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lundi 11 juillet 2022

THE TWILIGHT CHILDREN, de Gilbert Hernandez et Darwyn Cooke


Ce Lundi, comme les précédents, je vous propose la critique d'un comic indé. Cette fois, je triche un peu puisqu'il s'agit d'un titre édité par le défunt label Vertigo, qui était le refuge des productions les plus indépendantes de DC Comics. The Twilight Children est aussi, surtout, la dernière BD dessinée par Darwyn Cooke, et écrite spécialement pour lui par Gilbert Hernandez.


Sur la plage d'un petit village de pêcheurs, trois gamins - Jael, Grover, Milo - s'amusent près de l'entrée d'une grotte lorsqu'ils sont rappelés à l'ordre par Bundo, un homme dont la rumeur raconte qu'il a jadis provoqué l'incendie de sa maison dans laquelle périrent sa femme et ses enfants. Mais soudain, à la surface de l'eau apparaît une sphère blanche. Le shériff arrive et, à la nuit tombée, les pêcheurs tentent de la tirer sur le sable avec leurs filets - en vain. Bundo veille sur la sphère mais s'assoupit et elle disparaît... Pour réapparaître dans la chambre de Anton où il se trouve avec la belle Tito, femme de Nikolas. Le lendemain, un scientifique, Felix, arrive mais ne relève rien d'anormal. Les trois enfants retournent dans la grotte et touchent la sphère qui y est. Une tempête s'abat sur le village. Les trois gosses ont perdu la vue... Le soir, Bundo aperçoit sur la plage une jeune femme nue contemplant l'horizon...


La présence dans le village de l'inconnue semble réveiller toutes les passions. Tito délaisse Anton pour séduire Felix, ce qui agace le shériff, alors que le scientifique est troublé par l'inconnue. Deux agents secrets débarquent, déguisés en touristes, Felix interroge Ela, puisque c'est ainsi que la nomment les trois enfants avec lesquels elle s'amuse. Mais il disparaît brusuqement. Le shériff le retouve au amtin suspendu, nu, dans un arbre, totalement désorienté. Anton et Nikolas conspirent pour attirer Felix dans la grotte afin de le supprimer mais c'est Anton qui disparaît à son tour...


Felix décide de plier bagages mais Tito tente de le retenir puis de le convaincre de l'emmener avec lui. Devant son refus, elle fait croire à une agression et le shériff embarque Felix. Ela arrive dans cette direction et paralyse les deux agents secrets en passant devant eux. Tito, jalouse d'elle, la frappe. Le shériff la calme. Les deux agents secrets se raniment mais le shériff leur ordonne de quitter le village. La nuit venue, Felix voit la porte de sa cellule ouverte et il s'aventure dehors. Les villageois errent dans les rues comme des somnanbules. Il rejoint Ela sur la plage et elle lui révèle la raison de sa présence...


Un nouvel agent secret arrive dans le village au matin, tout est revenu à la normale. Tito cache Ela dans le magasin de Nikolas, disparu mystérieusement. Le shériff tente de rassurer les deux jeunes femmes en promettant de faire déguerpir l'agent secret. Le soir venu, Felix retrouve Ela sur la plage où flottent dans le ciel plusieurs nouvelles sphères. Anton puis Nikolas réapparaissent, ce dernier soutient avec Felix Ela dans le combat qui s'annonce...

Il y a déjà six ans que Darwyn Cooke est parti et The Twilight Children restera donc comme le dernier comic-book qu'il a dessiné. Pourtant il est difficile de qualifier cette mini-série en quatre épisodes d'oeuvre testamentaire tant elle trasncende toute impression de dernière fois. 

Publié en 2015-2016, The Twilight Children est d'abord le cadeau d'un artiste à un un confrère admiré. Gilbert Hernandez est le frère de Jaime Hernandez, avec qui il a co-créé la série Love and Rockets (dont j'avais parlée dans ce blog pour les deux volumes traduits sous le titre Locas). Gilbert Henrandez adorait le travail de Darwyn Cooke et savait que ce dernier aspirait à tenter quelque chose d'imprévu.

C'est pour cette raison que Cooke, par exemple, refusa de dessiner un des épisodes de The Multiversity écrit par Grant Morrison, qu'il jugeau trop rétro. Connu pour ses récits sur le Silver Age comme DC : The New Frontier et ses adaptations de Parker d'après Richard Stark, Cooke voulait prouver qu'il était capable de raconter des histoires sinon plus actuelles du moins plus intemporelles. Il avait d'ailleurs annoncé, quelques moins avant son décès, écrire Revengeance pour Image Comics, une comédie policière noire, avant de replonger dans l'univers de Parker. Mais la maladie l'emporta avant qu'il ait pu mener ces projets à terme.

Artisan du "réalisme magique", Gilbertt Henrandez tricote une drôle d'intrigue ici, dans laquelle on peut reconnaître des motifs qu'il affectionne : ce petit village de pêcheurs ressemble à un endroit du Sud des Etats-Unis, à la frontière avec le Mexique, et les personnages sont des archétypes de la communauté latino - Tito la belle brune qui séduit tous les hommes, son mari Nikolas à l'allure plus citadine, son amant Anton plus viril et frustre, le vieux Bundo un peu fou, le shériff svelte et émacié, le docteur Domingo, etc.

Cet ensemble de personnages, dont aucun n'est plus important que l'autre, qui sont tous connectés par des jeux de relations qu'on devine anciens, forme la colonne vertébrale du récit choral. Le premier épisode nous les présente de façon simple, rapide, et profonde pourtant. On passe de l'un à l'autre, d'une scène à l'autre avec une remarquable fluidité. Le décor est dépaysant sans être caricaturalement exotique, ce sont des gens simples dans un endroit banal, mais liés entre eux par un mode de vie éprouvé.

Darwyn Cooke les dessine dans son style si reconnaissable : Tito, comme ensuite Ela, est une jeune femme avec de grands yeux, des cheveux soyeux, une taille fine qui met en valeur sa poitrine généreuse et ses hanches galbées ; Anton est plus âgé qu'elle, il porte moustache et bouc, affiche une carrure bien bâtie et respire la virilité tranquille ; Nikolas est un homme au physique avenant, élégant sans effort, au sourire franc, aux manières aimables mais qui n'est pas dupe des infidélités de sa femme et de l'attirance de Anton pour elle ; le shériff est un grand bonhomme élancé, aux traits taillés à la serpe, avec une moustache longue et noire et une barbichette pointue, qui a les sourcils toujours froncés et son chapeau vissé sur la tête ; Bundo promène son petit gabarit et son bedon, il a le crâne dégarni, sa dégaine trahit le peu de soin qu'il accorde à son apparence sans pour autant qu'il ressemble à un clochard...

Les enfants sont toujours des sujets difficiles à dessiner mais Cooke les anime avec une habileté remarquable, leur donnant un aspect conforme à l'âge qu'on leur prête. Les agents secrets sont dépeints comme des imbéciles qui tentent de se faire passer pour des touristes avec des chemises coloréess et des bermudas mais qui ne quittent jamais leurs lunettes noires, ce qui éveille évidemment l'attention de tous, et ce n'est pas l'enthousiasme trop débordant qu'ils mettent à saluer tout le monde qui trompe qui que ce soit. Il y a aussi cette femme en taileur pantalon noir, toujours le téléphone portable à la main, qui suit le shériff, et qui se distingue par son look sévère et classe. Enfin, Felix, le scientifique, débarque dans cette bourgade avec décontraction, dans son costume beige-chemise blanche, désinvolte, presque suffisant, la chevelure ébouriffée.

Grâce à ce travail prodigieux sur la caractérisation graphique, on voit l'investissement de Cooke dans ce projet. Hernandez lui avait pourtant soumis ses propres designs (reproduits dans les bonus du TPB) mais Cooke les a réinterprétés pour leur donner encore plus de personnalité, de présence. Les couleurs de Dave Stewart, subtilles et solaires, font le reste pour installer une ambiance chaleureuse et pourtant unquiétante, étrange.

L'histoire proprement dite est faussement simple. Quatre épisodes, c'est peu, et pourtant il demeure un sentiment de grande densité dans le propos. Par bien des aspects, The Twilight Children ressemble à un conte, une nouvelle. C'est une jeune femme étrange qui débarque de nulle part et qui doit sauver le monde. Pourtant, rien de spectaculaire dans ces pages : pas d'explosions retentissantes, à part une ève tempête qui traverse le village. Les sphères évoquent celles qu'on voit dans la série Le Prisonnier de Patrick McGoohan dans les années 60, et le fantastique reste discret, suggestif. On remarque ainsi que les événements suivant l'apparition de ces orbes enflamment les passions, Tito servant de révélateur, de mèche à laquelle on met le feu pour déclencher le chaos. 

Mais cette série n'apporte pas de réponses, de résolution toute faites. Cela pourra en frustrer certains, quand d'autres seront au contraire ravis que tout ne soit pas expliqué. Néanmoins, on apprend que ce qui se produit a des racines profondes dans ce village : la vérité sur la mort de la famille de Bundo, l'origine de Nikolas et son amour inconditionnel pour Tito, la mission de Ela, sa complicité avec les enfants, rien n'arrive au hasard. Ce coin a quelque chose de spécial, sans qu'on sache pourquoi lui, et pourquoi tout remonte à la surface maintenant (d'ailleurs il est difficile de dater l'époque de l'intrigue, seul le téléphone portable de l'assistante du shériff indique à la rigueur une certaine contemporanéité).

Gilbert Hernandez et Darwyn Cooke font plus appel à nos sens qu'à notre intellect pour savourer leur projet. Il y a quelque chose de bizarre et d'apaisant dans tout ça. C'est sans doute ce qui a plu à Cooke, qui, en effet, y a trouvé matière à raconter quelque chose qu'il n'avait jamais abordé auparavant. Jusqu'au bout, il nous aura émerveillés par son talent de conteur, son génie artistique. Quelle belle façon de tirer sa révérence, même s'il nous a quittés bien trop tôt. Et merci à Gilbert Hernandez de lui avoir offert ce récit unique dans tous les sens du terme.

lundi 22 novembre 2021

DES NOUVELLES NOUVELLES TOUTES FRAÎCHES

 Bonjour à tous ! J'espère que tout le monde va bien et je vous remercie pour commencer car je sais que cette entrée hebdomadaire concernant les news comics est suivie. Place donc à d'autres annonces communiquées ces derniers jours, l'actualité étant dominée par les Big Two.

