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jeudi 19 juillet 2018

LOVE (Saison 3) (Netflix) (FINALE)


Pour sa troisième et ultime saison, les showrunners de Love, Paul Rust, Lesley Arfin et Judd Apatow, ont pu prévoir une vraie conclusion car Netflix avait annoncé le terme de la production auparavant. Toutes les séries n'ont pas cette chance (exemple : Gypsy, annulée au bout d'une saison). Mais s'il est impératif de bien lancer un projet, il est délicat de bien le terminer. Et Love, comme d'habitude, s'en sort de façon très inégale... 

 Mickey, Gus, Randy et Bertie (Gillian Jacobs, Paul Rust, Mike Mitchell et Claudia O'Doherty)

Randy, qui squatte toujours chez Mickey et Bertie (avec laquelle il sort), invite les deux filles et Gus à partir en week-end à Palm Springs dans la maison de son cousin, qu'il décrit comme luxueuse. Mais une fois sur place, tout le monde déchante : c'est un simple pavillon, loin de tout, avec pour voisin un fou furieux qui ne tolère pas la présence de ces étrangers...

Mickey et Gus

Invité au mariage d'une amie connue à l'université, Gus croise une de ses ex, Sarah, dont il n'avait jamais parlée à Mickey. Celle-ci dissimule mal sa jalousie, surtout en apprenant qu'ils ont été fiancés. Pire encore : Gus raccompagne Sarah à son hôtel car elle finit la soirée complètement soûle et Mickey doit rentrer par ses propres moyens !

Mickey

Alors qu'elle n'a jamais embrassé de garçon, Arya demande de l'aide à Gus avant de tourner sa première scène de baiser devant les caméras, ce qui retarde le tournage quand elle surprend son partenaire dans les bras d'une autre. Pendant ce temps, Mickey doit accompagner le Dr. Greg à une séance de dédicaces de son livre pour laquelle aucun lecteur ne s'est déplacé... Et qui finit en confessions pour l'ex-psy vedette de la station radio.

Mickey et Gus

Gus renonce à une sortie entre amis pour soutenir Mickey, qui souffre d'une gastro-entérite. Mais quand il tombe à son tour malade, il lui reproche son manque de précaution hygiénique car elle a attrapé cette infection sur son lieu de travail. Unis dans la nausée, ils se réconcilient.
  
Bertie

Bertie fête son anniversaire pour la première fois depuis qu'elle réside aux Etats-Unis (elle est originaire d'Australie). Mais ni Gus, ni Mickey, ni Randy n'y ont pensé. Heureusement elle est invitée par Chris, un ami cascadeur de Gus, qui est aussi serveur dans un restaurant, et à cette occasion, ils découvrent, sans se l'avouer, leur attirance réciproque.

Gus

Gus entame le tournage de son court-métrage pour lequel il a réquisitionné l'aide de tous les amis qui lui doivent quelque chose et pour lequel il a investi toutes ses économies. Mais l'équipe n'est pas concentrée et cela le décourage et l'énerve. Néanmoins, lorsqu'il téléphone à Mickey pour du réconfort, elle l'encourage à exiger le meilleur de ses partenaires. Il obtient de filmer des reshoots toute la nuit.
  
Mickey et Bertie

Bertie confie à Mickey qu'elle fréquente Chris en secret depuis qu'elle l'a accompagné à une audition pour des cascadeurs dans un parc d'attractions. Ils ont couché ensemble, mais elle éprouve désormais des remords vis-à-vis de Randy, même si elle sait qu'elle va devoir rompre avec lui. Le Dr. Greg gagne auprès de Mickey le droit d'intervenir dans l'émission de sa protégée, Stella, mais le show dégénère et il est mis à pied.

Arya (Iris Apatow)

Gus ose demander à Arya de participer au tournage de son court-métrage, espérant ainsi profiter de son talent et de sa notoriété. Mais quand le père de l'adolescente et la productrice de la série l'apprennent, ils menacent Gus de poursuites judiciaires s'il ne coupe pas ses scènes de son montage final.

