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mardi 5 juin 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #6, de Chip Zardsky et Jim Cheung


C'est sûrement le dernier numéro de cette série que je critique puisque le retour de la série Fantastic Four en Août prochain rend son propos caduc : à quoi bon en effet continuer à mettre en scène la quête de Ben Grimm et Johnny Storm pour retrouver le reste de leur équipe quand tout le monde sait qu'elle sera réunie pour de nouvelles aventures dans deux mois ? Par ailleurs, si je n'ai pas grand-chose à reprocher à l'écriture de Chip Zdarsky, le fait que Jim Cheung (et Valerio Schiti) ne soit plus au dessin achève de lui ôter tout attrait. 

Les héros de la terre parallèle menacé par Doom-Galactus sont sur le pied de guerre mais le Dr. Doom de notre monde et le Reed Richards de celui-ci ont uni leurs forces pour élaborer un plan afin d'éviter que le dévoreur ne les tue.


Grâce aux particules Pym, la Chose grandit suffisamment pour affronter à mains nues le géant cosmique tandis que le Johnny Storm de cette Terre, alias Humanity Torch, appuie cette offensive.


Mais cette manoeuvre permet surtout de créer une diversion pour Emma Frost et le Dr. Doom qui a mis au point une sorte de canon grâce auquel la télépathe va pouvoir pénétrer l'esprit du géant distrait, et agir sur son point faible indiqué par Norrin Radd.


A la manière d'un cheval de Troie, Emma Frost prend possession de l'esprit du dévoreur de mondes et se sacrifie pour devenir son exact opposé, la restauratrice de cet univers. La situation est rétablie et le Dr. Doom, Ben Grimm, Johnny Storm et Norrin Radd se recueillent sur la tombe de Galen, dépossédé des pouvoirs de Galactus autrefois. Humanity Torch rend à Norrin Radd la puissance cosmique qui alimentait sa flamme afin qu'il redevienne le Surfeur d'Argent et guide Emma Frost pour reconstituer l'univers.
  

Reed Richards prend la Chose à part pour lui expliquer qu'en examinant le Multisect, il n'a trouvé aucune trace de ses co-équipiers, ce qui suggère qu'ils sont morts. Toutefois, il lui conseille de se méfier de Rachna Koul qui semble suivre un autre agenda...

Au terme de cet arc, on mesure vraiment à quel point Chip Zdarsky, même s'il a voulu bien faire en soulignant le deuil impossible de la Chose et de la Torche Humaine au début de son histoire, a perdu trop de temps pour engager son intrigue dans des voyages dimensionnels à la recherche de Mr. Fantastic, la Fille Invisible et leurs deux enfants quelque part dans le Multivers. 

Cette narration décompressée a prouvé sa limite quand le lecteur a compris que ce premier acte ne réunirait pas les Fantastic Four en même temps qu'il apprenait la relance d'une série consacrée à la famille d'aventuriers en Août prochain, animée par Dan Slott et Sara Pichelli.

Tout ça ne fait pas des six épisodes de Marvel Two-in-One un mauvais arc, mais une entreprise mal fichue, mal éditée par Marvel qui aurait mieux fait de décider directement d'initier le retour des FF dans leur propre série plutôt que de jauger l'attente du lectorat avec un titre dont, désormais, on peut se demander s'il fera long feu (à moins de conserver la formule avec un autre duo de héros).

Par ailleurs, on remarquera qu'en fait de deux héros, le récit de Zdarsky en met plutôt trois en scènes puisque le Dr. Doom (dans son rôle de la série Infamous Iron Man, dont en vilain repenti voulant devenir un vrai héros) accompagne Ben Grimm et Johnny Storm dans leur périple. Mais, pour ne rien arranger, chronologiquement, la série semble se dérouler sans tenir compte du sort qu'a réservé Brian Michael Bendis à la fin de son run sur Invincible Iron Man (ou dans le dernier numéro, le #600, Doom semble retomber du côté obscur).

C'est dommage car la première Terre parallèle visitée offrait son lot de surprises (un SHIELD omniprésent, le couple Norrin Radd-Emma Frost...), et le dénouement de cet arc montre d'ailleurs une Emma Frost qui devient vraiment l'opposé non seulement de Doom-Galactus mais surtout de Jean Grey en mode Dark Phoenix, restaurant toute notre galaxie. Intéressant de voir "notre" Doom tenté de doubler tout le monde pour s'accaparer la puissance de son double en monde Galactus mais se ravisant car comprenant qu'alors cela reviendrait à tuer un autre lui-même. Autant de preuves de l'imagination astucieuse de Zdarsky, court-circuitée par le calendrier de Marvel (alors que si l'éditeur avait finalement - et légitimement - lui avait confié la série Fantastic Four, il aurait pu développer tout ce qu'il a mis en place ici).

On retiendra alors le plaisir visuel offert par cet épisode, le dernier produit par Jim Cheung pour la série mais aussi pour Marvel (puisqu'il a, lui aussi, fait ses bagages pour aller chez DC : on découvrira demain sa première prestation avec Justice League #1). Il n'a pas bâclé son ouvrage et même s'il s'est fait plaisir avec de grandes cases, occupant parfois les trois quarts de la planche, la précision de son trait, la puissance graphique qui s'en dégagent est saisissante. 

