fois le goût de Gunn pour des personnages inattendus, marginaux. Et, aux dernières nouvelles, le réalisateur James Mangold (Logan) serait déjà attaché au projet, ce qui serait une excellente recrue.


Mais la surprise du chef pour conclure ce volet cinéma, c'est bien entendu l'annonce concernant l'adaptation ciné de The Authority, la série créée par Warren Ellis et Bryan Hitch, qui révolutionna le genre super-héroïque chez Wildstorm à la fin des années 1990-début des années 2000.
Cette réponse violente et impertinente à la Justice League, qui devança Ultimates aussi, est taillée pour le grand écran et serait une manière d'introduire des personnages que DC Comics a le plus grand mal à intégrer à sa continuité depuis la fin de Wildstorm tout en offrant une solution de rechange (provisoire) au retour de la Justice League en salles. Croisons les doigts pour que celui qui s'en chargera soit à la hauteur et qu'il choisisse la formation originale (ci-dessus) pour le film.


En parallèle des films prévus, Gunn va aussi développer des séries télé ambitieuses, à commencer par Creature Commandos, interprétation libre d'un obscur comic-book, et qui prolongera ce qu'il avait fait sur The Suicide Squad. Cette série mélangeant animation et prises de vues réelles comptera sept épisodes écrits par Gunn et diffusés sur HBO Max.


Plus prévisible, Booster Gold aura droit à sa propre série en live action. Grand fan du héros venu du XXXVème siècle, Gunn en confiera--il l'interprétation à Chris Pratt que beaucoup voit dans le rôle (et avec qui le cinéaste veut retravailler après Guardians of the Galaxy vol. 3) ? Et en voyant plus loin, Booster Gold préparera-t-il une adaptation (ciné ou télé) de Justice League International (de J.M. DeMatteis, Keith Giffen et Kevin maguire), pour laquelle Gunn serait le réalsateur idéal ?


Présentée comme True Detective avec Hal Jordan et John Stewart dans les rôles de deux Green Lanterns enquêtant sur un sombre mystère, la série pour HBO Max Lanterns ne manque pas d'ambition. Cela fait un moment qu'on parle d'une série sur le Green Lantern Corps, mais celle-ci serait écrite par des scénaristes de Watchmen (version Damon Lindelof). Alléchant.


Paradise Lost se déroulera avant les événements narrés dans Wonder Woman et Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins sur l'île des amazones, Themyscira. Toutefois la cinéaste ne sera pas impliquée (elle ne semble pas faire partie des plans de Gunn et Safran et a des projets chez Marvel). A priori, cela aboutira à un recast de Diana Prince (Gal Gadot étant elle aussi sur la touche) et de ses semblables, avant un retour de WW sur grand écran (dans une Phase 2 ?).


Enfin, c'est acquis : Amanda Waller incarnée par Viola Davis va avoir droit à son propre show, sobrement intitué Waller. Là aussi, c'était depuis un moment dans les tuyaux mais la comédienne va enfin disposer d'une série où elle aura du temps d'écran. Et comme une saison 2 de Peacemaker est d'ores et déjà confirmée, Viola Davis pourrait bien devenir la Nick Fury du DCU, proche comme le personnage des comics d'une surveillante des surhumains (et avec Superman, Batman, Robin, Swamp Thing et les autres, elle ne manquera pas de taf).

James Gunn a également précis, pour les gamers, que les futurs jeux estampillés DC raconteraient des histoires complémentaires aux films et aux séries. Univers partagé au maximum donc.

Alors oui, il y a des personnages qui manquent, et oui, tout dépendra des succès commerciaux de ces projets pour que le plan prévu sur 8-10 ans de Gunn et Safran puisse être mené à bien. Mais il y a des motifs pour se réjouir car Gunn est un créatif aux commandes de ce gros paquebot qu'est le DCU, il est animé par un amour sincère pour cet univers, c'est un vrai fan de comics, et son plan est intelligent, varié. David Zazlav paraît lui avoir accorder sa confiance et des moyens à la hauteur. 

Par ailleurs, comme l'a précisé le cinéaste, ce n'est pas un "Gunn-verse", chaque auteur aura les mains libres (tant qu'il respectera la cohérence du plan) - ça signifie surtout, pour tous ceux qui râlent en espérant le retour impossible de Snyder, que Gunn ne va pas écrire et réaliser tout (pour ceux qui craignent qu'il transforme le DCU en un MCU-bis, en important son humour, son esthétique, etc.).

