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dimanche 21 mai 2023

LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL. 3, de James Gunn


Après bien des péripéties, Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est enfin sorti dans les salles. James Gunn, son scénariste et réalisateur, clôt non seulement sa trilogie mais quitte du même coup définitivement les studios Marvel pour partir diriger le DCU. Il est donc fortement conseillé d'avoir vu les deux précédents longs métrages consacrés aux personnages (et aussi le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame) pour apprécier ce récit, plus grave que d'habitude.
 


Adam Warlock, le "fils" de la prêtresse Ayesha que les Gardiens de la Galaxie avaient dupée, attaque la station Knowhere. Dans le feu du combat, il blesse gravement Rocket Raccoon avant que Nebula le touche à son tour et le force à battre en retraite. Incapable de sauver Rocket, l'équipe décide de gagner le Q.G. d'OrgoCorp où leur ami servit de cobaye à des expériences dans le passé.


Dans le coma, Rocket se souvient de l'époque où il était aux mains du Maître de l'Evolution, un savant fou et puissant qui ambitionnait de créer et peupler une Contre-Terre pacifiste avec des créatures anthropomorphiques. Rocket partageait ses souffrances avec d'autres animaux comme Sol le lapin, Lyla une loutre et Teefs le morse. Mais développant une intelligence que jalousait le Maître de l'Evolution, Rocket devina qu'il allait être sacrifié et entreprit de fuir avec ses amis. Lui seul y parvint.


Une fois à proximité d'OrgoCorp, les Gardiens retrouvent les Ravageurs et Gamora qui les aident à pénétrer dans le bâtiment. Ils y dérobent avec perte et fracas le dossier médical de Rocket puis, de retour dans leur vaisseau, constatent que des données importantes en ont été effacées par Theel, l'assistant du Maître de l'Evoltuion. Ils partent donc pour la Contre-Terre sans savoir que Adam Warlock et Ayesha, qui est redevable au Maître pour la naissance de son "fils", les suivent.


Une fois sur la Contre-Terre, Star_Lord, Nebula et Groot sont aidés par les habitants pour trouver la pyramide du Maître de l'Evolution, pendant que Drax, Mantis et Gamora veillent sur Rocket toujours entre la vie et la mort. La rencontre avec le Maître dégénère quand ce dernier, déçu d'avoir été dénoncé par ses créatures, décide de détruire la Contre-Terre et de partir dans l'espace à bord de sa pyramide. Drax et Mantis, impatients, ont rejoints Nebula au pied du bâtiment-vaisseau alors que des explosions dévastent la planète.


Star-Lord et Groot sautent de la pyramide qui décolle en embarquant Theel tandis que Drax, Mantis et Nebula montent, eux, à bord et découvrent des centaines d'enfants en cage pour servir de cobayes au Maître de l'Evolution. Star-Lord extrait de Theel les données manquantes du dossier médical de Rocket et avec Groot embarquent dans le vaisseau où leur ami se trouvent avec Gamora. Adam Warlock voit Ayesha mourir dans une explosion au moment où ils tentent d'aborder le vaisseau des Gardiens et le souffle de la déflagration le propulse à l'intérieur. 
 


Cependant, Star-Lord, Gamora et Groot sauvent Rocket avant que Nebula ne leur donne sa position. Ils prennent en chasse la pyramide du Maître de l'Evolution et, avec le renfort de Kraglin, lui barre la route avec la station Knowhere. Les enfants sont évacués de la pyramide à la station tandis que les Gardiens au complet avec le renfort d'Adam Warlock affrontent le Maître de l'Evolution. Rocket se refuse finalement à le tuer pour ne pas prolonger ce cycle de violence...

Deux scènes post-générique de fin conclut le film : 

- la première montre la nouvelle formation des Gardiens (Rocket devenu le leader, Groot, Kraglin, Cosmo, Adam Warlock et Phyla, une des enfants rescapés) part en mission après la décision de Star-Lord de repartir sur Terre, de Mantis de faire un break, de Gamora de réintégrer les Ravageurs, de Drax et Nebula de s'occuper des enfants retirés au Maître de l'Evolution ;

- la seconde montre Peter Quill en train de prendre le petit-déjeuner avec son père adoptif sur Terre, avant qu'un carton à l'écran indique que "le légendaire Star-Lord reviendra".

Après une Phase IV au mieux inégale, au pire médiocre, et un début de Phase V peu convaincant (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania s'est ramassé au box office), beaucoup d'espoirs reposaient sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Et quelque chose me dit que James Gunn, scénariste et réalisateur du film, a dû sourire de cette situation...

Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut remonter à la sortie du précédent volume des Gardiens de la Galaxie en 2017. Si le film fut un succès, en dépit d'avis mitigés, pour le Gunn, ce fut le début d'une mauvaise passe. De vieux tweets déterrés par des détracteurs de Droite du cinéaste conduisirent Disney à le sanctionner en l'écartant d'abord du troisième long métrage puis carrément en le virant. Tout le casting s'en émut et menaça d'abandonner tout projet avec le studio si Gunn n'était pas réintégré. Pendant ce temps, ce dernier, abordé par la concurrence, signa pour The Suicide Squad chez Warner (sorti en 2021) dont le succès critique et public (dans le contexte particulier d'alors, en pleine pandémie) convainquit Disney de revenir en arrière.

Le reste appartient à l'Histoire : la Warner resta en contact avec Gunn et lui proposa de refonder le DCU sur grand écran après les échecs du "Snyderverse" tandis que le cinéaste bouclait le tournage des Gardiens de la Galaxie vol. 3. Et, happy end, cet ultime chapitre cartonne depuis sa sortie en salles. Marvel studios doit donc une fière chandelle au mec qu'ils avaient renvoyé comme un malpropre.

Pour Gunn, boucler cette trilogie était aussi le moyen de raconter l'histoire du personnage qu'il aimait le plus : Rocket Raccoon. On raconte même qu'il avait initialement envisagé de mettre en scène un spin-off entièrement consacré au raton-laveur et Groot pour revenir sur le passé douloureux du premier, avant de se raviser, tout comme il changea de méchant en cours de route (passant de Annihilus au Maître de l'Evolution).

Ce qui frappe donc, d'emblée, c'est le ton plus grave de l'histoire. Rocket est rapidement gravement blessé et va passé les deux tiers du film sur une table d'opération entre la vie et la mort, à se remémorer ses origines, tenté d'abdiquer en se souvenant de ses amis disparus. Sans concessions, le film traite de la maltraitance animale de manière poignante et des dérives du transhumanisme. Le supplice que traverse Rocket dans des flashbacks très émouvants vous serre le coeur. On comprend à quel point Gunn s'est projeté dans ce personnage, le transformant en une figure sacrificielle, profondément touchante et blessée.

Qu'importe alors que le Maître de l'Evolution soit joué de façon un peu trop souvent hystérique par Chukwudi Iwuji (à la différence des comics où il est un savant fou et puissant mais d'une froideur totale, d'un détachement effrayant) : le face-à-face entre Rocket et ce néo-Docteur Moreau (inspiré par le héros du roman de H.G. Wells) réserve son lot de scènes mémorables, cruelles, et pour lesquelles Gunn trouve un dénouement tout sauf manichéen.

