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vendredi 22 avril 2022

CAPTAIN AMERICA #0, de Tochi Onyebuchi, Jackson Lanzing & Collin Kelly, et Mattia de Iulis


Pratiquement un an après la fin du run de Ta-Nehisi Coates, la série Captain America fait donc son grand retour. Et Marvel a décidé de combler les fans du héros puisqu'il y aura deux séries mensuelles à son nom : Symbol of Truth (qui débutera le mois prochain) et Sentinel of Liberty (dès Juin). Ce n°0 sert donc de rampe de lancement, avec les trois scénaristes qui seront aux commandes. Reste qu'on peut s'interroger sur l'utilité d'un tel pilote...


New York. Arnim Zola menace la piopulation avec un énième attentat qui provoquerait un cataclysme comparable à celui qui a décimé les dinosaures. Heureusement Captain America intervient.

 

Et plutôt deux Captain America qu'un seul puisque Steve Rogers est secondé par Sam Wilson. Le premier grimpe à bord de la fusée armée de Zola tandis que le second s'envole au sommet de l'engin.


Zola assaille les deux Captains avec son arsenal mais les héros résistent vaillamment et réussissent à contrer le plan du génie nazi.


Ne reste plus qu'à envoyer la fusée s'écraser ailleurs pour éviter le cataclysme programmé...

Entendons-nous bien : ce gros épisode (de plus d'une trentaine de pages) n'est pas désagréable à lire, et ça fait tout simplement plaisir de revoir Captain America dans ses propres aventures, détachées de celles des Avengers. Qui plus est si on n'a pas apprécié les runs de Ta-Nehisi Coates, et avant de Nick Spencer ou Rick Remender.

Car, je vous le dis tel que je le pense, depuis Ed Brubaker, j'ai lâché Captain America sans réussir à m'intéresser à ce que ses successeurs proposaient. Je pourrais dire que Remender est celui qui m'a le moins déçu, surtout quand il fait de Sam Wilson le titulaire de la série, dans un registre 100% action. Hélas ! ça n'a pas duré longtemps puisque ces épisodes se déroulaient juste avant l'event Secret Wars de Hickman, après lequel Remender est parti de chez Marvel. Nick Spencer lui a succédé, en conservant Sam Wilson dans le rôle mais avec des intrigues beaucoup plus politiques, avant d'inventer "Captain Hydra" (qui allait mener à l'event Secret Empire).

Quant à Coates, j'ai trouvé les quelques épisodes que j'ai lus de lui totalement soporifiques. J'omets volontairement la très courte période où, avant Coates, Waid et Samnee ont animé Captain America, car le scénariste avait accepté de les écrire par amitié pour son dessinateur qui, lui, avait consenti à les dessiner pour honorer la fin de son contrat d'exclusivité chez Marvel.

Le run de Ta-Nehesi Coates s'est achevé en Juillet 2021. Et depuis plus rien (si ce n'est la mini The United States of Captain America en 5 épisodes, de Christopher Cantwell, qui, déjà, réunissait Steve Rogers et Sam Wilson, mais je ne l'ai pas lue. Bref, ça faisait quand même une paie que le Captain n'était plus dans les stands des comics shops.

Marvel a décidé de faire les choses en grand et d'en donner pour tout le monde, les fans de Steve Rogers, ceux de Sam Wilson, avec des auteurs et des artistes jamais vus sur ces personnages. Et pour lancer la machine, un épisode 0, écrit à six mains. La question qui se pose au bout du bout, c'est : était-ce bien nécessaire ?

En effet, on a du mal à croire que ce qu'on nous raconte là est indispensable. En vérité, ça ne l'est pas, et donc si vous préférez zapper ce numéro, vous ne raterez rien. Mais plus encore, on a du mal à croire qu'ils s'y soient mis à trois pour pondre un épisode dont le propos tient sur un post-it. De quoi s'inquiéter pour la suite ? Non.

