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jeudi 21 juillet 2022

MOON KNIGHT : BLACK, WHITE & BLOOD #3, de Erica Schultz et David Lopez, Jim Zub et Djibril Morrissette-Phan, Ann Nocenti et Stefano Raffaele


La troisième collection d'histoires courtes de Moon Knight : Black, White & Blood est une nouvelle fois excellente. Chaque paire d'auteurs à l'eouvre ici a su exploiter une part du personnage, réussissant même parfois à glisser quelques traits d'humour - ce qui n'a rien d'évident avec un tel héros.


- Wrong Turn. (Ecrit par Erica Schultz et dessiné par David Lopez.) - Jake Lockley est au volant de son taxi lorsque trois braqueurs de banque embarquent et, sous la menace de leurs flingues, l'obligent à les véhiculer jusqu'à Coney Island. La suite va être mouvementée pour les bandits...


- No Empty Sky. (Ecrit par Jim Zub et dessiné par Djibril Morrissette-Phan.) - Moon Knight fait irruption dans le repaire d'une secte dont les adeptes sont sur le point de sacrifier une jeune fille...


- Astronuts. (Ecrit par Ann Nocenti et dessiné par Stefano Raffaele.) - Marc Spector accepte d'aider la jeuneZest à saboter le voyage vers la lune du Dr. Gem qui veut en exploiter les gisements d'hydrogène...

C'est à croire que le premier numéro de Moon Knight : Black, White & Blood n'avait pas été bien lu avant publication par les editors de cette collection car depuis on a droit à des histoires de plus en plus plaisantes et bien faites. La preuve par trois avec ce pénultième numéro.

On commence par ce Wrong Turn très amusant et c'est déjà une surprise en soi parce que se permettre d'être drôle avec un personnage comme Moon Knight est un sacré pari. Pourtant la scénariste Erica Schultz (qui a auparavant surtout travaillé sur des titres comme Vampirella et Xena chez Dynamite Comics) accomplit cet exploit en mettant en scène une cavale mouvementée au cours de laquelle Jake Lockley doit convoyer malgré lui trois braqueurs de banque. Ceux-ci ignorent évidemment qu'il y a un cinquième passager dans la voiture avec Moon Knight qui murmure à l'oreille du chauffeur.

David Lopez a trouvé le temps, entre deux épisodes de son creator-Owned BlackHead & IronHand (sur la plateforme Panel Syndicate et Image Comics en vo, Urban Comics en vf), de prêter son talent mésestimé à ce court récit. Il dessne un Jake Lockley/Moon Knight malicieux et plein de charme, qui mène en bateau ses passagers en trouvant in fine le temps de leur filer quelques sueurs froides. Le trait rond et expressif de Lopez s'accorde à merveille au texte plein d'esprit de Schultz.

On enchaîne avec No Empty SkyJim Zub utilise le Moon Knight des origines, dans son costume entièrement blanc, le poing de Khonshu, implacable et tourmenté. Comme pour le premeir récit, il s'agit en fait d'une longue séquence d'action où la course est remplacée par une baston en règle contre des adeptes d'une secte sur le point de sacrifier une jeune fille innocente. Le dénouement interroge la notion de servitude quand MK doute d'aider la victime en la liant à Khonshu.

Djibril Morrissette-Phan illustre cela avec une efficacité redoutable. Habitué aux productions indés chez Image Comics mais collaborant aussi avec Marvel à l'occasion, c'est un excellent artiste, au trait vif. Son découpage prouve sa maîtrise narrative avec une grande variété dans les angles de vue et les valeurs de plans. Il mériterait d'être testé sur un format plus long.

Enfin, Ann Nocenti se montre très en verve sur Astronuts et ça fait toujours plaisir car quand elle est aussi en forme, c'est l'assurance d'une bonne lecture. De manière troublante, j'ai eu l'impression qu'elle accomplissait ici ce que Jonathan Hickman a complètement échoué à faire sur son segment dans le premeir numéro, c'est-à-dire une aventure déjantée avec Moon Knight dans l'espace. Comme Schultz, Nocenti se permet d'être drôle avec succès, ce qui est rafraîchissant et démontre qu'on pourrait écrire MK autrement que dans des intrigues tortueuses et sombres.

Stefano Raffaele devrait refaire parler de lui (ou alors ce serait une grosse injustice) car jusqu'à présent il a surtout bossé en Europe (pour les Humanos) ou Valiant Comics. Mais j'ai découvert un dessinateur remarquable aux prises avec un script qui oblige à l'excentricité mais aussi à la rigueur pour ne pas sombrer dans l'illisible. Son découpage est sensationnel, avec des décadrages, un flux de lecture foutraque, et pourtant  tout est parfaitement lisible. Mieux : l'action est tonique à souhait et sert à la perfection le script, déjà bien survolté.

