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dimanche 12 novembre 2023

La sison 2 de LOKI offre sa rédemption au dieu de la malice


Deux ans après une première saison très réussie, Loki revient pour six nouveaux -et sans doute derniers - épisodes. Le show créé par Michael Waldron confirme sa qualité et son audace, fournissant même au MCU une perspective nouvelle dont Kevin Feige devrait profiter pour avoir la solution à ses problèmes. En outre, on quitte le dieu de la malice dans une position vraiment nouvelle qui le rachète de tout ce qu'il a commis.


Victime d'errance temporelle depuis que son variant Sylvie a tué Celui Qui Demeure, Loki ne cesse d'apparaître dans le passé et le présent à l'intérieur de Time Variance Authority (TVA). Mobius consulte Ourboros (O.B.), le technicien qui a rédigé le guide de la TVA, pour remédier à ce problème. O.B. en déduit que le Coeur Temporel est en surcharge depuis que ses branches sont en expansion et il qu'il faut donc extraire Loki de ce chaos. Mobius branche un extracteur temporel sur le coeur et permet à Loki de se rematérialiser définitivement. Il leur faut ensuite partir trouver Sylvie qui a gagné Broxton dans l'Oklahoma en 1982.
 

Mais ignorant cela, Loki et Mobius capturent d'abord le chasseur de variant X-5 qui a déserté après avoir été menacé par Sylvie. Grâce à lui, ils la localisent et Loki tente de la convaincre de revenir à la TVA pour les aider à remédier au chaos temporel, mais elle refuse dans un premier temps, estimant qu'ainsi, désormais, chacun est libre de rentrer à l'époque d'où il a été extrait par l'organisation. Cependant, O.B. découvre que pour réparer durablement le Coeur, il lui faut accéder à l'aura temporel de Miss Minutes. En parallèle, la général Dox de la TVA décide d'envoyer ses chasseurs élaguer les branches temporelles pour stabiliser la situation. C'est ce qui décide Sylvie à changer d'avis car elle est directement menacée par cette manoeuvre.
  

Malgré l'arrestation de Dox, de nombreuses branches temporelles ont été élaguées et avec elles d'innombrables vies. En 1868, à Chicgo, Ravonna Renslayer et Miss Minutes déposent chez le jeune Victor Timely, variant de Celui Qui Demeure, un exemplaire du guide de la TVA. Même ville, en 1893, lors de l'exposition universelle, Timely dévoile son prototype de Coeur temporel au public, dans lequel se trouvent Ravonna mais aussi Loki et Mobius. Timely s'enfuit après avoir vendu sa machine. Sylvie le poursuit pour le tuer tandis que Loki tente de le sauver. Ravonna l'emmène avec elle et Miss Minutes à son laboratoire du Wisconsin. Sylvie les y retrouve mais épargne Timely en comprenant qu'il est différent de Celui Qui Demeure et laisse Loki et Mobius l'embarquer. Ravonna est renvoyée à la fin des temps où Miss Minutes lui avoue un secret.


Ce secret, c'est que Celui Qui Demeure était l'amant de Ravonna dont il a préféré effacer tous les souvenirs pour qu'elle reste à la tête de la TVA plutôt qu'à ses côtés. Cependant, O.B. et Timely construisent un nouveau Coeur qui pourra théoriquement réguler toutes les branches temporelles. Timely est désigner pour l'installer. Ravonna propose à Dox et ses chasseurs, incarcérés, de former son armée mais seul X-5 réponde présent. Timely échoue à installer le régulateur du Coeur qui entre en surchauffe et désintègre la TVA.


Loki a survécu à l'explosion mais tous les autres membres de l'équipe ont disparu et la TVA s'effondre. Son errance temporelle reprend alors et il trouve alors Sylvie, Mobius, puis la chasseuse B-15,  le technicien Casey et enfin O.B. chacun dans leur ligne temporelle. Expliquant la situation à O.B., Loki comprend qu'il lui faut réunir le groupe. Mais Sylvie refuse à nouveau de s'y joindre jusqu'à ce que sa temporalité s'efface. Mais il est trop tard : toutes les branches s'effilochent. Seul Loki, élément constant, subsiste. Il décide alors de se servir de cet avantage pour réécrire l'Histoire.