Si je ne connais pas le travail de Tochi Onyebuchi, qui écrira dès le mois prochain Captain America : Symbol of Truth (starring Sam Wilson), en revanche j'ai toujours apprécié ce qu'a produit le tandem Jackson Lanzing-Collin Kelly (en particulier leurs épisodes de Green Arrow, hélas ! jamais traduits par Urban Comics - Pourquoi ?). Ces deux-là écriront à partir de Juin Captain America : Sentinel of Liberty (starring Steve Rogers).

Mais revenons à ce #0. L'intrigue est épaisse comme une feuille de cigarette avec Arnim Zola qui menace une énième fois de raser l'Amérique, les deux Captain America qui l'en empêchent, et s'accordent à la fin pour se partager le même pseudo. Et c'est tout !  On ne s'ennuie pas car c'est bourré d'action, très spectaculaire, rythmé, avec l'aspect buddy comic qui marche à fond, mais rien de plus. C'est un peu décevant, mais bon, voilà, c'est compensé par le plaisir de revoir Rogers et Wilson et la certitude que cette fois ça ne se limitera pas à une autre mini-série.

Les dessins sont assurés par Mattia de Iulis, qui a aupravant travaillé sur Jessica Jones (avec Kelly Thompson, qu'il va suivre sur un creator-owned chez Substack) notamment. Son style photoréaliste s'appuie sur un usage forcené de l'infographie, ce qui donne une mélange inégal. En effet, on a l'impression de lire quelque chose qui ressemble beaucoup à du Alex Ross (qui signe la couverture), mais sans la technique et le sens narratif de ce dernier.

Car de Iulis est un storyteller victime de sa technique. Ses cases sont souvent mal composées, et ses enchaînements de plans sont abrupts. Curieusement, il y a parfois un manque de lisibilité au profit d'une image qui veut épater la galerie. Ainsi vous apprécierez chaque goutte de sueur versée par Steve Rogers sous la pression mais ses gestes manquent d'ampleur, de dynamisme. 

Pour Sam Wilson, c'est un peu plus réussi car, forcément, ses trajectoires en vol permettent à de Iulis de dessiner des vues plus énergiques. Toutefois, ce n'est qu'à moitié concluant car il se sort trop facilement des difficultés qu'il rencontre (comme lorsqu'il échappe miraculeusement à des centaines de drones en les esquivant).

Je dis ça, mais c'est aussi parce que je ne suis pas le bon client pour ce style graphique, que je trouve trop désincarné. L'hyper-réalisme m'ennuie car j'ai l'impression de lire davantage un roman-photo qu'une vraie BD. Mais sans doute y a-t-il de vrais fans que cela ne dérangera pas.

Symbol of Truth bénéficera du talent de R.B. Silva (Powers of X), bien que je doute qu'il tienne longtemps la cadence mensuelle (mais je peux me tromper). Sentinel of Liberty sera dessiné par Carmen Carnero (Captain Marvel), ce sera (à ma connaissance) la première artiste féminine à dessiner Captain America dans sa série et si j'en juge par les previews qui ont circulé, c'est prometteur.

A suivre donc, même si je suis quasi-sûr de ne suivre que Sentinel of Liberty (tout en essayant quand même au moins le premier épisode de Symbol of Truth).

mercredi 27 mars 2019

MCU (MARVEL CINEMATIC UNIVERSE) TIMELINE

Et si on révisait un peu notre MCU un mois avant
la sortie en salles de Avengers : Endgame ?


Naissance des Pierres d'Infinité à la suite d'irrégularités cosmiques
prééexistantes à notre univers.


Le Collectionneur et le Grand Maître prennent vie
en même temps que la planète pensante Ego.


Chute d'une météorite de Vibranium sur Terre, 
qui deviendra la ressource du Wakanda.


- 2988 :
Odin empêche la destruction des Neuf Royaumes par
Malekith et les Elfes Noirs. Il emprisonne sa fille Héla qui
s'était retournée contre lui.
- 965 :
- Après une bataille contre les Géants des Glaces, il adopte Loki.


