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lundi 8 août 2022

SANDMAN (Netflix) (Critique avec spoilers !)

 

Je n'ai pas l'habitude de "binge-watcher" des séries mais dans le cas de Sandman, disponible sur Netflix depuis Vendredi dernier, j'ai visionné les dix épisodes de cette saison 1 en deux jours. Cette adaptation de la série écrite par Neil Gaiman, longtemps réputée impossible, est une extraordinaire réussite, un modèle du genre, peut-être la meilleure que j'ai vue. Un exploit donc, mais qui ne doit rien au hasard.

- 1/ (Le sommeil du juste) 1916. Alors qu'il traque le Corinthien, un des cauchemars qu'il a créés, Morpheus est capturé par Roderick Burgess lors d'un rituel occulte où il voulait piéger Mort. Burgess retire à Morpheus ses armes : une bourse de sable, un casque et un rubis, qui seront ensuite volés par Etehl Cripps, la maîtresse de Burgess, enceinte de leur fils non désiré. La détention de Morpheus provoque une épidémie de maladie du sommeil. En 2021, le fils de Roderick, Alex, libère accidentellement Morpheus.

- 2/ (Hôtes imparfaits) Morpheus rentre dans son royaume et découvre son palais en ruines. Il rene visite à Abel et Caïn pour siphonner l'énergie de Gregory, leur gargouille. Grâce à elle, il peut invoquer les Parques et leur demander où se trouvent ses armes. La bourse appartient à Johanna Constantine, son casque à un démon en Enfer, et son rubis à John Burgess, le fils d'Ethel Cripps. Morpheus part à leur recherche en compagnie du corbeau Matthew.

- 3/ (Rêve un peu à moi) Morpheus rencontre Constantine pour qu'elle lui rende sa bourse. Mais elle l'a laissée à son ancienne maîtresse. Elle est mourante car la magie de la bourse a sapé son énergie vitale. Morpheus lui accorde une fin paisible. Cependant, Ethel Cripps, qui a reçu la visite du Corinthien en quête du rubis de Morpheus, rend visite à John, placé dans une cellule. Elle lui donne son amulette de protection, qui a prolongé sa vie, et, enfin libre, il part pour Buffalo où il a caché le rubis.

- 4/ (Un espoir en Enfer) Morpheus et Matthew descendent aux Enfers où Lucifer les reçoit et convoque le démon qui possède le casque. Ce dernier défie Morpheus en demandant à Lucifer de le représenter. Le maître des rêves décide de se battre lui-même pour son bien. Il emporte le duel mais Lucifer, après son départ, jure de se venger. De son côté, John arrive à Buffalo peu après Morpheus qui a été repoussé par le rubis modifié.

- 5/ (24/7) John entre dans un diner où il utilise le rubis pour influencer le comportement des clients et du personnel afin qu'ils s'expriment sans filtre. Cela les pousse jusqu'au suicide ou au meurtre. Morpheus intervient et déporte John dans son royaume où, pour se défendre, il brise le rubis. Morpheus en absorbe l'énergie et neutralise John en le plongeant dans un sommeil éternel dans un asile.

- 6/ (Le son de ses ailes) Morpheus retrouve sa soeur, Mort. Il l'accompagne toute la journée auprès de ceux qu'elle doit conduire dans l'au-delà. Puis elle tente de lui expliquer qu'il doit trouver une nouvelle manière de diriger son royaume pour avoir un nouvel objectif. Morpheus se rend ensuite dans une taverne où, au XIVème siècle, il accorda la vie éternelle à Hob Gadling, qui prétendait qu'il ne mourrait jamais. Tous les cent ans, ils se retorouvèrent au même endroit jusqu'à ce que Hob suggère que Morpheus cherchait un ami en le revoyant. Vexé, Morpheus tourna les talons, puis manqua le prochain rendez-vous, alors captif de Burgess. Aujourd'hui, enfin, il admet apprécier la compagnie de Hob.

- 7/ (La maison de poupées) En 2015, Rose Walker est séparée de son petit frère Jed suite au divorce de ses parents. A la mort de ceux-ci, Jed est placé en famille d'accueil, où il est maltraité. Rose, elle, le cherche mais l'administration refuse de lui communiquer son adresse. C'est alors qu'elle est contactée par Unity Kincaid, unique survivante de la maladie du sommeil et qui est son arrière-grand-mère. Elle met sa fortune à la disposition de Rose pour l'aider. Ailleurs, Désir et Désespoir, les deux autres soeurs jumelles de Morpheus, conspirent pour utiliser Rose, qui est un vortex humain capable de briser la frontière entre monde des rêves et monde éveillé, contre leur frère. Le Corinthien est également sur la piste de Rose qui pourrait le débarrasser de Morpheus.