On peut juste regretter que parfois le coloriste Frank Martin ait la main un peu lourde, "mangeant" l'encrage de Walden Wong (notamment dans la dernière scène). Cheung part en beauté. Il n'est pas sûr qu'il soit plus productif chez DC, même si c'est une belle prise, prestigieuse, avec une base de fans solide : l'avenir le dira.

Il n'en demeure pas moins que Marvel Two-in-One restera une expérience curieuse, pensée en dépit du bon sens, et à laquelle je ne prédis pas un grand avenir (même si je souhaite me tromper par sympathie pour Zdarsky, plus inspiré ici que sur Spectacular Spider-Man).  

samedi 7 avril 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #5, de Chip Zdarsky et Valerio Schiti


Pénultième épisode de cet arc, Marvel Two-in-One #5 paraît juste après l'annonce officielle du retour d'une série dédiée aux Fantastic Four par Dan Slott et Sara Pichelli. Alors que Chip Zdarsky s'est lancé dans une saga dont le dénouement risque d'être expéditif mais que la série qu'il écrit se poursuivra après son sixième numéro, on peut raisonnablement se demander à quoi tout cela aura servi. Même si, et c'est le comble, le titre n'a cessé de s'améliorer, gagnant en vivacité et en envergure...


Après avoir appris que le Dr. Doom de la terre parallèle où ils sont est devenu le nouveau Galactus et a dévoré tout le système solaire, Johnny Storm et Ben Grimm, d'abord étonnés par la résignation du Reed Richards de ce monde, le convainquent de réagir lorsque arrive Sue Richards, ici chef du SHIELD.


Les hérauts de Doom/Galactus attaquent la Terre mais tous les héros se mobilisent pour faire face et protéger les civils. Ils réussissent, difficilement, à repousser leurs adversaires, venus les avertir que leur maître savait qu'ils allaient tenter de se retourner contre lui.


Reed comprend qu'il ne peut plus rester, passif, dans son laboratoire et doit planifier la riposte afin d'annihiler la menace. Il n'y arrivera cependant pas seul et c'est alors que Rachna Koul réapparaît, accompagné par le Dr. Doom de notre Terre, qui a suivi Ben et Johnny pour en apprendre plus sur le Multisect.


Reed sait que leurs deux intelligences combinées peuvent détruire Galactus. Après quoi ils s'occuperont de la défaillance des pouvoirs de la Chose et de la Torche humaine. Ces derniers vont tout de même servir à recruter de nouveaux alliés...


... Et c'est ainsi qu'ils se rendent dans un ranch du Midwest où s'est retiré Norrin Radd alias le Surfeur d'Argent, désormais en couple avec Emma Frost, le seul à connaître parfaitement les faiblesses de Galactus.

On ressent quelques regrets en lisant cet épisode. D'abord en songeant au démarrage un peu laborieux de Chip Zdarsky pour envoyer Johnny et Ben dans leur périple dimensionnel : trois épisodes pour mettre tout cela en branle, c'était beaucoup trop finalement, et subséquemment on l'impression que la suite et fin de cette aventure risque d'être vite expédiée dans un affrontement certes titanesque entre les héros de cette Terre parallèle et Doom/Galactus.

Ensuite, donc, cet épisode sort juste après que Marvel ait annoncé officiellement qu'au mois d'Août prochain une série Fantastic Four serait de nouveau publiée, écrite par Dan Slott (qui, libéré d'Amazing Spider-Man, récupérera donc Iron Man et ce titre mythique absent depuis trois ans des bacs) et dessinée par Sara Pichelli (partante depuis quelque temps de Spider-Man : Miles Morales). Une équipe créative attractive (même si je n'aime pas Slott), qui a des chances donc d'assurer des ventes correctes à cette relance. Mais, de facto, le retour des FF entraîne la question de l'utilité de Marvel two-in-one (que l'éditeur n'annule pas) : cela signifie-t-il que les pérégrinations dimensionnelles de la Torche et de la Chose vont se poursuivre en parallèle du retour des FF (ce serait incongru) ? Ou que le titre va accueillir un nouveau duo de héros pour une autre histoire ? Surtout : était-il bien utile d'en passer par là pour finir par un relaunch de Fantastic Four (qui devait se préparer depuis plusieurs mois) ?

Enfin, aux regrets précités vient se greffer la production entière de cet arc, démarré avec Jim Cheung (désormais chez DC, et qui a terminé le #6 avant de partir) puis repris par Schiti (qui enchaînera avec le Iron Man de Slott). Un sentiment de chaos, d'impréparation domine, même si Zdarsky a maintenu solidement le cap, s'améliorant d'épisode en épisode (la série décollant réellement avec son association avec Schiti). Lorsqu'on se rappelle le nombre de clins d'yeux que Bendis avait adressé à ses fans (dans Guardians of the Galaxy ou Infamous Iron Man) en montrant les FF, il semble évident qu'il convoitait ces personnages (plus que Deadpool ou Wolverine que Marvel lui a proposé pour tenter de le retenir).

