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dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.

jeudi 3 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES I - II - III : MARAUDERS #21 (Gerry Duggan/Matteo Lolli) - X-FORCE #20 (Benjamin Percy) - HELLIONS #12 (Zeb Wells/Stephen Segovia)

 AVANT-PROPOS 

Ici commence le nouvel event mutant : Hellfire Gala. Celui-ci va concerner douze séries dont la publication va s'étaler sur quatre semaines, durant tout le mois de Juin. Comme pour X of Swords l'an dernier, j'ai choisi d'en rédiger le résumé et la critique par lots, en regroupant les épisodes qui sortiront chaque semaine (avec peut-être une exception pour Planet-Size X-Men, dans 15 jours), et en suivant l'ordre de lecture évidemment. J'espère que cela vous donnera envie de découvrir cet event qui s'annonce une fois encore très atypique.

*


On démarre donc avec Marauders #21, écrit par Gerry Duggan (le chef d'orchestre de l'event, sous la supervision de Jonathan Hickman) et dessiné par Matteo Lolli.


Sur l'île qu'elle a achetée à Namor, via Magneto, Emma Frost reçoit les invités du Gala du Club des Damnés, en compagnie de Kitty Pryde et Sebastian Shaw. Successivement, les Avengers, les Fantastic Four, le Dr. Strange et même des ambassadeurs de pays hostiles à Krakoa arrivent.


Après un petit concert télépathique de bienvenue, les invités conversent. La présence du Dr. Fatalis électrise l'ambiance. Un ambassadeur Shi'ar vient annoncer à Emma Frost que sa livraison est arrivée, mais elle n'a aucune idée de quoi il s'agit et délégue son frère Christian pour s'en occuper.


Tout semble bien se passer, même si Mr. Fantastic semble n'être venu que pour faire plaisir à son fils Franklin, couvé par Kitty Pryde. Et que Captain America dit à Cyclope qu'il espère qu'il sait ce qu'il fait après leur conversation quelques jours plus tôt...


On poursuit avec X-Force #20, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Joshua Cassara.


La X-Force s'occupe de la sécurité du Gala. Kid Omega s'accroche brièvement avec Iron Man qui atterrit sur l'île au lieu d'arriver via un portail de Krakoa avec une fleur. Domino et Wolverine surveillent la livraison de diamants logiques par les Shi'ar dont Christian Frost accuse la réception.


Le Fauve observe les invités et vérifie qu'ils sont parasités à leur insu par des implants végétaux importés de Terra Verde, ce qui lui permettra ensuite de surveiller tout le monde. Mais Emma Frost surprend ce manège et rejoint Sage au PC de sécurité.


Tandis que Wolverine et Domino doivent règler une intrusion à l'extérieur, Emma ordonne à Sage de neutraliser les implants végétaux. Mais elle n'y arrive pas car ceux-ci ont été piratés...
 

On finit (pour cette semaine) avec Hellions #12, écrit par Zeb Wells et dessiné par Stephen Segovia.


Les Hellions n'ont pas été invités à la fête à cause de leur passé criminel. Seuls Psylocke, Havok et Mr. Sinistre se rendent au gala. Psylocke confie la surveillance du groupe à Greycrow, ébloui par la robe de sa partenaire, mais amer d'être ostracisé.


Finalement, après avoir descendu une bouteille d'alcool, Greycrow décide de désobeir à Psylocke et entraîne Nanny, Orphan-Maker, Empath, et Wild Child au gala. Leur arrivée ne passe pas inaperçu et le Pr. X confie à Havok le soin de veiller à ce que son équipe ne fasse pas de bêtise.
 

Mais évidemment tout va rapidement dégénérer et Magneto avec l'aide de Magik doit congédier les agitateurs. Seul Havok, au bras de Polaris, échappe à l'exclusion. De retour dans leurs quartiers, les Hellions voient surgir de l'ombre un clone à l'air menaçant de Mr. Sinistre...

