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vendredi 7 décembre 2018

SHAZAM ! #1, de Geoff Johns et Dale Eaglesham


Bonnes nouvelles : Shazam ! revient avec sa propre série. Avec Geoff Johns et Dale Eaglesham aux manettes. Et la promesse d'un run long et qui respecte le fondamentaux... A moins que... Tout ça ne soit trop beau pour être bon. Car les auteurs, appliqués, semblent malgré tout ne pas vouloir du vrai personnage.


Billy Batson assiste à la visite du musée de la révolution de Philadelphie en compagnie de sa classe, dans laquelle se trouvent ses "frères" et "soeurs". Parmi lesquels Freddy Freeman qui s'ennuie bruyamment et se fai rappeler à l'ordre par le professeur.


Mais un gang de voleurs de reliques va se charger d'apporter de l'animation. Billy se transforme en Shazam, bientôt imités par ses frères et soeurs, que les élèves appellent la "Lightning League".


Les malfrats neutralisés sont remis à la police. Les enfants rentrent chez leurs parents adoptifs, Rosa et Victor Vasquez. On fête la première année de présence dans la famille de Billy.
  

La discussion lors du repas est monopolisée par le récit de l'aventure au musée. Puis, la vaisselle faite, les enfants montent faire leur devoir. En vérité, ils rejoignent le Rocher d'Eternité pour le décorer.


Eugene alerte les autres pour leur montrer une nouvelle pièce qu'il a découverte : il s'agit d'une station de métro avec un train et, sur un mur, la carte des Pays Magiques. Freddy actionne un interrupteur. Au même moment, un homme se présente chez les Vasquez en déclarant être le père de Billy !

Geoff Johns tourne autour de Shazam ! depuis un moment : déjà, quand il écrivait JSA, il avait fait du personnage créé par Fawcett comics et récupéré par DC un des membres de l'équipe - même s'il avait dû abandonner une idée majeure à son sujet (une romance entre Billy Batson et Stargirl, taxée de tendancieuse car Shazam avait l'apparence d'un adulte et donc cela pouvait le faire passer pour un pédophile).

Ensuite, lors du statu quo des "New 52", il développe une back-up story en huit parties sur le personnage en réécrivant ses origines, en redéfinissant aussi son caractère et sa famille. Je n'ai pas du tout adhéré à cette version, dessinée par Gary Frank, comme beaucoup de fans. Mais c'était une rampe de lancement pour intégrer Shazam à la Justice League, juste avant la saga Trinity War.

Depuis le début de l'ère "Rebirth", le héros, pourtant symbole d'un positivisme raccord avec la volonté de DC, était aux abonnés absents. Mais l'imminence de la sortie de son film a précipité le lancement de sa série. Et bien entendu Johns est aux commandes, retrouvant pour l'occasion Dale Eaglesham (son partenaire sur Justice Society of America, une de ses grandes réussites).

Johns prend le parti, risqué, d'écrire le Shazam qu'il avait mis en place lors des "New 52" : le caractère de Billy Batson est adouci mais son look (affreux) de super-héros est identique, tout comme l'équipe de lieutenants. Tant pis si vous découvrez ça maintenant, le scénariste escamote toute présentation. Premier souci.

Mais c'est bien peu par rapport à l'essentiel. Car est-ce bien du Captain Marvel original qu'il s'agit (DC ne peut plus l'appeler ainsi car Marvel a récupéré le nom lorsque le personnage n'était plus exploité) ?

C'est que, entre temps, Grant Morrison (avec The Multiversity) et Jeff Parker (avec Convergence : Shazam) sont passés par là, en écrivant le héros tel que C.C. Beck l'a créé, avec son costume original, sa caractérisation, ses seconds rôles. Non seulement, cette version initiale est bien meilleure, sympathique, mais elle est surtout plus puissante, originale, efficace, singulière. Et Cameron Stewart comme Evan Shaner la dessinèrent tour à tour avec brio.

Toute cette bande qu'anime Johns, dont je ne me souvenais plus des noms pour la moitié (mais même les plus connus, comme Mary ou Freddy sont méconnaissables), n'a pas la fraîcheur et l'entrain qu'ont su lui insuffler Morrison et Parker. Tout paraît forcé ici, Johns n'étant pas naturellement un auteur léger comme le réclame ces personnages.

Eaglesham produit des planches superbes, aux décors magnifiques, très expressifs pour les protagonistes. Mais, bien que j'apprécie ce dessinateur, son style est trop chargé pour cette série (d'ailleurs, son souci du détail vaut déjà au titre un retard de cinq semaines pour le prochain épisode !).

Je suis sévère mais je ne veux pas condamner d'entrée la série. Simplement, pour moi, ce n'est pas ça, Shazam ! (surtout quand Johns plaisante avec lourdeur sur le fait qu'il ne peut pas appeler son héros Captain Marvel). C'est dommage car on a envie d'aimer, de supporter, ce retour (le personnage a le potentiel d'une star, comme il le fut à l'origine - ses ventes rivalisaient alors avec celles de Superman !).

lundi 1 octobre 2018

THE TERRIFICS #8, de Jeff Lemire et Dale Eaglesham


Normalement, ce devrait être le dernier épisode de la série dont je rédige la critique. Je me suis lassé du défilé de dessinateurs sur ce titre, même si leur qualité n'est pas remise en question. Je verrai donc ce que vaut le prochain numéro et si j'en fais le compte-rendu. En attendant, Jeff Lemire et Dale Eaglesham nouent la rencontre entre les Terrifics et Tom Strong.


Les Terrifics et Tom Strong sont prisonniers de la Forêt de l'Eternité mais Phantom Girl, grâce à son intangibilité, réussit à se libérer puis à délivrer ses amis. Mr. Terrific procède, grâce à ses sphères T, à un examen rapide des environs et constate que, en traversant les dimensions, le lien qui unissait les membres du groupe a disparu.


Tom Strong apprend que les Terrifics ont exploré le Dark Multiverse et trouvé son message. Maintenant, ils acceptent de l'aider à retrouver sa femme, Dhalua, et sa fille, Tesla, en visitant les divers passages dimensionnels de la Forêt d'Eternité.


Rex Mason (ex-Metamorpho) et Linnya/Phantom Girl atterrissent ainsi dans l'Empire AzTech de Quetzacoatl-9 où ils sont immédiatement pris à parti par des hommes en armures. Tesla Strong intervient alors pour sauver Rex et convainc Phantom Girl de la suivre pour se mettre à l'abri.
   

Plastic Man et Pneuman (le robot serviteur de Tom Strong) surgissent dans le Funnyland où le Duckster Dread menace de tuer King Salomon (le gorille doué de parole de Tom Strong). Les deux héros parviennent à neutraliser leur adversaire et sauver leur ami avec le concours de Warren Strong, la version animalière de Tom.


Quant à Tom Strong et Mr. Terrific, ils se trouvent dans le marais maudit près de Gotham City. Pourtant, Mr. Terrific ne détecte aucune trace de la présence alentour de Dhalua. Et Swamp Thing les capture, lui et Tom, pour avoir profané cet endroit...

Le plus frustrant (mais, cette fois, dans le mauvais sens du terme) avec une série comme The Terrifics, depuis son commencement, c'est qu'à chaque fois que tout semble fonctionner, le lecteur doit se préparer à voir tout bouleversé. Ainsi, l'association Jeff Lemire-Dale Eaglesham est un régal à lire depuis le mois dernier, mais elle s'achève déjà puisque le prochain numéro verra arriver Viktor Bogdanovic au dessin. Je connais très mal cet artiste, le peu que j'ai vu de son travail ressemble à du Greg Capullo en mode mineur, en tout cas c'est encore un nouveau style graphique (après Reis, Shaner, Benitez, Bennett...).

Jusque-là aussi, The Terrifics allait bon gré mal gré sans se soucier de sa référence, Fantastic Four, mais entre temps la série de Marvel a fait son retour et en deux épisodes parus, Dan Slott et Sara Pichelli ont su prouver que l'original prévalait. Indubitablement, la production DC souffre de la comparaison alors qu'initialement elle avait profité d'une vacance et d'un postulat efficace. Dans ces conditions, la question se pose : faut-il encore lire The Terrifics ?

