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jeudi 26 novembre 2015

Critique 762 : MARC DACIER, TOMES 3 & 4 - AU-DELA DU PACIFIQUE & LES SECRETS DE LA MER DE CORAIL, de Jean-Michel Charlier et Eddy Paape


MARC DACIER : AU-DELA DU PACIFIQUE est le troisième tome de la série, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Eddy Paape, publié en 1961 par Dupuis.
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Marc Dacier entame la dernière étape de son tour du monde, entrepris pour obtenir un poste de reporter au journal "L'Eclair" comme le lui a promis Blondineau, le directeur, à la suite d'un pari.
Le jeune homme débarque clandestinement aux Etats-Unis, après avoir voyagé en bateau grâce à la complicité de Luigi Barbérino et de son cirque. Mais à son arrivée, il est arrêté par la police qui le confond avec Bill Moratti, un repenti de la mafia dont il est le sosie ! 
Voilà Marc entraîné à travers le pays pour témoigner devant une commission à Washington. En cours de route, l'inspecteur qui l'escorte comprend sa méprise mais a l'idée de continuer à faire passer Marc pour Moratti afin que le transfert de ce dernier se déroule incognito. Dacier servira donc de leurre pour les gangsters lancés aux trousses du traître.
Le voyage qui s'effectue pour une bonne part en train connaît nombre d'embûches, notamment lors de son passage dans les Montagnes Rocheuses. Mais au bout de cette cavalcade, Marc sera récompensé justement en obtenant un visa qui lui permet de poursuivre son tour du monde et de gagner son pari...
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MARC DACIER : LES SECRETS DE LA MER DE CORAIL est le quatrième tome de la série, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Eddy Paape, publié en 1962 par Dupuis.
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Grâce à l'aide qu'il a apporté, au péril de sa vie, au FBI pour aboutir à l'arrestation de plusieurs cadres de la mafia, Marc Dacier retourne à San Francisco où il est invité et reçu en héros dans une série de réceptions.
Mais le jeune reporter s'ennuie dans ces mondanités et, un soir qu'il a faussé compagnie à ses gardes du corps, il aide un inconnu dans une ruelle alors que plusieurs hommes l'agressent. 
Peu après, celui à qu'il a porté secours le contacte : il s'appelle Larry Sullivan et lui raconte une extraordinaire histoire remontant à la dernière guerre. Il convainc Marc de l'aider à remettre la main sur un trésor de guerre japonais. 
Les deux hommes doivent pour localiser ce magot retrouver les deux soldats avec lesquels Sullivan a partagé les infos sur les coordonnées de la cachette : l'un s'appelle Morena et croupit en prison, l'autre est Aron et est mort dans un asile, amnésique.
Pour ne rien faciliter, une mystérieuse organisation les menace, son chef, le redoutable Baron Solo, qui dispose d'espions partout, convoite lui aussi le trésor...

Ces deux nouvelles aventures du héros de Jean-Michel Charlier et Eddy Paape différent sensiblement des tomes précédents pour deux raisons : d'abord, avec le troisième épisode, on assiste à la conclusion du tour du monde de Marc Dacier qui accède donc au job de reporter que lui avait promis Blondineau, le directeur du journal "L'Eclair" ; puis, dans le suivant, il retourne en Amérique en qualité de journaliste mais aussi de témoin protégé par le FBI suite à son concours dans l'arrestation de plusieurs chefs de la mafia.

La construction de ces récits marque aussi une évolution avec les deux premiers actes de la série car Charlier, même s'il ne ménage ni son héros ni le lecteur avec un foisonnement épique de rebondissements, dirige des intrigues plus serrées. Marc Dacier passe moins de temps à traverser des pays (et leur environnement hostile) qu'à se démener pour échapper à une menace précise : dans Au-delà du Pacifique, confondu avec un mafieux qui doit témoigner devant une commission, il doit abuser des gangsters avec l'aide d'un inspecteur pendant que le véritable repenti est transférer sans inquiétude ; et dans Les Secrets de la mer de corail, il accompagne un ancien soldat de la seconde guerre mondiale dans une course au trésor que convoite aussi une organisation secrète.

La lecture est presque plus reposante, mais demeure tout de même d'une étonnante densité : le scénario accumule les péripéties à un rythme infernal qui permet de faire accepter au lecteur l'énormité de certaines situations (comme le confusion vraiment malheureuse entre Moratti et Dacier, dans le tome 3 ; ou le rôle du Baron Solo, dans le tome 4). Il faut s'engager dans ces histoires en étant prêt à "gober" tout cela, à prendre ça comme un gigantesque jeu. La question ne se poserait pas dans une série dont le graphisme serait différent car l'esthétique induirait une distanciation immédiate, mais dans le cas de Marc Dacier, l'enjeu se déplace et il faut composer avec la dimension ludique de la série.