Bref, le planning de Marvel laisse songeur, jouant avec les nerfs des fans sur l'éventualité d'un retour des FF pour aboutir à cette situation grotesque où aujourd'hui deux mensuels vont peut-être cohabiter avec ces personnages. Il n'y a rien de logique dans cette organisation qui rend Marvel two-in-one surnuméraire ou la future série Fantastic Four presque prématurée (un comble après l'avoir tant attendue).

Critiquer, dans ces conditions, ce cinquième épisode paraît presque dérisoire. J'ai décidé de finir cet arc, le mois prochain donc, mais je n'irai certainement pas plus loin (ce n'est pas la titularisation comme artiste au #7 de Paco Medina qui me fera persister). Conçue comme une saga au long terme, à la manière de l'exploration de la zone négative (durant le run de Byrne dans les années 80), cette visite du Multivers avec le suspense impliquant le déclin des pouvoirs de Ben et Johnny aurait permis à cet arc inaugural d'avoir une intensité intacte, alors que, désormais qu'on sait que les quatre Fantastiques vont être réunis, tout cela tombe à l'eau.

Zdarsky, je le répète, n'a pas démérité (sinon dans son démarrage trop lent) et encore une fois, on peut voir la profusion d'idées qu'il est capable d'introduire dans un épisode (tous les héros membres du SHIELD, les hérauts de Doom/Galactus, le Dr. Doom de notre Terre qui n'a jamais cessé de suivre Ben et Johnny, le couple surprenant formé par Norrin Radd et Emma Frost). Et Schiti produit des planches superbes, généreuses, aux compositions dynamiques, avec un découpage d'une fluidité épatante (même si le coloriste Frank Martin a la main parfois lourde, grignotant l'encrage à force d'effets).

C'est un peu affligeant de constater comment cette série a été mal fagotée, mais révélateur des tâtonnements de Marvel actuellement (on retrouve la même gestion hasardeuse sur le Captain America de Waid et Samnee qui n'aura même pas eu un an d'existence, ou Guardians of the Galaxy carrément mis en stand-by pour une saga globale - alors même que Marvel avait promis de ne plus en produire une pendant dix-huit mois après Secret Empire...). Pour le coup, le lecteur a vraiment raison de se sentir pris pour un gogo, et ce qui justifie ma désaffection croissante pour les comics Marvel en ce moment.   

dimanche 18 mars 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #4, de Chip Zdarsky et Valerio Schiti


Tout d'abord, publions un erratum : contrairement à ce que j'avais annoncé (mais, pour défense, en croyant sincèrement l'avoir lu), ce n'est pas Jim Cheung qui dessine cet épisode mais toujours Valerio Schiti (Cheung devrait, en revanche, revenir pour le #6, qui seront ses derniers numéros - mais j'en parlerai plus loin). Chip Zdarsky reste, lui, aux commandes du scénario et, pour ceux qui se plaignaient du manque d'action de la série jusqu'à présent, il corrige franchement le tir cette fois...


En compagnie du Dr. Rachna Koul, Ben Grimm et Johnny Storm entament leur voyage dans le Multiverse, après avoir dit "au revoir" à Alicia Masters et Spider-Man. Traversant le Multiplan, ils se dirigent vers le première Terre parallèle à leur portée où, espèrent-ils, ils retrouveront Reed, Sue, Franklin et Valeria Richards.


Après un atterrissage plutôt périlleux en plein coeur de New York, Rachna laisse les deux héros localiser le Baxter Building tandis qu'elle part en ville procéder à des relevés énergétiques. Rapidement, pourtant, Ben et Johnny sont pris à parti par Wolverine et She-Hulk, missionnés par le SHIELD, qui les soupçonnent d'être des Skrulls. 


Après une brève altercation, le malentendu est levé et les visiteurs apprennent que ce monde a dû faire face à une invasion massive (plus d'un million d'individus ont été remplacés par des Skrulls), ce qui a poussé les autorités à adopter des mesures drastiques, dont Reed Richards est le concepteur.


Mais en faisant la connaissance de ce dernier, Johnny et Ben comprennent immédiatement qu'il ne s'agit pas de leur beau-frère et ami : Sue et la Chose sont mortes, Johnny s'est retiré, comme le leur explique Hank McCoy/le Fauve.


Le sort de cette Terre s'est joué après une énième attaque de Galactus contre lequel le Dr. Doom s'est interposé avec succès : il a terrassé le géant en absorbant son énorme puissance. Promettant de ne jamais dévorer ce monde, il s'est par contre rassasié en engloutissant tout le reste du système solaire !

Chip Zdarsky a pris son temps pour installer son aventure, peut-être effectivement un peu trop si on le juge avec le recul. Effectivement car d'après les sollicitations de Marvel, l'arc The Fate of the Four doit prendre fin au n°6, ce qui suggère qu'on aura alors à la fois droit à la réunion des Fantastic Four et, dans la foulée, l'annonce d'une nouvelle série mensuelle qui leur sera consacrée (à la condition que les chiffres de vente de Marvel Two-in-One aient convaincu l'éditeur...).