Et cette interrogation devient légitime au regard d'un rebondissement installé par Jeff Lemire au début de ce huitième épisode quand Mr. Terrific annonce à ses camarades que le lien énergétique qui les obligeait à rester ensemble (sous peine de graves conséquences) n'existe plus. Plus rien, dès lors, n'oblige les quatre héros à demeurer une équipe (sinon pour aider Tom Strong à retrouver sa femme et sa fille et à vaincre le Doctor Dread. Mais après ?).

Alors, soyons juste : ce numéro reste très divertissant, Lemire connaît son métier et il anime l'histoire avec savoir-faire. Ce n'est pas aussi impressionnant que Black Hammer, mais d'une fluidité tout de même épatante. Il ne perd pas son temps pour poser des situations, déterminer les enjeux, établir des plans, et nous laisser sur plusieurs cliffhangers accrocheurs qui, évidemment, donnent envie de lire la suite. Il est très fort.

Et il peut compter sur un dessinateur exceptionnel, qui, à la veille de lancer la nouvelle série Shazam ! (écrite par Geoff Johns, disponible dès Novembre), ne bâcle pas sa copie. Dale Eaglesham produit des pages extrêmement fournies, comme peu d'autres savent en faire : il y a de quoi lire en appréciant tous les détails de chaque vignette. Et cependant ce n'est jamais surchargé, il y a un souci constant de lisibilité.

Eaglesham a un tel talent qu'il s'approprie n'importe quel personnage, décor, immédiatement, et le fait vivre de manière expressive et dynamique. Son goût pour les corps développés (notamment ceux des hommes, taillés comme des culturistes) convient particulièrement bien à Tom Strong (que Chris Sprouse avait imaginé comme un cousin de Doc Savage).

Même si Lemire est très respectueux du personnage de Strong, tel que l'a écrit Alan Moore (au risque de trouver sa version trop convenue - mais, à tout prendre, je préfère encore ça plutôt qu'une utilisation revisitée maladroitement comme le Dr. Manhattan dans Doomsday Clock en démiurge à l'origine du Dc-verse ou Promethea en membre inutile de la Justice League of America), on reste dans le ton d'un récit davantage tourné vers l'aventure que vers le super-héroïsme traditionnel et c'est rafraîchissant.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas l'envie qui me manque de continuer la série, mais bien des réserves sur sa direction artistique (Lemire mérite mieux que des dessinateurs différents tous les deux mois). Je verrais donc ce que vaut Bogdanovic et s'il me convient, je parlerai encore des Terrifics dans un mois.

dimanche 26 août 2018

THE TERRIFICS #7, de Jeff Lemire et Dale Eaglesham


C'est probablement le dernier arc narratif des Terrifics que je lis et dont je parlerai. J'apprécie ce titre mais je suis lassé de ce défilé de dessinateurs (et par conséquent de l'incapacité de DC à fournir à la série à lui donner un artiste régulier). Il semble par ailleurs que Jeff Lemire va conclure l'intrigue amorcée depuis le n°1 puisque son groupe de héros rencontre Tom Strong, auquel Dale Eaglesham donne tout le charisme requis.


Millenium City est la cible d'une nouvelle attaque de Paul Saveen, l'ennemi juré de Tom Strong. Ce dernier intervient rapidement pour l'affronter et protéger les civils. Le méchant est neutralisé.


De retour à son quartier général, Tom Strong est reçu par son fidèle robot Pneuman qui l'avertit qu'il n'a pas réussi à joindre sa fille, Tesla. Contrarié, Tom est appelé par sa femme Dhalua qui se trouve sur son île natale, Attabar Teru, en proie à une violente agression. La communication est interrompue et juste après, Pneuman est frappé par un rayon tiré par le Doctor Dread qui assomme aussi Tom.


La Maison de Salomon Stagg. Mr. Terrific examine Rex Mason qui a de nouveau apparence humaine (suite à son affrontement avec Algon - cf. l'épisode précédent). Pourtant, sa nouvelle situation ne règle pas le problème du groupe, dont les membres sont toujours liés par l'énergie du dark multiverse

Alors que Stagg veut les mettre à la porte puisque Metamorpho a perdu ses pouvoirs, Mr. Terrific lui rappelle son implication dans leurs ennuis. L'équipe a de toute façon une nouvelle mission : retrouver Tom Strong dont il avait découvert l'appel à l'aide dans le Dark Multiverse.


Les Terrifics se téléportent sur la Terre parallèle de Strong et entrent dans le repaire du héros à Millenium City. Ils trouvent Pneuman prisonnier de lianes. En les touchant accidentellement, Mr. Terrific provoque une réaction en chaîne. Le groupe disparaît et resurgit dans la Forêt d'Eternité où est retenu Tom Strong !

Dans le premier épisode de la série, Jeff Lemire réunissait donc les quatre membres des Terrifics dans le Dark Multiverse. En rencontrant Phantom Girl, ils trouvaient un vaisseau abandonné où Tom Strong avait laissé un message vidéo où il confiait à ceux qui le découvriraient que le sort de l'univers tout entier était entre leurs mains puisqu'il serait, lui, probablement mort en ayant voulu le sauver.

On a surtout retenu des Terrifics le fait que Jeff Lemire (et DC) en avait fait une sorte d'avatar des Fantastic Four - et ce n'est pas faux. Mais en convoquant dès le départ Tom Strong dans l'intrigue, c'était une des créations d'Alan Moore qui allait alimenter la série. Steve Orlando s'était emparé brièvement (et sans inspiration) de Promethea dans Justice League of America et Geoff Johns emploie actuellement certains Watchmen dans la maxi-série Doomsday Clock (pour, semble-t-il, expliquer que le DCU a été créé par le Dr. Manhattan).

Lorsqu'on sait que Moore déteste qu'on reprenne ses personnages originaux, qu'il a écrits hors de la continuité de DC - Tom Strong ayant été imaginé au sein du label America's Best Comics où DC lui avait promis toute liberté (avant de se raviser) - , on était curieux de ce que Lemire allait faire avec le champion de Millenium City. Le canadien est d'habitude très habile pour revisiter les héros des autres (comme en témoignent les versions de personnages de Black Hammer et ses spin-off).

Après quelques détours, plus ou moins ingénieux, Lemire confronte enfin les Terrifics à Tom Strong dans ce nouvel arc. Il faut tout de même attendre la dernière page de l'épisode pour assister à leur réunion, alors qu'ils sont dans une position périlleuse. Mais le scénariste s'empare avec talent de la créature de Moore, en respectant son cadre, son ton (Tom Strong est la plus accessible et sympathique des BD de Moore).

Pour illustrer cette histoire, la série accueille un nouvel artiste, pour deux épisodes. Dale Eaglesham est une recrue de choix : son style très expressif, ses images d'une richesse insensée, donne un lustre certain à l'affaire. Lorsqu'il dessine Tom Strong, il lui conserve son impressionnant gabarit et son décorum Art Nouveau si distinctif, tels que les a établis Chris Sprouse.

Depuis plusieurs années maintenant (en fait depuis son passage chez Marvel où il a dessiné... Fantastic Four - ça ne s'invente pas ! - lorsque Hickman l'écrivait), Eaglesham se passe d'encreur et appuie ses crayonnés de telle manière que le trait est suffisamment net pour supporter la colorisation. En conséquence, son rythme de travail, qui n'était déjà pas rapide quand il épuisait des encreurs, ne s'est pas amélioré et, donc, il ne réalisera que deux épisodes avant de se retirer (et d'enchaîner avec la relance de Shazam ! écrite par Geoff Johns à partir de Novembre prochain).

Tout cela est au diapason de The Terrifics, titre tutoyant les sommets en termes de plaisir de lecture quand Jeff Lemire dispose d'un artiste à la hauteur mais aussi susceptible de sombrer dans le quelconque quand il est accompagné par de simples techniciens. C'est pour cela, qu'après cette aventure, j'arrêterai les frais : DC a gâché ce beau projet en ne respectant ni son auteur ni ses lecteurs. Cette série méritait mieux qu'une publication aussi désinvolte et inégale. 

samedi 12 août 2017

SECRET SIX, VOLUME 2 : THE GAUNTLET, de Gail Simone, Dale Eaglesham et Tom Derenick


Suite et fin du run de Gail Simone avec les Secret Six version "New 52", avec les épisodes 7 à 14, rassemblés dans le recueil The Gauntlet.


