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lundi 13 novembre 2023

THE KILLER : autoportrait de David Fincher ?


Mis en ligne vendredi dernier (10 Novembre), The Killer marque le grand retour derrière la caméra de David Fincher trois ans après son magnifique Mank, déjà pour Netflix. Désormais fidèle à la plateforme de streaming qui finance ses projets en lui laissant une liberté totale, le cinéaste adapte ici la bande dessinée de Matz et Jacamon et en tire une drôle de série noire en forme, peut-être, d'autoportrait.

Ce qui suit contient des SPOILERS !


Le Tueur est en planque depuis cinq jours dans un bureau en travaux, face à un hôtel parisien où sa cible doit séjourner. Il cogite sur l'ennui que lui inspire cette attente, mais aussi sur son absence d'empathie cruciale pour son job. En contact avec son agent, l'avocat Hodges, il est sur le point d'abandonner ce contrat quand enfin sa cible se montre. Mais quand vient le moment de l'éliminer alors qu'il est en compagnie d'une prostituée, il rate son coup et tue la fille. Il file aussitôt, échappant aux gardes cu corps qui l'ont repéré, à la police qui quadrille le quartier. Il s'envole en ayant l'impression d'être suivi avant de s'assurer que ce n'est pas le cas.


Il atterrit en République dominicaine où il a sa planque, une superbe villa, où il s'aperçoit qu'il a eu de la visite. La découverte de traces de lutte et du sang précède un coup de téléphone depuis l'hôpital. Il y accourt et apprend que Magdalena, sa fiancée, a été admise en réanimation, agressée par deux individus, un homme et une femme qui le recherchaient. Il mène l'enquête et trouve le chauffeur de taxi qui a conduit les deux intrus chez lui et obtient leur signalement.


Le Tueur part pour la Nouvelle-Orléans pour parler à Hodges. Mais celui-ci refuse de lui dire quoi que ce soit et il l'élimine. En revanche, sa secrétaire accepte de lui fournir les informations dont elle dispose si, en contrepartie, il la tue de manière à ce qu'on croit à un accident afin que ses enfants touchent son assurance-vie.


Le Tueur gagne St. Petersburg en Floride. Il s'introduit dans la maison de la brute, un des deux agresseurs de Magdalena. Surpris par ce dernier, il se bat et au terme d'une lutte âpre, réussit à le liquider. Mais il doit fuir en vitesse car le chien de chasse de la brute lui court après.


Destination suivante : Beacon, Etat de New York. Le Tueur y suit la femme qui accompagnait la brute. Il la coince dans un restaurant et l'écoute parler de leur métier. Après avoir bu un verre, ils sortent. La femme glisse parterre et demande au Tueur de l'aider à se relever. Il l'abat d'une balle dans la tête. Elle tenait dans son autre main un couteau.


Le Tueur rejoint Chicago où réside le client à l'origine du contrat. Il l'observe attentivement et accède à son appartement ultra-sécurisé. Le client lui explique qu'après l'échec de la mission à Paris, il a laissé Hodges décider de la suite à donner à cette affaire. Le Tueur l'épargne mais lui assure que si jamais ils sont, lui ou ses proches, menacés, il reviendra se débarrasser de lui au moment où il s'y attendra le moins.


Retour en République dominicaine pour le Tueur. Il retrouve Magdalena, convalescente, dans sa villa, et réfléchit à raccrocher.

J'avoue avoir un faible pour ce que les cinéphiles appellent les Fincher mineurs, ses films de moindre ambition en apparence, comme Panic Room, The Game, Alien 3. Non pas que je n'apprécie pas ses grandes oeuvres comme Se7en, Fight Club, The Social Network, Gone Girl, Zodiac, Mank au contraire. En vérité, les deux seuls opus du cinéaste que j'aime le moins sont Benjamin Button et Millenium.

Non, si j'ai un faible pour ses films dits mineurs, c'est parce qu'il me semble qu'ils sont bêtement snobés, que j'ai toujours eu un intérêt particulier pour le séries B, et aussi, enfin, parce qu'il m'apparaît que, sous leurs allures plus modestes, David Fincher s'y livre plus directement.

De ce point de vue, The Killer ressemble pour moi à un autoportrait du cinéaste. Difficile en effet de ne pas être troublé par la ressemblance entre cet assassin professionnel et maniaque et le réalisateur dont la réputation le précède pour son souci obsessionnel du détail et ses exécutions parfaites.

Avant d'aller plus loin, The Killer est l'adaptation d'une bande dessinée française par Matz et Jacamon, et je n'ose imaginer leur réaction quand ils ont appris que Fincher allait porter à l'écran leur histoire. Dommage que Netflix France n'ait pas jugé utile de diffuser le film avec un titre français : cela aurait sans doute orienté les téléspectateurs pour trouver les albums de la série et attirer ainsi de nouveaux fans au matériau originel... Cela aurait aussi eu pour effet d'éviter toute confusion avec The Killer de John Woo (avec lequel il n'a rien à voir).

Ecrit par Andrew Kevin Walker, partenaire de longue date de Fincher pour qui il a signé les scripts de Se7en, The Game, Fight Club et même des épisodes de son anthologie Love + Death + Robots, le script est une épure fascinante, une relecture à l'os de la BD. Vous n'y apprendrez rien du passé du tueur, comment il en est venu à être cet assassin implacable. Cela n'intéresse ni le scénariste ni le cinéaste qui préfèrent aller à l'essentiel tout en trompant leur monde.