Pour ma part, si ça intéresse qui que ce soit, j'ai confiance. Je n'ai jamais apprécié le DCEU, Zack Snyder, et surtout ses fans toxiques. J'ai juste envie de voir de bons films adaptés des comics DC, qu'il y ait une vraie émulation entre Marvel et DC (condition sine qua non pour que la qualité soit là des deux côtés). Gunn a tourné une page, chaotique, et si je peux comprendre l'attachement de certains fans, raisonnables, à ce qui a été fait, il faut admettre que Safran et Gunn veulent repartir sur de nouvelles bases, avec leurs idées au lieu de recycler celles des autres ou d'établir une sorte de multivers ciné-télé cacophonique sans vrais chefs d'orchestre.

Si vous aimez les super-héros, leurs films, leurs séries, les comics qui sont la base de tout, et DC en particulier, vous devez au minimum accorder sa chance au DCU. Question de fair-play.

mardi 29 novembre 2022

LES GARDIENS DE LA GALAXIE : JOYEUSES FÊTES !, de James Gunn


Guardians of the Galaxy : Holidy Special (en vo) est un court métrage écrit et réalisé par James Gunn. Ce programme est semblable dans son format (trois quarts d'heure environ) à Werewolf by Night diffusé en Octobre dernier, mais cette fois il s'inscrit dans la continuité du MCU, comme un avant-goût du Volume 3 des Gardiens de la Galaxie qui sortira en Mai 2023 (en France). Un intermède sympa, drôle et touchant.


Désormais installés à Knowhere qu'ils ont racheté au Collectionneur, les Gardiens de la Galaxie retapent l'endroit. Noël approchant, Kraglin Obfonteri raconte à Mantis, Drax, Nebula et Rocket Raccoon que cette période déprime Peter Quill car, enfant, Yondu ne voulait pas qu'on en fasse une fête. De plus, la disparition de Gamora mine le moral de Star-Lord.


Mantis, qui n'a pas avoué à Peter qu'ils ont le même père (Egp - affronté dans le Vol. 2) et qu'ils sont donc frère et soeur, convainc Drax d'aller sur Terre pour trouver le seul cadeau susceptible de ragaillardir leur ami : Kevin Bacon, dont il loue les exploits légendaires. Mais sans indices sur l'endroit où il habite, ils errent sur le Walk of Fame, dans un night club avant qu'une guide touristique ne leur indique qu'il demeure à Beverly Hills.


Drax et Mantis enlèvent Kevin Bacon après avoir neutralisé les forces de police qu'il a appelées au secours et rejoignent Knowhere dans leur vaisseau spatial. mais en reoute, ils comprennent que leur cadeau n'est pas un héros mais un acteur et Mantis utilise ses pouvoirs pour le rendre plus docile.


Peter Quill découvre son "présent" et est très contrarié. Mais Kevin Bacon est convaincu par Kraglin de rester pour la fête que les Gardiens ont préparée. Groot et Nebula distribuent les cadeaux achetés sur Terre par Mantis et Drax avec l'argent de Kevin Bacon avant que celui-ci ne soit ramené chez lui. Mantis trouve alors la force de dire à Peter leur lien de parenté.

J'avais beaucoup aimé Werewolf by Night, le premier programme spécial produit pour Dusney +, et j'espérai vivement que Kevin Feige développe d'autres courts métrages comme celui-ci, plutôt que de s'entêter à mettre en chantier des séries qui, une fois sur deux, s'avèrent très décevantes. Un an après Hawkeye, qui se déroulait déjà durant les fêtes de fin d'année, voici donc Guardians of the Galaxy : Holiday Special (Joyeuses fêtes ! en vf).

Tourné pendant les prises de vue des Gardiens de la Galaxie Volume 3 (qui sortira en France en Mai 2023), ce projet tenait à coeur à James Gunn, grand fan d'un format identitique pour Star Wars (Du Temps de la Guerre des Etoiles) diffusé en 1978. Soiuvent considéré comme un nanar, il est devenu culte auprès des fans de la saga avec les années.

Ce qui est très malin de la part de Gunn, c'est d'avoir collé à l'esprit de l'objet qui l'a inspiré. On sent que tout ça a été filmé rapidement, avec peu de moyens, et surtout en respectant de manière quasi-fétichiste aux clichés du genre. Tout est parfaitement inoffensif, bon enfant, avec un esprit tendrrmeent loufoque. Plus Disney que Disney.

Du coup, James Gunn coupe l'herbe sous le pied des grincheux qui ne peuvent critiquer son court métrage en l'accusant d'être trop gentil, mièvre, puisque c'est précisément le but avoué, recherché. Il en restera toujours pour râler et dire que c'est trop sucré, que ça ne ressemble pas aux Gardiens de la Galaxie (ceux de Dan Abnett et Andy Lanning, portés aux nues pour ne pas avoir à dire du bien de ceux de Brian Michael Bendis). Mais laissons ces fâcheux sur le côté.