Pourquoi Black Alice ne se remet-elle pas de l'affrontement du groupe contre le Riddler ? Il semble que son état est en relation avec une crise qui provoque l'inquiétude des magiciens (bons comme mauvais), parmi lesquels on trouve le Dr. Occult : il a remarqué que de puissantes créatures sont sur le point de resurgir dans notre dimension, car les quatre colonnes dressées par Arkon sont fragilisées.

Pour les Six, le dilemme se pose en ces termes : faut-il sauver Black Alice au risque de faciliter l'invasion de ces monstres ? Ou sauver la magie en sacrifiant Black Alice ? Etrigan le démon s'en mêle (en les incitant à choisir la première option), mais aussi Aquaman (gardien d'une colonne située près du royaume d'Atlantis) et Superman (prévenu par Zatanna)... 


La précédente affaire réglée, un nouveau problème se présente quand la Ligue des assassins réclame Strix pour l'enrôler après avoir subi les tracasseries de la Cour des Hiboux (dont elle a été un membre). Elle se soumet, mais le retour de Sue Dibny auprès de Ralph (alias Big Shot, l'hôte des Six) va inciter le groupe à délivrer leur amie - qui ne les a cependant pas attendus pour se rebeller contre la discipline de la Ligue des Assassins...

Ces deux arcs narratifs confirment les qualités et défauts du précédent recueil des aventures des Secret Six : Gail Simone conduit habilement ses récits, on ne s'ennuie pas, c'est rempli de péripéties, de personnages atypiques, avec une dynamique de groupe improbable. Mais dans cette voie classique, la série ne fait guère d'étincelles, qu'il s'agisse d'une menace type "fin du monde" (avec la menace magique des épisodes 7 à 10) ou règlement de comptes (avec les #11-14).

En revanche, le charme de cette production tient à ses à-côtés, son côté farfelu, comique, absurde, grotesque. Si Simone avait uniquement creusé cet aspect, elle aurait réussi quelque chose de vraiment singulier, inattendu, imprévisible, avec sa bande de vilains tocards dans une banlieue dégénérée, où finalement civils et masqués sont aussi inadaptés au quotidien. 

Lorsque Catman accepte de se battre avec Batgirl (quitte à lui balancer un sac rempli de crottes de chien !) ou que Porcelain manque littéralement de mettre Superman en morceaux en passant par Etrigan qui joue au mini-golf, l'étrangeté le dispute à la comédie.

Il n'est pas étonnant qu'avec une partition aussi inégale (même si elle est courageuse), le dessin offre des pages extraordinaires (celles de Dale Eaglesham, toujours aussi remplies, avec des personnages hyper-expressifs, qui subliment la loufoquerie des meilleures scènes - mais dont la richesse empêche évidemment l'artiste de tenir les délais) et d'autres plus conventionnelles (celles de Tom Derenick qui réalise à peu près un tiers des épisodes 11-12 et l'intégralité des 13-14 pour un rendu correct mais moins jubilatoire).

On quitte cette version avec un sentiment mitigé : voilà une série pleine de promesses, mais assumées à moitié, et de toute façon stoppée nette avec la fin du "New 52" et la succession de "Rebirth". Mais DC serait bien inspiré de réanimer les Secret Six, quand bien même le rôle d'une équipe de vilains pseudo-héroïques est désormais accaparé par Suicide Squad.

mercredi 9 août 2017

SECRET SIX, VOLUME 1 : FRIENDS IN LOW PLACES, de Gail Simone, Ken Lashley, Dale Eaglesham et Tom Derenick


La période du DC "New 52" a réservé son lot de réussites, d'échecs, mais aussi de curiosités, comme si, prévue pour ne durer qu'un temps, elle était un laboratoire. C'est du moins ainsi que je la conçois avec le recul, et à la lecture d'une des séries les plus étonnantes de cette époque : la version des Secret Six par Gail Simone, Ken Lashley, Dale Eaglesham et Tom Derenick.

Le titre n'a pas duré bien longtemps, à peine 14 n°, mais l'expérience vaut le détour pour qui est amateur de bizarreries. Voyons ce que donne le premier arc narratif, comptant six épisodes.


Catman, après une bagarre dans un bar, est "tasé" par Sue Dibny. A son réveil, prisonnier de Mockingbird, il est enfermé dans un immense cercueil sous l'eau en compagnie de cinq autres individus : Big Shot (un détective colossal), Porcelain (un transsexuel capable de fragiliser tout ce qu'elle touche), la Ventriloque (capable d'animer les objets) et sa marionnette, Strix (de la Cour des Hiboux), et Black Alice (magicienne). Sur un écran apparaît une question à leur adresse : "quel est le secret ?", à laquelle ils doivent répondre sinon l'un d'eux sera exécuté. 


Ils réussissent à s'évader et se réfugient dans le pavillon de banlieue de Big Shot où ils doivent affronter aussi bien des flics corrompus et violents que la bande de Scandal Savage (avec Ragdoll et Jeanette). Par hasard, Catman découvre le double jeu et la véritable identité de Big Shot : il s'agit de Ralph Dibny et il est complice de Mockingbird, derrière lequel se cache le Riddler... Qui détient Sue Dibny ! 


Mais pourquoi le Riddler en veut à ces Secret Six ? Parce qu'il est convaincu que l'un d'eux lui a volé un précieux diamant, qu'il voulait offrir à Sue Dibny pour la demander en mariage lors d'une réception sur un yacht. Tous les six étaient présent ce soir-là, Catman assurait la sécurité, les Dibny enquêtaient sur le diamant volé, les autres le convoitaient... Il est temps de s'expliquer, mais les choses vont dégénérer.

Gail Simone adore visiblement le personnage de Catman à qui elle a redonné du lustre depuis Villains United (souvenez-vous, c'était avant Infinite Crisis), puis dont elle a fait le leader des Secret Six dans plusieurs volumes du titre. Elle en fait donc logiquement le héros de cette nouvelle version qui se distingue par son ton déjanté.

L'intrigue démarre très fort et maintient ce niveau jusqu'à son 5ème épisode. Le dénouement est plus convenu, mais au centre de cette arche narrative, la scénariste laisse espérer au lecteur un objet curieux qu'elle n'assume pas complètement (à mois que l'editor ne l'ait rappelée à l'ordre). Lorsque les Six doivent cohabiter chez Big Shot et voisiner avec un environnement hostile, c'est un vrai festival, tellement absurde qu'on croirait lire un titre Vertigo égaré dans du DC classique : Catman casse la figure à un flic qui maltraite son chien - intolérable ! - , la transsexualité de Porcelain, Strix qui pouponne un nain de jardin, la dégaine décharnée de la Ventriloque, l'autonomie flippante de sa marionnette, la relation quasi-filiale entre Big Shot et Black Alice... Tout ça compose un ensemble réjouissant et franchement atypique.

La partie graphique est très inégale en revanche : on passe des pages de Lashley, mochissimes (pour les #1-2 et 4), à celles, splendides, fourmillantes de détails, d'une expressivité fabuleuse, d'Eaglesham (sur les #3 et 5), en passant par du bon Derenick (qui seconde Lashley sur le #4 et soutient Eaglesham sur le #5, et signe seul le #6). Cette disparité visuelle est au diapason de l'histoire qui n'est jamais meilleure que dans ses passages les plus étranges et quelconque que lorsqu'elle renoue avec le folklore super-héroïque.

