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mardi 6 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : UNCANNY AVENGERS, de Gerry Duggan, Ryan Stegman, Carlos Pacheco et Pepe Larraz

 Depuis quelques semaines, on trouve dans les grandes surfaces Carrefour une dizaine d'albums softcovers à bas prix (3,99 E) d'une collection intitulée Marvel Gold. Panini Comics permet ainsi de (re)découvrir des séries mettant en scène des équipes où, je cite, "parfois les super-héros ne sont pas la solution, mais le problème". J'en ai profité pour faire quelques acquisitions, comme ce volume consacré aux Uncanny Avengers (vol. 3), datant de 2015, rassemblant les épisodes 1 à 6 et 9 à 12.

 


Lancé Décembre 2015, après l'event Secret Wars, ce volume de Uncanny Avengers succède donc au run sur le titre de Rick Remender. La série est alors confiée à Gerry Duggan, pour le scénario, et Ryan Stegman (les épisodes 0 à 4), Carlos Pacheco (les épisodes 5-6) et Pepe Larraz (les épisodes 9 à 12) pour les dessins. On trouve donc trois arcs dans cet album et si les n°7 et 8 manquent, ce n'est pas grave car il s'agissait de tie-in au crossover Standoff.


Dans un premier temps, nous faisons donc connaissance avec la nouvelle formation des Uncanny Avengers, aussi appelée équipe unité. Le rôle des Inhumains dans l'event Infinity (au terme duquel Flèche Noire a réveillé des Inhumains "dormants") a pour conséquence que ce groupe accueille désormais des héros traditionnels, des mutants et des inhumains : Steve Rogers (qu'il est devenu un vieillard dans la série Captain America écrite par Rick Remender) commande Malicia, Doctor Voodoo, la Torche Humaine (Johnny Storm), Synapse, Deadpool, Spider-Man qui sera vite remplacé par Vif-Argent. Et leur premier adversaire est l'Homme Broyé, un inhumain qui veut purger la Terre des humains qu'il juge écocides.


L'astuce tient principalement au fait que l'Homme Broyé, Ivan Guerrero, est l'oncle de Synapse, Emily Guerrero. Gerry Duggan expédie cette affaire à un rythme effréné, congédiant Spider-Man avant la fin du 1er épisode (au motif qu'il ne peut travailler avec Deadpool, bien que celui-ci ait été recruté par Steve Rogers) et invitant Cable dans la partie. Le scénariste, qui a écrit de nombreux épisodes de la série Deadpool n'a pas résisté à l'envie de réunir le mercenaire grande gueule avec le mutant voyageur temporel avec qui il se chamaille couramment.


Néanmoins, Duggan laisse de la place aux autres membres et notamment il exploite l'idée que la brume tératogène des Inhumains rendent malades les mutants et les tuent à petit feu, comme c'est le cas chez Malicia. Editorialement, à cette époque, Marvel ne fait pas mystère de son intention de remplacer les mutants (dont l'éditeur n'a pas les droits d'exploitation cinématographique) par les inhumains (au point de co-produire avec AMC une série télé, catastrophique), mais l'idée fera long feu à cause de la colère des fans.

Malgré ces contraintes, Duggan mène sa barque avec beaucoup de maîtrise et d'efficacité, la lecture est tonique. Et au dessin, même si je ne suis pas fan, Ryan Stegman ne s'économise pas. Son style détaillé et son trait qui n'hésite pas à exagérer les expressions, à jouer avec les proportions, est dynamique.


Suit un arc très bref en deux numéros où le scénario se concentre sur une mission avec Malicia, Deadpool et la Torche (et un peu Cable). Les trois co-équipiers se rendent à Bagalia pour savoir où se cache Crâne Rouge qui, rappelons-le, s'est fait transplanter le cerveau de Charles Xavier, héritant du même coup de ses puissants pouvoirs télépathiques. 
 

En parallèle, on suit Synapse qui est approché par les Inhumains pour rejoindre la Nouvelle Attilan. Mais après le combat contre son oncle et alors qu'elle en est encore à composer avec ses pouvoirs fraîchement acquis, la jeune femme hésite...

On ne peut pas lire ces deux épisodes sans un pincement au coeur puisqu'ils sont dessinés par le regretté Carlos Pacheco. Et l'artiste espagnol livre une prestation de haut niveau, produisant des planches magnifiquement composées, de ce trait si élégant, avec des décors soignés et des personnages à l'allure charismatique. C'est un fill-in de luxe dont le coup de crayon donne une classe indéniable à cet entracte.

Duggan, lui, reprend une intrigue amorcée durant le run de Rick Remender et qui va alimenter le reste de ses épisodes jusqu'au dernier arc. Bien entendu, la manière dont Crâne Rouge a hérité des pouvoirs de Xavier (tué par Cyclope au terme de Avengers vs. X-Men) n'est pas l'idée la plus fameuse de Remender, mais Duggan en fait un usage très malin.

Le petit détour par la Nouvelle Attilan souligne encore une fois la volonté d'alors de Marvel de mettre les Inhumains sous les feux des projecteurs (ils étaient les stars de plusieurs séries : Uncanny Inhumans, All-New Inhumans, Inhuman, Karnak). Et l'on se dit que, entre les mains d'un auteur ambitieux (comme Hickman), sans vouloir remiser les mutants, l'éditeur aurait pu en faire quelque chose d'intéressant (même si Charles Soule, à l'époque, n'a pas démérité).
 


Enfin, après deux épisodes non retenus dans cet album, en relation avec le crossover Standoff, une troisième partie exploite encore une idée de Rick Remender (on notera que, comme aujourd'hui sur X-Men, Duggan poursuit des plots lancés par ses prédécesseurs) puisque, à la fin de l'épisode 4 on assistait au retour sur Terre de Hank Pym/Ultron.