Mickey et Gus

Alors qu'elle l'accompagne au premier concert du groupe dont il est le bassiste, Mickey apprend que Gus va partir pour un week-end dans le Dakota du Sud pour voir sa famille. Comprenant qu'il l'a vexé en ne l'invitant pas à venir avec elle, Gus, après son passage sur scène, corrige sa bévue, bien qu'il appréhende ce déplacement et ce qu'il pourrait enseigner sur son sujet à Mickey.

Les parents de Gus (Ed Begley Jr. et Kathy Baker)

Mickey est présentée aux parents, aux deux frères et à la soeur de Gus, et offre son meilleur jour à la famille Cruikshank. De son côté, Bertie fait appel à Chris pour un problème de plomberie, ce qui contrarie Randy. Interrogé sur ses projets avec Mickey, Gus commet une terrible gaffe en affirmant qu'il ne souhaite pas avoir d'enfant avec elle, dans l'immédiat - il avouera plus tard à la jeune femme que c'est parce qu'il a peur qu'elle se remette à boire.

Gus et Mickey

Blessée, Mickey décide de rentrer à Los Angeles le jour de la fête de l'anniversaire de mariage des parents de Gus. Mais auparavant, elle apprend de nouveaux secrets sur le passé de son compagnon qui, pour la retenir, avoue devant toute sa famille tous les échecs qu'il a récemment subis - le tournage calamiteux de son film, qui est raté, sa carrière en berne, et le sabotage de son couple. Bouleversée par sa franchise, Mickey lui pardonne tout et reste avec lui pour la fête.

Gus et Mickey

Mickey et Gus décident, sur un coup de tête, mais aussi en dressant le bilan de leur relation ces derniers temps (surtout depuis leur déplacement chez les Cruikshank), de se marier. Ils invitent tous leurs amis pour la cérémonie à Catalina mais durant l'échange de leurs voeux, un incident a lieu, les incitant à tout annuler. La fête prévue ensuite est malgré tout maintenue, mais ils faussent compagnie à leurs invités pour s'unir au clair de lune.

Depuis le début de la série, j'ai toujours été embarrassé au moment d'en parler car Love, si elle peut être une série touchante et drôle, sombre aussi souvent dans la vulgarité et se complaît à décrire ses héros comme de pathétiques losers de l'amour, des trentenaires peu aimables auxquels on a du mal à s'attacher.

Pourtant, malgré ces défauts, le show finit toujours par surmonter le pire grâce à son format court (des épisodes de trente minutes en moyenne) et un certain art à ne rien raconter tout en ne racolant pas le téléspectateur. Ce n'est pas un projet aimable, malgré son titre, il faut persister pour lui reconnaître des qualités.

Conçu par Paul Rust, qui tient un des rôles principaux, sa femme Lesley Arfin, et le cinéaste Judd Apatow, Love est donc un objet difficile à critiquer : on le taillerait volontiers en pièces pour ces facilités déplaisantes mais on est aussi enclin à l'indulgence pour son refus de plaire à tout prix, sa peinture des relations amoureuses sans concessions, envisagées comme une suite d'obstacles dérisoires ou plus conséquents.

Trois ans d'existence pour une série, ce n'est pas long, mais Netflix avait prévenu les showrunners qu'ils n'iraient pas au-delà. Rust, Arfin et Apatow, avec leur équipe de scénaristes, ont donc pu travailler à une conclusion sans être pris de court. Mais s'il est important de bien se lancer, pour accrocher le public, il est aussi délicat de bien finir. Et c'est là où les choses se gâtent...