Très original (comme les pouvoirs des persos), solide (un plot bien fichu), à suivre pour savoir si les prochains (et derniers) épisodes tiennent ces promesses. Avant un retour sous la bannière "Rebirth" des Six ?

dimanche 28 juin 2009

Critique 68 : JUSTICE SOCIETY OF AMERICA THY KINGDOM COME 3, de Geoff Johns, Alex Ross, Peter Tomasi, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin, Jerry Ordway







Justice Society of America : Thy Kingdom Come, Part 3 contient les épisodes 19 à 22 ainsi que les numéros spéciaux Kingdom Come : Superman, Magog et The Kingdom. Leur scénario a été écrit par Geoff Johns et Alex Ross, à l'exception des numéros spéciaux Kingdom Come : Superman écrit par Ross seul et Kingdom Come : Magog par Peter J. Tomasi. L
es dessins ont été réalisés par Dale Eaglesham (n°19, 20, 21, 22), Fernando Pasarin (Kingdom Come : Magog et Kingdom Come : The Kingdom), Alex Ross (Kingdom Come : Superman et quelques planches du n°22) et Jerry Ordway (pour les séquences sur Terre-2 et quelques planches des n°21 et 22). Scott Kolins a illustré les quelques planches sur les origines de Starman, à la fin de Kingdom Come : Magog.
Ces épisodes ont été publiés par DC Comics de Novembre 2008 à Février 2009, les trois "one-shots" spéciaux sont sortis simultanèment en Janvier 2009.
*
Résumé des épisodes précédents :
l'arrivée imprévue du Superman de Terre-22, par la faute de Starman, a entraîné une succession d'évènements liés entre eux : le recrutement de nouveaux membres au sein de la JSA, leur affrontement avec Magog autoproclamé héraut du dieu Gog, le réveil de ce dernier et son intention de sauver le monde et de protéger ses héros.
C'est en Afrique que cette créature provenant du Troisième Monde se manifeste : elle suscite la ferveur de plusieurs super-héros en sauvant la population locale de la famine et de la guerre civile, rend la raison à Starman, la vue à Dr Mid-Nite, son visage intact à Damage...
Mais Gog expédie aussi Power Girl sur Terre-2 où son double la traque avec la Justice Society Infinity et divise la JSA en deux : d'un côté, il peut compter sur le soutien inconditionnel de certains membres qui ne voient que le bon côté de ses actions ; de l'autre, il suscite la méfiance... A fortiori lorsqu'il ressucite David Reid, mortellement blessé, pour le transformer en nouveau Magog, semblable à celui qui plongea la Terre-22 dans le chaos !

A présent, voilà comment les choses évoluent :

Derrière sa façade bonhomme, Gog a semé l'embarras au coeur de l'Afrique et de la JSA, présente sur place pour le surveiller ou l'accompagner : ses bonnes actions démontrent qu’obtenir tout ce qu’on désire n’est pas forcément une bonne chose. Ses méthodes provoquent aussi un débat moral : il intervient de manière impulsive, virulente et expéditive (même s’il ne fait pas couler de sang), sans peser les conséquences et donc sans mesurer la justesse et la justice de ses interventions.
La Société de Justice commence à se déchirer : des modérés comme Jay Garrick, Alan Scott et Ted Grant estiment que Gog réclamera tôt ou tard une rétribution, mais d'autres comme Hawkman, Citizen Steel, Amazing-Man et le nouveau Magog sont prêts à défendre le géant en ne doutant pas de sa bienveillance. L'affrontement est inévitable...
Mais Magog téléporte les importuns dans le QG de l'équipe et peu après Starman découvre un aspect inédit de ses pouvoirs : il est un portail vivant entre les dimensions et ainsi Power Girl mais aussi la Justice Society Infinity à ses trousses surgissent dans notre monde !
Les deux équipes s'apaisent aussi vite qu'elles se séparent après avoir compris que le Multivers existe à nouveau et qu'elles doivent veiller sur leurs mondes respectifs.
Le récit opére alors quatres escales pour examiner la situation à travers les regards du "Kingdom Come Superman", de Magog, de Starman et du "Royaume" que commence à instaurer Gog :

- le Superman de Terre-22 se rappelle avec douleur des circonstances dans lesquelles sa Loïs Lane mourrut, après avoir été agressée par la Joker. Ce drame a provoqué sa descente aux enfers et la chute de son monde. Le même sort l'attend-il dans notre réalité ?
- Magog est devenu le parfait soldat de Gog, entraînant dans son sillage Hawkman, Amazing Man, Damage, Citizen Steel. Puis, interceptant le S.O.S. d'anciens camarades de l'armée, David Reid part seul à leur rencontre et les venge dans un bain de sang - à la manière de son homonyme de Terre-22...
- Starman se remémore ses origines et comprend ainsi qu'il est devenu l'incarnation d'un relais spatio-temporel - autrement dit la solution au problème Gog ?
- La présence de Gog bouleverse l'équilibre mondial. Damage porte sa parole avec ardeur et la population américaine espère tout de ce sauveur providentiel. Mais Stargirl et Atom Smasher vont tenter de le raisonner, tandis que Sandman révèle à Mr Terrific et Jakeem Thunder que Gog est en train de posséder (au propre comme au figurer) la Terre. Le dieu du 3ème Monde réclame en effet à ses fidèles de le vénérer désormais...
Cette requête choque certains des partisans de Gog, mais d'autres sont prêts à se prosterner devant lui. Et lorsqu'on lui refuse ce qu'il exige, le géant répond qu'il ne partira pas tant que le monde ne sera pas à ses pieds : il châtie ceux qui osent le défier en leur reprenant ce qu'il a offert - Dr Mid-Nite redevient aveugle, Starman déséquilibré, Sandman assailli par ses visions cauchemardesques et Damage défiguré. Citizen Steel et Amazing Man ne peuvent plus croire à la charité de ce dieu cruel. Même Magog se révolte en voyant ses amis souffrir à nouveau.
Déchirée il y a peu, la Société de Justice se ligue à nouveau pour se débarrasser de Gog. L'affrontement est dantesque et finalement décapité, le colosse est expédié aux confins de l'univers par Starman et le Superman de Terre-22. Celui-ci obtient de son camarade qu'il le renvoie chez lui.
Dans notre monde, la JSA panse ses plaies, mais les divisions d'hier mettront du temps à être réparées - comme le suggère l'amertume d'Hawkman. Et pourquoi David Reid a-t-il conservé l'apparence de Magog ? Judomaster donne son amour à Damage et Citizen Steel a trouvé la paix tandis que Starman reparaît.
De retour chez lui, Superman renonce à se venger et traverse les décennies, les siècles et même les millènaires suivants en veillant sur l'humanité...
*
Progressivement, Geoff Johns et Alex Ross ont résolu toutes les intrigues liées à la présence du Superman de Terre-22. Ils commencent par régler le cas Power Girl et en profite, au passage, pour attribuer à Starman des facultés surprenantes, qui en font un personnage pivotal dans la série mais aussi dans le "DCverse". Quant à la Kryptonienne, elle sort de ces épreuves plus attachante : la leader de la JSA a acquis de la sagesse en traversant le miroir, un peu à la manière de l'Alice de Lewis Caroll.
Il restait à conclure dignement le "dossier" Gog et l'impact de son séjour sur Terre : il s'était engagé à sauver le monde en sept jours tel un nouveau messie, il s'est avéré une créature certes puissante mais sans noblesse, exigeant qu'on l'idôlatre pour ses bienfaits.
C'est la notion de la foi qui a été engagée dans cette dernière partie : jusqu'où peut-on, doit-on croire en une entité capable de changer le cours des choses ? Et surtout faut-il espérer qu'un tel être existe si, en retour, il réclame comme un dû qu'on le vénère ? La vraie charité ne doit-elle pas être gratuite ?
En nous interrogeant sur la foi, les auteurs pointent du doigt ses dérives, comme le fanatisme, l'endoctrinement, et le prix qu'on est prêt à payer pour le salut du monde. Comme depuis le début de cette épopée, on est surpris par la profondeur des thèmes abordés et la franchise des réponses apportées par Johns et Ross : cela prouve au moins qu'on peut, via une publication populaire, sans nier ses vertus divertissantes, faire un peu de philosophie - en vérité, des auteurs comme Alan Moore ou Frank Miller nous l'avaient déjà démontré, mais dans le cadre d'oeuvres spécifiques. Ici, nous restons dans la forme traditionnelle des comics de super-héros et, malgré cela, les scénaristes ont réussi à poser des questions sans les survoler.
Bien entendu, ce feuilleton coloré, rocambolesque, exubérant, ne manque pas de grandes batailles, d'explosions : la fibre mélodramatique inhérente au genre n'est pas absente de ce projet et le spectacle peut aussi se déguster au premier degré.
Tout juste regrettera-t-on la brutalité complaisante du segment rédigé par Peter J. Tomasi (Kingdom Come : Magog) qui n'ajoute rien de valable à l'ensemble. Le volet consacré à Superman écrit par Ross seul est émouvant mais dispensable. En revanche, The Kingdom figure une transition probante entre ces intermèdes et la saga. 
*
La partie graphique a été l'autre grande satisfaction de cette entreprise, égale en qualité depuis le début jusqu'à la fin. En réponse à la convergence des intrigues et leur résolution, les dessins de Dale Eaglesham et Jerry Ordway se mêlent et les peintures d'Alex Ross semblent parachever leur production. Les "morceaux de bravoure" abondent encore dans ces ultimes chapitres et on ne peut qu'être estomaqué par la puissance picturale qui émane de certaines pages, notamment lorsque Gog doit affronter les justiciers.
Fernando Pasarin réalise deux des "one-shots" qui complètent et enrichissent singulièrement le récit : l'artiste aura été la révèlation de ce relaunch, suppléant avec efficacité Eaglesham jusqu'à devenir son véritable partenaire au générique.
J'ai été plus surpris par la contribution d'Alex Ross, qui s'il signe encore de somptueuses couvertures et planches peintes additionnelles, a expérimenté une nouvelle technique pour dessiner son épisode sur Superman. Alex Sinclair a posé ses couleurs sur les illustrations encrées du maestro, et le résultat est étonnant, parfois très concluant, parfois plus improbable.
Seul bémol : la présence de Scott Kolins à qui nous devons des planches médiocres pour résumer les origines de Starman...
La valse des encreurs s'est également un peu calmée : Nathan Massengil (au style proche d'un Art Thibert) a collaboré avec Eaglesham ; Pasarin a été épaulé par Mick Gray, Norman Rapmund et Jack Purcell, et le fidèle Bob Wiacek assiste toujours Ordway.
A la fin de l'ouvrage, des bonus appréciables : Alex Ross présente ses planches non coloriées de Kingdom Come : Superman, en expliquant comment il les a dessinées et encrées puis comment il a écrit l'histoire. En prime, on trouve les sketches de quelques couvertures... Un régal et une leçon !
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Que retenir de Thy Kingdom Come ? L'histoire aura fait évoluer de manière déterminante notre regard sur des personnages Power Girl ou Starman, moins celle de Kingdom Come dont l'idée a surtout servi de levier narratif. Néanmoins, l'expérience aura été passionnante, le principe de réutiliser un classique des comics pour alimenter une série régulière étant originale.
N'hésitez donc pas à vous procurer ces trois volumes qui dévoilent une des fresques les plus intrigantes de l'univers DC et qui aura fourni la matière pour enrichir durablement un des meilleurs titres de l'éditeur.