Après X of Swords, dont le format et le développement étaient déjà spéciaux (quitte à déconcerter et décevoir les lecteurs - même si, pour ma part, j'ai apprécié), le Hellfire Gala s'annonce déjà comme un nouvel event mutant atypique. En effet, pas de grandes batailles à l'horizon mais une grande fête organisée par Emma Frost sur l'île qu'elle a acquise auprès de Namor, par l'entremise de Magneto (dans Giant-Size X-Men : Magneto), où sont conviés les plus grands héros mais aussi des représentants de plusieurs pays (pas tous amis avec la Nation X) et de l'univers (Shi'ars en tête). L'objectif de ce gala : nouer de nouvelles relations mais aussi présenter la nouvelle équipe des X-Men, élue par la communauté de Krakoa, et qui incarnera les champions de la "mutanité".

C'est Gerry Duggan (le scénariste de Marauders, mais aussi Cable et le futur auteur de la nouvelle série X-Men) qui est aux commandes de l'event, même si Jonathan Hickman le supervise. Marvel a abondamment communiqué et plusieurs séries ont fait mention de cette sauterie depuis plusieurs mois maintenant - on peut même dire que tout a commencé dans Giant-Size X-Men : Magneto et X-Men #16.

Plusieurs dessinateurs ont, pour l'occasion designé les costumes de gala des mutants, déployant une imagination débridée pour créer des looks qui évoquent ouvertement le MET gala, mélange de défilé de mode et d'oeuvre de charité où les stars du cinéma, de la chanson, des médias se présentent dans des tenues extravagantes, avec l'ambition affichée d'en mettre plein la vue mais aussi d'abolir les distinctions de races et de genres.

Tout cela n'a évidemment pas manqué de faire grincer quelques dents et de provoquer des ricanements ou de la consternation de la part de lecteurs (quand il ne s'agissait pas tout simplement de gens qui ne suivent pas/plus les séries X depuis que Hickman les a relancées), au prétexte que c'était grotesque, out of character, et j'en passe. A ces gardiens du temple qui prétendent savoir comment doivent être écrits les X-Men, je répondrai simplement  qu'il leur suffit de passer leur chemin au lieu de se complaire dans les râleries. Il s'agit de toute façon des mêmes qui se plaignent que rien ne bouge dans les comics mainstream mais qui, dès que ça frémit, se plaignent encore plus bruyamment que ça change trop.

Le principe de Hellfire Gala repose sur le fait que l'action se déroule lors d'une unique soirée dont tous les aspects sont montrées dans douze épisodes sur onze séries et un numéro spécial. C'est une construction qui impose aux scénaristes une coordination parfaite car il ne s'agit pas de raconter autre chose que ce qui est prévu dans ce laps de temps. A en croire les trois premiers chapitres publiés cette semaine, le contrat est rempli, il n'y a pas d'écart, les épisodes se répondent, se complètent harmonieusement, ce qui n'exclut pas quelques moments savoureux ou surprenants et quelques intrigues secondaires.

Dans Marauders, Gerry Duggan se concentre sur l'accueil des invités. Emma Frost, Kitty Pryde et Sebastian Shaw reçoivent en première ligne. Tempo (future membre de l'équipe des Marauders) épingle une fleur de Krakoa pour permettre aux convives de passer les portails donnant accès à l'île de la Reine Blanche du Club des Damnés, comme c'est le cas des Avengers. D'autres arrivent par leurs propres moyens sur plance, comme les 4 Fantastiques, le Dr. Strange, le Dr. Fatalis (qui a accepté de faire le déplacement bon gré mal gré).

Le scénariste insiste sur les détails qui vont faire phosphorer les fans : que dit Reed Richards au Pr. X ? Que fait exactement là Fatalis ? Pourquoi avoir accepter que des ambassadeurs de pays hostiles aux mutants viennent ? Certaines réponses sont données ensuite, dans X-Force notamment, mais d'autres demeurent inconnues.  C'est malin et accrocheur.

Malheureusement, Matteo Lolli dessine tout ça sans grand talent. Comme à son habitude, il rend une copie trop sage, avec des personnages manquant de consistance, de distinction. Dommage vraiment que Stefano Caselli n'ait pas pu signer cet épisode d'ouverture, auquel il aurait donné sans mal beaucoup plus de cachet.

