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mercredi 16 août 2023

HARLEY QUINN : BLACK + WHITE + REDDER #2, de Kelly Thompson et Annie Wu, Ro STein et Ted Brandt, Ryan Parrott et Luana Vecchio


Ah ! Cette couverture de Chris Samnee suffirait presque à justifier l'acquisition de ce n°2 de Harley Quinn : Black + White + Redder. Au programme, encore trois nouvelles histoires courtes par trois équipes artistiques différentes. La qualité est au rendez-vous et prouve que, même si on peut trouver le personnage envahissant actuellement, il continue d'inspirer.


- ORIGIN STORY FOR DUMMIES (Ecrit par Kelly Thompson, dessiné par Annie Wu) - Harley n'est pas satisfaite de ses origines car elles la renvoient toujours à son couple avec le Joker. Elle kidnappe Zatanna pour corriger cela, malgré les protestations de Poison Ivy qui lui explique qu'elle a réussi à s'affranchir de son ancien amant...
 

Ce chapitre a valeur de document car c'est la première fois que la scénariste Kelly Thompson écrit Harley Quinn, qui fera partie des Birds of Prey dans le relaunch qu'elle lance le mois prochain (avec le dessinateur Leonardo Romero). Elle nous entraîne dans un récit très amusant et complètement déjanté où Zatanna modifie l'origin story de Harley afin qu'on ne la réduise plus à l'ex-complice du Joker. Mais comme le souligne Poison Ivy, elle s'en est émancipée sans cela.

Autre bonheur : celui de retrouver au dessin la trop rare Annie Wu. Elle compose admirablement avec la contrainte des trois couleurs et produit des planches très dynamiques et expressives. Espérons que DC ait été convaincu et songe à lui donner du boulot car c'est un talent à exploiter davantage.


- GREAT PETSPECTATIONS (Co-écrit et dessiné par Ro Stein et Ted Brandt) - Un concours animalier oppose Robin et les Super-Pets à Harley Quinn et sa Legion of Doominals. Les épreuves s'enchaînent et les déconvenues se multiplient pour cette dernière...


Ro Stein et Ted Brandt se sont faits remarquer en co-dessinant la série Crowded chez Image (écrite par Christopher Sebela) et on reconnait d'entrée de jeu leur trait très expressif, avec une tendance prononcée pour la caricature dans ce segment tout aussi drôle que le précédent.

Si les Super-Pets jouent les seconds rôles et ont eu droit à un film d'animation l'an dernier en salles, la Legion of Doominals est une création pour l'occasion et rien que pour le chien Barkseid (version canine de Darkseid), ça vaut le coup. On rit de bon coeur et l'épilogue offre même à Harley un lot de consolation.
 

COFFEE AND PIE, OH MY (Ecrit par Ryan Parrott, dessiné par Luana Vecchio) - Le commissaire Jim Gordon arrête Harley Quinn dans un diner qu'elle a saccagé en s'en prenant à des policiers. Mais méfiez-vous des apparences....


Ryan Parrott est actuellement aux commandes de la série Rogue Sun chez Boom ! Studios, intégrée au "Massive-verse" de Kyle Higgins (créateur de Radiant Black), gros succès de l'éditeur. Il a imaginé le récit le plus sérieux et touchant de ce numéro où Harley se retrouve injustement accusée d'agression sur des agents des forces de l'ordre. En un sens, cette histoire répond à celle de Kelly Thompson et les origines du personnage associées à celles du Joker et donc à la manière dont on ne cesse de la considérer. Sauf qu'il y a un twist et il est bien amené.

Au dessin, Luana Vecchio est un talent à surveiller de près. Actuellement, elle écrit et dessine Lovesick chez Image Comics (une série qui mélange horreur et BDSM). Son trait fin et élégant donne à voir Harley de manière touchante, victime de son passé mais aussi déterminée à prouver qu'elle a changé de voie. C'est superbe. Encore une fois : retenez bien le nom de Luana Vecchio.

On aurait tort de bouder cette anthologie consacrée à Harley Quinn, quand bien même on peut être lassé par sa forte présence dans les comics et au cinéma (où Margot Robbie lui a génialement donnée vie). Mais il faut avouer que la création de Paul Dini et Bruce Timm inspire, et bien, des auteurs originaux, dans un format qui a l'avantage de ne pas faire traîner les choses en longueur.

lundi 14 janvier 2019

CROWDED #6, de Christopher Sebela et Ro Stein


Le sixième épisode de Crowded marque la fin du premier arc de la série : Christopher Sebela et Ro Stein vont faire une pause et ne reprendront leur histoire qu'après la publication du recueil. J'hésite encore à poursuivre l'aventure car si cette production est souvent jubilatoire et très aboutie, elle est aussi un peu fatigante dans sa volonté d'avancer toujours à toute allure.


