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dimanche 23 juillet 2023

La saison 2 de THE MARVELOUS MRS. MAISEL est aussi exceptionnelle que la première

 

Il m'aura donc fallu cinq ans pour revenir à The Marvelous Mrs. Maisel (aussi traduit La Fabuleuse Madame Maisel parfois). Et pourtant la première saison, en 2018, m'avait fait très forte impression, c'était même une des meilleures premières saisons que j'ai vues. Le show de Amy Sherman-Palladino avait donc la délicate mission de faire au moins aussi bien. Et elle dépasse nos attentes.


1959. Miriam "Midge" Maisel a repris sa place comme standardiste, à son grand dam. Mais elle obtient un congé exceptionnel quand elle doit suivre son père, Abe Weissman, à Paris où sa mère, Rose, malheureuse en couple, a déménagé. Au même moment, Susie Myerson, l'impresario de Midge, apprend que l'humoriste Sophie Lennon lui a envoyée des hommes de main pour se venger de Midge qui l'a humiliée sur scène. A Paris, tandis que Abe tente de raisonner Rose, Midge appelle Joel pour tenter de se réconcilier avec lui mais il impose une condition - qu'elle arrête la scène, ce qu'elle refuse.


Midge doit rentrer à New York et laisse son père et sa mère en France. Elle reprend le chemin de la scène et comprend que ses collègues masculins la jugent de haut. Joel s'aperçoit que les comptes de la société de son père ont besoin d'être repris en main et il décide de s'en occuper. Il loue aussi un appartement pour Midge mais elle n'en veut pas, convaincue qu'il essaie encore de la contrôler. Abe réussit enfin à persuader Rose de rentrer en Amérique.


Midge obtient une "promotion" en s'occupant du vestiaire du magasin. Ainsi elle découvre qu'une de ses collègues prépare son mariage et elle propose de l'aider dans les préparatifs. Le jour de la réception, elle se lance dans une improvisation qui créé un gros malaise dans l'assistance. Abe inscrit Rose dans un cours de dessin à Columbia mais elle décourage les élèves en leur faisant remarquer qu'aucune femme n'enseigne ni ne vit de son art. Susie, elle, découvre que des enregistrements pirates de Midge circulent.


Midge et ses parents partent pour deux mois en vacances dans les Catskills, au grand dam de Susie qui est furieuse que sa protégée interrompe ses représentations pour de telles futilités. Les Maisel arrivent ensuite puis Joel, mais celui-ci n'ayant pas réservé se fait héberger par ses beaux-parents. Susie infiltre le personnel en se faisant passer pour une plombière tout en cherchant un engagement pour Midge dans les environs. Midge accepte, à contrecoeur, de passer un après-midi avec Benjamin Ettenberg, un médecin célibataire et très prisé mais qui se révèle être une vrai mufle.


Midge doit rentrer en urgence à New York pour le boulot et Benjamin accepte de la véhiculer. Pour le remercier, elle l'invite à passer une soirée avec elle et l'emmène voir Lenny Bruce sur scène puis lui avoue que, elle aussi, se produit en stand-up, ce qui éveille l'intérêt du médecin. Puis elle retourne dans les Catskills avec son frère Noah et sa femme car Susie lui a décroché un contrat. Au moment d'entrer en scène, elle voit son père dans la salle.


Le lendemain, Abe exige que Midge garde secrète sa double vie d'humoriste jusqu'à nouvel ordre. Contrarié, M. Weissman l'est encore plus quand il apprend par sa belle-fille que Noah est agent de la C.I.A.. Les ennuis continuent quand à Bell Abs, Abe est convoqué par ses supérieurs parce que quelqu'un a assisté à la représentation de Midge aux Catskills et jure l'avoir entendu parler de ses travaux qui devaient rester confidentiels. Il est mis sur la touche le temps de l'enquête. Midge revoit Benjamin, ce qui inquiète Susie et déplaît à Joel.


Susie prépare une petite tournée pour Midge et demande de l'argent à ses frères et soeur, qui lui refusent toute avance - sauf sa soeur qui lui donne les clés de la voiture de leur mère pour les trajets. Midge fréquente des expositions d'art avec Benjamin et réussit à convaincre Declan Howell, un peintre maudit qui refuse de vendre ses toiles d'en céder une au médecin. Pour le dîner de Yom Kippour, Midge n'y tient plus et avoue à toute sa famille et belle-famille sa carrière d'humoriste.