- 8/ (Jouer à la maison) Rose revient en Floride où habitait son père et avec l'aide d'amis placarde des avis de recherche. Morpheus  entre en contact avec Rose via ses rêves et ils retrouvent Jed qui leur communique son adresse dans le monde éveillé. Mais le Corinthien devance Rose en tuant la famille d'accueil et en emmenant Jed à une convention où il donne rendez-vous à la jeune femme.

- 9/ (Les collectionneurs) Chaperonné par Gilbert, Rose part retrouver le Corinthien et Jed à cette convention qui réunit, en vérité, des tueurs en série adorateurs du Corinthien. Gilbert rentre au royaume des rêves prévenir Morpheus de la situation tandis que le Corinthien explique à Rose que Morpheus va la tuer à cause de sa condition de vortex.

- 10/ (Coeurs perdus) Morpheus arrive et tue le Corinthien puis ramène Rose dans son royaume en proie à des séismes par sa faute. Pendant ce temps, Lucienne, la bibliothécaire du palais, a découvert que Unity Kincaid aurait dû être le vortex si elle n'avait pas été atteinte de la maladie du sommeil. Prévenu, Morpheus convoque Unity qui se sacrifie pour son arrière-petite fille, renvoyée dans le monde éveillé auprès de Jed et héritant de la fortune de son aïeule. Morpheus a reconnu, lors de la mort de Unity, la signature des manigances de Désir qu'il part mettre en garde contre de futurs complots. Tout en ignorant qu'en Enfer, Lucifer lève une armée pour envahir le royaume des rêves.

Parmi les trois titres emblématiques de la révolution des comics dans les années 80, on cite Watchmen (Alan Moore/Dave Gibbons) et Batman : The Dark Knight Returns (Frank Miller). Puis juste après, souvent, The Sandman : ce pas de côté s'explique sans doute par le fait que l'oeuvre écrite par Neil Gaiman ne s'inscrit pas comme les deux autres précitées dans le registre super-héroïque, mais dans le cadre d'un récit qui emprunte à la mythologie, au fantastique, à l'onirisme.

Par ailleurs, si Miller et Moore/Gbbons ne sont pas revenus sur la qualité de leurs mini-séries iconiques, Neil Gaiman ne s'est pas privé d'un examen auto-critique en admettant que tout n'était pas parfait au début de sa saga - car, c'est aussi une autre différence avec Watchmen ou The Dark Knight Returns, The Sandman compte plus de 75 épisodes (plus de hors-séries, ue prologu, etc). Un matériau extrêmement dense, touffu, qui a découragé le cinéma en plusieurs occasions.

HBO ayant renoncé à financer un projet aussi coûteux, c'est Netflix qui a convaincu Warner Bros. de co-produire cette saison de dix épisodes, correspondant grosso modo aux seize premiers numéros du comic-book. Neil Gaiman a été présent à toutes les étapes du développement, posant ses conditions sur le casting, l'équipe technique, le budget, dirigeant l'écriture du script, avec Allan Heinberg et David S. Goyer. Comme il l'a dit lui-même : une bande de fans de Sandman.

Et c'est tout bête mais sans doute est-ce la clé de cette réussite que d'avoir confié cette adaptation à des gens qui connaissaient les comics sur le bout des doigts, qui avaient une passion pour ces histoires, ces personnages, cet univers, en plus de posséder les compétences pour le transposer en live action. Quand on s'adresse à des connaisseurs doués, le risque de se tromper réduit considérablement.

Ces dix épisodes se divisent nettement en deux actes de cinq chapitres. Dans un premier temps, nous faisons connaissance avec Morpheus/ Morphée/Rêve (Dream en vo), un des Infinis (Endless en vo), présidant un des royaumes célestes (celui des songes donc). Il est capturé par un occultiste qui espérait piéger Mort (la soeur de Morpheus) pour ressuciter son premier fils. La captivité de Morpheus provoque une gigantesque épidémie, plongeant les uns dans un sommeil profond, les autres dans l'insomnie, et son geôlier lui retire ses armes.  Il est libéré accidentellement après plus d'un siècle et part récupérer ses attributs, après avoir découvert qu'en son absence son royaume est tombé en ruines et que ses sujets se sont éparpillés.

La quête de Morpheus l'entraîne à Londres sur la piste d'un détective magicienne, en Enfer chez la plus puissante des Infinis, et à Buffalo face à un homme désirant libérer les passions des humains.

Puis, après une halte auprès de Mort (Death en vo), une de ses trois soeurs, et de Hog Gadling (un homme à qui il a donné l'immortalité par jeu), Morpheus se trouve embarqué dans une intrigue impliquant une adolescente qui est un vortex, capable de briser les frontières entre le royaume des rêves et le monde éveillé. Ce pouvoir est convoîté par d'autres individus qui conspirent contre Morpheus pour diverses raisons, mais le temps est compté car déjà l'émergence des pouvoirs du vortex ébranle le domaine des songes.

