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jeudi 7 décembre 2023

DAREDEVIL #4, de Saladin Ahmed et German Peralta


La couverture de ce quatrième épisode de Daredevil annonce la couleur : le Tireur/Bullseye est donc de retour. Pour l'originalité on repassera et si Saladin Ahmed conduit bien son affaire, il faut bien avouer que voir revenir cet adversaire déçoit le lecteur qui espérait du neuf. Au dessin, German Peralta est donc, déjà, le troisième artiste sur la série en quatre mois et rend une copie correcte.


Matt Murdock/Daredevil court plusieurs lièvres à la fois : il cherche à savoir quelle est la prochaine cible du grroupuscule armé the Heat, dont il sait qu'il s'agit d'hommes aux ordres du Tireur, et il veut également savoir pourquoi Ben Urich s'en prend au foyer St. Nicholas. Les deux affaires seraient-elles mêlées ?
 

Y a-t-il encore des editors dignes de ce nom chez Marvel ? On peut sérieusement se poser la question quand on observe la manière dont sont gérées les équipes artistiques sur plusieurs séries. Surtout on peut se demander si avoir nommer C.B. Cebulski comme editor-in-chief était une bonne idée.


Cebulski a une drôle de réputation dans le milieu des comics. D'un côté, c'est un dénicheur de talents renommée et il a permis à Marvel de trouver des auteurs et des artistes qui sont devenus des vedettes par la suite. Mais Cebulski, c'est aussi Akira Yoshida...


Sous ce pseudonyme pas très subtil, il s'est fait passer pour un scénariste japonais au moment où Marvel tentait de conquérir des fans en Asie avant que la supercherie soit découverte et ne l'oblige à des excuses publiques. Et depuis cette histoire, Cebulski a vu son crédit largement entamé.

Quand il a été promu editor-in-chief de Marvel comics, les plus indulgents y ont vu le signe que les scénaristes et dessinateurs seraient traités avec plus d'égard, voire que Marvel allait être plus exigeant qualitativement. Les plus sévères (ou plus lucides ?) ont plutôt considéré cette promotion comme un leurre, rappelant que Cebulski s'était en quelque sorte moqué du monde avec son alias nippon.

Aujourd'hui, le bilan de Cebulski n'impressionne guère et actuellement sa gestion des équipes éditoriales laisse même franchement à désirer avec l'éclosion d'auteurs pas particulièrement remarquables et de nombreux titres sans artistes réguliers. Le plus remarquable de ces ratés concerne The Avengers où C.F. Villa produit un travail indigne de ce qu'un titre aussi exposé réclame et où Jed MacKay affiche ses limites (sans avoir impressionné auparavant d'ailleurs mais en conservant la confiance de ses supérieurs malgré tout).

Pour Daredevil, l'arrivée de Saladin Ahmed a été accueillie dans l'indifférence la plus totale, comme s'il s'agissait d'un choix par défaut. La série aurait pu faire une pause après le run de Chip Zdarsky, laissant le fan souffler. Mais non. Quant à Aaron Kuder au dessin, ça ressemblait à une plaisanterie car s'il ne manque pas de talent, il est connu pour son incapacité à enchaîner les épisodes et à tenir les deadlines.

Sans être honteux, le début de run de Ahmed est solide mais un peu mou. On en a encore un exemple avec cet épisode qui court plusieurs lièvres à la fois sans vouloir choisir lequel est le plus important. Le scénariste ramène le Tireur dans la partie (Zdarsky l'avait uniquement utilisé dans une poignée d'épisodes, quand les Stromwyn avaient lancé leur assaut sur Hell's Kitchen, dans une bataille où Wilson Fisk et Daredevil s'alliaient opportunément avant que tête à cornes ne se rende à la police). Mais il apparaît brièvement tout compte fait, ce qui signifie qu'il reviendra (et certainement vite).

En revanche, Ahmed continue de développer son autre intrigue avec des entités démoniaques possédant des proches de Matt, ce qui suggère au lecteur que cette partie de la série est en lien avec le retour parmi les vivants de Murdock. Cette fois, comme on pouvait s'en douter, c'est Ben Urich qui en fait les frais, ce qui explique son curieux comportement récent. Mais cela aboutit à une scène (désolé de spoiler un peu) d'exorcisme grotesque avec Daredevil purgeant le journaliste en brandissant un crucifix.

Le souci, c'est que aucune de ces deux lignes narratives ne fonctionne. L'affrontement avec le Tireur est trop frustrant et surtout le retour de ce vilain traduit un manque d'imagination cruel. Jusqu'à quand nous sortira-t-on ces sempiternels combats Batman-Joker, Superman-Luthor, ou donc DD-Bullseye ? Daredevil a une belle galerie d'adversaires et si un auteur ne veut pas puiser dedans, qu'il oppose le héros à d'autres méchants Marvel !