Le cinéaste n'a jamais envisagé les Gardiens comme une équipe de super-héros comme les Avengers, mais plutôt comme une famille que chacun de ses membres s'est choisie. Gunn a dû composer avec des éléments qu'il n'a pas choisis (et qui compliquent inutilement le récit, comme la Gamora issu de Avengers : Endgame, qui a tout oublié de son passé avec les Gardiens et n'est donc plus l'amante de Star-Lord), mais il les exploite avec adresse pour redynamiser le groupe, ses relations. Il donne aussi une suite directe à ce qu'il avait mis en place dans le volume 2 avec Ayesha et Adam Warlock en les reliant au Maître de l'Evolution et si, là aussi, son interprétation de Warlock peut dérouter par rapport aux comics (où il était un personnage plus mûr), elle a une vraie logique dans ce contexte, incarné avec recul par Will Poulter.

Alors, pourquoi ça fonctionne contrairement à la majorité de ce qu'a livré la Phase IV et Quantumania ? Qu'on apprécie ou pas le style coloré, décalé, de Gunn, on ne peut nier qu'il a un style affirmé, peut-être même le plus prononcé, le plus personnel, de tout le MCU. Dans la mesure où il écrit et dirige ses films, il en a le contrôle et en assume tous les aspects, parfois même les plus controversés (comme sa vision de Drax en gros bouffon plutôt qu'en réel destructeur ou de Mantis qui devient une ingénue comique au lieu d'une madone céleste). Quand on va voir un film de Gunn, on sait où on met les pieds, on ne peut pas jouer la surprise ou s'offusquer des libertés prises. Et ce sera intéressant de voir comment il s'emparera du DCU, à commencer par Superman dont il a écrit et mettra en scène le grand retour en 2024-2025.

Il y a donc cette exubérance familière et qui assure à la trilogie une vraie unité esthétique et narrative, une inventivité, une sorte d'insouciance, un refus de se prendre trop au sérieux tout en faisant le job sérieusement. Tout cela témoigne d'un amour pour le matériau de base, son folklore, mais aussi d'une approche singulière, sincère, sentimentale même. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence après tout un tas de films de la Phase IV où les spectateurs ont été perdus par les choix de Kevin Feige ou déçus par des opus trop ou pas assez, sans désormais de menace commune, de fil rouge (comme l'incarnaient Thanos et les pierres d'infinité). En existant en marge du reste mais en développant leurs propres thèmes, leurs propres méchants, les rapports entre les Gardiens, la trilogie de Gunn a échappé à ces sorties de route pour former un tout solide, certes imparfait, mais honnête avec lui-même et le public.

Enfin, plus que tout autre film ou trilogies du MCU, Gunn a bâti son oeuvre avec une troupe qui a fait corps avec son projet. Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Dave Bautista (même si ce dernier s'est plaint de l'évolution de son personnage), Pom Klementieff, ainsi que Bradley Cooper et Vin Diesel (qui ont prêté leur voix à Rocket et Groot), tous  sont indissociables de la réussite de ces trois films et de celui-ci en particulier (sans oublier le spécial diffusé fin 2022 sur Disney +). Cette famille d'acteurs dont certains ont vu leur carrière propulsé grâce à Gunn, qui les a imposés à Disney, a soutenu le réalisateur comme des enfants auraient soutenu un père mais ont aussi défendu leurs rôles en jouant à fond le jeu, communiquant leur plaisir à l'audience.

Alors que le MCU est actuellement en plein gestion du scandale lié à Jonathan Majors (Kang à l'écran, empêtré dans une sale affaire de violences sur sa compagne et rattrapé par des témoignages sur son comportement toxique de longue date), et en attendant la sortie à l'automne de The Marvels (la suite de Captain Marvel), Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 ressemble à la fin d'une époque. Le studio va devoir d'une manière ou d'une autre changer, évoluer, peut-être en lâchant la bride à ses cinéastes, en repensant son modèle. Gunn parti, Kevin Feige va devoir prouver qu'il n'a pas perdu son mojo, sa vista, tandis que Bob Iger, l'ex-président de Disney revenu en catastrophe, opère une restructuration drastique.

dimanche 13 novembre 2022

AMSTERDAM, de David O. Russell


Sept ans après Joy, David O. Russell revient enfin avec un nouveau long métrage : Amsterdam. Un film foisonnant, débridé, et pourtant inspiré de faits réels. Mais qui aura été un bide cuisant, malgré son scénario palpitant, drôle, épique, et son casting d'enfer. Une injustice.


1918. Pour prouver à ses riches beaux-parents sa valeur, Burt Berendsen part en France combattre durant la première guerre mondiale. Il est affecté au commandement d'un régiment de soldats noirs américains par le général Meekins et devient l'ami de Harold Woodsman, un des meneurs de ces troufions. Rapidement blessés, les deux hommes sont soignés par Valerie Voze, une infirmière excentrique qui collecte les éclats d'obus dans le corps de ses patients pour en faire des sculptures.


A la fin du conflit, les trois amis partent pour Amsterdam pour se remettre des atrocités qu'ils ont traversées. Harold et Valerie tombent amoureux, mais Burt veut rentrer en Amérique pour retrouver sa femme. Il est loin d'être accueilli en héros car il veut soigner les gueules cassées, ce qui déplaît à ses beaux-parents qui le fichent à la porte. Le sachant dans le besoin, Harold veut le rejoindre et ouvrir son cabinet d'avocat, mais Valerie se volatilise avant son départ.


15 ans plus tard, Harold et Burt n'ont plus jamais revu Valerie. Mais ils sont contactés par Elizabeth, la fille du général Meekins, qui veut qu'on pratique une autopsie sur son père revenu d'Europe et mort de façon suspecte durant le trajet. Burt examine le corps avec Irma St. Clair, une collègue, et découvre que Meekins a été empoisonné. Harold et Burt font part de ces conclusions à Elizabeth juste avant qu'un homme la pousse sous les roues d'une voiture et n'accuse les deux amis de l'avoir tuée. Ils prennent la fuite.


Traqués par la police, Harold et Burt cherchent à se disculper en trouvant qui les a recommandés à Elizabeth. Ils rappellent que, juste avant sa mort, Elizabeth a mentionné Tom Voze, un riche industriel du textile qui avait voulu rencontré son père en Allemagne. Ils réussissent à le voir, malgré la réticence de sa femme Libby, et découvrent que Valerie est sa soeur, résidant avec eux et soignée pour des troubles nerveux. Voze recommande à Burt et Harold de parler au général Dillenbeck, ami proche de Meekins, qui représente les vétérans.


Pendant que Burt tente de joindre Dillenbeck, Harold retourne voir Valerie. Ils repèrent l'homme qui a tué Elizabeth sortant de chez Tom et le suivent en ville jusqu'à une clinique privée qui pratique des stérilisations forcées sur des hommes et des femmes et appartient à une mystérieuse organisation, le Comité des Cinq. Ils s'enfuient pour rejoindre Burt à qui ils font part de leur découverte. Valerie insiste pour aller au Waldorf-Astoria parler à deux vieilles connaissances du temps passé à Amsterdam : Paul Canterbury et Henry Norcross, qui soupçonnent justement un coup d'Etat contre Franklin Delano Roosevelt par ce Comité des Cinq.


Quand enfin Dillenbeck accepte de recevoir chez lui Harold, Burt et Valerie, il leur explique qu'un homme vient régulièrement lui proposer une grosse somme d'argent pour convaincre les vétérans de participer à un opération militaire contre le gouvernement américain. Si les commanditaires de cette conspiration tiennent à rester anonymes, il ne fait pas de doute qu'il s'agit du Comité des Cinq. Pour les forcer à sortir de l'ombre, Dillenbeck accepte de prononcer le discours préécrit par l'émissaire au galas des anciens combattants que Burt organise. Norcross et Canterbury surperviseront la soirée pour procéder aux arrestations des comploteurs.


