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mercredi 6 février 2019

AGE OF X-MAN : ALPHA, de Zac Thompson, Lonnie Nadler et Ramon Rosanas


Age of X-Man : Alpha est le point d'entrée d'une parenthèse de cinq mois dans l'univers mutant, qui sera décliné en six mini-séries. A l'issue d'une interminable et affligeante saga hebdomadaire de dix semaines, (presque) tous les mutants sont déplacés dans une réalité parallèle. Zac Thompson et Lonnie Nadler nous présentent ce statu quo de manière intrigante, élégamment mis en images par Ramon Rosanas.


Les X-Men - X-Man, Magneto, Jean Grey, Bishop, Storm, Colossus, Nightcrawler, Nature Girl - raisonnent calmement une fillette mutante, Luna, dont le pouvoir a pétrifié les habitants. Reconnaissants, ceux-ci félicitent leurs héros.


X-Man emmène la fillette à l'institut Summers dirigé par Angel qui le lui fait visiter et où elle va apprendre à maîtriser ses pouvoirs. Puis l'équipe se réunit au Sanctuaire X, évoquant à la demande de Nature Girl le début de cette ère.


Chacun vaque ensuite à ses occupations, mais X-Man a remarqué la proximité entre Bishop et Jean Grey, qui finissent d'ailleurs la nuit ensemble à l'insu des autres. Bishop, pourtant, pense qu'il s'agit d'une erreur dangereuse.
  

De retour chez lui, il est appréhendé par trois agents du Département X - Moneta, Iceman et Psylocke. Une sonde télépathique confirme son écart de conduite. Toute trace de lui disparaît.


Le lendemain matin, X-23 remplace Bishop au sein des X-Men, sans que personne ne s'en émeuve. X-Man soumet une affaire à l'équipe en leur montrant une affiche où Apocalypse encourage les mutants à vivre leur amour au grand jour...

"Marvel Legacy" puis "Fresh Start" n'ont guère fait avancer la cause des mutants chez Marvel, développant dans un premier temps des séries comme X-Men : Blue / Gold / Red, aux identités vagues (Blue n'était rien d'autre que le suite des All-New X-Men de Bendis, Red la formation pilotée par Jean Grey ressuscitée). Puis les fans de la franchise "X" se sont remis à espérer avec l'annonce du retour du titre emblématique Uncanny X-Men.

Mais les fans ont vite déchanté quand a démarré un prologue hebdomadaire en dix épisodes, écrits par Ed Brisson, Mathew Rosenberg et Kelly Thompson, avec une tripatouillée de dessinateurs. Le résultat, catastrophique, interminable, en parallèle de The Return of Wolverine (tout aussi affligeant) n'a abouti qu'à la résurrection de Cyclops dans une version plus noble (après des années passées à devenir un quasi-terroriste). Pas de chance, pendant ce temps, tous les autres mutants (sauf Wolverine donc, occuper lui aussi à revenir d'entre les morts de son côté) étaient expédiés dans une réalité parallèle à cause de X-Man... Le fils de Jean Grey et Scott Summers de la Terre-295.

Ce n'est pas la première fois que les mutants sont écartés ainsi de l'univers Marvel - cf. L'Âge d'Apocalypse, House of M. Qu'espérer alors de cet Age of X-Man et de ses six mini-séries en cinq épisodes chacune ? Alpha présente le contexte et tease le reste (surtout The Marvelous X-Men en fait). Et brille en fait par sa simplicité.

Les scénaristes Zac Thompson et Lonnie Sadler ne cherchent pas à réinventer la roue. On débarque dans ce monde où les mutants sont majoritaires et vivent paisiblement, un véritable eden façonné par Nathan Grey-Summers. Mais où on devine rapidement que tout est trop beau pour continuer.