Mais, avec cet épisode, les choses bougent vraiment : cette fois, ça y est, nous voilà partis pour explorer le Multivers à la recherche du reste de l'équipe. La première Terre parallèle visitée offre une situation étonnante et palpitante, riche en éléments dramatiques (une invasion Skrull sévèrement réprimée, Doom devenu Galactus). Il y a là une matière particulièrement dense qui mériterait d'être exploitée, d'autant plus qu'on apprend vite que ce n'est pas sur ce monde que Ben Grimm et Johnny Storm retrouvent Reed, Sue et leurs enfants - ce qui pose tout de même un problème relatif à la résolution promise de l'arc narratif dans deux épisodes : ça semble plus signifier que c'est ce qui se passe sur cette Terre qui sera solutionné que la quête de la Chose et de la Torche humaine...

L'autre piste qui interrogera le lecteur (et s'ajoute au problème précité), c'est l'agenda secret de Rachna Koul qui ne s'est pas imposée dans ce voyage dimensionnel juste par goût de l'aventure mais bien, comme le suggèrent les premières pages, parce qu'elle cherche de quoi soigner quelqu'un.

En somme, c'est comme si, après avoir démarré lentement, Zdarsky nous en donnait soudain presque trop, ouvrant plusieurs pistes, exposant des enjeux d'envergure, avec toujours, comme une épée de Damoclès, les pouvoirs déclinant de deux Fantastiques. Ce déséquilibre souligné par l'imminence programmée de la fin de l'arc narratif a de quoi interroger. D'autant plus que...

... Que l'absence de Jim Cheung correspond à une double actualité parallèle : l'artiste a produit un dessin promotionnel pour Marvel "Fresh Start", le nouveau statu quo éditorial de la "maison des idées". On y voit, comme toujours dans ce genre d'opération publicitaire, une image réunissant les personnages destinés à occuper le devant de la scène dans les prochains mois, et parmi ceux-ci il y a Ben Grimm... Mais pas Johnny Storm. Doit-on comprendre que seule la Chose reviendra de ce périple et que, donc, The Fate of the Four signifie que le personnage sera le dernier des FF vivant ?

Ensuite, Cheung, toujours, en annonçant que sa prestation sur le titre, s'achèverait au #6 a anticipé de peu l'annonce officielle de son arrivée chez DC, où il va dessiner le relaunch par Scott Snyder de la série Justice League. C'est une autre vedette qui passe à la concurrence (on se demande maintenant qui sera le prochain).

Concomitamment, Valerio Schiti ne va pas faire non plus de vieux os sur Marvel Two-in-One puisque lui aussi a trouvé un nouveau job régulier en devenant le prochain partenaire de dan Slott sur une nouvelle série Iron Man. L'italien (dont on peut penser que, si Bendis était resté chez Marvel avec la promesse de l'éditeur de lui confier Fantastic Four, il aurait dessiné leur série) donne tout ce qu'il a sur cet épisode : l'avoir associé, en alternance, à Cheung, est une idée brillante car leurs styles se complètent. 

Schiti est moins obsédé par la belle image détaillé mais il est supérieur en termes de storytelling, sachant donner vie à n'importe quelle scène, brillant dans l'action, le mouvement, soulignant l'expressivité pour traduire les émotions du récit. Ce dynamisme du script est donc parfaitement servi par l'artiste (et laisse donc des regrets car il ne dessinera plus ces héros qui lui conviennent si bien).

Bien malin qui pourra, au terme de ce quatrième épisode, où va Marvel Two-in-One (mini-série au dénouement qui promet d'être expéditif ? Ou préparation prolongée à un hypothétique retour des FF ?). La lecture est agréable mais le flou entretenu quant au terme de cette aventure éditoriale intrigue au moins autant que l'histoire racontée par Zdarsky.   

mardi 20 février 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #3, de Chip Zdarsky et Valerio Schiti


Pour ce troisième épisode, les lecteurs remarqueront deux changements notables : le plus évident est l'arrivée de Valerio Schiti comme dessinateur (un fill-in de luxe, Cheung revient le moins prochain, puis Schiti le remplacera à nouveau pour le #5) du script de Chip Zdarsky ; et ensuite le contenu de ce numéro inclut une altération notable des origines de Fantastic Four... Qui pourrait bien soit déterminer la vitesse de leur retour, soit précipiter la disparition totale du groupe ! Ceux qui se plaignaient que le titre ne soit pas assez mouvementé en seront pour leur frais...


Hors de question pour Ben Grimm de partir à l'aventure dans le Multivers sans que Johnny Storm ne soit en pleine possession de ses moyens : il faut donc trouver un remède à la réduction actuelle de ses pouvoirs. Et pour cela, la Chose se tourne vers... Hercule, le dieu grec, membre des Avengers, qui a connu pareille avarie avant de trouver une personne l'ayant requinqué : le Dr. Rachna Koul (aperçue dans le #1 de la série, à la soirée du "Fantastic Award").


Mais, dans sa villa-laboratoire à l'écart de tout, cette scientifique réclame un prix exorbitant pour ses services - une somme que n'ont pas Ben et Johnny et qui les scandalise d'autant plus qu'elle soigne aussi des super-vilains, comme Hydro-Ma actuellement. Une bagarre éclate entre les visiteurs et le patient avant que Rachna Koul ne congédie ce dernier par la force.