Dans X-Force, très logiquement, Benjamin Percy détaille le dispositif de sécurité mise au point pour l'événement. Wolverine et compagnie sont réquisitionnés pour garantir que la soirée ne souffrira d'aucun accroc. On apprécie déjà de voir que le scénariste éclaire un point laissé en suspens par Duggan dans Marauders avec l'ambassadeur Shi'ar venu remettre un colis à Emma Frost (il s'agit de diamants logiques, qui permettent de stocker des informations en quantité quasi-infinie mais aussi d'alimenter des éléments technologiques mutants, comme l'enregistrement des copies mentales de chaque mutant afin que, lors de leur résurrection, grâce à Cérébro, Charles Xavier puisse doter à nouveau les revenants de leurs esprits).

Mais le véritable intérêt de l'épisode réside encore une fois dans les manigances du Fauve qui a imaginé une utilisation très discutable de la végétation spéciale de Terra Verde. Il s'en sert ici comme d'implants qui parasitent les invités à leur insu pour qu'ensuite il puisse les surveiller, une fois qu'ils seront rentrés chez eux. Tout le monde est ciblé, y compris les super-héros sur place, donc les Avengers, les FF. Une gigantesque opération d'espionnage qui vient alourdir le casier déjà bien rempli de Hank McCoy dont Percy a fait un des mutants les plus objectivement abjects.

Sauf que Emma Frost veille et remarque la manoeuvre puis ordonne à Sage de neutraliser ces implants. Pas si simple... Et c'est sans compter sur un autre souci : Deadpool veut taper l'incruste et Wolverine et Domino doivent l'en empêcher (si on a déjà droit à une belle petite bagarre, Wolverine #13 dans trois semaines devrait développer cette partie).

Joshua Cassara est fidèle au poste et illustre l'épisode brillamment. Il ne s'économise pas sur les décors (la salle de réception remplie d'invités) ni sur la figuration. Cela a un coût : l'artiste est moins inspiré pour les tenues de circonstance de la X-Force, qui ressemblent à des tuxedos moulants pas très beaux. Mais bon, Cassara fait vraiment bien sa part du boulot, surtout après Lolli, donc on lui pardonne.

Enfin, Hellions offre une rupture de ton bienvenue. Comme c'était déjà le cas lors de X of Swords, les vilains petits canards de la Nation X occupent une place à part dans le déroulement de l'histoire. Il était évident qu'ils n'allaient pas être invités, en dehors de Mr. Sinistre (qui siège au conseil de Krakoa et qui n'adore rien tant que de parader dans les soirées mondaines), Havok (qui est le frère de Cyclope) et Psylocke (à qui on doit bien quelques égards après que Betsy Braddock ait investi son corps pendant des années).

Zeb Wells s'amuse (et nous amuse) beaucoup avec cet épisode très drôle et cruel où, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Le scénariste connait bien ses personnages, leur passé, et il exploite tout cela dans une collection de scènes qui renvoient aux relations des Hellions avec le reste des mutants : Wild Child jaloux de Daken au cou duquel se jette Aurora, Nanny qui pour se venger d'avoir été écartée de la fête suit Sinistre toute la soirée pour lui faire honte, Greycrow qui tente d'exprimer ses sentiments auprès de Psylocke (on le comprend, elle est vraiment sublime dans sa robe échancrée), Orphan-Maker qui veut à tout prix goûter aux cocktails et qui a la mauvaise idée de se fier aux conseils de Empath...

Mine de rien, on se prend d'affection pour ces personnages pourtant infréquentables, mise au ban d'une société qui prétend pourtant intégrer tous ses sujets mieux que lorsqu'ils essayaient de s'assimiler au reste de l'humanité. 

En prime, Stephen Segovia, qui n'a pourtant rien d'un artiste de génie, se lâche avec succès, animant cette équipe d'électrons libres en soulignant à quel point leur présence dérange les hôtes du gala et qui se font renvoyer chez eux sans ménagement quand tout dérape franchement.