1940 :
Johan Schmidt devient Crâne Rouge à cause d'un sérum
du Super-Soldat défaillant.


1942 :
Crâne Rouge trouve le Tesseract en Norvège.


1943 :
Steve Rogers devient Captain America.


1945 :
Capture de Arnim Zola.
"Mort" de Bucky Barnes.
Captain America affronte Crâne Rouge qui se téléporte
sur Vormir grâce au Tesseract.


1949 :
Bucky Barnes, récupéré par les Russes, devient le Soldat de l'Hiver.


1978 :
Ego prend forme humaine et rencontre Meredith Quill sur Terre.
Elle donnera naissance à Peter Quill/Star-Lord.


1984 :
Hank Pym met au point la combinaison de Ant-Man.


1987 :
Thanos adopte Gamora et Nebula dont il a tué les parents.
Janet Van Dyne est piégée dans le Monde Quantique.


1988 :
Mort de Meredith Quill.
Peter Quill est recuelli par Yondu Udonta.


1989 :
Démission de Hank Pym du S.H.I.E.L.D. à qui il refuse
de livrer le secret de ses particules rétrécissantes.
Assassinat de Howard et Maria Stark par le Soldat de l'Hiver.


1995 :
Retour sur Terre de Carol Danvers en tant que Captain Marvel.
Rencontre avec Nick Fury.
Découverte de la présence de Skrulls infiltrés.


2005 :
Exposition aux rayons Gamma de Bruce Banner qui devient Hulk.


2010 :
Prise d'otage de Tony Stark en Afghanistan. 
Création de la première armure de Iron Man.


2011 :
Affrontement Thor-Loki.
Tony Stark devient consultant pour le SHIELD.
dans le cadre de l'Initiative "Avengers".


2012 :
Bataille de New York entre les Avengers et Loki allié aux Chitauri.


2013 :
Retour de Malekith pour la conquête de l'Ether.


2014 :
Affrontement entre Captain America et le Soldat de l'Hiver.
Nick Fury et Black Widow découvrent que le SHIELD est infiltré par l'HYDRA.


2015 :
Les Gardiens de la Galaxie affrontent successivement
Ronan l'Accusateur puis Ego.
Captain America et le Faucon capturent le Soldat de l'Hiver.


2015 :
Création de Ultron par Tony Stark et Bruce Banner.
Ultron est vaincu par Vision, né de la fusion 
de la Pierre de l'Esprit et de l'Intelligence Artificielle
J.A.R.V.I.S..


2016 :
Vote de la loi de recensement de super-héros.
Schisme au sein des Avengers.
Stephen Strange part au Népal apprendre la magie auprès de l'Ancien.


2017 :
Le Dr. Strange piège Dormammu dans une boucle temporelle et sauve la Terre.
Hank Pym avec l'aide de Scott Lang et Hope Van Dyne ramène Janet Van Dyne 
du Monde Quantique.


2017 :
T'Challa devient Black Panther et roi du Wakanda.
Son cousin Killmonger lui dispute le trône.


2017 :
Mort d'Odin. 
Hela affronte Thor, Loki, Hulk et Vakyrie.
Destruction d'Asgard.


2018 :
Thanos rassemble les Pierres d'Infinité.
Extermination de la moitié de la population de l'univers pour rétablir l'équilibre.
Nick Fury envoie un S.O.S. à Captain Marvel.
Ant-Man est coincé dans le Monde Quantique.


2019 :
"Avenge the Fallen."

jeudi 21 juin 2018

CAPTAIN AMERICA #704, de Mark Waid et Leonardo Romero (FINALE)


On y est : c'est la fin du troisième run de Mark Waid sur Captain America, sans doute son dernier aussi puisqu'il avait accepté d'écrire ces épisodes à la demande de Chris Samnee. Le 4 Juillet prochain (la date n'est évidemment pas innocemment choisie) sortira le n°1 d'un nouveau volume avec une nouvelle équipe créative (Ta-Nehisi Coates et Leinil Yu). Pour ce #704, Leonardo Romero opère seul au dessin, sans invité de marque, mais avec un discours éminemment symbolique de la part de son scénariste...