Le mois prochain marquera la fin de cette série tricolore, avec encore du beau monde (dont une histoire de Christopher Cantwell et une autre par Paul Azaceta, plus une couv' magnifique de Rod Reis). 

jeudi 26 mai 2022

DEVIL'S REIGN : OMEGA, de Chip Zdarsky et Roberto De Latorre, Jim Zub et Luciano Vecchio, Rodney Barnes et Guillermo Sanna


Devil's Reign : Omega vient conclure "officiellement" (selon le terme employé par l'editor) l'event écrit par Chip Zdarsky. A la lecture pourtant, on a davantage le sentiment que ce numéro d'une trentaine et quelques pages sert surtout de rampe de lancement à trois futures séries (dont deux sont déjà "officialisées") : la relance de Daredevil, toujours par Zdarsky et Marco Checchetto, et la mini Thunderbolts, par Jim Zub et Sean Izaakse. Plutôt dispensable donc, sauf pour les complétistes.



- Fall and Rise. (Ecrit par Chip Zdarsky et dessiné par Rafael de Latorre.) - Luke Cage, Jessica Jones et Danny Rand, entre autres, assistent aux obséques de Mike Murdock, alors que tous croient qu'il s'agit de Matt. Le fils du Caïd est également là, sachant la vérité et jurant de venger son ami. Luke et Danny apprennent par Daredevil et Elektra qu'ils quittent New York pour démanteler la Main.


Désormais maire de New York, Luke Cage doit composer avec l'équipe de Thunderbolts mise en place par Wilson Fisk. Les super-héros sont toujours persona non grata en ville. Jessica Jones décide d'héberger le dernier fils de l'Homme Pourpre qui a des pouvoirs. Kristen McDuffie se receuille devant le cercueil de Mike/Matt et glisse à l'intérieur la Pierre d'Infinité qu'il possédait.


- Cleaning House. (Ecrit par Jim Zub et dessiné par Luciano Vecchio.) - Pressé de se débarrasser des Thunderbolts de Fisk, Luke Cage procède à l'arrestation de leur chef, Crossbones. Il propose ensuite à Monica Rambeau, venue en renfort, de former une nouvelle équipe. Mais elle décline et Luke doit trouver un remplaçant.


- Mayor for Hire. (Ecrit par Rodney Barnes et dessiné par Guillermo Sanna.) - Luke Cage doit s'adresser pour la première fois en qualité de maire à la presse et au public. Il se souvient des épreuves qu'il a traversées et jure d'oeuvrer pour la communauté avec toute son énergie.

Ce qui frappe après avoir lu Devil's Reign: Omega, c'est finalement que tout ce qui y est raconté aurait très bien pu sans doute être intégré aux séries qu'il annonce. Car, pendant plus de trente pages, on assiste à la fois à un bilan post-Devil's Reign et à ce qui se prépare. Evidemment, le plus gros morceau est réservé à Daredevil dont la série va être relancée le 13 Juin prochain. Mais reprenons dans l'ordre.

Un peu noyé dans le dernier épisode de l'event, on n'a pas bien mesuré l'impact de la mort de Mike Murdock, le "frère" de Matt, créé de toutes pièces par un Inhumain (durant le run de Charles Soule). Tué par Wilson Fisk qui l'a confondu avec Matt, Mike lui ressemble en tout point, il est impossible de les distinguer. Toutefois, quelques personnages sont au courant de la vérité.

Parmi eux, évidemment, Foggy Nelson, mais aussi Luke Cage et Danny Rand, et aussi Butch Pharris, le fils de Fisk, qui était devenu le meilleur ami et associé de Mike. Tous ceux-là jouent le jeu lors des obsèques pendant que les autres pleurent la mort du célèbre avocat aveugle. Butch Pharris jure à Nelson qu'il vengera Mike quand il retrouvera Matt. Quant à Luke et Danny, ils rejoignent Daredevil et Elektra sur le départ : ils partent de New York pour accomplir une mission à haut risque, démanteler la Main.

Chip Zdarsky est donc très transparent sur ce que racontera le nouveau volume de Daredevil à partir de Juin prochain : loin des intrigues urbaines, avec Elektra, l'Homme sans Peur va engager un combat épique contre une organisation de ninjas criminels. Il sera accompagné de Marco Checchetto au dessin (au moins au début car Guillermo Sanna est déjà crédité au n°3 en Août !). Il n'est pas le premier à délocaliser DD pour tenter de lui donner une nouvelle dimension (on se souviendra du deuxième acte du run d'Ann Nocenti et John Romita Jr, sans croire une minute que ce sera égalé en qualité).

Toutefois, je reste dubitatif, parce que je n'ai pas été conquis par le premier run de 36 épisodes de Zdarsky, et aussi parce que visiblement Elektra va continuer à partager le nom de Daredevil avec Matt, ce qui, je trouve, rend l'affaire inutilement confuse et dénature les deux personnages (Elektra n'a même plus besoin de faire ça).