Pour bien tout comprendre, dans le graphic novel Rage of Ultron, Rick Remender imaginait la confrontation ultime entre Hank Pym et Ultron qui finissaient par fusionner et se neutraliser, dérivant dans le vide sidéral au terme d'un combat épique. Gerry Duggan décide que le créateur et sa créature ont fusionné et sème le doute sur lequel des deux a pris l'ascendant sur l'autre en revenant sur Terre. La suite est prévisible mais spectaculaire.

Entre temps, on peut voir que Steve Rogers a rajeuni et arbore un nouveau costume et un nouveau bouclier (il y a alors deux séries Captain America, écrites par Nick Spencer, et cette situation aboutira à l'event Secret Empire et à la révélation que Steve Rogers a été remplacé en vérité par un agent de l'Hydra).


La bataille qui oppose Pym/Ultron nécessite l'intervention de Iron Man (dans son armure Hulkbuster), de la Guêpe (qui intégrera ensuite les Uncanny Avengers) et de Vision. Et c'est Pepe Larraz qui dessine tout ça. Déjà, le prodige espagnol impose son style énergique et racé dans des planches grandioses, surclassant Stegman et Pacheco, bien avant House of X.

Larraz va devenir le regular artist du titre, tout juste suppléé de temps en temps. Duggan, qui retrouvera Larraz sur X-Men, s'appuie sur la virtuosité de son partenaire pour lâcher les chevaux avec une histoire spectaculaire, au rythme soutenu, avec des coups de théâtre, et une issue incertaine jusqu'au bout. A eux seuls, ces épisodes justifient l'achat de cet album.

A l'occasion je vous parlerai des autres tomes que je me suis procurés dans cette collection et que je vous encourage à acheter, vu leur prix et leur contenu.

dimanche 13 novembre 2022

KEVIN O'NEILL (1953-2022) - CARLOS PACHECO (1961-2022)

2022 restera, quoi qu'on en dise, une année de merde. Et particulièrement pour les comics. En effet, cette semaine, deux grands artistes ont plié bagages. Deux de plus dans une liste qui comptait déjà George Pérez, Neal Adams, Jean-Claude Mézières, Garry Leach, Tim Sale, Jean-Jacques Sempé, Tom Palmer, et Jean Teulé.


Kevin O'Neill nous a quittés le 3 Novembre à l'âge de 69 ans. Je ne vais pas prétendre être un fin connaisseur de son oeuvre puisque j'ai principalement lu La Ligue des Gentlemen Extraordinaires qu'il a dessiné pour Alan Moore. Deux Intégrales sont disponibles en français chez Panini Comics et il vous faut au moins avoir lu la première.


O'Neill s'était fait remarquer dans la revue 2000 A.D. en Angleterre, notamment en illustrant les histoires écrites par Pat Mills, dont le cultissime Marshall Law. Il créa aussi son propre titre, Nemesis le sorcier. Comme beaucoup de ses compatriotes, il s'exila aux Etats-Unis mais sans beaucoup toucher aux super-héros, mis à part une histoire de Green Lantern, restée fameuse car le Comics Code Authority voulut la censurer (et tout le reste de son travail !) car elle leur apparut trop laide - mais DC Comicss tint bon et se passa du sceau de l'organisation pour la publier.


C'est donc grâce à son association avec Alan Moore que je découvris Kevin O'Neill. Beaucoup considèrent d'ailleurs La Ligue des Gentlemen Extraordinaires comme son oeuvre à la fois la plus accessible, la plus classique et la plus belle. Franchement, lisez cette série, au moins ses deux premiers tomes, qui contiennent des planches somptueuses au service de récits magistraux, qui revisitaient de manière unique de grands personnages de la littérature du XiXème siècle.
Pour saluer la mémoire de son ami, le patron s'est fendu sur Facebook d'un poème (ci-dessus) qui vaut tous les hommages.

 

Et Bill Sienkiewicz, comme il le fait souvent, a dessiné ce portrait de Kevin O'Neill. Godspeed.

*


Carlos Pacheco est parti le 9 Novembre. Il avait 60 ans. Et là, j'avoue être plus touché encore. Il y a quelques mois, cet artiste né à Cadiz en Espagne révélait être atteint de la maladie de Charcot mais rien ne laissait craindre qu'elle l'emporte aussi vite, même s'il annonçait il y a peu se retirer après avoir signé une dernière couverture (pour la série Damage Control chez Marvel).


Pacheco avait migré aux Etats-Unis dans les années 1990 et s'était rapidement fait un nom en dessinant pour Marvel X-Men. Son style précis, détaillé et son trait merveilleusement souple en fit rapidement un artiste apprécié des fans et sa popularité lui permit de choisir ses projets. Au long d'une carrière dense, il brillera sur Fantastic Four (qu'il co-écrira avec Rafael Marin et Jeph Loeb). Mais la consécration arriva vraiment avec la mini-série en douze épisodes Avengers Forever, co-écrite par Kurt Busiek (et Roger Stern) avec qui Pacheco voulait absolument travailler.


Dès lors, les deux hommes seront associés sur bien des titres : Superman chez DC Comics notamment, et leur creator-owned Arrowsmith auquel ils venaient de donner une suite longtemps attendue. Arrivé à maturité, le dessin de Pacheco gagna en élégance, en fluidité, et son sens de la composition est un modèle du genre : n'importe quel plan chez lui est impeccablement agencé, avec des perspectives extraordinaires, et des personnages à l'anatomie parfaite (Pacheco avait étudié la biologie).


Si je devais citer un autre incontournable dans sa bibilographie, ce serait JLA/JSA : Virtue and Vice, co-écrit par Geoff Johns et David Goyer, un chef d'oeuvre absolu, au graphisme impressionnant. On ne peut parler de Pacheco sans mentionner Jesus Merino qui fut longtemps son encreur qui comprenait mieux que quiconque son trait rond et expressif. Quand Merino s'émancipa pour devenir à son tour dessinateur, Pacheco chercha longtemps un compagnon de sa trempe jusqu'à s'allier avec Rafael Fonteriz - mais des fans jugèrent sévèrement son travail, estimant que Merino finalement faisait plus qu'encrer Pacheco. Injuste.