La saison se clot sur un cliffhanger avec une guerre en préparation. Même si Netflix et Neil Gaiman n'ont encore rien officialisé, il semble acquis, vu le succès des dix épisodes mis en ligne, qu'on aura la chance d'avoir une saison 2, introduisant une partie du reste des Infinis (Délire, Destin, Destruction) notamment.

Ce qui impressionne d'entrée de jeu, c'est la rigueur narrative et esthétique du show, pensé dans ses moindres détails. Comme je le rappelai plus haut, Gaiman n'était pas satisfait des débuts de son comic-book et il a opéré avec Goyer et Heinberg un travail de synthèse, de corrections remarquable. La décision la plus radicale a été de supprimer (presque) toutes les références à l'univers partagé de DC Comics (car Gaiman reliait notamment l'histoire de tous les Sandmen existant et utilisait des super-héros en guest-stars). Un exemple de ce gommage : en Enfer, Morpheus est introduit chez Lucifer par le démon Etrigan (célèbre pour sa façon de s'exprimer en vers rimés) dans les comics, ici remplacé par Outrefange. Par contre, les connaisseurs reconnaîtront une mention au Joueur de Flûte (un ennemi de Flash) ou au costume du Sandman de Jack Kirby (dans l'épisode 8, avec Jed et Gault).

Avoir découpé la saison en deux parties était risqué car l'une pouvait être supérieure à l'autre et aboutir à un ensemble déséquilibré. C'est vrai que les cinq premiers épisodes sont époustouflants, avec la quête de Morpheus pour récupérer ses attributs, ses interactions avec Joanna Constantine (qui, contrairement à ce que certains grincheux vilipendant le caractère "woke" et le "gender-swap", n'est pas une féminisation de John Constantine, créé par Alan Moore, mais la récipiendaire de la magie des Constantine dans cette histoire), Lucifer, ou John Burgess (adapté du John Dee des comics), les décors, la tension dramatique, tout participe à en faire un enchaînement indépassable.

D'autant que ce premier acte se termine sur l'épisode 24/7, un sommet de la série, en huis clos, avec un déchaînement de scènes violentes, paroxystiques, dont on se remet difficilement. Mais l'intelligence des adaptateurs, c'est de rebondir sur un deuxième arc narratif différent, sans doute plus classique, moins exotique aussi, mais tout aussi prenant, palpitant.

L'histoire centrée sur Rose Walker et le vortex qu'elle incarne ne débute qu'au septième épisode, après un sixième qui est aussi un sacré morceau, lui-même en deux parties distinctes. La balade de Rêve et Mort suivi des rencontres sur plusieurs siècles entre Hob Gadling et Morpheus est bouleversant, drôle, magnifique, inventif. C'est sans doute l'épisode le plus renversant du lot, celui qui manie les concepts les plus vertigineux avec une adresse incomparable et une émotion simple mais poignante.

Ce qui permet à la fin de la saison de ne pas souffrir de la comparaison avec ces six premiers épisodes, c'est le fin mot de l'intrigue qui l'alimente. Faire de Rose Walker un danger et  un objet de convoitise, l'instrument d'un complot, l'objet d'un sacrifice, tout cela à la fois, donne tout de même une idée saisissante de la complexité et de la fluidité mêlées de la série. Les personnages convergent jusqu'à un climax étrangement apaisé, apaisant et déchirant à la fois, juste avant qu'on comprenne qui tirait les ficelles et les conséquences que cela va avoir (la promesse de deux revanches terribles).

Revenons sur les parti-pris narratifs et esthétiques de la série, avec les accusations de "wokisme" et de "gender-swaping". Ceux qui font ces reproches à Neil Gaiman et à Sandman n'ont jamais dû lire les histoires du scénariste et le comic-book car le premier a été un précurseur de l'inclusivité dans ses BD et sa grande oeuvre regorge d'exemples à cet égard. J'aid éjà évoqué le cas de Joanna Constantine, qui n'annule en rien le John Constantine d'Alan Moore, qui ne le remplace pas. Il faudrait aussi parler du choix de faire de Mort une femme noire alors qu'elle est représentée comme une lolita blanche dans les comics : quel est au juste le problème ? Que la couleur de la peau change le personnage ? Ou qu'un noire incarne la Mort ? Dans les deux cas, c'est absurde. Tout comme Jenna Coleman qui interprète brillamment Joanna Constantine, Kirby Howell-Baptiste joue Mort à la perfection, avec moins de malice que le personnage de papier mais avec une douceur envoûtante, et un talent sidérant. D'ailleurs, devinez quoi ? Après avoir vu l'intégralité du show, les spectateurs réclament désormais des spin-off consacrés à Joanna et Mort !