Critique 67 : JUSTICE SOCIETY OF AMERICA THY KINGDOM COME 2, de Geoff Johns, Alex Ross, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin et Jerry Ordway

(Ci-dessus : la JSA au grand complet par Dale Eaglesham.)
(Ci-dessus : la couverture du recueil)













Justice Society of America : Thy Kingdom Come, Part 2 contient les épisodes 13 à 18 ainsi que le premier numéro annuel de la série régulière.
Le scénario a été écrit par Geoff Johns et Alex Ross.
Les dessins ont été réalisés par Fernando Pasarin (n°13,16 et 17), Dale Eaglesham (n°14,15 et 18), Jerry Ordway (Annual 1), plus quelques planches originales peintes par Alex Ross. Ces épisodes ont été publiés par DC Comics de Février à Octobre 2008, l'Annual 1 en Septembre 2008.
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Rappel des faits :
la JSA continue d'attirer de nouvelles recrues (Judomaster, la fille d'un yakusa repenti ; David Reid, un soldat arrière-petit-fils de Roosevelt ; Lightning, la seconde fille de Black Lightning ; Jakeem Thunder, maître du génie magique Thunderbolt ; Amazing-Man, activiste noir).
Cependant, lors d'une intervention dans une usine en feu, Starman crée un trou noir pour maîtriser l'incendie mais attire dans notre dimension un Superman vieillissant - tout droit venu du futur décrit dans Kingdom Come (de Mark Waid et Alex Ross). Il ne s’agit donc pas, comme le croit d'abord Power Girl, de son cousin mais de "l'Homme d'Acier" de Terre-22, où le justicier Magog a modifié le cours de l'Histoire. Ce méta-humain a tué le Joker et provoqué l'émergence d'une nouveau genre de héros, n'hésitant plus à tuer pour faire régner l'ordre et méprisant le commun des mortels. La situation a empiré au point que les Nations-Uinies ont fini par larguer une bombe atomique sur les super-héros... C'est ce futur-là que veut éviter ce Superman à notre monde avec l'aide de la JSA.
Parallèlement, un nouveau Mr America
(en fait, le co-équipier du précédent, tué par Vandal Savage dans The Next Age) mène une enquête sur les meurtres de super-vilains se faisant passer pour des demi-dieux. L'assassin signe ses crimes au nom de Gog.
A présent, voilà comment les choses évoluent :

Les découvertes et le signalement de son agresseur que donnent Mr America troublent la JSA et le Superman de Terre-22, qui décide d'aller interroger "notre" Superman. Celui-ci a affronté Magog qui lui a raconté venir du futur et vouloir sauver le monde : grâce à Batman, il a appris qu'il s'agissait en fait d'un missionnaire porté disparu en Afrique du nom de William Matthews.
Ce dernier attaque Hercules, déchaîné mais maîtrisé par les deux Superman, avant de disparaître, laissant derrière lui des traces de poussière volcanique. Cette indice va être exploité par Sandman, qui piste Magog jusqu'au Congo où il affronte Infinite Man (sans réussir à le tuer).
Au QG de la JSA, alors que Power Girl et les doyens de l'équipe décident de traquer Magog en laissant leurs jeunes recrues en retrait, celui-ci surgit et les attaque. La bataille se poursuit à l'extérieur jusqu'à ce que, en difficulté, il se téléporte avec Hawkman, David Reid, Citizen Steel, Amazing Man, "Kingdom Come Superman", Power Girl, Mr Terrific et Sandman dans une grotte au Congo.
Magog réveille alors accidentellement Gog, qui le désintégre, et se dresse, immense, devant le groupe de héros médusé en assurant "venir en paix". Amazing Man réussit à entrer en contact avec ce géant qui commence à traverser les environs en sauvant la population de la famine et des persécutions de rebelles armés. Il révèle également ses origines en expliquant avoir été banni du Troisième Monde et avoir échoué sur Terre il y a plusieurs milliers d'années. Pétrifié, il fut découvert par William Matthews qui hérita d'une partie de sa puissance et en devint fou.
Mais à présent, il désire sauver la Terre : pour prouver ses bonnes intentions, il accomplit un miracle en rendant son visage intact à Damage.
La situation met en émoi les super-héros dont Gog prétend devenir le protecteur (comme eux sont les protecteurs de la Terre) : l'athée Mr Terrific confie son trouble à Dr Mid-Nite, David Reid demande à Jay Garrick si on ne devrait pas laisser agir Gog pour le bien de tous, Hawkman effectue des recherches avec Hawkgirl sur l'arme de Magog...
Le Dieu rescapé du 3ème Monde "guérit" d'autres justiciers : il rend le sommeil à Sandman, la vue à Dr Mid-Nite, la raison à Starman et renvoie Power Girl chez elle... Puis soudain, se détourne d'eux en projetant de mettre carrèment fin aux conflits dans le pays !
Le récit suspend son cours pour s'intéresser à Power Girl que Gog a expédiée sur Terre-2.

Déboussolée, elle y retrouve des amis qu'elle croyait morts - et réciproquement : les membres de la Justice Society Infinity. Les choses se compliquent dramatiquement et rapidement lorsque la Power Girl de ce monde surprend son (quasi-) double et convainc ses partenaires qu'elle est une intruse mêlée à la disparition de leur Superman. Comment va-t-elle se sortir de ce guêpier ? Nous le saurons plus tard...

Retour sur notre Terre où Gog sème la confusion en voulant pacifier le Congo : les héros se divisent en deux clans, ceux qui approuvent son action et ceux qui estiment que ses intentions ne sont peut-être pas si gratuites.
Lorsque David Reid est mortellement blessé, la situation prend une tournure inquiètante pour "Kingdom Come Superman" : Gog ressucite le jeune homme en le transformant en nouveau Magog, identique à celui qui causa la perte de Terre-22...