Par ailleurs, Zdarsky se penche sur le nouveau statut de Luke Cage, élu sans opposant à la mairie de New York (puisque Fisk a filé avec Typhoid Mary - bizarrement, personne ne semble préoccupé par cette fuite alors qu'il est recherché pour le meurtre de Mike/Matt, aucun héros ne se lance à sa poursuite !). Dans cette perspective, il s'agit surtout pour le scénariste de passer le relais à Jim Zub pour le segment suivant de ce numéro. Toutefois, il ajoute l'adoption par Jessica Jones du dernier fils de l'Homme Pourpre à qui il reste les pouvoirs de son père, mais sans qu'on sache qui va exploiter cette situation.

Enfin, on voit Kristen McDuffie, création de Mark Waid (durant son run avec Chris Samnee) complètement sous-exploitée par Soule et Zdarsky ensuite, pleurer sur le cercueil de Mike/Matt et y glisser la Pierre d'Infinité (laquelle, je l'ignore, n'ayant pas lu les épisodes où il l'a acquise, et j'ai eu la flemme de chercher). Manière en tout de prévenir que Mike va sûrement ressuciter un de ces quatre (était-ce bien nécessaire ? Oui, si on considère qu'il faut bien trouver de futures emmerdements pour Daredevil...).

Au dessin on a Rafael de Latorre (et non Roberto - maxima mea culpa) qui ne livre pas une prestation très enthousiasmante. J'ai même cru à un clone de Billy Tan désormais. Ses planches sont laides ou au mieux quelconques, ce n'est pas tout simplement pas à la hauteur.

Passons donc à la deuxième partie avec Cleaning House, une sorte de teaser pataud pour la mini-série Thunderbolts de Jim Zub, qui devait débuter ce Mercredi 25 Mai et qui a été reporté à fin Août (!). Luke Cage n'est pas content car les T-Bolts établis par Fisk sont toujours actifs en vertu de l'application de sa loi contre les super-héros. Il décide donc de couper le mal à la racine en arrêtant le chef de cette milice, Crossbones (dommage qu'on l'ait déjà en vu en prison dans Captain America : Symbol of Truth #1...).

Il propose ensuite à Monica Rambeau de former une nouvelle équipe de T-Bolts, mais elle décline. On lui suggère alors Clint Barton, ce qui est logique puisqu'il a déjà dirigé ce groupe. Tout ça aurait pu tenir en moitié moins de pages que ce qu'on a là, et surtout on s'étonnera que ce soit dessiné par le faiblard Luciano Vecchio et non par Sean Izaakse, qui signera la future série avec Zub.

Je ne sais pas trop quoi penser de cette énième relance de Thunderbolts, titre complètement vidé de son idée initiale au fil des incarnations. Souvenons-nous tout de même que Kurt Busiek avait imaginé cela comme une énorme escroquerie montée par le Baron Zemo suite à l'event Onslaught, avec des criminels remplaçant les héros disparus sous de nouvelles identités et des costumes inédits. Ce ne sera pas le cas du projet de Zub (qui, déjà, avait écrit une précédente série Thunderbolts), dont l'objectif sera beaucoup plus classiquement de faire le ménage après les troubles de Devil's Reign en traquant les criminels recrutés par Fisk pour sa police secrète. Le casting réunit des personnages sans série fixe, ce qui fait douter de la confiance de Marvel dans le projet (scénariste peu connu, dessinateur en devenir, casting improbable, raison d'être sans rapport avec l'histoire du titre, ça ne vend pas du rêve).

Enfin Mayor for Hire est le segment le plus étrange du lot dans la mesure où on devine qu'il annonce là encore une (mini ?) série, mais sur laquelle Marvel n'a rien dit ! Luke Cage fait ses premiers pas comme maire en s'adressant à la presse et à la foule devant l'hôtel de ville, après avoir mesuré le chemin parcouru depuis son enfance.

Attention ! C'est une idée que je trouve pleine de potentiel et j'aimerai bien voir ce que donnerait une série sur le Maire Luke Cage. Brian K. Vaughan a développé Ex Machina sur un postulat similaire (un super-héros édile) et Tom Taylor, actuellement, avec Nightwing, fait presque la même chose. Mais qui peut bien imposer un titre pareil ? Et surtout qui d'autre que moi aurait envie d'acheter ça ? A part Bendis, qui était vraiment sincèrement attaché à Luke Cage (dont il avait fait l'étendard de New Avengers), personne n'a employé dignement le premier Power Man depuis (du moins en solo, puisque David Walker et Sanford Greene avait signé une série Power Man & Iron Fist qui valait le détour mais qui n'a pas excédé les quinze épisodes).

Du coup, ce "to be continued" à la fin de ce Mayor for Hire laisse perplexe. Rodney Barnes n'a pas le temps de briller avec si peu de pages, et les dessins de Guillermo Sanna sont sympas mais sans plus (quand on sait qu'il va donc être le fill-in artist de Checchetto sur Daredevil, c'est pas gagné).