Pendant que Crâne Rouge affronte l'armada Kree, Jack Rogers interroge, de façon musclée, le général Pursur, un des leurs. Il a découvert que le sérum du super-soldat ne pouvait être assimilée par les extraterrestres et les tuait même : il lui faut maintenant savoir où ses agents dormants gardent les réserves de la précieuse potion, capable de détruire l'envahisseur et surtout de sauver Steve Rogers Jr..


En sondant le cerveau de Pursur, Jack envoie l'armée américaine avec des armes chargées spécialement dans les bases Kree sur Terre. Puis il s'emploie à convaincre les autres Etats fédéraux du pays de l'aider à neutraliser, le moment venu, Crâne Rouge au prix d'une stratégie risquée.


Crâne Rouge, une fois sorti victorieux de son combat contre l'armée Kree, tue Pursur et accule Jack dont il refuse, bien sûr, contrairement à ce qu'il avait promis, de guérir le fils au prétexte qu'il est le descendant de Captain America. Jack le supplie une dernière fois, prêt à lui prêter allégeance en lui baisant la main.


Crâne Rouge, appréciant d'humilier Jack, le laisse faire... Et tombe dans son piège : Rogers sape, par la force de sa volonté et de celle de ses compatriotes à travers le pays, l'énergie du cube cosmique assimilée par le nazi.


Crâne Rouge littéralement vaporisé, Jack découvre que Steve Jr. est rétabli totalement. Ensemble ils sortent aider les civils, le drapeau américain en main. Trois ans plus tard, Jack continue de guider l'Amérique en s'inspirant de l'esprit de son ancêtre, Captain America.

En terminant la lecture de cet ultime épisode, on comprend le lien particulier qui unit Mark Waid à Captain America, peut-être plus qu'aucun autre héros qu'il a écrit dans son abondante bibliographie. En récapitulant d'ailleurs les titres de ses petits arcs narratifs durant son dernier run, on obtient un résumé éloquent à la fois de la manière dont il voit le héros mais aussi de la manière dont le héros lui sert de porte-voix philosophiquement, politiquement.

Home of the Brave, Man out of time, The Promised Land : on croirait presque du Springsteen avec lequel Waid doit sûrement partager une vision sinon gauchiste, en tout cas humaniste de l'Amérique et de Captain America. Il ne s'agit pas de glorification, mais d'idéalisme, d'honneur, d'éternité, de mémoire, d'espoir. 

En somme, voilà autant de symboles anti-Trump sibyllins car, lorsque le POTUS sépare des enfants d'immigrés de leurs parents à la frontière mexicaine, absout les suprémacistes blancs dans une manifestation qui dégénère à Charlottesville, explique qu'il y aurait eu moins de victimes le 13 Septembre 2015 à Paris si les citoyens français avaient porté des armes, se désengage des accords sur le climat ou rejette le multi-littéralisme commercial, Mark Waid lui répond, en douceur, mais avec foi, que l'Amérique n'est pas cela. C'est une démocratie qui, consciente de l'être, ne doit jamais oublier ses principes et valeurs, à l'image de Jack Rogers qui se rappelle de Captain America comme d'un compas moral.

Avec son expérience, Waid a atteint, dans son écriture, lorsqu'il est particulièrement inspiré par son sujet, une forme d'épure classique : certains trouveront cela trop scolaire, pas assez moderne, et on pourra répliquer que c'est surtout intemporel, que ça sonne surtout juste, sans prétention mais avec honnêteté et franchise.

Ce sentiment se prolonge visuellement avec Leonardo Romero, qui aura donc réussi, non pas à éclipser Samnee, mais prolonger l'excellence de la prestation de son confrère subitement parti (sans qu'il ait trouvé de nouveau port d'attache !).