DC COMICS :


Brandon Thomas écrit actuellement la mini-série Aquaman : The Becoming qui met en scène Jackson Hyde. Et il n'entend pas en rester là avec ce personnage. Aussi DC lui a-t-il adjoint...


... Chuck Brown, actuel scénariste de la mini-série Black Manta, pour s'occuper du retour d'Arthur Curry dans une nouvelle série mensuelle intitulée Aquamen, dont il partagera la vedette avec Jackson Hyde, Mera et Black Manta. On sait donc maintenant ce qui se cachait derrière le teaser Aquamen.


Les deux auteurs auront l'avantage de disposer de l'excellent Sami Basri pour dessiner ces nouvelles aventures. J'apprécie cet artiste au trait précis et élégant, qui a un peu touché à tout chez DC (dernièrement, il officiait sur Harley Quinn, avant le relaunch de Stephanie Phillips et Riley Rossmo).


Travis Moore officiera sur le titre comme cover-artist. Ce sera le grand retour d'Arthur Curry, qui a fêté cette année, ses 80 ans d'existence, et qui récupère au passage son look original avec sa côte de maille orange. Sami Basri a présenté ses characters designs et quelques planches non lettrées ont été diffusées avant la parution du n°1 en Février prochain : c'est beau et j'ai envie d'y croire.



Si Spurrier fait feu de tout bois en ce moment : la semaine dernière, il révélait son nouveau projet avec Matias Bergara (Step by Bloody Step, chez Image). Et maintenant il est de retour chez DC, après avoir écrit John Constantine : Hellblazer.


Il renouera à cette occasion avec le dessinateur Aaron Campbell, qui illustrait justement son Hellblazer. Les deux compères auront la responsabilité d'une mini-série de prestige en trois épisodes, au sein du Black LabelSuicide Squad : Blaze.


Suite à l'apparition d'un méta-humain aussi puissant que Superman mais sans morale, Harley Quinn, Peacemaker, Captain Boomerang et King Shark sont missionnés pour activer le programme Blaze, qui consiste dans la formation de cinq super-vilains. La sélection est sans appel : soit on la réussit, soit on est exécuté par les instructeurs ! C'est sûr, ça ne va pas rigoler !

*
MARVEL COMICS :


Marvel a donc décidé de tuer le Dr. Strange dans une mini-série actuellement en cours de publication (écrite par Jed MacKay et dessinée par Lee Garbett). Il semble même que l'éditeur veut se passer pour un long moment (voire défintivement !) de Stephen Strange. Mais pas de laisser la Terre sans sorcier suprême ! Aussi, en Mars 2022, un nouveau mensuel, Strange, sera lancée, avec le nouveau/nouvelle détenteur/trice du titre. pas d'équipe créative annoncée pour l'instant, mais faîtes vos paris sur l'identité du successeur de Stephen Strange (je mets une pièce sur La Sorcière Rouge car ce serait un moyen spectaculaire de réhabiliter ce personnage) et ceux qui réaliseront cette série (je pense que Jed MacKay va rester à l'écriture. Pourquoi pas avec Valerio Schiti au dessin ?).


Début de semaine dernière : ce teaser. On y voit un nouveau Wolverine, à la peau noir, avec quatre griffes, et surtout le titre What if...? Hé oui, c'était couru d'avance, après la série sur Disney +, Marvel relance sa collection de one-shots.


Puis, quelques jours plus tard, cette nouvelle image où on voit Miles Morales dans le rôle de Captain America. Pour ceux qui se souviennent de Civil War II, c'est savoureux (puisque dans l'event de Brian Michael Bendis et David Marquez, Miles était vu par l'Inhumain Ulysse comme l'assassin de Captain America). Si Marvel n'a rien dit de plus pour l'instant, il parait évident qu'on va avoir droit à une (mini ?) série What if... ? avec Miles Morales qui incarnera divers héros emblématiques, à partir de Mars prochain. D'ici à s'en réjouir, il y a un pas que je ne franchirai pas (surtout que Marvel n'est pas pressé pour relancer Captain America et que bon, Wolverine, on en bouffe déjà assez comme ça).
  

Tim Seeley est un drôle de scénariste, capable du meilleur (Grayson, son creator-owned Revival) et du pire (au hasard le crossover improbable Injustice vs The Masters of the Universe - si, si, ça existe !). Là, on a droit au retour du Tim Seeley qui cachetonne puisqu'il va écrire Gwen-verse, avec donc plein de Spider-Gwen de plein d'univers parallèles (vous avez dit Multivers ? Hé oui, Marvel recycle !) qui vont se rencontrer dans une grande aventure palpitante.
 

Ce sera à partir de Février prochain et ce sera dessiné par Jodi Nishijima... Franchement, Marvel, vous avez que ça à proposer ?!

Ci-dessus : Patrick Gleason, un des artistes promus "stormbreakers" par Marvel. Déjà, ça c'est drôle parce que c'est pas exactement un perdreau de l'année, Pat, vu sa carrière chez DC avant son transfert à la Maison des Idées. Mais bon. Ce dessinateur, qui ne dessine plus beaucoup (préférant de plus en plus en écrire), officie désormais sur The Amazing Spider-Man depuis la fin du run de Nick Spencer, en compagnie de Zeb Wells et Kelly Thompson. Et, Patou vient d'en faire une belle...


La semaine dernière, je présentai la future méchante qu'allait affrotner Ben Reilly/Spider-Man : Queen Goblin. Je m'étais même moqué du design très moche de ce personnage qu'on doit à Gleason. Marvel, lui, promettait que l'identité secrète de la vilaine allait surprendre les fans... Sauf que Gleason, très en forme, a vendu la mèche tout seul en présentant le character's design de Queen Goblin en révélant son vrai nom : Ashley Kafka !
Les arachnophiles n'ont pas mis longtemps à retrouver sa trace : elle est apparue dans Spectacular Spider-Man #178 en 1991, un épisode écrit par J.M. De Matteis et dessiné par Sal Buscema. Donc, bon, pour la surprise, c'est raté. Mais peut-être que le plus marrant dans tout ça, c'était la conviction de Marvel que Ashley Kafka allait créér le buzz alors que tout le monde l'avait visiblement oubliée depuis belle lurette... Jusqu'à ce que Patou Gleason oublie de d'effacer son nom sur son dessin ! Rha, c'est ballot (mais c'esr rigolo) !

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ANNIVERSAIRES :
 

Je voulais terminer ce billet par deux anniversaires qui me tiennent à coeur. Le premier est triste puisque Mardi dernier, 16 Novembre, Darwyn Cooke aurait fêté ses 59 ans. Tous ses amis ont pensé à lui sur les réseaux sociaux, répétant combien il était un chic type et un génie des comics. Il me manque, il avait encore tellement à offrir, je l'adorai. Lisez, relisez, achetez ses livres : vous ne le regretterez jamais, Darwyn Cooke, c'est tout ce qu'on aime dans les comics et que cette saleté de cancer nous a pris.


Le deuxième est plus sympa puisque Jeudi dernier, 18 Novembre, Alan Moore a soufflé ses 68 bougies. Moore, c'est le patron, et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs ou des ignorants. Qui, à part lui, a changé irréversiblement la face des comics ces quarante dernières années ? Le mage de Northampton n'écrit, hélas ! plus de BD parce que l'industrie l'en a dégoûté en le grugeant, un terrible gâchis. Mais on peut lire, relire ses oeuvres : on n'en fera jamais le tour. Happy Birthday, Mr. Moore !

Sur ces belles paroles, je vous laisse. Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Et à bientôt pour de nouvelles et trépidantes aventures !

mercredi 20 juillet 2016

LUMIERE SUR... DARWYN COOKE

DC Comics réédite en Omnibus (de gros albums aux prix correspondants)
les premiers épisodes de plusieurs de leurs séries emblématiques
durant le golden age (1938-1954) et silver age (1956-1970).
Ces ouvrages bénéficieront de couvertures dessinées par
le regretté Darwyn Cooke.
En voici quelques-unes.
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samedi 14 mai 2016

DARWYN COOKE (1962-2016)

C'est avec une immense tristesse que j'apprends le décès de
Darwyn Cooke
Il avait 54 ans.

Tous ceux qui suivent ce blog savent l'admiration que j'avais pour cet auteur complet, un authentique génie du 9ème Art. L'émotion me serre la gorge, j'ai du mal à exprimer la perte que cela représente pour le fan que je suis.
La disparition de ce géant me rappelle cet échange entre Billy Wilder et William Wyler aux obsèques de Ernst Lubitsch quand le premier se désola en disant : "C'est terrible. Plus de Lubitsch." et que le second lui répondit : "Pire : plus de films de Lubitsch !". Hé bien, là, c'est pareil : plus de Cooke - pire : plus de comics de Cooke !

Je citerai aussi Brian Michael Bendis qui, sur son blog, a eu ces mots très justes, à défaut de consoler : The best way to celebatre the passing of an artist is to sit with their work and enjoy it one more time. Try Darwyn Cooke's New Frontier."

Au revoir, Mr Cooke. Et merci pour toutes ces merveilleuses bandes dessinées, toutes ces divines heures de (re)lectures passées et à venir.

mardi 28 juillet 2015

Critique 675 : RICHARD STARK'S PARKER - BOOK 4 : SLAYGROUND, de Darwyn Cooke


RICHARD STARK'S PARKER : SLAYGROUND est le 4ème récit complet (après The Hunter ; The Outfit et The Score) écrit et dessiné par Darwyn Cooke adapté d'un roman de Richard Stark (alias Donald Westlake), publié en 2013 par IDW.
Deux histoires composent ce volume : Slayground comprend 78 pages, et The Seventh 13 pages (réalisée en 2011).
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- Slayground. A Buffalo City (état de New York), durant l'hiver 1969, Parker et 2 complices, Grofield et Laufman, braquent un fourgon blindé transportant 73.000 $. 
En prenant la fuite, Laufman perd le contrôle de leur voiture, paniqué par les sirènes de police toutes proches. Ses deux acolytes k.o., Parker choisit de fuir, seul, avec le butin, et se réfugie à l'intérieur d'un parc d'attractions fermé pour la saison, "Fun Island.
Mais Benito Lozini, fils du parrain local, surprend le voleur dans sa cavale et entreprend avec quelques hommes de l'éliminer et récupérer son magot. Parker repère rapidement les lieux et se prépare à affronter ces adversaires, commençant (sans savoir qui il est) par tuer Benito. Le père de celui-ci prend alors les choses en main, avec une petite armée, pour venger son fils. Deux filcs ripoux sont aussi de la partie.
Parker comprend alors qu'il doit sortir de là, quitte à y laisser l'argent, et que la seule issue est l'entrée du parc.