L'ambiance est accrocheuse car les auteurs ne cherchent pas à en rajouter. Il leur suffit de montrer les mains de Jean Grey et Lucas Bishop se frôler et le regard interloqué de X-Man pour qu'on comprenne que le ver est dans le fruit. Tout procède ainsi : Colossus a le bras gauche amputé jusqu'au biceps, Nature Girl a des bois de renne sur la tête, Storm est chauve, Jean Grey est habillée comme lorsqu'elle était Marvel Girl, Nightcrawler est devenu le mutant le plus populaire du monde, Magneto est un good guy... Cette somme de détails intrigue, interroge. Choque aussi, comme quand Bishop est arrêté par la force par le trio Moneta-Psylocke-Iceman, puis que personne ne se rend compte de son absence. Et achève de sidérer quand X-Man dévoile une affiche où Apocalypse enjoint les mutants à s'aimer sans réserve.

En prenant le contre-pied d'une prologue spectaculaire au profit de scènes dont la quiétude met mal à l'aise (la visite de l'institut par Angel, avec des élèves rassemblés dans ce qui ressemble plus à un temple sectaire qu'à une école), Age of X-Man : Alpha convainc sans forcer. L'objectif semble moins d'être original que suggestif : il y a quelque chose de pourri (même caché) au royaume des mutants. Et par ricochet, on déduit que Cyclops et Wolverine, plus quelques autres, restés dans notre réalité, vont se réconcilier et s'allier pour ramener leurs amis.

Le plan est donc habile, et il n'y avai vraiment pas besoin de dix semaines, depuis fin Novembre pour le mettre en place (House of M basculait en un épisode quand Quiclsilver persuadait Scarlet Witch de corriger la réalité à la faveur des mutants, idem quand elle prononça le fameux et terrible "no more mutants"). X-Man a piqué sa crise et refait le coup du Messie des mutants, intégrant dans son paradis artificiel le grain de sable qui fera tout dérailler.

On verra comment les séries dérivées exploiteront cette situation, je ne les lirais pas toutes (je vais suivre The Marvelous X-Men, peut-être The Amazing Nightcrawler et Prisoner X), et en Juin prochain, on fera le bilan. Ce sera alors certainement le vrai retour de la série Uncanny X-Men, avec Cyclops et Wolverine en co-leaders.

Visuellement, ce prologue est très beau. L'espagnol Ramon Rosanas avait un peu disparu des radars depuis sa prestation sur Ant-Man (écrit par Nick Spencer, publié dans la foulée du premier film consacré au personnage). Il revient en forme.

C'est un artiste qui convient bien au script de Thompson et Nadler puisqu'il excelle dans les ambiances intimistes, avec un trait sobre et élégant. Les designs ne sont pas de lui, mais de Mike Hawthorne (très inspiré), mais il se les approprie sans problème. On déplorera juste que Triona Farrell ait eu la main aussi lourde pour la colorisation (étonnant de sa part, car elle respecte davantage les artistes sur West Coast Avengers ou Crowded), effaçant carrément des lignes d'encrage (pour un effet pas très heureux).

Bref, c'est encourageant, même si Marvel zig-zague inutilement, donnant le sentiment de gagner du temps (et de vider les poches de ses fans) avant d'en venir au fait (parce que l'équipe éditoriale "X", réputée pour son interventionnisme, n'a pas encore décidé qui animera Uncanny X-Men ?).

dimanche 5 novembre 2017

ASTONISHING X-MEN #5, de Charles Soule et Ramon Rosanas


La fin de l'arc Life of X approche et avec elle le premier acte de la nouvelle version des Astonishing X-Men (qui est désormais annoncée comme une ongoing) : pour ce cinquième chapitre, le scénariste Charles Soule fait équipe avec Ramon Rosanas (Ant-Man et Astonishing X-Men) au dessin.