Les échecs se succèdent pour réparer le Coeur . Timely explique que l'expansion infinie des branches ne peut plus être contenue : c'est la fin des temps. Loki s'y déplace et débat avec Celui Qui Demeure sur le choix qui s'impose : le tuer lui et déclencher une guerre multiverselle condamnée à être perdue, ou tuer Sylvie avant qu'elle ne le tue pour préserver la Ligne Sacrée du Temps protégée par Celui Qui Demeure. Toutefois, Loki refuse ces deux options et se sacrifie pour contenir l'explosion du Coeur. Les branches se meurent mais il les revitalise avec la magie puis accède à la fin des temps pour prendre sur un trône et devenir le gardien du multivers dans une solitude éternelle. Cette action a plusieurs conséquences directes : Timely ne reçoit jamais le guide de la TVA en 1868, Mobius quitte la TVA tout comme Sylvie, Ouroboros en devient le technicien en chef, Ravonna atterrit dans Néant à la lmerci d'Alioth. Et les branches temporelles forment une nouvelle arborescence semblable à celle du défunt arbre-monde Yggdrasil dont Loki est le gardien.

Alors que le syndicat des comédiens à Hollywood, juste après celui des scénaristes, a conclu un accord avec les studios, Tom Hiddleston a eu le temps de promouvoir le dernier épisode de la saison 2 de Loki, mis en ligne ce vendredi 10 Novembre. Il confiait à Jimmy Fallon qu'il s'agissait pour lui de la fin d'un long voyage, suggérant ainsi qu'il en avait fini avec le dieu de la malice qu'il incarne depuis 13 ans et l'âge de 29 ans (il en a 42 aujourd'hui).

Et cela raisonne de manière encore plus troublante, comme en écho à ce qui a été l'âge d'or du MCU. Actuellement, le studio piloté par Kevin Feige est dans la tourmente : la révolte gronde chez les techniciens des effets spéciaux soumis à des cadences infernales pour des résultats qui ont laissé à désirer sur certaines productions récentes. Les films comme les séries Marvel ne rencontrent plus un succès imparable comme auparavant (c'est-à-dire jusqu'à Avengers : Endgame). Et tous ceux qui misaient gros sur les super-héros pour l'avenir retiennent à présent leur souffle. A titre d'exemple, et consécutivement à la grève, il n'y aura qu'un film Marvel sen salles l'an prochain (Deadpool 3). Les suivants ne sortiront qu'en 2025, année qui verra aussi revenir Superman (par James Gunn)...

Le temps a joué contre le MCU et pour ma part, il n'y a guère de doute que Kevin Feige (mais pas seulement lui, toutes les majors qui ont spéculé sur le genre comme une poule aux oeufs d'or inépuisable) s'est trompé de stratégie, d'abord en voulant que les séries Disney +-Marvel soient connectées et forment un grand tout, mais aussi en ne laissant pas aux fans le temps de reprendre leurs esprits et leur souffle après Avengers : Endgame, conclusion de plus de dix ans d'une collection de films à succès. En somme, le (télé)spectateur n'a pas eu le temps d'être en manque, mais au lieu d'avoir des films de la même qualité et envergure que Endgame, il a hérité de longs métrages souvent moyens, voire médiocres, bâclés, et de séries très inégales, refusant souvent de tout voir pour ne pas saturer.

Les Gardiens de la Galaxie, vol. 3 sorti il y a quelques mois, mettait déjà un point final à la Phase IV maudite du MCU tout en expliquant à tous pourquoi, lui, sortait du lot, grâce à la personnalité de son auteur (James Gunn), son amour du genre, son soin dans la réalisation et sa sincérité dans le propos. Loki fait de même avec les séries Disney + - Marvel.

Il est effectivement beaucoup question dans cette seconde saison de retour en arrière et de bond en avant et on peut y lire une métaphore des interrogations du MCU et de ses concepteurs, qui tentent de comprendre comment négocier l'avenir tout en se rappelant ce qui fonctionnait avant le crise post-Endgame. Peut-être cela passera-t-il, comme pour Loki, par un sacrifice, aussi bien symbolique qu'effectif.