Ces trois premiers chapitres sont un régal, diversement illustrés, mais tous bien écrits. Une bonne entrée en matière, à la structure habile et fertile en péripéties. A suivre la semaine prochaine avec Excalibur #21 et X-Men #21...

lundi 3 mai 2021

HELLFIRE GALA OFFICIAL GUIDE

 


Marvel vient d'éditer, gratuitement, en format numérique, ce guide officiel du Gala du Club des Damnés. Il s'agit du prochain event de la franchise X, qui va se dérouler dans onze numéros et autant de séries + un numéro spécial. A cette occasion, la composition de la nouvelle équipe des X-Men (la première formation officielle depuis l'ère Dawn of X-Reign of X) sera dévoilée, même si, si vous suivez mon blog, vous avez pu déjà la découvrir car j'ai relayé l'info communiquée par l'éditeur (qui, comme d'habitude, n'a pas pu s'empêcher de s'auto-spoiler).

Dans ce Hellfire Gala Official Guide, on a le détail des sorties des séries : les destivités démarreront dans Marauders #21 le 2 Juin et le même jour dans X-Force #20 et Hellions #12. Une semaine après, le 9 Juin, paraîtront X-Men #21 et Excalibur #21. La semaine suivante, on poursuit l'histoire dans X-Corp #2, New Mutants #19, et surtout Planet-Size X-Men #1. Le 23 Juin seront disponibles S.W.O.R.D. #6Wolverine #13 et Way of X #3. Enfin, le 30 Juin, on remballe avec X-Factor #10.

Tous les mutants de Krakoa seront donc de sortie, mais pas que puisqu'on sait que des invités extérieurs comme les Avengers seront présents ainsi que le Dr. Doom (!). 



Pour la peine, les mutants seront sur leur 31 et Marvel a mis les petits plats dans les grands en laissant les dessinateurs s'amuser à habiller les personnages pour la circonstance. Russell Dauterman avait déjà posté ses designs pour neuf protagonistes, mais ses collègues ont aussi eu l'occasion de laisser libre cours à leurs délires vestimentaires - et ils se sont bien lâchés. Voici la galerie de ce défilé de mode, dont les images serviront de variant covers pour les séries.



Marauders, Matteo Lolli


X-Men, Lukas Werneck


X-Force, Joshua Cassara


Hellions, Stephen Segovia


Excalibur, Marcus To


X-Corp, Alberto Foche


Planet-Size X-Men, Russell Dauterman


S.W.O.R.D., Valerio Schiti


New Mutants, Alex Lins


Way of X, Bob Quinn


X-Factor, David Baldeon


Et après ? Rendez-vous le 7 Juillet pour la sortie, très attendue, de X-Men #1 par Gerry Duggan et Pepe Larraz.

L'été sera chaud !

lundi 15 février 2021

X-FORCE #17, de Benjamin Percy et Joshua Cassara


Il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte et c'est donc la dernière critique de X-Force que je rédige. Je songeai depuis déjà un moment à abandonner cette série mais cette fois, c'est la bonne. Pourtant cet épisode m'a fait douter, à cause de son twist final et malin. Mais ce sera donc le premier titre X que je laisse tomber depuis la relance de la franchise.


Depuis qu'il est membre de la X-Force, Quentin Quire alias Kid Omega est celui qui est mort le plus souvent en mission. Et bien que les mutants puissent désormais ressuciter, il se demande quelle est la part de malchance ou de pulsion suicidaire dans tout ça.


Après avoir été envoyé sur un paquebot au large de Krakoa dont tous les passagers ont été mystérieusement tués - et lui avec - , Kid Omega veut des réponses et sa girlfriend, Pheobe Cuckoo est là pour l'aider à les trouver.


Ensemble, ils découvrent trois survivants du paquebot et sondent leurs esprits durant leur hospitalisation. Tous croient avoir été tués par des X-Men. Et l'un d'eux serait Quentin Quire lui-même. Kid Omega aurait-il commis l'irréparable sans s'en rendre compte, violant une des lois sacrées de Krakoa ?
 

Phoebe refuse de le croire et pense que Quentin refoule un traumatisme lié à son enfance car il a été adopté. Il faut qu'il opère sa mue et, pour cela, commencer par changer de look. Direction : la boutique de Jumbo Carnation...