Quant à la partie possession démoniaque... Comment dire ?... Pour moi, ça ne marche simplement pas. C'est prévisible au possible depuis le premier épisode avec Elektra, les démons ont des designs pas terribles, ça ne fait pas peur, c'est trop vite réglé, et surtout c'est déjà lassant là aussi. Qui va être le prochain à être tourmenté ainsi ? Et enfin, voir DD exorciser ses proches... C'est comme Diablo chez les X-Men : ce côté curé me fatigue pareillement avec Matt Murdock. C'est un aspect qui a été trop exploité depuis Miller et qui n'apporte plus rien au personnage, à sa série. Le seul à s'en être complètement écarté fut Mark Waid et ce n'est donc pas un hasard si c'est son run qui a été le plus original, le plus remarquable depuis des lustres.

German Peralta est donc déjà le quatrième artiste à dessiner la série depuis sa relance. C'est un dessinateur que j'apprécie mais j'ai eu l'impression désagréable qu'il a produit ses planches dans la précipitation car elles sont moins soignées que ce que j'ai pu lire de lui auparavant. Résultat : il y a de bons moments, mais globalement, ça manque furieusement de fluidité, particulièrement dans la scène de baston au coeur de l'épisode.

C'est un problème quand on travaille un personnage célèbre pour ses acrobaties et son art du combat comme Daredevil. Les décors sont également très aseptisés, dépouillés. Il y a de jolies trouvailles au début de l'épisode (voir image 1, avec l'ombre portée géante de DD sur un bâtiment ou son reflet dans la vitre d'un gratte-ciel qui semble encore plus diabolique). Mais le lecteur qui passera trop vite sur ces cases loupera ces subtilités et de toute façon elles sont trop rares pour peser.

Tout, en vérité, dans cet épisode, renvoie à ce que je disais plus haut : tout paraît mal édité. Le scénariste ne propose rien de palpitant ni d'original. Et trois dessinateurs en quatre épisodes, c'est juste pas possible, surtout avec des styles aussi différents. On lit ça en comprenant qu'il a fallu livrer des épisodes vite pour enchaîner avec la fin du run de Zdarsky, mais sans que cela soit bien préparé, anticipé. 

Du coup, le lecteur peut se sentir floué et être sévère avec l'équipe artistique qu'il ne trouvera ni assez inspiré ni assez solide. Pourtant, c'est bien en amont que tout ça doit être réglé. Or, ici, tout sent l'improvisation, le manque de ressources. C'est assez triste en fait.

samedi 6 juillet 2019

AGE OF X-MAN : PRISONER X #5, de Vita Ayala, German Peralta et Matt Horak


Age of X-Man : Prisoner X s'achève laborieusement, comme tout cet ensemble de mini-séries ne disposant pas d'une histoire assez fournie pour justifier leurs récits. Néanmoins, la production conduite par Vita Ayala demeure la plus agréable et efficace parce qu'elle ne s'éparpille pas trop. German Peralta, lui, est un peu à la peine puisque Matt Horak le supplée sur presque la moitié de l'épisode.


Le sacrifice de Forge a permis aux mutants de la prison Danger Room de recouvrer leurs pouvoirs et de se rebeller contre les gardiens. Pourtant, Lucas Bishop, Hank McCoy, Gabby Kinney, Lorna Dane et Dani Moonstar ne se battent pas avec les mutins.


Cherchant la sortie, ils comprennent vite que David Heller/Legion les égare en les manipulant mentalement. Des matons viennent les maîtriser et Polaris se charge de les contenir.


Bishop, Gabby, Hank et Dani progressent dans le pénitencier en comptant sur le fait que Legion est trop occupé avec la mutinerie et Polaris pour pouvoir encore les affronter directement.


Mais le puissant télépathe les attire dans son espace mental pour un face-à-face. Les efforts conjugués de Bishop, le Fauve et Honey Badger ne parviennent pas à leur donner un avantage significatif.


Pourtant Legion commet une erreur en oubliant Dani Moonstar qui se glisse dans son dos et lui place un collier inhibiteur et l'assomme. La réalité reprend ses droits et pour le petit groupe, il est désormais temps d'aller demander des comptes à Nate Grey.

Ce qu'on pourra reprocher au concept d'Age of X-Man, du moins dans les deux mini-séries que j'ai lues, c'est de ne pas être aller jusqu'au bout de l'idée de départ et de s'être dispersé en satellites. A mon humble avis, un seul titre, voire deux, aurait amplement suffi à explorer cet univers.

Mais en voulant tout montrer (les rebelles acquis à la cause d'Apocalypse, la police mutante, la carrière de Nightcrawler, les X-Men reconvertis en sauveteurs et les mutants emprisonnés), le sujet a perdu de son intensité. Surtout qu'il n'était pas original (il suffit de se rappeler de House of M).