Car j'ai bien aimé ce Joyeuses fêtes !, qui est drôle, bienveillant, absurde et touchant aussi. Le scénario tient sur un post-it mais avec une dinguerie vraiment divertissante. Enlever Kevin Bacon pour l'offrir à Peter Quill qui a parlé de lui à ses amis comme s'il était un héros fantastique avant que les Gardiens ne comprennent qu'il ne s'agit que d'un acteur (ce qui les irrite car ils l'assimilent à un usurpateur) est extra. Et James Gunn a eu de la chance que l'acteur accepte de se moquer de lui-même comme ça (même si, apparemment, il avait prévu un plan B en cas de refus, mais ça aurait été vraiment dommage).

Mantis et Drax, qui ont été très réécrits dans les films du MCU par rapport à ce qu'on sait d'eux dans les comics, sont ici deux pieds nickelés sensationnels, enchaînant gaffe sur gaffe sans se rendre compte de l'énormité de leur projet. Et Pom Klementieff et Dave Bautista s'en donnent à coeur joie pour incarner ces deux imbéciles heureux, sûrs de leur affaire.

Bien entendu, le format du téléfilm ne donne guère de temps d'écran aux autres Gardiens, en dehors de Chris Pratt, curieusement éteint. On découvre un Groot qui a changé d'apparence (plus vraiment l'ado boudeur du Vol. 2, mais plus baraqué), Nebula toujours aussi ombrageuse mais qui fait un cadeau étonnant et très amusant à Rocket.

On a aussi droit à deux scènes en animation que Gunn justifie en expliquant que c'est encore un clin d'oeil au Holiday Special de Star Wars mais aussi parce que c'était la meilleure manière de montrer Peter jeune et de saluer Michael Rooker (l'interprète de Yondu, dont le personnage est mort dans le Vol. 2). En prime, on apprend enfin que Mantis et Peter sont demi-frère et soeur (leur père commun étant Ego, qu'ils ont affronté dans le Vol. 2 - vous l'aurez compris, il faut avoir vu ce Vol. 2 avant).

Sans prétention mais très rafraîchissant, Les Gardiens de la Galaxie : Joyeuses Fêtes ! confirme que Disney + a tout intérêt à continuer dans cette voie. Surtout que dans ce cas précis, le réalisateur-scénariste a prévenu que le Vol. 3 serait son dernier projet chez Marvel (puisqu'il est désormais en charge du DC Cinematic Universe) et surtout serait une histoire plus dramatique.  

vendredi 13 août 2021

THE SUICIDE SQUAD, de James Gunn (Critique avec Spoilers !)


Cinq and après la première adaptation au cinéma mise en scène par David Ayer, c'est donc au tour de James Gunn de proposer sa version de The Suicide Squad, qui n'est ni une suite ni un reboot, mais une vraie tentative pour le DCEU (DC Extended Universe) de trouver la bonne formule.  Bonne pioche car, en récupérant le cinéaste un temps tombé en disgrâce chez Marvel, Warner Bros réussit un très joli coup et surtotu, enfin, un vrai bon film. Qui devrait indiquer la direction à suivre pour le studio désormais...


Amanda Waller envoie deux équipes de la Task Force X, l'une commandée par le colonel Rick Flagg, l'autre par le super-mercenaire Bloodsport, au large de l'Amérique latine, sur l'île de Corto Maltese. L'endroit vient de subir un putsch militaire par des généraux anti-américains. En échange de leurs services, les criminels ayant accepté la mission bénéficieront d'une remise de peine. L'objectif : identifier le projet Starfish et le détruire. 


Le groupe de Flagg accoste le premier mais, trahi par un de ses agents, Blackguard, il est massacré par des soldats. Seule Harley Quinn survit mais elle est capturée et emmenée jusqu'à Silvio Luna, chef des putschistes. Flagg est porté disparu. Pendant ce temps, Bloodsport et son unité, profitant de cette diversion, s'enfonce dans la jungle de Corto Maltese. Ils attaquent un camp où Flagg a été récupéré par Sol Soria, chef des rebelles, et qui compte sur leur aide pour renverser le nouveau régime contre son aide pour accéder au projet Starfish.


Ayant gagné discrétement la capitale de l'île, Bloodsport et Flagg kidnappent le Penseur, un savant méta-humain en charge du projet Starfish. Mais avant d'attaquer la tour Jotunheim qui l'abrite, ils doivent sauver Harley Quinn. Celle-ci ne les attend toutefois pas : torturée par les putschistes, elle réussit à s'évader et retrouve Flagg alors qu'il s'apprêtait à entrer dans le bâtiment où elle était retenue.