Après avoir lu Slayground, plusieurs interrogations assaillent le fan de ces adaptations des séries noires de Richard Stark par Darwyn Cooke.

En effet, après The Score, le précédent tome de cette collection, Cooke avait annoncé vouloir s'attaquer à The Handle (Parker reprend son vol en v.f.), un des meilleurs épisodes de la série. Pourquoi a-t-il changé de programme ? Mystère. Mais il semble que l'artiste canadien ait traversé (traverse toujours ?) une période de doute, l'ayant conduit à modifier ses plans : depuis il a annoncé successivement une mini-série en trois épisodes chez Image Comics, Revengeance - prévue à partir de Juin 2015, rien n'est sorti... - puis, dernièrement, à la San Diego Comic Con, son nom a été affiché à côté de celui de Gilbert Hernandez pour un nouveau projet (qu'il se contentera de dessiner), Twilight Children. Quant à un cinquième (et dernier ?) opus de Parker, Cooke a promis qu'il voulait adapter Butcher's Moon (l'histoire qu'il préfère) en 2016...

Dérouté par tous ces rebondissements, j'ai longtemps tourné autour de Slayground, hésitant à poursuivre l'aventure qui semblait compromise, avant qu'on me l'offre finalement. Je ne le regrette pas, même si le compte n'y est pas complètement : il faut bien admettre qu'il n'atteint pas la qualité (extraordinaire, il est vrai) des précédentes adaptations...

Il est toutefois délicat de faire le difficile devant une production qui demeure supérieur au tout-venant des comics. Darwyn Cooke reste fidèle au haut degré d'exigence affiché depuis le début de la collection. Comme par le passé, on a droit à une nouvelle leçon de storytelling, d'autant plus magistrale qu'elle fonctionne selon de nouveaux procédés aussi bien narratifs que visuels.

Slayground ressemble à un pur exercice de style : son intrigue réduite à sa plus simple expression (un gangster coincé dans un lieu contre une horde de malfrats) est un défi dont on saisit l'attractivité pour un artiste comme Cooke. 

Le décor unique (le parc d'attractions de Fun Island), la préparation des pièges, la bataille déséquilibrée, même le dénouement convenu (puisque, ça n'est pas un spoiler, Parker s'en sort bien sûr), sont autant de figures imposées que le scénariste-adaptateur doit rendre palpitants et auquel le dessinateur doit donner vie.

Ensuite, il faut soutenir un récit quasiment muet, mu par l'action, dénué de psychologie (si ce n'est les efforts tactiques déployés par Parker). C'est sur ce point qu'on pourra être frustré, sinon déçu, car Slayground ne permet pas d'enrichir la caractérisation du héros - tout juste aura-t-on une nouvelle confirmation du génie criminel qu'est Parker, dont le sang-froid et la brutalité semblent l'établir comme un personnage supérieur à tous ses homologues. Evidemment, à ce compte, les seconds rôles n'existent pas au-delà de simples clichés (le parrain et son fils, les flics corrompus, les hommes de main). Grofield ne fait que de la figuration, Laufman aussi.
(Et là, bien entendu, on déplore que Cooke ait abandonné l'adaptation de The Handle, avec son casting fourni et charismatique et son intrigue spectaculaire et touffue...)

Ce qui semble avoir particulièrement motivé Cooke, c'est, outre l'exploitation du décor du parc d'attraction, le désir d'imposer Parker comme une sorte de super-gangster, figure mythologique, mis à l'épreuve dans une situation où il est isolé, mais triomphant de tout (et tous) grâce son sens de l'anticipation et sa présence physique supérieurs à ses ennemis. Si tel était l'objectif, c'est indéniablement réussi.

Vous l'aurez deviné, ce tome vaut donc surtout pour son brio formel. Cooke ne s'y serait pas pris autrement s'il avait voulu démontrer à toute la profession sa maestria, mais en même temps, qui ignore encore le talent du bonhomme ?

La représentation des personnages est dépouillée à l'extrême tout en se référant à l'esthétisme des années 50-60, avec des traits simples et bruts qui flirtent avec l'abstraction. Un examen attentif des images et de leur découpage prouve que Cooke ne garde que l'essentiel pour que le regard du lecteur assimile immédiatement les informations qu'il veut communiquer : cela aboutit à une lecture rapide tout en étant particulièrement intense car on ne veut pas risquer qu'un élément nous échappe.

Lire les Parker de Cooke revient à avancer dans le terrain balisé du polar tout en étant constamment déstabilisé par l'épure graphique de l'artiste : il tire le maximum des effets que lui inspire le décor avec une variété d'angles de vue, de valeurs de plans, tout à fait surprenante et virtuose. 

Pour ne pas égarer le lecteur et lui faire admettre que Parker peut s'en sortir malgré la situation très compromise à laquelle il fait face, Cooke intègre même un plan du parc d'attraction avec un dépliant (pages 26-27-28) ! C'est tout sauf une facilité ou un gadget, mais une extension de la planche de bande dessinée via le support qu'on trouverait dans un endroit pareil pour se repérer. Lorsque ensuite on suit Parker dans les différentes îles de Fun Island, en découvrant comment les outils conçus pour divertir les visiteurs deviennent autant d'armes pour un fugitif contre des poursuivants et leur arsenal, on n'a aucun problème pour savoir où on est ni pour admettre le détournement que fait Parker du matériel sur place. C'est aussi la preuve que Cooke, comme s'il s'était inspiré d'un décor authentique, a effectué un travail de repérage, qui solidifie l'édifice de son adaptation.

Econome en texte, Slayground doit donc fonctionner suivant de nombreuses séquences muettes. Dès l'ouverture, Cooke nous immerge dans les tonneaux de la voiture des bandits sur une chaussée enneigée et glissante, en nous y préparant selon la méthode d'Hitchcock (la nervosité de Laufman et les mises en garde de Grofield sur sa conduite annoncent l'accident inévitable).

Lorsque Parker visite les pavillons du parc d'attraction et prépare les pièges pour "accueillir" les hommes de Lozini, Cooke se passe là aussi facilement de texte en rendant chaque geste de son héros bien lisible, même si là, en revanche, on découvrira le moment venu comment ses ruses fonctionnent.

Le noir et blanc, rehaussé de gris, dramatise puissamment ce théâtre des opérations, rendant oppressant le cadre pourtant fantaisiste où se concentrent les personnages. Sans aller aussi loin dans la radicalité que Frank Miller (dans Sin City), Cooke joue avec des formes, des silhouettes, des lumières et des ombres aux contrastes appuyés. 

Slayground est une curiosité, quasiment une expérimentation, à la fois dans la collection des Parker et plus généralement dans l'oeuvre de Cooke. Il pourrait très bien s'agir d'un récit dont Parker ne tiendrait pas le rôle principal puisque rien ne vient le préciser. Ainsi donc, on lit cet album comme un très brillant exercice de style, plus que comme une aventure enrichissant la mythologie de la série. Impressionnant visuellement donc, mais plutôt creux scénaristiquement.
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- The seventh. Parker dérobe dans un stade la coquette somme de 115 000 $ avec six compères. Il doit veiller sur la somme jusqu'au partage et, en attendant, retrouve dans un hôtel Ellie, une jeune femme. Mais celle-ci a été assassinée par un des membres du groupe, qui abat ensuite les autres lancés à sa recherche. Parker le rattrape dans un chantier de construction d'immeubles, bien décidé à s'en débarrasser mais après avoir récupéré l'argent.

Peut-être parce qu'avec ses 80 pages, l'album était un peu maigrelet, Darwyn Cooke et IDW l'ont complété avec The 7eventh, bien qu'il ne s'agisse ni d'une suite ni d'un épilogue à Slayground.

Cette course-poursuite, en noir et blanc avec des à-plats orange et quelques trames, est cependant également épatante : la concision de l'argument, la violence omniprésente, donnent une efficacité redoutable à la lecture. 

Mais ces qualités sont aussi les défauts de l'entreprise qui, au même titre que Slayground, n'ajoute rien à la légende de Parker. Tout cela est totalement dénué de suspense et ne comporte aucun élément psychologique supplémentaire enrichissant la série et son héros.

Reste que Cooke y déploie un tel savoir-faire qu'on peut penser qu'il arriverait à rendre passionnant n'importe quoi : c'est un page-turner imparable. Mais, attention quand même : ce serait dommage qu'un tel talent ne serve qu'à illustrer des choses aussi anecdotiques.

Quel que soit le prochain projet du canadien, on espère qu'il renouera avec une histoire plus consistante... Et qu'il n'en ait pas fini avec Parker. 

samedi 14 mars 2015

Critique 585 : DC : THE NEW FRONTIER - THE DELUXE EDITION, de Darwyn Cooke (avec Dave Stewart)


DC : THE NEW FRONTIER - THE DELUXE EDITION rassemble en un seul volume l'intégralité de la mini-série en 6 épisodes écrite et dessinée par Darwyn Cooke, publié en 2005 par DC Comics ( 400 pages).

Suit JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER SPECIAL, publié en 2008 à l'occasion de la sortie en DVD de l'adaptation en dessin animée, avec trois courts récits :
THE GREATER GOOD, par Darwyn Cooke (25 pages) ;
DRAGSTRIP RIOT, écrit par Cooke et dessiné par Dave Bullock (6 pages) ;
- et WONDER WOMAN AND BLACK CANARY, écrit par Cooke et dessiné par J. Bone (5 pages).

Le livre est complété par une préface de Paul Levitz (2 pages), une galerie des couvertures (13 pages), des annotations (12 pages), un sketchbook et les coulisses du livre (34 pages), deux postfaces de l'auteur (2 pages) et une section réservée à la conception visuelle du dessin animé (8 pages).
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J'avais déjà rédigé une critique (entrée n° 22 de ce blog) de le version française, traduite par Panini Comics en 3 tomes, intitulée LA NOUVELLE FRONTIERE, ici :


Et une critique (entrée n° 23 de ce blog) de la version française du chapitre supplémentaire (The Greater Good), disponible dans le n° 55 de "Comic Box", ici :

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Cette nouvelle édition, en version originale, à un prix abordable, propose aussi une quantité de documents originaux ou rares, avec des planches inédites réintégrées à l'histoire.