Mais Prisoner X avec son huis clos et sa modestie narrative a bien résisté. Vita Ayala a suivi le cahier des charges et développé une intrigue efficace, aboutissant à la création d'un groupe qui, comme celui de Marvelous X-Men, a une composition intéressante.

En revanche, on sent bien que la scénariste, peut-être bridée par le staff éditorial, n'a pu pousser les curseurs à fond. Il est établi que Legion était le véritable directeur de la prison et dans cet épisode, on voit comment il a manipulé tous les détenus, jusqu'à déformer la réalité (déjà altérée par X-Man) de la prison. En allant plus loin, il aurait été passionnant de montrer que la prison elle-même était une illusion et pas un bâtiment en dur.

Il était de toute façon temps de finir. Et visuellement, German Peralta ne démérite pas mais a visiblement un peu plus de peine puisqu'il a besoin du renfort de Matt Horak pour une bonne dizaine de pages. Horak n'est pas maladroit et a un style similaire à Peralta, mais avec moins de finesse.

Peralta a en tout cas gagné une promotion en convaincant Marvel sur cette mini-série, puisqu'il va dessiner le titre Strikeforce, écrit par Tini Howard, à paraître cet Automne (le pitch : une équipe de black ops avec Blade, Wiccan Angela, Spider-Man, le Winter Soldier).

Reste à lire Age of X-Man : Omega #1, qui verra la convergence de toutes les mini-séries pour une explication avec Nate Grey. Ensuite, il sera, enfin, temps de passer aux choses sérieuses avec la reprise en main de la franchise "X" par Jonathan Hickman.

vendredi 7 juin 2019

AGE OF X-MAN : PRISONER X #4, de Vita Ayala et German Peralta


La saga Age of X-Man va s'achever le mois prochain et les événements décrits dans PrisonerX, le titre le plus simple et efficace du lot, arrivent à leur conclusion logique. Vita Ayala se reprend après avoir peiné à maintenir une vraie tension dramatique, tandis que German Peralta poursuit, lui, son sans-faute.


Forge, le directeur de la prison, rend visite à Bishop dans sa cellule. Il est décidé à désobéir à sa hiérarchie en lui rendant prématurément sa liberté car il ne croit plus dans le système. Ce qui ne l'empêche pas de redouter ce qui se passera ensuite.


Bishop, dans la cour de la prison, gagne à sa cause les détenus. Au réfectoire, Dani Moonstar rassure Lorna Dane/Polaris qu'elle peut déchaîner ses pouvoirs pour mener la révolte et croire dans les images de son passé. 


Bishop a convaincu les détenus de se soulever. Avec Hank McCoy/le Fauve, ils font semblant de se battre une nouvelle fois afin d'attirer les gardes dans le réfectoire. Les prisonniers encerclent les matons en infériorité numérique.


Mais pour que le plan de Bishopt fonctionne, Forge doit désactiver les colliers inhibiteurs des détenus. David Heller/Legion s'y refuse mais le directeur du pénitencier réussit in extremis la manoeuvre.


Sans entrave, les mutins se souviennent alors de leurs vies passées. Polaris mène la charge. Les gardiens sont dépassés.

Je ne reviendrai pas sur le défaut majeur de Age of X (avoir multiplié les mini-séries pour explorer tout le concept au détriment de l'efficacité narrative), mais Prisoner X est finalement le titre qui s'en sera le mieux sorti grâce à son postulat simple et accrocheur, le plus synthétique aussi du programme.

En effet, en suivant Bishop dans une prison après son arrestation arbitraire, Vita Ayala a parfaitement cerné le problème de l'utopie créée par Nate Summers/X-Man : dans la société qu'il a bâtie, l'amour y est interdit entre les mutants pour préserver l'ordre. Ayant enfreint la règle, Bishop passe de l'autre côté de la ligne et découvre où échouent ceux qu'il a autrefois arrêtés pour la même faute qu'il a commise.

Bien entendu, cinq épisodes pour traiter cela, c'est trop et le scénario a traîné la patte. Mais Prisoner X a limité la casse grâce à sa construction théâtrale avec son unité de lieu : en ne sortant pas de ce pénitencier, on a pu apprécier son ambiance, le rôle de Bishop, et découvrir ses secrets - dont David Heller/Legion dans une situation vraiment bien imaginée.

L'épisode s'ouvre par un dialogue entre Bishop et Forge, le directeur de l'établissement, qui suggère habilement qu'un mutant berné reste effrayé par la réalité car retourner à celle-ci revient à retourner au cauchemar de sa race, la persécution, le danger de mort, la différence rejetée. Il y a du coup dans le script de Ayala comme une invitation à en finir avec ces motifs pour explorer de nouvelles pistes pour les mutants. Ce que semble vouloir exploiter Jonathan Hickman, qui sera le grand architecte de la refonte de la franchise "X".