Ainsi après un générique si rapide qu'on a peine le temps de lire les crédits, on s'attend à un film speed, et c'est tout le contraire qui s'ensuit. Les vingt premières minutes (sur les 120 au total que dure le film) montrent le héros attendant sa cible, s'adonner au yoga, vérifier son arme, écouter de la musique (les Smiths), dormir, observer la rue en bas de son nid d'aigle (nid d'aigle désolé puisqu'il s'agit d'un bureau en travaux). Qui plus, à l'inverse du Samouraï de Jean-Pierre Melville, le tueur est bavard : en voix off, il dit l'ennui qui le saisit, mais auquel il faut s'habituer dans ce genre de métier, le bénéfice à tirer du manque d'empathie pour ses cibles, son exaspération aussi à ne pas voir arriver sa cible, la raison qui l'a fait adopter son look de touriste allemand ("car personne n'a envie de leur parler et personne ne les distingue").

Le ton est donné et il est étonnamment drôle, sarcastique. Fincher surprend, lui qu'on prend volontiers pour un type sérieux, voire arrogant, en se moquant presque de son héros, de son histoire. Il y a là une dérision inattendue mais, disons-le, géniale, car elle déjoue toutes nos attentes et entraîne tout le film dans une direction imprévisible. Sans cesse, le récit va s'amuser à contrecarrer ce à quoi on s'attendait de sa part.

Le tueur n'est pas ainsi un solitaire : il a une fiancée et en découvrant qu'on lui a fait du mal, il s'engage dans une expédition punitive. Rien d'original, des histoires de tueur contre qui ses employeurs de retournent, on en a vues des paquets. Fincher ne cherche pas à étonner : l'avocat véreux, la secrétaire affolé, la brute, l'experte, le client, le film est dûment chapitré et les figures imposées sont respectées à la lettre.

Non, là où c'est passionnant, c'est dans le traitement. Si vous n'avez rien de neuf à filmer, alors filmez-le différemment. La voix off, le détachement cynique du tueur font toute la différence. Il se décrit comme un dans la masse tandis que client, agent, cible, font partie d'une élite. Il ne les méprise pas, tout cela l'indiffère. Seul compte l'objectif, la mission. Suivre le plan, ne pas improviser, répète-t-il comme un mantra. Fincher donne plus de chair à ces rôles de passage dans l'histoire qu'il déroule qu'à son tueur, mû uniquement par sa volonté de boucler un dossier et sans aucun sentiment. 

Ce n'est pas un psychopathe qui tue des gens par plaisir, c'est quasi un fonctionnaire de la mort sur commande. Ce n'est pas non plus un nettoyeur : la seule victime dont il efface toute trace d'existence est l'avocat. Les autres, il les exécute comme cela se présente : salement avec la brute au terme d'une bagarre intense et brutale où il est sévèrement blessé, en maquillant ça en accident avec la secrétaire de l'avocat pour que ses enfants puissent toucher l'assurance-vie, d'une balle dans la tête pour l'experte (ne faire confiance à personne : elle allait le planter avec un couteau en l'attirant à elle après qu'elle a glissé parterre). Mais il épargne le client en croyant ses aveux sincères sur le fait qu'il ignorait tout de la façon dont l'avocat allait se débarrasser du tueur après son échec.

La mise en scène est, on a envie de dire évidemment, magistrale. Fincher a le chic pour cadrer chaque plan d'une manière qui est à la fois simple et imprévue. Il monte chaque scène en suivant un rythme unique. Les vingt premières minutes sont un test mais aussi une démonstration de force car il arrive à les rendre captivantes, fascinantes. Rarement a-t-on vu, de manière aussi clinique et ordinaire, ce à quoi doit ressembler ce qui précède un assassinat, avec cette attente qu'il faut découper en sessions pour ne pas s'endormir trop longtemps, rester vigilant. La façon dont le tueur s'humidifie les yeux avec un collyre, désinfecte tout, emballe son matériel, le remballe en faisant en sorte que ce soit rapide pour filer à la moindre occasion... Tout ça est formidablement visualisé.

En cela, le tueur semble être le jumeau, le reflet de Fincher qu'on imagine préparer son film, image par image, jusqu'à arriver sur le plateau de tournage avec tout en tête et ne comptant plus que sur la fiabilité des techniciens et des acteurs pour que tout roule comme prévu.

Loin des rumeurs qui l'ont décrit comme un metteur en scène à la limite du tortionnaire pour obtenir de ses interprètes exactement ce qu'il exigeait, Fincher a été décrit par Michael Fassbender, dont c'est également le grand retour dans un rôle de premier plan et un film à sa mesure, comme un directeur aimable, patient et même soucieux de la bonne ambiance sur son plateau. Fassbender compose extraordinairement son personnage qui n'a rien du super tueur à la John Wick, mais tout d'un professionnel qui se fond dans la masse dont il fait, de son propre aveu, partie.

De tous les plans, Fassbender croise souvent ses partenaires le temps d'une scène, comme Charles Parnell (l'avocat), Sophie Charlotte (Magdalena), Arliss Howard (le client). Seule exception : Tilda Swinton, dans la peau de l'experte, "un coton-tige" amatrice de whisky rare, devisant en blaguant sur la condition de tueur professionnel, avec une blague tordante à la clé (je vous laisse la découvrir). L'actrice, étonnamment sobre, est impériale.