Je n'attendais pas de miracle de ce Devil's Reign : Omega, je l'ai acheté simplement pour compléter l'event. Je ne suis donc pas déçu, mais pas emballé non plus par ce qu'il promet. Mais si vous me demandez si c'est dispensable, alors, la réponse est oui.

mardi 10 septembre 2019

ALPHA FLIGHT : TRUE FLIGHT #1, de Jim Zub, Jed MacKay, Ed Brisson et Max Dunbar, Djibril Morissette-Phan, Scott Hepburn


Voilà un retour qu'on n'attendait pas (plus) - même s'il faudra voir ce que Marvel en fait. Mais tout d même ça fait plaisir de retrouver Alpha Flight, et l'initiative est très "couleur locale" puisque ce sont uniquement des auteurs canadiens qui ont produit les trois histoires courtes de ce True North. La forme est un peu frustrante, mais permet de renouer en douceur avec ces personnages.


- Mired in the Past (écrit par Jim Zub, dessiné par Max Dunbar.) - Snowbird et Talisman arrivent dans un village retiré d'où émane une énergie mystique malfaisante. Les rares habitants restent cloîtrés chez eux. Soudain un monstre attaque Talisman qui le repousse. Snowbird et sa partenaire sont aspirées dans un dimension parallèle où erre l'esprit de Richard Easton, le père de Snowbird. Elle le guide jusque dans l'au-delà avec Talisman afin qu'il y trouve le repos et n'effraie plus le village.
   

- Monsters  (écrit par Jed MacKay, dessiné par Djibril Morissette-Phan.) - Après un combat mené avec Vega et Aurora, Puck et Marina les laissent profiter d'un bain de soleil pour se promener plus loin sur la plage. Puck évoque comment en 1937, aux côtés d'Ulysses Bloodstone et Fat Cobra, il a chassé un plodex, ancêtre de son amie. Elle le lui pardonne car, étant à moitié humaine, elle a choisi depuis longtemps de ne pas être un prédateur comme ses devanciers.


- Illegal Guardians (écrit par Ed Brisson, dessiné par Scott Hepburn.) - Heather McNeil Hudson et sa fille Claire sont attaquées chez elle par un commando du Département H. James Hudson/Guardian vient à leur secours et les véhicule dans un endroit sûr. Heather sait qu'elle est traquée pour un ancien crime et veille à ce que son ex-mari ne croit pas que leur couple va renaître parce qu'il l'aide. Mais en vérité, tout ceci n'est qu'une simulation pour préparer James qui veut regagner la confiance de son épouse en cavale.

Apparue dans les pages d'Uncanny X-Men période Chris Claremont, l'Alpha Flight était surtout la création de John Byrne, son dessinateur. Anglais de naissance, mais ayant grandi au Canada, il sauva auparavant Wolverine de la mort que lui destinaient le scénariste et Dave Cockrum, l'artiste qui le précéda, car le mutant venait de la Belle Province.

Cette équipe de super-héros connut un tel succès que Byrne accepta, à contrecoeur, d'en tirer une série à part entière. En vérité, il s'attacha à écrire et dessiner des épisodes se concentrant sur chacun de ses membres, ne les réunissant que pour des circonstances exceptionnelles et tragiques. Il passa ensuite la main à Bill Mantlo et au tout jeune Mike Mignola.

La carrière de l'Alpha Flight se poursuivit, cahin-caha. Brian Michael Bendis extermina les héros durant l'arc The Collective du premier volume de ses New Avengers. Greg Pak et Dale Eaglesham les ressuscitèrent le temps d'une mini-série. Depuis, ces personnages ne faisaient clairement plus partie des plans de Marvel.

Alpha Flight : True North aura-t-il une suite ? Est-ce le prélude à une nouvelle série ? Une sorte de test auprès des lecteurs ? On verra, mais l'initiative réjouira les fans de la première heure, même si elle est forcément frustrante. Trois petites histoires d'une dizaine de pages chacune ne suffisent pas à traiter tous les membres du groupe. Mais les efforts des scénaristes et des dessinateurs sont louables.

Dans la première histoire, Jim Zub met en scène Snowbird et Talisman (la fille de Shaman) dans une intrigue très ramassée et simple, mais dont le dénouement est émouvant. On retrouve les codes de la série : un zeste de fantastique magique, le thème de la filiation, le fait que les personnages sont tous des métisses (mi-humain, mi-mutant, mi-créature divine, etc.), et comme le faisait Byrne, des héros agissant sans que toute l'équipe ne soit mobilisée. Le cadre de l'aventure est dépaysant puisqu'il se situe dans une région reculée du Canada, et le méchant est atypique.

Max Dunbar illustre avec efficacité ce segment. Son trait est vif mais agréable, il maîtrise bien les deux héroïnes (avec un costume très "redesignée" de Talisman - dommage, je préférai celui créé par Byrne). La représentation des pouvoirs est bien exécutée (il faut dire que Snowbird est un personnage très graphique, avec ses transformations).

On passe cependant à un niveau supérieur avec la deuxième histoire, la plus réussie du lot. On la doit à Jed MacKay qui se penche plus particulièrement sur deux outsiders du groupe : le nain Puck et l'hybride Marina. Dès les premiers épisodes de Byrne, une scène mémorable et choquante a lié ces deux personnages puisque Marina, sous l'emprise psychique du Maître du Monde, éventra Puck ! De l'eau a passé sous les ponts depuis et ils se sont réconciliés, même si la créature aquatique demeure une personnalité trouble.