Pour illustrer cela, German Peralta était le meilleur choix. J'ignore si Marvel aura saisi la qualité de cet artiste mais il s'est montré des plus convaincants. Son style réaliste et simple n'en rajoute pas et cela convient à l'intrigue. Ses personnages sont maîtrisés, le décor bien traité. Le découpage est certes sage, mais dynamique quand l'action le réclame.

Par ailleurs, Peralta laisse de la place à son coloriste, Mike Spicer, qui utilise des tons délavés et clairs pour souligner la froideur clinique de la prison et l'état dépressif des détenus.

Quel sera l'issue de cette émeute ? Et le terminus de la saga ? Rendez-vous ans une trentaine de jours, juste avant le lancement de House of X et Powers of X

jeudi 2 mai 2019

AGE OF X-MAN : PRISONER X #3, de Vita Ayala et German Peralta


Age of X continue sans faire trop de remous et Prisoner X est à son image : cette mini-série carcérale est efficace sans être renversante, victime de la forme même du projet, trop dilué pour être intense. Vita Ayala et German Peralta y font un bon boulot, qui ne laissera aucune trace dès que Jonathan Hickman redéfinera la franchise "X". En fait, tout ça résume les plans maladroits de Marvel...


Dani Moonstar, depuis la disparition subite de Lucas Bishop (dont elle ignore qu'il a été maté par l'administration pénitentiaire), est de plus en plus assaillie par des visions. Elle identifie désormais parfaitement Nate Summers/X-Man comme le grand manipulateur de la réalité.


Elle n'est d'ailleurs plus la seule à être ainsi tourmentée. Gabby Kinney, le clone de X-23, se rappelle aussi, mais son caractère plus impulsif la porte à croire à un jeu des détenus télépathes. Elle s'en prend à l'une d'eux au réfectoire.


La sécurité intervient, Hank McCoy calme tout le monde et accompagne Gabby à l'infirmerie. Dani le rejoint et reçoit ses confidences. Les barrages mentaux rompent les uns après les autres chez les mutants incarcérés, sans qu'ils réussissent à verbaliser leur trouble.


Plus spectaculaire est la crise qui frappe alors Lorna Dane/Polaris. Les gardes tentent de la maîtriser mais Dani la libère et elle déchaîne alors ses pouvoirs, pour se venger des mauvais traitements.


Mais aussi brusquement que le chaos s'est libéré, la situation redevient normale. Dani reste interloquée. Dans sa cellule, à l'isolement, Lucas Bishop s'adresse à son voisin, qui agit pour le compte de la direction de la prison : David Haller/Legion.

Je l'avais déjà pointé le mois dernier mais sans doute que le projet Age of X-Man aurait considérablement gagné à être construit comme une saga et non comme plusieurs mini-séries, bâties comme autant de focus sur des personnages de cette réalité alternative. Toute l'intrigue aurait gagné en densité et en tension.

Mais voilà, Marvel, pendant ce temps, poursuit la parution de Uncanny X-Men, avec les mutants qui n'ont pas été "aspirés" dans le délire de Nate Summers, et il faut donc remplir l'agenda pour que les deux histoires soient alignées.

Le souci de cette manoeuvre, c'est qu'elle risque fort d'aboutir à... Rien ! En effet, en Juillet, Jonathan Hickan va reprendre en main, dans deux mini-séries parallèles de cinq numéros (House of X - Powers of X), la franchise mutante, avec la promesse d'une relance comparable à celle initiée dans les années 70 par Len Wein, Chris Claremont et Dave Cockrum. C'est ambitieux, mais on peut y croire quand on connait les constructions narratives de Hickman, qui n'est certainement pas revenu chez Marvel en outre pour jouer les bouche-trous.

Qu'on suive donc en ce moment Uncanny X-Men et/ou Age of X-Man (tout ou partie), ça ne fera sans doute pas beaucoup de différence à l'arrivée, puisque le sort des mutants restés dans notre réalité (autour de Cyclops et Wolverine, fraîchement ressuscités) et ceux embarqués dans l'utopie de Nate Summers sera complètement rebattu. 

Pourquoi Marvel n'a-t-il pas, comme avec Fantastic Four, radicalement cessé de publier des séries mutantes pendant, disons, un an afin de préparer leur retour sous l'égide de Hickman et en misant sur une sorte de sevrage des fans (qui, de toute façon, n'ont rien lu de cohérent avec les X-Men depuis un bail) ? 