Je ne vais donc plutôt détailler le contenu de ce très bel album (et je le ferai en plusieurs fois car j'ai pris pas mal de notes), la version définitive de ce grand classique, qui mérite sa place à côté de Watchmen (auquel on l'a souvent comparé). 
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(Extraits de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre I.
Les Losers sur Dinosaur's Island en 1945.)

Darwyn Cooke ouvre son histoire par une page de texte situant la mission des Losers, partis à la recherche d'un groupe de soldats dont la mission était d'exfiltrer en traversant le Pacifique un savant nazi. Puis il enchaîne avec un premier gros chapitre d'une quarantaine de pages (Analog Heroes).

Comme il l'explique dans les annotations, il s'agissait de rendre hommage aux bandes dessinées de guerre qu'il lisait enfant et dont il était plus fan que les comics de super-héros - d'ailleurs Cooke avoue aussi qu'il a pris plus de plaisir à dessiner les personnages d'aventuriers que les surhommes dans son projet, avec une affection spéciale pour les Challengers of the Unknown (qui sait, peut-être qu'un jour, DC Comics et lui concrétiseront un projet avec ce groupe de personnages créés par Jack Kirby, qui inspirèrent ensuite Fantastic Four écrits par Stan Lee pour Marvel Comics ?).

La toute première page dessinée de DC : The New Frontier est aussi audacieuse dans la mesure où Cooke y montre, sans que le lecteur le sache encore, le vrai méchant de l'histoire, la fameuse Dinosaur's Island (dont on découvre le "fonctionnement" dans le sketchbook) alias le Centre - (re)découvrir que l'ennemi est là dès le départ rend encore plus savoureux l'enjeu dramatique lorsqu'on relit la mini-série.

Dans ce premier chapitre, Cooke a déjà rajouté trois planches inédites (pages 42 à 44), qui sont à l'image de toutes les autres : elles fluidifient le récit, les enchaînements des événements. Ici, ainsi, on remarque mieux l'impact historique de l'armement atomique des Etats-Unis, la victoire des alliés avec le concours déterminant des américains en Europe (une apparition du Sergent Rock au passage), mais aussi le début effectif de la guerre froide entre les blocs de l'Ouest et de l'Est qui aboutira au Maccarthysme.

Cet épisode de l'Histoire américaine, aussi désigné comme la "Peur rouge" (Red Scare) ou "chasse aux sorcières" (witch hunt) s'est déroulé de 1950, sous l'impulsion du sénateur Joseph McCarthy jusqu'en 1954. Pendant ces deux années, une commission nommée par le président Harry Truman était chargée de traquer de présumés agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis et fit régner une ambiance de délation et de terreur.

Cette période est l'autre base de la saga de Cooke, qui étend son influence aux "Mystery Men", les justiciers masqués soupçonnés d'être des ennemis de la nation parce qu'ils cachaient leurs identités civiles derrière des masques : c'est ainsi qu'est mise en scène la retraite de la Justice Society of America, les super-héros de l'âge d'or (les premiers Green Lantern et Flash, Wildcat, la première Black Canary, Wildcat, Dr Mid-Nite, Hawkman, Dr Fate). On voit aussi pour la première fois dans cette édition que Captain Marvel/Shazam, le Spectre quittèrent la scène au même moment, tandis que Batman prenait le maquis.

Enfin, on assiste à la rencontre entre Hal Jordan, encore gamin, et son idole, ami de feu son père, Chuck Yeager, le premier pilote à avoir franchi en avion le mur du son, en 1947.
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Le chapitre II (State of the Union Suit) est nettement plus bref (7 pages), mais cela révèle l'élasticité du rythme selon Darwyn Cooke, qui explique aimer ponctuer des séquences denses et longues avec d'autres plus concises, en utilisant des artifices narratifs variés (comme ici, une fausse coupure de journal avec un article sur la "mort" de Hourman, le combat entre Superman - aux ordres du gouvernement - et Batman - opérant dans la clandestinité - et la naissance de la Task Force X aka la Suicide Squad - dont le chef est Rick Flagg, rescapé de Dinosaur's Island).

Au sujet du duel entre Superman et Batman, il est curieux de le voir d'abord daté de 1952 puisque ensuite, dans les suppléments de Justice League : The New Frontier Special #1 (The Greater Good), on apprend en détail les circonstances de leur bagarre... Qui se passe alors en 1955 ! Comme tout concorde (le lieu du combat, son issue, la manière dont Batman s'en sort), il ne peut s'agir d'un second affrontement, une sorte de revanche, d'autant plus qu'il s'agit en fait d'une mascarade, à laquelle a participé Wonder Woman pour établir une "union sacrée" entre elle, Superman et Batman.

Dans le cadre d'un scénario aussi bien écrit que celui de DC : The New Frontier, c'est une bizarrerie chronologique surprenante. A moins que Darwyn Cooke ait commis une maladresse parce qu'il a réalisé JL : TNF trois ans après DC : TNF  et qu'il a pu se tromper dans les dates au moment d'ajouter ce chapitre (qui est d'ailleurs mentionné, dans le bonus, comme un appendice non pas au chapitre II mais X !).
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Si 7 ans séparent les chapitres I et II, le chapitre III (Heavy Traffic in Mig Alley) démarre en 1953, plus précisément le 27 Juillet : la date ne doit rien au hasard puisque c'est ce jour-là que fut signé l'armistice dans le conflit coréen. La guerre de Corée opposa le Nord du pays, soutenu par l'U.R.S.S. et la Chine, et le Sud, soutenu par les Etats-Unis : il s'agissait pour les russes de rattacher les 2 parties au bloc soviétique.

Le conflit débuta trois ans auparavant, le 25 Juin 1950, et les forces armées américaines furent envoyés sur place par le président Harry Truman, successeur de Franklin Roosevelt (dont il fut le vice-président), de 1944 à 52. Il fut remplacé par Dwight Eisenhower qui participa donc à la fin des hostilités.

Dans ce chapitre, nous retrouvons surtout Hal Jordan, alors membre de L'USAF : son meilleur ami, Ace Morgan (qui deviendra le leader des Challengers of the Unknown), plus âgé que lui et plus haut gradé, rédige un rapport à son sujet dans lequel il signale qu'il refuse de tuer ses ennemis en mission mais souligne ses exceptionnelles qualités de pilote.

Cooke développe une séquence d'une intensité exceptionnelle, dans laquelle il rend hommage à Alex Toth, dont il admirait les chorégraphies aériennes dans ses comics, mais aussi d'une ironie mordante, en mettant en scène l'unique exécution de Jordan contre un soldat coréen, qui ignore que la paix a été conclue.

C'est également dans ce chapitre qu'on fait la connaissance de Lois Lane, reporter de guerre, accompagnée par un tout jeune Jimmy Olsen : l'âge de ce dernier, s'il n'est pas précisé, va permettre à l'auteur de jouer sur la temporalité de son récit puisque lorsqu'on le reverra, toujours aux côtés de sa collègue, il aura quelques années de plus et une attitude plus grave.
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 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre  IV.
Wonder Woman et Superman en Indochine, en 1954.)

Une guerre chasse l'autre, ce qui résume bien le XXème siècle, et après la Corée, l'action au début de chapitre IV (Gods and Monsters) se déplace en Indochine où Wonder Woman et Superman sont présents, officiellement en toute neutralité, comme assistance humanitaire, mais la vérité se révèle différente.

La guerre d'Indochine opposa les Viêt-minhs et la France et s'est déroulée de 1946 à 1954 pour aboutir à l'indépendance du Cambodge, du Laos et du Viêtnam.

Darwyn Cooke ne cache pas, dans les bonus, que son super-héros favori est en fait... L'amazone Wonder Woman. Cette affection se traduit non pas par un traitement angélique du personnage mais bien par une caractérisation puissante, contrastée, aussi bien psychologiquement (Superman découvre qu'elle a pris la défense de femmes prisonnières auxquelles elle a autorisé une vengeance sanglante contre leurs geôliers) que physiquement (il la dessine athlétique et même plus grande que Superman).

De fait, Wonder Woman incarne une figure émancipée et émancipatrice, cherchant à établir la paix, y compris par l'usage de la force, mais dans un réel souci de justice, en marge des intérêts politiques du gouvernement américain, alors que Superman est montré comme le bras armé de l'administration, un surhomme venu d'ailleurs mais aux ordres des présidents, ne s'autorisant que de menus écarts de conduite (son alliance secrète avec Batman, conclue d'ailleurs grâce à Wonder Woman) et n'assumant son rôle de leader que très tardivement dans la saga.

La relation entre les deux icônes est savoureuse, à la fois romantique et politique, dans laquelle l'amazone n'hésite pas à sermonner son partenaire, non pour le gagner à sa cause mais pour l'inviter à ne pas être seulement un champion aux ordres du pouvoir. 
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre IV.
J'onn J'onzz à Gothan City, en 1955.)

En 1955, Gotham City devient aussi, à son insu, le théâtre de l'arrivée sur terre du Martian Manhunter, J'onn J'onzz, accidentellement téléporté sur notre monde par le Dr Erdel. Il apparaît d'abord sous son aspect martien, une créature effrayante (au point que Erdel succombe d'un malaise en le voyant), mais dont jouera ensuite Cooke, le personnage pouvant changer d'aspect à volonté, mais aussi lire dans les pensées : il est donc capable de se cacher au milieu des humains (dans le contexte tendu de la "chasse aux sorcières") et  en même temps rien de ce que pensent les hommes ne peut lui échapper (ce qui lui permettra de découvrir la partie la plus sombre de l'âme humaine).

Pour apprendre à s'intégrer dans ce monde, J'onn J'onzz regarde abondamment la télévision, convaincu qu'il s'agit d'un instrument en mesure de lui communiquer les informations nécessaires et objectives. Sa priorité est d'adopter une apparence qui empêchera qu'on l'identifie réellement : Cooke a ajouté une planche inédite (page 88) pour mieux poser cette situation avant d'enchaîner avec une séquence restée fameuse où le martien adopte successivement l'aspect de Groucho Marx (tel qu'il était au sommet de sa gloire, dans les années 30. En 1955, année de cette scène, il avait déjà 65 ans) puis de Bugs Bunny (créé en 1938, le lapin des dessins animés de la Warner Bros avait été inspiré à Bob Clampett par Groucho Marx justement) puis un chef indien (tel que représenté dans les westerns de l'époque) et enfin un détective tout droit sorti d'une série noire (dont le nom, John Jones, est une déclinaison phonétique de celui du martien) - choisi in fine parce qu'il incarne le Bien, cause que décide de défendre le personnage.

