Affichage des articles dont le libellé est Lucas Werneck. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lucas Werneck. Afficher tous les articles

vendredi 16 février 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #2 (Gerry Duggan / Lucas Werneck)


Avec Polaris à leur tête, les broods débarquent dans la station orbitale la Fleur d'Orchis. Wolverine, Colossus et Diablo sont déjà sur place. Le Dr. Stasis réussit à fuir mais Firestar est introuvable à bord. Sur Terre, Malicia et Gambit vont libérer un mutant essentiel l'assaut lancé contre l'ennemi...


Après X-Men 31 hier, la lecture de Fall of the House of X 2 se fait naturellement. J'en profite, au passage, pour vous annoncer que j'ai renoncé aux critiques groupées, on va repartir sur le modèle classique. Et du classique, c'est justement ce que nous sert Gerry Duggan.


Non que ce soit u  reproche mais on sent bien déjà que Fall of the House of X ne va pas renverser la table. D'ailleurs, comme pour prévenir le lecteur, Marvel avait communiqué sur le fait que l'histoire de cette mini-série relaterait un échec cuisant, un récit noir, désespéré. Certains, c'est sûr, seront choqués (et ce n'est pas illégitime) de voir Diablo jeter des agents d'Orchis dans le vide sidéral quasiment rigolant : il y a une forme de brutalité qui perturbe mais surtout déconcerte (comment les mutants espérent-ils qu'on les percevra ensuite, même une fois Orchis reconnu pour leurs méfaits, sachant qu'ils n'ont fait aucun quartier ? 

Il ne s'agit pas ici de tuer des vampires, des aliens, des ninjas (tout adversaire dont la mort ne va pas bouleverser le grand public) : quand Polaris, Colossus et compagnie massacrent des agents d'Orchis, ils tuent des humains. Ne pas s'attendre donc à une forme de revanche noble des mutants contre Orchis. Et cela pose en définitive une autre question.


Au terme de la publication de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, la franchise mutante va partir dans une nouvelle direction, avec un nouvel editor (Tom Brevoort), certainement des équipes créatives profondément remaniées (des noms circulent déjà, mais on va attendre avant de commenter). Et ce qui est étonnant, c'est de deviner si vite, si clairement la manière dont, chez Marvel, on a décidé de tourner la page Krakoa.


Je vais un peu spoiler, mais pas trop au cas où je pourrais quand même me tromper. Toutefois, si donc Fall... aboutit à une défaite confirmée par ce qu'on a déjà vu dans Rise... et que Rise... joue la carte du voyage dans le temps pour opérer une sorte de reboot (c'est aussi la ligne narrative développée par la mini Dead X-Men même si j'ai choisi de zapper cette dernière), alors où et quand se situe le loup dans cette intrigue ?

Un élément dans cet épisode de Fall... revient sur ce qui s'est passé dans la mini Rogue & Gambit de Stephanie Phillips et Carlos Gomez (parue en Mars-Juillet 2023). Elle est désormais dispo en trade paperback et je crois en cours de traduction dans la revue "Destiny of X" chez Panini : il vous sera utile de la lire, d'autant que c'est une chouette mini, pleine d'action, où Destinée commande à Malicia et Gambit d'enlever Manifold. On ignore encore pourquoi mais ici on voit Anne-Marie et Rémy le réveiller, donc les réponses à nos interrogations ne vont pas tarder et comme Eden Fesi est un mutant très puissant, il a de quoi peser sur ce qui se profile.

Le reste, c'est-à-dire ce qui se passe avant et après cette scène, est du grand spectacle où Lucas Werneck assure et Duggan s'amuse visiblement, dans un registre moins grave que sur X-Men. L'assaut de la Fleur d'Orchis avec Polaris qui a déplacé la station Knowhere où résident désormais les broods fera plaisir à ceux qui, comme moi, ont déploré le trop bref séjour de Lorna Dane dans l'équipe première des X-Men. Tout comme de revoir ensemble Colossus, Wolverine et Diablo : il se passe quelque chose de jubilatoire et nostalgique quand ces trois-là, si longtemps ensemble mais séparés depuis le début de l'ère de Krakoa, interagissent.

Toutefois je mentirai si j'affirmai que tout ça marcherait mieux encore en ayant été raconté au sein de la série X-Men. Surtout sans Rise... en même temps : achever l'ère de Krakoa par un baroud d'honneur des X-Men aurait, à mon sens, eu du panache et nourri une forme d'incertitude excitante sur la forme de leur retour (plutôt que de miser sur un reboot à base de voyage dans le temps. Tom Brevoort aurait même pu commencer son run avec un statu quo imprévisible, aussi inattendu et foutraque que celui de Grant Morrison et Hickman.

Nous verrons bien. J'espère me tromper et que la fin de Krakoa comme le retour des X-Men seront aussi originaux que percutants.

vendredi 12 janvier 2024

FALL OF THE HOUSE OF X #1 / RISE OF THE POWERS OF X #1 (Gerry Duggan, Kieron Gillen/Lucas Werneck, R.B. Silva)

Et c'est parti ! "Deux séries qui n'en font qu'une" : puisque c'est ainsi que Marvel vend Fall of the House of X et Rise of the Powers of X, autant grouper leurs critiques en un seul lot pour vérifier si c'est vrai. Ce qui l'est, vrai, c'est qu'on entame la fin de l'ère de Krakoa avec ces deux mini en cinq numéros, ce qui nous projette jusqu'en Mai 2024.

  


Aujourd'hui. Cyclope est jugé à Paris pour crimes contre l'humanité parce que la médecine krakoane était empoisonnée (par Orchis). Mais les X-Men encore sur Terre s'organisent pour sauver leur ami. A moins que le Professeur X ait un autre plan en tête...


Gerry Duggan a promis une histoire noire tandis que Jordan White, l'editor-in-chief des séries X, a juré que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X seraient deux séries qui n'en font qu'une.. Tout cela évoque bien entendu la démarche de Jonathan Hickman quand il avait écrit House of X/Powers of X et relancé les séries mutantes.
 

On retiendra surtout de ce premier épisode son rythme, trépidant, et sa prime à l'action. La situation critique dans laquelle se trouvent les mutants depuis le massacre du Hellfire Gala et Cyclope en particulier, jugé pour l'exemple par ses opposants qui veulent faire croire que Krakoa a cherché à empoisonner les humains avec leurs remèdes miracle, donne lieu à un récit haletant et désespéré. On voit mal comment le plan des X-Men pourrait effectivement sauver quoi ou qui que ce soit.

En gros, ils lancent une offensive contre Orchis tout en cherchant à faire évader Cyclope. Pas sûr que cette tactique les réhabilite aux yeux d'une foule acquise (dans sa grande majorité) à la propagande d'Orchis - il n'est même pas interdit de penser que ce plan est en définitive assez idiot car on voit mal ce que les mutants ont à y gagner. Mais justement, c'est cela qui intrigue et on se gardera donc de conclure hâtivement. 

D'autant que Charles Xavier, qui vit désormais seul sur Krakoa, semble avoir d'autres projets en tête et compromet la stratégie des X-Men en ordonnant à Rasputin IV de quitter son poste... Ce que cela signifie ajoute au mystère et au suspense.
  

J'aurai adoré que Pepe Larraz, après Big Game, revienne chez Marvel pour dessiner Fall of the House of X puisque R.B. Silva se charge de la partie graphique de Rise of the Powers of X, mais Marvel a préféré confier à la star ibérique son prochain event (Blood Hunt) mais il ne signera que les couvertures. Il faudra donc se contenter de Lucas Werneck. Le brésilien présente à mes yeux moins d'intérêt : son trait manque de puissance, ses compositions sont souvent maladroites, mais reconnaissons qu'il s'en sort bien ici. A voir cependant s'il tiendra sur la durée...

Un début curieux et pessimiste mais prenant.


Dix ans dans le futur. Nimrod, la Sentinelle Oméga et Orchis ont vaincu. Les X-Men se sacrifient dans des poches de résistance pour gagner du temps au groupe mené par Synch et formé par Shadowtiger (Kitty Pryde), Wolverine, Captain Krakoa (Kamala Khan) et Iron Man (ou ce qu'il en reste). Les machines ont donc gagné. Sauf si...