Contraint de marchander, Ben montre alors à la jeune femme le Multisect et elle accepte alors de les aider s'ils l'embarquent avec eux dans leur périple. Les aider ? Oui, car, depuis qu'ils sont entrés chez elle, elle a procédé à des analyses sur la Chose et la Torche humaine grâce à des capteurs dissimulés dans son domicile et leur révèle son diagnostic : tout comme la force d'Hercule ait lié à une source mystique, les pouvoirs des Fantastic Four s'amenuisent plus ils restent éloignés les uns des autres, ce qui, à terme, privera de leurs capacités aussi bien Ben et Johnny que Reed, Sue et leurs enfants !


Pendant ce temps, le Dr. Fatalis surprend le Penseur Fou dans son repaire où il a emporté du matériel subtilisé à Reed Richards dont le disparition l'intrigue. Mais quand son visiteur veut l'arrêter, il le piège et le neutralise avant de dévoiler son ambition : remplacer Mr. Fantastic et les Fantastic Four !

Revenons à présent en détail sur les deux nouveautés de cet épisode, en commençant par la partie graphique assurée par Valerio Schiti. J'ai découvert et très apprécié la prestation de cet artiste italien sur Guardians of the galaxy de Bendis, appréciant aussi bien sa capacité à tenir les délais que l'énergie de son dessin. Et c'est sur ce point qu'il apporte une vraie plus-value par rapport à Jim Cheung - non pas que ce dernier soit mauvais (sa prestation jusqu'à présent était même épatante), mais il est davantage un faiseur de belles images qu'un storyteller en mesure de donner de la vie à une histoire. cela soulignait le rythme un peu mou et la tonalité mélancolique du scénario.

Schiti ouvrage moins ses plans, en les dispensant de détails, de finitions (quoiqu'il ne bâcle pas les décors ou tout ce qui meuble une image), mais la manière qu'il a d'animer les scènes est incomparablement meilleure que chez Cheung. Son dessin a le sens du mouvement, une fluidité rare, qui évoque Immonen. L'autre point commun qu'il partage avec ce dernier est l'expressivité qu'il donne aux personnages (là où Cheung est plus faible), la variété de ses physionomies, et le soin apporté aux compositions (les éléments du plan sont disposés de manière lisible et tonique).

Cela vient aussi du fait que Schiti s'encre lui-même et donc a la totale maîtrise des graphismes qu'il créés : il sait ce qu'il faut garder dans une case pour ne pas la charger inutilement, et a très peu recours à l'image pour souligner son esthétisme - il vise d'abord l'efficacité, la rapidité avec laquelle elle sera assimilée par le lecteur et donc la vitesse des enchaînements entre les vignettes dans le cadre général de la page. Tout cela influe nettement sur le swing de l'épisode qui se lit vite tout en donnant de quoi contenter le regard.

Chip Zdarsky semble avoir adapté son écriture à la manière de son partenaire car cet épisode est le plus mobile depuis le début, non pas en termes de changements de décors (au contraire, l'action se déroule principalement dans la maison de Rachna Koul), mais dans la valeur des plans, la variété des émotions, le mix d'action et de sentiments.

On passera sur la bagarre avec Hydro-Man qui apparaît ici comme une sorte d'étape obligatoire peu naturelle (même si elle présente le mérite de montrer que Rachna Koul travaille aussi avec des vilains), pour aller directement au coeur de la surprise ménagée par le scénariste.

En effet, Zdarsky introduit ce qui est, à ma connaissance, une nouveauté de taille dans l'appréhension des pouvoirs des FF, et qui pèse dramatiquement sur l'intrigue : si la flamme de Johnny Storm faiblit inexplicablement dernièrement et que Ben Grimm accuse un léger coup de mou, c'est parce que plus ils sont éloignés, moins leurs capacités extraordinaires sont puissantes. Par une déduction facile, on comprend que si cela atteint ces deux-là, alors Reed, Sue, Valeria et Franklin Richards, où qu'ils soient dans le Multivers, sont atteints des mêmes syndromes (perte de l'élasticité de Mr. Fantastic, invisibilité réduite de Invisible Girl, régression intellectuelle de Valeria, diminution de l'omnipotence de Franklin).

Soudain, on trouve là ce qui manquait à la série sans arriver à la formuler : une urgence. Il faut non seulement que les FF se reforment mais surtout qu'ils se pressent de le faire, sans quoi ils n'auront plus de pouvoirs.

Mais cela vaut uniquement d'un point de vue dramaturgique. Car, si on est plus pragmatique, voire cynique, ça ressemble aussi étrangement à un plan B au niveau éditorial : si, à terme, Marvel Two-in-One n'est pas le succès commercial espéré, il condamne le retour d'une revue dédiée aux Fantastic Four (c'est le contrat). Mais si la mission de Ben Grimm et Johnny Storm est un échec, s'ils ne retrouvent pas leurs co-équipiers, le reste de leur famille, alors cela s'expliquera simplement par le fait qu'ils ne l'auront pas fait à temps, avant que leurs pouvoirs aient disparu - une façon de pousser les personnages vers une sortie définitive (car les FF sans pouvoirs n'apporteraient rien à un monde fictionnel surpeuplé de super-héros). Et Zdarsky paraît presque préparer ce plan B en montrant le Penseur Fou (plus déjanté que jamais) annonçant qu'il veut remplacer Mr. Fantastic et former une nouvelle équipe de Fantastic Four...