Nous voilà ensuite en 1956 avec la "naissance" de Flash alias Barry Allen, cet officier de la brigade scientifique de la police de Central City frappé par la foudre dans son laboratoire et qui deviendra à cause de cela l'homme le plus rapide du monde.
Cooke produit une prodigieuse mise en image pour l'occasion puisqu'il réussit à résumer cette origine en une seule image, quasi-abstraite mais pourtant parfaitement lisible : les couleurs de Flash sont là, grâce à l'excellent Dave Stewart, avec le rouge et le jaune éclatants, et aussi le blanc de l'éclair qui a saisi Barry Allen. Rarement a-t-on l'occasion de contempler une si bonne synthèse graphique !

La continuité officielle de DC est scrupuleusement respectée, comme se l'était imposé Cooke au début de son projet, puisque le personnage du Flash de l'âge d'argent apparaît effectivement en 1956, dans le n° 4 de la revue Showcase du mois d'Octobre.

On note l'ajout d'une planche inédite (page 92) où Barry Allen teste ses pouvoirs et se rend compte qu'il va lui falloir un costume adapté, notamment des chaussures à cause de l'effet de friction lorsqu'il court. Mine de rien, cette scène, a priori dispensable, permet de rendre plus réaliste la prise de conscience du personnage, tout en faisant preuve d'humour (Barry, ses chaussures fumantes à côté de lui, de rafraîchit les pieds dans un cour d'eau... En lisant un comic-book relatant les aventures de Jay Garrick, le Flash de l'âge d'or, un des fondateurs de la JSA !).

Le temps continue à défiler : Cooke évoque la mise en orbite de la capsule russe Spoutnik en 1957 et la réaction immédiate des américains par une allocution télévisée d'Eisenhower qui lance le programme spatial US. 

La même année, a lieu à Gotham City une rencontre déterminante entre J'onn J'onzz/John Jones et son collègue du GCPD Slam Bradley (un des personnages fétiches de Darwyn Cooke, qu'on retrouve dans le n° 5 de Solo ou ses épisodes de Catwoman écrits par Ed Brubaker) avec Batman. Les deux policiers enquêtent sur le rapt d'un enfant de notable par une secte dont le culte a pour objet le Centre, dont on commence alors à mesurer l'influence psychique sur le monde, lors d'une cérémonie de sacrifice - le feu y joue un rôle-clé et indique au lecteur (mais aussi à Batman) que J'onn J'onzz le redoute, une faiblesse qui lui coûtera cher à plusieurs reprises.
Dans ce passage, il est aussi intéressant d'observer que le look de Batman diffère sensiblement de celui qu'on lui verra ensuite (il porte des gants plus courts et violets, son masque a de plus grandes cornes), et par ailleurs son apparence est si efficacement effrayante qu'elle se retourne contre lui quand il sauve l'enfant (qui préfère aller dans les bras de Bradley).
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Le chapitre V (Fun City) renoue avec un long format (40 pages) et une alternance de scènes d'action très toniques et d'autres consacrées à la caractérisation.

Le début se concentre, à Las Vegas, sur un match de boxe imaginaire mais symbolique à plus d'un titre puisqu'il oppose Ted Grant alias Wildcat, un ancien de la JSA (et on peut reconnaître dans le public qui assiste à la rencontre quelques-uns de ses camarades comme Green Lantern I, Starman, Black Canary I, Catwoman - dont on peut rappeler qu'elle fut entraînée par Wildcat - , tous en civil), à Cassius Clay (il ne devint Muhammad Ali qu'en 64). 
Comme le justifie Cooke dans les annotations, il a voulu que Wildcat terrasse son adversaire pour lui offrir une dernière victoire, même s'il admire Ali.

On remarque aussi dans les gradins Bruce Wayne, Lois Lane (dont la présence auprès du playboy milliardaire de Gotham est amusante car cela suppose qu'elle a pu être une de ses conquêtes avant d'aimer Superman) et Oliver Queen (alias Green Arrow, qu'on verra plus tard en costume).

Après le combat, un autre superbe affrontement a lieu entre le méchant Captain Cold (dont Cooke s'amuse à dire, dans les bonus, qu'il ressemble en fait au scénariste Grant Morrison) et Flash, venu de Central City jusqu'à Las Vegas, pour secourir sa fiancée Iris (dont il faut bien noter le métier de journaliste car cela aura son importance plus tard).

La manière dont l'artiste visualise la super-vitesse de Flash est extraordinaire et pourtant simple, avec là encore une magnifique contribution de Dave Stewart pour les couleurs, et le dénouement du duel est aussi jubilatoire que celui du match de boxe auparavant.

A la fin de ce chapitre, Ace Morgan et Hal Jordan ont une belle conversation sur la notion d'héroïsme, un thème capital dans la série, et ce dernier reçoit de son ami une recommandation pour intégrer le personnel de Ferris Aircraft comme pilote d'essai, une nouvelle étape essentielle dans l'évolution du personnage et de l'intrigue.
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Le chapitre VI (The Men who fell to Earth - un titre très évocateur pour ce segment en particulier, mais qui renvoie aussi à l'arrivée de Superman, puis de J'onn J'onzz, ou plus tard du Green Lantern Abin Sur) reste d'un volume important (41 pages).

Nous restons en 1957 et assistons à un enchaînement soutenu de situations : 

- d'abord, depuis Montréal jusqu'aux Colorado Rocky Mountains, c'est la formation des Challengers of Unknown (composés de Ace Morgan, Rocky Davis, Red Ryan et le Dr Walt Haley), une équipe qui, comme je l'ai déjà dit, est sans doute celle que préfère Darwyn Cooke - ce sont des héros aventuriers qui vont être confrontés à des menaces paranormales, et à ce titre, ils incarnent une transition entre les justiciers de l'âge d'or à mi-chemin entre la science, le fantastique et la magie, et leurs successeurs, qui en sont des versions modernisées.

- A Coast City, Hal Jordan fait connaissance avec Carol Ferris, qui devient à la fois sa patronne et sera bientôt son amante (l'occasion d'une scène romantique divine, colorisée avec raffinement). Cooke révèle qu'il a pris Burt Lancaster, son acteur préféré des années 50, comme modèle pour dessiner Hal Jordan, et effectivement le personnage possède ce même charme à la fois viril et élégant, à la physionomie typique (athlétique, anguleux, à la fougue juvénile).

Un peu plus loin dans le chapitre, on assiste aux premiers échanges entre Jordan et Rick Flagg et on mesure les différences prononcées entre les deux hommes (un pacifiste et un soldat, un ambitieux et un dur-à-cuire)... Mais dont la relation subira un revirement aussi émouvant qu'inattendu plus tard dans l'histoire. Ce sera aussi un moyen de narrer les origines de la Suicide Squad (avec, outre Flagg, Karin Grace, Jess Bright, et le Dr Hugh Evans), que Jordan apprendra par ses collègues de la compagnie d'aviation (origines qui explicitent parfaitement le casting et la fonction de cette équipe).

- Rick Flagg et ses équipiers (après la mort de Evans à New York contre un monstre préhistorique envoyé en reconnaissance par le Centre) sont également présents dans une scène inédite qui nous font découvrir pas moins de 5 nouvelles pages, d'une importance décisive : en compagnie des Challengers of the Unknown, ils retournent sur Dinosaur's Island où ils font plusieurs découvertes cruciales, qui améliorent le récit (le dernier message laissé par le Loser John Cloud, les pouvoirs mentaux du site - qui confirment que l'île est un organisme vivant, sans doute extraterrestre, et évidemment malfaisant, les capacités empathiques étonnants de Karin Grace - membre de la Suicide Squad et maîtresse de Flagg). L'intégration de ce passage dans cette édition est peut-être l'ajout le plus conséquent pour l'intrigue.

- Mais ce chapitre, c'est aussi (surtout ?) celui de la "naissance" de John Henry, un héros secondaire par le nombre de pages où il apparaît mais mémorable dans le fil du récit. J'y reviendrai.
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Le chapitre VII (Paranormal Paranoia)comporte un peu moins de pages (28) et ce qui s'y passe fait souvent office de transition entre ce qui a précédé et ce qui suivra. Il convient donc d'en mesurer l'impact.

A Gotham, Batman retrouve J'onn J'onzz/John Jones : la scène est formidable, Cooke joue à fond sur le côté "creepy" de Batman (qui a bel et bien remarqué la terreur qu'inspirait le feu chez son interlocuteur  et il lui fait alors bien comprendre qu'il lui suffira d'un paquet d'allumettes pour le tuer alors qu'il avait dû débourser plusieurs centaines de milliers de dollars pour se procurer de quoi neutraliser Superman - de quoi rappeler leur combat du chapitre II)  après avoir montré le martien dans un cinéma où il a vu un film mettant en scène des extraterrestres grotesques mais symbolisant, métaphoriquement, l'hystérie anti-communiste de l'Amérique de l'époque (les aliens représentant aussi bien des créatures d'autres planètes que d'autres pays et toujours animées par de mauvaises intentions). L'auteur glisse même un clin d'oeil aux dessins animés avec Superman réalisés par les frères Fleischer.  

Plus loin, J'onn J'onzz collaborera activement avec Batman en lui remettant des documents qu'il a accumulés sur le Centre (il a découvert ainsi qu'il y a bien longtemps un viking - le Prince Viking créé par Robert Kanigher et dessiné par Joe Kubert, dont Cooke imite le style à cette occasion - avait échoué sur cette île maudite et s'en était miraculeusement échappé).

A Washington, Eisenhower met sur la touche Wonder Woman après l'avoir décorée pour son aide sur les terrains de guerre mais surtout après qu'elle ait tenté de prononcer un discours pacifiste. Richard Nixon figure dans la première partie de cette scène, qui signe la rupture consommée entre l'amazone et l'administration américaine (alors que Superman reste encore à son service).
  