Cela aurait dispensé, comme ici, Vita Ayala d'écrire une mini-série dont il ne subsistera rien en Juillet et à German Peralta de dessiner cinq épisodes pour que dalle. La scénariste n'est pourtant pas maladroite et mériterait une seconde chance ensuite, tout comme l'artiste, solide.

Ce sont les enseignements à tirer de ce numéro où, à l'instar, des personnages, le lecteur se rend compte que décidément quelque chose cloche. Et cela se situe dans les fondations même de ce qui est raconté. Une métaphore troublante en somme.

vendredi 5 avril 2019

AGE OF X-MAN : PRISONER X #2, de Vita Ayala et German Peralta


Vita Ayala et German Peralta reviennent avec ce deuxième numéro de Age of X-Man : Prisoner X. Bishop est toujours incarcéré mais a découvert un étrange billet dans sa cellule qui alimente ses doutes sur la réalité dans laquelle il évolue. Le récit se fait plus troublant sans perdre en efficacité.


Psylocke rend visite à Forge, le directeur de la prison de la Salle des Dangers. S'il estime que Bishop est un détenu modèle et peut être réhabilité, elle se montre plus réservée et met en garde contre une comédie jouée par l'ancien X-Man pour abrèger son séjour.


Bishop cherche surtout à savoir qui a glissé le curieux billet dans sa cellule et sa signification. Mais dans la cour de la prison comme au réfectoire, personne ne veut l'aider. Et pour cause, il a contribué à l'emprisonnement de la majorité des détenus.


Il s'adresse ensuite à Hank McCoy mais le Fauve lui passe une nouvelle raclée. C'est une vengeance mais aussi une invitation à enquêter plus discrètement car la surveillance est omniprésente et les sanctions terribles.


Bishop retrouve Dani Moonstar et ensemble ils partagent leur expérience sur ces rêves d'une vie passée bien différente. S'ils doutent de ces souvenirs, ils sont quand même troublés par eux.


Une détenue interpèle alors Bishop et l'entraine dans le réfectoire, désert. Bishop, en l'écoutant palabrer sur sa curiosité malvenue, est sujet à des hallucinations. Confronté à ses doubles, il perd connaissance en les affrontant. Des gardes le ramènent à sa cellule dans un état second...

On pourra reprocher à Prisoner X de ne pas être assez âpre pour un récit se déroulant dans une prison et mettant en scène une sorte d'ancien flic au milieu des gens qu'il a fait arrêter - et qui lui en veulent donc légitimement.

Mais on ne peut guère discuter de l'efficacité de l'écriture de Vita Ayala pour mener cette histoire sur des sentiers inattendus. En vérité, la scénariste s'y entend même très bien pour retourner les faiblesses apparentes de son projets en avantages indéniables.

Ici, la violence est sourde, le malaise pesant. On n'est pas dans Prison Break ou Oz, séries télé carcérales cultes. Tout est beaucoup plus polissé, calme, mais aussi vénéneux. Le fait que Age of X-Man présente une société parallèle où les mutants auraient refaçonné la réalité aboutit à un contexte flippant, où l'amour est interdit (ce qui est développé dans le titre Marvelous X-Men) et où ceux qui enfreignent la loi sont incarcérés dans une prison où il s'agit de les reconditionner.

C'est l'expérience que traverse Bishop dans cet épisode qui va crescendo jusqu'à la dernière page, vraiment angoissante. Au tout début d'ailleurs, si on est attentif, on se doute que l'ancien X-man va subir un traitement de choc car Psylocke met en garde Forge, le directeur de l'établissement pénitentiaire, de ne pas se laisser attendrir par la bonne conduite de Bishop. Lorsqu'il se résigne à le mater, on sait que la manoeuvre sera aussi sournoise qu'expéditive.

Et ainsi on tourne les pages en observant des aperçus de la méthode employée plus tard : Polaris croit qu'elle porte une camisole de force, le Fauve invite Bishop à enquêter en restant discret, Dani Moonstar s'éclipse précipitamment en voyant arriver une mystérieuse détenue qui va précipiter le sort de Bishop...

Les dessins de German Peralta ont le bon goût de ne pas surenchérir. L'artiste découpe l'épisode de manière très classique, sage, et ainsi il endort un peu le lecteur. Ce dernier comprend intuitivement qu'il doit comme Bishop être sur ses gardes, vigilant aux détails qui l'entourent.

Tout est clairement exposé, la colorisation de Vic Spicer le souligne d'ailleurs avec des tons neutres, à dominante de gris. Peralta a un style réaliste, académique, mais solide : les expressions, les gestes sont mesurés, les décors sobres, dépouillés. Tout concourt à une ambiance trop calme pour être honnête, quand bien même le script réserve deux belles scènes de bagarre (le duel Bishop-le Fauve, et l'affrontement hallucinatoire de la fin).