Si Fall of the House of X m'invite à une certaine réserve esthétique, que Kieron Gillen écrive Rise of the Powers of X m'incite à la méfiance. Le scénariste ne m'a jamais convaincu sur un titre X, a fortiori durant l'ère de Krakoa. Il investit qui plus est une partie futuriste, très axée sur la science fiction "dure", un domaine que Hickman avait développé comme peu d'autres avant lui pour les mutants.

L'épisode est dense et consistant (comme Fall of the House of X, on dépasse les trente pages) et nous présente des personnages revisités (à part Wolverine, Rasputin IV et Cypher ainsi que les méchants, Nimrod, la Sentinelle Oméga, Moira X, Dr. Stasis) dans un cadre extrême. Les mutants ne sont plus qu'une poignée et on assiste à la mort de plusieurs de leurs figures emblématiques dans des scènes fulgurantes et cruelles.

Le reste pourra sembler trop touffu : il est question de l'avènement des machines (avec une mention ironique à Terminator), de la fameuse ascension formulée par Hickman (où une planète est absorbée par une entité cosmique). Mais évidemment il y a un grain de sable (comme dans Fall of the House of X) et comme nous sommes avec Gillen, Mr. Sinistre et ses clones ne sont pas loin. Mais il n'y a pas que lui.

Car la noirceur ici doit s'accompagner d'une solution en vue de la refonte prochaine de la collection X. A cet égard la dernière page suggère un dispositif narratif pour justifier la relance annoncée qui sans être originale demande à être examinée plus avant. Plutôt malin donc pour hameçonner le lecteur...
  

Visuellement, R.B. Silva produit des planches superbes. Souvent irrégulier, l'artiste est fait pour ce genre de mini-séries événementielles et particulièrement pour ces environnements futuristes où il fit des merveilles déjà avec Powers of X. Son sens du design, le fait qu'il exploite à fond les effets spéciaux du dessin numérique, la colorisation chiadée, tout concourt à entraîner le lecteur dans quelque chose de peu commun.


Tant pis dès lors si les concepts maniés par Gillen sont moins fluides que lorsque Hickman les utilisait, on est accroché. Mais attention quand même : souhaitons que la montagne n'accouche pas d'une souris, ou, autrement dit, que la relance programmée des X-Men et de leur univers ne tienne pas ç un tour de passe-passe facile. C'est le plus grand défi pour la conclusion d'une des périodes les plus imaginatives et controversées de la franchise.

jeudi 13 octobre 2022

IMMORTAL X-MEN #7, de Kieron Gillen et Lucas Werneck - Tie-in A.X.E. : Judgment Day

 

J'attendais cet épisode de Immortal X-Men avec une certaine appréhension entendu que Diablo n'a pas été bien traité depuis House of X/Powers of X, comme si aucun scénariste ne savait comment l'écrire et respecter le personnage tel que l'avait créé Dave Cockrum. Kieron Gillen réussit là où tous les autres se sont cassés les dents et ce septième numéro est également le meilleur travail de Lucas Werneck.


Lors d'une séance du Conseil de Krakoa, Diablo devine que Destinée ne dit pas tout sur l'issue du Jour du Jugement. Et il l'enlève donc pour appliquer un plan pouvant sauver mutants et humains.


Ensuite, il obtient de Charles Xavier et Hope de rassembler les krakoans pour un grand sacrifice qui doit leurrer le Céleste quand il détruira l'île.


Puis, ceci fait, Captain America est ressucité, devenant ainsi le premier non-mutant à bénéficier de ce privilège. Mais avec un objecif bien précis...


Diablo n'a pas terminé : il se téléporte, avec l'aide de Magik, dans la station Orchis où il réussit, par la ruse, à convaincre Moira et Nimrod de s'allier aux mutants et aux héros contre l'Ancêtre...

Si je devais désigner mon X-man favori, ce serait sans doute Diablo. Il s'est toujours distingué à mes yeux, depuis que j'ai lu Giant-Size X-Men de Len Wein et Dave Cockrum car, alors que les autres mutants de la seconde génération recrutés par Charles Xavier, avaient tous une apparence normale, Kurt Wagner était ce curieux elfe à la peau bleue. Il n'était pa comme les autres, il avait ce côté inquiétant, démoniaque, démenti par son caractère amical, sympathique.

Pourtant, Cockrum exprimera souvent par la suite ses désaccords sur la manière d'écrire ce mutant qu'il adorait particulièrement et qu'il avait d'abord imaginé pour Legion of Super-Heroes chez DC, inspiré par Erroll Flynn et les films de cape et d'épee. Il détestait par exemple qu'on fasse de lui un héros aussi religieux au détriment de son attitude charmeuse et bondissante. Il avait raison : à part dans Excalibur, et spécialement lors du run d'Alan Davis, Diablo a rarement ressemblé à l'idée initiale de son créateur.

Depuis le début de l'âge de Krakoa (terme utilisé pour définir la refondation de la franchise X par Jonathan Hickman), ça n'a pas été beaucoup mieux, même si Hickman semblait vouloir revenir aux fondamentaux lors de HoX 6-7. Mais ensuite, le scénariste est retombé dans les clichés d'un Kurt Wagner curaillon projetant d'ouvrir une église et fonder une religion sur Krakoa. Je n'ai pas lu Way of X ni Legion of X de Si Spurrier, mais je n'ai aps l'impression que quoi que ce soit ait été corrigé dans la bonne direction.

Immortal X-Men #7 m'a donc fait plaisir car Kieron Gillen me rend en quelque sorte le Diablo que j'aime, celui de Cockrum. L'épisode procède, logiquement, par bonds, au gré des actions entreprises par Kurt Wagner qui force Destinée à lui confier ses visions sur ce va entreprendre l'Ancêtre (Progenitor en vo).

L'épisode reprend des bouts de A.X.E. : Judgment Day #5 pour nous aider à situer l'action et développer ce que l'event ne peut que survoler. On notera que Gillen s'est vraiment bien employé, comme Gerry Duggan et Al Ewing, à faire des tie-in de vrais compléments au titre central, et pas seulement des numéros dispensables, collés à la saga pour satisfaire au staff éditorial. A chaque fois, ces trois scénaristes ont apporté un plus, détaillé des actions, en s'appuyant sur des personnages intéressants dans ce contexte.

Ainsi, revit-on la mort de Captain America et Diablo devant le Céleste, puis leur résurrection, mais encore et surtout assiste-t-on au dévoilement de ce que l'event ne disait pas comme la mise en scène destinée à leurrer l'Ancêtre sur le sort des krakoans (dont une majorité a accepté de se sacrifier). Une data page nous explique aussi de manière très claire qu'en réalité il y a non pas une mais deux missions pour contrer ce jugement dernier : d'une part, comme on l'a vu dans A.X.E. : Judgment Day #5, il y a cette équipe qui infiltre le Céleste pour le détruire, et d'autre part, une autre expédition au centre de la Terre, dans la Machine éternelle qu'il faut protéger de l'Ancêtre.

Et sur ce dernier point, cet épisode introduit un renfort aussi inattendu que captivant puisque Diablo va aller chercher Moira X et Nimrod, les ennemis jurés de Krakoa. J'espère vraiment qu'une fois l'event terminé, cela aura des conséquences sur les relatiosn entre les deux camps, d'autant que, en passant, le Céleste détruit la station Orchis et que Diablo sauve Moira et Nimrod juste avant que cela ne se produise...

Au dessin, j'attendais aussi beaucoup de Lucas Werneck qui m'a peu impressionné depuis le début et parce que rares là aussi sont les artistes à bien dessiner Diablo. Bonne surprise (bis) : l'artiste brésilien livre sa meilleure copie.

Il reste quelques maladresses, mais l'ensemble des planches est d'un niveau très supérieur à ce que j'ai eu l'habitude de voir de sa part. Toutefois, il réussit à représenter Kurt dans toute sa classe, sa malice et son mouvement.

Mon seul (et gros) regret, c'est le costume dont est désormais affublé Diablo. Marvel devrait le savoir : à chaque fois qu'on a essayé de relooker Diablo, ça n'a pas fonctionné. Mais actuellement, c'est n'importe quoi : il porte une sorte de long manteau rouge sans manches sur une justaucorps noir mais avec ses bottes et ses gants d'origine. Je ne comprends pas ce design qui est laid, n'apporte rien, alors que celui de Cockrum est indémodable, épuré, classe. Je n'aime pas tellement non plus Kurt avec sa moustache et sa barbichette actuelles, mais à la rigueur je m'en accomoderai si on lui rendait son costume originel.