Pour rappel : le Roi d'Ombre, Amahl Farouk, possède désormais mentalement Old Man Logan et Gambit tandis que Charles Xavier a soustrait à son emprise Mystique, Fantomex et Rogue. Simultanément, au sommet d'un gratte-ciel à Londres, Psylocke guide ses amis dans le plan astral alors que Angel et Bishop tentent de contenir les forces de l'ordre et les X-Men asservis par leur ennemi.


Dans le plan astral, Charles Xavier réussit à dissimuler au Roi d'Ombre qu'il a soustrait à sa vigilance Rogue, Mystique et Fantomex : ces trois-là doivent aider le mentor des X-Men à terrasser son adversaire mais le temps leur est compté car le professeur est épuisé mentalement.


Si Mystique et Rogue sont prêtes à soutenir Xavier, Fantomex, qui agit d'abord dans son propre intérêt, doute du bénéfice qu'il a s'allier au professeur. Pendant ce temps, dans la réalité, Gambit, que Xavier a choisi de sacrifier, est, comme Old Man Logan, possédé télépathiquement par Amahl Farouk et s'enfuit du sommet du building où Psylocke protège des forces de l'ordre les corps inconscients de Rogue, Mystique et Fantomex.


Via Gambit, le Roi d'Ombre asservit Bishop et, avec Old Man Logan, il assujettissent des civils comme un virus psychique. A la cellule de crise du Ministère de la Défense britannique, le responsable des affaires super-humaines décide de prendre une mesure radicale pour empêcher cette contamination de s'étendre.


Psylocke n'a d'autre choix que de demander à Angel de se transformer en son alter ego démoniaque, Archangel, modifié jadis par Apocalypse, pour neutraliser Gambit, Old Man Logan et Bishop...

Lire l'histoire de Charles Soule donne l'impression de suivre une série branchée sur un courant alternatif dans la mesure où un épisode intense précède un autre qui l'est moins. Ce mois-ci, on a ainsi droit à un chapitre dominé par les dialogues et qui produit l'impression d'une baisse de régime.

Mais ce n'est qu'une impression car le suspense est total et la situation compromise pour les héros. L'action se déroule sur deux niveaux : dans le plan astral, Xavier et Farouk disputent une partie d'échecs dans laquelle le professeur ruse pour tromper son adversaire, l'empêcher d'anticiper ses coups. Mais cela se fait au prix de terribles efforts (visiblement matérialisés par une sorte de gangrène noire qui gagne les membres de Xavier). Dans le monde réel, Psylocke doit gérer les X-Men possédés par Farouk et qui contaminent les autres mutants et civils alentours. 

A ce stade, sauf rebondissement dans le prochain épisode, le grand perdant du récit est Bishop qui, il faut bien l'admettre, ne sert à rien depuis le début : non seulement sa présence n'apporte rien à l'intrigue mais surtout il est le moins exploité par le scénariste (cela signifie-t-il qu'on a imposé le personnage à Soule ?). L'équipe étant déjà bien fournie, il n'apporte aucune plus-value (ses pouvoirs étant inutiles).

Jusqu'à présent, Angel était dans la même situation mais, là, en revanche, Soule s'en sert, certes tardivement, mais comme d'un joker, un peu opportuniste (et dont le développement promet d'être périlleux) mais accrocheur. Warren Worthington III est devenu un héros dont personne ne sait quoi faire depuis que Rick Remender s'en servait dans Uncanny X-Force, tantôt playboy ailé mais simplet puis à nouveau intelligent ; tantôt Archangel, mutant transformé en machine à tuer par Apocalypse. Charles Soule l'écrit assez finement en insistant sur la peur de Warren de laisser place à Archangel puis libérant ce dernier quand il n'y a plus d'autre choix possible.

Lorsqu'on sait que le but de la série est de ressusciter Charles Xavier et, probablement de se débarrasser d'Old Man Logan, utiliser Archangel pour aider l'un et éliminer l'autre est pratique tout en conservant l'ambivalence du personnage.