La Suicide Squad - composée de Flagg, Harley, Bloodsport, Peacemaker, King Shark, Polka-dot Man, Ratcatcher II et King Shark - pénétrent dans la Tour Jotunheim grâce au Penseur et s'y enferme. Ils piègent le bâtiment avec des explosifs pendant que l'armée l'encercle, laissant aux rebelles la voie libre pour atteindre le palais des généraux et les abattre. Flagg , Peacemaker, Ratcatcher II suivent le Penseur au coeur de Jotunheim et découvre ce que cache le projet Starfish. Flagg comprend surtout que le gouvernement américain a participé à cela et veut le dénoncer aux médias. Mais Peacemaker s'interpose, sur ordre de Waller.


Le Penseur est tué alors que les charges explosives dévastent la Tour Jotunheim et pendant que Flagg et Peacemaker s'affrontent pour la disquette contenant les infos compromettant les Etats-Unis, c'est Ratcatcher qui la récupère. Harley, King Shark et Polka-dot Man sautent de la Tour qui s'effondre tandis que Bloodsport chute jusqu'au niveau où se trouvent Peacemaker et Ratcatcher. Bloodsport abat Peacemaker en apprenant qu'il a tué Flagg. Starro, le projet Starfish, est libre et fait des ravages dans la capitale.


La Suicide Squad désobeit à l'ordre de Waller de se replier pour arrêter ce monstre et sauver les civils. Au terme d'une bataille épique, Bloodsport obtient que Waller ne traque pas l'équipe sinon il transmettra les infos accablant les Etats-Unis au sujet de Starfish.

- Une première scène post-générique de fin montre Weasel (la Belette), membre de l'escadron dirigé par Flagg quand il a accosté sur l'île, laissée pour morte, reprendre connaissance et s'enfuir dans la jungle, affolée.

- Une seconde scène post-générique de fin montre les assistants de Waller se rendre dans un hôpital militaire où a été transporté Peacemaker, placé en soins intensifs pour de futures missions...

Sorti il y a juste une semaine aux Etats-Unis (et Mercredi dernier en France), The Suicide Squad a reçu un accueil dithyrambique dans la presse mais réalisé un score mineur au box-office américain, dans un contexte il est vrai encore tendu à cause de la crise sanitaire et les contaminations dûes au variant Delta du COVID-19. Pourtant, ça n'a pas eu l'air d'affecter Warner Bros et DC Comics, visiblement ravis des résultats du long métrage.

La raison de cet optimisme se trouve sans doute dans le fait que The Suicide Squad est une sorte de miraculé, un film qui a bien failli ne jamais voir le jour - en tout cas sous sa forme actuelle. Pour tout comprendre, il faut remonter jusqu'en 2016.

A cette époque, David Ayer voit son adaptation de Suicide Squad (sans le "The" actuel) éreinté à la fois par la critique et le public. Pourtant, contre toute attente, le film sera un succès, trsè rentable. Déjà, le réalisateur critiquera le studio qui a remonté son long métrage pour en faire un objet ni fait ni à faire. Encore aujourd'hui, Ayer, s'appuyant sur la campagne de fans qui ont obtenu la diffusion de la Zack Snyder's Justice League, répéte à l'envi qu'il est en mesure de proposer sa version du film. Mais cette fois, peu de chance qu'on la voit un jour (et c'est heureux car si c'est pour se taper à nouveau 4 heures interminables comme pour la Snyder's cut, non merci. Y a un moment, faut se calmer avec ces director's cut.).

Puis en 2017, coup de théâtre : chez Disney, James Gunn, qui prépare le troisième volume de Guardians of the Galaxy, est renvoyé suite à la réapparition de tweets contenant des blagues sur la pédophilie, déterrés par des militants d'extrême-droite contre qui le réalisateur avait pris parti. Gunn aura beau expliquer qu'il était revenu sur ses propos, rien n'y fait (protestations de ses acteurs, soutiens de ses collègues), il est évincé. La Warner lui tend la main en lui donnant carte blanche sur un projet d'adaptation de comics, en misant sur le buzz et l'efficacité du réalisateur.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que Gunn ait voulu s'approprier The Suicide Squad quand on connaît son oeuvre, remplie de personnages marginaux, opposés à l'ordre établi. Le studio tient ses promesses et n'interfère pas avec ses choix d'écriture ou de casting (contrairement à ce qu'ont subi d'autres cinéastes, comme Cathy Yan sur Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of Harley Quinn - qui reste une pépite injustement mésestimée). Scénariste et director, Gunn a la main sur le film et l'occasion de prouver à Disney son erreur.