Vita et Charlotte foncent droit dans le piège que leur a tendues Trotter avec l'aide de plusieurs complices qui, dans leurs voitures, serrent en étaux les fugitives. Cameron, l'assistante du tueur, le supplie de ne rien commettre d'irréparable mais il ne l'écoute pas.


Alors qu'il ouvre le feu sur Vita et Charlie hors de leur véhicule (leurs poursuivants sont restés coincés à l'entrée du piège), Trotter les ratent lorsqu'elles se séparent pour se cacher. Lourdement armé d'une mitrailleuse, il commet l'erreur de vouloir abattre le chien de Vita.


Cette dernière lui flanque alors une raclée en profitant de sa distraction. La police arrive avec Jo, la girlfiend de Vita, et embarque tout le monde. Charlie et Vita sont priées de quitter Los Angeles pour les 27 jours restants avant la fin du contrat sur la tête de la première.


Mais Vita ne compte pas s'en aller aussi vite et passe chez ses amis hackers à qui elle a demandés de trouver qui a comandité le meurtre de Charlie. Ils lui expliquent qu'il doit s'agir d'une personne haut placé vu la sophistication du dispositif mis en place pour ne pas être identifiée.


Serait-ce un fonctionnaire du gouvernement ? Et qu'aurait fait Charlie pour s'attirer les foudres de l'Etat ? En attendant de le savoir, Vita quitte la ville avec sa cliente endormie mais en qui elle n'a plus confiance.

Cette conclusion (provisoire) est curieuse car, alors que Crowded s'est distingué par sa narration trépidante et très dense, l'épisode est ici clairement coupé en deux.

Dans un premier temps, on aboutit au dénouement annoncé le mois dernier, contre Trotter qui a tendu un piège à Vita et Charlie avec la complicité de ses fans (parmi lesquels s'est glissée une mystérieuse tueuse à gages). Christopher Sebela ne déroge pas à ses règles : ça va vite, c'est tonique, c'est drôle, et la baston entre la garde du corps et le tueur aux millions de followers sur les réseaux sociaux tient toutes ses promesses.

Sebela adresse un clin d'oeil appuyé au western dans cette première partie avec le duel du méchant et de la gentille suivi de l'arrivée de la cavalerie (la police à la tête de laquelle on trouve Jo, la copine de Vita) qui embarque tous les gredins impliqués dans ce traquenard. Seule Cameron, l'assistante de Trotter, a eu la sagesse de mettre les voiles avant, et on peut d'ailleurs s'interroger sur les raisons pour lesquelles elle était si farouchement opposée à la manoeuvre de son chef.

Avec cette résolution d'une partie du problème incarnée par Trotter, le lecteur comme les deux héroïnes savourent un répit bienvenu, auquel Sebela attache un moment romantique entre Jo et Vita (qui échangent un baiser avant que la policière explique vouloir faire un break pour réfléchir à leur relation mais aussi forcer sa compagne à quitter Los Angeles pour se mettre à l'abri avec Charlotte le temps que le contrat contre celle-ci expire).

C'est alors que le second temps de l'épisode commence. Ro Stein prouve alors qu'il n'est pas que bon pour les séquences mouvementées, comme celle qu'on vient de vivre une fois encore. L'hyper-expressivité des personnages traduit parfaitement le trouble qui demeure après la tempête - tempête qui n'est d'ailleurs pas terminée.

L'artiste s'offre même une impressionnante pleine page où le taxi de Vita traverse une allée bordée des deux côtés par une foule présente pour signifier à Charlie qu'elle est toujours en sursis.

Puis comme Charlie s'éteint peu à peu, pour la première fois vraiment vannée par sa course folle contre la mort, Vita consulte ses potes hackers et devine que le commanditaire de l'assassinat de sa cliente est un responsable haut placé. L'intrigue prend une dimension extravagante sans prévenir, aux allures de conspiration.

Le lecteur a conscience alors que les vingt-sept jours qui restent avant l'expiration du contrat contre Charlie vont alimenter un vrai feuilleton (après tout, ces six premiers épisodes ne se sont déroulés que sur trois jours). Et cela a valeur de test : les auteurs semblent nous demander "avez-vous envie de continuer cette saga démentielle avec nous, sachant qu'il faudra au moins quatre autres arcs pour en venir à bout ?"