D'abord, Netflix a accordé non pas dix mais douze épisodes à cette saison 3, et ça fait une différence notable car on mesure vraiment à quel point deux épisodes de plus dans la dernière ligne droite peuvent peser. En l'occurrence, ils plombent sérieusement ce cru qui n'est déjà pas fameux dans son ensemble car les auteurs ont voulu développer leur concept aux personnages secondaires : le résultat, c'est que ça donne rien de passionnant, en tout cas d'indispensable. Il n'y a rien d'intéressant à dire sur le premier baiser de cette peste incurable d'Arya (jouée par Iris Apatow, la fille de...), encore moins sur la dépression de cet abruti définitif de Dr. Greg (Brett Gelman). Quant à la fin de la romance bancale entre Randy (Mike Mitchell) et Bertie (Claudia O'Doherty), on s'est toujours demandé comment leur couple a pu durer si longtemps.

Ensuite, la relation de Gus et Mickey, centrale dans la série, se poursuit comme si de rien n'était alors que la saison 2 s'achevait sur une infidélité de la jeune femme, qu'elle réussissait à cacher à son compagnon en se jetant dans ses bras après de multiples crises. Tout cela interroge sur Mickey - véritable garce ou paumée ? - et Gus - gentil con ou crétin aveugle ? - , mais surtout sur la fiabilité de leur duo. Comme si la note n'était déjà pas assez salée, les scénaristes enfoncent le clou cette année en ajoutant de nouveaux cadavres dans le placard du jeune homme : il a été fiancé, humilié par la moitié des professionnels du cinéma à Hollywood suite à une dispute avec Ridley Scott, rechigne à avoir des enfants avec Mickey avant plusieurs années car il craint qu'elle ne sombre à nouveau dans l'alcoolisme, est rongé par des crises de panique et de colère... N'en jetez plus !

A force de charger la mule, le personnage ne ressemble plus à rien et même la scène où il déballe tout son mal-être devant sa famille et Mickey paraît trop forcée pour tout résoudre d'un claquement de doigts. De toute manière, cela était déjà suggéré ou même formulé dans le saisons précédentes, alors pourquoi en rajouter ?

Mickey n'est pas plus gâtée : on la savait menteuse, capricieuse, lunatique, là voilà jalouse, susceptible... Ce qui entre en contradiction avec la réussite qu'elle rencontre enfin au niveau professionnel. Cela devrait lui donner de la confiance (en elle et les autres), de l'assurance, de la compassion : elle apparaît surtout aigrie, cherchant sans cesse la petite bête quand elle ne provoque pas elle-même la crise (l'épisode où elle tombe malade et contamine Gus en sachant très bien que c'est de sa faute). Si Gus est fébrile, Mickey donne plus souvent qu'à son tour le sentiment de vouloir ruiner son couple.

Je crois que c'est Pierre Desproges qui disait : "il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que tous les autres soient malheureux." Et c'est ce que semble exprimer la série avec ces héros désirant le bonheur et la paix mais le repoussant toujours lorsqu'ils se présentent. C'est usant, lassant.

Ni Paul Rust, acteur limité (dont ce sera sans doute le rôle de sa vie), ni Gillian Jacobs (excellente pour être aussi crédible dans l'exaspération qu'elle inspire, mais qu'on préférait dans Community - contrairement à Alison Brie avec GLOW, elle n'a pas décroché un rôle aussi sympathique et valorisant) ne parviennent à sauver le show de l'ennui, de l'agacement. Seule Claudia O'Doherty alias Bertie vaut la peine qu'on s'y accroche, bien la seule à être touchante et attachante, mais trop rare dans la narration (deux épisodes lui sont vraiment directement consacrés).

A la fin, pourtant, dans un sursaut improbable, Love prend le large, direction Catalina, pour des noces bien entendues acrobatiques, mais à la conclusion euphorisante et tendre. Comme des gamins savourant enfin leur relation, Gus et Mickey se marient, seuls, au clair de lune. C'est sur cette dernière image que le rideau tombe et on aurait bien aimé, quand même, connaître la suite plutôt qu'avoir eu à attendre trois ans (même si l'histoire n'aura duré que huit mois) pour atteindre ce joli moment.