Le résultat est spectaculairement bon. Et croyez les bons papiers qui disent que c'est le meilleur film de son réalisateur, surtout après Guardians of the Galaxy, vol. 2 qui était moins convaincant que le vol. 1. Comme un arc de comic-book, l'histoire est chapitrée et donc très facile à suivre, remplie d'humour (parfois noir), d'action (explosive) et d'une part de subversion( avec quelques effets bien saignants), sans oublier une vraie dimension absurde et assumée (propre aux comcis). D'ailleurs des inter-titres s'inscrivent dans l'image à des moments-clés pour souligner l'évolution du récit, ses coups de théâtre, ses retours en arrière, ses virages inattendus.

Gunn est un pur produit de la culture pop comme le sont Edgar Wright ou Quentin Tarantino ou Taika Waititi : son amour du matériau d'origine transpire à chaque plan, mais sans jamais trop se prendre au sérieux, juste la bonne distance entre respect et irrévérence. C'est incroyablement vivfiant, surtout dans le DCEU, ce véritable bordel sans queue ni tête où il n'existe aucune continuité, où les projets s'enchaînent de la façon la plus décousue, avec des castings improbables et une direction artistique nulle. Là, on a une vraie vision d'auteur, un esthétisme, un rythme, une science du récit, qui sont réjouissantes.

Pourtant, avec 2h 17 au compteur, on pouvait craindre des hauts et des bas. La séquence d'ouverture qui voit un nombre ahurissant de personnages être tués, souvent sauvagement, interroge sur la suite, et le choix de Starro le conquérant, cette gigantesque étoile de mer extra-terrestre dans le rôle du méchant de l'histoire excite autant qu'elle angoisse. Mais Gunn est en état de grâce : il réussit tout et offre un divertissement jouissif, violent, drôle, enlevé, démesuré et même absurde, exquis. On est très loin du sage premier film Wonder Woman de Patty Jenkins, du sérieux plombant de la trilogie Batman par Christopher Nolan, du maniérisme ridicule de Zack Snyder. Par contre, The Suicide Squad transforme tout ce que Birds of Prey... osait sans pouvoir aller jusqu'au bout, avec des personnages bien cernés, qui interagissent énergiquement, avec ici en plus une intrigue plus consistante et mieux tenue.

La promotion du film a été très habile en mettant en avant une distribution insensée : Michael Rooker (déjà dans Guardians of the Galaxy), Nathan Fillion, Jai Courteney (rescapé du film de Ayer).... Mais Gunn prend tout le monde au dépourvu en dézinguant tout ce beau monde très vite et se concentrer sur un groupe plus ramassé de fortes têtes. Il nous gratifie ainsi de la meilleure scène avec Harley Quinn/Margot Robbie qu'on ait vu jusque-là (quand elle s'évade). Il a convaincu Sylvester Stallone de prêter sa voix caverneuse à King Shark (entièrement créé en CGI). Joel Kinnaman, qui était réduit chez Ayer à reluquer le postérieur de Margot Robbie, a la possibilité de réhabiliter complètement Rick Flagg. Idris Elba remplace avantageusement un Will Smith totalement éteint  chez Ayer en composant un Bloodsport attachant et implacable. David Datmalchian est irrésistible en home-confetti. Et surtout le film révèle Daniela Melchior, une inconnue portugaise au charme fou et au talent épatant en Ratacatcher II (son papa est joué dans des flashbacks par Taika Waititi). Seule Viola Davis est en retrait - c'est le seul bémol dans l'ensemble.

James Gunn n'en a pas fini avec le DCEU puisqu'il a enchaîné avec une série pour HBO Max sur le personnage de Peacemaker, et que le studio est prêt à lui refaire confiance pour un autre film (une suite ? Ou autre chose ?). Même Disney a pardonné à son enfant terrible en lui reconfiant Guardians of the Galaxy, vol. 3 (qui sera le dernier - et certainement les adieux du cinéaste à la major). L'Escadron Suicide, relancé dans les années 80 par John Ostrander (qui a un caméo dans le film), est bel et bien reparti pour un tour - et le DCEU à sa suite ?  

vendredi 5 septembre 2014

Critique 504 : LES GARDIENS DE LA GALAXIE, de James Gunn

LES GARDIENS DE LA GALAXIE (Guardians of the Galaxy, en v.o.) est l'adaptation cinématographique du comic-book publié par Marvel Comics, réalisée par James Gunn.
Le scénario est écrit par James Gunn et Nicole Periman. Le film est produit par Kevin Feige pour Marvel Studios.
Dans les rôles principaux, on trouve : 

Chris Pratt (Peter Quill, alias Star-Lord)
Zoe Saldana (Gamora)
David Bautista (Drax)
Vin Diesel (la voix de Groot)
Bradley Cooper (la voix de Rocket)
*