Est-ce que je vous spoile ce fameux twist final ? Disons que qu'on découvre que Quentin Quire n'est littéralement pas le même que celui qu'on croit et que cela explique sa présence dans les deux derniers épisodes, alors qu'on l'avait vu capturé par Mikhail Rasputin et livré à l'organisation Xeno, qui désirait cloner ses immenses pouvoirs (rappelons que Kid Omega est, comme son surnom l'indique, un mutant de niveau oméga, donc un des plus puissants de sa communauté)...

Je dois admettre que ce coup de théâtre final est vraiment bien trouvé de la part de Benjamin Percy. D'autant plus que le scénariste ne le livre qu'à la toute dernière case de la dernière page de l'épisode, et ça suffit pour nous faire reconsidérer tout. C'est astucieux mais bien amené, totalement imprévisible. C'est un des des retournements dignes des films de M. Night Shyamalan, jubilatoires parce qu'on a été roulé dans la farine mais sans que ce soit vexant parce que rien, absolument rien ne permettait de le deviner. Une narration efficace tout simplement. Que je salue.

Mais si c'est épatant, ça ne saurait compenser le sentiment que m'inspire cette série depuis longtemps. J'ai lutté contre cette impression désagréable, mais je n'ai plus ce courage ni la patience maintenant. J'ai tenu 17 numéros, ce qui est bien. Et en fin de compte je préfère partir avant d'être plus mal à l'aise. Je n'aime ni perdre mon temps avec une série que je n'apprécie pas/plus, ni sombrer dans la critique acide pour le plaisir de casser.

Qu'est-ce qui ne me convient pas en fait ? Si je devais lister cela, je commencerai pas pointer le fait que Benjamin Percy ne montre aucune empathie pour ses héros. J'ai cette sensation, peut-être fausse, qu'il ne les aime pas beaucoup, ces mutants. Il y a une certaine honnêteté à exprimer le dégoût que lui inspirent visiblement ces agents de la CIA mutante et leurs missions, à montrer que leur boulot n'a rien de noble, qu'il expose la partie la plus trouble du renouveau de la nation X. C'est respectable et d'ailleurs partagé. Ce n'est en somme pas une BD aimable car ses héros ne font rien d'aimable.

En cernant cela, on cerne aussi ce qui cloche dans ce qui identifie X-Force. Avant Percy, d'autres scénaristes ont écrit cette émanation des X-Men de diverses manières. La plus intéressante et marquante reste sans doute celle d'Uncannay X-Force par Rick Remender où il exposait à la fois les basses oeuvres de l'équipe mais surtout ses conséquences sur ses membres : être une sorte d'espion-tueur laissait des traces profondes, traumatisantes, coûtait un prix exorbitant. Remender y allait franchement, parfois de façon très mélodramatique, brutale, mais c'était la qualité de son projet - et il l'avait prolongé dans Uncanny Avengers, sorte de suite hybride et plus ambitieuse, plus ample de UXF.

Avec le temps j'accorde de plus en plus d'intérêt à ce que j'appelle le propos d'une série. On peut très bien se contenter d'une série divertissante, ça n'a rien de péjoratif. Mais X-Force, quelle que soit la manière dont on l'écrit, n'a rien d'un divertissement : c'est le récit des aventures d'un groupe de mutants chargés de traquer, tuer, ce n'est pas léger. Et le statu quo actuel des mutants ne change rien à la donne - au contraire, il officialise la X-Force comme une agence de renseignements et de contre-espionnage, alors qu'auparavant c'était une équipe sur laquelle on fermait hypocritement les yeux. Dans le contexte actuel, la X-Force est approuvée par le Pr. X, le leader de la nation X.

Il faut alors, à mon sens, en faire quelque chose et établir une réflexion sur ce groupe, son programme, ses membres. Et cela Benjamin Percy s'en exonère. Le fait qu'aujourd'hui les mutants aient vaincu la mort et peuvent donc ressuciter est devenu chez le scénariste la matière à une collection de décès et de retours à la vie, quasiment comme un gag, et l'épisode de ce mois-ci entérine cela en revenant sur le sort de Kid Omega qui a connu la mort un nombre invraisemblable de fois - et j'insiste sur le "invraisemblable" car on parle d'un mutant de niveau oméga, donc qui ne devrait pas être si facile à tuer.