Si le but était de nous donner des regrets, alors c'est réussi. Mais en vérité, c'est surtout de la frustration qu'aura engendrée Love

lundi 19 mars 2018

LOVE (Saison 2) (Netflix)


J'avais été, c'est le moins qu'on puisse dire, très partagé par la première saison de Love, concentré des choses que j'aimais le moins chez son producteur Judd Apatow. Mais, malgré tout, au milieu de toutes ces scories, il subsistait des éléments attachants, atypiques, qu'on devait à son acteur-scénarise Paul Rust et sa femme, co-productrice, Lesley Arfin. Sans oublier la composition sans concessions de Gillian Jacobs. Je me suis donc laissé entraîner par cette saison 2 (qui sera l'avant-dernière : le show a été renouvelé pour une troisième et ultime session), avec, quand même l'espoir, d'être davantage conquis. Verdict ?

 Gus et Mickey (Paul Rust et Gillian Jacobs)

Mickey a avoué pourquoi, à cause de son alcoolisme et de sa toxicomanie, elle a besoin de prendre du recul et Gus l'accepte, prêt à la soutenir en cas de besoin. Elle le reconduit chez lui mais ils découvrent que le quartier est bouclé par la police à la recherche d'un malfrat en cavale. Tous les habitant sont assignés à résidence jusqu'à l'arrestation et Mickey doit donc passer la nuit chez Gus, malgré une tentative foireuse de fausser compagnie aux flics.

Mickey et Gus font l'école buisssonière

Respectant la promesse qu'il lui a faite de ne pas être toujours sur son dos, Gus convient avec Mickey de passer des soirées l'un sans l'autre. Il sort donc avec une bande de copains de son quartier mais s'ennuie, causant même un malentendu avec une fille dont il croyait qu'elle le draguait. De son côté, Mickey dîne avec plusieurs couples dont les conversations tournent exclusivement autour de leurs enfants. Elle ne peut s'empêcher de semer la zizanie puis, une fois tout le monde fâché contre elle, s'éclipse.

Randy, Bertie, Gus et Mickey (Brett Gelman, Claudia O'Doherty, Paul Rust et Gillian Jacobs)

Après avoir refusé l'invitation de la productrice de la série "Witchita" à coucher avec lui, Gus retrouve Mickey chez elle, après qu'elle ait sauvé l'emploi d'un collègue, l'informaticien Truman. Bertie et Randy sont également présents et consentent à consommer des champignons hallucinogènes que gardait Mickey. Mais lorsque Randy fait un bad trip et se met à courser un coyote puis à pénétrer par effraction dans une maison, la soirée vire au grand n'importe quoi. Tout le monde rentre - mais Bertie a le sommeil intranquille quand elle entend Randy déclarer en rêvant qu'il souhaiterait la tuer...


Mickey et Randy (Gillian Jacobs et Brett Gelman)

Après avoir pris une journée de repos où ils se sont confiés l'un à l'autre sur leurs peurs et leurs espoirs tout en savourant leur bonheur d'être ensemble et solidaires, Gus et Mickey doivent faire face à des situations professionnelles et personnelles délicates. Lui apprend que la série "Witchita" va être annulé et les parents d'Arya, dont il est le précepteur, ont des ambitions différentes pour elle (sa mère souhaite la faire tourner dans un film indépendant qui lui vaudrait peut-être un Oscar, son père préférerait qu'elle s'engage pour un blockbuster). Elle découvre que Randy a emprunté 850 $ à Bertie et lui reproche de l'escroquer au lieu de chercher un travail.
  
Marty Dobbs, le père de Mickey, Gus et Mickey (Daniel Stern, Paul Rust et Gillian Jacobs)

Deux autres épreuves attendent Mickey : la station-radio où elle travaille est rachetée par un grand groupe et elle doit convaincre les repreneurs de la conserver dans le personnel en faisant signer une jeune podcasteuse. Puis elle demande à Gus de l'accompagner pour la journée car son père, Marty, doit passer à Los Angeles la visiter. Ce dernier ne cesse de la rabaisser et Gus doit ménager ce dernier tout en soutenant Mickey, qui lui reprochera ensuite de ne pas avoir pris fait et cause exclusivement pour elle.
  