Midge et Susie partent en tournée mais doivent affronter la dure réalité : inconnues en dehors de quelques clubs à New York, elles enchaînent les représentations devant des salles presque vides ou avec un public insensible à son humour. De retour en ville, elles affrontent même le patron d'un club qui refuse de les payer parce qu'elles sont arrivées en retard. Joel est appelé à la rescousse par Midge qui se demande si tous les sacrifices qu'elle consent pour sa carrière sont justifiés au risque de perdre Benjamin.


Susie décroche pour Midge un passage au Téléthon mais Sophie Lennon qui s'y produit aussi la fait reléguer à la toute fin du show. En coulisses, elle fait la connaissance du crooner Shy Baldwin qui l'encourage tandis que Susie s'introduit dans la loge de Sophie Lennon pour l'avertir qu'elle ne réussira pas à évincer Midge. Celle-ci fait son numéro et c'est un succès malgré l'heure tardive de son passage.


Benjamin demande la main de Midge à Abe mais celui-ci réserve sa réponse, préoccupé par ailleurs. En effet, il annonce à Rose son intention de tout plaquer à Bell Labs mais aussi à Columbia car il est écoeuré d'avoir été mis sur la touche et par le niveau de ses étudiants. Pour défendre ses intérêts, il a recruté un ami avocat. Sophie Lennon convoque Susie chez elle et lui demande de devenir son impresario car elle veut désormais jouer des pièces classiques. Shy Baldwin appelle Midge pour lui offrir de faire sa première partie en tournée en Amérique et en Europe pour les six prochains mois. Elle accepte sans réfléchir et Abe, qui avait décidé d'accepter qu'elle se remarie avec Benjamin, comprend que çe ne se produira pas. Midge soutient Lenny Bruce lors d'un passage à la télé où il joue un sketch sur la solitude des artistes. Saisissant le message, elle va trouver du réconfort auprès de Joel.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis la diffusion de cette saison 2 de The Marvelous Mrs. Maisel en 2019. Après cinq années et une pluie de récompenses, la série s'est terminée selon le plan de sa créatrice, Amy Sherman-Palladino. Et sa vedette, Rachel Brosnahan, a très vite rebondi, au théâtre, avec une pièce à succès où elle donnait la réplique à Oscar Isaac, puis en étant choisie pour incarner Lois Lane dans Superman : Legacy qu'a écrit et que réalisera James Gunn (sortie prévue en 2025).

Comme je l'écris plus haut, lorsque j'avais suivi la première saison, j'avais été, comme tout le monde, très impressionné par la qualité du show. Pourtant, c'est sans doute cette forte impression qui m'en a détourné, appréhendant que la suite n'atteigne pas les mêmes sommets. Du coup, j'ai dérivé en allant voir ailleurs.

Aujourd'hui, je replonge en étant motivé pour compléter mon visionnage (peut-être pas d'un trait, il me reste quand même trente épisodes à engloutir, et je vais sûrement alterner avec d'autres séries pour ne pas risquer la saturation). Première bonne nouvelle : on retrouve avec plaisir Midge et son entourage, ses histoires, son parcours, sans être perdu. C'est le signe que la série a bien vieilli et surtout que son souvenir est restée vivace.

S'il devait s'en dégager un thème, ce serait justement celui de la persistance, de la persévérance. Car, dans ces dix épisodes, Midge va être testée, parfois durement, elle va être éprouvée pour savoir si elle tient vraiment à faire carrière dans le stand-up mais aussi dans la manière dont elle veut composer avec sa vie de femme. Rappelons que l'action se situe à la fin des années 1950 et que le statut social de ces dames n'est pas du tout le même qu'aujourd'hui : Midge s'est séparée de Joel, son mari, après qu'il l'ait trompée, elle est la mère de deux enfants, et vit sous le même toit que ses parents, certes aisés mais désolés de cette situation. Et pour ne rien arranger, la mère de Midge décide de partir vivre à Paris.

Cela donne lieu à un début de saison agité et délocalisé puisque la production a tenu à tourner à Paris. Un Paris fantasmé, avec Rose qui vit la vie de bohème, où Abe porte le béret, et où les Weissman font le marché puis dansent sur le Pont des Arts le soir venu autour de jeunes amoureux. Amy Sherman-Palladino a tenu à justifier ces clichés en expliquant que sa série n'était pas un documentaire et qu'elle avait tout de même veillé à ne pas trop enjoliver le cadre car la France sortait de la guerre et que ses habitants essayaient de reprendre une vie normale. Mais on appréciera surtout le fait que ça demeure drôle et élégant. Tout en notant que la crise entre Rose et Abe fait écho à celle traversée par Midge et Joel.