La question a le mérite d'attribuer une vraie perspective au projet, comme peu de séries ont l'honnêteté de le faire (comme si les auteurs annonçaient d'entrée pour combien de temps ils en ont, et plus si affinités). Pour ma part, j'hésite car si Crowded a quelque chose d'irrésistible par l'énergie que la série dégage, son mélange d'action et de comédie avec un zeste de réflexion sur les réseaux sociaux, c'est aussi une BD usante.

Usante parce que pleine comme un oeuf, avec ses planches plus que généreuses (une fois de plus, Ro Stein accomplit un exploit), son récit touffu et sans temps mort. La nature comme Crowded a horreur du vide, du repos, du silence - pourtant, elle en a, comme le lecteur, besoin. C'était aussi le défaut de Death or Glory (de Remender et Bengal) ou The Weatherman (de Leheup et Fox) : des BD too much. On peut comprendre que leurs auteurs veulent en mettre plein la vue car le succès n'est jamais assuré, mais c'est vite épuisant à suivre (alors qu'en comparaison, toujours chez Image Comics, des titres comme Skyward ou Isola ménagent bien mieux leurs effets).

A l'heure où j'écris cette critique donc, je ne peux affirmer que je reprendrais la lecture de Crowded au #7. Mais je ne la quitterai pas déçu (comme Die de Gillen et Hans) : c'est une sacrée expérience, par une équipe très créative.   

dimanche 9 décembre 2018

CROWDED #5, de Christopher Sebela et Ro Stein


La fin du premier acte approche (ce sera pour le prochain numéro, en Janvier) et Crowded continue à se dérouler sur un rythme d'enfer. Le lecteur est aussi rincé en finissant l'épisode que les deux héroïnes, plus que jamais dans l'oeil du cyclone. Christopher Sebela et Ro Stein préparent un final en apothéose (malgré quelques désagréments en coulisses...).


Vita retrouve Charlie dans les toilettes d'un strip-club où elle a failli être abattue par une mariée plaquée par son prétendant. Pendant ce temps, Trotter a une conversation téléphonique animée avec Eric, à qui il doit de l'argent.


Le tueur compte bien rembourser sa dette en exécutant Charlie, aprés quoi il est résolu à changer de vie, lassé des meurtres et de la célébrité. La tueuse sans nom n'a pas ce genre de soucis : elle s'approvisionne en armes et a élaboré une stratégie pour se débarrasser de Charlie - qu'elle semble bien connaître...


Retranchées à la librairie, Charlie et Vita en sont renvoyées car l'endroit est menacée par leur présence, repérée par des abonnés à l'application Rpair. Vita décide de quitter Los Angeles pour trouver une planque à peu de frais, car elles sont sur la paille.


Trotter active son réseau d'abonnés V.I.P. pour retrouver la trace de Charlie et la piéger. Vita et sa protégée traversent la ville via ses bas quartiers les moins fréquentés sans se douter de ce qui se trame.


Mais elles le comprennent vite quand huit voitures les encerclent, dont l'une dans laquelle a pris place la tueuse sans nom. Et qui les entraînent jusqu'à Trotter, dont le visage en hologramme apparaît sur la route devant elle...

Lire Crowded, c'est, en somme, comme conduire une voiture lancée à pleine vitesse mais dont les freins auraient lâché. La course garantit d'être peu reposante, même quand le danger ne semble pas évident.

A un épisode de la fin du premier arc, Christopher Sebela écrit son histoire sans ménager les nerfs de ses héroïnes et de ses lecteurs. A ce train-là, il est certain qu'on ressent une légitime usure car on est contamment sous pression. Le récit est toujours extrêmement dense, agité, chaque page contient une multitude d'informations à digérer - certaines anecdotiques, d'autres cruciales.

Et, logiquement, Vita comme Charlie sont à bout, même si la première l'est depuis le début, horripilée par sa cliente, et l'autre par la force des choses depuis qu'elle a vu (dans le buméro 4) ses proches la débiner (et justifier ainsi qu'on veuille la voir morte).

Tout le monde est sur les charbons ardents : Trotter craque à cause d'Eric et précipite les événements de manière déterminante, la gardienne de la librairie vire les fugitives qui menace l'endroit... Seule la tueuse sans nom, aux cheveux verts, semble échapper à cette folie, déambulant en ville pour s'acheter calmement des armes et décidant de profiter du réseau de Trotter pour coincer Charlie.