Le récit fait la part belle aux flash-backs puisque Puck raconte comment, en compagnie du chasseur de monstres Ulysses Bloodstone et du sumo Fat Cobra, il traqua un plodex, ancêtre de Marina. L'occasion de rappeler : 1/ que si Puck est un nain, c'est parce que (comme l'a établi Bill Mantlo) il a avalé une épée magique qui, en contrepartie, a réduit sa taille humaine, et 2/ que lui et Marina ont donc en commun des origines presque communes. C'est surtout pour MacKay le prétexte à une réflexion sur le pardon, la résilience et le libre-arbitre (Marina s'est affranchie des moeurs barbares de ses aïeux). Très beau.

Très beau aussi, le dessin de Djibril Morisette-Phan, que je ne connaissais pas : on y devine les influences d'artistes comme Michael Lark, Michael Walsh, un trait un peu charbonneux, dans un découpage simple et des compositions soignées où prime le clair-obscur (les scènes au passé sont superbes). Une révélation.

Enfin, Ed Brisson signe le dernier tiers du numéro. Auteur en vue chez Marvel, il est celui des trois qui se réfère le plus précisément à l'historique de la série en mentionnant des faits remontant à un run de 2011, quand Heather McNeil Hudson/Vindicator commit un crime sous l'emprise du Maître du Monde (encore lui !). Le risque avec ce genre de citations, c'est qu'elle égare le lecteur qui n'en avait pas connaissance auparavant, mais Brisson veille tout de même à ce que son histoire reste lisible.

On voit peu James Hudson et Heather dans leurs costumes identiques, l'auteur préférant insister sur les retrouvailles d'un couple brisé. Les dialogues sont excellents, permettant toujours au lecteur d'apprécier les situations, qui défilent à un rythme soutenu. Le twist final est épatant, inattendu, et indique clairement le souhait de Brisson de poursuivre ce qu'il vient d'entamer (croisons les doigts).

Scott Hepburn dessine cette partie avec son énergie coutumière : cet artiste a rarement eu l'occasion d'animer une série, étant souvent la "doublure" de confrères plus connus (Bachalo sur Spider-Man/Deadpool) ou placé sur des titres vite annulés (Drax). Il livre une copie très propre, dans un style qui se rapproche de Chris Samnee ou Jason Latour.

Tout cela ressemble à un ballon d'essai et même si Marvel publie déjà beaucoup de séries, on aimerait bien qu'une chance soit donnée à Alpha Flight, même en conservant ce format anthologique.   

dimanche 28 juillet 2019

TONY STARK : IRON MAN #14, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Après deux épisodes attachés à la saga War of the Realms, Tony Stark : Iron Man reprend ses droits. Dan Slott et Jim Zub focent pied au plancher dans un nouvel arc, et invitent dans la série Captain Marvel. Valerio Schiti, reposé, est dans une forme olympique. De quoi produire encore un chapitre très dense et mouvementé.


Depuis son aventure dans l'e-Scape, Tony Stark a compris qu'il n'était revenu à la vie que sous la forme d'une simulation bio-technologique de lui-même. Il a à nouveau envie de boire alors qu'il a promis de parrainner Carol Danvers aux Alcooliques Anonymes.


Mais Tony a également perdu Jocaste, révoltée par son insouciance vis-à-vis des intelligences artificielles. Pourtant elle-même aspire à dépasser sa condition d'androïde, au grand dam d'Aaron Stack/Machine Man.


Tony n'a pas le temps de tergiverser car le Spymaster vole le Manticore à Stark Unlimited. Il se lance à sa poursuite avec Captain Marvel mais le pirate détourne toutes les armures d'Iron Man pour se débarrasser d'eux.
  

Pendant ce temps, dans les locaux de Baintronics, Arno Stark découvre pourquoi et comment Tony a transféré les mémoires de leurs parents dans l'e-Scape. Il entreprend de les ramener dans le monde des vivants dans de nouveaux hôtes.


Après une bataille disputée, Iron Man vainc le Spymaster et déduit avec Rhodey que Baintronics lui a fourni le moyen de pénétrer à Stark Unlimited. Sunset Bain introduit Jocaste auprès de Arno qui saisit le profit qu'il peut en tirer...

Le cinéaste et critique Christophe Gans, lors de la sortie de son film Le Pacte des loups (2001), justifiait le mélange des genres de son histoire par une distinction entre récits pour gourmets et pour gourmands. Si on garde cette classification, alors Tony Stark : Iron Man est un comic book pour les gourmands car chaque épisode vous rassasie.

On est toujours soufflé par la maîtrise affichée par Dan Slott et Jim Zub qui jonglent avec plusieurs niveaux narratifs sans se prendre les pieds dans le tapis ni égarer le lecteur. Ce mois-ci, on va et vient entre la team-up Iron Man-Captain Marvel, les projets de Jocaste et ceux de Arno Stark. Tout ici est plein comme un oeuf, ouvre des tas de pistes pour le futur, assure un divertissement de chaque instant.