Quant aux choix cosmétiques, on croit littéralement rêver quand on lit ou entend les réciminations à leur sujet. Ainsi certains pestent parce que Morpheus n'a pas la peau absolument blanche, la tignasse longue et ébouriffée ou les yeux sombres mais brillants des comics. Mais Tom Sturridge qui joue Rêve a fait des essais costumes et maquillages avant le tournage et tout le monde s'est accordé à dire que le résultat d'une reproduction exacte ne fonctionnait pas, sombrait davantage dans la caricature que dans la transposition juste. Sturridge donne effectivement un air plus juvénile à Morpheus, mais il lui confère aussi une classe incroyable, un air buté, parfois intransigeant qui correspond idéalement à cet être toisant les humains avec une certaine condescendance et qui élimine les anomalies sans ciller. Je n'imagine pas meilleur acteur pour incarner Morpheus.

Les décors, largement numérisés, sont splendides et témoignent d'un investissement dans les effets spéciaux conséquent. L'argent est sur l'écran. Quand on découvre le royaume des rêves décrépit ou l'Enfer, ce sont de grands moments. Mais la série réussit aussi bien à exploiter des décors plus communs pour souligner l'intensité de ce qui s'y passe, tels que le château de Burgess, le diner de Buffalo, la taverne, ou encore cet hôtel où se déroule la convention des céréales à la fin de la saison, avec ses corridors sinistres. 

Les costumes sont également superbes, d'un respect total avec ceux des comics - et c'est à cela aussi qu'on mesure l'intelligence des changements apportés dans le casting en faisant jouer Lucifer par la géante et géniale Gwendolyne Christie, qui en impose naturellement et dont le combat très graphique contre Morpheus est jubilatoire, ou en octroyant à Mason Alexander Park, comédien non-binaire comme on dit, et qui compose, en peu de scènes, un très troublant Désir (j'espère vraiment que si saison 2 il y a, on le/la verra davantage).

Enfin, je ne peux pas ne pas citer Boyd Holbrook qui campe le Corinthien de manière magistrale, le méchant abominable, glaçant et tragique de ces dix épisodes. De même que la jeune Kyo Ra, excellente Rose Walker, ou Stephen Fry, épatant Gilbert, et encore Vivienne Acheampong, alias Lucienne la bibliothécaire, impeccable.

J'ai donc adoré cette saison. Je ne suis pas le seul, et ça fait du bien. Rejoignez notre armée, notre nombre contribuera à convaincre Netflix de signer un nouveau gros chèque pour une saison 2 La saga du Marchand de Sable ne peut pas en rester là.

vendredi 20 mai 2016

Critique 894 : L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS, de Neil Gaiman


L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS est un roman écrit par Neil Gaiman, avec des illustrations de Dave McKean, traduit en français par Valérie Le Plouhinec, publié en 2009 par Albin Michel.
 Ci-dessus : une des illustrations de l'histoire par 
Dave McKean (photo ci-dessous).

Nobody Owens est le seul rescapé du meurtre de sa famille. Ses parents et sa soeur ont été assassinés par un mystérieux individu, le Jack, quand il n'avait que deux ans. Il a survécu en se réfugiant dans le cimetière voisin où il est receuilli et adopté par le couple Owens, des fantômes qui convainquent les autres résidents de l'intégrer dans leur communauté.
Le garçon grandit sous la tutelle de Silas, qui n'est, lui, ni vivant ni mort. Mais progressivement, Bod est curieux du monde extérieur : il devient l'ami d'une fillette, Scarlett Perkins, et s'interroge sur ses origines.
Au fil de rencontres insolites dans le cimetière et ses environs, il apprend le drame qui l'a séparé de sa famille biologique et se prépare à défier et affronter le Jack, toujours déterminé à l'éliminer.
Mais pourquoi ce tueur en a-t-il toujours après lui, après toutes ces années ? La réponse se trouve dans une très ancienne prophétie dont Nobody serait l'incarnation et Silas un des acteurs...
Neil Gaiman
  
L’Étrange vie de Nobody Owens est un conte fantastique et un récit initiatique, que l'on doit à une des plumes les plus fameuses des comics américains : Neil Gaiman, le scénariste-culte de Sandman (mais aussi d'épisodes mémorables de Swamp Thing ou de la relance - éphémère hélas ! - des Eternals de Jack Kirby). Dès les premières pages, par son thème même, on reconnaît tout de suite la marque de fabrique de cet auteur passionné par les mythes et légendes dont l'existence tient au fait qu'on continue à y croire (sans quoi ils disparaissent).

L'introduction du roman est accrocheuse, inquiétante et étonnante à la fois : un homme, couteau en main, tue une famille au coeur de la nuit mais laisse filer un bébé qui trouve refuge dans un cimetière voisin. Celui-ci sera adopté et protégé par les habitants de l'endroit, une communauté de fantômes, parfois venus de la nuit des temps.