Ro Stein est sur la même longueur d'ondes que Sebela et fournit toujours des planches aussi impressionnantes par leur volume de plans, d'idées. C'est remarquable et tous les fans de comics qui se plaignent parfois que les épisodes de telle ou telle série se lisent trop vite feraient bien de jeter un oeil (et même les deux...) à Crowded) pour constater ce qu'un dessin aussi fourni requiert d'attention.

Il y a un swing imparable dans ces visuels et pourtant Stein ne lâche rien : les décors sont soignés, très détaillés, les personnages hyper expressifs, les valeurs de plans fabuleusement variées, la fluidité des scènes confondantes.

On ne s'étonnera donc pas, comme le raconte Sebela à la fin de ce numéro, que la série va être adaptée (pour le cinéma ou la télé) avec l'actrice Rebel Wilson (qui en a acquis les droits). Une motivation pour le scénariste, étroitement lié au projet, car il a malencontreusement perdu toutes ses notes pour le deuxième arc... Et est donc obligé de composer une nouvelle trame !

Décidément, même les auteurs ne sont pas à l'abri d'une mésaventure ! 

vendredi 9 novembre 2018

CROWDED #4, de Christopher Sebela et Ro Stein


Jusqu'à présent, Crowded filait à toute allure dans son histoire de chasse à l'homme (ou, en l'occurrence, à la femme). C'est donc une surprise de constater que ce numéro freine (un peu), mais une bonne surprise car Christopher Sebela en profite pour s'attacher à la psychologie de ses personnages. Et Ro Stein s'adapte avec toujours le même brio.


Vita retrouve sa maison en flammes et constate que les pompiers, déjà sur place, ne font rien pour éteindre l'incendie. Elle y pénètre au mépris du danger et grimpe jusqu'à sa chambre où elle récupère un coffre - où est censé se trouver son journal intime, mais qui n'y est plus (il a été dérobé par la tueuse sans nom).


Une fois dehors à nouveau, Vita doit faire face à deux agents de police au sujet des dégâts qu'elle a provoqués en ville avec Charlotte Ellison. Mais elle obtient de cette dernière, qui continue de se plaindre, et des flics, un répit.


Cependant, Trotter parle avec son assistante Cameron de ses obligations envers ses fans et accepte de donner une interview. Très vite, les questions sur les corrections qu'il a apportées à sa biographie surgissent et le mettent mal à l'aise, car elles nuisent à sa réputation au moment où la récompense pour Charlie Ellison a atteint deux millions de dollars.


La tueuse sans nom n'a pas ce genre de souci et elle profite même des plages de Los Angeles avant de poursuivre sa mission. Vita emmène Charlie au commissariat où elle dépose un dossier imposant à la chef puis retrouve sa petite amie, Jo, également flic. Elle s'inquiète de la voir risquer sa peau pour sa cliente.


Déprimée par ces propos, Charlie s'éclipse et se lie d'amitié avec une future mariée. Mais, après avoir abusé de la boisson dans une boîte de nuit, elle se retire à une table. A la télé sont diffusés des témoignages recueillis par Trotter de ses proches qui, tous, la dénigrent, justifiant qu'on veuille la tuer. Ce qui risque d'arriver plus tôt que prévu...

Bon, entendons-nous bien, quand je suggère que l'épisode est plus calme que les trois précédents, il ne faut pas se fier à la séquence d'ouverture, complètement folle, où Vita rue dans les brancards, bravant l'incendie de sa maison pour y récupérer son coffre et devant ensuite se jeter par la fenêtre de l'étage pour échapper aux flammes qui dévorent l'escalier. Ces quelques pages sont du pur Crowded.

Mais ensuite, même si on conserve ce mouvement incessant, ce swing digne des meilleures comédies classiques américaines, où personne ne tient en place même pour discuter, Christopher Sebela change de ton et prend le temps, pour la première fois, de s'attarder sur la personnalité de ses protagonistes.

Trotter fait, le premier, l'objet d'un examen démystificateur : ce tueur qui doit sa popularité à ses vidéos en ligne et à son bagout pour faire monter les enchères s'appuie en vérité énormément sur son assistante, Cameron. Laquelle ne manque pas de lui rappeler, outre son budget et son objectif, d'où il vient, et qui sera mis à jour par une journaliste venue l'interviewer. On découvre un garçon qui a réécrit son histoire familiale pour coller à sa réputation d'assassin, n'assumant pas son passé, fuyant ses responsabilités, ne pensant qu'à frimer.