Toutefois, la séquence majeure de ce chapitre a lieu lorsque Hal Jordan découvre l'existence du projet Flying Cloud, mené conjointement par Ferris Aircraft et le gouvernement, et dirigé par l'agent King Faraday (un autre personnage fétiche de Cooke, présent dans Solo #5).
Il s'agit d'entreprendre un voyage sur Mars, à l'insu des russes, comme l'explique Faraday, lors d'un slideshow récapitulatif (la narration de l'auteur est une nouvelle fois éblouissante avec ce procédé qui synthétise plusieurs faits antérieurs, comme la présence d'un martien sur terre - J'onn J'onzz, même s'il n'est pas identifié et localisé - en les reliant à de véritables éléments historiques, comme la contribution de savants nazis au programme spatial américain).
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Le chapitre VIII (Government Issues) renoue avec un volume conséquent (39 pages) et nous entraîne en 1958, une année qui va voir se succéder toute la suite du récit jusqu'à son épilogue (soit 196 pages).
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIERchapitre VIII.
Flash et King Faraday à Central City, en 1958.)

D'abord, à Central City, Flash échappe de justesse à un piège tendu par King Faraday, qui acquiert donc une importance grandissante, incarnant le chasseur de super-héros. On notera la présence de Gorilla Grodd (ou plutôt une copie), un des ennemis les plus pittoresques de Flash, mais aussi de Mademoiselle Marie, une héroïne créée par Robert Kanigher et Jerry Grandenetti, ancienne résistante durant la guerre, désormais aux côtés de Faraday (sa présence est pourtant anachronique puisqu'elle n'est apparue dans les comics qu'en 1959, mais Cooke a voulu adresser un clin d'oeil à Kanigher, un de ses scénaristes préférés).

Ensuite, à Coast City, Cooke se fait visiblement plaisir lors d'une scène avec Hal Jordan et Carol Ferris visitant l'exposition automobile Motorama - l'occasion d'admirer pleins de belles voitures somptueusement dessinées - et rencontrant Ace Morgan avec June Robbins, nouvelle recrue des Challengers of the Unknown.

A Gotham, J'onn J'onzz interroge brièvement Harry Lieter, un astrophysicien de Ferris Aircraft devenu fou, vite récupéré par King Faraday. C'est ainsi que le martien a connaissance, en lisant dans les pensées de l'agent secret, du projet Flying Cloud, le moyen pour lui de retourner sur sa planète natale. James Gordon, le policier ami de Batman, apparaît dans cette séquence.

Hal Jordan, trop sûr de lui et toujours en conflit avec Flagg, est exclus du projet Flying Cloud.  
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre VIII.
John Henry en 1958.)

Au coeur de ce chapitre, on a surtout droit à un passage d'une puissance exceptionnelle : la mort de John Henry. Apparu dans le chapitre VI, ce personnage avait miraculeusement survécu à son lynchage par des membres Ku Klux Klan après avoir vu toute sa femme et leur enfant assassinés. Il s'était engagé ensuite dans une croisade contre cette organisation suprématiste blanche protestante en se cachant sous une cagoule noire (par opposition à celles blanches du KKK) et brandissant deux énormes marteaux comme armes.

Le journaliste Edward R. Murrow relate sa brève carrière et sa fin tragique dans l'émission télé qu'il présente (George Clooney en fit le héros de son film Good night and good luck, en 2006) : réputé pour son intégrité et son courage, cet homme prit parti contre le sénateur Joseph McCarthy et contribua à sa chute.

Ces pages sont poignantes et intenses et le traitement réservé à John Henry est une ponctuation percutante dans le récit, non seulement parce qu'il a été blessé puis achevé dans des conditions horribles (la scène où on assiste à sa défaite, auparavant, est également terrible) mais parce qu'elle ramène l'histoire à la réalité de l'époque, alors que les droits civiques des noirs américains n'étaient pas reconnus et que les états du Sud du pays étaient le théâtre d'abominations racistes dont l'écho résonne encore aujourd'hui (le parti républicain a plusieurs fois exprimé ses doutes sur les véritables origines du président Barack Obama et de fréquents faits divers concernent des bavures policières contre des citoyens noirs).

De façon inexplicable pourtant, dans le dessin animé adapté de DC : The New Frontier, l'histoire de John Henry sera gommée du scénario alors qu'elle constitue un des sommets émotionnels de la série. Mais on ne peut mettre en doute l'importance que lui accorde Cooke qui, dans ses annotations, explique à quel point il tenait à traiter le sujet de la ségrégation raciale dans les années 50 et a été jusqu'à adapter le poème illustrant la légende de ce personnage emblématique du folklore américain.

Après un tel moment, Cooke parvient malgré tout à conserver une excellente tenue dramatique à son récit et enchaîne d'ailleurs avec une autre scène très aboutie où Wonder Woman, recevant la visite de Superman aux abords de Paradise Island (refuge des amazones où aucun homme n'a la droit de poser le pied), l'enjoint une bonne fois pour toutes à s'émanciper vis-à-vis du gouvernement et d'assumer son rôle de leader de la communauté des justiciers (après qu'elle-même ait été poussée vers la sortie par Eisenhower).

Les pages 243-244 sont inédites et mettent en scène Theodore Smiesel, un auteur-illustrateur de contes pour enfants, inspiré à Cooke par le Dr Seuss (Theodor Seuss Geisel, dont la bibliographie comporte des ouvrages célèbres comme Le Chat chapeauté, Le Grincheux qui voulait gâcher Noël, adaptés au cinéma). Ces deux planches servent à souligner une nouvelle fois la présence et l'influence du Centre via des oeuvres littéraires, mais cette fois le personnage, hanté par cette force malfaisante, préfère se suicider en laissant son manuscrit comme preuve.

Le chapitre se conclut par deux autres scènes décisives : Flash fait irruption dans le journal télévisé de Walter Cronkite (un présentateur lui aussi reconnu pour sa grande intégrité professionnelle, et qui couvrit des événements comme l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, la guerre du Viêt Nam, la mission d'Apollo 11 et son alunissage, le scandale du "Watergate", et la mort de Lyndon Johnson) pour annoncer qu'il renonce à son activité de héros après la tentative de King Faraday pour le capturer.

Ce choix va achever de convaincre J'onn J'onzz de quitter la terre en essayant de profiter du projet Flying Cloud : avant cela, il confie donc à Batman tous les documents qu'il a rassemblés pour prouver l'existence du Centre et définir son influence. Batman prévient ensuite Superman.

Parmi les documents de J'onn J'onzz, il est fait mention pour la première fois de Adam Strange, archéologue terrien qui a découvert accidentellement la planète Rann pour en devenir le champion, et qui, de retour chez lui, a été interné à l'asile d'Arkham, où sont enfermés des fous souvent dangereux et adversaires de Batman. Loin de rester un caméo, le personnage sera exploité plus tard dans la série.
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Le chapitre IX (The Flying Cloud) est le dernier "gros" bloc narratif de la série (28 pages), après lui Darwyn Cooke va en effet nettement accélérer sa narration grâce à des segments moins volumineux : cela se justifie facilement puisque tous les éléments importants de l'intrigue sont désormais en en place et il va s'agir pour l'auteur d'organiser leur convergence jusqu'au dénouement, sans pourtant se dispenser de rebondissements notables.

Un de ces coups de théâtres intervient justement au début de ce chapitre lorsque, lors d'une simulation, Hal Jordan désobéit aux ordres de Rick Flagg dans le cadre du projet d'expédition sur Mars, ce qui lui vaut d'être exclut du voyage. Cooke insiste sur les revers de fortune de ce personnage causés par son caractère désigné tour à tour comme lâche ou suffisant. Cela le dote d'une personnalité complexe, à la fois attachante et agaçante, qui fait que le lecteur ne sait jamais si Jordan est un vrai héros, une victime ou une tête à claques.

Dans la foulée, on assiste au départ de la fusée au cours duquel King Faraday surprend J'onn J'onzz (sous son aspect martien) près de la rampe de lancement. Graphiquement, la scène est étonnante car Cooke dessine grossièrement les deux personnages tout proches du feu des réacteurs de l'appareil, et c'est Dave Stewart qui a la charge de vraiment finaliser visuellement ce moment en en soulignant la tension, la confusion. J'onn J'onzz choisit de sauver Faraday mais le souffle de la fusée lorsqu'elle s'envole le met K.O. : il ne rentrera donc pas chez lui.

Juste après, une nouvelle planche inédite (page 259) met en scène Adam Strange à l'asile d'Arkham à Gotham, sous la surveillance du Dr Leslie Thompkins, troublé par le comportement de son patient et les éléments plausibles dans ce qu'il lui a raconté : ça n'a l'air de rien, mais cet ajout justifiera que la psychiatre libère le voyageur spatial plus tard, à un moment crucial de l'histoire, après avoir donc admis qu'il n'est sans doute pas un fou de plus.

Le reste du chapitre est une succession de moments calmes et d'action pure : Faraday commence à interroger J'onn J'onzz (et l'on découvre en passant que la base de la Nellis Airforce a d'autres détenus fameux, comme Rex Tyler alias Hourman, pourtant déclaré mort lors de sa capture en 1952, dans le chapitre II, ou l'immortel Vandal Savage, qui s'époumonera à dire qu'il est lui aussi allé sur Dinosaur's Island/le Centre et peut donc aider à l'affronter). La relation qui s'instaure entre l'agent du gouvernement et le martien déjoue les attentes du lecteur car la bienveillance de l'extraterrestre vis-à-vis de son geôlier confirme qu'il n'est pas un ennemi de la terre.

Puis le sabotage de la mission Flying Cloud par Jess Bright (lui aussi "contaminé" par l'influence psychique du Centre), la tentative de sauvetage (inutile et dangereuse - car on apprend que la fusée était armée pour supprimer des martiens) par les Challengers of the Unknown relayés par Superman (dont le nom de code militaire est Bishop 6 - un terme utilisé parfois dans le domaine médical, plus particulièrement pour les perfusions), et la mort de Rick Flagg et Karin Grace forment une sorte de boucle. Après cela, comme je le signalais plus haut, les choses vont se précipiter : la fin de la Suicide Squad, la menace alien, la stratégie pour y faire face sont totalement altérées. En vérité, même si les protagonistes l'ignorent encore (pour la plupart), le danger est sur terre, depuis longtemps, et l'ennemi va frapper.

La disparition subite d'Hal Jordan, alors qu'il se trouve dans un hangar de Ferris Aircraft, va confirmer ce changement de donne...
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Le chapitre X (S.O.S. Green Lantern) est, dès son titre, une référence directe au numéro 22 de la revue Showcase de Septembre 1959, écrit par John Broome et dessiné par Gil Kane, dans lequel "naît" le Green Lantern moderne : c'est là que Hal Jordan reçoit ses pouvoirs après le crash sur terre du flic de l'espace Abin Sur, membre du Green Lantern Corps, la police galactique des Gardiens d'Oa.