Accompagné par une bande-son hypnotique d'Atticus Ross et Trent Reznor (autres collaborateurs habituels de Fincher), The Killer est à la fois un chef d'oeuvre et une série B, un exercice virtuose et un pur divertissement. Il n'y a que David Fincher pour réussir à combiner cela.

mardi 1 mai 2018

X-MEN : APOCALYPSE, de Bryan Singer


Bryan Singer a conçu ce sixième volet des X-Men comme la conclusion de la saga, ou en tout cas la fin d'un premier acte. Après en avoir réécrit l'histoire dans le précédent et excellent Days of Future Past (reboot aussi audacieux qu'accompli), le cinéaste avait une pression certaine avec ce Apocalypse et la critique fut d'ailleurs tiède, lui reprochant essentiellement de n'avoir rien ajouté de nécessaire à la série. Pourtant, malgré quelques défauts, le film n'est vraiment pas si mauvais et s'avère un spectacle qui ouvre plus de portes qu'il n'en ferme - la preuve : en 2019, nous aurons droit à un nouveau chapitre...

 En Sabah Nur/Apocalypse (Oscar Isaac)

Il y a plus de trois mille ans en Egypte, En Sabah Nur, vieux et fatigué, doit transférer son esprit dans un corps plus jeune. La cérémonie, organisée par ses quatre fidèles disciples, a lieu dans une pyramide. Mais des rebelles au régime du pharaon le trahissent en l'y piégeant avec sa garde rapprochée. La pyramide s'effondre sur elle-même finalement. 

Erik Lensherr/Magneto (Michael Fassbender)

1983. Dix ans après sa dernière apparition, Erik Lensherr a disparu et refait sa vie, sous un faux nom, en Pologne, où il a une femme et une petite fille et travaille dans une usine de sidérurgie. Surpris en train d'utiliser son pouvoir magnétique pour sauver un ouvrier d'un accident, il voit son épouse et son enfant emmenés par une milice. Il accepte de se rendre mais un des soldats tue sa fille et Magneto se venge en tuant tous les hommes de la bande.

Kurt Wagner/Diablo et Raven Darkholme/Mystique (Kodi Smit-McPhee et Jennifer Lawrence)

A Berlin-Ouest, au même moment, Mystique permet à deux mutants, qui sont exhibés dans une cage pour des combats clandestins, de s'en échapper. Angel, doté d'ailes d'oiseau géantes, préfère s'enfuir de son côté tandis que Diablo, un téléporteur, accepte de suivre sa sauveuse. A Westchester, New York, Scott Summers est conduit par son frère aîné Alex, alias Havok, chez le Pr. Charles Xavier, pour apprendre à maîtriser les terribles rafales optiques qui ne lui permettent plus une scolarité normale : en arrivant, sur place, il croise Jean Grey, la plus puissante mutante de l'institut, puis Hank McCoy, qui va lui confectionner des lunettes spéciales. 

Ororo Munroe/Storm, Warren Worthington III/Angel, Apocalypse et Betsy Braddock/Psylocke
(Alexandra Shipp, Ben Hardy, Oscar Isaac et Olivia Munn)

La nuit, Jean, en proie à des cauchemars récurrents où elle se voit perdre le contrôle de ses pouvoirs, ressent télépathiquement, le réveil d'En Sabah Nur et Xavier le ressent à travers elle. Le plus ancien mutant de la Terre s'est extrait de sa tombe depuis une fosse creusée au Caire par des adeptes de son culte, remarqués par Moira McTaggert, agent de la CIA (que le Pr. X avait rencontrée dans les années 60 et dont il avait effacée les souvenirs de leur romance). Apocalypse, tel qu'il s'est renommé en rapport avec son projet, recrute de nouveaux gardes : Storm, qui maîtrise les éléments ; Angel, échappé de Berlin-Ouest ; et Psylocke, l'ex-garde du corps de Caliban (un faussaire pour les mutants). 

Mystique, Moira McTaggert, Charles Xavier, Alex Summers et Hank McCoy
(Jennifer Lawrence, Rose Byrne, James McAvoy, Lucas Till et Nicholas Hoult)

Avec Diablo, Mystique gagne l'institut pour informer Xavier des ennuis récents de Magneto en Pologne, désormais recherché à nouveau. Moira McTaggert est également là, invitée à partager ce qu'elle sait sur Apocalypse. Le Pr. X utilise l'ordinateur Cerebro pour localiser Magneto mais il est déjà enrôlé par Apocalypse et ce dernier localise à son tour l'école de Xavier. Il y surgit avec ses nouveaux gardes et enlève Xavier puis détruit l'école en partant. Quicksilver, qui a appris par sa mère, que Magneto était son père, arrive sur ces entrefaites, juste à temps pour sauver, grâce à sa super-vitesse, le maximum de personnes à l'intérieur du bâtiment. Mais l'explosion a attiré des militaires en hélicoptère, avec à leur tête le colonel Stryker, qui neutralise les mutants et embarque Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert.

Scott Summers, Diablo, Quicksilver, Mystique et Jean Grey
(Tye Sheridan, Kodi Smit-McPhee, Evan Peters, Jennifer Lawrence et Sophie Turner)

Scott Summers, Jean Grey et Diablo les suivent à leur insu jusqu'au quartier général de l'Arme X où leurs amis sont interrogés sur la situation de Xavier. Pour les sauver, ils libèrent un prisonnier détenu dans un container blindé : Logan en surgit et massacre les soldats, ouvrant la voie à Jean, Diablo et Scott qui libère Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert. Jean reçoit un message télépathique de Xavier depuis le Caire, pour lequel ils s'envolent à bord d'un avion de l'Arme X, comme Stryker, qui fuit Logan.