Là aussi, Bill Sienkiewicz s'est fendu d'un superbe portrait hommage à son confrère. Une image montrant Pacheco plus sombre qu'il ne l'était car ses amis louaient sa bonne humeur. Autant de raisons de le regretter.

mercredi 26 décembre 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #5, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


C'est enfin fini ! La retconla plus inutile et la plus ratée depuis un bail arrive à son terme avec ce cinquième chapitre, sorti avec du retard, mais juste à temps avant le relaunch de la série en Janvier. Bilan sans appel : The Life of Captain Marvel aura été jusqu'au bout une purge totale.


Harpswell, Maine. La tueuse kree appelée sur Terre a pris Joe Jr. en otage pour forcer Marie Danvers, sa mère, à se rendre et être exécutée sur-le-champ comme l'a décidé l'impératrice Pam'a.


Pour éviter d'avoir à combattre Carol et sa mère en même temps, la tueuse utilise ses drones pour diviser l'adversité. Séparée de Mari-Ell, Carol se souvient de sa liaison avec Walt Lawson alias Captain Marv-Ell quand elle était pilote à la NASA.


Elle ignorait alors qu'il était un espion kree et qu'elle ne devrait pas ses pouvoirs au fait qu'il lui transmis les siens en la protégeant du Psyché-Magnétron de Yon-Rogg, mais bien au fait qu'elle-même avait du sang kree par sa mère.


Le plan de la tueuse kree fonctionne puisqu'elle tue Mari-Ell et disparaît en se téléportant. Carol recueille le dernier soupir de sa mère, qui ne regrette rien de sa vie passée sur Terre, convaincue d'avoir élevée sa fille comme sa digne héritière.


Pour Joe Jr. en revanche, la mort de sa mère le résoud à partir vivre ailleurs. Carol prend congé de son ami d'enfance (et prétendant) Lou pour rejoindre les Avengers. Elle se jure d'honorer la mémoire de sa mère en tant que super-héroïne.

Je dédie cette critique à Xavier Fournier qui, pour ceux qui l'ignorent, est le fondateur de "Comic Box", défunt bimestriel consacré à la "culture comics" et dont subsiste maintenant la trace sur une page Facebook. J'ai eu le malheur de commenter son propre avis sur cet épisode en exprimant mon désaccord avec ce qu'il en pensait, et ce charmant personnage m'a en retour traité de "troll de Noël".

Je ne vais pas céder à l'insulte comme il l'a fait - peut-être s'est-il simplement fâché parce que le Père Noël ne lui a pas offert les cadeaux qu'il souhaitait après tout : il faut être indulgent, moi-même j'aurai été déçu et me serai peut-être laissé emporter...

En revanche, je ne passe pas mes nerfs sur qui a l'audace de me laisser un commentaire contraire à ma critique. Mais qu'ai-je dit, au juste, de si polémique ?

Simplement, ma foi, que je trouvais ce cinquième chapitre aussi mauvais que les quatre précédents, qu'il ne s'agissait sûrement pas d'une bonne idée de retcon, que cela ne me semblait pas correspondre avec les origines de Captain Marvel telles qu'utilisées dans le film à venir et que je fondais plus d'esspoir sur la relance de la série par Kelly Thompson. Voyez comme j'ai été méchant...

On pourrait reprendre point par point tout ce qui ne fonctionne pas dans cet épisode : l'aspect hyper-convenu du dénouement (avec la mort de Mari-Ell), le mauvais psychodrame familial employée pour nuancer l'histoire des Danvers, le sort fait à Joe Jr. (otage de la tueuse kree, il disparaît du paysage à la fin sans un mot d'explication à part qu'il souhaite changer de vie - on notera aussi son rétablissement express : au début de ce numéro il est encore en chaise roulante, à la fin il pilote une péniche...), l'absence totale de charisme de la tueuse (qui, elle aussi, se volatilise une fois son job terminé et dont je parie qu'on ne la reverra jamais), le copain d'enfance de Carol qui l'a draguée et qu'elle laisse dans son patelin du Maine sans plus de considération (même pas un petit "je préfère qu'on reste amis, tu comprends, j'ai le monde à sauver avec les Avengers").

C'est incroyablement mauvais, à un point que ç'en est risible. Comment supporter ce récit lent, long, qui veut rendre les origines de l'héroïne moins passives tout en les décalant (Carol tient toujours au final ses pouvoirs d'un accident : le fait que sa mère soit une alien et plus d'un transfert entre elle et Marv-Ell), cette caractérisation à la truelle, ces péripéties lourdingues (n'oublions pas quand même que si la tueuse kree débarque, c'est parce que... Carol a activé par mégarde l'appareil qui l'a appelée ! Mais ça, à la fin, elle ne semble plus s'en rappeler, c'est commode !), cette voix-off qui cherche à donner du liant à des scènes au présent et des flash-backs au bout du compte bien dispensables (mais qui auront permis à Pacheco de fournir ses planches sans trop de retard)... C'est indigeste, c'est médiocre. C'est impossible à défendre : tout est surligné, surjoué.

Visuellement, Carlos Pacheco tire ostensiblement la langue : ses planches ont perdu de leur surperbe alors qu'il s'en tirait bien jusque-là. Il est évident que cinq épisodes, même avec des scènes passées dessinées par une autre, est désormais le maximum qu'il peut enchaîner en conservant un certain niveau de qualité.