Le soir du gala, Voze et sa femme présentent Dillenbeck au Comité des Cinq dont ils font partie et qui veulent s'inspirer de la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne et Mussolini en Italie pour  déloger Roosevelt. Le général feint d'abonder dans leur sens tandis que Valerie filme toute la scène. Mais une fois que Dillenbeck monte sur scène, il dénonce les conspirateurs, donnant le signal à Canterbury, Norcross et leurs agents pour les arrêter.
 

Ce coup de filet oblige cependant Valerie et Harold à quitter le pays. Mais Burt choisit de rester pour refaire sa vie avec Irma St. Clair. Dillenbeck déposera devant une commission du congrès mais les membres du Comité des Cinq disparaîtront dans la nature avant leur procès.

David O. Russell est un drôle de bonhomme : en 1999, il tourne Les Rois du Désert, film de guerre inspiré de faits réels, avec George Clooney. Mais la star fera la promotition du film à reculons, avouant des relations de travail très conflictuels avec le réalisateur. Depuis, une sale réputation colle aux basques de Russell et il lui faudra attendre le triomphe de Happiness Therapy en 2012 (qui vaudra l'Oscar de la meilleure actrice à Jennifer Lawrence) pour être réhabilité à Hollywood.

A partir de là, les acteurs se battent pour tourner sous sa direction, même en sachant qu'il est exigeant avec eux. Christian Bale et Jennifer Lawrence louent les qualités de cet auteur complet qui écrit des rôles bigger than life à ses stars. Pourtant, Russell ne renouera plus avec les cîmes au box office de Happiness Therapy, malgré les mérites de American Bluff et Joy.

Il aura donc fallu attendre sept ans pour qu'il revienne derrière la caméra pour un nouvel opus encore plus ambitieux et échevelé. Amsterdam s'inspire de faits réels encore une fois (comme Les Rois du Désert, American Bluff, Joy), le complot dît du Comité du Dollar Solide (Business Plot) fomenté en 1933 par des nationalistes américains pour évincer Franklin Delano Roosevelt et instaurer une dictature inspirée de celles de Hitler et Mussolini.

Cette histoire méconnue fournit à Russell la matière pour une vraie fresque de 2h 15 menée sur un train d'enfer. En regardant le film, on a souvent l'impression que le cinéaste cherche à noyer le poisson en multpliant les péripéties périphériques et en alignant un acteur connu pour chaque rôle, y compris le plus petit.

Avec quelques-uns, comme Wes Anderson, Quentin Tarantino, David O. Russell est un des rares cinéastes actuels à attirer autant de grands noms pour parfois de simples caméos. Cela se retourne parfois un peu contre ses films car le spectateur attend forcément un figurant prestigieux en soutien des rôles principaux et finit par moins voir les personnages que les vedettes qui les incarnent. Mais il serait ingrat de reprocher à Russell sa distribution étincelante, d'autant qu'il dirige chacun avec le même souci, jamais pour laisser à quiconque le plaisir égoïste et égotiste de faire son numéro.

Et puis, donc, derrière ces apparats, il y a un récit qui file vite et qui est finalement facile à assimiler. Burt, Harold et Valerie sont trois amis à la vie, à la mort, qui se sont rencontrés dans les conditions les plus abominables. Comme dans un film d'Hitchcock, ils sont précipités dans une intrigue d'espionnage où ils font figures de coupables idéaux mais le spectateur sait qu'ils sont innocents. On n'a donc aucun mal à sympathiser avec eux et à espérer qu'ils s'en sortent, même si les élements jouent contre eux, qu'il s'agit de David contre Goliath.

L'intrigue s'égare parfois mais retombe toujours sur ses pieds. Il y a une folie quasi-fellinienne dans ce film, qui se permet tout, avec des mouvements de caméra virtuoses, des dialogues virevoltants, des embardées narratives complètement délirantes. Qui prend son temps puis accélère subitement. Qui conjugue hédonisme et improvisation européens (toute la séquence, magique, à Amsterdam) et grand spectacle hollywoodien (le final au gala, véritable tour de force, parfaitement minuté). Visuellement, ke film est horriblement beau, avec son défilé de gueules cassées dont Russell prend le parti, osé, d'en rire plus que de chercher à tirer des larmes, de personnages lunaires embarqués dans une aventure qui les dépasse mais qui se dépassent pour en sortir. C'est euphorisant, tout sauf sobre.

Et c'est peut-être ce qui explique que Amsterdam se soit ramassé. Car il faut accepter cette exubérance, ce flot d'informations, cette histoire tentaculaire et improbable (même si elle est vraie), ce casting de malade. Si on ne tolère pas cet côté ovni, alors Amsterdam peut vite être fatigant, lassant. Mais pour ma part, c'est un régal, une sorte d'anomalie joyeuse, bordélique, au milieu de productions formatées. Avec un vrai souffle.

Il en faut pour mener un tel nombre de stars : Rami Malek, Anya Taylor-Joy, Matthias Schoenearts, Alessandro Nivola, Mike Myers, Michael Shannon, Zoe Saldana, et ça, ce ne sont que les seconds rôles ! Russell offre même un petit rôle à la chanteuse Taylor Swift, qui est épatante.

Mais le trio majeur de Amsterdam est formé par trois acteurs au top. Moi qui ne suis pas un fan de Christian Bale, il n'y a que chez Russell que je le trouve bon. Le cinéaste arrive comme nul autre à le rendre drôle et à exploiter son jeu basé sur la performance physique (ici, il joue un médecin borgne et toxico) pour que cela ne cannibalise pas le film. John David Washington est excellent aussi, beaucoup plus sobre, et c'est justement par ce contraste que son duo avec Bale fonctionne si bien. Enfin Margot Robbie (brune ici) est elle aussi meilleure qu'ailleurs : son personnage est foldingue, ce qui fait craindre à une redîte de sa Harley Quinn, sauf qu'elle n'est pas en roue libre et surtout soutenue par deux partenaires de haut niveau (on peut d'ailleurs imaginer que si Jennifer Lawrence avait été dispo, Russell l'aurait choisi une nouvelle fois et cela aurait sans doute abouti à une autre interprétation, mais c'est une autre histoire). Ces trois-là sont en tout cas extrêment attachants, marrants, mémorables.

Russell rebondira-t-il après cet échec commecial ? Tant qu'il aura le soutien d'acteurs bankables, sans doute. La question est plutôt de savoir quand il trouvera un projet qui le motivera suffisamment et comblera les stars prêtes à s'investir pour lui. Il serait très dommage que ce réalisateur en reste là.

mardi 9 novembre 2021

LIVE BY NIGHT, de Ben Affleck


Après Shutter Island, dont j'ai parlé récemment pour l'adaptation qu'en a tirée Martin Scorsese, je poursuis ma découverte des oeuvres de Dennis Lehane au cinéma avec Live By Night, réalisé par Ben Affleck. L'acteur-metteur en scène, quatre ans après le sacre de Argo, n'a pas manqué d'ambition, mais cela n'a pas suffi à convaincre le public d'aller voir son long métrage. Une injustice.


1926. Boston. Fils d'un capitaine de la police et vétéran de la première guerre mondiale, Joe Coughlin revient d'Europe, résolu à ne plus suivre les ordres de personne, dégoûté par le traitement de ses frères d'armes par les officiers militaires. Il s'engage dans une vie criminelle aux côtés d'Emma Gould, une intriguante, qui est aussi la maîtresse du parrain Albert White. Son rival est Maso Pescatore qui menace Joe de révéler à White qu'il est cocu si Joe ne le tue pas avant. Mais Coughlin refuse et White n'a pas le temps de l'éliminer et le livre à la police. Joe écope d'une peine de trois ans de prison et apprend que Emma est morte noyée.  Son père décéde quelques mois avant sa libération.


