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dimanche 28 octobre 2018

KONG : SKULL ISLAND, de Jordan Vogt-Roberts


L'affiche suggère, avec ambition, la rencontre, improbable, entre King Kong et Apocalypse Now, mais ne nous y trompons pas : Kong : Skull Island de Jordan Vogt-Roberts est d'abord une série B, un divertissement spectaculaire, sans véritable message. Le genre de film à voir pour le fun et les frissons qu'il promet... Même si c'est au prix de quelques faiblesses narratives. 

 Bill Randa et Houston Brooks (John Goodman et Corey Hawkins)

1944. Deux pilotes, l'américain Hank Marlow et le japonais Gunpei Ikari, s'affrontent dans le ciel au-dessus du Pacifique Sud. Leurs avions touchés, ils atterrissent en parachute sur une île où ils poursuivent leur combat au corps à corps... Jusqu'à ce qu'un singe géant les interrompe... 1973. La guerre du Vietnam s'achève et l'agent du gouvernement Bill Randa recrute le capitaine britannique James Conrad pour mener une expédition sur l'Île du Crâne (Skull Island) dans le Pacifique Sud. Ils seront escortés par le régiment du lieutenant-colonel Preston Packard et rejoint par une photographe pacifiste, Mason Weaver, qui devine que ce convoi cache quelque chose. 

Preston Packard (Samuel L. Jackson)

Sur place, Packard et ses hommes bombardent l'île avec des explosifs conçus par l'assistant de Randa, Houston Brooks. Mais rapidement les hélicoptères sont attaqués par un singe géant - le même que celui apparu en 1944. Les soldats et les civils sont dispersés aux quatre coins de l'île. Packard s'en sort avec Randa qui lui avoue alors son appartenance à l'organisation secrète Monarch, qui veut prouver l'existence de monstres ici.

Jan Lin, Mason Weaver, James Conrad et Reg Slivko (Jing Tian, Brie Larson,
Tom Hiddleston et Thomas Mann)

Packard et son groupe se mettent en marche pour retrouver celui du major Jack Chapman. Une troisième équipe, avec Conrad et Weaver, décide de consacrer trois jours pour retrouver les autres sinon elle quittera l'île. 

Hank Marlow (John C. Reilly)

Conrad, Weaver et les leurs rencontrent les indigènes Iwi avec lesquels vit Hank Marlow. Ce dernier leur apprend que le grand singe s'appelle Kong et qu'il est considéré comme un dieu car il les protège d'autres créatures géantes comme les "Skullcrawlers", des lézards démesurés. C'est parce que les bombardements les ont délogés que Kong a détruit les hélicos.

Packard, Marlow et Conrad 

Marlow accepte d'aider Conrad et Weaver à réparer une péniche pour quitter l'île. Pendant ce temps, Packard et Randa retrouve le groupe de Chapman dévoré par un "Skullcrawler", et le lieutenant-colonel jure alors de les venger. Marlow guide Conrad et Weaver à bord de la péniche en descendant une rivière jusqu'à une nécropole où ils rejoignent Packard. Le "Skullcrawler" resurgit pour tuer Randa. Weaver réussit à tuer le monstre grâce une diversion de Conrad. 

Kong contre les hommes de Packard

Packard refuse de quitter l'île avant d'avoir tuer Kong malgré ce que lui expliquent à son sujet Marlow et Conrad. Weaver s'éloignent avec ses compagnons à bord de la péniche pendant que les soldats préparent un piège contre le gorille géant. Conrad et Weaver traversent un bras du fleuve sinueux et s'avancent en éclaireurs pour tomber sur Kong. Mais le singe ne les agresse pas et poursuit son chemin, sans savoir qu'il se dirige vers Packard et ses hommes.

Kong contre un "Skullcrawler"

Embrasé par du napalm, le gorille vacille et un "Skullcrawler" en profite pour massacrer Packard et sa troupe. Kong se rétablit et tue son adversaire sous les yeux de Conrad, Weaver et Marlow venus à son secours.

A la moitié du générique du fin, deux scènes supplémentaires interviennent :

- Hank Marlow retrouve après plus de trente ans sa femme et leur fils, qu'il n'a jamais vu ;
- Mason Weaver et Joseph Conrad sont invités par l'organisation Monarch à participer à de nouvelles expéditions et ils examinent des photos d'autres monstres - Godzilla, Rodan, Motura et King Ghidorah.