En 1988, juste après avoir vu sa mère mourir sur son lit d'hôpital, le jeune Peter Quill s'enfuit en courant dans la nuit. Une fois dehors, un vaisseau spatial plane au-dessus de lui et il est aspiré à l'intérieur...
26 ans plus tard, Quill pille un sanctuaire dans l'espace, sur une planète apparemment abandonné. En s'introduisant dans une grotte, il y dérobe un mystérieux globe. C'est alors que des soldats, menés par Korath, surgissent et veulent l'arrêter. Mais celui qui se surnomme désormais Star-Lord réussit à s'échapper.
On le retrouve sur Xandar où il cherche à vendre le globe à un receleur. Mais celui-ci panique quand il apprend que la relique est également convoitée par Ronan l'accusateur, un Kree fanatique qui défie le Corps des Novas, dirigeant la planète.
Nova Prime, chef du Corps des Novas de la planète Xandar
(Glenn Close)

En sortant de chez le receleur sans avoir pu vendre le globe, Peter Quill est attaqué à la fois par Gamora, une des deux filles du titan Thanos, allié de Ronan, et le duo de mercenaires formé par Rocket, un raton-laveur génétiquement modifié, et Groot, un arbre humanoïde, qui veulent respectivement récupérer l'objet et livrer Star-Lord (en sa qualité de membres des Ravageurs, des pilleurs galactiques) aux autorités contre une prime. Mais le Corps des Novas arrêtent toute la bande et les envoient dans une colonie pénitentiaire.
Gamora, Peter Quill/Star-Lord, Rocket, Drax et Groot
(Zoe Saldana, Chris Pratt, Bradley Cooper, David Bautista et Vin Diesel)

Dans cette prison, ils rencontrent Drax, dont la femme et l'enfant ont été tués par Ronan, et qui veut les venger en se servant de Gamora pour retrouver l'accusateur. 
Drax (David Bautista)

Gamora convainc Quill, Rocket, Groot et Drax qu'elle ne souhaite pas aider Ronan ni Thanos, et qu'elle connaît un homme intéressé pour acquérir le globe. 
Les Gardiens de la Galaxie se font la belle...
Les cinq brigands conviennent d'une alliance pour s'évader.
Gamora conduit ses acolytes jusqu'au Collectionneur, un excentrique fétichiste qui leur montre et explique ce que contient l'orbe : il s'agit d'une des six gemmes d'infinité, dont le pouvoir peut détruire une planète.
Le Collectionneur (Benicio Del Toro)


Une des servantes du Collectionneur tente de voler la gemme d'infinité et provoque une spectaculaire explosion dans la station spatiale. 
Groot et Rocket (avec les voix de Vin Diesel - en vo et vf -
et Bradley Cooper)

Ce chaos empire encore avec l'arrivée de Ronan que Drax a attiré ici par un message radio pour le tuer.
Ronan l'accusateur (Lee Pace)

L'accusateur est accompagné par Nebula, la demi-soeur de Gamora, décidée à tuer cette traitresse.
Nebula (Karen Gillan)

Ronan récupère le globe avec sa gemme tandis que Quill est retrouvé par Yondu, son père adoptif qui, s'estimant doublé, veut se débarrasser de lui. 
Yondu (Michael Rooker)
 
Mais Star-Lord réussit successivement à convaincre son mentor de l'épargner en lui promettant de récupérer le globe (et donc d'en tirer une forte somme) puis Rocket, Groot, Gamora et Drax de le suivre pour contrecarrer les plans de Ronan (au péril de leur vie, mais ils n'ont plus rien à perdre, n'ayant plus de famille).
 Gamora et Peter Quill/Star-Lord (Zoe Saldana
et Chris Pratt)

Ronan trahit Thanos en absorbant le pouvoir de la gemme et, fort de cette puissance, part détruire Xandar.
Thanos (Josh Brolin)

L'équipe de Quill et ses compères, avec les Ravageurs en renfort, persuadent le Corps des Novas de leur prêter main forte pour stopper le Kree et ses troupes. Réussiront-ils cette mission dont dépend le sort d'une partie entière de l'univers ?  

C'est déjà le 10ème film produit par Marvel Studios depuis Iron Man 1 en 2008, et Les Gardiens de la Galaxie est sans doute la plus belle réussite de Kevin Feige. Car, oui, on sort de la salle avec le sentiment d'avoir vu le film le plus abouti de la collection alors qu'il s'agit de celui qui, le premier, ne met pas en scène des super-héros (a fortiori des super-héros connus) et qui est le plus déconnecté des précédents longs métrages (même si les fidèles y repéreront des références).