Kieron Gillen a en tout cas bien pensé l'écriture de A.X.E. : Judgment Day, c'est la première fois depuis longtemps (Secret Wars de Hickman ?) que j'ai cette impression d'un event sur lequel on a fiché la paix au scénariste. Immortal X-Men a en tout cas prouvé (comme X-Men : Red) qu'on pouvait produire des tie-in utiles et intelligents dans ce contexte. 

jeudi 8 septembre 2022

IMMORTAL X-MEN #6, de Kieron Gillen et Lucas Werneck - A.X.E. : JUDGMENT DAY TIE-IN

 

Après deux précédents épisodes plutôt réussis (consacrés à Exodus et Emma Frost), Immortal X-Men pique à nouveau un peu du nez. Toujours en liaison avec l'event Judgment Day (l'action se situe après le 3ème numéro), ce chapitre se penche sur le cas de Sebastian Shaw. Kieron Gillen perd beaucoup de temps avant d'en arriver au coeur du sujet. Et Lucas Werneck, de retour, livre une copie moyenne.


Le Conseil de Krakoa est réuni. Plusieurs de ses membres ont été jugés par le Progéniteur, mais tous ne sont pas disposés à révéler s'ils ont passé le test avec succès ou pas. Sebastian Shaw prend la parole.


Shaw part pour New York avec l'objectif de protéger son business et de sauver sa peau à tout prix. C'est alors qu'il est jugé par le Progéniteur se manifestant sous la forme d'Emma Frost. Il échoue au test.
 


Reconnu pour ses talents de négociateur, le Roi Noir du Club des Damnés part pour New York afin de négocier avec un représentant des Eternels, Eros/Starfox, récemment sorti de sa prison.


En attendant de savoir ce que leurs communautés pensent de leurs palabres, Shaw se rend dans la cave du Club des Damnés de New York et y invoque une puissante alliée...

Pour Kieron Gillen, Immortal X-Men à l'heure de Judgment Day représente une occasion d'ausculter le Conseil de Krakoa en temps de crise. C'était déjà le cas avant cet event, me direz-vous et vous n'aurez pas tort, mais désormais le gouvernement mutant est sur les charbons ardents et cela permet de révéler le caractère profonde de chacun. Pour un peu, on souhaiterait que cette situation perdure afin que l'intensité de la série soit conservée.

C'est pourquoi je me demande si, une fois tous les membres du Conseil examinés par la série, Immortal X-Men aura encore une raison d'exister. Il restera bien encore des intrigues de palais à inventer pour le scénariste, c'est certain, mais la formule qui veut qu'à chaque épisode il se penche sur un personnage différent risque quand même d'être difficile à tenir sur le long terme. Et c'est pour cela que je pense m'arrêter au n°12 quand l'intégralité de la table aura été examinée.

Pour l'heure, ce n°6 est consacré à Sebastian Shaw. Dans son run sur Marauders, Gerry Duggan en avait fait un personnage plus tordu et détestable que jamais, mais qui essuya des revers cinglants après avoir tenté de tuer Kitty Pryde et de doubler Emma Frost.

Gillen suit en cela Duggan : Shaw est donc le personnage qu'on adore détester par excellence. Mais Gillen veut tout de même essayer de nuancer cela en sondant le passé de Shaw au moment où les mutants sont jugés par le Céleste. Et disons que ça fonctionne moyennement.

Souvent, cela revient à chercher sinon des excuses du moins une justification au comportement d'un salaud. Ici, en deux flashbacks lourdingues, on apprend que Sebastian était méprisé déjà enfant par son père, un affairiste en difficulté, et que, devenu adulte et richissime, Sebastian s'était recueilli sur la tombe paternelle en montrant avec orgueil qu'il avait réussi contre toute attente et ne s'arrêterait pas là.

Bon, était-ce bien nécessaire ? A mon avis, non. C'est grossier, manichéen au possible, on s'en fiche complètement. Quand Gillen est le plus juste, c'est précisèment quand il ne cherche pas à expliquer Shaw autrement que ce qu'il a toujours profondément été : un businessman et un négociateur. Pour le pouvoir et l'argent, il est prêt à tout car il sait que cela assurera sa survie, même si la Terre est détruite par un Céleste. Shaw veut récupérer son trône, être le Roi Noir du Club des Damnés, quelqu'un qui compte au sein du Conseil de Krakoa, ou sinon il est prêt à s'allier avec quiconque lui permettra de s'en tirer (Orchis ou la mystérieuse entité qu'il convoque à la fin de l'épisode).

Plutôt que nous infliger un trop long début d'épisode avec Destinée ou les débats du Conseil de Krakoa et les cachotteries de ceux qui ont déjà passé le test du Céleste, Gillen aurait gagné à aller droit au but et à développer le dialogue, ici à peine effleuré, entre Shaw et Eros par exemple.

Lucas Wernneck revient donc dessiner la série. Entretemps, le jeune artiste brésilien vient d'être inclus par Marvel dans la promotion 2023 des "stormbreakers", ces talents sur lesquels l'éditeur mise pour l'avenir (il est entouré ce Martin Coccolo, Elena Casagrande, Nic Klein, Jan Bazaldua, C.F. Villa, Chris Allen et Federico Vicentini).

Malgré tout, je continue de trouver Werneck très moyen. Il ne sait pas composer une image correctement, ses enchaînements sont maladroits, il ne varie quasiment ses angles de vue, son découpage est mou. 

Qu'il s'agisse d'animer une scène d'action (le jugement d'Exodus) ou un dialogue avec une tablée de personnages, on a l'impression dérangeante qu'il pose d'abord les personnages puis qu'il cadre ensuite au petit bonheur la chance en espérant que cela formera une page correcte. Sauf que c'est tout le contraire : on a plutôt le sentiment de voir des acteurs surjouer dans un théâtre, impression renforcée par la voix-off qui commente l'action et en souligne le peu d'impact dramatique.

Werneck préfère ostensiblement dessiner de jolies femmes, mais narrativement c'est d'une pauvreté accablante. Et si c'est sur des dessinateurs comme lui (ou Bazaldua) que mise Marvel, ça ne sent pas bon (même si Klein  Coccolo, Casagrande sont bien supérieurs).

Le mois prochain, j'espère que l'épisode consacré à Diablo ( Nightcrawler) fera honneur à l'elfe (même si je ne me fais pas trop d'illusions, étant donné que personne - excepté Rainbow Rowell dans She-Hulk - ne semble se souvenir du personnage tel que l'avait créé Dave Cockrum).

samedi 2 juillet 2022

IMMORTAL X-MEN #3, de Kieron Gillen et Lucas Werneck


Sorti la semaine dernière, le troisième épisode de Immortal X-Men est le moins mauvais que j'ai lu. Cela signifie-t-il qu'il est bon ? Et que j'ai pris plaisir à le lire ? Ce sont là des questions délicates, à laquelle cette critique va tenter de répondre. Kieron Gillen s'y montre un peu moins maniériste alors que Lucas Werneck semble souvent avoir dessiné ses planches sans qu'elles soient relues...
 

Destinée se remémore la première fois que son pouvoir mutant s'est manifesté. Cela l'a conduit à rédiger des journaux pour consigner ses visions. Avant qu'elle ne rencontre Mystique...


Le Conseil de Krakoa se réunit et doit décider de sanctions contre Mystique puisqu'elle a usurpé les identités du Pr. X et de Magneto pour que Destinée soit ressucitée.


Alitée, souffrant de migtaines, Destinée voit le futur de façon chaotique. Toutefois, ce qui lui apparaît est suffisamment menaçant pour qu'elle rejoigne le Conseil et l'avertisse d'une guerre imminente.
 

Cette annonce suspend la séance et ajourne les sanctions éventuelles contre Mystique. Celle-ci raccompagne Destinée dans leurs quartiers où elle reprend la rédaction de son journal...

Ce que fait/tente de faire Kieron Gillen avec Immortal X-Men n'est pas dénué d'intérêt. Je tiens à le dire d'entrée de jeu pour ne pas paraître totalement intolérant à ses efforts. Ce n'est pas une écriture dont je suis friand, mais je reconnais que l'intention de l'auteur est louable. Toutefois, on le sait, les bonnes intentions ne suffisent pas toujours.