Certes, l'italien n'a pas encore la virtuosité narrative de son prédécesseur : ses pages ont encore une simplicité, une sagesse, qui limitent un peu le souffle que veut leur donner Waid. Romero n'est pas, par exemple, franchement à l'aise dans le grand spectacle comme en témoignent les scènes où Crâne Rouge terrasse l'armada Kree (d'ailleurs, le dessinateur échoue à reproduire la laideur du visage si particulier du nazi). Mais en même temps, ce graphisme low-fi a le mérite de ne pas vouloir faire de l'ombre à ce qui est raconté : il sert le propos, le plus fidèlement possible, avec ses moyens, parfois limites, mais aussi une vraie élégance. Le meilleur exemple se trouve dans cette image, pleine page, où le père et le fils Rogers brandissent le drapeau américain (voir ci-dessus) : une iconographie qui pourrait facilement être insupportable ou ridicule mais qui devient noble, belle, par sa naïveté même, sa représentation sobre souligné par ces mots "nous [les Rogers] avons une réputation à honorer".

Pour ma part, je ne lirai pas le prochain volume : la preview qui en a été diffusée ne m'a pas motivé, je suis aussi prudent avec Ta-Nehisi Coates (même si j'ai apprécié le n°1 de la relance de Black Panther) et avec Leinil Yu (très inégal, et peu inspiré depuis un moment). Je préfère rester sur cette belle impression - et attendre d'être à nouveau attiré par de futurs auteurs.   

dimanche 10 juin 2018

CAPTAIN AMERICA #703, de Mark Waid, Leonardo Romero et Alan Davis


C'est l'avant-dernier épisode du run de Mark Waid (qui se conclura dans quinze jours) et l'intrigue file toujours à toute allure, dans une narration très compressée, haletante. Le scénariste peut toujours compter sur le talent de Leonardo Romero pour l'illustrer, et le concours d'Alan Davis invité pour quelques pages.


Jack Rogers a libéré du cube cosmique Crâne Rouge alors qu'il espérait y trouver son ancêtre, Captain America. Pour que le nazi l'épargne après avoir appris son nom de famille, il lui explique comment s'emparer du pouvoir en Amérique alors que Washington est en proie au chaos depuis qu'il a découvert les secrets du général Pursur. En échange, Crâne Rouge devra sauver le fils de Jack.


Autrefois. Captain America est prisonnier du Melter et de Radioactive Man qui tentent, par la torture, de lui extorquer les codes de la sécurité du manoir des Avengers. Mais le héros résiste assez longtemps pour que ses acolytes - Hawkeye, Scarlet Witch et Quicksilver - le tirent de ce mauvais pas.


Une fois à la Maison-Blanche, Crâne Rouge neutralise facilement, grâce à la puissance du cube cosmique qu'il a assimilée, les gardes du général Pursur, qui se cache après avoir pris en otage le fils de Jack Rogers. Une fois dans la salle des archives, Crâne Rouge, guidé par Jack, dévoile au public que Pursur a déployé partout des agents dormants Kree pour prendre le pouvoir.


En infériorité numérique face à la foule déchaînée, les Kree sont vaincus et Pursur demande des renforts via un portail spatial. Crâne Rouge continue de consulter les archives et découvre que le fils de Jack porte le prénom de Captain America et est malade. Jack profite que le nazi soit distrait pour localiser Pursur.


Jack affronte le général et délivre son fils, mais Pursur affirme que les renforts Kree arrivent et vont reprendre le dessus. Mais Jack affirme avoir encore un atout dans la manche...

En ayant ouvert l'équivalent de la boîte de Pandore lorsqu'il a libéré Crâne Rouge du cube cosmique où il était détenu depuis sa dernière bataille contre Captain America, Jack Rogers a, comme son aventure, changé dramatiquement de statut. Désormais, il doit composer avec les conséquences de ses actes tout en sachant qu'il lui faudra ruser pour sauver et son fils et le monde pris en tenaille entre le nazi ressuscité et les manigances du général Pursur.