Mais c'est Vita qui profite le plus de ce coup de projecteur. Sebela ne révèle rien de majeur mais suggère beaucoup de choses sur ses origines. Il semble bien qu'elle ait fait partie de la police pour profiter de sa clémence et de son soutien, ce qui explique aussi ses talents particuliers (son adresse au tir, sa reconversion comme garde du corps). Sexuellement, sa silhouette androgyne indiquait clairement qu'elle était ambivalente et là, son homosexualité est déclarée quand elle converse avec Jo, une flic avec laquelle elle entretient une relation compliquée car cette dernière n'aime pas que Vita risque sa peau pour Charlie et Vita en retour n'apprécie pas qu'on la materne (sans compter que c'est son moyen de gagner sa vie).

La tueuse sans nom, qui avait fait une entrée en scène remarquée dans le précédent numéro, est très discrète mais suit un agenda détendue. Quant à Charlie, on apprend que le nombre de ses proches qui ne pleurerait pas sa mort est proportionnel aux tracas qu'elle leur a causé - ce n'est vraiment pas une bonne copine, ni une gentille fille, ce qui justifie que Vita la rudoie régulièrement.

Ro Stein est décidément un dessinateur très impressionnant, capable d'enquiller chaque mois trente pages sans temps mort ni déperdition dans les finitions. Certes, il est soutenu par un excellent encreur, Ted Brandt, et une coloriste fabuleuse, Triona Farrell, mais tout de même ses planches sont bluffantes.

Son excellence dans l'action n'est plus à démontrer, aussi est-ce un bon test de le voir dans des plages où le dialogue prime. Et Stein continue, avec la même vigueur, à changer les angles de vue, la valeur des plans, à remplir les décors de détails, à meubler les fonds de figurants. La richesse insensée de son dessin ne lasse pas d'être applaudie. J'ignore à quoi il carbure, mais Crowded a de la chance de l'avoir, et Image Comics a eu le nez creux en dénichant ce talent - la révélation de 2018.

Une fois encore, l'épisode se conclut sur un cliffhanger haletant, qui promet une poussée d'adrénaline le mois prochain. La folie de cette BD n'a pas fini de nous réjouir.   

mardi 16 octobre 2018

CROWDED #3, de Christopher Sebela et Ro Stein


Crowded fait vraiment partie d'une catégorie enviable : c'est une sorte de "sleeper" (au moins artistiquement), la BD qu'on n'attendait pas et qui s'impose comme LA bonne surprise de la saison. Christopher Sebela peut se vanter d'écrire quelque chose qui ne ressemble à rien d'autre et qui est diablement addictif. Il est aussi sacrément bien aidé par une révélation comme Ro Stein, capable d'enchaîner trente pages par mois avec un niveau incroyable.


Vita et Charlie sont vite repérées et dénoncées dans le motel où elles se cachaient. Pas d'autre solution que de reprendre la fuite en se débarrassant, sans les tuer, des chasseurs de primes que la récompense sur l'application Rpair pour la tête de Mlle Ellison lancent à leurs trousses.
  

A côté des amateurs, il existe cependant des menaces plus efficaces, disposant de plus de moyens ou de méthodes. C'est le cas de Trotter, un assassin très populaire qui met ses coups d'éclats en ligne, assisté par sa secrétaire Cameron, qui veille au budget de ses opérations. Et d'une mystérieuse tueuse noire débarquée à Los Angeles en avion et qui s'est installée chez Vita en son absence pour anticiper ses mouvements en fouillant dans ses affaires.


Vita emmène Charlie dans une ancienne librairie reconvertie en hôtel, sans aucune technologie - la planque idéale pour ne pas être pistées. La garde du corps explique à sa cliente, qui se plaint de l'austérité de l'endroit en plaisantant, qu'elle ferait bien de prendre davantage au sérieux la chasse à l'homme dont elle fait l'objet car la récompense pour sa tête augmente de jour en jour.


La tueuse chez Vita surprend des squatteurs toxicomanes au rez-de-chaussée de la maison en train de l'incendier. Trotter conçoit un piège pour Charlie. Celle-ci est en ville avec Vita pour faire quelques courses lorsqu'elles sont dans la ligne de mire d'un car de touristes venus participer à la traque.


Obligées d'abandonner leur voiture, les deux filles sèment le car en coupant par l'intérieur d'un grand magasin. Elles se dirigent vers la maison de Vita mais la découvrent en proie aux flammes...

Je commencerai pas louer le travail exceptionnel de Ro Stein au dessin car cet inconnu au bataillon, depuis trois numéros, accomplit de vrais prodiges. C'est certainement, actuellement, l'artiste le plus impressionnant dans l'édition indépendante (hors Marvel-DC donc). Il ne s'agit pas d'entrer ou de créer une compétition absurde (je déteste classer les artistes comme s'il s'agissait d'athlètes), d'autant que selon les histoires, des styles divers s'avèrent également bluffants.