Gus et Mickey

La crise naissante du couple semble se résorber quand Gus invite Mickey, puis d'autres amis communs, à passer un week-end dans la luxueuse villa d'une relation pour leur projeter l'épisode de "Witchita" qu'il a écrit. Mais la soirée est un fiasco : Mickey est accaparée par un des membres des Alcooliques Anonymes qu'elle connaît, et les autres s'en vont progressivement avant la fin. Une dispute éclate entre Gus et Mickey qui vont lit à part cette nuit. Le lendemain matin, elle repart sans lui.

Gus en pleine crise

Gus part sur le tournage du blockbuster qu'a choisi de tourner en premier Arya, chaperonnée par son père, et où il reprend son rôle de professeur particulier. Mais le tournage se passe mal car le réalisateur n'apprécie pas Gus et l'assistant du cinéaste lui vole même une idée de long métrage qu'il a racontée à l'équipe. Pour ne rien arranger, les communications avec Mickey dégénèrent violemment car elle ne supporte ni qu'elle le laisse trop longtemps sans nouvelles, ni qu'il l'appelle trop souvent.

Mickey avouant son infidélité à Bertie

Apprenant que le chien de son ex est souffrant, à l'article de la mort, Mickey se rapproche de lui et finit par coucher avec lui. Cette infidélité se répète, Mickey ne répondant plus aux appels de Gus toujours coincé sur son tournage. Bertie devine ce qui se passe mais préfère ne pas s'en mêler, d'abord trop occupée à rompre avec Randy. Finalement Mickey lui avoue tout sans savoir quoi faire alors que le retour de Gus se rapproche.

Mickey et Gus : enfin heureux ?

Mickey choisit de rompre avec son ex mais celui-ci, d'abord furieux, veut la convaincre de rester avec lui. Elle, retrouve Gus et ensemble ils s'excusent de la dégradation de leur relation durant son absence et conviennent de se donner une nouvelle chance. Poursuivie par son ex, Mickey l'évite autant que possible mais son comportement intrigue Gus. Elle le rassure en lui demandant s'il accepterait de s'installer avec elle après avoir expliqué à son ex qu'elle ne reviendrait pas. Mais la jeune femme sait-elle vraiment ce qu'elle veut ? Ou a-t-elle agi sans mesurer les conséquences de sa requête ?

Comme je le disais en préambule, ma crainte principale était que cette saison 2 ne sombre dans les mêmes travers que la première, voire s'y enlise. Mais, il faut avouer, et cette une très bonne surprise, que le tir est formidablement corrigé : ces douze nouveaux épisodes de Love sont bien meilleurs.

Est-ce à dire que tout est désormais parfait ? Il ne faut pas exagérer, mais pour l'essentiel, ce qui me déplaisait le plus a été gommé ou modifié et aboutit à un show moins vulgaire et plus sensible, drôle parfois, mais surtout plus critique. La saison se déploie sans ménager les héros ni le spectateur, pris dans un grand "8" émotionnel, notamment dans le dernier tiers où la crise couve, explose, et se clôt sur une chute qui soulève bien des doutes sur l'avenir du couple.

On avait laissé Mickey en pleine confession impromptue sur le parking d'une supérette avec Gus à la fin de la saison 1 et on reprend exactement au même moment quand il doit réagir à la demande de la jeune femme qui souhaite s'accorder un an de break. Contre toute attente, Gus accepte ce pari fou, comme s'il savait, avec le téléspectateur, qu'il s'agit moins d'une séparation que d'une distance à respecter pour Mickey.

Cette dernière surprend également en s'engageant dans un programme de désintoxication qu'elle suit sérieusement, participant surtout à des réunions. Professionnellement, elle reprend aussi son job en main, s'appliquant à l'exercer avec méthode, sauvant même la mise à un collègue, et se battant pour conserver sa place quand la station-radio est rachetée avec la menace de renvois. On découvre une Mickey battante, disciplinée, raisonnable - même quand elle fait consommer à Gus, Bertie et Randy des champignons hallucinogènes dont elle était sur le point de se débarrasser : seule elle s'abstient afin de prévenir tout dérapage (bon, elle ne réussira qu'à moitié sur ce dernier point mais le bad trip de Randy offre un grand moment de délire).