Moira McTaggert, Jean Grey, Scott Summers, Mystique, Quicksilver et Hank McCoy

Apocalypse veut, pour purifier la Terre, provoquer un cataclysme mondial auquel seuls les plus forts survivront. Magneto dérègle les champs magnétiques de la planète pour précipiter cette purge tandis qu'Apocalypse a désarmé les têtes nucléaires en les envoyant dans l'espace. L'arrivée de l'équipe menée par Mystique oblige cependant En Sabah Nur à se retrancher avec Xavier dans une pyramide qu'il a érigée et à laisser Storm, Angel et Psylocke s'occuper de leurs adversaires, car il veut transférer son esprit dans le corps du professeur et acquérir du même coup ses pouvoirs psychiques.

Jean Grey vs. Apocalypse

Tandis que les sbires d'Apocalypse et les acolytes de Mystique se neutralisent, cette dernière et Quicksilver raisonnent Magneto. Xavier refuse de se laisser posséder par Apocalypse et le défie mentalement pour gagner du temps tout en appelant Jean Grey, pour l'aider, à déployer toute sa puissance. Elle s'exécute et pulvérise littéralement Apocalypse, également attaqué par Magneto et Scott Summers mais aussi Storm. Angel est neutralisé mais Psylocke préfère s'éclipser, une fois la défaite de son camp acquise.

Les X-Men dans la salle des dangers de l'institut Charles Xavier

De retour à Westchester, Magneto et Jean reconstruisent l'institut mais Xavier échoue à convaincre Lensherr de co-diriger l'école avec lui. Néanmoins, il est désormais convaincu qu'il faut entraîner ses élèves à devenir des combattants pour survivre et charge Mystique de les entraîner dans la salle des dangers.

Une scène supplémentaire apparaît à la fin du générique :

- une équipe para-militaire investit le Q.G. de l'Arme X où elle nettoie le carnage commis par Logan. Un scientifique récupère une fiole du sang du mutant en fuite et la met à l'abri dans une mallette portant le sigle de "Essex Corp.". 



Le premier mérite de X-Men : Apocalypse est de déterminer une nouvelle trilogie dans l'histoire de la franchise démarrée en 2000 (c'était il y a dix-huit ans mais cela paraît remonter à un siècle, tellement les longs métrages super-héroïques ont pris de l'importance depuis). Les trois premiers films (2000, 2003, et 2006 - celui-ci réalisé par Brett Ratner) formaient un premier cycle, dont Wolverine était au centre, convoité par le Pr. Xavier et Magneto : les personnages étaient majoritairement adultes, voire âgés (comme Xavier et Magneto), et leur conflit connaissait un premier terme avec l'émergence et la mort de Phoenix (Jean Grey).

Mais fans et critiques ont détestés L'Affrontement final (Singer étant parti tourner Superman returns pour la Warner, Ratner, considéré comme un mercenaire sans lien affectif avec les personnages, et le scénario, lâche, n'ont rien arrangé). 

Cinq après, la Fox prend le parti de rafraîchir le concept en racontant les origines des X-Men : Singer revient en qualité de co-producteur-superviseur, et Matthew Vaughn réalise Le Commencement. Le résultat n'est pas irréprochable, mais indéniablement malin et rafraîchissant : l'intrigue se déroule en 1962, montre la première génération de l'équipe, la paralysie de Xavier, sa rupture idéologique avec Magneto, et joue avec l'impact supposée des mutants sur le cours de la véritable Histoire (en l'occurrence la crise de la "baie des cochons" avec des missiles russes à Cuba pointés sur les Etats-Unis). L'esthétisme rétro-pop, le casting rénové, la perspective narrative a redynamisé la franchise d'un coup.

Mais cela ne suffisait pas à Singer qui voulait réparer l'affront ressenti par les fans avec X-Men 3 de Ratner. Cela a abouti au reboot épatant entrepris dans Days of Future Past en 2014. Désormais, tout était réparé, une nouvelle page pouvait se tourner et une scène post-générique de fin promettait avec Apocalypse un grand spectacle.

D'où vient alors que cela n'a pas convaincu, du moins pas autant que prévu - alors même que Singer déclarait avoir enfin pu faire tout ce qu'il voulait, à partir du script de Simon Kinberg ?

Le récit est pourtant fluide et progresse efficacement en crescendo, en se passant de Wolverine (une gageure), en évoluant à nouveau dans une époque différente (après les 60's du Commencement, les 70's de Days of Future Past, les années 80 ici, représentées sans excès visuel). Certes, la motivation d'Apocalypse n'a rien de bien original, avec son mélange de revanche/vengeance et de purge mondiale. Mais la faute est à chercher ailleurs.

Le film brasse un nombre important de personnages, moins que dans Days of..., mais conséquent tout de même, et le scénario peine à leur donner consistance à tous, en particulier les nouveaux "cavaliers" d'Apocalypse, développés à gros traits et sans qu'on nous explique vraiment leur adhésion au projet du démiurge égyptien. C'est dommage car les acteurs sont particulièrement ressemblants avec leurs personnages issus des comics (Alexandra Shipp et surtout la sublime Olivia Munn semblent sortir des pages d'un mensuel en Storm et Psylocke - c'est moins fort pour Ben Hardy en Angel). Ils ne sont pas aidés non plus par le fait de devoir exister face au charisme exceptionnel de Michael Fassbender, qui incarne Magneto avec toujours la même puissance émotionnelle. Le comédien éclipse même Oscar Isaac en Apocalypse, noyé sous un maquillage à la limite du grotesque et qui échoue à convaincre de l'envergure de son rôle.