Adapter un comic-book relève d'une équation délicate à résoudre, même si, en vérité, elle est vieille comme Hollywood, à savoir qu'il s'agit de concilier les exigences d'un studio propriétaire de personnages et des aspirations de cinéastes désireux de ses les approprier.
De la (bonne) gestion de cette tension entre les contraintes d'une major et de la vision d'un réalisateur qui ne veut pas être qu'un simple faiseur nait soit, au mieux, un bon divertissement ; soit, au pire, une commande brouillonne. Parmi les meilleurs résultats artistiques de Marvel Studios, on peut ainsi compter le premier Iron Man, les deux Captain America et Avengers. Moins accomplis, voire parfois ratés, il y a les deux Thor, L'incroyable Hulk, Iron Man 2 et 3.

On peut même affirmer que chaque film Marvel est le fruit de la ligne imposée par le producteur Kevin Feige et des tentatives d'émancipation du réalisateur qui a accepté d'être sous sa tutelle. A ce petit jeu, on a pu voir qu'un bon cinéaste n'est pas toujours le meilleur choix pour piloter une telle entreprise (le "Shakespearien' Kenneth Branagh s'y est cassé les dents, et Alan Taylor, emprunté à la série Game of Thrones, a aussi souffert). En revanche, ce sont souvent des metteurs en scène inattendus, novices ou revenants, qui s'en sont mieux sortis (Joss Whedon, les frères Russo, Joe Johnston, Jon Favreau).

Dans ce cadre-là, le choix de James Gunn, plus connu (quoique sa notoriété ne dépassait guère le cercle de quelques initiés) pour ses films indépendants comme Super ou Horribilis, était celui du parfait outsider : un geek déclaré, désireux de pouvoir disposer d'un tel budget, mais dont on ignorait s'il aurait les reins assez solides et la bonne inspiration. Mais, en fait, avec le recul, avoir élu James Gunn n'était pas plus surprenant que de monter un blockbuster à partir des Guardians of the Galaxy, comic-book plus que méconnu (même s'il a des mordus, et que son récent relaunch enregistre de bien meilleures ventes, grâce à une équipe artistique plus en vue - Brian Bendis au scénario et une flopée de dessinateurs côtés).

Que vaut-il alors, ce film ?
Hé bien, d'abord, et même avant tout, sa première qualité est qu'il vit très bien indépendamment des précédentes adaptations Marvel. Les quelques références qui subsistent sont discrètes et ne gêneront pas ceux qui n'ont pas tout suivi (au contraire même, puisque, pour la première fois, véritablement, on a droit à des éclaircissements sur les gemmes d'infinités, l'évocation des puissances primordiales que sont les Célestes, et une présence un peu plus nette de Thanos, entrevue à la fin de Avengers).

Ensuite, donc, il ne s'agit pas d'un film de super-héros, ce qui permettra donc à ceux qui apprécient plus ou moins ce type de personnages d'apprécier l'histoire et les personnages. Nous sommes ici dans la configuration d'un "space opera" teintée de comédie. Les héros sont des anti-héros, une bande de "misfits" au départ guère recommandables et aux actions peu honnêtes : un pilleur de reliques (Peter Quill), une tueuse (Gamora), deux chasseurs de primes (Rocket et Groot) et un veuf désireux de venger les siens (Drax). L'intrigue a le mérite de les présenter clairement, rapidement, mais surtout d'expliquer comment les évènements qu'ils traversent les changent en héros, en personnages abandonnant leurs mauvaises manières pour accomplir un authentique acte héroïque.

La qualité des héros se mesure aussi à celle de leur adversaire et de ce point de vue, là aussi, le film offre un méchant d'envergure, réellement menaçant, au caractère inquiétant et original (c'est un fanatique religieux, que la puissance qu'il acquiert en récupérant la gemme d'infinité ne fait que souligner), avec sa complice Nebula (Karen Gillan, venue de Dr Who, parfaitement flippante). Le décalage entre la démesure du pouvoir obtenu par Ronan (joué par un Lee Pace imposant, bien loin de son personnage dans Pushing Daisies) et les ressources dérisoires en comparaison dont disposent les Gardiens permet d'apprécier pleinement l'incertitude de l'issue de leur affrontement : on tremble alors vraiment pour les héros, et ce frisson est jubilatoire, il offre un vrai suspense.