Visuellement, l'épisode est une réussite (en fait, seul Ed McGuinness pour le #3 aura franchement déçu) : Ramon Rosanas a un style propre, au tracé net et un peu rigide, manquant à la fois d'expressivité et de tonus, mais avec de l'élégance. Sa prestation est donc inégale mais honorable, surtout dans les scène dans le plan astral (et encore plus lorsqu'il anime Charles Xavier à qui il donne une froideur calculatrice bien pensée). Il soigne ses décors, son découpage est classique mais rythmé : c'est un peu l'invité-surprise dans la mesure où il n'a pas la réputation de ses prédécesseurs (Cheung, Deodato, Pacheco) mais il ne démérite pas (en particulier avec des doubles pages très fournies).

Dénouement dans une trentaine de jours, avec cette fois l'extravagant Mike Del Mundo au dessin.   

vendredi 24 juin 2016

Critique 929 : MARVEL SAGA 1 - THE ASTONISHING ANT-MAN (Juin 2016)


MARVEL SAGA 1 : THE ASTONISHING ANT-MAN - RETOUR AUX AFFAIRES rassemble les épisodes 1 à 6 de la série, écrits par Nick Spencer et dessinés par Ramon Rosanas (#1-5) et Annapaola Martello (#6), publiés en 2016 par Marvel Comics et Panini Comics.
 (Extrait de The Astonishing Ant-Man #1.
Textes de Nick Spencer, dessins de Ramon Rosanas.)

Huit mois ont passé depuis les précédentes aventures de Scott Lang (et les événements de la saga Secret Wars, au terme desquels l'univers Marvel a été reformaté).
Ant-Man est toujours basé à Miami où il dirige son agence "Ant-Man Solutions Sécurité" avec comme adjoints Grizzly et le Technoforgeron, tous deux en liberté conditionnelle. Son bailleur de fonds est encore Mary Morgenstern, ex-super héroïne des années 40 (sous le nom de Miss Patriot), qui essaie de lui décrocher des contrats pour récupérer sa mise.
Ainsi Scott Lang va-t-il postuler à la sécurité des musées de la ville, sous la direction de l'adjoint aux Arts Fritz Harden, et la supervision d'un agent de liaison de la police, Blake Burdick - qui est le compagnon de son ex-femme, Peggy, et donc le beau-père de sa fille, Cassie (avec laquelle il est brouillé depuis qu'il a choisi de se tenir loin d'elle afin que ses ennemis ne lui fassent pas de mal).
Cependant, le millionnaire et malfrat Darren Cross entre en concurrence avec le Marchand de pouvoirs qui commercialise comme lui une application pour smartphone permettant de recruter des super-vilains, de leur procurer du matériel, contre la désignation de missions.
Occupé à seconder occasionnellement Captain America (alias Sam Wilson), à se réconcilier avec Darla Deering (dont il devient le bodyguard après avoir été l'amant quand ils étaient membres des FF), à renouer avec Beetle (une autre de ses ex, qui poursuit ses activités d'avocate et de mercenaire), à former Raz Malhotra (à qui il a donné le costume et le pouvoir de Giant-Man), Scott Lang ignore que sa fille Cassie, désireuse de posséder à nouveau des super-pouvoirs, intègre les rangs de l'organisation du Marchand de pouvoirs... 
(Extrait de The Astonishing Ant-Man #6.
Textes de Nick Spencer, dessins de Annapaola Martello.)

Tout d'abord, saluons la performance de Panini Comics qui publie ces épisodes en France seulement un mois après la parution du 6ème épisode de la série, inclus dans cette revue. Même si "Marvel Saga" a une périodicité bimestrielle et que le prochain numéro proposera le premier arc de Contest of Champions (ce qui est déjà nettement moins alléchant), cette livraison express est notable.

Le contenu permet donc de découvrir The Astonishing Ant-Man, la suite de la série Ant-Man parue en 2015, et la première bonne nouvelle est qu'elle est animée par la même excellente équipe créative. On reconnaît d'ailleurs dans le qualificatif "astonishing", soit "épatant", l'ironie savoureuse du scénariste.