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Dans cette deuxième partie de l’arc Thy Kingdom Come, Alex Ross et Geoff Johns continuent d'avance leurs pions tranquillement : la JSA va traquer Gog pour découvrir un adversaire aux mobiles perturbants et clivant l'équipe en deux partis. le moins qu'on puisse dire, c'est que les deux auteurs nous offrent un divertissement certes mais avec un vrai fond, soulevant de nombreuses questions d'une richesse peu commune dans les comics mainstream.
La vénérable Société de Justice doit s'interroger sur son efficacité : restent-on d'authentiques redresseurs de torts lorsqu'on n'arrive pas à résoudre des problèmes aussi concrets que la famine, les guerres tribales ? Un super-héros n'est-il bon qu'à appréhender des super-vilains sans s'occuper d'autre chose que de la sécurité civile ?
Nos justiciers sont mis face à leurs responsabilités et affichent leurs doutes, leurs divergences aussi : la grande famille de la JSA n'échappera pas à de brutales dissensions entre ses membres.
Pour certains, l'arrivée et les interventions de Gog sont un miracle qu'il faut soutenir inconditionnellement (la fin justifiant en quelque sorte les moyens, la providence faisant force de loi).
Pour d'autres, ce même Gog prive les humains de leur libre arbitre, agit sans se soucier des conséquences, guérit les gens sans leur demander leur avis, et cache peut-être derrière cette bienfaisance des motivations moins nobles.
La présence en contrepoint du Superman de Terre-22 nous incite à la méfiance et ce qu'il advient de David Reid, littéralement ressucité pour devenir l'incarnation du Magog qu'il a connu et qui a précipité son monde dans le chaos, laisse entrevoir une issue dramatique.
L'intelligence avec laquelle Ross et Johns réussissent à placer au coeur d'un récit par ailleurs toujours riche en action (une bagarre dévastatrice entre Magog I et la JSA dans leur QG sur quasiment deux épisodes entiers), en grand spectacle (le réveil de Gog émergeant d'une montagne en Afrique dans laquelle il s'était figé), une thématique aussi dérangeante est un modèle du genre. Après avoir exploré dans un premier temps (et encore un peu ici) l'héritage, ce sont la responsabilité, la notion même d'héroïsme, l'existence d'une entité désirant "protéger les protecteurs" de l'humanité, qui sont traitées dans ce volume. Pas mal de proposer une réflexion sur des sujets pareils dans un comic-book traditionnellement voué à l'aventure...
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Avec le périple que va traverser Power Girl sur Terre-2, auquel est consacré l'Annual de la série, Johns et Ross se penchent sur le déracinement. Mais cette parenthèse dans le récit, dont nous saurons la conclusion dans le 3ème album, sans démériter, n'a pas la même intensité. Plus longue aussi en nombre de pages et introduisant une foule de personnages sans relation avec la saga principale (la Justice Society Infinity, à la composition voisine d'Infinity Inc. première version), cette histoire dans l'histoire manque de rythme, et j'ai été moins accroché par la mésaventure de Power Girl, dont on devine qu'elle sortira sans doute ébranlée mais indemne.

La cassure est aussi plus sensible à cause du graphisme puisque Pasarin et Eaglesham sont remplacés par le vétéran Jerry Ordway. Non que je mette en doute le talent de cet artiste mythique (encré un peu lourdement par un autre fameux "ancien", Bob Wiacek), mais ce changement de style surprend et nécessite un temps d'adaptation.
Une rumeur a couru comme quoi Johns avait invoqué cette JSI pour créer un spin-off à la JSA. Il semble que le projet a fait long feu, si tant est qu'il ait jamais été élaboré. Johns ayant quitté le titre au n°26 pour se consacrer à tout autre chose, on ne risque pas de revoir les héros de Terre-2 de sitôt, dans la galaxie déjà bien peuplée de personnages de DC...
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Puisque j'ai cité les graphistes, restons avec eux pour saluer une nouvelle fois leur splendide travail. Cette fois, Fernando Pasarin s'est véritablement installé comme co-pilote du titre en signant 3 épisodes, soit autant que Dale Eaglesham, incapable de tenir ses délais. Le dessinateur espagnol signe des pages intérieures confirmant tout le bien qu'on pensait de lui : son trait est élégant, assuré, parfois un peu rigide, mais sa contribution est irréprochable.
Quant à Dale Eaglesham, on comprend pourquoi il n'a pas pu livrer ses épisodes aussi régulièrement lorsqu'on examine ceux qu'il a réalisés : il nous offre particulièrement les deux chapitres consécutifs où Magog I affronte la JSA et c'est tout bonnement stupéfiant. Le découpage est d'un dynamisme palpitant et chaque vignette est peaufinée avec une méticulosité ahurissante. C'est aussi lui qui met en scène le retour à la vie de Gog, l'occasion d'une double-page (parmi d'autres) bluffante, peinant presque à contenir tout ce qu'elle montre !
Malgré un nouveau défilé, encore plus conséquent que dans le précédent recueil (Mick Gray, Nathan Massengil, Kris Justice, Prentis Rollins...), l'unité esthétique est miraculeusement intacte : on sent la volonté de toute l'équipe artistique pour maintenir le titre à un niveau d'excellence qui mérite le respect.
Et enfin, encore et toujours, on s'extasie devant les couvertures (les versions "variant" étant toujours réalisées par Eaglesham, en proposant un autre regard sur le programme des épisodes) et les planches peintes par Alex Ross : elles deviennent un complèment de celles du Kingdom Come initial. Il s'est investi personnellement dans cette saga comme le gardien du temple veillant à l'intégrité de l'oeuvre originelle.
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Reste à savoir comment tout cela va se terminer : Power Girl traquée dans une dimension parallèle, la JSA face à un Dieu et à elle-même, "Kingdom Come Superman" hanté par ses fantômes... Le dénouement promet une apothéose !

samedi 27 juin 2009

Critique 66 : JUSTICE SOCIETY OF AMERICA THY KINGDOM COME 1, de Geoff Johns, Alex Ross, Dale Eaglesham et Fernando Pasarin













Justice Society of America : Thy Kingdom Come, part 1 contient les épisodes 7 à 12 de la série régulière, et se situe chronologiquement après Justice Society of America : The Next Age et le crossover Justice League of America-Justice Society of America : The Lightning Saga.
Ces épisodes ont été publiés par DC Comics de Septembre 2007 à Mars 2008 et ils ont été écrits par Geoff Johns (seul pour les n°7 et 8) avec Alex Ross (à partir du n°9).
Dale Eaglesham a illustré les n°7-9-10-11-12, où figurent des images originales peintes par Ross, tandis que Fernando Pasarin a assuré l'intérim sur le n°8.
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Dans The Next Age, les trois vétérans de la JSA - Alan Scott, Jay Garrick et Wildcat - entreprennent (à la demande de Superman, Batman et Wonder Woman) de recruter et former de nouvelles recrues, descendantes d'anciens membres de l'équipe. Pour cela, ils obtiennent l'aide d'Hourman et Liberty Belle qui abordent Damage (le fils de feu Al Pratt/Atom), Power Girl et Mr Terrific qui enrôlent Cyclone (la petite fille de Ma Hunkel/Red Tornado I, désormais intendante du QG de la JSA), Stargirl et Dr Mid-Nite qui trouvent Starman (membre de la Légion des Super-Héros en provenance du XXXIème siècle), et Hawkman qui leur emmène Citizen Steel (petit-fils et frère des Commander Steel), tandis que Wildcat s'est découvert un fils, Tommy Bronson...
Ce dernier a vu sa famille massacrer par le groupe du IVème Reich, complice de Vandal Savage, dont le projet était d'exterminer tous les fondateurs de la JSA et leurs enfants. Mais ce plan échouera grâce aux anciens et nouveaux membres de la Société de Justice.
Puis la JSA a assisté la JLA, lors de The Lightning Saga, où elles ont découvert que plusieurs membres de la Légion des Super-Héros étaient revenus au XXème siècle. Leur présence a permis le retour inattendu de Wally West/Flash III et de sa famille... Mais Starman a également révèlé à ses partenaires d'où il venait et choisi de demeurer avec eux.