Parce qu'"il ne ressemble à personne", le bambin est prénommé Nobody (Personne) et devient le fils adoptif des Owens : à son origine déjà extraordinaire s'ajoute donc une singularité identitaire qui préfigure une destinée peu commune. Gaiman réussit pourtant à intégrer et à faire accepter ces éléments par une narration rapide et fluide.

La suite du livre est inégale mais souvent remarquable : le récit est ponctué par les rencontres que fait Nobody, aussi appelé par son diminutif Bod, avec d'autres occupants du cimetière, des créatures bizarres, effrayantes, comiques aussi, qui incarnent chacune à leur tour des étapes dans son apprentissage de la vie et sa connaissance des émotions. Curieusement, on arrive à admettre la "normalité" de cette existence dans la mesure où elle est semblable à l'expérience de chaque enfant : seule la nature des protagonistes rappelle l'improbabilité d'une telle vie.

L'amitié de Bod avec Scarlett Perkins va devenir un événement pivotal de l'histoire : avec elle, le garçon (la fillette aussi) comprend qu'être à deux est utile pour affronter les dangers mais surtout permet d'envisager la possibilité d'une vie à l'extérieur du cocon du cimetière.

Après le départ de Scarlett (qui suit ses parents en Ecosse), la relation de Nobody avec Silas (être hybride, ni mort ni vivant) puis Miss Lupescu (une lycanthrope) établissent l'éducation du garçon : Gaiman la décrit avec humour, soulignant à quel point, même dans sa situation et ce cadre, son héros est soumis aux mêmes devoirs que ses semblables du même âge. Il y a une pointe de cruauté quand même lorsque Silas s'absente, pour une mystérieuse mission, et que Bod doit composer avec cet abandon, d'autant que peu après il rencontre les terrifiantes goules - une autre épreuve importante car elle le rapprochera de son enseignante et lui apprendra que même si les adultes peuvent être désagréables, ils veillent sur lui. 

Sa mésaventure en rapport avec le triste sort de Liza Hempstock, l'événement de la "danse macabre", lui révéleront encore qu'il n'est pas prêt à affronter le monde extérieur ni qu'il fait vraiment partie de la communauté des morts. Nobody sait alors qu'il lui faudra certes un jour quitter le cimetière mais en étant formé pour cela.

Lorsqu'il entre dans une école normale, la découverte du racket de certains  élèves lui inculque le sens de la justice en même temps que faire le bien n'a rien de simple. Cette péripétie remet le personnage de Silas au coeur de l'initiation de Nobody, symbolisant plus que Mr Owens, la figure paternelle, le guide moral, celui qui sait le secret le liant au Jack. Mais Silas est un maître subtil : il n'influence jamais directement son protégé, il le laisse commettre des erreurs et en tirer les leçons seul. De même, il est encore absent quand Bod et le Jack vont se retrouver, alors même qu'il avait pressenti leur affrontement. C'est Scarlett, de retour en ville, qui combattra le tueur avec le garçon.

Jouant aussi sur les chiffres (treize ans s'écoulent entre le début et la fin de l'histoire), Neil Gaiman développe son histoire avec à la fois de la malice et de la poésie, prenant le contre-pied de certains codes (le cimetière est un lieu plus vivant et joyeux que le reste du monde), à l'image de son héros. Il faut un grand talent de narrateur pour composer un récit à la fois si profond et entraînant, une grande maîtrise de l'écriture pour parler avec simplicité et complexité d'un tel univers : en cela, l'auteur est lui le digne héritier de Rudyard Kipling qu'il cite comme sa référence dans les remerciements à la fin du livre.

mercredi 5 décembre 2012

Critique 364 : DEATH, de Neil Gaiman, Chris Bachalo et Mark Buckingham

Death, Tome 1 : La Vie n'a pas de prix
(The High Cost of Living, #1-3, 1993)