En revanche, en face de la "team Destroy", la "team Defend" est une réussite impeccable : Singer réussit un sans-faute en rajeunissant ses interprètes dont la présence, le naturel et la conviction sont les meilleurs atouts (Sophie Turner sort du lot en Jean Grey, mais Tye Sheridan est parfait aussi et Evan Peters "vole le show" à chacune de scènes - le filmage de la super-vitesse n'a jamais été aussi bon que devant la caméra de Singer. Kodi Smit-McPhee souffre d'un maquillage lui aussi un peu too much en Diablo, tout comme Nicholas Hoult dont le Fauve ne m'a jamais plu). Cette jeune garde est bien encadrée par James McAvoy, qui donne une autorité sage mais résolue à Xavier, Rose Byrne, élégante et idéale en Moira McTaggert, et surtout Jennifer Lawrence, sexy en diable et déterminée, la vraie star de cette seconde trilogie.

Cette inégalité dans la distribution empêche le film de décoller complètement car, contrairement à l'adage (hitchcockien) qui veut que "meilleur est le méchant, meilleur sera l'histoire", ici, ce sont les gentils qui sont plus présents et remarquables. Le combat final, à grand renfort d'effets spéciaux, engloutit aussi un peu la tension dramatique (même s'il annonce le pitch du prochain opus, centré sur Jean Grey). La réalisation de Singer est dépassé par ce show devenu trop fréquent dans les films de super-héros pour étonner ou épater (de ce point de vue, les films de la Fox ne tiennent pas la comparaison avec ceux de Disney-Marvel).

On notera aussi que la scène post-générique de fin n'a mené à rien (elle devait soit servir à un troisième Wolverine, mais qui est devenu le crépusculaire et magistral Logan sans rapport avec ce qu'on voit là ; soit au prochain X-Men, qui raconte tout autre chose).

Depuis, en tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et a changé totalement la donne (et ce n'est qu'un début...) : la Fox a été racheté par Disney (opération qui devrait être validée l'an prochain) et même si Marvel studios a prévenu que les Fantastic Four et les X-Men ne se mêleraient pas tout de suite au "MCU", on voit déjà que cela a abouti au report de la sortie de Dark Phoenix (pour éviter une saturation). Que restera-t-il ensuite de ce que Bryan Singer a quand même brillamment, globalement, adapté ? Wait and see. Mais espérons que tout ne sera pas liquidé.

lundi 30 avril 2018

X-MEN : DAYS OF FUTURE PAST, de Bryan Singer


Comme Avengers : Infinity War ne sera pas projeté par chez moi avant une semaine, j'en profite pour me (re)plonger dans quelques films super-héroïques mémorables. C'est aussi l'occasion de revenir à une époque où les studios se tiraient la bourre face au géant Disney-Marvel. Exemple parfait avec X-Men : Days of Future Past, produit par la Fox, désormais avalée par l'empire de la souris, et qui fut une réussite saluée à son juste mérite pour avoir réécrit l'histoire des mutants dont la franchise avait déçu lors de son précédent opus - tour de force orchestré par Bryan Singer (tombé entre temps dans le purgatoire de Hollywood lors du scandale #MeToo).

2023 : Storm, le Professeur Charles Xavier, Wolverine et Magneto
(Halle Berry, Patrick Stewart, Hugh Jackman et Ian McKellen)

2023. La quasi-totalité des mutants et des humains prêts à les défendre a été exterminée par les Sentinelles, des robots géants adaptés pour contrer les pouvoirs de leurs cibles et créés par Bolivar Trask cinquante ans plus tôt. Le professeur Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto imaginent un plan de la dernière chance : renvoyer en 1973, grâce aux talents de Kitty Pryde, l'esprit de Wolverine dans son corps de l'époque afin qu'il empêche l'assassinat de Trask par Mystique à l'origine de la tragédie.

1973 : Wolverine
(Hugh Jackman)

1973 : James "Logan" Hewlett investi par son esprit de 2023 retrouve Charles Xavier, qui a renoncé à ses pouvoirs de télépathe pour retrouver l'usage de ses jambes et qui vit cloîtré dans son manoir avec son élève Henry "Hank" McCoy alias le Fauve. 

1973 : Hank McCoy/Le Fauve, Charles Xavier et Wolverine
(Nicholas Hoult, James McAvoy et Hugh Jackman)

Xavier apprend à Logan que Erik Lensherr/Magneto est incarcéré dans une cellule spéciale au sous-sol du Pentagone depuis qu'il a été inculpé pour l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy dix ans plus tôt. Logan explique à Xavier et McCoy la tournure apocalyptique que va prendre l'Histoire s'ils n'interviennent pas ensemble : une fois Trask assassiné par Mystique, cette dernière sera capturée et torturée pour concevoir des Sentinelles capables de s'adapter aux pouvoirs des mutants à partir de son ADN.

1973 : Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto
(James Mcavoy et Michael Fassbender)

Logan convainc le jeune Pietro Maximoff alias Quicksilver de participer à l'évasion de Magneto. Leur mission accomplie, ils s'envolent pour Paris où v se tenir une conférence pour la fin de la guerre au Vietnam. Magneto décide, une fois sur place, qu'il vaut mieux éliminer Mystique mais il ne réussit qu'à la blesser avant qu'elle ne s'échappe. 