A sa sortie de prison, Joe veut se venger de White et offre ses services à Pescatore qui lui confie ses affaires en Floride. Avec son ami Dion Bartello, Joe s'installe à Ybor City où il négocie avec les cubains la production et le commerce de l'alcool pour concurrencer White. Il soudoie le chef de la police, Figgis, pour étendre son empire et s'éprend de Graciella Corrales, qu'il épouse.


A la même période, Loretta, la fille de Figgis, part à Hollywood tenter sa chance dans le cinéma mais elle sombre dans la drogue et se prostitue pour payer ses dealers. Le beau-frère de Figgis, RD Pruitt, membre du Ku Klux Klan, attaque les établissements et les employés de Joe. Pour contraindre Figgis de le lui livrer, Joe lui montre des photos de la déchéance de Loretta et promet de la lui remettre. Pruitt liquidé, Joe tient parole puis livre une guerre-éclair contre le Klan, qui fuit la région.
 

La fin annoncée de la Prohibition inspire à Joe l'idée d'investir dans un casino. Mais un nouvel obstacle inattendu va se dresser sur sa route : Loretta, pour se racheter de ses péchés, est devenue une prédicatrice et milite pour l'interdiction des lieux de vice. Elle mobilise les foules et influence les notables. La banque refuse à Joe un emprunt qui fait capoter le projet du casino. Joe croise Loretta dans un café où elle lui avoue n'avoir réussi qu'à moitié sa mission car l'alcool continue de couler.


Le lendemain de cette discussion, Joe apprend dans le journal que Loretta a mis fin à ses jours. Figgis sombre dans une profonde dépression et ne répond plus aux appels de Joe. Celui-ci, prévenu par Dion, sait que Pescatore, mécontent de la tournure des événements, malgré l'argent qu'il a gagné en Floride, va venir réclamer des comptes. Joe garde malgré tout le soutien de ses hommes de main et du frère de Graciella, chez qui il voit une photo prise un mois auparavant sur laquelle figure Emma. Dion est chargé d'emmener Graciella à l'abri.
 

Pescatore donne rendez-vous à Joe dans un hôtel qu'il a entièrement privatisé pour l'occasion et révèle qu'il a embauché White, ruiné, pour reprendre ses affaires dans la région. Alors que White va le tuer, JOe lui montre la photo avec Emma. Pendant ce temps, les hommes de Joe, menés par Dion, investissent l'hôtel par les souterrains qui parcourent la ville, grâce auxquels on faisait passer l'alcool sans que la police s'en aperçoive. Le gang de Pescatore et White est décimé et Joe se venge enfin.


Mais au bout du compte, lassé par cette vie, il décide de se retirer et confie son business à Dion pour se consacrer à Graciella et des oeuvres de charité envers les réfugiés cubains. Ils ont un fils. Figgis tue Graciella avant d'être abattu par Joe qui élèvera seul son fils dont le rêve est de devenir policier comme son grand-père paternel dont il porte le prénom, Thomas.

Révélé en même temps que son ami Matt Damon dans le film Will Hunting (Gus Van Sant, 1997), Ben Affleck a connu une carrière beaucoup plus chaotique, entre problèmes liés à son alcoolisme, succès fracassants et bides monstrueux au box office, et des amours qui ont fait les choux gras de la presse people. Jusqu'à 2012 et Argo, qu'il met en scène et dans lequel il joue, et qui rafle trois Oscars. 

Lorsqu'il revient derrière et devant la caméra en 2017 pour Live by Night, adapté du roman de Dennis Lehane, Affleck obtient un budget conséquent pour cette fresque se déroulant entre les deux guerres mondiales, et qui relate l'ascension d'un gangster au temps de la Prohibition.

Le résultat a belle allure, mais la critique se montrera tiède et le public ne se déplacera pas pour vérifier sa qualité. Ce sera un échec cuisant, comme si à chaque fois qu'il avait atteint le sommet, Affleck était condamné à dégringoler. De ce point de vue, le parcours de son personnage, Joe Coughling lui ressemble de manière troublante.

Vétéran de la première guerre mondiale, il revient aux Etats-Unis dégoûté par le sacrifice de ses frères d'armes par des généraux indifférents à leur sort. Désormais, Joe refusera d'être aux ordres de quiconque. Pourtant, la réalité va vite lui apprendre qu'il faut conquérir sa liberté. Trahi par une femme et le rival du caïd qu'il sert, il passe par la case prison. Lorsqu'il en sort, il est obsédé par le désir de se venger et se lie à la mafia italienne. Pendant un temps, il devient un roi, retrouve l'amour, ruine l'homme qui a éliminé la femme qu'il aimait. Jusqu'à ce qu'un obstacle imprévu, inattendu, se dresse sur sa route et provoque la chute de son empire.

Du roman, foisonnant de Dennis Lehane, Ben Affleck, qui signe aussi le scénario, tire un récit vif et ample, contenu dans un film de 2h 10, ce qui est un tour de force. On ne s'ennuie pas en suivant cette histoire pleine de péripéties, au casting fourni, dans des décors somptueusement reconstitués. L'argent est sur l'écran, Affleck ne se moque pas du monde, son film a de la classe.

Mais peut-être a-t-il été jugé trop classique, trop académique, et en comparaison d'autres films de gangsters contemporains, manque-t-il d'audace. Ce sont des reproches que je trouve injustes car il n'y a aucun mal à être classique quand la qualité est là. Affleck a visiblement voulu donner cette facture à son long métrage, comme pour rendre hommage à un cinéma passé. Par ailleurs, il a su s'entourer, notamment en prenant comme chef opérateur Robert Richardson (qui a collaboré justement avec Scorsese sur Shutter Island) : l'image est sublime, les mouvements d'appareil élégants et fluides. 

Surtout cette sobriété dans la réalisation rend justice à la solidité de l'adaptation avec des rôles magistralement développés, jusqu'au final spectaculaire (avec le règlement de comptes dans l'hôtel). Je parie que, avec les années, Live by Night vieillira comme un bon vin et qu'il sera redécouvert à sa juste valeur comme un film méritant plus de compliments et d'attention car il dépasse les modes et s'inscrit dans une tradition.

Affleck s'est attribué le rôle principal et il incarne ce Joe Coughlin avec charisme et autorité. Son jeu minimaliste, underplay, est séduisant, même s'il ôte au personnage une dimension plus attractive. Des seconds rôles l'entourent avec beaucoup de relief comme le genre l'impose, avec notamment Chris Messina, Remo Girone, Brendan Gleeson, Chris Cooper et Robert Glenister, tous des gueules mémorables.

Toutefois, la vraie bonne surprise du casting vient de ses interprètes féminines auxquelles Affleck a donné des partitions de premier choix : Sienna Miller a rarement été aussi bien servie qu'avec cette Emma Gould perfide à souhait. Zoe Saldana est à tous points de vue magnifique, filmée comme une vraie déesse, elle apporte de la sensibilité à Graciella et à tout le film. Enfin, Elle Fanning compose une Loretta extraordinaire, loin des rôles d'adolescente lumineuse à laquelle on a l'habitude : elle impressionne dans des scènes où elle harangue le public, presque possédée.