Et Gus dans tout ça ? Comme toujours avec ce gentil garçon, tout est question d'apparence : s'il savoure son bonheur avec Mickey, plus paisible désormais, et ne panique pas quand la série télé "Witchita" est annulée, convaincue que Arya et ses parents le conserveront comme son professeur particulier, son comportement (trop) bienveillant va lui jouer des tours.

Le scénario tourmente sadiquement ce pauvre Gus en retournant ses bonnes intentions contre lui. Parce qu'il aime sincèrement Mickey, il cherche à la protéger en veillant à ce qu'elle ne succombe pas de nouveau à ses démons (la dépression, l'alcool, la drogue). Mais il y met un peu trop de zèle et se le voit reprocher par l'intéressée. Le téléspectateur trouve cela injuste et prend parti pour lui, considérant cela davantage comme de la maladresse que comme de l'insistance obsessionnelle.

Gillian Jacobs est odieuse à souhait arrivée à ce stade de l'histoire, et l'actrice a du mérite de ne jamais jouer son personnage en lui cherchant d'excuses. Elle est absolument infecte, injuste, menteuse, manipulatrice. Mais Paul Rust est également excellent en amoureux paumé, blackboulé, toujours sur le fil, se révoltant parfois pour aussitôt le regretter : son désarroi le rend incroyablement attachant mais sa naïveté et sa gentillesse nous donnent envie, à nous, témoins de la crise, qu'il ose remettre Mickey à sa place, qu'il découvre sa duplicité (quand elle finit par le tromper). Le dénouement de la saison est très ambigu à cet égard car le choix de la jeune femme apparaît pris par défaut, dans la précipitation, pour se débarrasser de son ex - dont la prédiction qu'elle va "détruire" Gus n'est pas impossible.

La série ponctue ces rebondissements de séquences où les auteurs brillent dans l'art de mettre leurs personnages et les téléspectateurs mal à l'aise : la visite du père de Mickey, le cauchemar du tournage de Gus, mais aussi la liaison surréaliste, limite inquiétante, entre Randy, ce gros nounours paresseux qui dit d'étranges choses en dormant, et Bertie, incapable de rompre malgré ce qu'elle assure et peut-être victime d'un escroc. Dans ces moments-là, Love nous éprouve, présentant le côté obscur de ses protagonistes, mettant en scène des situations borderline, aussi perturbants que lorsque le scénario capte génialement le bonheur fragile mais plus intense du coup de ses amants vedettes.

Grâce à (mais aussi à cause de) tout cela, la saison 3 ne devrait pas être de tout repos. Espérons juste qu'elle terminera la série dignement, en soignant encore plus ses qualités mûries qu'en renouant avec ses facilités passées.      

samedi 11 novembre 2017

LOVE (Saison 1) (Netflix)


Diffusé en Février dernier sur Netflix, j'avais regardé le premier épisode de la première saison de Love, série en dix épisodes créée par le cinéaste Jud Apatow, son acteur Paul Rust et la scénariste Lesley Arfin, sans être convaincu. J'ai tenté une séance de rattrapage pour confirmer ou infirmer cette impression initiale à la faveur du petit format de cette production (des épisodes de 30 minutes) et parce que j'ai entre temps découvert Gillian Jacobs dans une série antérieure (Community). 

 Mickey Dobbs (Gillian Jacobs)

Mickey Dobbs est une jeune femme trentenaire qui travaille dans une station de radio en qualité d'assistante pour le Dr; Greg Colter, un pseudo-psychologue animant une émission de libre antenne. 