Ce receuil démarre avec deux histoires consacrés à des recrues de la JSA :

- D'abord, Citizen Steel qui a vu Captain Nazi et son quatrième Reich quasiment éliminer toute sa famille : dans cette affaire, le jeune homme infirme (amputé d'une jambe après une blessure subie lors d'un match de foot) a blessé Reichsmark et a été exposé à sa salive de métal liquide. Nathan Heywood se réveille dans le laboratoire du Dr Mid-Nite et découvre que son organisme a assimilé la substance métallique du criminel néo-nazi au point que sa jambe a repoussé et que sa peau est devenue indestructible. Sa masse corporelle a du même coup dramatiquement augmenté et il ne peut plus se déplacer sans briser le sol ni même toucher un objet sans le briser. Il trouvera un semblant de paix en se passant les nerfs sur un groupe de fachos ayant pris des étudiants en otage puis en retrouvant quelques survivants de sa famille...
- Puis, c'est au tour de Liberty Belle d'être examinée, et à travers elle Damage avec qui elle partage une enfance malheureuse : elle a vu ses parents divorcer, sa carrière de super-héroïne contrariée ; il n'a jamais connu son père et veut se venger de Zoom qui l'a défiguré. C'est en le convainquant de ne pas tuer son ennemi qu'elle se - et le - réconcilie avec elle - lui - même.

Ensuite démarre vraiment la saga intitulée Thy Kingdom Come.

Alors que la JSA fête l'arrestation de Vandal Savage avec les pompiers, un incendie se déclare dans une usine. L'équipe intervient et découvre dans le bâtiment en flammes le cadavre du démon Goth. Pour éteindre le feu, Starman créé alors un trou noir qui aboutit à une explosion. Peu après, le justicier est sorti de l'immeuble par Superman - mais un Superman plus vieux, arborant un "S" noir sur la poitrine, et provenant d'une dimension parallèle (celle de Kingdom Come, le récit d'anticipation apocalyptique de Mark Waid et Alex Ross )!
L'apparition de ce personnage va ébranler toute la JSA, à commencer par Power Girl, qui le prend d'abord pour son cousin ressucité
(Kal-L, le Superman d'Infinite Crisis), puis les autres membres auxquels il raconte comment le monde d'où il vient a sombré dans le chaos à cause de super-héros mal formés et partisans d'une justice expéditive. L'incarnation de cette décadence était un certain Magog, devenu l'idôle des foules après avoir abattu le Joker, jusqu'à ce qu'une des interventions n'oblige les héros à se réunir pour diriger le monde en matant les redresseurs de torts dégénérés. En réponse, les gouvernements lâchèrent une bombe sur les surhommes...
Ce Superman venu d'ailleurs fait alors prendre conscience à la JSA qu'elle a la possibilité et même le devoir d'éviter semblable hécatombe dans cette dimension, en éduquant les jeunes héros pour mieux prévenir d'éventuels débordements comme ceux qu'a causé Magog.
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Les deux premiers chapitres de ce recueil permettent à la fois de "digérer" les évènements survenus dans The Next Age, en se penchant sur deux personnages emblématiques de ce que la JSA est devenue - un héros malgé lui, une héroïne ayant trouvé sa voie en intégrant la Société -, et de préparer aux profonds bouleversements que va entraîner la longue saga Thy Kingdom Come.
Geoff Johns et Alex Ross, qui a participé à la construction du récit et participé graphiquement en signant de nouvelles peintures (en plus des couvertures, comme depuis le relaunch de la série) entament doucement leur épopée, dont on devine tout de suite qu'elle est partie pour durer un moment tant les questions qu'elle pose sont nombreuses, ses acteurs multiples et ses conséquences encore plus considérables.
Avec ce nouveau Superman qui débarque, ce sont tous les héros qui sont bouleversés : d'abord parce qu'ils existent désormais deux "Men of steel" sur notre monde, ensuite parce qu'il vient d'un monde ravagé, et enfin parce qu'il évoque tout de suite (en particulier à Power Girl) ce qui s'est déroulé durant Infinite Crisis (où Kal-L, le Superman de Terre II, est mort).
Conscient qu'il ne peut rejoindre son monde, "Kingdom Come Superman" tente de s'adapter en prêtant main forte aux justiciers, qui, en retour, essaient d'en savoir plus sur lui : la JLa est sollicitée pour lui faire passer une batterie de tests (soumis au lasso de vérité de Wonder Woman, présenté à Kal-El alias le Superman de notre Terre, examiné par Mr Terrific et les Green Lanterns Hal Jordan et John Stewart), tandis que Jay Garrick et Flash III utilisent le tapis roulant cosmique de Barry Allen et découvrent la possible existence d'une Terre parallèle (mais est-ce celle de leur visiteur ?).
Il assiste aussi la JSA lorsqu'elle vient en aide à Judomaster, la fille d'un yakusa repenti attaquée par des mercenaires japonais. Avec l'apparition de cette jeune femme, une nouvelle phase de recrutement est entamée, qui verra l'incorporation d'Amazing Man, l'héritier d'un activiste black ; Lightning, la fille de Black Lightning (membre de la JLA) incapable de maîtriser ses pouvoirs ; David Reid, un soldat engagé en Afghanistan et arrière-petit-fils du Président Roosevelt (fondateur de la Société de Justice) ; et Jakeem Thunder, l'adolescent accompagnée du génie magique Thunderbolt.
Ces nouveaux personnages viennent complèter l'effectif déjà abondant de l'équipe, soulignant bien qu'il s'agit davantage d'une grande famille que d'un simple groupe de justiciers, et tous dôtés d'un "background" personnel original qui les caractérise immédiatement : Johns aborde à travers eux la diversité ethnique (Judomaster est asiatique ; Amazing Man, Lightning et Jakeem afro-américains), générationnelle (Jakeem est à peine sorti de l'enfance ; Lightning a le même âge que Stargirl et Cyclone) et philosophique (Judomaster cherche à expier les crimes de son père ; Amazing Man est un militant et un homme de foi).
La richesse de ces individus démontre une fois encore le soin que le scénariste apporte à son casting.
Une troisième voie est explorée, en parallèle à celle du "Kingdom Come Superman" et des nouvelles recrues : elle concerne l'enquête que mène le nouveau Mr America sur les assassinats de plusieurs méta-humains assimilés à des demi-dieux. D'abord, qui est ce nouveau Mr America ? Il s'agit de Jeffrey Graves, le contact au sein du FBI de Trey Thompson, tué par Vandal Savage (dans The Next Age) : un nouvel exemple de la "transmission héroïque", le thème de prédilection de la série. Ensuite, il suit la trace de victimes semblables à Goth, le démon dont le cadavre se trouvait dans l'usine incendiée d'où a surgi "KC Superman". Tout est lié, mais qui supprime ces surhommes ? Et pourquoi ? Lorsqu'il va identifier le coupable, Mr America se réfugiera au QG de la JSA en demandant si le nom de Gog évoque quelque chose à quelqu'un - Gog, Magog : troublante et quasi-homonymie...
Le procédé narratif de Johns et Ross requiert de la patience et de la vigilance car, comme on le voit, des éléments antérieurs sont cités et annoncent subtilement ce qui se produira ensuite. Mais, du même coup, ce puzzle donne à l'ensemble de la cohérence et de la solidité, formant un vrai bloc narratif.
L'effet est immédiatement addictif car on brûle d'en savoir plus, on est intrigué par la toile qui se dessine sous nos yeux et dont on devine à peine l'aboutissement - la suite prouvera d'ailleurs que ces prémices ne sont que la partie visible d'un gigantesque iceberg. En même temps, pour une fois, les auteurs ont vraiment intégré les atouts de la narration "décompressée" en donnant une véritable ampleur romanesque, et même feuilletonnesque, à l'histoire : "compactée" en recueil, celle-ci n'est pourtant pas résolue en un seul volume et un authentique suspense s'installe.
L'autre avantage de ces épisodes tient dans la tonalité de l'écriture qui, malgré une gravité sensible, rend le tout très agréable : les descriptions des personnages sont exposées sur un rythme enlevé, parfois avec humour - comme avec Starman (à la fois loufoque et énigmatique), Jakeem (qui s'offusque qu'on le reçoive pas mieux), Lightning (dont les pouvoirs lui gâchent l'existence), Cyclone (irrésistible pipelette ingénue) ou Wildcat Jr (qui fait enrager son paternel).
Le récit est ponctué de scènes d'action spectaculaires, intervenant toujours pour éclairer la situation des personnages impliqués : on se régale avec cette ribambelle de héros apprentis ou aguerris, dysfonctionnelle au possible.
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Visuellement, la série reste également un éblouissement total grâce au virtuose Dale Eaglesham : aussi à l'aise pour dessiner les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, il donne à tous une expressivité magnifique, qui traduit au mieux toutes les émotions par lesquelles ils passent.
Mais il est aussi brillant lorsqu'il s'agit de mettre en scène des séquences d'action où il ne néglige jamais rien : admirez plutôt le soin maniaque avec lequel il compose les décors, les arrière-plans, vous verrez rarement cela ailleurs.
Bien sûr, cette précision et ce goût pour les doubles-pages a un prix : la série a pris du retard, au point que Fernando Pasarin ait été sollicité comme artiste fill-in - un rôle qui va aller crescendo ensuite, en faisant le véritable second artiste du titre. Mais l'espagnol se montre tout à fait à la hauteur d'Eaglesham, dans un registre différent mais tout aussi appliqué.
Autre conséquence : les encreurs défilent, apparemment eux aussi débordés par ce qu'ils doivent parachever (Ruy José est remplacé par Rodney Ramos et Drew Geraci). Mais, miraculeusement, subsiste une cohérence esthétique.
Mais ces petits désagrèments sont compensés par la contribution d'Alex Ross, qui, en plus de son rôle de co-auteur, nous gratifie de nouvelles vignettes peintes, véritables passerelles visuelles entre la série et Kingdom Come, auquel elle est étroitement connectée. Et le Maître continue de signer de magnifiques couvertures (dont Eaglesham donne des versions alternatives tout aussi remarquables).
Comme dans le TPB de The Next Age, DC a complété le volume de quelques croquis, permettant d'apprécier les études réalisées pour les designs des personnages et les couvertures.
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Ce nouveau recueil est donc un sans-faute : gâté, le lecteur peut attendre sereinement la suite... Elle ne le décevra pas !