Eddy Paape était, comme je l'ai déjà dit, en conflit avec Charles Dupuis, l'éditeur, car celui-ci aurait préféré qu'il illustre la série à la manière de Jijé, dont il avait d'ailleurs été un des élèves. Mais Paape n'a jamais voulu se fondre dans le moule de l'école de Marcinelle et perfectionné un style réaliste. 

Ainsi, si Marc Dacier avait été dessiné comme une série cartoony, elle aurait ressemblé à Spirou et Fantasio ou Gil Jourdan. Avec un trait égal en élégance mais aux finitions plus proches du réalisme classique, Paape lui a conféré une singularité, qui, en plus de déplaire à Charles Dupuis, l'a sans doute coupée d'un lectorat plus important.

C'est encore une fois regrettable puisque, outre le fait que la série reste encore aujourd'hui méconnue (faute de rééditions ou d'Intégrales dignes de ce nom), elle témoigne de la qualité graphique de son artiste. Paape répond à l'imagination débridée de Charlier par un découpage très soutenu, ses pages comptant facilement une douzaine de cases (souvent disposées en gaufriers). Les personnages y sont très expressifs, les décors fouillés. On ferme les albums rassasié par ces récits bien remplis narrativement et visuellement.

Ajoutez-y le plaisir pop et rétro et vous comprendrez que Marc Dacier est une des BD les plus rafraîchissantes et accomplies de l'Âge d'Argent de "Spirou".

mardi 24 novembre 2015

Critique 760 : MARC DACIER, TOMES 1 & 2 - AVENTURES AUTOUR DU MONDE & A LA POURSUITE DU SOLEIL, de Jean-Michel Charlier et Eddy Paape


MARC DACIER : AVENTURES AUTOUR DU MONDE est le premier tome de la série, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Eddy Paape, publié en 1960 par Dupuis.
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Jeune échotier dans un petit journal provincial, Marc Dacier persuade Blondineau, le directeur du journal à gros tirage "L'Eclair" de l'engager comme reporter. Pour cela, il accepte de relever un défi insensé : accomplir le tour du monde en quatre mois sans un sou en poche. Un journaliste le suivra en secret pour s'assurer qu'il ne triche pas.
C'est ainsi que Marc est entraîné dans une succession ininterrompue de péripéties qui le verront aider à l'arrestation des frères Baptisti en cavale, capturer le capitaine du "Caroubia" et trafiquant d'armes Olsen, puis il poursuit son périple en compagnie du pilote d'avion-taxi Jimmy Hopkins avec lequel il se crashe dans le désert où ils sont sauvés par Pétrole qu'il aide à découvrir un gisement d'or noir.
Il embarque ensuite à bord du "El Breton" commandé par le pirate Ali, survit à son naufrage, se fait jeter en prison à Karachi à la suite d'une bourde avant d'en être tiré par Jo Lemineur, son "chaperon" de "L'Eclair"...
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MARC DACIER : A LA POURSUITE DU SOLEIL est le deuxième tome de la série, écrit par Jean-Michel Charlier et dessiné par Eddy Paape, publié en 1961 par Dupuis.
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Nullement découragé par tout ce qu'il a déjà enduré, Marc se remet en route : il gagne un peu d'argent en accomplissant quelques tours de prestidigitation à Karachi, ce qui lui vaut d'être corrigé par des illusionnistes de rue jaloux.
A l'hôpital où il se remet, il fait la connaissance de Marius Lemnet, un pilote au service du Maharadjah de Maladrapore qu'il accepte de remplacer ponctuellement. Son tour en avion le conduit à un atterrissage en catastrophe à Rangoon avant de gagner Honk-Kong où le malfaisant Soung-Fo abuse de sa naïveté pour lui faire passer du matériel d'espionnage pour un agent à Formose.
Jeté en prison et condamné à mort, Marc réussit à s'évader lorsqu'il est emmené au peloton d'exécution. Il croise dans sa fuite le journaliste canadien Sam Lantier à qui il vole sa voiture et son identité pour aller jusqu'à Tokyo en avion.
Un typhon l'oblige alors à sauter en parachute et il échoue sur l'île de Hiryu où, en compagnie d'un missionnaire, il reprend la mer à bord d'une barque motorisée avant d'embarquer en compagnie du cirque de Luigi Barbérino pour l'Amérique du Nord...