Midge reste cette jeune femme à l'énergie débordante qu'essaie de canaliser Susie, son impresario. Les deux amies sont dans le dur du métier d'humoristes, face à des hommes qui les prennent de haut, qui les censurent de manière absurde dès qu'elles évoquent les "trucs de bonnes femmes" (comme quand Midge parle de la grossesse et de l'accouchement d'une amie ou que Susie n'obtient pas la paie d'un patron de club au prétexte qu'elle et sa protégée sont arrivées en retard). Le doute s'installe du côté de Midge, surtout après une parenthèse dans les Catskills.

Premier morceau de bravoure de cette saison 2, les épisodes 4 et 5 envoient les Weissman et les Maisel en vacances dans cette province huppée où le personnel hôtelier doit s'assurer que les clients sont toujours pris en charge du matin au soir et ne s'ennuient jamais, quitte à ce que, en vérité, ils ne se reposent jamais. Midge y fait la connaissance d'un séduisant médecin célibataire convoitée par toutes les célibataires et divorcées, Benjamin Ettenberg, qui se conduit comme un mufle une fois en tête à tête. Mais qui souhaite surtout rencontrer une femme qui sorte de l'ordinaire. Ce qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde puisque Rose comprend que sa fille est la candidate parfaite.

Et, effectivement, Midge et Benjamin vont tomber amoureux l'un de l'autre, jusqu'à envisager de se marier. Inquiétude du côté de Susie qui redoute que sa cliente ne se range et oublie la scène. Colère du côté de Joel qui supporte mal l'idée que ses enfants soient élevés par un autre et que Midge l'oublie. Sans cesse, le scénario se nourrit de ce qui se passe dans le privé pour influer sur le professionnel et vice-versa. Midge est humaine : c'est une humoriste surdouée mais aussi une femme en quête de stabilité, elle veut être indépendante et aimée, mais peut-elle avoir les deux ? 

Elle trouve la réponse à ses questions et ses craintes dans son mentor et son double, le comique Lenny Bruce. A cette époque, déjà, cet humoriste révolutionnaire commence à endurer de sérieux ennuis avec la justice à cause de ses sketches très osés et qui lui valent des condamnations pour outrage dans plusieurs Etats où, donc, il ne peut plus se produire. A la fin de la saison, dans le dernier épisode, Midge vient le soutenir lors d'un passage à la télé où il se livre à un numéro poignant sur la solitude, qui renvoie au visage de l'héroïne toutes ses propres appréhensions alors qu'elle vient juste d'accepter, sur un coup de tête, de partir en tournée pour six mois en Amérique et en Europe, signant la fin de son aventure avec Benjamin, mais aussi l'éloignant de sa famille, ses enfants, ses ami(e)s.

Il y a quelque chose de toujours étourdissant dans The Marvelous Mrs. Maisel grâce à cette écriture tourbillonnante et cette réalisation virtuose, s'appuyant sur une photo, des costumes, des décors, toute une esthétique en somme. On est emporté par le spectacle permanent de la série, qui émeut, fait rire, réfléchir. C'est tout à fait exceptionnel. Maintenir ce niveau d'exigence est remarquable et demande de la part de toute l'équipe, créative et technique, un investissement surpassant la moyenne, aussi bien pour le petit que le grand écran. On sent que Amazon a mis les moyens, l'argent est à l'image, mais surtout il est utilisée à bon escient.

Et puis le casting est dingue. Michael Zegen (Joel Maisel) ou Alex Borstein (Susie Myerson) ne sont pas des vedettes mais des comédiens fabuleux. Les seconds rôles portés par Tony Shalhoub et Marin Hinkle (les époux Weissman) sont juste irrésistibles. Zachari Levi, dans le rôle de Benjamin, est mille fois mieux que dans Shazam ! et Chuck. Luke Kirby est insensé en Lenny Bruce tout comme Jane Lynch en Sophie Lennon.

Mais bien sûr, celle qui domine la mêlée, c'est la prodigieuse Rachel Brosnahan. Voilà tout simplement une des meilleures actrices actuelles. C'est déjà une star grâce à la série et nul ne peut nier qu'elle va le rester dans la suite de sa carrière. Elle irradie littéralement à chaque fois qu'elle apparaît et qu'elle joue Mrs. Maisel sur scène ou Midge par ailleurs, on est constamment bluffé par le charme et l'aisance qu'elle dégage. Regarder Rachel Brosnahan, c'est déjà un show en soi. Mais avec le raffinement, le génie même de ceux qui transcendent une partition.