Ainsi, donc, Gillen bâtit chaque épisode autour d'un membre du Conseil de Krakoa. Après Mr. Sinistre et Hope, c'est au tour de Destinée. Celle-ci est réapparu finalemen depuis peu, à l'occasion de Inferno, la dernière histoire écrite par Jonathan Hickman. Comme la parution des séries mutantes a été un peu mis en stand-by entretemps (à l'exception de X-Men), on n'a pas eu l'occasion de mesurer vraiment l'impact de son retour.

Pourtant, Destinée qui revient, Moira qui a été chassée de Krakoa, voilà deux événements importants dans "l'Âge de Krakoa" instauré par Hickman. Les deux mutantes ne pouvaient cohabiter étant donné que les plans de Moira ne toléraient pas la présence sur l'île de voyants, les seuls à même de détecter sa présence et de prévoir ce qu'elle planifiait.

En vérité, c'est par elle que, logiquement, Gillen aurait dû commencer Immortal X-Men, plutôt que de nous infliger deux mauvais épisodes avec Sinistre et Hope. Mais c'est dans ce troisième épisode finalement que Destinée revient au premier plan. On apprend les circonstances de la première manifestation de son pouvoir mutant, sa rencontre avec Mystique, l'ordre qu'elle lui donne de brûler Krakoa si on ne la ressucite pas, et son retour à la vie, rajeunie certes mais en proie à des migraines qui troublent ses visions.

A deux reprises, illustrées par deux pleines pages, on assiste donc à des visions déterminantes, la première et une autre qui intervient alors que le Conseil de Krakoa est réuni pour décider de sanctions contre Mystique qui a usurpé l'identité de Charles Xavier et Magneto pour faire revenir Destinée.

Pendant la quasi-totalité de l'épisode, Destinée est alitée, souffrant de migraines, que même Emma Frost est impuissante à soulager. Pourtant, Lucas Werneck en plusieurs occasions trouve le moyen de caser Irene Adler siégeant à la table du Conseil ! Soit le dessinateur brésilien n'a pas bien lu le script de Gillen, soit le script de Gillen n'était pas suffisamment précis sur le nombre de membres présents lors de cette session du Conseil. Mais ce qui est certain c'est que l'editor de la série (Lauren Amaro, assistante de Jordan White) n'a pas verifié les planches assez soigneusement et exigé des corrections. Quoiqu'il en soit, ça fait tâche.

C'est dommage car, comme je le disais plus haut, c'est le moins mauvais épisode de la série jusqu'à présent. Les dialogues de la séance du Conseil sont bien tendus et le débat est intéressant car il revient sur les manoeuvres condamnables de Mystique pour avoir fait ressucité Destinée. 

Comme l'ambiance n'est plus au beau fixe depuis Inferno et le fait que tout le monde dans le Conseil sait que Charles Xavier et Magneto ont caché l'implication de Moira McTaggert dans la fondation de la Nation X, il s'en trouve suffisamment pour reprocher à Xavier sa manière de gouverner. Pourtant, le Professeur a aussi raison de riposter en s'indignant qu'on le traite de tyran à demi-mots alors qu'il a donné à toute sa communauté un nouveau statut en reconnaissant avoir été trop cachottier.

Par ailleurs, critiquer Xavier en épargnant Mystique révèle la profonde hypocrisie de certains puisque Raven Darkholme n'a jamais été en reste quand il s'est agi de trahir les siens. On voit surtout que, à présent, Emma Frost, comme c'était couru d'avance à la fin de Inferno, n'est plus l'alliée de Xavier, lui-même isolé depuis le départ de Magneto sur Arakko et en l'absence de Tornade (également sur Mars et qui n'assiste pas à cette réunion), mais surtout la Reine Blanche du Club des Damnés préfère désormais attaquer le Pr. X à la moindre occasion plutôt qu'écouter ses arguments. Si Gillen est intelligent, il appuiera sur ce conflit interne et développera une lutte pour la présidence du Conseil et donc de Krakoa entre Emma et Charles (mais ça ne semble pas être dans ses plans immédiats si j'en juge par les textes de présentations de prochains épisodes).

Lorsque, donc Destinée qui était là sans y être à cause des dessins de Werneck surgit en pleine séance et annonce une guerre à venir, même si elle reste vague, on sait bien qu'il s'agit sûrement d'une allusion à l'event Judgment Day, écrit par Gillen (qui démarrera le 20 Juillet). C'est de bonne guerre, même si on a alors le sentiment que Gillen se sert d'Immortal X-Men pour teaser sa saga plus pour développer une intrigue propre. Sur ce point, je sui facilement exaspéré parce que les events me préoccupent toujours et celui-ci en particulier, étant donné que je ne suis pas fan de Gillen et que j'ai peur de ce qu'il va faire.

En revanche, sur les deux dernières pages, il se rattraperait presque pour tout ce qui a précédé en révélant ce qui tracasse vraiment Destinée dans ce qu'elle a vu du futur (ou des futurs) et qui concerne directement sa dulcinée, Mystique. Je ne spoile pas, mais c'est assez intrigant.

Je ne reviens pas davantage sur la prestation de Lucas Werneck au dessin. Il semble de toute façon que ce soit le dernier épisode qu'il signe, puisque les trois prochains seront réalisés apr l'italien Michele Bandini, dont le niveau n'est pas franchement meilleur. Trois prochains épisodes qui seront des tie-in au Hellfire Gala 2022 et à Judgment Day, avec notamment Emma Frost, Exodus et Sebastian Shaw.

Franchement, je ne sais pas quoi faire de cette série. J'ai lu sur Twitter que certains fans estimaient qu'elle était la meilleure de franchise X avec X-Men : Red, mais autant cette dernière dispose avec Al Ewing d'un auteur extraordinaire, autant Gillen et ses propositions me laissent froid. J'espérai bien mieux pour ces Immortal X-Men, qui explorait un concept (le Conseil de Krakoa) "Hickmanien" si prometteur. Mais il ne faut jamais lire en se forçant, donc : stop.

vendredi 20 mai 2022

IMMORTAL X-MEN #2, de Kieron Gillen et Lucas Werneck


Pour ce deuxième numéro de Immortal X-Men, Kieron Gillen change un peu de ton : c'est un épisode riche en action à grand spectacle, mais narré par un personnage différent du mois dernier. Il semble que ce sera le dispositif de cette série. Lucas Werneck dessine tout ça avec application  mais avec des maladresses récurrentes.



Après avoir invoqué un monstre de l'Outremonde, Séléne quitte Krakoa par un de ses portails. Face à la menace, Magneto et Tornade interviennent, en vain. Exodus et Hope les relaient.


Observant la situation depuis son laboratoire, dépité, Mr. Sinstre s'injecte un sérum basé sur les pouvoirs de plusieurs mutants et maîtrise le monstre. Le Pr. X comprend que ce n'est que provisoire.


Pour éloigner la bête, il faut couper son lien avec Séléne. Magik téléporte Hope à Londres où elle est reçue par le couvent Akkaba, prêt à l'intègrer dans leurs rangs.


Abattue par Hope, Séléne est ressucitée et livrée à Exodus qui l'empêche désormais d'invoquer des monstres. Le conseil de Krakoa se retire mais, peu après, Destinée fait un malaise...

C'est un sentiment curieux de lire un épisode qui, objectivement n'est pas mal, du moins meilleur que le précédent, et pourtant de ne pas éprouver plus de plaisir à l'avoir découvert. On n'arrive pas à mettre (tout de suite) le doigt sur ce qui cloche, sur ce qui n'a pas fonctionné pour susciter plus d'enthousiasme, et pourtant on sait qu'on n'a pas été conquis.

En tentant d'analyser cette impression, j'en ai conclu que je n'accrochai tout simplement pas au style d'écriture de Kieron Gillen. C'est un scénariste qui ne m'a jamais complétement convaincu. La seule série qu'il ait écrite et que j'ai appréciée dans sa globalité fut son run sur Young Avengers (dessiné par Jamie McKelvie), où je trouvai qu'il avait réussi à bien saisir les personnages et à les embarquer dans une histoire accrocheuse.

Mais ses passages sur Uncanny X-Men ne m'ont vraiment pas laissé un grand souvenir. Son run sur Journey into Mystery (avec Kid Loki) était meilleur mais souffrait d'être dessiné par des artistes trop inégaux pour rendre justice à l'ensemble. Dans sa production indépendante, si The Wicked + The Divine fourmillait de bonnes idées, j'ai fini par décrocher. Die m'est tombé des mains. Et Once & Future m'a surtout séduit grâce à Dan Mora.