Car en fondant la Phase IV et la prochaine sur Kang le conquérant temporel, Feige a fait une erreur sur l'attractivité de ce vilain et surtout dans la manière de l'introduire dans ce nouvel acte du MCU. A l'évidence, le présenter dans la première saison de Loki, dans une série télé, n'était pas le meilleur moyen quand on le compare aux apparitions progressives de Thanos qui, en plus, avait un plan plus clair et compréhensible. Kang devait incarné la notion du multivers qui s'est avéré une impasse car les (télé)spectateurs ont plus vite compris que Kevin Feige que les univers parallèles engendreraient de potentielles résurrections et donc désacraliserait ce qui avait contribué à la dimension la plus poignante de Infinity War/Endgame.

Et surtout Loki est apparu comme une sorte de dernière relique d'un temps passé, d'un temps glorieux, dont l'histoire et la rédemption bouclerait la boucle. Pourquoi, au fond, cette série n'a pas déçu et même entretenu l'espoir ? Parce qu'elle parlait moins de multivers que de Loki et de son salut. La leçon à en retirer est bien plus simple et abordable que les terres parallèles et les variants : négligez l'attachement aux personnages singuliers et vous perdrez ce à à quoi sont attachés les gens qui aiment ces personnages, leurs histoires, leur univers.

Tout n'est pas parfait dans cette saison 2, qu'on peut trouver en deçà de la précédente, notamment parce qu'elle nous fait moins voyager, qu'on n'y découvre plus de variants de Loki, que beaucoup de scènes se cantonnent à la salle du Coeur de la TVA, etc. Mais l'ensemble est supérieur à la somme de ses parties et c'est ce qu'on retient. Quand la dernière scène du dernier épisode est terminée, on a le sentiment du devoir accompli et d'un trip audacieux et abouti. Tout est à sa place, cela ne pouvait mieux se finir, même si on peut trouver triste le sort réservé à Loki, qu'une mélancolie sourde sous-tend tout le récit et sa conclusion. Mais cette mélancolie a quelque chose de poétique, et de plus beau que tout ce pudding multiversel qu'on a voulu nous faire avaler de force.

Au fond, tout le monde s'est foutu de Kang, Celui Qui Demeure, et compagnie, d'autant plus depuis que son interprète, Jonathan Majors, a été impliqué dans un fait divers sordide et des propos guère engageants sur sa personnalité et son passé. Mais en revanche, tout le monde a fini par adorer Loki, cette canaille, ce farceur, ce repenti et in fine ce héros, véritable. La série lui offre une dimension tragique, poignante, et si Kevin Feige est intelligent, il saura s'en servir pour changer ses plans et orienter différemment le MCU, quitte à justement, comme le dieu de la malice, faire le sacrifice de quelques projets dont on ne donne pas cher de leur peau (Kang Dynasty, Secret Wars) au profit d'autres qu'il n'est que temps de concrétiser (Fantastic Four, X-Men).

Tom Hiddleston est absolument remarquable dans ce rôle qu'il a su habiter sans qu'il lui colle à la peau, en conservant la bonne distance, de telle sorte que tout le monde l'a apprécié quelle que soit l'époque, le film, la série. Owen Wilson a formé avec lui un tandem jubilatoire et formidable à l'alchimie indéniable. L'intégration de Ke Huy Quan est parfaite et fournit un souffle nouveau à la partie. Sophia di Martino en fait un peu les frais d'ailleurs tout comme Gugu Mbatha Raw. Mais surtout tous ceux-là éclipsent le cabotinage grotesque de Majors.

Le souvenir de Loki veille sur le MCU désormais. Puisse son pilote tout-puissant s'en inspirer. Et finalement, peut-être qu'un seul nouveau film en 2024 donnera l'occasion, manquée jusqu'alors, de faire souffler cette franchise et son public et lui redonner l'envie.

vendredi 16 juillet 2021

LOKI (Saison 1) (Disney +)


Après vous avoir parlé, hier, de Black Widow, le retour du MCU dans les salles, il est temps de passer au nouveau chapitre du MCU sur Disney + avec Loki, dont la première saison s'est achevée ce Mercredi 14 Juillet. Et on peut dire, sans perdre de temps, que c'est une grande réussite, qu'il sera essentiel d'avoir suivie pour saisir les futurs mouvements de l'univers Marvel sur les écrans.