Mais Stein a cette particularité de produire un dessin très fourni (pas une case sans décor fouillé, ni composition hyper-dynamique, ni personnages très expressifs). Je n'ose imaginer le soin et donc le temps que cela réclame, mais pourtant cette générosité graphique ne semble pas le freiner puisqu'il livre ses épisodes sans retard et surtout sans lever le pied. Souvent les comics de par leur mensualité obligent à un moment les dessinateurs à sacrifier des éléments pour respecter les délais. Ro Stein n'est pas atteint pas cela : il a enquillé 90 pages en trois mois sans que son abondance visuelle ne diminue.

Lorsqu'on lit Crowded, c'est vraiment ce qui frappe le plus : cette densité. On a le sentiment que l'artiste met tout ce qu'il a dans chaque plan, qu'il ne s'économise pas, et en même temps, il ne "bourre" pas ses images. Il a le souci de rester lisible, dynamique, fluide. On pense à un dessinateur qui aurait été formé dans l'animation pour sa science du mouvement et cette profusion dans le plan. Appliqué aux comics, le résultat est jubilatoire : il y a une qualité constante et une solidité dans cet univers qui se retrouve à tous les niveaux. Observez par exemple les looks de chaque personnage, pas un ne ressemble à l'autre et ainsi chacun possède une identité propre, puissante.

La colorisation de Triona Farrell a le bon goût de ne jamais couvrir l'encrage remarquable de Ted Brandt, et chacun des partenaires de Stein contribue à cette énergie esthétique sensationnelle.

Comme Christopher Sebela bombarde le lecteur de tas d'infos dans chaque épisode, fait de chaque chapitre un concentré d'action, il donne du biscuit à ses collaborateurs. Contrairement à The Weatherman, il n'y a aucune confusion : on sait qui est qui, qui fait quoi et pourquoi. Le pitch simple et retors à la fois est constamment accessible et efficace. 

Supérieur aussi à Death or Glory (toujours chez le même éditeur), Crowded colle à son postulat, à sa promesse : il s'agit d'un récit d'action, avec beaucoup de courses (à pied, en voiture), avec une folie certaine, mais sans sordide, sans complaisance. Sebela fait preuve d'humour quand c'est nécessaire tout en rappelant à Charlie comme au lecteur que l'affaire dans laquelle sont impliquées ses héroïnes est sérieuse (puisqu'elles défendent leur peau). Lorsqu'il laisse un élément dans l'ombre (comme l'identité de la tueuse noire), cela n'est pas embêtant car le flow du script vous emporte dans la foulée de Vita et sa cliente - il sera bien assez tôt pour connaître qui est cette menace.

Cette série fonce tout droit, sans s'essouffler, mais en nous laissant pantelant. C'est grisant, surtout quand c'est aussi plein et rondement mené.

mardi 18 septembre 2018

CROWDED #2, de Christopher Sebela et Ro Stein


Après un excellent premier numéro, Crowded devait confirmer ce mois-ci et ce nouvel épisode de Christopher Sebela et Ro Stein ne déçoit pas. Plein d'action, doté d'un humour cynique, et réfléchissant sur notre époque envahie par les écrans, cette série est vraiment une nouvelle pépite proposée par Image Comics.


La maison de Vita est attaquée par de nouveaux utilisateurs de l'application RPair aux trousses de sa cliente, Charlotte Ellison. Celle-ci les a accidentellement attirés ici en utilisant son téléphone, ce qui a permis de la pister. Vita intervient rapidement, neutralisant les intrus et en blessant un.


La police arrive et Vita doit rendre des comptes à Jo, une inspectrice dont on devine qu'elle fut aussi sa maîtresse. Les chasseurs de primes sont embarqués. Pour Charlie et sa protectrice, il faut déménager dans un motel pour être en sécurité. Vita se confie sur son passé et comment elle avait hérité de cette maison que les propriétaires avaient refusé de vendre à des promoteurs immobiliers.
  

Charlie insiste ensuite pour sortir s'amuser et entraîne Vita jusqu'au club "Obnoxxious". C'est là que se trouve Zadie Nox, celle dont elle pense être à l'origine du contrat sur sa tête. Les deux anciennes amies en viennent aux mains mais Zadie jure qu'elle n'y est pour rien. Une fois encore, Vita exfiltre Charlie.