Pour les amateurs de sagas policières et historiques, Live by Night est un film à (re)découvrir. Et souhaitons à Ben Affleck que son prochain projet derrière la caméra lui permette de renouer avec le succès que cet opus n'a pas eu.  

lundi 14 mai 2018

AVENGERS : INFINITY WAR, de Joe et Anthony Russo


J'ai attendu depuis Mercredi dernier pour rédiger cette critique : le temps de digérer le choc, d'assimiler cette expérience, bien que j'ai (enfin !) vu Avengers : Infinity War après deux semaines d'attente. Mais ce délai m'a permis de l'apprécier une fois l'événement un peu apaisé, bien que le film ait depuis conquis une large part de la critique et soit devenu un triomphe sans précédent au box office (je vous épargne la litanie des chiffres mirobolants). Point culminant de dix ans de production par les studios Marvel, le long métrage des Russo bros. mérite tout le bien qu'on dit de lui. Mais comment en parler sous un angle encore original et sans tomber dans la facilité des superlatifs ? Ce blockbuster pose finalement autant de problème au critique qu'à ses metteurs en scène.

Thanos (Josh Brolin)

L'espace. Après s'être emparé par la force de la Pierre du Pouvoir sur la planète Xandar (siège du Nova corps), Thanos croise la route de la nef des rescapés d'Asgard (détruite dans Thor : Ragnarok) et tue la moitié de ses passagers avec ses sbires de l'Ordre Noir - Corvus Glaive, Nain Noir, Proxima Minuit, Machoire d'Ebène et Supergéante. A bord le titan retrouve Loki qui lui remet le Tesseract contenant la Pierre de l'Espace. Hulk affronte Thanos qui a facilement raison de lui et que Heimdall, avec ses dernières forces, envoie sur Terre avant d'être exécuté comme Loki sous les yeux de Thor puis la nef asgardienne pulvérisée.

Dr. Strange, Tony Stark, Bruce Banner et Wong (Benedict Cumberbatch, Robert Downey Jr.,
Mark Ruffalo et Benedict Wong)

La Terre, New York. Hulk/Bruce Banner s'écrase dans le Sanctum Sanctorum du Dr. Strange qu'il avertit de l'arrivée de Thanos pour acquérir la Pierre du Temps du sorcier suprême et la Pierre de l'Esprit de Vision. Strange va chercher Tony Stark dans Central Park où il fait sa demande en mariage à Pepper Potts pour élaborer un plan. Mais Stark prévient tout le monde que les Avengers sont séparés (depuis Captain America : Civil War) et il ignore où se trouve Vision.

Spider-Man (Tom Holland)

Pendant ce temps, Peter Parker pressent une menace et voit dans le ciel de New York le vaisseau de Machoire d'Ebène. Il réussit, pendant que ses camarades de classe assistent à cette apparition, à leur faucher compagnie pour se changer en Spider-Man et prêter main forte à Iron Man et Dr. Strange aux prises avec Machoire d'Ebène et Nain Noir. Le sorcier est embarqué à bord du vaisseau auquel s'accroche Spider-Man et que prend en chasse Iron Man après avoir neutralisé Nain Noir. Spider-Man revêt grâce à Iron Man l'armure Iron Spider pour supporter le voyage dans l'espace. Banner tente alors de contacter Steve Rogers en renfort car il n'arrive plus à se transformer en Hulk.

Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision (Elizabeth Olsen et Paul Bettany)

Ecosse. Wanda Maximoff/Scarlet Witch et Vision vivent secrètement leur idylle, bien qu'elle soutienne toujours le fugitif Steve Rogers et lui Iron Man. En se promenant au clair de lune dans une rue, ils sont attaqués par Proxima Minuit et Corvus Glaive et ne doivent leur salut qu'à l'intervention de Rogers, Black Widow et le Faucon. Glaive et blessé sérieusement et bat en retraite avec Proxima Minuit. Le Faucon, aux commandes d'un quinjet, embarque tout le monde, direction : le Q.G. des Avengers où les reçoit James Rhodes/War Machine en vidéoconférence avec le général Ross à propos des événements de New York. Banner est également là et résume la situation à Vision, prêt à se sacrifier en détruisant sa Pierre de l'Esprit. Mais Rogers connaît un endroit où, comme le suggère Banner, on pourrait la lui retirer sans le tuer.

 Thor, Peter Quill/Star-Lord et Gamora (Dave Bautista, Chris Hemsworth
Chris Pratt et Zoe Saldana)

L'Espace. Les Gardiens de la galaxie répondent à un appel de détresse en espérant en tirer une récompense et découvrent la nef des asgardiens. Thor percute leur vaisseau à moitié mort. Soigné par Mantis, il revient à lui et explique ce qui est arrivé aux siens, apprenant ainsi que Gamora est la fille adoptive de Thanos. Le dieu du tonnerre pense que leur ennemi va se rendre sur la station Knowhere pour arracher la Pierre de la Réalité au Collectionneur mais Thor veut d'abord se construire une nouvelle arme pour le tuer. Rocket et Groot décident de le conduire aux forges de Nivadellir pendant que Star-Lord, Gamora, Mantis et Drax partent pour la sation Knowhere.

Gamora et Thanos

Station Knowhere. Les quatre Gardiens de la galaxie arrivent trop tard : Thanos a dévasté l'endroit et le Collectionneur ne lui a pas fourni la Pierre de la Réalité. Détectant la présence de ses adversaires, il les neutralise facilement et capture Gamora avec laquelle il se téléporte dans son vaisseau où, détenant Nebula qui a déjà essayé de le tuer et la torturant, il obtient de savoir où se trouve la Pierre de l'Âme. Direction : la planète Vormir.

Peter Parker/Spider-Man, Tony Stark/Iron Man, Drax, Peter Quill/Star-Lord et Mantis
(Tom Holland, Robert Downey Jr., Dave Bautista, Chris Pratt et Pom Klementieff)

Spider-Man et Iron Man sauvent Dr. Strange des tortures de Machoire d'Ebène qui veut lui soutirer la Pierre du Temps (qu'il porte en pendentif à son cou). Le sorcier suprême et Stark s'entendent difficilement sur la stratégie à suivre : le premier veut rentrer sur Terre, dont il est le protecteur ; le second veut aller sur Titan pour y attendre et attaquer par surprise Thanos. Ce dernier plan est choisi et, une fois là-bas, les trois héros y trouvent et s'allient avec les Gardiens de la galaxie après que chacun ait pris les autres pour des agents de Thanos. 

Thor, Rocket et Groot (Chris Hemsworth, Bradley Cooper et Vin Diesel

Vormir. Thanos et Gamora partent à la rencontre du gardien de la Pierre de l'Âme, Crâne Rouge (exilé sur cette planète depuis son combat contre Captain America à la fin de la seconde guerre mondiale). Seule dans le vaisseau de son père, Nebula se libère et envoie un message aux Gardiens de la galaxie pour les prévenir qu'elle se rend sur Titan. Pour obtenir la gemme, Thanos n'hésite pas à sacrifier, comme c'est exigé, l'être qui lui est le plus cher, Gamora. 

Thor

Nevadellir. Thor, Rocket et Groot arrivent aux forges où tous les ouvriers ont été décimés après avoir façonné le Gant d'Eternité pour Thanos, à l'exception d'Eitri. Réactivant le coeur de l'étoile qui alimente les forges, Thor permet à Etrei de mouler le marteau et la hache de Stormbreaker, qui pourra aussi réactiver le Bifrost (le pont arc-en-ciel par lequel on passe d'un royaume à un autre) auquel Groot fournit le manche avec une partie de son bras extensible en bois. 