2012. Loki échappe aux Avengers en dérobant le Tesseract. Mais sa cavale tourne court quand il est arrêté par la Time Variance Authority (T.V.A.) et conduit devant la juge Ravonna Renslayer pour avoir enfreint au Temps Sacré. Loki se défend en rejettant la faute sur les Avengers qui ont remonté le temps. L'argument pousse l'agent Mobius a demander à la juge qu'elle lui confie Loki pour une affaire importnte. Pour qu'il collabore, Mobius montre à Loki comment il mourra des mains de Thanos puis lui explique qu'il peut l'aider à appréhender un de ses variants qui assassine des agents de la TVA.


1985. Mobius entraîne Loki sur les lieux d'une agresson du variant qui a tué plusieurs agents et en a enlevé un. De retour aux archives de la TVA, Loki et Mobius cherchent où peut se cacher le variant criminel pour échapper aux radars de l'organisation. Loki croit l'avoir deviné en lisant un rapport sur le Ragnarok d'Asgard. Pour vérifier sa théorie, Loki convainc Mobius de se déplacer à Pompéi en 75 av. J.C., une apocalypse où un variant est indétectable par la TVA. Suivant la déduction de Loki, Mobius et une brigade d'agents de la TVA se rendent en 2050 dans l'Alabama en proie à une tempête dévastatrice. Mais c'est un piège tendu par le variant que rencontre Loki et qui est une version féminine de lui, se présentant sous le prénom de Sylvie. Il la suit quand, grâce à un pas temporel, elle s'enfuit.
 

Sylvie veut détruire la TVA et se venger de Renslayer qui l'a arrachée à sa ligne temporelle quand elle était encore enfant. Loki, qui espère s'attirer les bonnes grâces de la juge, la sauve et dérobant le pad temporel de Sylvie, se téléporte avec elle loin des locaux de la TVA. Ils atterrissent sur Lamentis-1 en 2077, une lune qui est sur le point d'être détruite dans la collision avec la planète dont elle est le satellite. Mais le pad temporel a été endommagé dans le déplacement et Loki comme Sylvie sont coincés ici.


D'abord furieuse contre Loki, Sylvie se désole de ne pouvoir accomplir sa vengeance, ce qui émeut Loki au point qu'il créé une variation détectée par les radars de la TVA. Mobius et des agents arrivent pour les capturer. Renslayer sépare les prisonniers mais interdit Mobius d'appocher à nouveau Loki comme Sylvie, qui prétend pourtant que tous les agents de la TVA sont des variants arrachés à leur ligne temporelle. Ces mots troublenr suffisamment Mobius pour qu'il désobéisse à Renslayer et libère Loki, coincé dans une boucle temporelle. La juge, mécontente, châtie Mobius en le désintégrant, puis emmène Loki et Sylvie devant les Gardiens du Temps. Sylvie désarme Renslayer et décapite un des Gardiens qui n'est qu'un pantin robotique. Médusés, Sylvie ne peut éviter à Loki d'être à son tour désintégré par Renslayer qu'elle désarme et à qui elle réclame des explications.
 

Loki revient à lui dans le Néant, une dimension-dépotoir où échoue tous les variants, et où il est accueilli par quatre de ses versions d'âges et d'espèces différentes. Ils rejoignent un abri souterrain pour se protéger du monstre Alioth qui veille à ce qu'ils ne quittent pas ce monde. Pendant ce temps, Sylvie est acculée par Renslayer que des agents de la TVA sont venus sauver. Pour leur échapper, Sylvie se désintègre. Son plan est de retrouver Loki et il réussit, Mobius est là aussi. Ensemble, Loki et Sylvie vont affronter Alioth pour découvrir quel est son maître, qui doit être le chef de la TVA, tandis que Mobius retourne dans les locaux de l'organisation pour neutraliser Renslayer.
 

Une fois Alioth vaincu, Loki et Sylvie atteignent la Citadelle de la Fin des Temps où ils sont attendus par Celui qui demeure, le créateur de la TVA et protecteur du Multivers depuis une guerre l'ayant opposé à ses variants. Fatigué par sa tâche, il est disposé à passer le relais et Loki accepte. Mais Sylvie préfère se venger des souffrances qu'elle a subies et renvoie Loki à la TVA puis tue Celui demeure. Loki retrouve Mobius pour l'alerter de la nouvelle donne mais celui-ci ne le reconnaît pas. Loki comprend alors qu'il est dans une TVA d'une autre ligne temporelle et que le Multivers a renoué avec le chaos de ses origines.