Lorsque son retour chez Marvel, au sein de la franchise X, a été confirmé, j'étais pourtant optimiste, pensant qu'il pouvait tirer son épingle du jeu dans le nouveau statu quo établi par Hickman. Mais après seulement deux épisodes de Immortal X-Men, je reste comme en déhors de la série alors même que j'appelais de mes voeux Marvel à ne pas délaisser les intrigues de palais du conseil de Krakoa.

Il semble que Gillen ait opté pour un dispositif malin pourtant en changeant de narrateur à chaque épisode : le premier épisode avait Mr. Sinistre comme conteur, cette fois il s'agit de Hope, frâichement élue pour intègrer le conseil de Krakoa. C'est un personnage déjà riche : née après le "M-Day" (c'est-à-dire après le fameux "No more mutants" prononcé par la Sorcière Rouge à la fin de House of M), elle devient l'espoir (hope) de la "mutanité". Mais aussi l'enfant à abattre pour tous les ennemis de cette communauté. Cable va la prendre en charge et l'élever dans le futur - un futur apocalyptique qui va l'aguerrir. Aujourd'hui, sur Krakoa, elle fait partie des Cinq, qui ressucitent les mutants.

Concurrente de Séléne et adulée par Exodus qui la considère toujours comme le Messie mutant, Hope se trouve rapidement devant une crise d'ampleur puisque sa rivale magicienne a, vexée, invoqué un monstre pour se venger. Hope organise la riposte... On s'attend donc à ce qu'elle joue un rôle déterminant dans l'épisode, mais Gillen déjoue nos attentes en résolvant le problème de manière décalée, laissant encore une fois Mr. Sinistre faire le show.

C'est cela qui, en fait, s'avère lassant : cette manie de favoriser Sinistre. Que Gillen ait toujours adoré le personnage de Nathaniel Essex, ce n'est pas nouveau (c'était déjà le méchant emblématique de son run sur Uncanny X-Men), mais si encore il l'exploitait de manière originale, ça passerait. Or, on a affaire à une caractérisation lourdingue et des scènes au diapason, juste là pour amuser la galerie. En outre, après Inferno, j'aurai aimé que la crise qui traverse le conseil de Krakoa soit plus au centre de la série, que la série explore les agendas de chacun, souligne désormais la rivalité ouverte entre Xavier et Emma (ici réduite à un bon mot), mais au rythme où ça va, on n'est pas près d'être exaucé.

Ce ne sont pourtant pas les dossiers qui manquent entre donc Xavier, Emma, mais aussi Mystique, Destinée, le fait que Colossus soit un agent dormant de la Russie (manipulé par son frère Mikhail), le fait que Tornade continue de sièger sur Krakoa alors qu'elle gouverne Arakko. Ou le départ de Magneto (qui apparaît dans l'épisode alors qu'il se retirait avec fracas le mois dernier... A ce compte, on peut sérieusement se demander si Gillen se relit !).

Pour ne rien arranger, une série comme Immortal X-Men nécessiterait un dessinateur solide, car elle compte pas mal de personnages en premier lieu. Or Lucas Werneck a beau faire de son mieux, ce n'est pas suffisant. On a trop souvent des individus qui semblent prendre la pose pour la photo dans des images maladroitement composées, avec des valeurs de plans hasardeuses, des angles de vue mal maîtrisés.

Werneck n'a pas un dessin déplaisant, on sent qu'il apprécie ces personnages et veut les rendre séduisants, charismatiques. Mais c'est une chose de dessiner correctement et une autre, bien plus délicate, d'être un narrateur.

Car, dans la bande dessinée comme dans la politique, il ne suffit pas d'être bon, il faut aussi savoir administrer. Vous pouvez mettre un spécialiste de l'économie ou de la culture dans le maroquin ad hoc, si ceux-ci ne savent pas aussi gérer leur budget, il ne seront pas de bons ministres, juste des experts, des théroriciens mais pas des praticiens. Hé bien, dessiner un comic-book, c'est pareil : il ne suffit pas de bien dessiner, il faut savoir utiliser ce talent pour raconter, être un storyteller, savoir traduire en images un script.

Werneck est, disons-le, tout net, assez lamentable en narration. Il pose des personnages, des décors, mais ses cases se suivent sans s'enchaîner harmonieusement, efficacement, ses plans sont traités sans qu'on sente un sens de la mise en scène derrière. C'est joli, mais ça ne fonctionne pas. En fait, il dessine des images mais ne sait pas dessiner une page, qui relève d'une disposition globale, d'un semble complexe, d'un numéro d'équilibre. Pour s'en assurer, il faut toujours être cruel et mettre en vis-à-vis une planche d'un narrateur moyen et celle d'un maître en la matière : le premier impose au lecteur quelque chose de laborieux, de bancal, quand le second vous assure une lecture facile, agréable.

Ce n'est pas bon signe pour la suite quand on s'ennuie au bout de deux épisodes, que ça ne prend pas. Soit le scénariste sort quelque chose de son chapeau qui pique votre curiosité et vous motive à poursuivre, soit le dessinateur fait d'énormes et rapides progrès ou est remplacé par quelqu'un, pas forcément génial, mais plus solide. Deux conditions qui ne semblent pas prévues au programme...

lundi 4 avril 2022

IMMORTAL X-MEN #1, de Kieron Gillen et Lucas Werneck


Après quelques tergiversations, j'ai décidé de donner sa chance à cette nouvelle série écrite par Kieron Gillen et dessinée par Lucas Werneck parce que j'aime bien l'idée qu'un titre se  concentre sur le conseil de Krakoa. Ce premier numéro nous met dans l'ambiance tout en conservant une distance ironique avec l'action, narrée par Mr. Sinistre.


Krakoa. Magneto annonce aux membres du conseil qu'il quitte son siège pour s'établir sur Arakko (Mars). Sa décision oblige à chercher un remplaçant. Mr. Sinistre observe cela avec malice.


Après d'autres postulants, Séléné présente sa candidature en argumentant que Apocalypse n'a pas de successeur et qu'elle est immortelle et experte en magie comme lui. 


Mais Hope s'invite à la partie, poussée par Exodus qui la considère toujours comme le Messie mutant. Un vote s'ensuit et Hope l'emporte par six voix contre cinq.


Charles Xavier doit à présent annoncer sa défaite à Séléné. La situation dégénère aussitôt...

Vous remarquerez que ce résumé de l'épisode est un peu différent de que je propose d'habitude. C'est un changement que j'ai décidé afin de préserver davantage l'issue de chaque chapitre, et j'espère que cela vous conviendra.

Cette concision est aussi la traduction de la qualité que j'ai finalement trouvé à cet épisode car Kieron Gillen a beau avoir livré un numéro de 36 pages, son propos est direct et efficace. Je n'étais pourtant pas acquis à la série puisque du même scénariste, je suis assez déçu de l'évolution de Eternals (après un premier arc très réussi) et que le dessinateur, Lucas Werneck, me semble encore perfectible.

Immortal X-Men, toutefois, répond à une des mes attentes, à savoir une série sur le conseil de Krakoa. Ce gouvernement mutant imaginé par Jonathan Hickman est, à mes yeux, un élément de la franchise X que Marvel aurait eu tort de négliger, et j'estime que c'est, encore plus depuis Inferno, une source d'intrigues avec un grand potentiel.

Bien entendu, j'aurai préféré que Hickman reste et écrive lui-même Immortal X-Men, qui ressemble énormément à une idée qu'il a légué au staff éditorial. Aussi je compte fort sur Gillen pour ne pas la gâcher. Ce début est en tout cas encourageant.

Le scénariste débute par un flashback très curieux situé en 1919 à Paris, avec Nathaniel EssexMr. Sinstre et Irene Adler/Destinée. Cette dernière évoque une guerre à venir à laquelle son interlocuteur compte bien assister du côté des vainqueurs. Mais la médium mutante semble parler d'un conflit encore plus lointain et terrible, concernant leur race. Elle glisse alors quelques mots (imperceptibles) à l'oreille d'Essex qui succombe à une attaque.Raven Darkholme/Mystique arrive et Irene Adler et elle se retirent.