Eléments de suspense diabolique ou préparatifs pour un enterrement à terme, quoi qu'il en soit, il faudra lire la suite pour le savoir. C'est sadique, mais habile pour accrocher le lecteur.     

jeudi 25 janvier 2018

MARVEL TWO-IN-ONE #2, de Chip Zdarsky et Jim Cheung


Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : les ventes du premier numéro de cette série ont été décevantes (env. 60 000 exemplaires écoulés). Qu'est-ce que ça signifie ? Soit que la stratégie de Marvel pour préparer avec ce titre le retour d'un mensuel consacré aux Fantastic Four n'a pas convaincu, soit que les fans attendaient autre chose que ce que le premier épisode proposait (plus d'action ?) malgré ses évidentes qualités. Il serait dommage de s'y résigner et j'encourage donc ceux qui me lisent à se procurer ce deuxième numéro pour soutenir sa publication et espérer un retour des FF, mais surtout pour se régaler.


En visite à l'atelier de son ex-fiancée, la sculptrice aveugle Alicia Masters, Ben Grimm lui avoue avoir mentir à Johnny Storm, pour lui remonter le moral, en affirmant que Reed, Sue, Franklin et Valeria Richards étaient toujours vivants. Elle le réconforte à son tour en expliquant qu'il a fait cela avec de bonnes intentions et par fidélité à l'esprit d'aventure qui a toujours animé les Fantastic Four.


Deux jours après, à bord du Fantasticar, la Chose et la Torche Humaine se dirigent vers Monster Island, théâtre de la première aventure du groupe, où Mr Fantastic pourrait avoir caché le Multisect, permettant de se guider das le Multivers et donc de le retrouver. En pénétrant dans une grotte, ils tombent sur une assemblée de monstres sur le point d'élire leur chef entre l'Homme-Taupe et Googam.


Dérangés par ces intrus, les monstres attaquent et Johnny est vite sans défense car son pouvoir défaille à nouveau. Heureusement pour lui, un renfort inattendu se manifeste en la personne de l'Infamous Iron Man !


L'ex-Dr. Doom écarte les créatures de Johnny Storm et est alors désigné comme le nouveau leader de cette population à qui il demande d'écarter l'Homme-Taupe et Googam. Son armure ne détectant aucun appareil conçu par Reed Richards, il sort de la grotte, suivi par Ben Grimm à qui il explique que Mr. Fantastic l'a leurré.


Mais ce n'est pas l'avis de la Chose qui raconte ensuite à la Torche Humaine qu'en 1998, avant la formation des FF, pour ridiculiser Victor Von Doom qui avait remporté un prix face à Reed, les deux amis avaient forcé le labo, pourtant supposé inviolable, de leur adversaire. Ce fut leur première véritable aventure et la justification de la haine que leur vouera ensuite le Dr. Doom.


Johnny et Ben retournent donc à l'université où ce dernier et Reed étudièrent et trouvent dans la vitrine aux trophées une coupe. Dans le socle de celle-ci se trouve le Multisect, caché là par Mr. Fantastic : reste à savoir par où ils vont commencer leur expédition dans le Multivers maintenant qu'ils ont un compas pour y voyager...

J'avançais dans mon introduction que les lecteurs attendaient peut-être une histoire plus riche en action, et il est vrai que Chip Zdarsky a préféré débuter par un épisode mélancolique. Les choses s'animent un peu plus sans renoncer au ton choisi par le scénariste, qui multiplie les clins d'oeil au glorieux passé des Fantastic Four.

Le pari est culotté car il mise sur la nostalgie aussi bien des personnages - en particulier Ben Grimm, qui avoue avoir menti à Johnny Storm pour l'entraîner dans sa quête, et qui se remémore une aventure passée à l'université, antérieure donc à la formation des FF. La tristesse du héros est poignante et magnifiquement rendue à l'image par les détails proches de la gravure du trait de Jim Cheung.

Néanmoins il serait faux de dire qu'il ne se passe rien de mouvementé dans cet épisode qui renvoie le tandem de héros sur le lieu de leur premier fait d'armes, l'Île des Monstres. L'Homme-Taupe et Googam (récemment vu dans la série Monsters Unleashed de Cullen Bunn) font une apparition remarquée, qui donne l'occasion au dessinateur de produire des planches extraordinaires, sur lesquelles il convient de s'arrêter pour en apprécier la richesse picturale. Cheung ne dessine pas vite (il cède sa place à Valerio Schiti au prochain numéro pour revenir au quatrième) mais il en donne pour son argent au lecteur.

Zdarsky nous avait laissé sur l'image de Doom espionnant Grimm et Storm et le désormais Infamous Iron Man resurgit lui aussi à un moment déterminant. Toutefois, il semble éloigné de l'intrigue en croyant à un leurre de Mr. Fantastic motivant les recherches de la Chose et de la Torche Humaine. La dernière page ouvre grande la porte à l'aventure, l'expédition, l'exploration - ces éléments identitaires des FF - car les héros sont désormais en possession d'un outil leur permettant de voyager dans le Multivers sans s'y perdre et peut-être pour retrouver le reste de leur équipe.