Au petit matin, les deux filles font un crochet par la boutique "Hip Cat Comics" où Vita présente Charlie à quatre hackers adolescents qu'elle charge d'enquêter sur sa cliente afin de savoir qui lui en veut. A cette occasion, les pirates retracent l'historique de l'application RPair dont l'utilisation a dégénéré après l'assassinat d'un politicien.


Retour au motel. Les deux filles se détendent dans la piscine. Charlie aimerait quitter la ville mais Vita désapprouve : cela ne ferait qu'augmenter le nombre d'assaillants à ses trousses. Le lendemain, à l'aéroport, une tueuse à gages débarque...

Il y a des séries qui vous procurent ce délicieux frisson électrique à la lecture et Crowded en fait partie. C'est une production bien pleine, bien remplie, bien exécutée, qu'on dévore sans pouvoir prévoir ce qui va se passer la planche d'après. C'est constamment surprenant, et toujours à la hauteur des promesses affichées.

Christopher Sebela semble s'être fixé la mission de ne jamais laisser souffler ses lecteurs, de les maintenir sous pression, comme son héroïne, Charlie Ellison. Du début à la fin, cette dernière tente à la fois d'échapper à la mort qu'on lui a garantie tout en provoquant des catastrophes qui précipitent sa chute. Vita, sa garde du corps, lui avait déconseillée d'utiliser son téléphone car chacun peut être pisté à cause de ça. Devinez ce que fait Charlie ?

Charlie entraîne Vita dans une boîte de nuit pour, dit-elle, s'amuser. En vérité, elle veut faire rendre gorge à une ancienne amie dont elle est persuadée qu'elle a commandité son meurtre. Résultat ? Une belle pagaille. Et quand on lui présente des hackers capables de découvrir qui lui en veut tant et pourquoi, elle les traite de gamins !

Les personnages sont tous fortement caractérisés, avec des tempéraments volcaniques et des attitudes marquées. Sebela peut se permettre de souligner ses effets, il en tire des moments très drôles en jouant sur les contrastes entre l'exaspération de Vita et l'impatience de Charlie. Il y a un côté "too much" parfois, mais justement parce que c'est épisodique, on ne s'en lasse pas. L'alternance action-réaction, mouvement-pause est superbement dosée.

Mais Crowded bénéficie également d'un remarquable dessinateur avec un débutant qui maîtrise déjà complètement son affaire en la personne de Ro Stein. Ses planches abondent en cases qui elles-mêmes sont bien garnies. pas un plan sans arrière-fond, des perspectives appuyées qui donnent de la profondeur de champ, une grande variété dans la valeur des images. Pas de doute, c'est du solide.

Mais Stein excelle en particulier dans l'expressivité : les gestes, les mimiques des personnages donnent beaucoup d'énergie et de vie au récit. Lui aussi force parfois un peu ses effets, son style ne s'inscrivant pas dans un réalisme classique, flirtant avec le cartoon (on croirait volontiers que Stein a fait ses classes dans l'animation). Il profite à plein de l'encrage fin de Ted Brandt et des couleurs de Triona Farrell (à l'oeuvre sur West Coast Avengers) - sur ce dernier point, il faut louer l'intelligence de la palette utilisée (comme dans la scène où la police arrive chez Vita et que Jo discute avec elle : les deux femmes sont éclairées par les gyrophares et Farrell alterne donc les cases selon les lumières des véhicules stationnés).

Les ennuis sont loin d'être terminés pour Charlie et Vita. Mais si on les plaint, on s'en félicite aussi car les prochains épisodes promettent des lectures jubilatoires.

lundi 20 août 2018

CROWDED #1, de Christopher Sebela et Ro Stein


Pour terminer les critiques de comics sortis Mercredi 15 Août, une nouveauté en provenance d'Image Comics : Crowded. Cette série écrite par Christopher Sebela (scénariste qui a travaillé pour à peu près tous les éditeurs sans jamais s'imposer comme une star) et dessinée par Ro Stein (une découverte) ne s'inscrit pas dans le genre super-héroïque : c'est un récit d'anticipation mixant action et comédie noire de manière très animée.


Dix minutes dans le futur. Charlotte "Charlie" Ellison rencontre Vita Slater dans un dinner pour l'embaucher comme garde du corps grâce à l'application "Defnd". En effet, sa tête est mise à prix sans qu'elle sache pourquoi sur une autre application, "ReapR". Vita démontre vite sa réactivité en abattant un agent d'entretien qui dégaine une fusil.
  