Death 1 : The High Cost of Living est une mini-série écrite par Neil Gaiman et dessinée par Chris Bachalo et Mark Buckingham, publiée en 1993 par DC Comics dans la collection Vertigo.
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Le nom de Neil Gaiman est attaché à la série Sandman, un des porte-drapeaux de Vertigo, le label "adulte" de DC Comics, personnage qui connut plusieurs incarnations avant qu'il ne s'en empare pour en donner une nouvelle version tout en synthétisant tout ce qui avait été fait avant (et même en préfigurant le retour du héros dans sa forme classique de justicier). Oeuvre colossale, ambitieuse et atypique, aux graphismes divers et tous singuliers, le Sandman de Gaiman était, avec Swamp Thing et Hellblazer (John Constantine), le fleuron des débuts de Vertigo (aujourd'hui, les trois personnages ont été intégrés à l'univers DC classique et Vertigo est en train d'être rayé de la carte...).
Dans le #8 de Sandman (The sound of her wings) nous était présentée la Mort, une des "Endless", grande soeur de Morpheus (mâitre des rêves) : son aspect déroutait aussitôt puisque c'était celui d'une jeune femme à l'apparence gothique et au charme ravageur, répondant au nom de Death.
Neil Gaiman avait pressenti la mode des lolitas goths nippones (puis ailleurs dans le monde) avec cette créature tout en en faisant un de ses véhicules pour philosopher dans les pages de ses comics. Sa popularité et l'inspiration de son créateur lui a valu deux deux mini-séries de 3 épisodes, dont The High cost of living en 1993 est la première.
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Comme on l'apprend dans le #19 de Sandman, Death vient sur terre une fois par siècle pour tenter de mieux comprendre les humains qu'elle appelera dans l'au-delà. Pour évoluer dans notre dimension, elle a pris cette fois le corps d'une jeune femme dont toute la famille vient de mourir et fait la connaissance de Sexton Furnival, un adolescent mal dans sa peau, désabusé, qui veut mettre fin à ses jours.
Pedant une journée entière, ils ne se quittent plus et traversent New York en croisant plusieurs personnages, dont certains en particulier vont avoir un impact important sur leur balade : Hazel McNamara et sa compagne, la chanteuse Foxglove, puis deux autres qui veulent extorquer quelque chose à Death, Mad Hettie et l'Erémite.
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Chris Bachalo fait équipe avec Mark Buckingham à l'encrage pour illustrer ces trois épisodes. L'artiste n'a pas encore versé dans le style outrancier, et parfois pénible, qu'on lui connaît aujourd'hui (voir Generation X - Uncanny X-Men - Wolverine & the X-Men). Buckingham n'a pas lui aussi encore trouvé sa voie, influencé par Kirby et McCay, comme on le verra plus tard dans Fables : il encre de manière détaillée les dessins de Bachalo sans vraiment s'imposer (avec parfois des effets malheureux comme ces cases zoomées qui sont vraiment laides et narrativement paresseuses).
Là où leur duo fonctionne le mieux, c'est dans la représentation des individus et des décors auxquels ils savent donner une allure à la fois très banale et poético-inquiétante. Le dessin n'évolue pas dans un registre réaliste, mais entretient une ambiance soignée, entre chien et loup, drame et comédie - qui trouvera sa pleine mesure trois ans après, dans la seconde mini-série.
C'est la principale attraction de ce premier tome, car cet esthétisme permet de valoriser au mieux l'aspect fantastique d'un récit (très) bavard et manquant singulièrement de relief.
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En effet, Neil Gaiman, s'il est un des auteurs les plus originaux de sa génération, au style très raffiné et à l'inspiration singulière, est aussi (presque par définition) inégal : selon ses comics, il peut rédiger une histoire très personnelle ou s'emparer d'une commande en la transcendant, ou aligner des pages qui donnent davantage l'impression qu'il se regarde écrire sans avancer d'un pas.
C'est hélas ! ce cernier cas de figure qu'on rencontre ici : on tourne les pages de ces trois épisodes en s'interrogeant sur l'intention de Gaiman - ou alors en sachant trop bien ce qu'il veut dire mais qui est énoncé avec un symbolisme, un manque de finesse et de rythme préjudiciables à son projet.
Ses pseudos variations exitentielles égrénées, de manière plus ou moins (plutôt moins que plus) suggestive, par Death ne sont guère passionnantes. Pour une créature millénaire, ses opinions sont d'une platitude qui sombre souvent dans la niaiserie, et le personnage de Sexton Furnival (dont le nom seul porte le trait du génie excentrique de Gaiman) est une vraie tête à claques, caricature d'ado dépressif, dont les envies suicidaires ne sont jamais crédible (ce qui annule tout suspense mais surtout toute empathie à son endroit).  Gaiman s'est trop complu à animer Death et a oublié de la dôter d'autres atouts qu'un charme physique, qui d'ailleurs n'est pas exempt de minauderies. On ne bâtit pas un récit sur une jolie fille dont la présence même n'aboutit pas à grand'chose (ou à des éléments cryptiques et/ou mièvres). Dommage car avec Mad Hettie et l'Erémite, on avait droit à deux additions de caractères intriguantes, apportant une tension à l'histoire... Mais le scénariste n'en fait (presque) rien...
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Death : The High cost of living est promenade plutôt jolie, mais vite lue et oubliée. Une occasion manquée... Que son auteur va corriger spectaculairement trois plus tard.
Death, Tome 2 : Le Choix d'une Vie
(The Time of Your Life, #1-3, 1996) 