Reprenons. La série reçoit comme invitée Captain Marvel : c'est de circonstance puisque dans son propre titre, on a vu Carol Danvers sur le point de sombrer à nouveau dans l'alcool suite à une série de revers personnels et professionnels. Et Tony Stark en est au même point puisque lors de son séjour dans l'e-Scape, il a virtuellement craqué pour un verre. Les deux Avengers doivent surmonter leur malaise et le Spymaster leur donne un moyen de prouver qu'ils en sont capables. L'affrontement est épique et aboutit à un premier cliffhanger très alléchant.

Ensuite il y a le cas de Jocaste : démissionnaire de son poste de responsable de l'éthique chez Stark, elle aspire à dépasser sa condition d'androïde. Il est clair qu'elle veut devenir une humaine, ou du moins s'en approcher. C'est un cheminement logique pour celle qui est née des mains d'Hank Pym, le créateur d'Ultron, et qui a été élaborée à partir d'un programme inspiré par la personnalité de Janet Van Dyne - l'actuel girlfriend de Tony ! Ce mélange de ressentiment et de surpassement fait écho à celui de Captain Marvel et Iron Man.

Enfin, Arno Stark perce le mystère de la présence de simulations de ses parents (Maria et Howard Stark) dans l'e-Scape (que Baintronics a piraté pour aider Tony). Lui aussi a un objectif lisible : il veut télécharger la conscience de ses géniteurs dans des hôtes - ce qu'a retardé et s'est refusé Tony. Quand Jocaste se présente à lui pour être "améliorée", il n'est pas difficile de deviner que Arno va se servir d'elle comme réceptacle.

Quel est le fil qui unit tous ces personnages - Tony, Jocaste, Arno ? Le transhumanisme. En vérité, c'est le thème central de la série depuis sa relance par Slott. Tony n'est plus qu'une sorte de clone, Jocaste veut être plus qu'une androïde, et Arno veut retrouver ses parents. Leurs quêtes de réinvention, d'amélioration, de transcendance, c'est toute la problématique du transhumanisme, qui prétend faire accéder l'homme à un nouveau stade de l'évolution par la technologie et la science.

Bien entendu, tout cela serait un pensum si la série ne bénéficiait pas d'un dessinateur littéralement en feu depuis des mois, et qu'on a laissé opportunément souffler à deux reprises pour qu'il conserve son niveau.

Valerio Schiti, comme un symbole, a lui aussi accédé à un autre niveau. L'italien a toujours été excellent et je suis un fan acquis depuis longtemps, mais sa prestation sur Tony Stark : Iron Man en a fait LE dessinateur taille patron chez Marvel, sans doute la pépite de l'éditeur, le joyau de la couronne. Personne n'égale ce qu'il produit actuellement.

Tout est là : l'expressivité des personnages, l'énergie du découpage, l'inventivité des compositions, la lisibilité de l'action, la gestion du tempo du récit. On peut chercher une faiblesse, en vain. Et son coloriste, Edgar Delgado, suit la cadence en donnant à chaque segment une teinte propre (solaire pour Iron Man avec Captain Marvel, froide pour Arno, métallique pour Jocaste). L'usage de trames insuffle même un petit côté rétro parfois (quand bien même Schiti et Delgado travaillent sur ordinateur).

Il est exceptionnel qu'une série, après quatorze numéros, se surpasse. Mais elle est en fait comme condamnée à le faire puisque son sujet est précisément le dépassement de ses héros. Très fort !  

vendredi 24 mai 2019

TONY STARK : IRON MAN #11, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Ce onzième épisode de Tony Stark : Iron Man conclut le deuxième arc de la série et, une fois encore, Dan Slott avec Jim Zub ont produit un contenu très dense. L'aventure se termine spectaculairement, avec de nombreuses révélations, des pistes pour le futur. Et Valerio Schiti met tout cela en images magistralement.


Arno Stark a découvert que, pour se protéger physiquement, son frère Tony s'est placé à l'intérieur de l'armure d'Iron Man en orbite au-dessus de la Terre pendant qu'il batailait dans l'interface e-Scape. Maintenant il l'aide à atterrir.


Les Champions prêtent main forte à la Guêpe, Rhodey et le Gantelet contre le Controller, fou de rage que Stark ait coupé son lien avec l'e-Scape. Rattrapé au vol par Rhodey, Iron Man investit l'entrepôt voisin de Baintronics pour façonner rapidement une nouvelle armure.


Le modèle Godkiller, imaginé dans l'e-Scape pour vaincre la carte-mère de l'interface, siphonne l'énergie du Controller. Mais Tony doit ensuite s'en débarrasser pour éviter d'être consumé et il détruit l'entrepôt Baintronics.


Tony doit ensuite faire face aux conséquences de la crise. Jocaste, dégoûtée par le traitement qu'il a infligé à l'intelligence artificielle Friday, démissionne. Amanda, ne reconnaissant plus son fils, plie bagages en encourageant Andy à le suivre. Arno Stark réfléchit à un moyen de ressusciter ses parents.