Le sens de ce flashback est nébuleux, mais c'est un hameçon malin pour éveiller la curiosité du lecteur qui sait qu'il devra suivre la série pour savoir ce que Destinée a pu dire à Sinistre. Par ailleurs, le fan des X-Men depuis sa refonte par Hickman aura reconnu avec cette scène une parodie habile de l'introduction de Powers of X #1, avec Charles Xavier abordé par Moira MacTaggert avant qu'elle ne lui ouvre son esprit et qu'il n'apprenne le secret de ses pouvoirs.

Le récit fait un bond conséquent jusqu'à nos jours, sur Krakoa. Magneto annonce à ses pairs du conseil qu'il quitte son siège pour s'installer sur Arakko (Mars colonisé par les mutants et refuge désormais des arakki). A partir de là, Gillen déroule sa pelote avec une fluidité remarquable : la situation déclenche moult réactions et oblige à trouver un remplaçant. On assiste donc à un défilé de postulants et surtout à la révélation, attendue, que chacun dans le conseil suit désormais son propre agenda.

Depuis Inferno, et même depuis X of Swords et le départ de Apocalypse, cette crise couvait et éclate au grand jour maintenant. Il est alors bon de rappeler que le conseil de Krakoa est divisé en quatre trios : l'Automne avec Xavier, Magneto et Destinée (qui a pris le siège laissé vacant pat Apocalypse) ; l'Hiver avec Diablo, Tornade et Colossus (dont tout le monde ignore qu'il est manipulé mentalement par son frère Mikhail) ; le Printemps avec Emma Frost, Sebastian Shaw et Kitty Pryde ; et l'Eté avec Sinistre, Exodus et Mystique. 

Le départ de Magneto fragilise encore un peu plus Xavier, tandis que Emma Frost, en colère après les deux fondateurs de Krakoa, entend bien en profiter. Diablo et Tornade ignorent donc que leur ami Colossus n'est pas lui-même. Et Sinistre joue la comédie à Exodus (qui le déteste) et Mystique (qui soutient Destinée). Cet écheveau est un fantastique réseau relationnel où plus que jamais chacun joue pour avoir un peu plus de pouvoir, d'influence. Exodus va, le premier, tenter d'en tirer parti en poussant Hope à postuler car il croit sincèrement en elle, la considérant toujours comme le Messie mutant. C'est sans compter sur Séléné, qui a des arguments très recevables pour se faire élire (elle est immortelle, adepte des arts occultes, estime que Apocalypse n'a pas été remplacé).

Le résultat du vote est serré et prouve bien que tous les coups sont permis. Gillen se permet de traiter cette scène avec rouerie et sur le ton de la comédie puisque c'est ainsi qu'est désormais caractérisé Mr. Sinistre. Toutefois, derrière le bouffon qui aime s'écouter penser et croit avoir plusieurs coups d'avance, se cache un vrai manipulateur dangereux, et la toute dernière page nous révèle ce qu'il cache et qui ne manquera pas de sidérer les lecteurs.

Ma seule réserve, pour ne pas dire mon appréhension, réside dans le fait que la narration via Sinstre ressemble beaucoup à celle de la Machine dans Eternals. Gillen répéte sans scrupules ce procédé, qui certes permet de donner une certaine distanciation à l'histoire (d'aucuns diraient une sorte de méta-textualité, mais ne poussons pas trop), mais qui peut aussi s'avérer un peu lourdingue sur la longueur. Je préférerai en tout cas que la série ait une vraie gravité et ne sombre pas dans la farce car, comme je l'écrivais plus haut, les enjeux, politiques, humains, requièrent une exigence dans le traitement.

Mon autre méfiance concerne Lucas Werneck. C'est un dessinateur clairement en devenir. C'est-à-dire qu'il dessine bien mais qu'il n'est pas franchement pas un narrateur accompli - c'est d'ailleurs le cas d'autres artistes sur la franchise (comme si Marvel, d'un côté, couvait les X-Men auxquels Hickman a redonné de la vigueur, mais de l'autre côté rechignait à placer des artistes solides sur les titres).

Un exemple frappant de la tendreté de Werneck, c'est son incapacité à composer correctement ses plans et à découper ses scènes de façon efficace. Plus habile à designer des looks (par ailleurs élégants) aux personnages qu'à les doter d'expressions nuancées et à les disposer harmonieusement dans l'espace de chaque plan et que chacun de ces plans forment un ensemble compact, Werneck donne cette impression laborieuse d'un artiste qui dessine au fur et à mesure, sans cencevoir ses planches dans leur totalité. Du coup, on a l'impression que, dès qu'il ne cadre pas rigoureusement (par exemple autrement qu'avec des gaufriers, une forme certes rigide mais qui évite de s'éparpiller), ses fins de page tombent systématiquement à plat, alors que n'importe qui sait que c'est précisèment là que l'artiste doit donner envie de tourner la page.

Il paraît aussi évident que Werneck n'est pas doué pour l'encrage. Aujourd'hui beaucoup de dessinateurs se passent d'encreurs, pensant sans doute que c'est un gain de temps et de contrôle sur leur art. Pourtant quand on a encore des progrès à faire, s'appuyer sur un bon encreur permet rendre la lecture plus agréable et le dessin plus solide. Ici, les jeux de textures et les différences de consitance entre premiers et arrière-plans ne sont pas suffisamment distincts et le dessin tout entier manque de saveur, de relief, ce que souligne une colorisation assez fade (étonnant de la part de David Curiel).

Mais Werneck, je le parie, ne fera pas long feu sur la série (il est déjà remplacé sur le #4, par Michele Bandini, ce qui n'est pas beaucoup mieux mais bon). C'est dommage encore une fois que Marvel ne donne pas à Immortal X-Men un dessinateur plus confirmé (pas forcément une vedette - pas plus dans les comics que dans le foot, les vedettes ne font obligatoirement la différence).

En tout cas, entre la réaction de Séléné et ce qu'on découvre du côté de Sinistre, plus les tensions entre Xavier et Frost, le cas Colossus, il y a de quoi faire de Immortal X-Men une série vraiment intéressante. Croisons les doigts pour que Gillen n'en fasse pas n'importe quoi. D'ici au #4 (qui correspondra au prologue de l'event Judgment Day), on devrait être fixé.

jeudi 1 juillet 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRE XII : X-FACTOR #10, de Leah Williams, David Baldeon, David Messina et Lucas Werneck


Le Hellfire Gala se termine avec le dixième (et dernier) numéro de X-Factor, écrit par Leah Williams et dessiné par David Baldeon, David Messina et Lucas Werneck.


Les membres de X-Factor arrivent au gala. Immédiatement, Prestige remarque la présence de Battlestar qui a survécu miraculeusement à son combat contre la déesse de la mort Morrigan pour le salut de Siryn. Elle se demande ce qu'il a dû lui céder pour cette victoire.


Cependant, Prodigy fausse compagnie à son équipe pour enquêter sur... Sa propre mort, survenu un an auparavant. Il remonte jusqu'à un producteur hollywoodien, serial-killer de jeunes hommes noirs et queers.Eye-Boy, Aurora et Daken le rejoignent pour récupérer son corps et livrer le tueur à la police.


De retour à l'île Mykines, Eye-Boy a une surprise pour Prodigy car il a invité Speed. Alors que les trois jeunes mutants traversent un pation ils tombent sur un cadavre : celui de la Sorcière Rouge ! Qui l'a tuée ?

Ainsi s'achève le Hellfire Gala. A l'image de l'event, cet épisode de X-Factor, qui est également le dernier de la série (annulée à cause de mauvaises ventes, malgré de bonnes critiques), paraît un peu de trop, fuyant la soirée organisée par Emma Frost pour y revenir après un gros détour n'ayant rien à voir avec les festivités, et se concluant par un énorme cliffhanger.

Leah Williams joue plutôt le jeu, en tout cas davantage que certains de ses collègues (comme Benjamin Percy ou Tini Howard ou Si Spurrier, qui on tout fait pour contourner l'event), mais le résultat est décousu, préférant souvent poursuivre des intrigues en cours dans la série X-Factor.

Pour qui, comme moi, n'a pas suivi ce titre, certains passages sont nébuleux comme lorsque Prestige évoque le combat mené par l'équipe contre Morrigan pour sauver Siryn et le sacrifice de Battlestar. Mais Leah Williams partait de toute façon avec un handicap : non seulement elle devait conclure l'event mais aussi sa série, ce qui était trop à l'évidence.