La réussite de Pacheco doit aussi au fait qu'il a (enfin) trouvé un encreur capable de respecter son trait en la personne de Rafael Fonteriz, moins rond, moins souple que Jesus Merino à la grande époque, mais très compétent, trés propre (au point que le coloriste en profite pour se faire mousser).

Contre toute attente (alors qu'elle est maintenant l'artiste de la série Archie), Marguerite Sauvage est de retour. Pas pour grand-chose, trois-quatre pages grand maximum, mais très bien.

Je crois avoir bien dit tout ce qui n'allait pas dans ce projet. Surtout c'est son inutilité, du moins son absence de correspondance avec sa version filmée (où tous les trailers ne font aucune allusioon au fait que Carol Danvers serait une hybride mi-humaine, mi-kree), qui frappent. On atteint bien là une forme d'absurdité dans la volonté d'actualiser un personnage. Qu'on puisse être sensible à l'écriture de l'ensemble, bon, pourquoi pas, mais qu'on défende l'intérêt de la manoeuvre, ça, c'est un vrai mystère.

jeudi 18 octobre 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #4, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Erica d'Urso


La bonne nouvelle de ce quatrième épisode de The Life of Captain Marvel est que c'est l'avant-dernier de cette mini-série écrite avec du plomb par Margaret Stohl. La mauvaise, donc, c'est qu'il confirme le ratage total du projet, entérinant une retcon maladroite et inutile. Carlos Pacheco et la nouvelle venue Erica d'Urso sauvent ce qui peut l'être, donc pas grand-chose.


Alors que la guerrière Kree est aux portes de la maison des Danvers, Carol découvre que sa mère est originaire de la planète Hala, capitaine de son armée, et véritable cible de la visiteuse venue l'exécuter pour trahison.


Après avoir écarté l'assassin venue sur Terre pour elle, Marie Danvers alias Mari-Ell se confie sur son passé. Formée dès l'enfance à l'art de la guerre, elle fut promue précocement et envoyée sur notre planète comme espionne. Echouant sur la côte voisine d'Harpswell, elle fut repêchée par Joseph Danvers.
  

Ce veuf, père de deux garçons, tomba amoureux d'elle et réciproquement. Ils se marièrent et donnèrent naissance à Carol. Elle manifesta très tôt son intérêt pour l'espace et son ambition de devenir astronaute, vocation qui déplaisait à son père, craignant en permanence que les Kree viennent la chercher avec sa mère.


Joseph sombra dans l'alcool irrémédiablement et la correspondance qu'il entretenait avec une autre femme s'adressait en vérité à Marie, ou plutôt Mari-Ell, tombée du ciel. Les Kree sont bien revenus, comme il le craignait, aujourd'hui, estimant que la vie de famille de Mari-Ell est une trahison.


Carol comprend ainsi qu'elle ne tient pas ses pouvoirs de l'explosion du Psyché-Magnetron qui aurait diffusée une partie de l'énergie de Marv-Ell dans son corps à elle : en fait, elle avait activé la machine infernale en s'en approchant. Mais c'est alors que Joe Jr. est arraché à son fauteuil roulant par la guerrière Kree qui menace de le tuer si Marie ne se rend pas...

Tout ça pour ça ! Et de quelle manière !... Il y a une forme d'accablement à lire cet épisode qui révèle le mystère programmé dans cette mini-série, la justification à cette retcon (continuité rétroactive : modifier un événement passé pour le réactualiser). 

Pourquoi d'abord ? Pourquoi avoir voulu réécrire les origines de Carol Danvers ? D'aucuns devaient la juger trop facile, mais pourtant elle s'inscrit dans une tradition instaurée par Stan Lee pour qui beaucoup de super-héros acquéraient leurs pouvoirs par accident. Carol a obtenu les siens lors de l'explosion d'une machine, le Psyché-Magnetron. Marv-Ell, espion Kree, l'a protégée alors mais durant l'incident, une partie de sa puissance cosmique se diffusa dans l'organisme de Carol qui en fit ensuite Ms. puis Captain Marvel.

Spider-Man, Iron Man, Hulk et quantité d'autres personnages sont nés ainsi, à la suite d'une expérience ratée, d'un coup du sort, d'un accident. Même Thor a compris d'où il venait quand Donald Blake a frappé sa canne de bois pour se transformer en dieu du tonnerre, banni d'Asgard par Odin.

Désormais donc, Carol Danvers est une métisse mi-humaine, mi-Kree par sa mère, originaire de Hala, la planète de l'empire Kree. Ses pouvoirs sont héréditaires et plus accidentels. Qu'est-ce qu'on y gagne ? A vrai dire, rien. Juste que Marie Danvers s'appelle Mari-Ell et Carol Car-Ell (si d'aventure elle a dans l'avenir une aventure avec Steve Rogers, on pourra les appeler les "Steve Carrell"...). Blague à part, ce "Ell" ne vous rappelle rien ? Pensez à Krypton, Superman, Supergirl, et donc Kal-El, Kara Zor-El : les Kree seraient-ils des cousins des kryptoniens ?

Quoi qu'il en soit, il faut encore une fois les trois quarts de l'épisode à Margaret Stohl pour nous expliquer tout ça. Autrement dit, il n'y a guère de place pour l'action - elle tient en deux-trois pages au début quand Mari-Ell affronte et envie valdinguer la tueuse Kree. Tout le reste est dévolu à la confession de Maman Danvers, avec son lot de scènes aussi dénuées d'émotion que de suspense (le lecteur a déjà tout deviné).

Carlos Pacheco n'a presque rien à dessiner, même s'il fait bien ce qu'il a à faire. Marguerite Sauvage partie pour d'autres aventures (elle va participer au relaunch de la mythique série Archie chez Archie Comics), Marvel a confié à la jeune Erica d'Urso les illustrations des flash-backs : elle s'en sort plutôt bien, même si son dessin est un peu maladroit, avec un encrage trop léger et des couleurs trop gourmandes (même si elles ont un côté délavé).