Jusqu'à présent, Le MCU sur Disney +, c'était un peu du hit or miss. Pour une série WandaVision extraordinaire, on avait ensuite The Falcon et le Soldat de l'Hiver très décevant. Pourtant, je conservais la foi et ma confiance en Loki pour redresser la barre car une production avec le dieu asgardien de la malice promettait de ne pas être de tout repos.

Cette saison de six épisodes sera, on le sait à la toute fin du dernier épisode, dans une scène post-générique, prolongée par une nouvelle livraison, sans doute en 2022 ou 2023. C'est une excellente nouvelle car on nous laisse sur un cliffhanger terrible, mais qui va sans doute être exploité entretemps dans de futurs films (notamment Dr. Strange and the Multiverse of Madness, Spider-Man : No Way Home et Ant-Man and the Wasp : Quantumania).

Donc, ce qu'acte Loki en premier lieu, c'est que désormais la notion de Multivers est effective dans le MCU et va animer plusieurs intrigues. Ce qui signifie que Kang va remplacer Thanos dans le rôle du méchant pour la Phase 4. Même si le conquérant temporel n'est pas explicitement nommé dans la série, il ne fait aucun doute que c'est bien une de ses incarnations qu'interprète Jonathan Majors dans le sixième chapitre puisque l'acteur révélé par la série Lovecradft Country jouera ce personnage dans Ant-Man 3.

Mais avant cela, la saison offre un divertissement réjouissant et complexe. L'histoire démarre après que Loki ait échappé aux Avengers (dans Avengers : Endgame) en dérobant le Tesseract. Sa fuite est de courte durée puisqu'il est capturé par la TVA, une organisation chargée de réguler le cours du temps pour éviter la création de lignes narratives alternatives. Cette institution est décrite par le scénariste Michael Waldron comme une bureaucratie absurde qui rappelle beaucoup celle du film Brazil (Terry Gilliam, 1985 - d'ailleurs le récit fait une escale lors de cette année, et ce n'est certainement pas un hasard). A sa tête, on trouve l'implacable juge Ravonna Renslayer, que les fans de comics savent liée à Kang le conquérant de manière romantique.

Confié à l'agent Mobius, Loki accepte de l'aider à résoudre une sombre d'affaires sur un variant qui assassine des agents de la TVA. La première surprise viendra du fait que le tueur est une femme qui est une Loki (mais pas Lady Loki, telle qu'elle a été imaginée par J. Michael Straczynski dans son run sur Thor, et pas davantage l'Enchanteresse, connue aussi sous l'alias de Sylvie Lushton). Celle-ci veut détruire la TVA pour se venger de Renslayer qui l'a enlevée enfant de sa ligne temporelle. Loki tente d'abord de la neutraliser, comptant là-dessus pour que la juge lui accorde sa clémence, puis à la suite d'une manoeuvre maladroite, prend le parti de Sylvie en comprenant grâce à elle que tous les agents de la TVA sont des variants retirés de leur époque et mentalement conditionnés pour être des fonctionnaires servant une organisation aveuglément.

La série fait le portrait de (ces) Loki en cavale en insistant sur le fait que le dieu de la malice est une sorte d'anarchiste dangereux pour l'ordre du temps, le Multivers, contre la TVA qui est composée d'agents dociles, soumis. C'est astucieux. Et efficace. Mais surtout, la série se déploie de manière très intelligente et rigoureuse, en exploitant de manière toujours lisible le voyage dans le temps et ses conséquences alors qu'il s'agit d'un matériau casse-gueule. La meilleure illustration se trouve dans la façon dont le récit explique comment Sylvie parvient à rester indétectable puisqu'elle se cache dans des apocalypses, littéralement des fins des temps, où tout disparaît et donc est négligé par la TVA. 

C'est aussi dans une fin des temps que Loki et Sylvie, au terme de leur périple mouvementé, trouveront celui qui a les réponses à leurs questions, avec Celui qui demeure (qu'on peut identifier comme étant soit Kang soit Immortus, une version encore plus futuriste et plus sage de Kang - le scénario laisse un flou sur ce point, afin que cela soit tranché dans Ant-Man 3).