Comme le résumé le suggère, Kong : Skull Island a clairement été conçu comme le premier volet d'une franchise destiné à exploiter les monstres mythiques du cinéma. A tout seigneur, tout honneur, commencer par King Kong était logique, même si le remake de Peter Jackson (pourtant déjà bien inférieur à l'original de de Merian Caldwell et Ernest B. Shoedsack) ne date que de 2005.

le long métrage de Jordan Vogt-Roberts offre cependant une version alternative ou intermédiaire puisque son prologue se situe en 1944, à la fin de la seconde guerre mondiale (et donc onze ans après le premier film), puis reprend en 1973, à la fin de la guerre du Vietnam. En se détachant des fondations pour s'inscrire dans une époque toujours passée mais toutefois dans toutes les mémoires (parce que le cinéma a abondamment le conflit en question), il permet une lecture et des libertés qui le distingue d'un simple remake.

Si des trois scénaristes (Max Borenstein et Derek Connelly), Tony Gilroy est le plus connu, c'est parce que lui-même est un cinéaste, un script-doctor et un auteur qu'on n'attendait pas dans ce registre (il a surtout travaillé avec George Clooney). J'ignore quels éléments il a apportés mais je suppose qu'on lui doit la caractérisation marquée des protagonistes, une galerie de personnages intéressants bien que sacrifiés au profit de séquences spectaculaires.

C'est le regret qu'on nourrit en voyant le résultat final car entre le séduisant capitaine anglais, Conrad ; la journaliste pacifiste, Weaver ; le militaire vengeur, Packard ; et le scientifique, Randa ; sans oublier le rescapé des origines, Marlow, le scénario proposait une belle brochettes de héros, apte à nourrir le récit en relations complexes. Or, tout cela, le réalisateur ne fait que le survoler, préférant ostensiblement les affrontements entre les "Skullcrawlers" et les humains ou contre Kong ou entre le gorille géant et les soldats.

On a alors droit à des moments vraiment flamboyants et impressionnants, mais où les explorateurs passent au second rang, avec une bonne partie du casting qui finit dévorée par ces affreux lézards géants. Vogt-Roberts sait filmer ça, mieux en tout cas que ses héros.

Pourtant le cinéaste a disposé d'une troupe d'acteurs de premier choix : Tom Hiddleston en capitaine britannique valeureux, Brie Larson en photographe risque-tout, John Goodman en chef d'expédition cachottier... Le seul à sortir son épingle du jeu, parce que sa composition est plus appuyée et que son personnage a le plus de profondeur, c'est John C. Reilly en rescapé de la seconde guerre devenu grand sage et vieux briscard. Dommage, il y avait vraiment de quoi mieux faire avec une pareille distribution que de les cantonner à des rôles de faire-valoir dans une grande bagarre gorille-lézard géants.

En fin de compte, Kong : Skull Island sonne un peu creux. Mais ses producteurs ont surtout dû entendre la douce musique du tiroir-caisse qui se remplissait puisque ce fut un énorme carton au box-office et qu'une suite opposant Kong à Godzilla est en chantier.  

jeudi 2 juin 2016

Critique 908 : MONUMENTS MEN, de George Clooney


MONUMENTS MEN est un film réalisé par George Clooney, sorti en salles en 2014.
Le scénario est adapté du livre de Robert M. Edsel par George Clooney et Grant Heslov. La photographie est signée Phedon Papamichael. La musique est composée par Alexandre Desplat.
Dans les rôles principaux, on trouve : George Clooney (Frank Stokes), Matt Damon (James Granger), Cate Blanchett (Claire Simone), Jean Dujardin (Jean-Claude Clermont), Hugh Bonneville (Donald Jeffries), John Goodman (Walter Garfield), Bob Ballaban (Preston Savitz), Bill Murray (Richard Campbell).
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 Frank Stokes
(George Clooney)

1943. Le conservateur de musée Frank Stokes convainc le président Franklin Roosevelt de créer une unité spéciale chargée de retrouver et sauvegarder les oeuvres d'art et monuments historiques pillés par les nazis. 
 De gauche à droite : Walter Garfield, James Granger, Frank Stokes,
Preston Savitz et Richard Campbell
(John Goodman, Matt Damon, George Clooney, Bob Ballaban et Bill Murray)

Il recrute donc sept hommes avec lesquels il gagne l'Angleterre puis la France. L'un des membres de l'équipe, James Granger, conservateur du MET (Metropolitan Museum of Arts de New York), rejoint Paris pour rencontrer Claire Simone, historienne au Musée du Jeu de Paume, qui a recensé en secret tous les tableaux et sculptures déplacés en Allemagne.
 Jean-Claude Clermont
(Jean Dujardin)

Le reste du groupe se scinde en trois binômes pour mettre la main sur ce que les nazis ont déjà transporté au-delà des lignes ennemies. Ils découvrent ainsi que de nombreuses pièces disparues sont cachées dans des grottes et mines abandonnées.
 James Granger et Claire Simone
(Matt Damon et Cate Blanchett)

Le conflit touche à sa fin et les allemands commencent à détruire les oeuvres pour que les alliés ne les récupèrent pas. Les "Monuments Men" doivent aussi se presser pour que les russes ne les devancent pas dans leur mission. 