On aurait donc tort de reprocher à Prisoner X sa modestie, au contraire c'est en s'inscrivant dans le registre de la série B, de la fiction en retenue, que ses effets ressortent le mieux. Si son héros n'a a priori rien de bien sympathique, on finit malgré tout par compatir face à ce qui lui arrive. Et on attend de découvrir la suite de son calvaire. 

jeudi 7 mars 2019

AGE OF X-MAN : PRISONER X #1, de Vita Ayala et German Peralta


Quand je me suis engagé dans la lecture des mini-séries attachées à Age Of X-Man, en plus de Marvelous X-Men, j'avais prévu de suivre Amazing Nightcrawler (trop décevant, surtout graphiquement) et donc Prisoner X. On y retrouve Bishop et on découvre où il est passé après son éviction des X-Men dans ce monde parallèle. Vita Ayala et German Peralta réussissent un tie-in intrigant et accrocheur.


Arrêté pour avoir eu une relation amoureuse avec Jean Grey, sa partenaire au sein des X-Men, Lucas Bishop est effacé des mémoires de ses co-équipiers et incarcéré dans la prison de la Salle des Dangers, dont Forge est le directeur.


Ses pouvoirs inhibés, il est pourtant troublé par des visions dans son sommeil, relatives à son passé avant l'altération de la réalité par Nathan Grey. Au réfectoire, il reconnaît Gabby Kinney, la soeur clonée de X-23, avant d'être pris à parti par Hank McCoy/le Fauve.


Dans la cour de la prison, il aperçoit Lorna Dane/Polaris mais Dani Moonstar/Mirage lui déconseille de lui parler. Elle confie ensuite avoir elle aussi des flashs sur son passé mais doute de leur véracité.


La curiosité de Bishop lui vaut d'être à nouveau agressé par le Fauve, qui se comporte comme un caïd au sein des détenus. La sécurité les sépare et les ramène dans leurs cellules respectives.


Le sommeil de Bishop est traversé d'images inquiétantes avec le Roi d'Ombre, Apocalypse, des Sentinelles. Il se réveille en sursaut... Et trouve un billet parterre, avec ce message : "Le rêve est vrai. La réalité est fausse. Evade-toi !"

Tandis que Uncanny X-Men poursuit son cours et a réuni les deux revenants emblématiques, Wolverine et Cyclops, Age of X-Man en est déjà à sa quatrième série dérivée (après Marvelous X-Men, Amazing Nightcrawler, The Extremists).

Mais Prisoner X s'impose d'emblée comme la plus réussie. Car elle explore le côté obscur de cette utopie imaginée par Nathan Grey. On se doutait que le monde idéal pour les mutants qu'il avait créé était trop beau pour être vrai, et que les relations amoureuses et sexuelles y étaient proscrites (car sources de complications). Lucas Bishop l'a payé en étant exfiltré des X-Men et effacé des tablettes.

On apprend donc qu'il est envoyé dans une prison de haute sécurité pour y être reconditionné. Mais surtout on découvre que beaucoup d'autres mutants, dont certaines figures célèbres, se sont également rebellés contre ce système et sont aussi enfermés, oubliés par leurs semblables.

Vita Ayala est une scénariste dont je ne connais pas le travail mais qui produit un épisode très accrocheur, à l'ambiance prenante. On fait la visite de ce centre pénitentiaire très spécial qui confirme que le monde de X-Man n'a rien d'un éden mutant. Sur les pas de Bishop, on croise le Fauve en caïd de la prison, mais aussi Gabby Kinney/Honey Badger, Dani Moonstar/Mirage ou Lorna Dane/Polaris.

A chacun, l'auteur réserve un moment qui permet au lecteur d'apprécier la cohérence du récit. Gabby est la protégée sournoise du Fauve, Dani Moonstar cherche à avertir Bishop des dangers qu'il court, Polaris semble dans un sale état moral. Surtout, certains se souviennent, perplexes, de leur vie d'avant, et on devine que la mémoire est le grain de sable qui va enrayer cette machine infernale (en plus du mouvement conduit clandestinement par Apocalypse dans Marvelous X-Men). Captivant.

Surtout, Prisoner X peut compter sur un dessinateur vraiment solide, un peu comme Patrick Zircher qui signe la couverture. German Peralta a quitté DC (et Green Arrow, où il remplaçait ponctuellement Javier Fernandez) pour ce projet un peu ingrat (puisque limité dans le temps et noyé au milieu d'autres mini-séries).

Pourtant, si le staff éditorial des titres "X" et le public sont au rendez-vous, Peralta pourrait profiter de cette opportunité pour se faire remarquer chez Marvel et, pourquoi pas, gagner une série à la hauteur de ses compétences une fois Age of X-Man achevé.