Percy suggère que Quentin Quire a peut-être des pulsions suicidaires, qui expliqueraient qu'il se fasse tuer si fréquemment. Cela trouverait se racines dans son enfance car c'est un enfant adopté, et aussi dans son caractère, volontiers fanfaron, prétentieux, qui dissimulerait une fragilité en écho à ses immenses pouvoirs. C'est pas mal pensé, même si c'est écrit au crayon gras, de la psychologie franchement pas subtile. Mais c'est aussi, surtout aussi vite avancé que peu creusé, car Percy a autre chose en tête. Son fameux twist final.

Tout comme on peut apprécier une BD comme étant un simple divertissement, on peut aussi distinguer deux formes de narration : character's driven ou story's driven. Percy est un adepte évident de la seconde. Pour lui, l'histoire importe plus que les personnages, qui sont des pantins interchangeables, ou du moins des héros recyclables à l'infini dans le cas des mutants. Qu'importe qu'ils se fassent tuer, même de la manière la plus grotesque, puisqu'on peut les ramener à la vie. Tout ça, au fond, semble un jeu, un jeu de massacre certes, mais un jeu. Pourquoi dès lors s'embarrasser à éprouver de l'empathie pour ces personnages ou donner envie au lecteur de les aimer ?

Cette façon de procéder tue tout propos de fond sur la série. Et cela se ressent dans les intrigues proposées jusqu'à présent : un enchaînement paresseux de menaces glauques, souvent végétales d'ailleurs, pas de réel méchant - l'organisation Xeno apparaît trop aléatoirement pour avoir une réelle consistance : elle voudrait être une entité dangereuse pour Krakoa, mais semble surtout une bande d'énièmes anti-mutants versée dans les manipulations génétiques ou les coups de forces. Si la X-Force était tout simplement mieux dirigée, ça ferait longtemps que Xeno ne représenterait plus rien. Et pour en revenir au propos, tout cela ne semble guère affecter les membres de la X-Force, en dehors de poussées de fièvre sporadiques, vite oubliées. Chez Percy, rien ne dure, tout doit avancer. Au détriment de l'émotion, du questionnement.

Ce qui interroge en revanche vraiment, c'est ce que fait le scénariste avec lesdits personnages, quand il en fait quelque chose de doncret. En 17 épisodes, il a fait de Hank McCoy, le Fauve, une ordure innommmable, insoupçonnable dans la refonte initiée par Hickman. Il a fait de Domino une mercenaire qui accepte qu'on lui lave le cerveau pour oublier ses pires souvenirs. Il a fait de Kid Omega un bouffon. De Forge un armurier peu scrupuleux. De Sage... Non, il n'a absolument rien fait de Sage, qui est un véritable fantôme. Wolverine reste le dur-à-cuire caricatural que détestent les fans de Cyclope. Et Jean Grey est partie, écoeurée comme nous par le comportement du Fauve, son impuissance à établir un soupçon d'éthique dans cette formation.

C'est pour cela que je pense que Percy n'a pas un grand amour, un grand respect pour ses héros : il sont tous écrits comme des archétypes risibles, ridicules. A côté de lui, Gerry Duggan est le roi de la nuance.  Je me demande ce qu'en pense Hickman, même si X-Force est de fait le titre le plus éloigné de son projet en termes d'écriture et de propos. Hickman, pourtant, est lui aussi plutôt un adepte de la narration dictée par l'histoire plus que par les personnages, mais quand il dérange le lecteur (avec des éléments comme le Crucible, les sièges occupés au conseil de Krakoa par des mutants abjects, le côté sectaire de la communauté, etc.), il le fait de manière plus inspirée, moins gadgetisée. Et surtout il le compense par de grands moments réservés à certains protagonistes (comme Apocalypse qui a été l'acteur principal du premier acte de la relance).