Dr. Greg Colter (Bret Gelman)

Convaincue qu'elle sera congédiée si elle ne suit pas ses initiatives (comme de solliciter son équipe à se faire passer pour des auditeurs en ligne car les vrais témoignages ne sont pas assez passionnants) et alors qu'il lui fait des avances, elle finit par coucher avec lui afin de pouvoir le poursuivre pour harcèlement le cas échéant. 

Arya Hopkins et Gus Gruikshank (Arya Apatow et Paul Rust)

Gus Gruikshank est professeur particulier pour Arya Hopkins, une adolescente de 12 ans, star d'une série fantastique idiote, "Witchita", sur laquelle il n'a aucune autorité. Lui rêve de devenir scénariste en espérant élever le niveau de cette production tenue d'une main de fer par sa créatrice, une vraie diva incapable d'admettre les incohérences de ses scénarios. 
  
Mickey et Gus

Après avoir rompu d'avec leurs conjoints - Mickey sortait avec un type qui buvait et se droguait beaucoup comme elle, la fiancée de Gus lui reprochait d'être trop gentil et prétendait l'avoir trompée pour s'en débarrasser - , nos deux héros se rencontrent par hasard dans une supérette où Gus paie le café de Mickey après qu'elle se soit rendue compte qu'elle avait oublié son portefeuille.

Bertie Bauer, la co-loc de Mickey (Claudia O'Doherty)

Ils conviennent de se revoir en amis mais Mickey, réticente à s'engager dans une nouvelle relation, arrange un rendez-vous romantique entre Bertie Bauer, sa co-locataire, et Gus. Ce sera un fiasco mais sans conséquence pour les deux complices de Mickey - qui, pour s'excuser, embrasse Gus et accepte de le revoir plus sérieusement, appréciant sa bienveillance.

Gus

Toutefois, après avoir couché avec Gus, Mickey est rattrapée par ses démons, paniquant à l'idée de le décevoir : elle se remet à boire et se montre odieuse lorsqu'elle est invitée à sortir par Gus ou quand il la reçoit chez lui pour une soirée avec des amis - soirée à laquelle il a eu la mauvaise idée d'inviter aussi Heidi, actrice de la série "Witchita", esseulée depuis son arrivée à Los Angeles en provenance de Toronto. Gus et Heidi deviennent amants tandis que Mickey a tout gâché.

Mickey et Gus

Néanmoins, après s'être confiée à des amies, Mickey comprend son erreur et cherche à récupérer Gus, mais va à nouveau trop loin, en provoquant une esclandre au studio de tournage. Il préfère rompre, mais, bouleversé, se fait renvoyer ensuite lors d'une réunion entre scénaristes au cours de laquelle il n'admet pas qu'on mutile le script qu'il a proposé. Arya refuse alors de tourner si Gus est congédié 

Gus et Mickey

L'attitude de Mickey lui vaut les reproches de Bertie et un sévère coup au moral. Heidi quitte Gus en apprenant que son rôle dans la série est supprimé (en partie par la faute du jeune homme, comme il le lui avoue). Mickey retrouve Gus dans la supérette où ils s'étaient rencontrés et lui présente des excuses, lui demandant de lui accorder une année pour qu'elle se soigne. Mais il semble déjà lui pardonner en l'enlaçant et en l'embrassant.

Ne faisons pas durer le suspense : je suis bien embêté au moment de déclarer si j'ai vraiment apprécier ce show. On sort de cette première saison vidé, à la fois charmé par des moments épatants et atterré par d'autres consternants.

Je ne porte pas Judd Apatow en grande estime : celui qui est souvent présenté comme le "nouveau maître de la comédie américaine" ne mérite pas ce titre selon moi. Je trouve son humour d'une rare vulgarité (à l'image des titres de ses films comme 40 ans, toujours puceau ; En cloque : mode d'emploi ; Mes meilleures amies), et le bonhomme a été plusieurs fois accusé de voler des idées à des collaborateurs (comme le scénariste Mark Brazill du 70's Show). Son goût pour les gags triviaux, son manque d'empathie pour les personnages (stigmatisés pour leur situation sentimentale ou coupables d'agissements vils), ses mises en scène quelconques séduisent pourtant de bons acteurs (Ben Stiller, sa femme Kristen Wiig, Paul Rudd, Rose Byrne...). Mais franchement je préfère la subtilité mordante d'un Billy Wilder à tout ça.