Marc Dacier est apparu en 1958 dans les pages de "Spirou" où il connaîtra une carrière fulgurante jusqu'en 1963. La série ne connaîtra jamais un grand succès et n'aura jamais le soutien de Charles Dupuis avec lequel Eddy Paape se fâchera définitivement en 1966, année où il rejoint le journal de "Tintin" dans lequel il lancera Tommy Bianco, Udolfo et surtout Luc Orient.

C'est donc, en somme, une espèce de série maudite, et encore aujourd'hui, elle n'a jamais eu les honneurs d'une belle réédition ni d'Intégrales chez Dupuis, alors qu'elle est la production d'un des scénaristes les plus populaires de son époque et d'un artiste unanimement célébré.

J'ai découvert Marc Dacier dans mes jeunes années et je les relis actuellement en les empruntant à la bibliothèque municipale où je suis inscrit. Les éditions disponibles datent de 1980 et ce sont des albums souples comme on n'en trouve plus (mais qui étaient autrefois vendus notamment dans les stations-service). Cela faisait un bail que je n'y avais plus prêté attention mais j'ai voulu, comme souvent, leur donner une nouvelle chance, un (modeste) coup de projecteur en en parlant dans ce blog.

Ce qui sidère, c'est le rythme effréné et la profusion de rebondissements de ces histoires où, en 44 planches, il se passe autant, si ce n'est plus de choses que dans des séries décomposées en plusieurs cycles. On renoue là avec l'imagination débridée du scénariste si vigoureux qu'était Jean-Michel Charlier, le maître de la bande dessinée d'aventures : avec ce héros de jeune reporter intrépide et débrouillard qui fonce tête baissée dans les ennuis et s'en tire souvent miraculeusement pour repartir aussitôt, il trouve un véhicule parfait à ses récits d'une densité incroyable.

Pourtant, comme dans Blueberry, l'abondance de péripéties n'assomme jamais le lecteur qui est accroché du début à fin, sympathisant avec Marc Dacier dont il admire à la fois le courage, les ressources, et apprécie son entrain, sa bonne humeur. L'accumulation de dangers, de mauvaises rencontres, de coups du sort, que traverse le héros peut prêter à sourire car elle est totalement invraisemblable, mais le genre même du projet dépasse cette question de crédibilité : il s'agit d'imposer au personnage principal comme à celui qui suit ses aventures un tempo infernal qui ne laisse ni le temps de souffler ni, donc, de réfléchir.

On est happé par cette cascade d'actions mais aussi par son parfum rétro, pop, qui n'a rien à envier au Tintin de Hergé ou au Spirou et Fantasio de Franquin, tout en s'inscrivant dans une veine un peu plus réaliste.

Ce réalisme est invoqué par le dessin d'Eddy Paape, un des génies de la bande dessinée belge de l'après-guerre. Né en 1920 (il est donc de quatre ans l'aîné de Charlier), il étudie à l'Institut St-Luc avant d'intégrer le studio de dessin animé de la Compagnie belge d'actualités. Lorsque cette structure périclite, il rejoint avec Franquin, Morris et Will le studio informel de Jijé, et quand ce dernier part en voyage en Amérique, il hérite de sa série Jean Valhardi.

Marc Dacier est par contre un projet original qu'il initie avec Charlier en 58. Mais Paape n'est pas apprécié par Charles Dupuis qui souhaiterait qu'il imite davantage le style graphique de Jijé. Il s'y refuse, préférant se perfectionner dans une direction plus personnelle. La promotion de la série est négligée par l'éditeur (qui ne l'invite d'ailleurs jamais à ses repas du dimanche où sont présents ses auteurs-maison favoris...), le titre n'est pas soutenu par le lectorat de l'époque : un contexte déplorable...

Pourtant, le dessin de Paape est d'une élégance extraordinaire, son trait dynamique et expressif, le soin apporté aux décors (extrêmement variés), sa maîtrise dans la représentation des véhicules (voitures, avions, bateaux), tout atteste de l'application et de l'implication de l'artiste. Le héros est solidement campé dès le début avec son visage juvénile (dont on note tout de suite les épais sourcils, qui le fait ressembler à une version masculine d'Audrey Hepburn) et son look identifiable (blouson marron, chemise blanche, jean bleu, souliers bruns, et parfois un bonnet vert).

La colorisation a évidemment beaucoup vieilli, mais l'ensemble échappe aux tons souvent criards et ménage même des ambiances soignées (notamment dans les scènes nocturnes).

BD qui porte le divertissement au rang des Beaux-Arts, palpitante et euphorisante, Marc Dacier mérite vraiment d'être redécouvert - et réhabilité par son éditeur.