Inutile de s'acharner davantage. Le mois prochain, ce sera terminé. Et en Janvier, il incombera donc à Kelly Thompson et Carmen Carnero d'animer la série régulière Captain Marvel, en souhaitant qu'elle ne repose pas trop sur cette mini.

mardi 25 septembre 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #3, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


J'aimerai tant dire du bien de cette mini-série, mais plus j'avance dans cette histoire, plus je suis exaspéré par sa médiocrité. J'irai jusqu'au bout puisqu'il ne reste plus que deux épisodes, mais si la même scénariste, Margaret Stohl, reste aux commandes de la série régulière qui devrait être produite à la suite de The Life of Captain Marvel, c'est la cata. Heureusement, c'est bien dessiné... Mais c'est un maigre lot de consolation.
  

Alors qu'elle a accepté de faire un jogging avec son ami d'enfance, Louis, Carol se remémore une sortie en bateau avec ses parents et lui au cours duquel, prophétiquement, elle avait gagné le surnom de "Captain Shooting Star".


Profitant quelque peu de la confusion de sa partenaire de course, Louis attire Carol à lui pour l'embrasser en lui avouant en avoir toujours amoureux. Mais une sonnerie persistante distrait la jeune femme qui, inquiète, prend congé, tout en promettant à son ami que ce n'est que partie remise.


Dans la grange de leur maison, Carol trouve sa mère manipulant l'appareil qu'elle a trouvé dans les affaires de son père - et qui a attiré sur Terre une guerrière Kree, sans qu'elle le sache encore. Elle s'en débarrasse en le jetant dans la rivière. Puis, seule avec son frère, Carol se rappelle d'un épisode où ils avaient surpris leur père embrassant une autre femme.


En ville, un drone Kree provoque des dégâts et se sépare en plusieurs modules. Carol intervient pour sauver Louis de leurs tirs puis en déduit que sa famille est la prochaine cible. Elle s'envole en direction de sa maison et neutralise les modules.
  

Mais la guerrière Kree sort alors de l'eau et se présente, menaçante, devant chez les Danvers. Carol s'interpose devant sa mère qui, pourtant, assure qu'elle maîtrise la situation. En effet, la voilà revêtue d'une étonnante armure Kree qui déclare que la visiteuse est venue pour elle !

Avant de me fâcher sur le script, défendons ce qui peut l'être dans ce naufrage.

Bien que Marguerite Sauvage signe là ses dernières planches pour la mini-série (elle sera remplacée par Ursula d'Urso, mais Marvel n'a pas expliqué la raison de ce changement), elle se distingue encore par des flash-backs très élégants, qui réussissent à animer le passé de l'héroïne et ses proches dans un style délicat et expressif. J'espère vraiment que cette artiste rebondira sur un projet intéressant avec plus d'espace pour s'exprimer.

Carlos Pacheco continue de produire des pages de très bon niveau. Le dessinateur ibérique a longtemps perdu pied depuis sa rupture avec son encreur Jesus Merino (devenu dessinateur lui aussi, chez DC), et on lui a fourni des partenaires multiples et variés qui jamais ne convenait à son trait souple. C'est désormais réparé avec Rafael Fonteriz dont les finitions n'ont rien d'extraordinaire (au point d'être parfois "grignotées" par la couleur) mais qui respectent Pacheco, le servent avec humilité, l'embellissent, lui rendent sa fluidité.

Grâce à cet apport, Pacheco rend sa meilleure copie depuis des lustres. Et il apporte au récit la bonne distance, le plus souvent intimiste jusqu'à présent, ou avec plus de souffle quand, enfin, l'action devient plus présente. Par ailleurs, sa capacité à représenter une héroïne avec féminité sans l'hyper-sexualiser est très appréciable.

Voilà pour les bons points.

J'entends bien l'intention du projet de The Life of Captain Marvel, qui veut donner à Carol une origin story définitive. Mais le souci, c'est que nous sommes dans une mini-série en cinq épisodes, et qu'au terme de ce troisième, on en a davantage appris sur les parents Danvers que sur leur fille. 

La narration choisie par Margaret Stohl est un autre point délicat. Je serai mal inspiré de dénigrer sa décompression, étant donné que j'apprécie des scénaristes qui la pratiquent volontiers (Bendis, Straczynski...). Mais lorsqu'on sent des longueurs persistantes dans un format de cinq chapitres, c'est quand même embêtant. Une mini-série présente le même défi que la nouvelle littéraire : elle doit être dense et rythmée, apporter un nombre conséquent d'informations et aboutir à des réponses claires et percutantes. En tout cas, à moins de donner dans le contemplatif, pas question de gagner du temps.

Or, c'est justement ce qui m'exaspère chez Stohl, cette impression qu'elle n'a pas assez de matière pour son propos ou qu'elle réserve la meilleure part pour la toute fin. Mais enfin, quel pourrait être ce rebondissement qui rendrait soudain l'affaire palpitante ? Le cliffhanger de cet épisode est certes surprenant, inattendu, mais aussi un peu grotesque (un peu comme si Tante May se présentait à Peter Parker avec un costume d'araignée, révélant ainsi que Spider-Man descend d'une lignée).

Surtout, tout cela intervient au terme d'un épisode encore une fois très insistant sur le psychodrame de Carol. On pouvait reprocher à Bendis de ne pas avoir rendu très sympathique Captain Marvel avec Civil War II en la décrivant comme une héroïne autoritaire (autoritariste même) et entêtée jusqu'au dérapage. Mais Stohl en fait une espèce de bécasse quasi-amnésique (ou en tout cas ayant refoulé beaucoup d'épisodes de son enfance) et qui redécouvre sa vie avec stupéfaction, entre un frère revêche (dont le rétablissement miracle vaut à lui seul son pesant de cacahuètes : le voilà désormais bien conscient, en chaise roulante, un bandeau autour du crâne) et une mère ne cessant d'avouer qu'elle s'est comportée comme ci ou comme ça pour préserver les apparences, garder sa famille unie. Carol gobe tout ça avec une naïveté déconcertante et une indulgence incroyable, ne s'énervant jamais (alors qu'elle a souvent été écrite comme une femme de caractère).