Loki a un autre héros avec le personnage de Mobius, qu'on devine amoureux de Ravonna Renslayer, mais que sa rencontre avec Loki puis Sylvie va bouleverser. Déjà traversé par des souvenirs de sa vie précédente (avant qu'il n'intègre la TVA) mais qu'il interprète comme des fictions sans fondement, il va comprendre que lui comme tous ses collègues sont des variants, arrachés à leur existence, à leur époque, pour servir la TVA. Le récit interroge alors le libre-arbitre d'individus conditionnés pour servir une cause plus grande qu'eux et donc la légitimité d'un tel conditionnement et par conséquent les conséquences de la révolte de ces individus quand ils découvrent ce qu'on leur a fait. A l'ébranlement éprouvé par Mobius répond le dévouement absolu de Ravonna Renslayer (même si, là aussi, le scénario ne l'explique pas, et sur ce point, c'est un peu plus frustrant car j'aurai aimé savoir si elle connaissait Kang/Immortus ou allait elle aussi à la fin chercher à le rencontrer).

Cette construction narrative en miroir évoque de manière troublante mais beaucoup plus aboutie le Taskmaster dans Black Widow, capable de reproduire à l'identique les mouvements d'attaque de ses adversaires après les avoir étudiés. Ici aussi, il est question de reflet, de doubles (et de triples, quadruples, etc, comme on le voit dans l'épisode 5 avec les versions Kid/Classic/Black et même Alligator de Loki dans le Néant), mais qui se définissent les uns par rapport aux autres et non en cherchant à se copier. Evidemment, le cas de Sylvie est le plus passionnant et il restera comme une des grandes réussites de la série.

En effet, dans une scène particulièrement vertigineuse de l'épisode 4, on assiste à l'émotion qui gagne Loki lorsqu'il apprend dans quelles circonstances son variant féminin a été arrachée à sa ligne temporelle par la TVA (à une époque où Renslayer n'était qu'un agent parmi d'autres). Touché par cette confession, Loki prend la main de Sylvie, de manière sincèrement compatissante. Mais on devine que ce geste en dit beaucoup plus car l'éclairage, le décor évoquent un moment romantique et désespéré. Loki et Sylvie tombent amoureux (ou du moins Loki tombe amoureux de Sylvie assurément, à cet instant). On peut voir cela comme du narcissisme à un degré absolu, ou comme l'illustration littérale, tragico-comique, de l'âme soeur. Toutefois, considérer la scène sous l'angle de l'ironie ou du sarcasme est annulé dans l'épisode 5 quand Sylvie embrasse Loki (confirmant qu'elle aussi a des sentiments pour son double). Mais c'est une romance dramatique comme le prouvera le dernier chapitre où Sylvie privilégie sa vengeance au pardon et au pouvoir offerts par Celui qui demeure et auquel Loki tente de la faire souscrire (pour leur bien à eux mais aussi pour celui du Multivers tout entier).

Merveilleusement bien écrite, la série est aussi superbement réalisée par Kate Herron, avec une photo magnifique, et une musique remarquable (de Natalie Holt). Et bien sûr les acteurs sont tous magistraux. Tom Hiddleston nous régale du début à la fin, avec un jeu à la fois subtil et cabotin, il n'est plus limité par la paire qu'il formait avec Chris Hemsworth dans Thor ou Avengers et habite son personnage, le dotant de nuances inédites. Owen Wilson campe un Mobius attachant dont le duo avec Loki fait des étincelles, grâce à lui la série se mue en une sorte de buddy movie étrange, amusant et savoureux. Sophia di Martino incarne Sylvie et lui donne à la fois du charme et de la détermination, élevant le personnage au-delà d'un simple variant du héros, une vraie révélation, et assurément une anti-héroïne qu'on reverra. Enfin Gugu M'Batha-Raw est impeccable dans la peau de la juge Renslayer, élégante et froide, pleine de mystère et peut-être dépassée in fine par la cause qu'elle sert avec zèle.

Pour la bonne bouche, je veux aussi mentionner le fabuleux Richard E. Grant qui compose un Old Loki irrésistible et flamboyant. Et citer aussi l'ahurissant Alligator Loki, géniale invention, source de gags hilarants dans l'épisode 5.

Loki se hisse au niveau de WandaVision (l'émotion brute en moins) et ouvre les portes aux futures grandes manoeuvres de la Phase 4 du MCU : soyez prévenus, si vous passez à côté, vous le regretterez.