Cooke explique dans ses annotations que l'origine du héros lui a toujours posé un problème car il ne comprenait pas pourquoi un extraterrestre muni d'une bague lui permettant de voyager partout dans le cosmos se trouvait à bord d'un vaisseau spatial quand il échoua sur terre. Aussi a-t-il supprimé cet accessoire et traiter le passage de flambeau entre Abin Sur et Hal Jordan de manière elliptique, avec des vignettes qui se succèdent rapidement et dont très peu montre l'alien.

La direction retenue par l'auteur consistait à montrer que Hal Jordan, personnage qu'on a souvent vu en position d'échec auparavant, face à cette situation extraordinaire, se met à douter de sa propre santé mentale. C'est somme toute assez logique.
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre X.
Hal Jordan/Green Lantern dans le désert californien, en 1958.)

Pour surmonter son désarroi, sa stupéfaction et comprendre quelle charge devient la sienne en acceptant de succéder à Abin Sur, il faut que Jordan éprouve physiquement le présent qu'il reçoit mais aussi en mesure la responsabilité. Aussi le voit-on extatique, jouissant, quand il peut voler grâce à l'anneau, car cela exauce le rêve de toute sa vie. Mais très vite il a la vision des Gardiens d'Oa et comprend que ce n'est pas un jouet mais un instrument précieux, qu'on lui confie dans un but précis.

Ce chapitre est bref (16 pages), avec un découpage ample comme les affectionne et les maîtrise Cooke, des pages avec des vignettes occupant toute la largeur de la bande (une moyenne de trois plans par planche), plusieurs splash-pages et même une double-page. Le lecteur peut partager pleinement l'ivresse mais aussi le surréalisme de la séquence comme Hal Jordan.

L'émergence du Green Lantern moderne incarné par Hal Jordan signe la dernière étape avant l'acte final, développé  durant les 7 chapitres suivants : l'ultime rôle principal de la distribution est attribué et avec lui, le climax est sur ses rails (comme l'annonce l'ultime scène où lorsque Lois Lane et Jimmy Olsen en visite à la base des Challengers of the Unknwon - la Challenger Mountain, abritant un bâtiment high-tech conçu par un certain Kurtzberg, le vrai nom de Jack Kirby - survient une alerte).
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Le chapitre XI (Towards the Centre) compte le même nombre de pages (16) que le précédent mais est beaucoup plus dense :

- d'abord, Superman, qui a pris connaissance des documents rassemblés par J'onn J'onzz sur le Centre, rencontre en secret à Gotham Batman pour faire le point. Le justicier est en compagnie de son sidekick Robin (que Cooke représente comme un gamin excité et bondissant, accentuant encore plus l'aspect grave de Batman tout en l'humanisant - ce n'est plus seulement un vigilant solitaire et effrayant comme celui qu'on avait vu sauver l'enfant dans l'église au chapitre IV, mais un "père" pour son jeune partenaire, et sa ville. Le contraste est éloquent par rapport à Superman qui est le protecteur du pays et du monde).

- Ensuite, dans une mise en scène très rusée, employant le hors champ, Cooke expose l'attaque du Centre contre Paradise Island, le refuge des amazones. Le lecteur comprend qu'à partir de ces pages l'action prend une autre ampleur et impacte plus directement ses héros.

- Puis on en a la confirmation lorsque les Challengers of the Unknown approchent de Cape Canaveral, en compagnie de Lois Lane et Jimmy Olsen, où un monstre envoyé en reconnaissance par le Centre est déjà présent. Superman intervient en renfort (alors qu'il était occupé contre Toyman à Tokyo), appelé par Faraday.

- Enfin, Aquaman fait sa première apparition : le roi d'Atlantis et des océans est lui aussi sur le pied de guerre maintenant que le Centre a quitté sa position dans le Pacifique pour s'en prendre à toute la planète.

Tous les acteurs sont en train de se réunir sans même savoir qu'ils vont former une coalition contre un même adversaire : Cooke ne nous dit alors pas autre chose que, à ce moment-là comme par le passé, durant la seconde guerre mondiale, les force humaines et super-héroïques, dans leur intérêt commun, retrouvent une raison de se fédérer. La "chasse aux sorcières" est terminée, l'union sacrée prévaut à nouveau.
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Le chapitre XII (The War That Time Forgot) est très bref (8 pages) et sert de transition narrative : l'U.S.A.F. est mobilisée pour mener la riposte contre le Centre. Malgré ce déploiement imposant d'avions, le doute subsiste quant aux chances de victoire quand Wonder Woman réapparaît, sévèrement blessée au-dessus de Cape Canaverale, après la dévastation de Paradise Island. Superman la transporte auprès de secours.

Une double page sensationnelle, traitée en partie par l'infographie, montre, à la manière d'une retransmission filmée en direct par Jimmy Olsen, toute l'horreur et le gigantisme du Centre : le lecteur n'a plus aucun mal à se représenter la difficulté que vont devoir surmonter les héros. Et là aussi, Cooke sait nous rappeler que, dans le chapitre VII, la menace extraterrestre était franchement fantaisiste (quand J'onn J'onzz s'amusait en regardant un film de science-fiction dans un cinéma) en comparaison avec celle qui est désormais effective.
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Le chapitre XIII (Danger is our Business) est encore une fois un épisode court (10 pages) mais fourni. A Central City, Barry Allen regarde la télé et découvre, médusé, ce qui se passe à Cape Canaverale : c'est alors que sa fiancée Iris lui commande de se rendre sur place en ré-endossant le costume de Flash - un secret qu'elle connaissait depuis longtemps (le début ?) car, après tout, elle est journaliste et futée. Cooke relève dans ses annotations que cette scène était une évidence pour lui (comme de corriger les origines de Green Lantern).

A la base de la Nellis Airforce, J'onn J'onzz a convaincu King Faraday de sa bonne foi et ils deviennent alliés pour combattre le Centre. Simultanément, on assiste aux renforts de Green Arrow (et son sidekick Speedy, qui luttent contre des pillages en ville), des Sea Devils (une autre équipe d'aventuriers comme les Challengers of the Unknown, créée par Robert Kanigher et Russ Heath en 1960 dans la revue Showcase), des Blackhawks (un escadron d'aviateurs apparus dans les comics DC des années 40, créé par Chuck Cuidera avec Will Eisner et Bob Powell). Cooke inscrit vraiment sa saga dans le récit de guerre avec un contingent conséquent, même si on devine que toutes ces nouveaux personnages ne seront pas développés équitablement : il s'agit surtout, en vérité, de présenter une figuration importante, à la (dé)mesure du méchant.

Hal Jordan voit aussi là l'occasion de prouver sa valeur de (super) héros puisqu'il part à bord d'un prototype de Ferris Aircraft pour Cape Canaverale, non sans avoir auparavant embrassé très romantiquement Carol Ferris - l'image semble avoir été directement inspirée à Cooke par le baiser aussi ardent que s'échangent Tom Cruise et Kelly McGillis dans Top Gun de Tony Scott.
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Le chapitre XIV (The Boy Scout's Last) (13 pages) commence lui aussi avec un baiser, entre Superman et Wonder Woman : la romance entre l'homme d'acier et l'amazone a souvent été une piste envisagée dans la continuité des comics DC (elle a fini par se concrétiser dans une série récente), mais ici elle se charge d'une portée symbolique.

Ce n'est pas seulement un "smack" amoureux, c'est le moment où Wonder Woman passe le relais à Superman comme protecteur du monde, celui où Superman pour l'amour qu'il porte à l'amazone (et qui est donc réciproque) assume enfin d'être le fer de lance, le leader qu'elle souhaitait le voir devenir et plus simplement un (super) agent de l'administration américaine. Pour Wonder Woman, Superman incarne le sauveur de l'humanité et il l'accepte pour sauver d'abord celle qui l'aime et qu'il aime.

Cela n'empêche pas Cooke d'enchaîner avec une scène glaçante où, après que Superman ait convaincu tous les héros (ordinaires ou extraordinaires) présents sur la base de faire front ensemble, il soit vaincu, sans même qu'il y ait eu match, par le Centre.
L'auteur désigne ce procédé narratif comme le "Janet Leigh ploy" (le stratagème Janet Leigh), une référence au film Pyschose de Alfred Hitchcock, dans lequel le cinéaste n'hésita pas à tuer son héroïne après 20 minutes seulement afin que les spectateurs soient convaincus qu'aucun personnage ne soit sûr de survivre au méchant. En écartant aussi abruptement Superman, le lecteur a le même sentiment : si le plus puissant des super-héros est aussi facilement neutralisé (tué ?) par le Centre, comment les autres pourront-ils s'assurer la victoire ?
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre XIV.
Les héros de la magie sur la lune, en 1958.)

Et c'est cette même question qui anime une réunion sur la lune entre plusieurs héros de la magie, ayant quitté la scène au moment de la "chasse aux sorcières" de McCarthy : le Phantom Stranger, Zatanna et Billy Batson (l'alter ego de Captain Marvel/Shazam) convainquent le Dr Fate et le Spectre de ne pas intervenir contre le Centre car les nouveaux super-héros doivent faire leurs preuves... Quitte à perdre et condamner la terre par la même occasion !

Les thèmes de la transmission, de l'héritage, de l'héroïsme sont malicieusement ressortis dans cette scène jubilatoire, dont la légèreté offre une respiration ultime avant la grande bataille finale des trois prochains chapitres.
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Le chapitre XV (Shall Earth Endure ?) reste concis et nerveux (10 pages) : il s'ouvre sur un scène nocturne et grave, qui voit Lois Lane craquer nerveusement après la disparition de Superman. En entendant Rocky Davis (membre des Challengers of the Unknown) se moquer de la sensibilité de sa collègue, Jimmy Olsen confirme au lecteur qu'elle aime le super-héros mais aussi qu'il n'est plus du tout le gamin insouciant vu dans le chapitre III mais un jeune homme protecteur, capable de sermonner un gaillard comme Davis.

On assiste ensuite à une succession de courtes scènes, parfois réduites à une vignette, qui montre là encore la mobilisation générale contre le Centre (ainsi Bruce Wayne, depuis le siège de sa compagnie, ordonne-t-il que des avions soient mis à disposition de l'armée). Plus significatif encore est ce passage où le Dr Leslie Thompkins libère Adam Strange de l'asile d'Arkham en lui rendant son jet-pack, désormais convaincue qu'il peut aider les troupes contre le monstre.