Enfin, The Life of Captain Marvel devait aussi prouver au passage que Carol était bien l'héroïne la plus puissante de la Terre. La première bande-annonce du film Captain Marvel, qui sortira au Printemps 2019, diffusée depuis une semaine, insiste d'ailleurs beaucoup là-dessus (avec aussi en ligne de mire le duel attendu contre Thanos dans Avengers 4). Mais la mini-série n'offre aucune scène d'action - tout juste ce mois-ci quelque drones Kree et l'apparition à Harpswell, Maine, de la guerrière bleue comme avant-goût ! C'est frustrant pour se faire une idée...

Quand on se rappelle les confidences de Kelly Sue DeConnick, auteur du meilleur run de Captain Marvel, ces dernières années, qui avait révélé l'indifférence totale de Marvel pour promouvoir le titre quand elle l'écrivait (l'obligeant à en faire la pub sur les réseaux sociaux par elle-même), ça laisse rêveur. A l'époque, la série bénéficiait d'une scénariste attachée au personnage (et qui avait mis le pied à l'étrier de sa jeune consoeur Kelly Thompson sur la fin) et d'un excellent dessinateur (David Lopez, depuis investi dans un creator-owned en ligne sur PanelSyndicate, le site de Brian K. Vaughan et Marcos Martin), pour des épisodes plein d'humour, d'action... Tout le contraire de cette mini ampoulée, lente, sans queue ni tête.    

samedi 25 août 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #2, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


La biographie de Carol Danvers continue d'être explorée dans ce deuxième épisode de The Life of Captain Marvel. Margaret Stohl s'y montre un peu moins psychodramatique et introduit une menace imminente tandis que Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage se complètent à merveille pour illustrer présent et passé.


Carol Danvers est encore bouleversée par la découverte des lettres que son père, Joseph, adressait à une autre femme que son épouse. Elle se souvient de son enterrement militaire et du vide qu'il laissa malgré son tempérament violent.


Quelque part au Canada. Un vaisseau s'écrase dans le champ de Fletch Rye. Il s'en approche et voit une femme Kree en sortir, indemne. Elle le frappe et lui vole ses vêtements et sa voiture. Carol, elle, se confie à son ami Louis et lui recommande de parler à sa mère de ce qu'elle a trouvé. Ce sera préférable que de garder ça pour elle.


Carol prend donc son courage à deux mains et s'ouvre à sa mère sur la correspondance amoureuse de son père. Surprise : elle savait qu'il était infidèle mais elle le lui pardonnait car elle l'aimait et voulait conserver leur famille intacte.


La femme Kree envoie une sonde à la recherche de sa cible. Carol est abasourdie par l'attitude de sa mère et décide de partir rejoindre les Avengers et reprendre sa vie. Elle s'apprête à le lui annoncer ce soir-là lorsqu'un nouvel événement inattendu se présente.


Joe Jr. se réveille de son état léthargique pour la première fois depuis neuf mois et l'accident qui a failli lui coûter la vie. Carol réveille sa mère. De son côté, la femme Kree sait où est sa cible et se dirige vers Harpswell dans le Maine... Là où se trouve Carol !

C'est en vérité une bien curieuse mini-série que The Life of Captain Marvel : le projet, tel qu'il a été présenté et tel qu'il est développé, ambitionnait de (re)définir les origines de l'héroïne afin que le lectorat fasse mieux connaissance avec Carol Danvers juste avant que le film qui lui est consacrée sorte en salles l'an prochain. Une sorte de lance de rampement avant aussi certainement une nouvelle série régulière.

Pourtant, ce deuxième épisode montre en vérité très peu Captain Marvel elle-même et si Carol Danvers est bien au premier plan, c'est davantage le passé de sa famille qui nous est dévoilé que le sien. Tout cela s'avère très cryptique à ce stade : en quoi le fait de savoir que Joseph Danvers, son père, a eu une liaison avec une autre femme, et que cette infidélité ait été connue de son épouse impacte, autrement qu'affectivement, Carol ? Et en quoi cette découverte reformule-t-elle son statut de super-héroïne (quand tant d'autres justiciers ont du composer avec des événements bien plus traumatisants) ?

L'autre aspect du récit concerne l'arrivée sur Terre d'une guerrière Kree, attirée par un signal déclenchée accidentellement par Carol à cause d'un mystérieux appareil que possédait son père (décidément bien cachottier). Cette partie est plus convenue puisque tout le monde en sait à l'avance la finalité : la créature à la peau bleue qui fait route vers Harpswell, Maine, va en découdre avec Captain Marvel désignée comme "traître". Restera à déterminer la traîtrise en question...

Margaret Stohl est une scénariste qui ne donne donc pas une grande impression de savoir où elle va ou où elle veut nous mener. Nul doute pourtant qu'elle a un plan, un cahier des charges, mais il me semble évident que cette mini-série a tout d'une commande préétablie où l'auteur est juste un scribe. Le fait est que le style est assez transparent, souvent verbeux, avec un recours abondant à la voix-off (bien pratique quand il s'agit surtout de zapper la confession attendue de Carol à sa mère au sujet des secrets de Joseph... Alors que Stohl prend juste avant deux pages pour un dialogue entre Carol et Louis sur la nécessité pour la fille de parler à sa mère !).

Ce n'est pas désagréable à lire pourtant, mais qu'en aurait-il été sans les dessins d'un Carlos Pacheco des bons jours (il a retrouvé un encreur digne de ce nom avec Rafael Fonteriz) et les flash-backs mis en images par Marguerite Sauvage ?