Récemment, les critiques ont observé toutefois que le cinéaste délaissait ses mauvaises manies pour s'intéresser de manière moins épaisse à ses contemporains (40 ans : mode d'emploi, la série Girls qu'il a produite). Love semble confirmer cette orientation et d'ailleurs le projet est surtout porté par l'acteur Paul Rust (dans une composition très attachante) et la scénariste Lesley Arfin.

Néanmoins, il faut se méfier des apparences. S'il n'est pas juste de juger un livre à sa couverture (ou une série à un de ses créateurs), il arrive quand même qu'on finisse par regarder quelque chose qui n'a rien de ce dont il se réclame. Ainsi, Love a les atours d'une sitcom : la durée de ses épisodes, son sujet, son casting, son mélange d'humour et d'émotion, tout l'indique. Or, en vérité, on ne rit pas beaucoup durant cette saison et pour cause : les héros traversent la vie avec peine, leurs relations amoureuses (et sexuelles) sont misérables, leurs comportements pathétiques, leur entourage est dépassé ou indifférent... Il y a quelque chose de profondément dépressif qui se joue ici, avec des trentenaires dont l'état émotionnel est miné.

Pour autant, fallait-il lester ce qui aurait alors pu être une chronique douce-amère sur un couple naissant dans la difficulté consécutive à leur mal-être avec des scènes et des dialogues d'une lourdeur  détestable (exemples : "j'ai connu un type qui avait une bite si petite que j'ai cru que c'état un clitoris", "j'ai eu ma période où j'adorai baiser des mecs moches. On l'a toutes eue."... Et j'en passe). J'ignore si les filles (ou les mecs) entre elles (eux) échangent sur l'amour, le sexe, en termes si crus, si déplaisants, mais moi, ça ne me fait pas rire. Je trouve ça navrant, accablant, ça se veut choquant et c'est juste bête, stupide, vulgaire au dernier degré. Ni la comédie, ni l'émotion, ni les personnages qui doivent communiquer l'une ou l'autre n'en sortent grandis. C'est juste affligeant : peut-être suis-je trop vieux pour apprécier le "réalisme" supposé de ce dispositif, mais ça ne flatte rien d'autre que les bas instincts du public (dire des gros mots, s'exprimer de manière salace, c'est tellement cool, subversif, balancer "fuck" tous les trois mots pour souligner à quel point tout va mal...).

C'est dommage car les acteurs assument parfaitement les faiblesses, les mesquineries, les aspects horripilants de leurs personnages. Gillian Jacobs est formidable en fille névrosée, odieuse, égoïste, incorrigible : elle joue ça avec un aplomb incroyable et bien qu'elle soit jolie, elle ne s'appuie jamais sur son physique pour susciter l'indulgence. Malheureusement, son personnage, qui est au départ bien cerné (professionnellement et intimement), perd en consistance ensuite pour n'être plus qu'agaçant au point qu'on plaint vraiment Paul Rust, son partenaire, qui lui est dessiné avec plus de finesse et d'intensité au fur et à mesure. La présence de Carol O'Doherty, extra dans le rôle de Bertie, lumineuse, pleine de pep's sans être naïve, apporte un peu d'équilibre à une histoire qui balance sans arrêt entre ses défauts les plus méprisables (voir paragraphe précédent) et ses meilleurs atouts (oser le contrepied à la sitcom convenue, attendue).

A la fin, donc, tout est remis en jeu : Gus et Mickey vont-ils sauter le pas, réussir à partager une relation apaisée et aimante, se comporter en adultes - et la série avec eux ? La saison 2, prévue pour début 2018, le dira. Sans garantie que je la suive à nouveau du premier coup...