Pas de doute donc : The Marvelous Mrs. Maisel, c'est toujours aussi bien.  

lundi 13 février 2023

SHAZAM !, de David F. Sandberg


Après avoir lu The New Champion of Shazam, je me suis dit qu'il fallait que je regarde le film Shazam !, sorti en 2019, et dont la suite, Fury of the Gods (La Rage des Dieux en vf), sortira dans nos salles le 29 Mars prochain. Le résultat est, comme je m'y attendais, très inégal, comme si les qualités de l'oeuvre étaient souvent gâchées par les choix de son scénario. Mais tout n'est pas à jeter...


Fawcette City, Etat de Philadelphie, de nos jours. Billy Batson, 14 ans, est placé dans une énième famille d'accueil, chez les Vasquez, qui recueille déjà Mary Bromfield, Pedro Peña,Darla Dudley, Eugene Choi et Freddy Freeman. Mais le nouveau venu n'entend pas s'attarder car il cherche toujours sa mère biologique, dont il a été séparé dans une fête foraine dix ans plus tôt.


Après avoir défendu Freddy, infirme, de deux brutes au lycée, Billy prend la fuite dans le métro. Mais sa rame accélère subitement avant de s'arrêter, sans aucun passager, à l'intérieur du Rocher d'Eternité. Billy y est reçu par le Sorcier, affaibli, et qui veut en faire son champion pour affronter Thaddeus Sivana, un ancien prétendant qui a libéré les 7 Péchés Capitaux autrefois pétrifiés ici. En prononçant le mot magique "Shazam !", Billy se transforme en adulte surpuissant. Ne sachant que faire, il confie son secret à Freddy.


En le filmant en train de tester ses pouvoirs et en mettant en ligne ses vidéos, Freddy attire involontairement l'attention de Sivana qui confronte Billy et lui flanque une raclée. Billy se retransforme en adolescent mais Sivana capture Freddy puis les autres enfants des Vasquez pour attirer Billy dans un piège. Ensemble, ils retournent au Rocher d'Eternité pour que Sivana s'accapare les pouvoirs de Shazam. Mais Freddy, Mary, Darla, Pedro et Eugene distraient Sivana et prennent la fuite avec Billy.


Poursuivi par Sivana et les 7 Péchés Capitaux, Shazam et les enfants se cachent à la fête foraine où une nouvelle bataille éclate. S'emaprant du sceptre du Sorcier manipulé par Sivana, Billy a l'idée de partager ses pouvoirs avec ses frères et soeurs qui deviennent ç leur tour adultes et surpuissants. Chacun affronte un des Péchés Capitaux tandis que Billy défie Sivana.


Victorieux, ils sont acclamés par la foule. De retour à l'école le lendemain, Billy, Freddy, Mary, Darla, Pedro et Eugene déjeunent ensemble au réfectoire comme une vraie famille. Sivana, en prison, est abordé par Mister Mind qui lui propose une alliance pour prendre sa revanche...

L'Histoire a parfois de tours bien ironiques : en 2019, à peine un mois après la sortie de Captain Marvel, arrivait dans les salles ce Shazam !, dont le héros s'appelait à l'origine dans les comics... Captain Marvel. Aujourd'hui, sa suite, La Rage des Dieux, sera visible sur grand écran avant The Marvels, la sequel de Captain Marvel. Mais il est probable qu'on ne reverra pas de sitôt Billy Batson dans un long métrage, victime d'avoir appartenu au désormais défunt DCEU (DC Extended Universe).

Pourtant, de toutes les productions appartenant à cette collection informelle mais désignant les années où Zack Snyder a été en quelque sorte l'architecte des films DC Comics, Shazam ! est sans doute le plus sympathique, le plus aimable. Ce qui ne veut pas dire sans défauts...

Le scénario de Henry Gayden s'appuie en effet sur la dernière version du héros de comics, popularisée par Geoff Johns, dans laquelle Billy Batson partage ses pouvoirs, transmis par le Sorcier du Rocher de l'Eternité, non pas seulement avec Freddy Freeman et Mary Bromfield, mais avec trois autres enfants adoptés. Ce n'est pas un sacrilège mais c'est un souci quand on doit caractériser pas moins de six personnages dans un film de 2 h. 10.