L'espagnol se fend de planches bien pleines, aux compositions impeccables, avec des personnages expressifs : un ouvrage très complet, soigné, élégant. Quand il est à ce niveau, Pacheco ne craint rien et rivalise avec les meilleurs. Sauvage, elle, dispose de peu de place pour s'exprimer mais elle le fait remarquablement en assurant tous les postes (dessin, encrage, colorisation), et j'espère que Marvel saura reconnaître ses mérites une fois cette mini terminée - pourquoi pas en lui confiant toute la partie graphique d'une nouvelle série sur Captain Marvel ?... Mais avec un()e scénariste plus inspirée !

Je le répète, The Life of Captain Marvel n'est pas mauvais, juste un peu plat, prévisible. Ses dessins la hissent à un niveau respectable. Il faudrait juste un peu d'épices pour être davantage captivé...  

mardi 24 juillet 2018

THE LIFE OF CAPTAIN MARVEL #1, de Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage


Avec un film qui lui sera consacrée en 2019 et son arrivée attendue dans Avengers 4, Carol Danvers doit, plus que jamais, être mise en valeur par Marvel pour la faire connaître au public. Car si The Life of Captain Marvel est une mini-série revenant sur les origines de l'héroïne, avec quelques corrections opportunistes, le personnage a encore du mal à s'imposer comme une vedette auprès des fans, malgré des séries souvent intéressantes (particulièrement le run de Kelly Sue DeConnick avec David Lopez). A la romancière Margaret Stohl et au vétéran Carlos Pacheco de rectifier ça.


En mission avec les Avengers, Captain Marvel est sujette à une bouffée de rage contre son adversaire puis à une crise d'angoisse lorsqu'elle se rappelle, dans le feu de l'action, d'un épisode de son enfance où son père, Joseph Danvers, avait frappé ses deux frères.
  

Examinée par Tony Stark, qui la trouve en parfaite condition physique mais certainement tourmentée psychologiquement, Carol Danvers décide de faire un break en rendant visite à sa mère et son frère Joe à Harpswell Sound dans le Maine.


Si sa mère est heureuse de la revoir, Joe la bat froid en estimant qu'elle les a abandonnés. Ils se disputent en se recueillant sur la tombe de leur père et, peu après, Joe a un accident de la route, nécessitant une hospitalisation en urgences.


Une sévère commotion cérébrale diminue Joe et son séjour à l'hôpital dure neuf mois, durant lesquels Carol, qui culpabilise, reste à ses côtés, en soutien de sa mère. Tony Stark l'encourage, comme sa mère, à reprendre ses activités au sein des Avengers mais elle refuse.
  

En rangeant ses affaires, Carol découvre dans une penderie une boîte contenant des lettres écrites par son père et dévoilant qu'il a eu une liaison adultère, mais aussi un curieux appareil à la technologie inconnue. Carol tente de l'activer, ce qu'elle réussit sans s'en rendre compte : en effet, à l'autre bout de l'univers, l'engin a alerté les Kree, race d'extraterrestres à l'origine de ses pouvoirs...

Cette mini-série commence en provoquant une polémique chez ceux qui connaissent bien Carol Danvers car Margaret Stohl utilise le procédé de la retcon (pour continuité rétroactive : la correction actualisée des origines du personnage). Mais on le sait, dans les comics, peu de héros échappent à cet artifice qui permet de les garder contemporains, même quand il affiche plusieurs décennies d'activité.

En l'occurrence (je ne le savais pas, je l'ai appris en visitant quelques forums), l'élément qui fait jaser concerne la caractérisation de Joseph Danvers, par qui tout démarre dans cette mini-série lorsque Captain Marvel se souvient de sa brutalité envers ses fils dans leur enfance. Or, il semble que cet homme ait initialement été décrit comme tout le contraire de ce qu'on nous raconte ici, prêt à se sacrifier pour les siens, d'un tempérament aimable.

Si l'on accepte de passer outre cela, alors The Life of Captain Marvel ne fait que coller à un des deux ingrédients principaux des comics de super-héros, à savoir un mélodrame - ou un psychodrame (l'autre ingrédient étant l'action, ici vite expédiée dans le prologue : on verra si la suite du projet confirme cette option).

Stohl n'est pas spécialement subtile dans son traitement du traumatisme de son héroïne et de ses relations familiales. Sa mère la retrouve avec joie mais son petit frère lui adresse des reproches définitifs bien péremptoires, comme s'il faisait peu de cas que Carol sauve régulièrement la Terre au sein des Avengers ou dans ses propres aventures, ce qui n'est pas à proprement parler un job ordinaire, prompt à vous laisser savourer les délices des réunions de famille.

Ensuite, et là, on est franchement dans le mélo le plus épais, intervient l'accident dudit Joe qui culpabilise encore davantage Carol et rallonge son congé. Le plus maladroit là-dedans, ce n'est pas tellement la succession des événements, mais la façon dont la scénariste s'en sert pour amener son personnage et donc le lecteur où elle en a besoin. Soit : la découverte d'une infidélité de Joseph Danvers (ce qui commence à faire beaucoup, après le père violent) et la possession d'un étrange appareil... Qui, heureux hasard, est en relation avec les Kree, la race à laquelle appartenait le premier Captain Marvel, qui donna ses pouvoirs à Carol !

Marguerite Sauvage intervient peu dans cet épisode, se chargeant d'illustrer les flash-backs qui ponctuent le prologue, mais son travail est joli à voir. J'attendais ce qu'allait produire Carlos Pacheco, dont le travail est toujours prometteur, même si l'espagnol a perdu de sa superbe depuis sa séparation avec son encreur Jesus Merino (devenu lui-même dessinateur chez DC).