Je n'oublie pas Joshua Cassara, qui, grâce à la périodicité mensuelle des titres X, assure maintenant le dessin de X-Force plus régulièrement. Sa contribution à la série a souvent été remarquable, suivant scrupuleusement et puissamment les scripts. Sans lui, les délires de Percy n'auraient pas eu la même force. Mais Cassara, c'est aussi un artiste très inspiré par Jerome Opena, la finesse en moins, et qui pêche sur certains points dommageables : ses femmes n'ont rien de fôlichon, et il vieillit maladoitement Kid Omega, lui ôtant du même coup une partie essentielle de son charme de sale gosse. Son Wolverine est bon, bien que peu original. Et le Fauve sous son crayon ressemble parfois trop à une version creepy de Sullivan dans Monstres & Cie.

Je ne peux pas dire que je n'ai jamais pris de plaisir à lire X-Force version Dawn of X, la série à ses débuts m'impressionnait même. Puis elle a tourné en rond, et aujourd'hui elle tourne comme un disque rayé, lassante, stupide. Je la quitte sans regret. 

jeudi 21 janvier 2021

X-FORCE #16, de Benjamin Percy et Joshua Cassara


Ce nouvel épisode de X-Force est la suite directe du précédent. Benjamin Percy écrit ce qu'il fait de mieux (un récit d'action avec des personnages moralement ambigüs) mais aussi de pire (juste un récit d'action avec des personnages moralement ambigüs). Il se repose sur son dessinateur, Benjamin Cassara. Mais la vraie question, c'est : est-ce là tout de dont est capable cette série ? Et ce n'est pas la première fois que cette interrogation se pose...


Sur les rivages de Krakoa, Domino et Black Tom Cassidy éliminent les marins de l'USS Siege atteints par une infection provoquée par un résidu de l'île. Les deux mutants se demandent si leur refuge n'est pas malade.


Dans leur laboratoire, le Fauve et Cecilia Reyes prélèvent des échantillons sur un cadavre de l'USS Siege et confirment qu'il s'agit d'une cellule métastatique émanant de l'île. Cecila Reyes devine que le Fauve aimerait l'exploiter pour concevoir une arme. Mais elle le lui déconseille.


Pour remédier à cette infection, Sage rédige un rapport et envoie trois agents de la X-Force - Wolverine, Kid Omega et Forge - dans la fosse marine la plus proche pour détruire ce parasite. Wolverine arrive le premier vers l'épave de l'USS Siege lorsqu'un léviathan surgit des profondeurs.


Rejoints par Kid Omega et Forge, Wolverine voit d'autres monstres marins les encercler. Les trois agents de la X-Force s'apprêtent à attaquer lorsque Namor intervient et leur commande de regagner Krakoa et de le laisser s'occuper des abysses.

X-Force est sans doute une série avec du potentiel mais il semble que celui-ci soit condamné à n'être pas pleinement exploité. En effet, Benjamin Percy retombe dans les travers de la première "saison" du titre dans cet épisode qui clôt l'intrigue démarrée le mois dernier en livrant une histoire qui se lit facilement mais ne raconte rien.

Car que lit-on ? Tout indique que Krakoa produit des tumeurs (à cause de quoi ? Ce n'est pas dit...). Lorsqu'un morceau de l'île tombe dans l'océan, elle finit par contaminer l'équipage d'un sous-marin américain et transforme ses marins en zombies (ou quelque chose dans le genre). Ils s'échouent sur les rivages de Krakoa, surprenant Domino et Black Tom Cassidy. Ceux-ci font le ménage pendant que le Fauve et Cecilia Reyes autopsient un des marins et que Wolverine (bien que celui-ci a eu toujours peur de se noyer à cause du poids que lui donne son squelette métallique), Forge et Kid Omega (ai-je loupé quelque chose ? Il me semblait pourtant que Quire était prisonnier de Mikhail Rasputin et de l'organisation Xeno...) plongent dans une fosse marine pour détruire le parasite...