Et de ce côté-là, Gayden fait vite son choix : s'il donne de la substance à Billy, Freddy et un peu à Darla, en revanche Mary, Pedro et Eugene sont réduits à jouer les faire-valoir. Pedro n'a, je crois, aucune réplique de tout le film ! Eugene est caricaturé en geek. Et Mary n'est rien d'autre qu'une potiche.

Subséquemment, le scénariste n'a pas dû souvent ouvrir les comics de Shazam ! car il inflige des corrections malheureuses à ses héros. S'il ne fait pas de Billy un petit teigneux comme Geoff Johns et qu'il conserve le handicap de Freddy Freeman, en revanche, sans qu'on sache pourquoi, il ignore délibérément le fait que quand Freddy et Mary se transforment, ils ne deviennent pas des adultes contrairement à Billy - en cela il colle aux versions modifiées de Johns. Mais le casting s'élargit avec puisque tous les enfants sont doublés par un adulte après leur transformation : douze comédiens se partagent en fait l'affiche en un éclair !

Enfin, il y a le cas du personnage de Sivana, qui dans les comics est un archétype de savant fou, jaloux de la condition surhumaine et magique de Shazam. Il est régulièrement dessiné comme un homme de petite taille, chauve, portant des lunettes à gros foyers, et avec une denture particulièrement chevaline, ce qui contraste avec l'aspect de Shazam. Une belle matière pour un acteur adepte de trasnformation physique... Sauf que David F. Sandberg, le réalisateur, a choisi l'athlétique Mark Strong pour incarner un Sivana qui n'a plus grand-chose de commun visuellement avec les comics et pas davantage avec son statut de savant fou (puisque dans le film il est versé dans la quête mystique). Tout ce qui fait le sel des deux adversaires a donc été bêtement gommé.

Pour complètez ce cocktail déjà peu digeste, ajoutez des effets spéciaux franchement hideux pour les 7 Péchés Capitaux, qui surchargent inutilement un script déjà obèse. Le tableau n'est pas très convaincant.

Mais pourtant Shazam ! a des arguments en sa faveur. Et le meilleur d'entre tous s'appelle Zachary Levi. Je me rappelle qu'à l'époque j'avais trouvé que caster la star de la série Chuck était une idée vraiment bizarre pour incarner une armoire à glace avec l'esprit d'un enfant comme Shazam. Mais après avoir vu le film, j'ai revu mon jugement et j'avoue que Levi est un choix inspiré. 

Il apporte au rôle une candeur et une drôlerie qui ont fait tant défaut au DCEU sans tomber dans la pitrerie. Il est parfait pour jouer cette grande andouille grisée par sa puissance, qui apprend maladroitement à maîtriser ses pouvoirs et à aimer sa nouvelle famille. Levi est à l'aise dans l'actionb aussi, après s'être musclé de manière raisonnable. Le costume lui sied à merveille et le film s'amuse du décalage des situations avec habilité.

C'est d'autant plus dommage que, ayant voulu trop en mettre, la suite s'éparapille dans une multitude de personnages fantômatiques, alors qu'une histoire se concentrant sur Billy, Freddy et Mary auraient permis de mieux caractériser le premier et son alter ego en se contentant de transformer les deux autres pour la confrontation finale.

L'autre bon point, c'est que Shazam ! n'oublie pas de s'adresser à un jeune public sans oublier les autres spectateurs (même si les Péchés Capitaux pourront quand même trop impressionner les petits). En tout cas, ce n'est pas si courant de regarder un film super-héroïque qui prend en compte toutes audiences, hors films d'animation (comme Les Indestructibles). Et je pense que c'est une leçon à méditer au delà du cinéma car les comics gagneraient aussi ne pas s'adresser uniquement à des lecteurs avertis. Il y a aujourd'hui beaucoup trop de comics adultes, sérieux, violents, et en tant que fan (pourtant presque quinqa) j'aime la diversité (et c'est pour ça que j'apprécie tant une série comme l'actuel World's Finest de DC).

Il n'aurait pas fallu grand-chose pour que Shazam ! soit plus réussi. A commencer par moins coller à la version de Geoff Johns du personnage (décidément plus à sa place dans les comics que dans leur adaptation). Mais ça aura été le souci majeur du DCEU que de vouloir brûler les étapes pour rattraper le MCU. De qui alimenter les réflexions de James Gunn pour le futur, mais justement le cinéaste-architecte du nouveau DCU aura certainement gardé en mémoire les enseignements de son passage chez Marvel et les erreurs passés de Warner Bros..