Comme toutes les séries Marvel, après la saga événementielle Secret Wars (de Jonathan Hickman et Esad Ribic), huit mois se sont écoulés depuis la refondation de l'univers de super-héros de la "Maison des idées" et l'éditeur a promis qu'on apprendrait progressivement ce qui s'est passé pendant ce temps : le procédé est pratique pour entretenir un certain de suspense et donc maintenir ou relancer l'intérêt de lecteurs toujours exigeants, parfois capricieux.

Je ne révélerai pas dans quelle situation se trouve donc Scott Lang au tout début de ces six épisodes mais j'attends avec gourmandise d'apprendre comment il s'y trouve. Même ceux qui découvriront ces chapitres ne seront pas égarés car l'essentiel de la narration consiste en longs flash-backs et surtout, donc, le ton de la série est intacte, mélange subtil et efficace d'humour distancié et d'action foutraque.

On retrouve avec plaisir ce sympathique loser de Ant-Man qui est plus que jamais au coeur d'un véritable tourbillon sentimentalo-professionnel : Nick Spencer est toujours à son avantage pour doser ce cocktail délicat qui voit le héros miniature affronter l'adversité sous toutes ses formes (brouille avec sa fille, embrouilles de ses adjoints, association avec Captain America - version Sam Wilson, ce qui nous vaut quelques réflexions jubilatoires sur le fait de reprendre l'alias d'un super-héros emblématique - , retrouvailles orageuses avec Darla Deering - le scénariste prend soin de rappeler l'époque des FF de Matt Fraction où elle et Scott Lang furent partenaires et amants - , liaison "compliquée" avec Beetle...).

Pourtant, cette fois, Spencer a le bon réflexe de nuancer d'un peu d'abattement la bonne humeur de son héros, façon intelligente de signifier que, malgré sa bonne composition, il en bave. Le subplot impliquant Cassie (et qui est développé durant tout l'épisode 6) ajoute de la consistance aux aventures à la fois pathétiques et valeureuses d'Ant-Man : on est curieux de voir où cela mènera et comment cela sera dénoué (d'autant qu'il ne s'agit pas d'une simple affaire de trahison, de double-jeu, de revanche).

L'intrigue sur fond d'application pour super-vilains est originale, s'appuyant sur la technologie actuelle sans se contenter de surfer sur un effet de mode. Spencer s'appuie aussi sur une culture de l'univers Marvel assez bluffante en incluant dans son récit des personnages vraiment très méconnus (merci là encore à Panini qui clarifie les origines de ces seconds rôles dans la postface de la revue), comme le Magicien (tiré de Tales to Atonish #56, dans les années 60) ou Giganto (issu de Fantastic Four #1 en 1961 !), mais l'usage qu'il fait d'eux correspond aux critères de la série, opposant Ant-Man à des ennemis mineurs et volontiers grotesques pour mieux sympathiser avec Scott Lang.

Les dialogues et une voix-off décalée ajoutent au plaisir de la lecture, tout comme les dessins de Ramon Rosanas : l'artiste affiche toujours la grande forme avec ses personnages dotés d'expressions variées, de gestuelles bien typées, et de finitions très soignées pour les décors. Il ponctue chaque épisode, découpé simplement mais avec beaucoup de fluidité, de splash-pages, ce qui aère le récit avec à-propos.

La régularité de l'espagnol n'étant pas en cause (il fait partie de dessinateurs actuels à pouvoir enchaîner mensuellement sans faiblir), le choix de confier le 6ème épisode à l'italienne Annapaola Martello peut surprendre, mais s'avère malin puisque l'action se focalise alors exclusivement sur Cassie Lang. En outre, il n'y a pas de grande rupture esthétique entre elle et Rosanas, donc la cohérence visuelle est assurée et témoigne d'un bon suivi éditorial de la part de Marvel.