Car il a compris que Tony, depuis sa résurrection, n'est plus copie de ce qu'il était. Janet Van Dyne le soutient. Tout comme Rhodey qui lui évite d'entrer dans un bar pour noyer dans l'alcool ses doutes sur son humanité.

Avec la fin de cet arc narratif, on peut dresser un bilan de la série, qui va fêter sa première année sous la direction de Dan Slott.

L'ancien scribe d'Amazing Spider-Man a su redynamiser un titre que Brian Michael Bendis avait sérieusement démonté, puisque Tony Stark était sur la touche après sa bataille quasi fatale contre Captain Marvel durant Civil War II. Ressuscité in extremis avant la fin du run de son prédécesseur, Slott a hérité d'un personnage à la recherche d'un nouveau souffle.

Sa première réussite aura été de rendre à nouveau Iron Man cool tout simplement, sans singer l'incarnation ciné de Robert Downey Jr. Les cinq premiers épisodes survitaminés ont vu Tony Stark retrouver sa superbe, plus fanfaron qu'arrogant en fait. Et cela a permis de préparer le terrain pour les six derniers épisodes car le héros semblait loin de ce qui le menaçait.

Le récit s'est alors considérablement densifié, au point parfois, reconnaissons-le, d'être un peu trop touffu. C'est que Slott a fait de Tony Stark : Iron Man un comic-book avec un casting fourni puisque gravite autour du héros la Guêpe, Amanda Armstrong sa mère biologique, Rhodey, Bethany Case, Jocaste, Machine Man, Andy Bhang, plus son frère Arno et Sunset Bain. Parfois on s'y perd un peu et vingt pages mensuelles suffisent péniblement à contenir tout le monde.

L'autre reproche qu'on peut émettre est qu'une trop grande partie de l'action se soit située dans l'interface e-Scape pour des répercussions dans le monde réel difficiles à apprécier. Slott et Jim Zub se sont efforcés de montrer une crise vraiment mondiale, une mobilisation générale des amis d'Iron Man, mais j'ai eu l'impression que cela alourdissait la note. Plus de simplicité serait bienvenue à l'avenir.

Il n'empêche, pour en revenir à cet épisode, les scénaristes exécutent un boulot très propre et efficace pour boucler les lignes narratives. Le duel Iron Man en mode Godkiller-Controller est un peu bref, mais ensuite les cas de chacun sont clairement traités : la démission de Jocaste, son couple avec Machine Man, le départ d'Amanda (avec Andy ?), la romance avec Janet, le soutien indéfectible de Rhodey, les plans d'Arno... Et surtout la situation de Tony, dont la condition est vraiment troublante et donne au terme "self-made man" une connotation très spéciale.

La série a aussi pour elle un dessinateur au sommet de son art : Valerio Schiti, sans jamais faiblir ni bâcler, a enchaîné dix épisodes sur onze (il a seulement zappé le #6) avec une constance épatante.

Il faut saluer l'exploit dans le paysage actuel où peu d'artistes tiennent le rythme mensuel et surtout parce que les scripts de Slott et Zub lui ont fourni beaucoup de travail, avec des tonalités très différentes, une somme de décors, de personnages, etc.

Schiti s'en est acquitté avec beaucoup d'efficacité et d'inventivité, donnant aux scènes-clés une intensité exceptionnelle, et animant les protagonistes de manière remarquable. Immonen hors-champ, Samnee toujours sans série, Schiti se place comme un des maîtres actuels.

On n'est vraiment pas loin du sans-faute. Le mois prochain toutefois, ce sera sans moi puisqu'il s'agira d'un épisode tie-in à War of Realms. Rendez-vous donc en Juillet pour la suite.

lundi 22 avril 2019

TONY STARK : IRON MAN #10, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


S'il y a bien une série Marvel qui ne déçoit pas, c'est bien Tony Stark : Iron Man. Et le renfort de Jim Zub auprès de Dan Slott pour l'écriture n'a en rien entamé l'ambition et la densité de ce titre. Valerio Schiti affiche une forme insolente. Tout est au maximum ici. Au point d'être infernal à résumer... 


La carte-mère de l'interface e-Scape, sous les traits de Maria Stark, a poussé Tony Stark dans ses derniers retranchements. Machine Man et Amanda Armstrong sont les derniers à pouvoir susciter une réaction d'Iron Man contre cette manipulation.


Mais Maria et Howard, qui personnifie Arsenal, le système de sécurité interne de l'interface, réagissent, d'abord en neutralisant Machine Man. Puis en renvoyant Tony à son plus jeune âge, dans l'espoir qu'il repousse Amanda.


Dans la réalité, Jocaste, au siège de Stark Unlimited, dirige les héros contre les joueurs manipulés par le Controller, qui reproduisent les violences du jeu contre la population. Sunset Bain et Arno Stark en profitent, eux, pour pirater les données personnelles de Stark Ulimited.


Dans l'e-Scape, le plan de Maria et Howard semble fonctionner puisque Tony éjecte Amanda du jeu. Mais il refuse aussi de se laisser asservir par la carte-mère de l'interface et l'annihile.