Charlie raconte sa journée : comme d'habitude, elle l'a passée à utiliser diverses applis pour des petits boulots, faire du commerce et rencontrer des célibataires. Mais le lendemain matin, on a commencé à tenter de la tuer dans la rue et a a fui, en quête d'un abri sûr puis d'aide - mais aucun de ses amis n'a répondu à ses appels.


Vita emmène Charlie ailleurs, la sauvant à nouveau de mercenaires dans le dinner puis sur le trajet alors qu'elles sont prises en chasse. Elle doit se débarrasser de son téléphone portable grâce à quoi on peut la pister. Direction : la maison de Vita, une vieille bâtisse coincée entre deux buildings.


Charlie questionne Vita sur ses états de service car elle est mal notée sur l'appli "Defnd" mais elle jure n'avoir jamais perdu un client et être parfaitement affûtée, menant une vie solitaire et s'entraînant rigoureusement. Elle accepte ainsi de protéger Charlie pendant un mois, délai au terme duquel le contrat sur elle sera logiquement terminé.
  

Ivre, Charlie ne reconnaît personne sur la liste d'ennemis potentiels qu'a dressée Vita. Elle est mise au lit et sa garde du corps se couche ensuite. Mais Charlie a menti : elle a repéré une certaine Francie sur la liste et lui téléphone pour la menacer à son tour - ignorant en faisant cela qu'elle a attiré devant chez Vita de nouveaux chasseurs de tête en armes...

Si je suis un fan de super-héros, je ne pourrai pas lire que ça. J'aime la BD, américaine en l'occurrence, pour la diversité de titres qu'elle propose et de genres qu'elle visite. Des éditeurs comme Image ou Dark Horse par exemple offrent une alternative à l'offre de Marvel et DC avec des séries s'aventurant ailleurs que chez les capes et les masques.

C'est grâce à cette alternative qu'Image en particulier a atteint la troisième place du marché américain (et convaincu des éditeurs français de traduire ses publications). Cette maison, pourtant fondé par des auteurs qui ont acquis la renommée et la fortune en oeuvrant d'abord pour les "Big Two", héberge aussi bien des talents reconnus en quête d'autre chose (indépendance, propriété de leurs créations, etc.) que des nouvelles têtes.

Crowded prouve que l'union d'un scénariste ayant déjà bien roulé sa bosse, mais sans réussir à devenir un auteur vedette, et un débutant, talentueux mais en devenir, porte ses fruits. Un peu comme pour Skyward de Joe Henderson et Lee Garbett, Christopher Sebela et Ro Stein se sont bien trouvés, et leur production est vivifiante, très originale, avec un fort potentiel et un démarrage redoutable.

L'idée ici, c'est de réfléchir en s'amusant sur la mode des applications pour téléphones et tablettes. On peut tout faire grâce à elles et c'est pour cela que l'histoire se situe "dix minutes dans le futur", juste assez loin pour faire croire qu'il existe des services en ligne pour commander la mort de quelqu'un et la protéger de cette menace. Cette mésaventure tragico-comique est celle qui arrive à Charlie Ellison, condamnée du jour au lendemain sans savoir pourquoi ni par qui et forcée de se payer un garde du corps.

Malheureusement, elle ne peut que s'offrir Vita Slater dont les notes laissées par ses précédents clients sont peu flatteuses. Mais, pourtant, très vite, cette bodyguard démontre, au contraire, son efficacité tandis que sa cliente, en lui mentant, va compliquer la situation... Tout ça va très vite mais sans jamais égarer le lecteur et l'épisode se termine sur un cliffhanger très accrocheur. Le tout pimenté par des dialogues très enlevés, avec un humour à froid, très noir, et une caractérisation savoureuse (la fébrilité exubérante de Charlie face à Vita qui est très blasée).

Les dessins sont formidables, c'est une vraie révélation car l'artiste a déjà une maturité prodigieuse dans le trait, la composition des images (voir par exemple le plan en coupe de la maison sur deux étages de Vita, pleine page, avec une perspective très maîtrisée et une foule de détails affolante), et le découpage (offrant une variété phénoménale d'angles de vue, de valeurs de plans, d'enchaînements - voir la course-poursuite en voiture et motos). 

On sent chez Ro Stein une pointe d'influence héritée de Ramon K. Pérez, mais avec un peu plus d'exagération dans les proportions, les expressions. On trouve pire comme référence, surtout qu'elle demeure discrète.

C'est un premier pas très concluant, impressionnant même. L'intrigue est prometteuse, avec un swing ravageur, un graphisme bluffant. A suivre de près.