T'challa/Black Panther, Steve Rogers, Natasha Romanov/Black Widow et Bucky Barnes
(Chadwick Boseman, Chris Evans, Scarlett Johansson et Sebastian Shaw)

Steve Rogers atterrit avec le Faucon, Black Widow, Bruce Banner, War Machine, Scarlet Witch et Vision au Wakanda où T'Challa/Black Panther et Bucky Barnes les reçoivent. Shuri, la soeur cadette du monarque, examine l'androïde et entame la procédure complexe pour lui retirer la Pierre de l'Esprit. Dehors, Proxima Minuit et Nain Noir assiègent la capitale protégée par ses écrans. Les héros se préparent à les accueillir en ouvrant une partie du bouclier afin que l'ennemi n'en perce pas une section opposée et ne les encercle. 

L'assaut final au Wakanda

La bataille qui suit est disputée. Banner s'est équipé de l'armure Hulkbuster de Stark, Black Panther et Steve Rogers mènent l'attaque, soutenus par Bucky et Black Widow tandis que War Machine et le Faucon ouvrent un feu nourri par les airs. Mais l'opposition les dépasse en nombre et réussit à atteindre le palais et le laboratoire de Shuri pour capturer Vision alors que Scarlet Witch est partie prêter main forte aux Avengers dehors. 

Thanos

Titan. Thanos revient sur sa planète natale et désolée où il a localisé l'énergie émise par la Pierre du Temps du Dr. Strange qui l'attend, seul. Thanos lui explique la raison de son action en lui racontant comment son monde a péri après avoir épuisé ses ressources à cause de sa surpopulation : aujourd'hui, avec les six Pierres d'Eternité, il aura l'opportunité de corriger ce problème dans tout l'univers en sacrifiant la moitié des êtres vivants. Iron Man, Spider-Man, Star-Lord,  Drax et Mantis l'écoutent, bien cachés et prêts à attaquer, lorsque Nebula débarque et déclenche les hostilités. Iron Man et Iron Man tentent d'ôter le Gant à Thanos que Mantis essaie de maîtriser mentalement et Dr. Strange d'immobiliser physiquement. Mais quand Star-Lord comprend grâce à Nebula que si Gamora est absente, c'est que son "père" l'a sacrifié, Peter Quill peermet à Thanos de se libérer et de se déchaîner. Pour qu'il épargne ses amis, Strange préfère alors lui donner la Pierre du Temps.

Groot, Thor et Rocket

La Terre. La situation est très compromise lorsque Thor, Rocket et Groot apparaissent et rééquilibrent les forces en présence. Proxima Minuit et Corvus Glaive sont tués et leur armée entamée sérieusement. Wanda a retrouvé Vision et ils se sont débarrassés de Nain Noir. Mais l'androïde, pris d'une violente et soudaine migraine, sent l'arrivée de Thanos. Rogers, Bucky, le Faucon, Banner, Black Panther, Black Widow tentent de l'empêcher d'atteindre Vision qui obtient de Scarlet Witch qu'elle détruise sa Pierre de l'Esprit. Mais ceci fait, Thanos, grâce à la Pierre du Temps, reconstitue l'androïde et lui arrache la gemme du front. Thor surgit alors et terrasse son adversaire en lui enfonçant la hache de Stormbeaker dans la poitrine. Thanos claque des doigts en indiquant au dieu du tonnerre qu'il aurait du le décapiter. La moitié des êtres vivants sur Terre et dans le cosmos se désintègre : sur Titan, seuls Iron Man et Nebula sont épargnés ; au Wakanda, Black Panther, le Faucon, Bucky, Groot tombent en poussière.
Thanos, lui, s'est volatilisé et reparaît dans la Pierre de l'Âme où il retrouve Gamora enfant puis s'assoit devant un paysage apaisant, symbolisant la réussite de son plan.

Une scène supplémentaire intervient à la toute fin du générique :

- New York. Nick Fury et Maria Hill assistent à la désintégration de plusieurs civils dans une rue avant de de se dissoudre à leur tour. Juste avant de disparaître complètement, Fury envoie un message sur émetteur. Sur le sol, après quelques instants, l'écran de l'appareil confirme la réception du S.O.S. avec l'image du logo de Captain Marvel.

"Thanos will return" : ce sont les derniers mots qui s'inscrivent sur l'écran et, mine de rien, ils disent tout de Avengers : Infinity War et du programme de Avengers 4 qui sortira en salles en Mai 2019. Pourquoi ? Parce que le méchant complexe du film en est le vrai premier rôle, celui par lequel tout arrive et tout finira dans un an. Il ne s'agit donc plus d'annoncer le retour, prévisible, des Avengers, comme cela était le cas dans les deux premiers films qui leur furent consacrés, mais celle de leur adversaire. D'autant plus, et c'est la surprise la plus spectaculaire, à plus d'un titre, du long métrage, que les héros perdent à la fin !

Depuis quand un blockbuster d'un budget voisin des 500 millions de dollars s'achève-t-il sur un échec ? Oh, bien entendu, c'est un revers provisoire et le match retour promet déjà une revanche épique, mais certainement disputée : n'empêche, quelle audace de conclure comme ça cette partie-ci ! 

En même temps, pour reprendre une expression désormais consacrée, le tout début de l'histoire laisse deviner la couleur : quand Thanos aborde la nef des asgardiens dont le monde a péri dans le cycle du Ragnarok, Hulk attaque par surprise le titan... Qui lui flanque une correction express et l'envoie au tapis, K.O. ! On comprend immédiatement que Thanos, qui ne faisait ici que des apparitions en fin de génériques, de plus en plus frustrantes, n'est ni là pour rigoler ni à prendre la légère : il vient de rétamer Hulk ! Qui peut arrêter l'individu capable de cela ?

C'est donc sur la figure, souvent prévisible et néanmoins sidérante, que le film se déroule, comme si une fatalité sourde, imparable, s'abattait sur la résistance des héros. Ils ne vont pas gagner, semblent nous glisser à l'oreille les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely, tout juste gagneront-ils du temps, placeront-ils quelques coups, réussiront-ils à terrasser les sbires de Thanos - l'Ordre Noir avec ses cinq membres - mais ils ne viendront pas à bout de la vraie menace, trop fort, trop déterminé, trop minutieux, trop bien doté - il réunit patiemment les Pierres d'Infinité, se renforce, voit son plan progresser inéluctablement, trop pour être contré.

Josh Brolin incarne vraiment Thanos, quand bien même il s'agit d'une performance en motion capture, où l'acteur bardé de capteurs a été ensuite recréé numériquement pour apparaître à l'écran comme le colossal titan à la peau violette. Mais les fans du comédien (dont je fais partie), habitué à sa gueule carrée, buriné, "Charles-Bronsonienne", le reconnaissent sans mal derrière les expressions mesurées de Thanos, sa démarche pesante, ses gestes lourds, sa puissance tranquille. Le jeu est d'une nuance épatante malgré l'artifice, à la mesure du personnage dont la psychologie est la plus soignée de tous les vilains du MCU : il ne s'agit pas d'un vilain classique qui agit par vengeance, ou soif de conquête, ou par goût du sang. Thanos est mû par un objectif, une mission, une vision (à plus d'un titre...).