Tous ces soldats de l'art ne reviendront pas vivants de leur expédition mais ce sont plus de cinq millions d'oeuvres qui seront ainsi sauvées avant et après la capitulation des allemands...

Après cinq films (Confessions d'un homme dangereux en 2002, Good night and good luck en 2005, Jeux de dupes en 2008et Les marches du pouvoir en 2011) comme réalisateur bien accueillis, George Clooney essuya avec Monuments Men son premier échec critique et un résultat moyen au box office. 

Pourtant, cet opus s'inscrit dans la droite ligne de ses précédents longs métrages, témoignant de l'intérêt du cinéaste pour les récits en prise directe avec l'Histoire mais aussi avec un certain cinéma classique des années 40-50 ou du "Nouvel Hollywood" des années 70. Vedette accomplie mais aussi citoyen engagé (c'est un fervent Démocrate), il choisit ses sujets en fonction de ses préoccupations personnelles, les finançant grâce aux succès qu'il obtient avec des films plus commerciaux comme acteur (par exemple la série des Ocean's).

Pourtant, sans être un grand film, ou même un film à la hauteur de son sujet, ce n'est pas un film qui démérite. Que lui a-t-on reproché au juste ? De n'être pas un film de guerre haletant et spectaculaire ? C'est vrai qu'il n'a pas l'intensité d'Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg par exemple, mais l'histoire n'a pas le même objectif. De tirer vers la comédie ? C'est faux car si le film a du charme à revendre, un glamour assumé, il ne cherche pas à faire rire.

Il me semble que ce qui a déplu en vérité est curieux : Monuments men s'aligne sur la citation de Pascal Jardin quand il définissait "le propre du romancier : dire des choses exactes et mettre de faux noms".

Tout est (presque) vrai dans ce film, mais Clooney l'a romancé : son personnage et celui de Cate Blanchett sont directement inspirés, respectivement, de George Stout (conservateur du Musée Fogg de Harvard et vétéran de la première guerre mondiale) et de Rose Valland (historienne au Musée du Jeu de Paume qui, au péril de sa vie, dressa des inventaires des oeuvres volées par les nazis tout en leur faisant croire qu'elle ne comprenait pas l'allemand). En revanche, il a inventé le français Jean-Claude Clermont pour donner un rôle à Jean Dujardin avec lequel il est devenu ami.

La réalisation est élégante, avec une belle photographie : Clooney filme à l'ancienne, c'est-à-dire qu'il veut surtout mettre en images son script de manière lisible et efficace et suivre les acteurs. Pas de grands mouvements d'appareil donc, mais un esprit de troupe qui fait écho à l'équipe de soldats de l'art : la complicité entre les acteurs est visible, et chacun a droit à son grand moment. Qui se plaindrait de voir jouer ensemble John Goodman et Bill Murray ? Quant à Matt Damon, il est impeccable comme d'hab' : ses scènes avec Cate Blanchett (d'une classe folle comme toujours) sont formidables, ne cédant jamais aux clichés (le personnage de Claire Simone hésite en effet à se fier aux américains qu'elle soupçonne de vouloir s'approprier les oeuvres d'art sous prétexte de les sauver).

Ce qui affaiblit sans aucun doute le projet tient plutôt au rythme et au ton du script : il est vrai que, sans être ennuyeux, la mise en scène est très pépère, d'une nonchalance qui contredit le fait que la mission des héros est censée être une course contre la montre (contre les nazis mais aussi contre les russes). Subséquemment, quand un des membres du groupe trouve la mort, l'émotion n'est pas vraiment au rendez-vous alors même que Stokes répétait qu'"aucun tableau ne mérite qu'on soit tué pour lui".

Clooney est aussi victime de sa propre attitude : séduisant et cool, la vedette est irrésistible grâce à cela, mais appliqué à un sujet aussi dramatique, ce côté débonnaire donne à son film des allures de promenade entre copains plutôt que de périple d'experts en territoire ennemi.

Mais, porté par une belle partition musicale d'Alexandre Desplat, Monuments Men demeure un divertissement agréable, réunissant un beau casting et s'achevant sur un clin d'oeil : c'est en effet Nick Clooney, le père de la star, qui incarne Frank Stokes dans l'épilogue situé en 1977 !