Retour gagnant donc. Il ne reste plus qu'à souhaiter que Panini ne nous fera pas trop attendre pour traduire les six prochains épisodes (la série en étant à son 9ème actuellement en v.o.).   

Critique 928 : ANT-MAN, VOLUME 1 - SECOND-CHANCE MAN, de Nick Spencer et Ramon Rosanas


ANT-MAN : SECOND-CHANCE MAN rassemble les épisodes 1 à 5 de la série, écrits par Nick Spencer et dessinés par Ramon Rosanas, publiés en 2015 par Marvel Comics.
*

Scott Lang dans le costume de Ant-Man, que lui a légué l'inventeur Hank Pym, s'introduit par effraction dans un appartement de luxe pour y commettre un vol. Il se souvient alors de l'entretien d'embauche raté qu'il a passé quelque temps auparavant auprès du directeur des relations humaines de la compagnie de Tony Stark. Il avait été recalé ce dernier après avoir commis une série de gaffes et s'être un peu trop confessé sur son passé de cambrioleur. Aujourd'hui, pour prouver sa valeur, il réussit donc à s'infiltrer dans la chambre forte où est gardé le casque de Iron Man.  
Malgré ce coup d'éclat, Scott Lang comprend qu'il doit, pour rebondir, s'imposer ailleurs. Il déménage donc à Miami où se trouve son ex-femme, Peggy, et leur fille, Cassie (qui fut membre des Jeunes Vengeurs sous l'alias de Stature, mais qui a perdu ses pouvoirs depuis).
En Floride, Ant-Man décide d'ouvrir une agence via laquelle il proposera ses services comme agent de sécurité en mettant en avant que seul un malfrat repenti connaît bien les méthodes de ses ex-semblables. C'est ainsi qu'il va affronter Grizzly avant de découvrir qu'il s'agit d'Eric O'Grady, ancien Ant-Man lui aussi, et lui proposer de travailler à ses côtés... 

J'avais acheté, lors de sa traduction en français par Panini Comics, le premier numéro de la revue consacrée à cette nouvelle version de Ant-Man quand l'éditeur voulut profiter de l'adaptation cinématographique (une initiative aussi opportuniste que mal calculée puisque aujourd'hui ce mensuel ne paraît plus, après seulement trois numéros !). Néanmoins, même si à l'époque j'avais rapidement lâché l'affaire, convaincu qu'elle serait vite achevée et aussi parce que je n'étais plus guère motivé par les comics de super-héros, j'en conservais un agréable souvenir et me promettais dès que possible d'acquérir le recueil des cinq épisodes de cette série avant son relaunch prévisible au terme de la saga Secret Wars. Il m'a juste fallu un an avant de concrétiser ce projet...

Mais qu'importe si le compte y est, et il y est ! Il est évident, comme ça l'était déjà en 2015, que cette série a été élaborée parce qu'il y a eu le film de Peyton Reed avec Paul Rudd. Pourtant, on aurait mauvaise grâce à s'en plaindre car le résultat est de qualité et la première bonne idée de Marvel a été de confier le projet au scénariste Nick Spencer, auteur inégal mais à son avantage dans un registre distancié avec le genre : de ce point de vue, Ant-Man est un des "rejetons" du Hawkeye de Matt Fraction et David Aja, une version décalée d'un super-héros selon les canons en vigueur, avec un ton humoristique mais sans négliger l'action et une intrigue solide - tous les ingrédients qu'on trouvait aussi dans Superior Foes of Spider-Man de Nick Spencer et Steve Lieber.

Le traitement est habile mais peut déconcerter. Cependant, une fois qu'on en a accepté le parti pris, c'est un régal : Scott Lang y est décrit comme un loser - sans emploi, divorcé (et en mauvais termes avec son ex), il réside dans un appartement minable (dont la nature véritable recèle une surprise jubilatoire que je vous laisse découvrir). Dans la scène d'entretien pour intégrer le personnel de Tony Stark, il se montre d'une nullité pathétique. 