Les Gardiens sont une équipe qu'on voit naître, de manière plus dynamique encore que les Avengers, et leur étrangeté ajoute à l'exotisme du projet sans empêcher qu'on vibre pour eux. Surtout, James Gunn a su trouver la bonne distance pour les traiter, toujours avec humour mais sans se moquer d'eux, en évitant la parodie. Il fallait ça pour, sinon croire, en tout cas suivre les aventures d'un arbre sur pattes (auquel Vin Diesel prête sa voix gutturale aussi bien en version originale qu'en français, réussissant à donner une grande variété d'intonations dans l'unique phrase que prononce Groot : "Je s'appelle Groot"), un raton-laveur enragé et sur-armé (avec la voix de Bradley Cooper - assurément le personnage le plus mémorable de l'année), un tueuse en quête de repentance mais redoutablement efficace (parfaitement incarnée par Zoe Saldana, qui peut composer ce personnage sans jouer sur la séduction), un guerrier mélancolique mais incapable de saisir le moindre second degré (campé par le catcheur David Bautista, dont la présence massive va avec un regard presque enfantin).

Cette troupe improbable, qualifié de "bande de trous du cul" par les flics de l'espace, confère au film une énergie et une bonne humeur communicatives : ils passent leur temps à se disputer, à se réconcilier, ils apprennent à s'apprécier, s'estimer, et même à nous émouvoir, après nous avoir fait rigoler (la génération de lucioles par Groot distille un vrai moment de poésie). En action, ils sont très bien mis en valeur, et James Gunn réussit là aussi à faire preuve de très bonnes idées, avec des séquences très efficaces (l'évasion de la prison, l'infiltration et l'attaque du vaisseau de Ronan).

Visuellement, le film affiche une contribution extraordinaire des designers, la plus aboutie de tous les films de la gamme. Le Knowhere est particulièrement impressionnant (même si son usage a été détourné par rapport à la BD : ici, il s'agit d'une station où réside le Collectionneur alors qu'il s'agit à l'origine du QG des Gardiens), et de manière plus générale, la dimension spatiale, avec des coloris parfois psychédéliques, atteste de l'ambition du projet. C'est la visualisation d'un pan entier du Marvel univers, après les aventures terriennes (Iron Man, Captain America) ou extra-dimensionnelles (Thor) - lorsqu'on sait que se prépare un film Dr Strange, et donc l'exploration des domaines magiques, cela offre un panorama très varié.

Pourtant, si l'on ne devait retenir qu'un élément dans cette réussite, ce serait le personnage de Peter Quill aka Star-Lord : depuis le Tony Stark / Iron Man interprété par Robert Downey Jr, c'est la meilleure incarnation distribuée par les studios Marvel, et le meilleur résumé du projet même des Gardiens de la Galaxie comme film. Ce pirate de l'espace, insolent, charmeur, qui ne veut jamais se séparer de son antique walkman avec sa cassette audio de vieux tubes compilés par sa mère (proposant une b.o. dans la b.o., égalant les meilleures mix de Tarantino), c'est le successeur des grandes figures du cinéma de divertissement grand public à la Spielberg auquel James Gunn adresse plusieurs clins d'oeil imparables (avec un trauma d'enfance digne de E.T. jusqu'à la personnification adulte descendant directement d'Indiana Jones).
Quand on part dans l'espace se bagarrer avec des aliens durs au mal, on pense aussi immanquablement aux premiers épisodes de Star Wars de George Lucas, et Peter Quill renvoie aussi au anti-héros le plus cool de la fin des 70's, Han Solo (on aimerait alors que pour la suite, déjà annoncée, Marvel persuade Harrison Ford de jouer le père de Star-Lord, qui n'apparaît jamais ici mais dont il est dit qu'il appartient à une race très ancienne).
Le casting de Chris Pratt, qui n'avait rien d'une évidence puisqu'il vient de la comédie et qui a dû subir un régime physique intense pour convaincre la production, est une idée de génie, un de ces acteurs qui a compris qu'il tenait là le rôle et qui le joue avec un plaisir communicatif.

Ainsi donc, en se démarquant des précédents longs métrages Marvel mais en embrassant la mythologie d'un cinéma bien antérieur à la mode des super-héros sur grand écran, en empruntant aux genres du récit d'aventures, de la pulp fiction, du space opera, Guardians of the Galaxy parvient à cette synthèse jouissive qui comblera aussi bien les jeunes fans avides de sensations fortes et de cool attitude et les nostalgiques des films où les personnages n'étaient jamais éclipsés par les effets spéciaux.
Pour la première fois, peut-être, on sort d'un film des studios Marvel en ayant pris autant de plaisir qu'à une production ne se limitant pas aux références de son catalogue, surpassant même son comic-book d'origine, bref une histoire et des protagonistes aimables pour eux-mêmes et par tous (plus seulement des amateurs ou des initiés).

Si vous aviez des réserves : oubliez-les, ces Gardiens vont vous faire du bien.