jeudi 25 juin 2009

Critique 65 : JUSTICE LEAGUE OF AMERICA/JUSTICE SOCIETY OF AMERICA - THE LIGHTNING SAGA, de Brad Meltzer, Geoff Johns, Shane Davis, Fernado Pasarin, Dale Eaglesham et Ed Benes



The Lightning Saga est un crossover prenant place après les relances de deux séries publiées par DC Comics : la Justice League of America et la Justice Society of America.
Cette saga en cinq épisodes a été conjointement écrite par Brad Meltzer et Geoff Johns, et illustrée par Ed Benes, Dale Eaglesham, Fernando Pasarin et Shane Davis.
L'histoire se situe chronologiquement après JSA : The Next Age et JLA : Tornado's Path.
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Le super-vilain, Trident, a été capturé par la JLA (cf. Tornado's path) qui a découvert qu'il était sus l'emprise de Starro. Batman a appris grâce à un test ADN que le malfrat était en vérité Karaté Kid, un membre de la Légion des Super-héros du XXXIème siècle. Karaté Kid revient à lui et agresse Batman, réussissant presque à le vaincre, jusqu'à ce que Black Lightning intervienne pour le nutraliser.
Pendant ce temps, Thom Kallor révèle à ses co-équipiers de la JSA qu'il vient du futur et provoque des réactions perplexes dans son entourage.
La JSA et la JLA sont appelées à l'
Asile d'Arkham où le Dr Destiny manipule mentalement une des patientes, Dream Girl, en créant de terrifiantes illusions. Starman délivre sa bien-aimée en prononçant le nom d'un de leurs partenaires, Lightning Lad. Dream Girl explique alors que d'autres membres de la Légion se trouvent à notre époque.
Les deux équipes décident donc d'unir leurs forces pour retrouver les Légionnaires.Superman, Stargirl, Cyclone et Red Tornado se rendent à la Forteresse de Solitude où ils retrouvent Wildfire, pétrifié parmi les statues des membres de la Légion conservées dans le bâtiment. A son tour, Superman prononce "Lightning Lad" et cela ranime Wildfire, en possession d'une ceinture semblable à celle de Batman.
A la Batcave, Batman, Starman et Black Lightning interrogent Karaté Kid, qui croit toujours être un membre de la Guilde du Trident, jusqu'à ce que Starman le "désenvoûte" comme il l'a fait avec Dream Girl.Jay Garrick, Vixen, Hal Jordan et Tom Bronson (le fils de Wildcat) arrivent à Gorilla City où ils trouvent Timber Wolf dont il restaurent la mémoire.
Pendant ce temps, Red Arrow, Power Girl, Hawkman et Hawkgirl gagnent Thanagar à la recherche de Dawnstar, mais apprennent qu'elle est déjà partie pour la Terre.
Les membres réunis de la Légion s'isolent et utilisent chacun une baguette en proclamant que "L'un d'entre eux doit mourir". Superman trouve une de ces baguettes et comprend que les Légionnaires veulent sacrifier l'un des leurs pour ressuciter Lightning Lad.
La JSA et la JLA se rassemblent dans l'ancienne base de la
Société Secrète des Super-Vilains pour y trouver le dernier Légionnaire, Triplicate Girl, mais ils sont attaqués par le mécanisme de défense Computo. Durant la bataille qui suit, Superman réalise qu'il a déjà vécu cette scène auparavant et que cette impression est l'oeuvre de Sensor Girl. Avant que quiconque ait eu le temps de réagir, elle est récupérée par ses amis Légionnaires et prend la fuite avec eux.
Alors que la JSA tente de localiser les Légionnaires, Batman et Hal Jordan les repèrent dans la maison où
Barry Allen était apparu au "Dark Knight" lors de Crisis on Infinite Earths et dans la Tour des Titans.
Le plan des membres de la Légion s'accomplit : la foudre frappe Karaté Kid... Et provoque la réapparition de Wally West, sa femme Linda, et leurs deux enfants !
Les Légionnaires ont rejoint le futur, à l'exception de Starman, qui a choisi de rester car on a (selon lui) besoin de lui ici et maintenant, et de Karaté Kid, qui est en contact avec un des corps de Triplicate Girl dans le présent. Au XXXIème siècle, Brainiac 5 considère le retour de Wally comme une conséquence de leur opération, mais ils ont obtenu ce que la Légion voulait : quelqu'un est effectivement emprisonné dans la baguette de Karaté Kid...
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Cette nouvelle saga réunissant les deux équipes de l’univers DC se solde par une déception. Les raisons en sont simples : cette aventure commune arrive trop vite après les recompositions de la JLA et la JSA et l'intrigue est plutôt nébuleuse.
Pourtant, avec "seulement" 5 chapitres, on ne peut reprocher aux deux scénaristes de s'être trop étalés, mais l'abondance de personnages mis en scène et le peu de lisibilité de l'enjeu font qu'il est difficile de s’y retrouver quand on ne lit pas toutes les séries DC - en particulier si l'on n'est pas un familier de la Légion des Super-Héros.
Lorsqu'on découvre cette histoire en TPB, en l'absence de référence sur les événements antérieurs ou postérieurs, et sans avoir lu et la JLA et la JSA et Flash et Countdown to Final Crisis, je défie quiconque de comprendre parfaitement ce qui est ici raconté.
Heureusement, le savoir-faire de Meltzer et Johns permet quand même, à défaut d'apprécier pleinement les tenants et aboutissants du récit, de profiter de ces 5 épisodes en se concentrant sur leurs personnages, bien caractérisés.
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L'autre atout de ce crossover tient dans la contribution de ses quatre très bons dessinateurs, Eaglesham et Pasarin en tête : le premier nous gratifie même d'une ahurissante double-page lorsque la JSA, la JLA et les Légionnaires affrontent Computo dans les marais. Shane Davis ouvre le bal avec efficacité et Ed Benes ne démérite pas (notamment lors de la scène où Timber Wolf est retrouvé à Gorilla City).
Le recueil propose même un sixième épisode, entièrement peint par Gene Ha (Top 10), centré sur Vixen et Red Arrow - mais sans aucun rapport avec La Saga de l'Eclair (!).
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Cette Lightning Saga se laisse donc lire mais reste loin du niveau d'autres grandes réunions entre la Ligue et la Société de Justice - n'espérez pas retrouver un récit du calibre de Vice et Vertu. Graphiquement efficace, et même donc parfois épatant, le scénario ne tient pas ses promesses. Une occasion manquée pour un rassemblement sans doute prématuré.