William Stryler et Bolivar Trask
(Josh Helman et Peter Dinklage)

Le sang de la mutante est recueilli par l'équipe scientifique de Trask qui n'a aucun mal à convaincre le président Richard Nixon de financer la fabrication en série de ses Sentinelles pour affronter le péril qui s'est manifesté aux yeux du monde devant les caméras de télévision. 

Erik Lensherr/Magneto et Raven Darkholme/Mystique
(Michael Fassbender et Jennifer Lawrence)

Magneto a faussé compagnie à Xavier, McCoy et Logan pour rattraper le train qui convoie les robots géants et les saboter. Lorsque les Sentinelles sont présentés au public par Trask et Nixon, ces derniers ignorent donc que leurs armes vont se retourner contre eux. Dans l'assemblée qui assiste à l'événement, Xavier tente de localiser Mystique, toujours résolue à tuer Trask.

Les Sentinelles

Magneto fait une spectaculaire apparition en déplaçant le Robert Kennedy Memorial Stadium de Washington pour isoler la Maison-Blanche tandis que les Sentinelles ouvrent le feu sur l'assistance. Xavier raisonne Mystique en lui expliquant télépathiquement ce qui se passera si elle profite de la situation pour assassiner Trask. Elle se retourne alors contre Magneto, prêt à abattre Nixon pour prouver au monde la supériorité des mutants, et devient une héroïne devant les caméras de télévision. 

Magneto

2023 : le plan ayant réussi, Wolverine se réveille dans sa chambre du manoir de l'institut Xavier pour jeunes mutants où tous les X-Men et leurs élèves sont sains et saufs, n'ayant jamais été exterminés par les Sentinelles. Logan retrouve le professeur X dans son bureau et lui demande alors de lui résumer les cinquante dernières années telles qu'altérées par son intervention.

Une scène post-générique de fin annonce le film suivant, X-Men : Apocalypse :

- Dans l'Egypte antique, une foule scande le nom d'un adolescent qui érige les pyramides par la seule force de sa pensée : En Sabah Nur, le mutant qui sera plus tard connu sous le nom d'Apocalypse.

Dans le cinéma actuel, quoi qu'on puisse en penser, il n'est désormais plus possible d'ignorer la place majeure qu'ont pris les super-héros, devenus la nouvelle "cash-machine" des grands studios de Hollywood. De ce point de vue, X-Men : Days of Future Past a clairement été conçu comme la réponse de la Fox à la concurrence représentée par, d'un côté, Disney/Marvel (avec des titres comme Avengers, Iron Man, Captain America...) et par, de l'autre, Warner/DC (avec Batman, Superman...). C'est aussi la reprise en main de la franchise mutante par celui qui, le premier, l'a porté sur grand écran, Bryan Singer, profitant du succès critique et public de X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011). Enfin, il s'agit d'une adaptation d'une des plus célèbres sagas du comic-book dédié aux X-Men, écrite par Chris Claremont (qui apparaît dans un cameo ici) et John Byrne.

Fort de ces références, dès le début de l'histoire, le film affiche son ambition en présentant les héros dans une situation désespérée qu'ils ne peuvent espérer renverser qu'en modifiant le passé - un procédé bien pratique pour gommer des éléments entiers ayant déçu à la fois Singer et les fans (concentrés dans X-Men 3 : L'Affrontement final, Brett Ratner, 2006). A partir de cette ouverture aussi astucieuse que bluffante par son aspect sombre (New York dans la ténèbres, des centaines de cadavres jetés dans une fosse commune, des mutants dans des camps de concentration, des résistants cachés dans un monastère), le récit se rattache à l'Histoire avec un grand "H" et propose une uchronie puissante dont on ne peut que saluer la fluidité narrative (ce qui n'est jamais gagné quand il s'agit de voyager dans le temps).

A la faveur d'un twist scénaristique habile (quoique fort différent de la BD d'origine, mais où le personnage de Kitty Pryde joue quand même un rôle déterminant et accomplit une sorte de phase ultime), nous voilà transportés en 1973, lorsque Nixon était à la Maison-Blanche, et que Bolivar Trask (incarné par un Peter Dinklage glaçant en mix de Mengele et de marchand d'armes) lançait son programme "Sentinelles". Les X-Men doivent à nouveau (comme dans Le Commencement) faire plier la réalité selon leurs fantasmes - qui sont divergents du point de vue des "frères ennemis" que sont Charles Xavier (partisan d'une cohabitation pacifique entre humains et mutants) et Magneto (désireux de prouver que l'homo superior va dominer l'homo sapiens).

Cette manoeuvre aboutit à un traitement à la fois dense et palpitant, mené tambour battant (grâce au montage nerveux mais jamais haché de John Ottman, aussi compositeur de la musique), en se concentrant sur une poignée de mutants (Wolverine, Xavier, Magneto, Mystique), et sans abuser de clins d'oeil à l'esthétique de l'époque. Le spectacle est jubilatoire, alternant parfaitement exposition et action (avec des morceaux de bravoure impressionnants et parfois ludiques - voir la scène d'évasion de Magneto avec l'aide Quicksilver, que Singer utilise bien mieux que Joss Whedon dans Avengers 2 : L'Ere d'Ultron), jusqu'au (double) dénouement aussi grandiose que subtil.