Mark Waid, dont on pouvait craindre qu'en perdant son partenaire Chris Samnee, connaîtrait des difficultés à animer son récit sur un tempo aussi vif, prouve qu'il fonce toujours pied au plancher san faire n'importe quoi. 

L'épisode est dense, jonglant avec plusieurs niveaux de lecture tout en restant focalisé sur le personnage de Jack : ce dernier s'est conduit jusqu'à présent comme subissant la situation, conscient qu'il n'était pas un héros, désirant seulement sauver son fils, mais improvisant avec maladresse jusqu'à devenir un fugitif. Maintenant, il lui faut faire face à plusieurs forces d'ampleur contre lui et sa détermination se manifeste par une attitude plus pro-active. Il manipule Crâne Rouge, suffisamment pour qu'il ne le tue pas et surtout pour qu'il écarte les gardes de Pursur. Puis il affronte directement le général, même si celui-ci obtient des renforts Kree.

Cette fois-ci, Waid n'interrompt l'histoire que par un flash-back mais il est révélateur : Captain America est torturé et résiste jusqu'à ce que les Avengers le localisent et l'aident. Il s'agit d'un intermède situé à l'époque où le héros est le chef de l'équipe, après les départs de Hulk, Ant-Man, la Guêpe, Iron Man et Thor - remplacés par Hawkeye, Scarlet Witch et Quicksilver, trois malfrats repentis. Ainsi entouré, Cap' est dans la même configuration que son descendant Jack, allié à Crâne Rouge, mais surtout il donne l'exemple en ne résignant pas.

Ce passage bénéficie des dessins d'Alan Davis et c'est toujours un régal de voir des pages de ce grand artiste qui, ces dernières années, s'est fait moins rare, mais tout de même discret en collaborant avec Jim Starlin sur des histoires avec Thanos (dont l'écho est resté confidentiel - Starlin a d'ailleurs fait part de son mécontentement concernant la promotion de ces épisodes alors que Marvel mettait le paquet pour populariser le titan fou en vue du film Avengers : Infinity War. Solution : ces récits sont désormais hors continuité et le scénariste a claqué la porte). On espère en tout cas que l'artiste rebondira vite (C.B. Cebulski lui fera-t-il cadeau d'une nouvelle production avec Excalibur ou Clandestine ?).

Le reste de l'épisode est dessiné par Leonardo Romero dont la prestation est comme toujours de haute volée. On ne peut que s'incliner devant la qualité de l'italien qui non seulement a su soutenir la comparaison avec Samnee en le remplaçant, mais qui s'est adapté à la narration de Waid en fournissant des épisodes impeccables, avec un vrai souffle.

Rendez-vous dans quinze jours pour le dénouement et la fin du run de Mark Waid, aussi imprévisible que méritoire et captivant.

vendredi 18 mai 2018

CAPTAIN AMERICA #702, de Mark Waid, Leonardo Romero, Rod Reis et Howard Chaykin


Je n'avais pas fait attention mais Captain America devient bimensuel pour permettre au run de Mark Waid de se terminer en Juin (Ta-Nehisi Coates et Leinil Yu prennent la relève en Juillet) : Marvel a décidément envie d'en finir au plus vite et il faut bien du mérite au scénariste pour travailler dans ces conditions. D'où le sentiment d'un professionnalisme exemplaire de sa part avec la suite, quinze jours après le #701, de son excellent arc narratif futuriste.


France, 1943. Captain America, blessé et inconscient, doit être évacué par la Résistance et Peggy Carter. Ils croisent des soldats allemands et une fusillade éclate. Le héros ne doit la vie sauve qu'à l'intervention de Peggy qui le protège avec son bouclier.