En effet, comme il l'explique au Dr. Strange (Benedict Cumberbatch, génial évidemment dans une situation qui lui donne beaucoup de latitude) lors d'une scène superbement placée et orchestrée, déjouant le monologue du méchant tout fier de son stratagème avant de se prendre une branlée, Thanos a vu son monde, Titan, dépérir à cause de la surpopulation et de l'incapacité à faire subsister les siens. Depuis, rassembler les six Pierres d'Infinité n'est pas tant une volonté d'acquérir une puissance incomparable pour régner sur l'univers que pour remédier à une situation équivalente de manière radicale : cela lui permettrait de sacrifier la moitié des êtres vivants et donc de leur donner la possibilité de survivre avec ce que leurs planètes produisent.

On peut s'interroger sur une autre option : pourquoi Thanos, au lieu de désintégrer autant de monde, ne se sert-il pas de la puissance du Gant de l'Infini pour augmenter les ressources des êtres vivants ? Et on répondra que, de son point de vue, il s'agit d'un risque car les individus n'en ont jamais assez, ils finissent toujours par tarir leurs sources. En en éliminant la moitié d'entre eux, la solution est plus drastique et surtout elle a valeur d'avertissement : s'ils ne raisonnent pas ainsi, alors il ne restera plus qu'à tous les tuer.

Avengers : Infinity War n'est donc pas seulement culotté en termes de fin, il l'est aussi en termes de moyens, de formulation puisqu'il interroge les héros et les spectateurs sur la morale des gentils et du méchant. Le choix de Thanos est hautement discutable mais l'affronter uniquement comme un vilain, c'est passer à côté du problème, ne pas considérer son point de vue, son expérience, ce qui a formé sa résolution. Plusieurs super-héros font cette erreur et précipitent les hostilités en annonçant Thanos comme un destructeur sans considérer l'origine de sa logique.

Bruce Banner (excellent Mark Ruffalo dans une partition où il ne peut littéralement plus devenir Hulk, comme si son alter ego avait peur de réapparaître suite à la correction initiale qu'il a reçue) est le premier à communiquer ainsi sur l'ennemi en le réduisant à un tueur de masse. Thor (Chris Hemsworth, formidable sur une partition à la fois sensible et traduisant enfin toute la puissance de son personnage) veut lui aussi d'abord se venger (et venger Loki, Heimdall, son peuple) qu'arrêter Thanos - et il le fait si mal qu'il croit terrasser le titan en lui plantant sa hache dans la poitrine au lieu de le décapiter, ce qui aurait empêcher son terrible geste final. Star-Lord cède à la colère et au chagrin quand il comprend que Gamora a été sacrifiée par son "père" et, ce faisant, provoque l'échec des héros sur Titan en permettant à Thanos de se ressaisir. Même Vision (Paul Bettany, toujours bluffant dans son incarnation de l'androïde) se plante en ayant coupé les ponts avec Stark et Rogers, qui auraient pu, chacun de leur côté, ôter sa Pierre de l'Esprit bien avant l'invasion du Wakanda.

C'est donc autant un récit de failles tactiques que d'erreurs d'interprétation qui permet l'inévitable triomphe de Thanos. Film-somme de dix ans de production des studios Marvel et suite-conséquence tragique du schisme acté dans Captain America : Civil War (dont il est la sequel la plus directe avec la scène d'ouverture qui renvoie au dénouement de Thor : Ragnarok), Avengers : Infinity War impressionne par sa fluidité, quasi-organique, pour rassembler les pièces d'un puzzle patiemment monté, agréger des personnages, justifier leurs alliances, mais aussi situer leurs actions en différents points de la Terre (New York, l'Ecosse, le Wakanda) et de l'Espace (les planètes Vormir - où se joue un sacrifice poignant et stupéfiant pour Thanos et Gamora - , Nivadellir - avec une liaison très inspirée entre le façonnage du Gant de l'Infini et Stormbreaker - , Titan - site d'une bataille vraiment scotchante d'intensité).

On a beaucoup parlé du casting pléthorique en redoutant qu'il soit rassemblé avec de grosses ficelles qu'il faut saluer l'admirable travail des scénaristes pour justifier parfaitement comment et pourquoi les uns se retrouvent avec les autres, là et pas ailleurs, à ce moment et pas avant ou après, et tout cela en allant et venant d'un endroit à l'autre sans que jamais on ait l'impression de zapper au milieu d'une scène. Tout tombe exemplairement pile-poil, laissant deviner la suite tout en n'assurant pas qu'elle résoudra tout (ainsi le retour providentiel de Thor, Rocket et Groot en pleine guerre au Wakanda ne garantit que provisoirement un avantage aux héros sur place, mais le moment en lui-même est jubilatoire).

Et pour jubiler, il faut, quoi qu'en pensent les grincheux, un peu d'humour. L'intrigue n'incite pas à la rigolade, comme je le disais plus haut, mais là encore les frères Russo ont su aérer leur film de quelques bons mots, attitudes plus légères, histoire de rendre le spectacle respirable : les échanges entre Thor et les Gardiens de la galaxie (mention spéciale à Dave Bautista dont la bêtise cosmique de Drax est bien mieux exploitée ici que dans tout Les Gardiens de la galaxie, vol. 2, est irrésistible dans la scène dite de "l'homme invisible"), la remarque croisée entre Steve Rogers et Thor sur leur looks similaires désormais agissent en contrepoint à des moments vraiment émouvants, parfois bouleversants, quand, à la fin des personnages partent littéralement en poussière (Robert Downey Jr., impeccable, tenant dans ses bras Tom Holland alias Spider-Man qui se sent s'en aller, la mort de Vision, la disparition de Groot : on a rarement eu la gorge serrée comme ça dans un film de ce genre).

Bien entendu, on peut pester contre le fait que certains acteurs soient plus présents pour le nombre que pour l'enrichissement du récit (Anthony Mackie, Don Cheadle, Sebastian Stan, mais aussi Scarlett Johansson, Chadwick Boseman, voire Chris Evans qui ont peu de place et de poids en dehors des scènes d'action). Mais quelque chose me dit qu'au match retour, ils pourraient bien en profiter pour briller davantage (de même que le retour prévisible d'un géant vert...).

C'est que Avengers : Infinity War n'est pas qu'un film-anniversaire cataclysmique, c'est aussi la préparation programmée d'une nouvelle ère (d'une nouvelle "phase", comme les appelle le producteur Kevin Feige) du MCU : des acteurs voient leur contrat arriver à leur terme et si certains souhaitent poursuivre l'aventure (Hemsworth, Johansson - pour qui se prépare un film Black Widow - , voire Evans), d'autres vont certainement tirer définitivement leur révérence (on voit mal RDJ Jr. à 53 ans passés se contenter de jouer les seconds rôles de luxe par exemple). 

L'arrivée de Captain Marvel (que jouera Brie Larson, première super-héroïne Marvel en vedette d'un long métrage et ultime recours contre Thanos dans Avengers 4), les suites prévues à Ant-Man (avec Paul Rudd, qui apparaîtra dans Avengers 4 comme l'autre grand absent, Jeremy "Hawkeye" Renner), Spider-Man (Tom Holland, désireux de s'inscrire dans la durée) et les annonces concernant de nouvelles franchises (Les Eternels, Moon Knight, Nova, Ms. Marvel, Fantastic Four...) ouvrent la porte à un agenda fourni (Feige a des projets au moins jusqu'en 2025 !).     