Ajoutez-y des acteurs investis dans leurs rôles - Hugh Jackman intense, l'excellent duo formé par James McAvoy et Michael Fassbender, Jennifer Lawrence électrisante - , des personnages oscillant entre volontarisme et résignation, et un refus intelligent d'expliquer les paradoxes temporels (au profit du plaisir pur de l'aventure fantastique), et vous obtenez le meilleur opus de la série. De quoi en reprendre une tournée avec ce que promet la scène post-générique de fin (un teaser expéditif copié au Marvel Cinematic Universe).

X-Men : Days of Future Past est donc à la fois un recommencement et une apogée, le film "X" qu'on n'attendait plus - et qui, dans le meilleur des mondes, pour filer le parallèle avec l'intrigue du long métrage, devrait inspirer les editors de Marvel bien à la peine pour produire des comics mutants aussi passionnants depuis un moment.   

dimanche 24 avril 2016

Critique 873 : BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR, de Rupert Sanders / JANE EYRE, de Cary Fukunaga


BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR (en v.o. : Snow White and the Hunstman) est un film réalisé par Rupert Sanders, sorti en salles en 2012.
Le scénario est écrit par Hossein Amini, Evan Dougherty, Evan Spiliotopoulos, d'après les contes de Jacob et Wilhelm Grimm. La photographie est signée Greig Fraser. La musique est composée par James Newton Howard.
Dans les rôles principaux, on trouve : Kristen Stewart (Blanche Neige), Chris Hemsworth (Eric, le Chasseur), Charlize Theron (Ravenna, la Reine), Sam Clafin (William, l'ami d'enfance de Blanche Neige), Sam Spruell (Finn, le frère de la Reine Ravenna).
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La Reine Ravenna
(Charlize Theron)

Ravenna, qui partage le lit du Roi depuis la mort de sa femme, s'empare de son trône avec la complicité de son frère, Finn, et de leur armée. Elle tue le Roi et jette dans un cachot la fille de celui-ci, Blanche-Neige, encore enfant.  Le meilleur ami de la fillette, William, réussit à fuir avec le Duc Hammond et quelques soldats et paysans. 
Blanche Neige
(Kristen Stewart)

Les années passent, et les ténèbres se sont abattus sur le royaume à cause des pouvoirs maléfiques de la Reine qui, pour conserver sa jeunesse, aspire par la magie la force vitale des plus jeunes femmes du pays. Pour s'assurer l'immortalité, elle doit désormais sacrifier Blanche Neige, devenue adulte et d'un charme sans égal. Finn va la chercher dans sa cellule mais elle réussit à s'en échapper et à fuir le château.  
Le chasseur
(Chris Hemsworth)

Blanche-Neige s'enfonce dans le forêt sombre, le seul endroit où la magie de la Ravenna est sans effet mais dont les bois sont remplis de pièges et pollués par une atmosphère vicié. La Reine recrute Eric, un chasseur, pour aller récupérer la fugitive, en lui promettant de rendre à la vie sa défunte épouse.
Le chasseur et les sept nains

Quand il comprend, une fois Blanche Neige retrouvée, que Ravenna ne tiendra pas parole car elle est incapable de ressusciter les morts, le chasseur aide la jeune femme à s'éloigner de Finn et ses sbires. Ils vont trouver sur leur route les septs nains (qu'a escroqué Eric), dont l'un d'eux reconnaît en Blanche Neige la future régente qui rendra au royaume sa prospérité et son éclat.
Le Prince William
(Sam Clafin)

William, qui avait infiltré la bande de Finn, raccompagne Blanche Neige, le chasseur et les nains jusqu'au Duc Hammond pour convaincre ses sujets de mener une dernière bataille contre le château de Ravenna. 
Blanche Neige
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JANE EYRE est un film réalisé par Cary Fukunaga, sorti en salles en 2011.
Le scénario est écrit par Moira Buffini, d'après le roman de Charlotte Brontë. La photographie est signée Adriano Goldman. La musique est composée par Dario Marianelli.
Dans les rôles principaux, on trouve : Mia Wasikowska (Jane Eyre), Michael Fassbender (Edward Rochester), Jamie Bell (St. John Rivers), Judi Dench (Mrs Fairfax).
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Jane Eyre
(Mia Wasikowska)

A bout de force dans la lande anglaise, une jeune femme est recueillie par St. John Rivers, un jeune pasteur, et ses deux soeurs. Elle dit s'appeler Jane Eliott, mais son hôte devine qu'elle ment tout en respectant son secret. Il lui trouve, une fois qu'elle est rétablie, un poste d'institutrice, certes mal payé, mais qui lui convient.
Jane Eyre et St. John Rivers
(Mia Wasikowska et Jamie Bell)

De son vrai nom, Jane Eyre a grandi dans l'internat de Lowood où elle a subi des punitions physiques et morales, rejetée par sa tante. Elle s'est liée d'amitié avec une autre fillette que la tuberculose emportera. A 19 ans, elle quitte enfin cette sinistre institution pour devenir la préceptrice de la petite Adèle à Thornfield Hall, dans un château ancien et isolé. 
Edward Rochester
(Michael Fassbender)

Jane remplit sa tâche avec efficacité, s'attirant la sympathie de la gouvernante, Mrs Fairfax. Le tempérament de la jeune femme, sa loyauté, sa discrétion, son intelligence, sa sensibilité, charment Rochester qui, bien que s'étant engagé à épouser la noble Blanche Ingram, avoue à Jane qu'il l'aime et désire qu'elle soit sa femme. Malgré les mises en garde de Mrs Fairfax et leurs différences de classe sociale, elle accepte. Mais le jour des noces, un homme s'oppose à leur union, obligeant Rochester à révéler son secret : il cache dans une cellule de son château sa première épouse, devenue folle.
Edward Rochester et Jane Eyre

Jane s'enfuit donc jusqu'à ce qu'elle soit hébergée par St. John Rivers et ses soeurs. La jeune femme apprend, entretemps, la mort de son père, qu'elle croyait disparu depuis toujours, et dont elle hérite la fortune. Elle partage son argent avec le pasteur et ses soeurs, mais refuse d'épouser Rivers car elle pense toujours à Rochester. Elle part le retrouver...