Mais c'est justement en posant les bases d'un héros aussi improbable que Spencer gagne l'adhésion du lecteur en quête d'autre chose qu'une production ordinaire à base d'action spectaculaires et d'un minimum de tourment moral. En effet, s'il est conscient de partir de (très) loi, ce Ant-Man est aussi un optimiste pugnace et débrouillard, qui compense ses limites (psychologique et physique) par beaucoup de volonté et d'humanité. 

Le scénariste ne l'envoie pas contre des adversaires démesurés pour souligner sa tendance à se féliciter de chaque victoire. Mieux même : Scott Lang sait faire preuve d'auto-dérision et reconnaît que la route sur laquelle il s'est engagé sera longue et éprouvante. Si donc on peut être dérouté par le degré des menaces peu élevé, on apprécie aussi de suivre un personnage dont le caractère est simple à estimer, admirant son courage et sa démarche humble. 

Nick Spencer profite du titre pour utiliser à nouveau des seconds rôles présents dans Superior Foes of Spider-Man, comme la nouvelle version de Beetle (Janice Lincoln), pour qui Scott Lang a le béguin tout en s'en voulant d'être attiré par cette bad girl. On vibre aussi quand Ant-Man manque de se faire écraser sous le pied d'un autre personnage où lorsqu'on le voit dans la ligne de mire du sinistre Taskmaster. L'alliance avec Grizzly est aussi savoureuse, d'abord parce que Eric O'Grady a aussi endossé un temps l'identité d'Ant-Man (dans la série The Irredeemable Ant-Man de Robert Kirkman et Phil Hester ou Secret Avengers de Ed Brubaker et Mike Deodato), ensuite parce que ce vilain en costume d'ours est une vision comique imparable.

Le scénariste prend aussi le temps de bien situer l'historique du personnage et s'en sert pour alimenter les péripéties des épisodes 2 à 5, l'occasion au passage de rappeler les aspects les plus farfelus de la carrière du héros (mort, ressuscité, sa fille tuée puis ramenée à la vie !). 

L'autre atout de cette série est de bénéficier d'un unique dessinateur, qui a l'opportunité de révéler son talent : l'espagnol Ramon Rosanas évolue dans un style réaliste et élégant, ses  pages sont découpées de manière classique mais en exploitant intelligemment les pouvoirs du héros, et le soin apporté aux détails des décors est notable (même si l'artiste utilise visiblement un logiciel lui permettant de "plaquer" les éléments d'arrière-plan car le rendu est très droit, très propre, sans personnalité). 

Le regard est donc suffisamment nourri sans être saturé d'informations visuelles, avec une moyenne de six cases par page, et une colorisation (de Will Quintana) sobre mais bien nuancée. En prime, on a droit à des couvertures très inventives, en couleurs directes, de Mark Brooks (et une collection de variant covers de choix, par Chris Samnee ou Cliff Chiang par exemple). 

Rosanas est aussi excellent pour rendre les personnages expressifs, possédant chacun une gestuelle propre et éloquente, et respectant les différents âges de seconds rôles aussi divers que la doyenne Mary Morgenstern ou de l'adolescente Cassie Lang. 

Le résultat aboutit donc à une série très satisfaisante mais surtout avec une identité narrative et graphique très efficace : en cinq épisodes, Spencer et Rosanas arrivent à donner à Scott Lang un réel intérêt avec un humour ironique et une qualité visuelle incontestable. L'essayer, c'est l'adopter ! 

(Et même Panini Comics a su en tirer un bon enseignement puisque vient de sortir, dans la relance de la revue bimestrielle "Marvel Saga", les six premiers épisodes des nouvelles aventures du désormais Astonishing Ant-Man.)