On entre donc dans le vif du sujet après un début un chouia laborieux mais à l'ambiance touchante et prometteuse. Pour l'instant, The Fate of the Four ne se présente pas comme un récit d'action, préférant insister sur le poids qui accable ses héros, la possibilité de devoir faire le deuil de leur vie passée. Mais à l'issue de ce chapitre, l'intrigue est relancée et gagne en dynamisme, en espérance. Il reste des éléments à éclaircir (pourquoi les pouvoirs de la Torche faiblissent-ils ainsi ?), mais Zdarsky semble avoir un plan précis de la façon dont il veut développer son idée et préparer le retour de Reed, Sue, Franklin et Valeria Richards.

Pour qu'on le vérifie, il est donc important de se mobiliser autour de Marvel Two-in-One, seule garantie qu'une série Fantastic Four sera relancée. Cette année, on assistera au retour cinématographique des Indestructibles de Brad Bird, qui doivent quasiment tout à la first family de Marvel : il serait regrettable que les modèles originaux demeurent dans les limbes quand leurs héritiers recevront un triomphe attendu.  

vendredi 22 décembre 2017

MARVEL TWO-IN-ONE #1, de Chip Zdarsky et Jim Cheung


2017 aura été marqué par deux absences notables (et déplorables) chez Marvel : d'abord, l'éditeur a totalement oublié de célébrer le 100ème anniversaire de la naissance de Jack Kirby, un des géants qui a contribué à son existence, et ensuite, alors même que s'établissait (via un one-shot brouillon) le nouveau statu quo "Legacy", les premiers super-héros de la firme, les Fantastic Four, n'ont toujours pas fait leur retour dans les comics.

Pourtant, désormais, avec le rachat de la Fox par Disney, plus rien ne s'oppose à une publication mensuelle consacrée au groupe. Mais les choses vont peut-être bouger par le biais de la relance d'un ancien titre, Marvel Two-in-One, confié aux bons soins de Chip Zdarsky et Jim Cheung dont le succès sera décisif pour un retour de la first family de Marvel...


Ben Grimm/la Chose et Johnny Storm/la Torche humaine ne se voient plus depuis la disparition (au terme de la saga Secret Wars) de Reed et Sue Richards (et leurs deux enfants). Grimm s'est baladé dans l'espace avec les Gardiens de la galaxie avant d'être recruté par le SHIELD à son retour sur Terre. Storm a rejoint un temps les Inhumains avant d'intégrer les Uncanny Avengers. Mais les deux amis s'évitent surtout parce que la présence de l'un leur rappelle l'absence des autres.
   

Ben assiste à une cérémonie de remise d'un prix, le "Fantastic award", sans Johnny qui avait pourtant promis d'être là. Après un bref et émouvant discours sur les origines du groupe, il croise Spider-Man, invité à la soirée et qui lui rend les clés du Baxter building où, en temps que Peter Parker, il avait installé le siège de sa société, aujourd'hui dissoute (à la suite des événements de la saga Secret Empire). Il estime également que Ben devrait s'inquiéter du comportement de plus en plus limite de Johnny.
  

Dans un entrepôt où reposent les souvenirs des FF, Ben est surpris par le Dr Doom qui lui remet une orbe trouvée dans les affaires de Reed et que seule la Chose peut activer. Une fois son ennemi parti, il allume le dispositif et un hologramme de Richards apparaît, message posthume lui expliquant l'accès aux différents plans du multivers et l'invitant à l'explorer pour peut-être l'y retrouver.


Ben retrouve Johnny qui, après avoir voulu le chasser, lui révèle l'autre cause de sa dépression : il croit que ses pouvoirs le quittent. Après la fin des FF, que va-t-il lui rester s'il perd aussi cela ? 

La Chose évoque alors sa récente découverte, leur laissant un espoir de retrouver Reed, Sue et leurs enfants vivants. Et une mission : tenter de les retrouver... Ce qu'ils ignorent tous les deux, à ce moment-là, c'est que Doom les espionne et entend vérifier cette hypothèse de son côté. 


Il est toujours bon de se rappeler deux choses quand on est fan de comics et qu'on espère retrouver une série dédiée à des héros qu'on apprécie. La première, c'est qu'en tant que lecteur, nous avons une responsabilité dans l'existence de ladite série puisque si nous ne sommes pas assez nombreux à l'acheter mensuellement, le titre sera annulé et ses personnages seront condamnés, au mieux, à être dispersés dans d'autres périodiques, au pire, à être oubliés au profit d'autres, parfois (même si rarement) par de nouvelles créations. La seconde, c'est qu'il ne faut jamais surestimer l'affection d'un éditeur pour ses personnages, en particulier dans l'industrie des comics : qu'importe qu'on ait affaire à des héros fondateurs d'un univers, ce qui prévaut c'est qu'ils soient rentables, bankables. Le sentimentalisme n'embarrasse pas des décideurs gérant des dizaines de mensuels soumis à une concurrence féroce.

Maintenant parlez des Fantastic Four sur un forum, où, par définition, se concentrent des mordus de comics, ne jurant que par la continuité et pensant d'abord en termes affectifs, même s'ils n'oublient pas d'évaluer la partie commerciale du problème. Actuellement, il s'en trouvera beaucoup pour déplorer l'absence d'une série consacrée aux premiers super-héros de Marvel, une anomalie au moment où l'éditeur a déclaré, en instaurant un nouveau statu quo avec "Legacy", vouloir renouer avec un certain classicisme, une certaine tradition écrite, en rétablissant leurs personnages emblématiques dans leurs publications. Et ceci, l'année même du centenaire de la naissance de Jack Kirby, co-créateur d'une écrasante somme de ces personnages, dont les Fantastic Four.