Le résultat est avantageux, on sent que Pacheco s'est investi dans le projet et a soigné son ouvrage. Quand il est bien disposé, cet artiste reste un cador dans sa partie, en particulier parce qu'il sait composer des plans à la perfection, disposant de l'espace de manière intelligente et efficace. Son découpage est un modèle de lisibilité et de fluidité, au sein duquel les personnages se meuvent avec naturel et prestance. Par ailleurs, il sait les rendre expressifs sans avoir besoin d'exagérer leurs mimiques ou leur gestuelle. L'encrage de l'expérimenté Rafael Fonteriz valorise le trait précis de Pacheco.

Et pour ne rien gâcher, la mini-série profite de superbes couvertures par Julian Totino Tedesco.

Tout n'est donc pas parfait dans ce premier chapitre, la faute à une écriture trop appuyée dans ses effets, mais nul doute que The Life of Captain Marvel a des ressources et devrait déboucher sur une série régulière (avec espérons-le un dessinateur aussi attractif que Pacheco, même si ça m'étonnerait que ce dernier aille plus loin) à la hauteur de son héroïne et de son heure de gloire l'an prochain.  
  

vendredi 6 octobre 2017

ASTONISHING X-MEN #4, de Charles Soule et Carlos Pacheco


Après un troisième épisode très en deçà, graphiquement en dessous de tout, Astonishing X-Men de Charles Soule devait impérativement se ressaisir. D'autant plus que les infos sur le titre ont permis de mieux le définir (il s'agissait initialement d'une maxi-série en 12 n°, appelée à continuer, avec un des protagonistes qui va certainement mourir et un autre ressusciter). Et, bonne nouvelle, ce 4ème chapitre de l'arc Life of X redresse brillamment le niveau, avec le concours non négligeable de Carlos Pacheco.


Old Man Logan est revenu à lui dans notre dimension mais désormais possédé télépathiquement par Amahl Farouk, le Roi d'Ombre, et il vient de blesser gravement un blessé au sommet de l'immeuble où les Astonishing X-Men se sont rassemblés. Dans l'incapacité de l'affronter car elle guide dans le plan astral Rogue, Gambit, Fantomex et Mystique, Psylocke s'en remet à Bishop et Angel.


Dans le plan astral, le Roi d'Ombre piège d'un côté Mystique et Fantomex et de l'autre Rogue et Gambit en les faisant évoluer dans des décors de rêve, pour mieux attiser leur attirance sexuelle. Ainsi Mystique côtoie-t-elle Fantomex dans un luxueux appartement de Madripoor...


... Tandis que Rogue se détend dans un spa avec Rogue. Cependant Old Man Logan affronte Bishop, Angel et les forces de l'ordre londoniennes dans la rue sans paraître faiblir. Mais ce combat oblige Amahl Farouk à se focaliser sur le mutant griffu...

... Ce qui permet à Charles Xavier, dans le plan astral, à de réunir Fantomex, Mystique et Rogue pour élaborer une riposte contre leur ennemi. Seul manque à l'appel Gambit que le Pr. X n'a pu extraire de ses fantasmes : Rémy Lebeau est-il mort psychiquement dans l'affaire ?

Le précédent épisode avait donc été une déconvenue après un départ brillant, et si le script de Charles Soule était paresseux, les dessins d'Ed McGuinness n'arrangeaient rien : bâclées, ils rendaient la lecture particulièrement navrante.

On attendait donc beaucoup de la contribution de Carlos Pacheco cette fois. Même si l'espagnol a une production beaucoup moins flamboyante qu'il y a quelques années (la faute aussi à sa séparation d'avec son encreur Jesus Merino, désormais artiste chez DC Comics), et s'il passe de projet en projet sans s'attarder (incapable de tenir le rythme mensuel), il fournit là de superbes planches, où son art de la composition des plans rappelle qu'il est un artiste solide. Ce qui distingue aussi Pacheco, c'est qu'il sait raconter une histoire en images, en la découpant intelligemment  - les scènes dans le plan astral sont ainsi servies par des enchaînements de plans très fluides et simples (une moyenne de 6 cases par page) tandis que celles dans le décor réel de Londres alternent toutes sortes de vignettes (une double page, une pleine page, des cases verticales). Cette diversité permet de distinguer le cadre de chaque action, de dynamiser le récit.

Et puis Pacheco maîtrise la représentation de tous les personnages ici convoqués parce qu'il s'est fait la main, par le passé, sur les X-Men : son trait expressif et élégant, soutenu par un encrage soigné et une colorisation impeccable, permet d'apprécier la beauté de ses héroïnes et la virilité de ses mâles sans souligner les effets.

La narration est également plus soutenue, Soule a su tirer les leçons de son ratage antérieur : l'épisode défile sur un rythme soutenu dans des ambiances bien posées, jusqu'au cliffhanger final accrocheur. Dommage néanmoins que tout ça sorte au moment où Marvel annonce le lancement l'an prochain d'une série dédiée au couple Rogue-Gambit (ce qui ôte de facto tout suspense sur le sort de ce dernier) et que le scénariste ait avoué en interview qu'un des objectifs du projet serait de ressusciter le Pr. X... Et sans doute, on peut le déduire facilement, de se débarrasser Old Man Logan (avec le retour effectif désormais de Wolverine, dans les pages de Marvel Legacy, il est inévitable qu'il va y avoir au moins un griffu en trop). C'est périphérique, mais la communication de Marvel, depuis un bail maintenant, est tout de même curieuse puisqu'ils se spoilent eux-mêmes fréquemment - les editors ne se parlent-ils pas entre eux ou la direction refuse-t-elle de s'aligner sur les séries en cours ? En tout cas, on sait bien avant la fin d'une histoire qui va revenir et partir !

Ces réserves mises à part, Astonishing X-Men repart bien, très bien même. Prochain numéro avec, au dessin, Ramon Rosanas (Ant-Man, Captain Marvel)...