XXIVème siècle. Après avoir découvert que le général Pursur utilisait le sérum du super-soldat (qui pourrait sauver son fils) pour créer des agents dormants au sein des Krees (pourtant alliés de la Terre), Jackson Rogers est en cavale, activement recherché. Il se réfugie dans un club d'historiens et se confie à des amis incrédules.


Mais le vieux Vic l'interpèle et lui dit croire à son histoire. Il lui indique un moyen de se sortir de cette mauvaise passe en lui montrant grâce à son monocle spécial un épisode du passé de Captain America - sa dernière bataille contre Crâne Rouge qui s'acheva par la destruction d'un cube cosmique après lequel ils disparurent tous deux.


Jackson doit reprendre la fuite lorsque la garde du général Pursur fait irruption dans le club. Il se rend sur les ruines du Capitole, fermées au public en raison des radiations qui l'environnent. Rogers trouve le cube cosmique et le bouclier de Captain America.


Espérant libérer Captain America prisonnier du cube, Jackson le brise avec le bouclier mais, horrifié, c'est Crâne Rouge qui s'en extrait !

Je vous parlais au début du mois de plusieurs séries dont les auteurs semblaient s'être donnés le mot pour parler des relations parents-enfants, et Mark Waid était au nombre de ceux-là avec le début de cet arc narratif dans lequel un père (Jackson Rogers) tentait le tout pour le tout pour sauver son fils.

Son héros en cavale après avoir découvert un complot ourdi par un général belliqueux, cette fois, c'est à Old Man Hawkeye que le scénariste semble adresser un clin d'oeil en dépeignant un futur répressif et en convoquant Crâne Rouge (devenu le maître du monde dans la dystopie d'Ethan Sacks).

Néanmoins, la comparaison s'arrête là car la ligne temporelle diffère sensiblement du spin-off d'Old Man Logan : le XXIVème siècle n'est pas un monde post-apocalyptique où les super-vilains ont vaincu les super-héros, on évolue ici dans une société prospère et sophistiqué et Crâne Rouge en a disparu après une ultime bataille contre Captain America.

Waid imprime toujours un rythme très soutenu à son récit, correspondant à celui de la cavale de Jackson Rogers. Ce dernier n'est pas un fugitif classique, il le reconnaît lui-même : il n'a rien d'un héros, il a découvert le secret du général Pursur accidentellement et ne sait plus où aller, trouvant refuge dans un club où, ironiquement, le temps semble s'être arrêté.

Des deux flash-backs qui ponctuent l'épisode (au début et à la moitié), le premier est le plus accessoire et présente la particularité d'être dessiné par Rod Reis, dont le style ressemble à celui de Phil Noto, mais qui devait être réalisé par Chris Sprouse. J'aurai adoré voir l'artiste de Tom Strong oeuvrer sur Captain America, pas forcément à la place de Reis qui ne démérite pas, mais en échange de Howard Chaykin, que je n'aime pas et dont les pages sont abominables.

Dans ces planches, on assiste donc au dernier affrontement entre le héros et sa némésis, qui conduit directement au dénouement de l'épisode avec un twist cauchemardesque mais relançant totalement le suspense (même si ramener Crâne Rouge est un peu paresseux, surtout via le cube cosmique : deux éléments souvent liés).

Il n'empêche, entre la fuite de Jackson Rogers, son échange avec le vieux Vic et son geste dramatique, il y a de quoi, pour Leonardo Romero, de quoi encore prouver à ses fans comme à ceux qui le découvriraient quel excellent artiste il est. Le dynamisme de son découpage, le soin apporté aux décors (la ville, le club), la mobilité du personnage principal sont admirables : il est impensable que Marvel ne donne pas une future série à ce dessinateur une fois sa prestation terminée ici.

On ne risque guère d'être déçu par le dénouement le mois prochain, d'autant qu'Alan Davis sera de la fête. L'histoire est très ouverte, le spectacle prometteur : de quoi clore un run gâché par des décisions éditoriales peu inspirées mais porté par un scénariste dont le dévouement est vraiment exceptionnel.