L'absence des FF dans les comics shops n'est pas qu'une question de chiffres de vente pourtant : elle est l'expression d'une volonté, celle de Ike Perlmuter, cadre de Marvel, qui refusait de produire un comic-book avec des personnages dont l'entreprise ne possédait pas les droits d'exploitation cinématographique (puisque que, comme les X-Men ou Spider-Man notamment, ils avaient été cédés à des studios avant la création de Marvel studios).

Comme série, Fantastic Four n'est plus depuis belle lurette un blockbuster (et ce ne sont pas les pitoyables films qui en ont été tirés qui ont arrangé les choses), même si des auteurs prestigieux se sont penchés sur le chevet du malade avec des fortunes diverses (la paire Millar-Hitch a fait pschitt !, Hickman a pu produire un run conséquent, James Robinson a dû procéder à la fin avant la saga Secret Wars). Pourtant Marvel a persévéré à positionner le titre comme un un titre porteur, alors que traité différemment, de façon plus "indé" (comme le Hawkeye de Fraction-Aja), il aurait pu toucher un public moindre mais fidèle, sans être obligé de "performer" mais en continuant d'exister.

Aujourd'hui, le staff éditorial de Marvel semble plus résolu à relancer les FF, peut-être à cause de "Legacy", d'autant plus parce que la compagnie vient de racheter la Fox et donc de récupérer les droits pour le cinéma de ces héros. Mais l'opération est faite avec une prudence qui confine à la préciosité, sans apaiser la frustration des fans (en colère de manière générale si on se fie aux chiffres de vente en chute libre, même dans un marché en crise - heureusement que Marvel exploite désormais les comics Star Wars, sinon ce serait une vraie déroute).

Preuve en est avec la relance d'un vieux titre, Marvel Two-in-One, chargé désormais de tâter le terrain et dont l'objectif évident est d'être suffisamment convaincant, artistiquement et commercialement, pour ramener les FF au complet dans une série à leur nom. Chip Zdarsky (le dessinateur de Sex Criminals écrit par Matt Fraction chez Image Comics, et qui fait petit à petit son trou chez Marvel comme scénariste) joue malicieusement sur ce manque ressenti par les fans et l'esprit timoré de son éditeur pour articuler le titre.

En ce sens, l'auteur peut remercier Brian Michael Bendis, Charles Soule et Gerry Duggan qui ont su conserver une visibilité à Ben Grimm (dans Guardians of the Galaxy puis Infamous Iron Man) et Johnny Storm (dans Uncanny Inhumans et Uncanny Avengers), mais aussi Jonathan Hickman pour n'avoir pas tué Reed, Sue, Franklin et Valeria Richards au terme de Secret Wars (même si ressusciter les personnages n'a jamais été un gros souci chez les super-héros). Zdarsky s'appuie sur le fait aussi que la Chose et la Torche s'évitent car se voir leur fait penser à leurs chers disparus : leurs retrouvailles sont ici parfaitement orchestrées, sans effusion, avec une émotion pudique mais réelle, et leur avenir est présenté de façon accrocheuse en les invitant à une quête classique mais en conformité avec l'ADN des FF (qui sont en définitive plus des aventuriers explorateurs que des redresseurs de torts).

Pour assurer au projet une attractivité esthétique, Marvel a associé à Zdarsky un dessinateur rare mais apprécié en la personne de Jim Cheung. Si l'examen des sorties prévues dans les premiers mois de 2018 indique qu'il ne s'occupera que des deux premiers épisodes (avant d'être remplacé par Valerio Schiti, davantage capable d'assurer un rythme mensuel), l'artiste produit de superbes planches, encrées par John Dell et Walden Wong, qui rendent justice aux détails abondants de l'aspect rocailleux de la Chose mais aussi à l'enveloppe enflammée de la Torche.

La raideur du trait de Cheung est astucieusement exploitée dans ce premier épisode où chacun des deux personnages est comme engourdi, écrasé, par le deuil de leur équipe, l'éloignement qu'ils se sont infligés, et la stupeur qui les saisit avec la possibilité de retrouver Reed et Sue. Idem quand le Dr Doom intervient (avec la promesse à la fin de le revoir vite), dont le charisme est bien rendu en quelques pages.

Progressivement, sans qu'on s'en aperçoive, Marvel Two-in-One est hanté, habité par l'esprit, à défaut de la présence effective, des FF en convoquant l'essence de ce qui les distingue : plus qu'un groupe, il s'agit d'une histoire de famille - et celle-ci s'étend, communique directement avec les lecteurs. Ce traitement sensible est très accrocheur. Souhaitons qu'il le soit pour le plus grand nombre car la suite dépend vraiment cette fois des lecteurs : si vous voulez des Quatre Fantastiques, à vous de jouer - et, pour le coup, Marvel, Chip Zdarsky et Jim Cheung vous proposent un comic-book appétissant !