Death 2 : The Time of your Life est une mini-série qui fait suite à Death: the high cost of living. Elle compte à nouveau trois épisodes écrits par Neil Gaiman et co-dessinés par Chris Bachalo (#1 + les 13ères pages du #2) et Mark Buckingham (les 11 dernières pages du #2 et le #3), publiés en 1996 par DC Comics dans la collection Vertigo.
Ce second tome peut se comprendre sans avoir lu le premier, même s'il reprend des personnages précemment abordés.
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Foxglove part en tournée aux Etats-Unis pour la promotion de son album, qui va sûrement faire d'elle une célèbrité de la chanson pop. Son manager, Larry, l'accompagne et son garde du corps, Byron, veille sur elle.
Sa compagne, Hazel McNamara, est, elle, restée à la maison où elle s'occupe de son fils en bas âge, Alvie.
Foxglove accorde une interview à un journal qui va par la suite révèler son homosexualité, elle participe au "Late show" de David Letterman, assiste à la première d'un film pour lequel elle a enregistré une chanson.
Cependant, Hazel doit composer avec les tâches ménagères et son enfant, tout en déplorant l'absence de Foxglove. Jusqu'à ce qu'un accident fasse basculer son quotidien et ne déclenche une série d'évènements qui va conduire tout le monde à opérer des choix définitifs pour leur vie...
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Après la déception qu'a été The High cost of living, Neil Gaiman avait beaucoup à se faire pardonner... Et il réussit spectaculairement à redresser la barre avec ce nouvel opus consacré à Death, la soeur de Sandman.
Ici, ses réflexions sur la vie de couple, l'homosexualité, la fidélité, l'amour, le devoir et le sens de la vie acquièrent une matière et une densité qui sont rarement atteintes dans les comics, même indés. Le personnage de Death n'apparaît que pour la première fois à la dernière page du premier chapitre, mais sa présence est tangible dès le départ. L'atmosphère y gagne en tension et ce n'est plus une gentille incarnation de la mort, séduisante et bavarde, mais plutôt quelqu'un venu recueillir les confidences et faucher une vie.


La lecture de ces épisodes y gagne un supplèment d'âme d'autant que Gaiman en a profité pour disserter sur de grandes questions qui l'ont sûrement touchées à l'époque (sa propre popularité, qui en a fait une sorte de rock-star des comics, fait écho à celle de Foxglove). Il s'interroge sur le sens de la vie avec plus de justesse et d'émotion que dans The high cost of living, car le sort de Hazel et Alvie, Foxglove, Larry et Boris nous touche bien davantage que celui de Sexton Furnival. Le choix que fera l'un d'eux à l'issue de l'aventure revêt une inéluctabilité bouleversante qu'on rencontre rarement dans ce genre de productions.
Le récit repose essentiellement sur des dialogues et même des monologues (ceux d'Hazel) dans une langue magnifique, d'une qualité littéraire soignée car jamais on ne s'ennuie et que le propos est passionnant, profond, et toujours accessible.
Les scènes troubles et troublantes se succèdent, le glissement progressif vers le fantastique est d'une fluidité remarquable, et il s'en dégage une poésie qui n'a rien de macabre ni de sordide. Gaiman réussit l'exploit de rendre la fatalité étrangement douce.
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Chris Bachalo n'a dessiné que 37 pages sur sur les 76 de l'album, mais son dessin a conservé le meilleur de ce qu'il prodiguait à l'époque : ses personnages communiquent une élégante mélancolie, ses décors et leur traitement (notamment dans les séquences oniriques) évoquent ce que réalisait Winsor McCay. Surtout, son découpage fait des merveilles, avec notamment l'usage de gaufriers très denses (souvent avec 16 cases, majoritairement des gros plans de visages !), riches en nuances.
Puis Mark Buckingham cède son poste d'encreur à Mark Pennington pour dessiner la fin du récit. La transition est quasiment imperceptible tant l'artiste s'est efforcé de conserver l'unité visuelle du projet sans toutefois singer Bachalo. Son dessin est tout en retenue, avec de délicates rondeurs.
Les couleurs de Matt Hollingsworth sont superbes également, avec une palette réduite mais très subtile.
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Oeuvre éminemment personnelle et graphiquement magnifique, cette seconde visite de Death est un enchantement mais aussi une histoire qui sait rendre simple et poignante des thèmes et concepts ambitieux. Et tout ça en moins de 100 pages !

dimanche 12 avril 2009

Critique 26 : LES ETERNELS, de Neil Gaiman et John Romita Jr


Les Eternels sont une branche de l'humanité, tout comme l'homo sapiens ou les Déviants, dans l'univers Marvel.
Ils ont été inventés par Jack Kirby en 1976 et rappellent à bien des égards les New Gods, créés pour DC Comics qu'il venait de quitter.
Comme les Déviants, les Eternels sont nés d'expériences menées sur les premiers hommes par les Célestes, il y a 1 million d'années : l'objectif était d'accéler l'évolution de l'espèce humaine en leur donnant la capacité de manipuler l'énergie cosmique mentalement.