Adam Strange a visiblement eu le temps d'élaborer son propre plan puisqu'il se rend dans l'Indiana chez Ray Palmer dont on avait entrevu la photo en couverture d'un magazine à la base des Challengers of the Unknown : il était fait mention de ses recherches sur la réduction de la matière. Pour respecter la continuité, Cooke rappelle que Ray Palmer n'est pas encore devenu le super-héros Atom (il le sera à partir de 1961 dans le n° 34 de Showcase, écrit par Gardner Fox et dessiné par Gil Kane).

A Cap Canaveral, Flash retrouve sur son chemin King Faraday et lui rend la monnaie de sa pièce (après leur première rencontre au chapitre IV). Les deux hommes, adversaires hier, sont quittes, et l'agent du gouvernement obtient l'aide de l'alias de Barry Allen, en le titillant habilement.
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Le chapitre XVI (The Dawn Patrol) renoue avec un volume plus important (19 pages) et comporte une forte dose d'action : les héros sont rassemblés, élaborent un plan dont les Challengers, Ray Palmer, les Blackhawks, Flash et, in extremis, Hal Jordan sont les pièces maîtresses. Il s'agit de pénétrer le Centre pour le bombarder de l'intérieur afin de l'affaiblir et ouvrir la voie au "scarlet speedster" qui larguera des réducteurs conçus par Palmer. Une fois amoindri, l'île sera vulnérable et possiblement destructible.

Darwyn Cooke met tout cela en scène comme autant de morceaux de bravoure, ne lésinant pas sur le spectacle et le nombre de personnages. Il en profite à nouveau pour se faire plaisir en dessinant des avions, en particulier les appareils pilotés par Hal Jordan, Ace Morgan et Nathaniel Adam.

Juste avant l'assaut, Cooke rend franchement hommage graphiquement à L'Etoffe des Héros, le film de Philip Kaufman adapté du livre de Tom Wolfe, une des références de DC : The New Frontier, pour une double page somptueuse (pages 364-365) représentant tous les héros unis. C'est une image à la puissance iconique imparable.

Alors que la bataille démarre et fait rage, Wonder Woman revient dans la partie, et, surtout, on assiste à la mort de King Faraday, disposée comme un sacrifice afin de sauver J'onn J'onzz qui assume à son tour son rôle de super-héros.

La fin est proche et est illustrée comme une séquence psychédélique mémorable.
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Le chapitre XVII (The Pure Rugged) tient-il toutes ses promesses ? C'est toujours un défi pour un auteur de bien conclure, en restant à la hauteur de tout ce qu'il a patiemment, rigoureusement et énergiquement mis en place. Mais Cooke ne se rate et livre 17 pages éblouissantes.

Le combat des héros contre le Centre est un véritable bouquet final dont le découpage restitue toute le dynamisme. L'auteur réussit même à glisser un clin d'oeil à Steve Ditko lorsque le personnage de Nathaniel Adam trouve la mort (dans des circonstances similaires à celles qui ont fait de lui Captain Atom, co-créé par Joe Gill et apparu dans Space Adventures #33 de Mars 1960).

La colorisation de Dave Stewart contribue grandement au brio de ces pages, avec une palette complètement délirante (pour traduire visuellement l'intérieur du corps du Centre et la manière dont il atteint physiquement et mentalement ceux qui l'agressent).

Il y a quelque chose de tout à fait jouissif dans ces planches, pas seulement parce qu'on assiste à la victoire des gentils contre le méchant, pas seulement parce qu'elles forment un ensemble spectaculaire, mais parce qu'on ressent le plaisir qu'a eu Cooke à les réaliser.

Et tout cela est synthétisé par la fausse "une" de journal célébrant le triomphe des héros (avec le retour de Superman et l'intégration d'Aquaman) :
 (Extrait de DC : THE NEW FRONTIER, chapitre XVII.
"Heroes !")

Notez que ce facétieux anarchiste de Green Arrow fait des oreilles de lapin avec ses index et majeur gauches à un soldat ! Et Lois Lane peut enlacer son bien-aimé homme d'acier ou Wonder Woman porter Flash (comme Cooke le dit dans ses annotations : le personnage sauve le monde pour son premier jour comme il le fera pour son dernier, dans la saga Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman, George Perez et Jerry Ordway) !
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Epilogue : Darwyn Cooke a toujours su, comme il l'explique dans les bonus, qu'il achèverait son récit avec le célèbre discours de John Fitzgerald Kennedy sur la "Nouvelle Frontière", davantage d'ailleurs parce qu'il admirait le progressiste 35ème président des Etats-Unis que l'homme lui-même.

C'est effectivement un texte admirable, vibrant, inspiré, qui colle au plus près à l'esprit de la saga de Cooke, un certain idéal américain, invitant les hommes à animer un futur d'espoir au lieu de se replier sur leurs traditions, leurs préjugés, leurs antagonismes.

Ces 11 dernières pages ne baignent cependant pas dans un optimisme béat et nostalgique, comme certains le reprochent parfois à l'oeuvre de Cooke (une manière comme une autre de le taxer de passéiste), comme en témoignent un grand nombre de plans où figurent des vilains (le Joker, Lex Luthor...), autant d'éléments de lendemains inquiétants. Une case montre aussi le jeune John Irons lisant un comic-book à côté de la tombe de John Henry puis une autre dans un couloir, passant à côté d'un robinet au-dessus duquel on peut lire sur une plaque que son usage est réservé aux blancs.

Mais la tonalité demeure positive et respectueuse de la continuité des comics DC puisque, comme promis, tout se termine par la première action collective de la Justice League of America (dont ne font pas encore partie Superman et Batman) contre Starro (telle que racontée dans The Brave and The Bold #28 de Février 1960).
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De la page 471 à 518, on trouve les bonus de cette édition deluxe :

- JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER SPECIAL propose donc trois récits additionnels. 
 (Couverture de JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER 
SPECIAL #1.)

Le premier, The Greater Good, est écrit et dessiné par Darwyn Cooke et revient sur le combat qui opposa Superman à Batman à Gotham City. 
 (Extrait de JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER
SPECIAL #1 - THE GREATER GOOD.
Textes et dessins de Darwyn Cooke.)

La datation de cette bagarre dans le cours de l'histoire prête à confusion comme je l'ai signalé : cela se passe-t-il en 1952 (comme la logique le voudrait) ou en 1955 (comme c'est indiqué) ? 
Quoi qu'il en soit, cet épisode est une nouvelle démonstration du génie narratif de Cooke, parvenant à produire une histoire avec un seul type de découpage sans que cela soit jamais monotone - au contraire, l'âpreté de cette baston, la puissance de Superman contre l'adresse tactique de Batman, l'intercession de Wonder Woman, la révélation du stratagème sont remarquablement restituées. 
 (Extrait de JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER
SPECIAL #1 - DRAGSTRIP RIOT.
Textes de Darwyn Cooke, dessins de Dave Bullock et Michael Cho.)

Dragstrip Riot est écrit par Darwyn Cooke et mis en images par Dave Bullock et Michael Cho. Cette petite aventure (6 pages) qui réunit pour la première fois Kid Flash et Robin est plus anecdotique mais très sympathique : l'auteur y glisse son explication sur l'origine du nom de l'équipe des Teen Titans avec malice, et les illustrations sont dans un style voisin de celui de Cooke par deux de ses amis (qui ont également collaboré au dessin animé adapté de DC : The New Frontier).
 (Extrait de JUSTICE LEAGUE : THE NEW FRONTIER
SPECIAL #1 - WONDER WOMAN AND
BLACK CANARY.
Textes de Darwyn Cooke, dessins de J. Bone.)

Wonder Woman and Black Canary réunit les efforts de Darwyn Cooke au scénario et J. Bone aux dessins (5 pages) : les deux hommes se retrouveront aux commandes d'une dizaine d'épisodes (très recommandables) de The Spirit, le héros de Will Eisner, et Jason Bone a assisté Cooke pour les dessins et l'encrage de quelques scènes de DC : The New Frontier
L'histoire raille étrangement le féminisme exacerbé de l'amazone (comme si Cooke se moquait gentiment de l'héroïne qu'il a si respectueusement animé dans DC : The New Frontier) en compagnie de Black Canary (un personnage que Cooke voulait intégrer à sa série avant de l'écarter, faute d'idée satisfaisante). Le dessin de Bone d'inspiration franchement cartoonesque souligne le caractère comique, voire farcesque, du projet.

Et pour la suite, "déshabillons" un peu ce bel album :

- la jaquette de couverture recto et le quatrième de couverture ci-dessous : 
 
 

- sous la jaquette, la couverture "widescreen" ci-dessus.

- Ci-dessus, un extrait des (12) pages d'annotations rédigées par Darwyn Cooke - une mine d'informations, passionnantes et richement illustrées - après la galerie des couvertures et quatrièmes de couvertures des 6 épisodes originaux.

- Ci-dessus, un extrait de l'abondant et superbe sketchbook, avec des dessins rares et inédits (parmi lesquels les premiers essais réalisés à la manière de Jack Kirby, avant que l'editor Mark Chiarello ne persuade Cooke d'illustrer son histoire sans imiter le "King"), des croquis en noir et blanc et en couleurs, des études pour des figurines des principaux personnages, des photos... De quoi combler n'importe quel fan de l'auteur au-delà de toutes ses attentes !

- Et enfin, une section intitulée The Art of JLNF qui dévoile les coulisses du dessin animé adapté de DC : The New Frontier, commentées par Darwyn Cooke et Paul Rivoche (le directeur artistique du film) : là encore, on accède à des documents splendides. Espérons qu'un jour le dessin animé soit disponible en DVD zone 2 (j'ai eu l'occasion de le voir en version originale sans sous-titres, et c'est une excellente production, d'une grande fidélité narrative et esthétique à la bande dessinée).
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Avec cette édition, les lecteurs français peuvent espérer raisonnablement qu'Urban Comics, qui traduit les séries de DC Comics en France, proposera un jour un album aussi complet et définitif : ce ne serait que justice pour ce grand classique moderne que tout amateur se doit de lire.
Si vous n'avez pas la patience d'attendre cette hypothétique vf, n'hésitez pas à investir dans ce pavé très accessible, quel que soit votre niveau en anglais, et pour un prix très abordable.