A cet égard aussi, la défaite somptueuse contée dans Avengers : Infinity War sonne comme une victoire, ou un mouvement, une manoeuvre inspirés : elle nous comble en termes de spectacle, de divertissement, de surprises, tout en garantissant des lendemains sinon sommairement victorieux en tout cas sacrément alléchants. N'est-ce pas cela qu'on appellerait, à l'image de la marche triomphale de Thanos, avoir de la vista  (avec ou sans Pierre du Temps) ?

vendredi 29 avril 2016

Critique 877 : THE LOSERS, de Sylvain White


THE LOSERS est un film réalisé par Sylvain White, sorti en salles en 2010.
Le scénario est écrit par Peter Berg et James Vanderbilt, adapté de la bande dessinée de Andy Diggle et Jock, d'après les personnages créés par Robert Kanigher, publiée par DC Comics. La photographie est signée Scott Kevan. La musique est composée par John Ottman.
Dans les rôles principaux, on trouve : Zoe Saldana (Aïsha), Jeffrey Dean Morgan (Clay), Idris Elba (Roque), Chris Evans (Jensen), Columbus Short (Pooch), Oscar Jaenada (Cougar), Jason Patric (Max).
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Clay dirige un commando de quatre membres, tous experts dans leur domaine : son second est Roque, qui manie les armes blanches ; Jensen est un informaticien ; Pooch est un pilote ; et Cougar un sniper. Envoyés en Bolivie pour y neutraliser un narco-trafiquant, les Losers découvrent que leur cible se sert d'enfants pour ses coupables activités.
La villa du malfrat devant être bombardée durant l'opération, Clay tente de sauver les enfants avant cela. Il croit y être arrivé après les avoir conduits dans l'hélicoptère qui devait évacuer le commando mais l'appareil est pulvérisé par un missile.
Désormais considérés comme morts en mission, l'équipe s'interroge sur la suite à donner aux événements : certains des membres n'aspirent qu'à refaire leur vie tranquillement (comme Roque et Cougar), d'autres aimeraient retrouver leur famille (comme Pooch, dont la femme est enceinte), d'autres veulent connaître l'identité et le mobile de celui qui a voulu leur mort (comme Clay et Jensen).
Clay s'oppose ainsi à Roque lorsqu'il repère une belle jeune femme qui semble les suivre. Une fois seul, il est abordé par celle qui se prénomme Aïsha et qui connaît l'homme qui a ordonné l'exécution des Losers : un certain Max, qu'elle souhaite aussi éliminer.
Clay et Aïsha
(Jeffrey Dean Morgan et Zoe Saldana)

Malgré la méfiance qu'elle inspire à l'équipe, les hommes décident de suivre la jeune femme qui les rapatrie discrètement en Amérique du Nord. Ensemble ils tendent un piège à Max, bien qu'il bénéficie d'un service de protection digne du président des Etats-Unis.
De gauche à droite : Aïsha, Jensen, Clay, Pooch, Roque et Cougar
(Zoe Saldana, Chris Evans, Jeffrey Dean Morgan, Columbus Short
et Oscar Jaenada)

Mais le traquenard aboutit à un résultat inattendu : en fait, le commando met la main non pas sur Max mais sur disque dur contenant d'importantes données sur ses affaires.
De son côté, bien entendu, le malfrat, qui négocie en vérité l'acquisition d'armes de destruction massive qu'il veut revendre au gouvernement, lance son lieutenant aux trousses des Losers.  
à droite : Max
(Jason Patric)

Après avoir réussi à "cracker" le disque dur de Max, Jensen découvre qu'un des contrats de Max impliquait le narco-trafiquant que le commando a affronté en Bolivie et qui était en réalité le père d'Aïsha. Elle s'enfuit avant que les Losers aient pu l'interroger à ce sujet, mais les hommes de Clay sont résolus à s'en prendre à Max en allant à sa rencontre : il doit justement recevoir ses armes sur les docks.
Ce qu'ignore Clay, c'est qu'un de ses partenaires est un traître ayant pactisé avec l'ennemi. Mais Aïsha est aussi au rendez-vous et, pour regagner la confiance des Losers, est prête à leur pardonner d'avoir tué son père...

Cette adaptation de la série limitée écrite par Andy Diggle et dessinée par Jock (dont l'affiche reproduit le style et qui a participé à la conception du générique de fin), publiée dans la collection Vertigo par DC Comics, a été un échec immérité lors de sa sortie en salles en 2003 : le film a en effet pâti de passer après la version cinématographique de la série télé L'Agence tout-risque de Joe Carnahan, dont le sujet était similaire. Pourtant, le long métrage de Sylvain White mérite d'être reconsidéré, je l'ai même trouvé bien meilleur.

A l'origine, The Losers était un comic-book créé par Robert Kanigher dans les années 70, que Diggle a avoué n'avoir jamais lu : le scénariste était séduit par le titre et la possibilité d'en user pour une saga mêlant action à grand spectacle et récit d'espionnage. Il en tirera une série limitée d'une trentaine d'épisodes de 2003 à 2006 (d'abord traduite par Panini Comics et désormais disponible en deux gros volumes chez Urban Comics en vf).

Ci-dessus : la bande dessinée originale créée par Robert Kanigher
dans les années 70.
Ci-dessus : la version de Andy Diggle et Jock
dans les années 2000.

Le scénario de Peter Berg (lui-même acteur et réalisateur) et James Vanderbilt parvient à synthétiser l'oeuvre avec une densité remarquable : le film dure une centaine de minutes, très rythmée, et l'intrigue mixe intelligemment des scènes d'action toniques et un complot bien ficelé, avec des personnages suffisamment complexes. Un des meilleurs rebondissements tient à la révélation de l'identité du traître au sein des Losers, à la fois surprenant et évident lorsqu'on repense aux interventions du personnage avant cela.

Animer un groupe de personnages aussi typés peut être un piège redoutable, mais là encore, le résultat est positif : certes, tous sont de parfaits clichés, réduits à une fonction précise, mais leurs relations sont suffisamment dynamiques, ménageant tension et humour, pour être satisfaisantes. Par ailleurs, l'héroïne est dotée d'une personnalité riche, avec un secret certes classique mais bien amené, et son rôle est vraiment un pivot narratif.

Là où j'ai eu un peu plus de mal, c'est avec la réalisation : Sylvain White a du mal à monter des plans qui durent plus de dix secondes, ce qui en fait un clone déplaisant du déjà insupportable Michael Bay. La photographie, à l'esthétique très publicitaire (avec une lumière souvent surexposée), souligne cette proximité stylistique. Parfois, ça fonctionne sur certaines scènes (le prologue, très efficace, par exemple) ; parfois, ça réduit le film à un produit qui manque de personnalité (là ou Joe Carnahan rattrapait l'aspect convenu de L'agence tout-risque avec une nervosité plus viscérale).

En revanche, la distribution est bluffante, chaque acteur semblant sortir tout droit des pages du comic-book. En première place, Zoe Saldana est époustouflante : sa beauté torride conjuguée à sa crédibilité dans le registre de l'action font de sa Aïsha une héroïne ambiguë à souhait. 
Face à elle, Jeffrey Dean Morgan impose sa virilité avec naturel en la nuançant d'une lassitude bienvenue. Idris Elba est fabuleusement charismatique et Chris Evans excellent en geek dont les techniques de drague sont pathétiques.
On notera que Saldana, Morgan, Elba et Evans sont habitués à incarner des héros de BD puisqu'ils ont respectivement été vus depuis dans Les gardiens de la galaxie, Watchmen, Thor et Captain America : un vrai casting pour fans de super-héros !
Jason Patric campe également un méchant avec une présence épatante.

Ces "Perdants" ont raté leur conquête du box office à la suite d'une programmation malheureuse, mais méritent qu'on leur donne une seconde chance, comme D17 l'a permise en diffusant le film hier soir.