C'est en 2008 que fut initiée cette nouvelle série, en 12 épisodes, confiée au romancier-scénariste Neil Gaiman et au dessinateur John Romita Jr.
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Les Eternels ont été dispersés sur Terre, à la suite d'un complot de Sprite, le plus jeune d'entre eux. Celui-ic désirait vieillir, et avait donc, grâce à ses puissants pouvoirs d'illusionniste, effacé les souvenirs des membres de sa race.
Ike Harris (alias Ikaris) recouvre la mémoire et cherche à "réveiller" ses semblables. Mais un groupe de Déviants kidnappa Marc Curry (alias Makkari) et s'en servent pour ranimer le Céleste Rêveur, enterré sous une montagne en Californie. Ceci fait, la créature cosmique décide de juger l'Humanité, sans que l'on sache combien de temps cela lui prendra...
Les Eternels rassemblés (Ikaris, Théna, Druig, Circé, Zuras et Makkari) vont tenter d'intervenir pour influencer le Céleste et sauver l'humanité, mais aussi affronter les Déviants.
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Le premier mérite de Neil Gaiman est de nous rendre accessibles ces personnages et leur mythologie, après des années d'oubli. L'énormité de leur puissance est rapidement acceptée par l'explication de leur passé, et on (re)découvre avec plaisir tout l'imaginaire baroque, grandiloquent, unique du "King" Kirby. Dans le contexte des séries Marvel actuel - l'intrigue prenant place après le crossover Civil War, comme c'est précisé avec la présence d'Iron Man et Pourpoint Jaune - , ce récit spectaculaire est franchement dépaysant et contraste agréablement avec l'ambiance sombre dont on a pris l'habitude.
Avec beaucoup d'efficacité, sans perdre de temps, mais sans nous égarer non plus, Gaiman présente les éléments-clés des Eternels tout en déroulant son histoire sur un rythme soutenu.
On apprend donc que les Eternels sont insensibles aux maladies et ne peuvent pas mourir de mort naturelle, qu'ils contrôlent leurs organismes, peuvent se régénérer, qu'ils sont extraordinairement forts, insensibles aux variations de température, infatiguables. Ils peuvent aussi voler, déplacer des objets par la force de la pensée, changer d'apparence par des illusions, ou refaçonner les objets, projeter des rayons d'énergie cosmique par les mains ou les yeux, se téléporter... Bref, leurs facultés sont impressionnantes et il n'est pas question ici de vraisemblance, de réalisme : on est en présence de héros bien différents des icônes de Marvel, comme Spider-Man, Captain America ou les X-Men.
Et vous savez quoi ? C'est un régal ! Enfin autre chose que des super-héros aux problèmes quotidiens interférant avec leur job de justicier : là, le sort du monde est en jeu, des forces considérables sont en action, et c'est très divertissant ! 
Pourtant, tout n'est pas parfait dans ces douze chapitres : on déplorera que Marvel ait imposé à Gaiman d'inscrire son histoire dans le contexte de Civil War, et l'on sent bien que le scénariste, malgré tout son brio, n'a pas été à l'aise avec cette contrainte. De même, on peut lui reprocher une fin un peu expéditive et ouverte - pour permettre une suite, qui a été écrite et dessinée par une autre équipe créative. Ce n'est pas tant la faute de Gaiman que celle d'un éditeur qui gâche parfois de belles entreprises avec son obsession d'exploiter un univers partagé... Dommage car les créatures de Kirby n'avaient pas besoin de ça pour justifier leur retour !
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On se consolera en admirant les planches fantastiques dont nous gratifie encore une fois John Romita Jr. C'est peu dire qu'il était l'artiste idéal pour réanimer Les Eternels puisque son trait anguleux, à l'énergie spectaculaire, en fait l'un des héritiers naturels de Kirby.
On ne peut que louer son sens du storytelling, dont la fluidité phénomènale semble capable de transcender tous les scripts, s'adapter à n'importe quel auteur. La manière dont il s'est approprié la vision de Gaiman a quelque chose de jouissive : il la respecte tout en lui insufflant sa démesure et son dynamisme. C'est vraiment exemplaire, et toujours épatant de voir qu'après toutes ses années d'exercise, JR Jr parvienne à conserver cette fraîcheur, cette vitalité ! Une vraie leçon pour tous ses confrères.
Hélas ! Ses efforts sont un peu gâchés par ses encreurs : certains, comme Tom Palmer ou Klaus Janson, sont tout à fait estimables, mais d'autres s'avèrent des choix moins heureux, comme Danny Mikki. C'est un peu désolant que l'éditeur n'ait pu trouver un seul encreur disponible pour seconder Romita Jr sur toute la série, comme à la grande époque où ce dernier bénéficiait des services d'Al Williamson (sur Daredevil : l'homme sans peur)...
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Mais ces réserves ne doivent pas vous décourager pour découvrir cette production élaborée par une équipe artistique aussi cosmiques que leurs héros !