Evoquer dans une même critique deux héroïnes aussi différentes que Jane Eyre et Blanche Neige peut étonner, mais par un hasard de la programmation télé, deux films les ont mis en lumière et m'ont inspiré ce rapprochement. Mercredi dernier, Arte diffusait l'adaptation du roman de Charlotte Brontë par Cary Fukunaga et le lendemain, W9 proposait Blanche Neige et le chasseur de Rupert Sanders d'après le conte des frères Grimm : deux histoires de jeunes femmes dont l'émancipation allait être précipitée par leurs aventures.

Dans le film de Sanders, Blanche Neige est incarnée par Kristen Stewart : la jeune actrice, une des plus intéressantes du cinéma américain actuel, a connu la gloire avec la saga Twilight tout en s'illustrant dans des films d'auteurs (chez Walter Sallés, Olivier Assayas). Son interprétation, à la fois vibrante et marquée par son charme insolent, modernise le personnage dans des costumes sombres, taillés dans du cuir, jusqu'à la montrer en armure à la fin, telle Jeanne d'Arc. On ne peut être plus loin du cliché de la pauvre princesse tourmentée par la méchante reine et recueillie par les sept nains ainsi que l'immortalisa le dessin animé de Walt Disney en 1937.

Cette esthétique, dont on peut presque sourire tant elle fait ressembler les personnages à des punks à chien, avec les cheveux mouillés, la barbe de trois jours (mais bien taillée !) des garçons, le contraste entre la princesse guerrière et la reine hystérique - celle-ci jouée par une Charlize Theron déchaînée, s'amusant même le temps d'une scène à parodier la pub Dior ("J'adore") dont elle est l'égérie - , aboutit pourtant à un résultat efficace, malgré quelques longueurs (130 minutes quand même) et des éléments dispensables (le prince William, interprété par Sam Clafin, qui semble tour à tour être le grand frère de Blanche Neige et son amoureux). Le personnage du chasseur, auquel Chris Hemsworth donne une présence très physique (même si son look fait trop penser à Thor, qu'il personnifie dans les films Marvel), ou les sept nains, dans une version jubilatoire (avec des acteurs prestigieux comme Ian McShane, Bob Hoskins, Toby Jones, Ray Winstone, miniaturisés grâce à des effets spéciaux bluffants), sont plus convaincants.

En comparaison, la 18ème (!) adapatation de Jane Eyre que livre Cary Fukunaga est d'une facture beaucoup plus classique, mais aussi plus délicate et subtile. Cela tient aussi beaucoup à sa comédienne principale, la frémissante Mia Wasikowska, découverte dans Alice aux pays des merveilles de Tim Burton en 2010. Sa silhouette gracile, son jeu très sobre, tout en retenue, sont magnifiques : quasiment présente dans tous les plans, elle s'impose comme une interprète de première classe.

Sa romance sensible, sublimement filmée dans la campagne automnale d'Angleterre, avec Michael Fassbender, plus magnétique que jamais en Rochester ombrageux, dispense de très beaux moments, malgré là aussi des chutes de rythme dommageables (110 minutes). Le film souffre de seconds rôles moins forts que chez Sanders, avec des comédiens qui, très british, réussissent à cabotiner en n'en faisant pourtant pas assez : pourtant, Jamie Bell, Imogen Poots ou la vénérable doyenne Judi Dench ne sont pas des demi-portions, mais ils sont en vérité trop convenus par rapport au couple vedette, autrement plus intense.

Ce qui distingue Blanche Neige et le chasseur et Jane Eyre tient donc plus à la forme qu'au fond : dans les deux cas, il est question de jeunes femmes embarquées dans un récit initiatique et traversant donc leur lot d'épreuves (physiques et mentales) pour se dépasser et accéder à une nouvelle étape dans leur existence - trouver l'amour pour Jane Eyre, assumer son destin de reine pour Blanche Neige. Leur périple s'accomplit grâce à un homme - Edward Rochester, Eric le chasseur - et au détriment d'une autre femme - Blanche Ingram, Ravenna - et d'un autre homme - St. Johns Rivers, Finn. Le tout dans des tons gothiques assez semblables - avec la présence d'un château emblématique d'un malheur lié au passé.

Toutes ces caractéristiques stylistiques, jusqu'à leur diffusion à la télé très proches, contribuent à rendre ces deux productions, aux récits et aux époques pourtant distincts, pourtant étrangement similaires, comme si, des frères Grimm à Charlotte Brontë, de Kristen Stewart à Mia Wasikowska, de Chris Hemsworth à Michael Fassbender, de Blanche Neige à Jane Eyre, l'histoire des grandes héroïnes romantiques n'en finissaient pas de décliner les mêmes motifs mais subtilement modifiés par la perception que notre époque en a désormais : non plus telles des victimes mais comme des combattantes que rien ni personne ne sauraient priver de leur dû.