J'aime beaucoup son style, réaliste et soigné, mais aussi sobre et bien dosé dans les effets. Techniquement, c'est solide et propre. Il est très à l'aise dans cet univers et s'illustre sur quelques personnages en peu de temps - son Fauve est impressionnant, et il dessine aussi bien les femmes (sans exagérer leur physionomie) que les hommes. Ses décors sont détaillés sans être chargés.

Bref, Prisoner X est le vrai complèment indispensable à Marvelous X-Men et complète bien le tableau de ce Age of X-Man. Il semble par ailleurs acquis que Marvel mise sur Bishop dans le futur, une fois que tout sera revenu à la normale. On pourra déplorer que la vraie renaissance des X-Men soit aussi laborieuse (entre la saga hebdo X-Men : Disassembled, Uncanny X-Men et Age of X-Man). Mais ça peut aboutir à quelque chose de vraiment chouette. 

jeudi 6 décembre 2018

GREEN ARROW #47, de Julia et Shawna Benson et German Peralta


L'arc narratif avec le justicier Citizen s'achève ce mois-ci et le moins qu'on puisse dire est que Julia & Shawna Benson le concluent en beauté, de manière intelligente et efficace à la fois. Côté dessin, German Peralta assure également comme un chef pour certainement son dernier ouvrage pour DC.


Citizen a enlevé Oliver Queen et se trouve avec son otage près d'un relais satellite de Queen Industries afin que la retransmission de son procès soit mondiale. Kate Spencer et l'informaticien Fyff tentent d'interrompre la diffusion sans succès.


Black Canary, en liaison avec Kate, remonte la miste d'Oliver grâce à un traceur qu'elle a déposé sur lui. Devant la caméra de Citizen, Ollie plaide non coupable ce qui irrite son ravisseur, prêt à précipiter son exécution avant le vote de ses followers. Lorsque Green Arrow surgit !
  

Assommé, Citizen ne voit pas que c'est Black Canary qui a endossé le costume de l'archer et qui délivre Ollie. Il se change alors que son adversaire reprend connaissance et croit que Green Arrow a permis à Queen de s'enfuir.


L'affrontement entre Citizen et Green Arrow, bref mais intense, tourne à l'avantage du second qui immobilise le méchant sur sa chaise électrique et s'empare de sa caméra pour s'adresser aux téléspectateurs, les enjoignant à s'exprimer par le vote, des manifestations les réseaux sociaux plutôt que par la violence.


Citizen est livré à la police. Ollie est disculpé de l'affaire de meurtre qui pesait sur lui et se promet de devenir meilleur au nom de Roy Harper et Black Canary. Cette dernière le retrouve et accepte de rester vivre à Seattle avec lui.

Depuis leur reprise en main de la série, les Benson ont fait la preuve de leur efficacité dans la narration, avec un sens du swing imparable. Tout va très vite sans être superficiel, comme en a témoigné cette histoire qui brassait des thématiques sérieuses pour son héros comme pour la société actuelle.

Via le personnage de Citizen, dont le combat s'appuyait sur les inégalités sociales dont la résolution passait par une vengeance meurtrière, les scénaristes ont abordé la disparité de la redistribution des richesses entre le pourcent de la population le plus nanti et le reste qui doit se contenter de conditions de vie précaires. Bien entendu, la méthode de Citizen n'est pas bonne, le lecteur en a conscience sans ambiguïté, mais le problème est réel.

Plus que la situation aisée d'Oliver Queen, c'est son appartenance à une caste qui est attaquée et, à travers Green Arrow, l'impuissance d'un super-héros à solutionner ce genre d'inégalités. Le tout est traité avec beaucoup d'adresse, le divertissement et la réflexion politique étant au même niveau. Cest assez rare pour être souligné, surtout dans un comic-book mainstream.

Cet épisode ne déroge pas à la règle, entretenant un suspense solide, et alternant prises de paroles engagées et combats traditionnels. Green Arrow ne doit sa victoire qu'à sa volonté et se remeten cause : il a compris qu'il doit être exemplaire, non seulement pour ses proches, pour les citoyens, mais aussi envers lui-même. Et c'est cette facult à retenir la leçon que salue Black Canary en acceptant de rester à ses côtés (plutôt que de retourner à Gotham).

Visuellement, la série est aussi un régal, même si German Peralta a choisi de quitter DC pour rejoindre Marvel (où il va d'abord dessiner une mini-série X-Men). Un choix de carrière curieux (tout comme celui d'un de ses prédécesseurs sur le titre, Juan Ferreyra), à moins qu'il ait refusé de n'être que l'artiste en alternance avec Javier Fernandez.

Quoiqu'il en soit, Peralta livre de superbes planches, très complètes : ses compositions sont parfaites, ses valeurs de plans très variées, ses personnages très expressifs. Le découpage privilégie toujours la lisibilté et n'abuse pas d'effets facils (une seule pleine page). Il est au service du récit tout en sachant le muscler.