L'autre partie est un peu plus accrocheuse, même si là encore on manque d'informations. Prodigy enquête sur sa propre mort survenue un an plus tôt. Ressucité depuis mais sans souvenir de ce qui lui est exactement arrivé, il découvre qu'il a laissé des indices pour retrouver son assassin, sachant qu'il allait être ramené à la vie par les Cinq. C'est astucieux et rondement mené. De plus Leah Williams ne cède pas à la facilité avec des personnages comme Daken ou Aurora, prompts à exercer une justice expéditive contre les humains : le coupable sera remis aux autorités en bonne et due forme.

Quand l'épisode s'achève, l'introduction de Speed renvoie au run de Young Avengers de Kieron Gillen et Jamie McKelvie où il faisait équipe avec Prodigy. Dans la postface qu'écrit Williams et son dessinateur David Baldeon, on comprend que leur ambition était de composer une série avec de jeunes héros au ton léger mais abordant des thèmes parfois graves. Et c'est peut-être là, le vrai problème.

Car en voulant faire ceci, X-Factor doublonnait avec New Mutants, qui, sous la plume de Vita Ayala, est une des grandes réussites de la franchise X. Par ailleurs, comme pour Excalibur, qui n'a de vraiment commun avec la série originelle (de Chris Claremont et Alan Davis) que le nom, il y a un souci concernant l'incarnation de X-Factor. Même si elle n'avait pas non plus connu un succès fou en son temps, la version écrite par Peter David avec des mutants tels que Jamie Madrox, Malabar, Monet St. Croix, Siryn, Felina, Layla Miller (puis Longshot, Battlestar, Polaris, Havok, Darwin) est restée dans le coeur de nombre de fans comme la meilleure. Il s'agissait d'une série sur des détectives pris dans des enquêtes parfois dramatiques, parfois loufoques, où David brillait par son art de la caractérisation et de la dynamique de groupe. Son run, malgré des changements incessants de dessinateurs, conservait une qualité étonnante.

Vouloir relancer X-Factor sur un principe similaire (ici des mutants chargés de vérifier que leurs semblables étaient bien morts avant que les Cinq ne procédent à leur résurrection) n'était pas mauvaise, mais je pense que ça n'a pas fonctionné parce que les fans attendaient de retrouver les enquêteurs de la série écrite par Peter David, plus charismatiques, plus attachants. C'est d'autant plus un gâchis que Peter David n'a plus rien de vraiment excitant à écrire (après avoir, qui plus est, survécu à un AVC) et que son talent n'aurait pas gâché la vue dans cette refonte de la franchise. En l'état, qui pouvait bien vouloir suivre une série avec des mutants de seconde zone comme Daken, Aurora, Prodigy, Eye-Boy, malgré la présence de Prestige et Polaris (que Leah Williams avoue avoir laissé à la disposition de Gerry Duggan pour sa future série X-Men) ? Apparemment pas assez de monde.

L'épisode souffre aussi de son graphisme très inégal puisque pas moins de trois artistes se succèdent pour boucler l'affaire. David Baldeon a un style très cartoony, un peu à la façon de Humberto Ramos en plus rond. David Messina est un dessinateur de bon niveau et on lui doit les meilleurs planches (celles avec Prodigy). Enfin Lucas Werneck exécute le reste, histoire de se faire la main pour The Trial of Magneto, la mini-série en cinq n° écrite Par Williams, qui commencera en Août, et qui sera donc la suite directe de ce X-Factor #10.

Mais déjà le buzz autour de ce procès de Magneto me paraît bien maigre puisqu'on imagine mal, après la superbe dernière scène de S.W.O.R.D. #6, que Erik Lensherr ait assassiné Wanda Maximoff. Je ne sais toujours pas si je vais faire cette mini-série, qui m'excite beaucoup moins que Inferno et qui me semble donc déjà superflue.

Pour tirer un bilan plus global du Hellfire Gala, je dirai que l'idée de départ était séduisante avec son unité de lieu et de temps. Dommage cependant que tous les scénaristes n'aient pas joué le jeu, préférant ici poursuivre leur histoire en cours, là échapper à l'event. En comparaison X of Swords affichait une meilleure cohésion, peut-être parce que Hickman veillait davantage au grain. Sans doute aussi voit-on les limites de l'expansion qu'a connu la franchise depuis quelques mois, avec des séries qui s'arrêtent (volontairement comme Cable, ou faute de lecteurs comme X-Factor, Way of X et certainement Children of the Atom).

vendredi 11 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES IV - V : EXCALIBUR #21 (Tini Howard / Marcus To) - X-MEN #21 (Jonathan Hickman / Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck, Sara Pichelli)

 

Pour sa deuxième semaine de parution, l'event Hellfire Gala reprend avec Excalibur #21, écrit par Tini Howard et dessiné par Marcus To.



L'équipe d'Excalibur fait son entrée. Rictor n'a pas le coeur à la fête en l'absence d'Apocalypse et il repousse même Battlestar, son ancien amant, quand celui-ci se présente devant lui. Par ailleurs, Pete Wisdow informe Captain Britain que l'ambassadeur anglais parlemente avec le Pr. X et Emma Frost.


Reuben Brousseau annonce à ses hôtes que la Grande-Bretagne rompt ses relations avec Krakoa : les remèdes fournies par les mutants leur seront rendus, en contrepartie Excalibur doit partir du sol anglais et les portails avec l'île doivent être désactivés.


De retour au Royaume-Uni avec Brousseau, Wisdom est sacrifié par le Couvent d'Akkaba pour réveiller Morgane la Fée dans l'Outremonde. Rictor, en représailles, déplace le phare d'Excalibur des côtes britanniques avant de se réconcilier avec Battlestar.


La suite se déroule dans X-Men #21, écrit par Jonathan Hickman et dessiné successivement par Nick Dragotta, Russell Dauterman, Lucas Werneck et Sara Pichelli.


Réception. Charles Xavier et Magneto s'entretiennent à l'écart de la fête avec Namor à qui ils proposent de sièger au conseil de Krakoa. Mais le souverain atlante refuse, arguant qu'il règne déjà sur 75% de la planète et n'entend pas en rester là.


Election. Cyclope réclame l'attention de l'assistance avant que Jean Grey ne se connecte télépathiquement à tous les mutants présents pour qu'ils élisent leurs X-Men. Malicia, Sunfire, Wolverine (Laura Kinney), Synch et Polaris les rejoignent sur scène.


Exode. Cyclope commande un verre au bar quand il est abordé par le producteur Kevin Feige qui le questionne sur son histoire. Le mutant la résume en expliquant avoir suivi l'idéal du Pr. X et en croyant à ses promesses, en y prenant désormais, avec les X-Men, une part plus active.


Feux d'artifice. Emma Frost monte à son tour sur scène et demande à tous les invités de lui ouvrir leurs esprits pour assister à une dernière animation spectaculaire.

Les deux épisodes de cette deuxième semaine de parution de l'event Hellfire Gala sont de valeur très inégale. Mais l'un d'eux marque une étape importante pour le futur de la franchise, quand bien même Marvel a préféré gâcher la surprise depuis plusieurs semaines, privant Jonathan Hickman d'un moment qui aurait été bien plus intense.

Commençons par parler du vingt-et-unième épisode d'Excalibur. Tini Howard se trouve dans un position moins favorable que celle qu'elle occupait lors de X of Swords, dont elle avait co-conçu l'architecture l'an dernier. Cette fois, elle doit se mettre au service d'un plan élaboré par un autre, et il faut bien dire que la scénariste ne joue pas le jeu, comme si l'exercice contrariait ses propres projets.

Bien qu'au début de Dawn of X, j'avais essayé de lire Excalibur, j'avais très vite abandonné car d'une part j'étais dérangé par le titre donné à cette série qui n'avait vraiment rien à voir avec son incarnation initiale et la plus mémorable (je veux, bien entendu, parler de la série de Chris Claremont et Alan Davis, indépassable). Pourtant, le projet était alléchant puisqu'il s'agissait d'explorer les rapports des mutants avec la magie, de Krakoa avec l'Outremonde. Mais Tini Howard ne m'a pas convaincu.

Je ne suis pas le seul à être dérouté par Excalibur version Dawn of X car souvent les mêmes reproches reviennent pour la caractériser : un rythme trop lent, des intrigues capillotractées, des caractérisations de personnages paresseuses. Néanmoins, Hickman s'était appuyé sur ce qu'écrivait Howard pour constituer l'histoire de X of Swords et la développer avec elle, mais heureusement on pouvait tout comprendre de cette saga sans avoir suivi Excalibur.