Les X-Men rencontrent Abyss : pourquoi pas, me direz-vous ? Mais c'est bien maigre quand même. Pour une série qui se présentait comme celle mettant en scène la CIA de la nation X, on est loin du compte. Les premiers épisodes avaient l'avantage de montrer réellement des agents de la X-Force aux prises avec l'organisation Xeno, leurs magouilles contre Krakoa. C'était déjà ça. Maintenant, on a droit à une espèce de partie de pêche pour détruire une branche pourrie de Krakoa mais le scénario ne se préoccupe guère de la maladie possible de l'île et des causes de sa tumeur (alors que, ça, ce serait bien plus intéressant).

Percy s'en fiche tellement ouvertement car aucun moment, même dans une data page, le conseil de Krakoa n'est mentionné et averti de la menace/maladie développée par Krakoa. Il y a  d'autres "détails" négligés étonnants : comme je l'écris plus haut, sauf erreur de ma part, la dernière fois qu'on a vu Kid Omega, il était en mauvaise posture, capturé par Mikhail Rasputin et remis à l'organisation Xeno qui comptait exploiter ses pouvoirs contre les mutants de Krakoa. Or, Quentin Quire est inexplicablement présent dans cette aventure. Percy se sert du personnage comme il l'a toujours fait, pour le moquer (lors d'une scène où Phoebe Cuckoo vient le voir avant qu'il ne plonge avec Wolverine et Forge (ce qui provoque les ricanements de ces derniers). Idem pour Wolverine qui n'a jamais aimé la plongée à cause de son squelette d'adamantium qui menace de le faire couler à pic mais qui, ici, n'hésite pas à aller au fond d'une fosse...

Et c'est mon autre problème avec Percy : tout indique qu'il n'aime pas ces personnages. Entre les multiples fois où il a tué Kid Omega, le comportement indigne qu'il a donné au Fauve (le voilà maintenant en train de cogiter à une arme biologique), la caractérisation de Black Tom Cassidy (qui a l'air d'avoir les neurones complètement grillés), l'humiliation infligée à Colossus, la démission de Jean Grey, le rôle fantomatique de Sage, rien n'échappe au mépris de Percy qui écrit son casting comme un ramassis de crétins ou d'ordures ou de lâches. Seule Domino semble lui inspirer un peu d'intérêt, sans qu'on comprenne vraiment ce qu'il lui trouve. C'est dérangeant, non pas parce qu'il est interdit de considérer effectivement la X-Force comme un groupe peu fréquentable, mais parce qu'il y a une forme d'entêtement à ne pas aller au-delà. Au contraire, Percy charge la barque, toujours plus. C'est pénible.

Je n'aime pas attendre quoi que ce soit d'une série, sauf quand elle se présente dans le cadre d'une mission précise. Et donc le compte n'y est pas. Une CIA mutante ne devrait pas faire ça, elle devrait traquer les ennemis de Krakoa, s'aventurer dans l'espionnage et de la réponse offensive, pas faire le ménage dans l'océan. Surtout pour se faire renvoyer dans les cordes par Namor (toujours aussi mal écrit, et apparaissant de manière trop providentielle pour être crédible). Là encore, si Inviter Namor dans l'histoire présageait de quelque chose, mais j'en doute (de toute façon, Jason Aaron s'accapare l'atlante dans un nouvel arc impossiblement con des Avengers).

X-Force bénéficie du talent de Joshua Cassara. Mais là encore, ça tourne en rond. Le dessinateur a un peu toujours la même chose à illustrer - des choses pas ragoutantes et organiques. Il le fait bien, et après tout il ne fait que suivre le script. Mais sait-il dessiner autre chose ? Son style rappelle beaucoup celui d'un autre artiste ayant brillé sur le titre, Jerome Opena, mais il y a un monde entre Cassara et son collègue car Opena est plus fin.

Esthétiquement et narrativement, X-Force tourne en rond et n'a aucun propos (en tout cas pas celui que suggérait son programme). C'est dommage car, encore une fois, il y a du potentiel. Mais la meilleure idée du monde ne décollera jamais si on s'en contente. Il faut en tirer la substantifique moëlle. Ce que ne fait pas (ne sait pas/ne veut pas) faire Percy.