Grâce à cette combinaison de talents, Green Arrow (qui mériterait plus que jamais de se voir accoler un "& Black Canary") est une des meilleures série DC actuelles.
    
La variant cover de Kaare Andrews.

vendredi 16 novembre 2018

GREEN ARROW #46, de Julie et Shawna Benson et German Peralta


Après le numéro précédant lié à Heroes in Crisis, l'intrigue de Green Arrow contre Citizen reprend ses droits pour cet épisode paru ce mois-ci (je suis donc désormais à jour avec la série). Julie & Shawna Benson héritent, elles, d'un nouveau cavalier puisque German Peralta remplace Javier Fernandez au dessin, sans qu'on y perde au change.


Pour débusquer Citizen, Green Arrow et Black Canary se partagent les investigations. Elle se rend chez la secrétaire de Jubal Slade pour connaître le nom et l'adresse du chauffeur du promoteur immobilier tué, la dernière personne à l'avoir vu vivant. 


Mais cette piste aboutit à une impasse car le chauffeur avait donné un faux nom et une fausse adresse. De son côté, Green Arrow apprend, par un ami de jeunesse de Oliver Queen, que c'est un autre de ses copains, Brett, qui avait causé l'accident de la route dont l'accuse Citizen.


Après avoir interrogé le shérif chargé de l'affaire à l'époque, les recherches de l'archer le conduisent jusque chez l'adjoint Joe Stranz, qui a pris de photos du drame. Il texte l'adresse à Black Canary tandis qu'il pénètre dans le domicile du policier.


Rapidement, des indices confirment que Stranz est Citizen et celui-ci attaque Green Arrow. Mais dominé par l'archer, il prend la fuite juste avant que sa maison n'explose à cause d'une fuite de gaz qu'il a provoqué pour faire diversion.


Oliver Queen établit un stratagème pour pièger Stranz en donnant une conférence de presse où il déclare se mettre sous la protection de la police de Seattle. Peu après être monté dans une voiture, le flic qui la conduit se tourne vers lui, portant le masque de Citizen et l'assommant...

Tout d'abord, on est surpris de ne pas retrouver au dessin Javier Fernandez, alors que l'espagnol est très régulier et avait fait une excellente impression sur ses trois épisodes. Mais, l'un dans l'autre, on ne perd pas au change avec son remplaçant German Peralta, plus habitué à jouer les doublures qu'à animer une série comme titulaire du poste.

Sa prestation est excellente et même plus complète que ce que proposait Fernandez. Il évolue dans un registre similaire, avec le même brio pour composer ses plans et ses pages, mais avec un trait plus classique et ferme. Peralta s'encre lui-même et dessine des personnages aux proportions réalistes, y compris pour les femmes (Black Canary est sexy sans outrances anatomiques), avec un soin notable apporté aux décors. John Kalisz, le coloriste, est resté fidèle au poste et s'est adapté parfaitement à son nouveau partenaire, avec cette palette nuancée aux ambiances bien dosées.

Visuellement, la série conserve donc tout son attrait, et même une cohérence esthétique appréciable (là où le run de Benjamin Percy allait et venait au gré de styles très divers, comme celui d'Otto Schmidt ou Juan Ferreyra). Pour ne rien gâcher, le titre bénéficie de couvertures d'Alex Maleev (et de variant covers par Kaare Andrews).

Narrativement, les Benson repassent la seconde après avoir freiné le temps de l'enterrement de Roy Harper dans le précédent épisode. Ce rythme trépidant participe énormément au plaisir de la lecture et colle au propos : on est dans une course contre la montre car Citizen ne cesse de menacer Oliver Queen et, désormais, il fait des petits. Ses supporteurs surgissent dans des réceptions chics, avec son masque, pour y semer le chaos parmi les nantis de Seattle (l'occasion d'une scène d'ouverture spectaculaire).

Mais les deux scénaristes n'oublient pas de faire progresser leur récit. Elles partagent équitablement l'enquête, tout en réservant le meilleur morceau à Green Arrow : son bref combat avec Citizen est intense et se conclut de manière explosive. Tout aboutit à un cliffhanger haletant : Ollie Queen s'est-il jeté dans la gueule du loup ? Ou son enlèvement, prévisible, est-il supervisé par Black Canary ? En tout cas, la suite s'annonce accrocheuse puisqu'on nous promet "l'exécution d'Oliver Queen"...

Alors que les archers de Marvel sont désormais dans les West Coast Avengers (mais avec des chiffres de vente peu encourageants), Green Arrow porte haut ses couleurs dans un titre jubilatoire, aussi bien écrit que dessiné.