Qu'observe-t-on ici ? L'élement le plus notable concerne le rupture des relations diplomatiques et commerciales entre la Grande-Bretagne et Krakoa, formulée par l'ambassadeur Reuben Brousseau. Ce dernier fait partie du Couvent d'Akkaba, qui réunit des conspirationnistes voulant remettre la main sur le royaume d'Avalon dans l'Outremonde, actuellement dirigé Jamie Braddock/Monarch (installé sur le trône par les manigances d'Apocalypse). La disparition de Betsy Braddock/Captain Britain à la fin de X of Swords a achevé de convaincre ces dissidents de rompre avec Krakoa, au prétexte que la protectrice du Royaume-Uni les avait abandonnés. Mais Betsy est revenue récemment d'entre les morts (elle avait été vaincue par Isca l'imbattable durant le tournoi entre arakki et krakoans).

Bien entendu, l'ambassadeur et ses complices dans l'ombre ont une idée derrière la tête : il s'agit de Morgane la Fée, qu'ils entendent placer sur le trône d'Avalon en supprimant Monarch. En atttendant, les anglais sont prêts à rendre aux mutants leur médecine à condition que l'équipe d'Excalibur quitte leur territoire et que le portail de Krakoa sur l'île britannique soit désactivé. 

Pete Wisdom, ancien membre d'Excalibur et intermédiaire entre son pays et Krakoa, va connaître un funeste sort à l'issue de cette machination ourdie par le couvent. De son côté, Rictor, qui n'avait déjà pas le coeur à la fête, déplorant qu'Apocalypse soit absent (alors qu'il a contribué de manière décisive à la constitution de Krakoa, mais aussi au retour en forme du mutant), riposte en décrochant le lopin de terre sur lequel se trouve le phare d'Excalibur des côtes anglaises.

En soi, tout cela n'est pas mauvais. Mais j'ai eu le sentiment que Tini Howard avait plus à coeur de faire progresser l'intrigue de sa série que de participer au déroulement du gala du Club des Damnés. Tout ce qu'elle raconte n'est vraiment intéressant que pour ceux qui lisent sa série, mais on zapperait cet épisode que cela n'affecterait pas l'event. Ensuite, tout va très vite, mais trop vite : il est peu crédible que les mutants n'aient pas anticipé le mouvement de recul des britanniques et même ce qui attendait Wisdom (d'ailleurs comment se fait-il que son appel au secours ne soit reçu par personne ensuite ?). Enfin, la mauvaise humeur de Rictor m'a paru exagéré et ses réactions trop appuyées tout comme ses vire-volte (il repousse séchement Battlestar puis se réconcilie au clair de lune avec lui) : sur ce personnage précis, j'ai toujours eu du mal avec le fait qu'on ait changé son orientation sexuelle pour en faire un mutant gay, alors qu'à l'origine (quand il est apparu dans X-Factor puis X-Terminators) il était amoureux de Tabitha Smith/Boom-Boom. Je n'ai rien contre les mutants homosexuels mais j'ai l'impression qu'ils le sont devenus de manière forcée (comme Vega, qui était écrit par John Byrne dans Alpha Flight comme un vrai tombeur et qui a fini par épouser un homme des années après).

Howard s'éloigne aussi franchement de l'event quand elle glisse une scène entre Diablo et Meggan où il la félicite pour sa grossesse, alors que Captain Avalon (Brian Braddock) n'est pas encore au courant. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Il sera quand même intéressant de voir comment la scénariste va gérer son titre dans les prochains mois puisqu'elle va en perdre un nouveau membre (après Apocalypse, reparti avec sa femme Genesis, c'est au tour de Malicia de faire ses valises).

Heureusement, on enchaîne avec X-Men #21. C'est donc le dernier épisode de la série avant son relaunch le mois prochain, mais surtout le dernier qu'écrit Jonathan Hickman. Et il part en beauté, avec un numéro dense et fluide comme il en a le secret, parfaite rampe de lancement pour Gerry Duggan qui va lui succéder mais aussi pour de futures pistes narratives.

L'épisode est plus long et se découpe en quatre parties, à différentes heures de la journée du gala, chacune étant illustrée par un artiste différent. C'est Nick Dragotta qui démarre avec une scène intimiste où Charles Xavier et Magneto retrouvent Namor. La dernière fois que les mutants que le Pr. X avait parlé avec le souverain atlante remonte à Powers of X #5 et ça ne s'était pas passé comme il l'aurait souhaité. IL tente une nouvelle fois d'amadouer l'impétieux roi des océans et lui offrant un siège au Conseil de Krakoa... Et essuie un nouveau refus. Namor argumente à sa manière, arrogante mais logique : que lui importe une place dans ce gouvernement et sur une île quand il a autorité sur 75% de la surface de la Terre. Et n'entend pas en rester là. Hickman sait écrire Namor, tête à claques incorrigible, mais dont la puissance ne fiat aucun doute et dont les ambitions et les motivations sont assumées. Le scénariste se permet même de clore cette scène sur une image qui renvoie directement aux Illuminati dans son run sur Avengers puisque Namor rejoint Captain America, Iron Man et Black Panther.

Nick Dragotta est un choix malin pour ce segment car son style graphique est parfait pour représenter Namor dans toute sa majesté et sa suffisance. On pourra déplorer que ce personnage fabuleux n'ait pas profité d'un redesign de son costume car celui dont on l'a affublé depuis des années est certainement le plus moche qui soit. Les couleurs chaudes de Frank Martin ajoute à l'intensité de la scène.

Le morceau suivant est sans doute le clou du spectacle. Marvel, je persiste à le dire, a fait une erreur en révélant à l'avance la composition de cette nouvelle équipe des X-Men, juste pour s'assurer que les fans pré-commandent le n°1 de Juillet (comme si ces mêmes fans allaient soudain bouder le titre). Néanmoins, malgré ce handicap, Hickman réussit un petit prodige en mettant en scène l'élection, dont le procédé s'avère aussi ingénieux que raccord. 

Russell Dauterman nous gratifie, comme toujours (mais trop rarement à mon goût) de planches magnifiques, en particulier quand il saisit les expressions des mutants choisis par leurs pairs, parvenant à rendre chaque moment unique (la surprise de Laura Kinney, la joie de Synch, l'indifférence de Sunfire, l'émotion de Polaris, le ravissement de Gambit pour Malicia). On notera aussi, donc, que cette formation est majoritairement féminine (avec quatre X-women sur sept membres) et puissante (de quoi réserver du spectacle pour la future série, dont les premières pages de preview commencent à être révélées).

Puis on a droit un troisième segment particulièrement savoureux. Cyclope aide un humain à avoir un verre au bar (l'Homme Multiple joue les serveur) quand il est abordé par... Kevin Feige ! Le big boss de Marvel, qui chapeaute désormais aussi bien le département cinéma que comics de l'éditeur. Lucas Werneck réussit parfaitement à le dessiner, avec son indéboulonnable casquette. Et Hickman s'amuse visiblement à montrer Cyclope quasiment "pitcher" son histoire au célèbre producteur (alors que l'avenir des mutants dans le MCU reste un mystère).

Enfin, on a droit à un dernier segment purement "Hickmanien", dessiné par Sara Pichelli. L'artiste italienne, autrefois valeur montante de Marvel dont la carrière a sombré de projets hasardeux (la mini Spider-Man : Bloodline par JJ Abrams) en jobs de misère (cover-artist pour America Chavez : Made in the USA), est méconnaissable sur les pages qu'elle signe, incapable de se hisser à la hauteur de l'occasion en or qu'on lui offre de se refaire la cerise. C'est vraiment triste.

Mais ça n'arrête pas Hickman qui met en scène Emma Frost pour le feu d'artifice final du gala. Et bien sûr, ce n'est du tout ce à quoi on peut s'attendre : la dernière page nous laisse dans un songe nébuleux, propice aux spéculations, avec la promesse qu'il s'agit d'un moment que personne n'aurait voulu rater. Sacré Hickman ! C'est le roi du teasing. Vivement Inferno pour (peut-être) en savoir plus...

Rendez-vous la semaine prochaine pour Planet-Size X-Men #1 (à qui je dédierai une critique à part entière), X-Corp #2 et New Mutants #19...