A présent, Tony, qui a recouvré son apparence adulte, est seul dans l'interface en compagnie de Machine Man (ou ce qu'il en reste). Il s'apprête à quitter le jeu lorsqu'il perd connaissance. Jocaste n'a plus de contact avec lui : est-il mort ?

Oui, le seul reproche qu'on peut adresser à la série, c'est qu'avec l'incroyable stratification de sa narration, c'est un casse-tête de résumer chaque épisode. Mais s'en plaindre, quand même pas. Car si le projet est ambitieux, il est magistralement maîtrisé et palpitant.

Rien ne préparait le lecteur, après un premier arc avec des épisodes self-contained où primaient l'humour et l'action, à ce que Dan Slott enchaîne avec une histoire aussi touffue, complexe et haletante. Est-ce pour cela qu'il a eu besoin du concours de Jim Zub ? Il semble en tout cas que Slott a dû se concentrer sur la construction de l'intrigue et déléguer la rédaction du script.

Inutile de préciser qu'il faut avoir tout lu pour saisir ce qui se passe, Tony Stark : Iron Man a atteint une dimension "feuilletonnesque" telle qu'on ne peut plus la prendre en route. Trop d'éléments ont été semés et arrivent maintenant à maturité pour qu'on s'y risque sans prévention.

Tout est foisonnant et paroxystique dans ces épisodes, et on en sort à chaque fois repu et rincé. De ce point de vue, rarement une série mainstream aura réussi à immerger le lecteur dans les épreuves traversées par le héros. Pourtant, et c'est le tour de force de Slott et Zub, la majeure partie de l'action se déroule dans un univers virtuel, avec des personnages simulés. Mais le récit interroge efficacement sur l'identité, la réalité, les conséquences de la virtualité sur la réalité.

Tony Stark se questionne depuis un moment sur son retour parmi les vivants : n'a-t-il pas perdu de son humanité en se plongeant (à la fin de Civil War II) dans une sorte de coma artificiel ? Et si oui, que reste-t-il de lui ? Est-il encore celui qu'il a été ? Ou bien une reproduction schématique, une simulation ? Tout cela prend, mine de rien, un virage existentiel, dépassant les codes super-héroïques (même si Iron Man peut être envisagé comme une version supplémentaire de Tony Stark - ce que suggère le titre de la série).

A ce jeu, le supporting cas souffre un peu : c'est que Slott a beaucoup de plats sur le feu, avec le Controller, les joueurs qu'il manipule, Jocaste, Andy Bhang, Bethany Case, Sunset Bain et Arno Stark (dont on mesure la complicité et découvre les projets). 24 pages, c'est très limite pour traiter de tout ça. Mais en contrepartie, zéro temps mort.

Même sans ça, des temps morts, il n'y en aurait guère grâce à la mise en images époustouflante de Valerio Schiti. Depuis le début de ce nouveau volume de la série, l'artiste italien est particulièrement en verve, mais chaque épisode semble lui inspirer de nouveaux tours de force.

Il alterne, sans difficulté apparente, les scènes dans l'e-Scape et dans la réalité, compose avec une foule de personnages, et leur applique une expressivité épatante. De ce vaste terrain de jeu, il a fait son domaine en hissant son niveau à des sommets encore inédits pour lui.

Schiti a toujours été bon et régulier, mais actuellement il est au sommet de son art. L'énergie qui l'anime envahit ses planches et colle au script. Le découpage est hyper-dynamique, les cases bien remplies, il y a quelque chose de jouissif dans cette lecture, sans doute parce que le plaisir pris par le dessinateur est communicatif.

Une partie seulement de l'enjeu est réglée ce mois-ci, le cliffhanger nous laisse pantelant. Encore !   

jeudi 14 mars 2019

TONY STARK : IRON MAN #9, de Dan Slott, Jim Zub et Valerio Schiti


Ce 9ème épisode de Tony Stark : Iron Man ne déroge pas à la règle : il est une fois encore plein comme un oeuf, bourré d'idées, déchaîné, jubilatoire. En coulisses, cependant, les choses bougent aussi car Dan Slott se fait aider par Jim Zub. Les crédits sèment la confusion pour les dessins qui semblent pourtant bien n'être que le fruit des efforts de Valerio Schiti.


Rhodey et la Guêpe tentent de maîtriser le Controller et appellent des renforts mais leurs amis super-héros sont tous occupés à contenir les assauts des joueurs manipulés par leur adversaire.


Dans l'e-Scape, le chaos règne également. Tony est sous la coupe de Maria, l'intelligence artificielle qui gère désormais l'interface et le confronte à ses démons intimes sous le regard impuissant d'Amanda, sa mère biologique, coincée dans le jeu.


Amanda est contrainte de fuir mais où se cacher dans cet environnement virtuel que Maria compose à sa guise. Elle reçoit l'aide de Machine Man, qui s'est infiltré incognito dans la partie et dissimule leurs présences.


Tout comme dans la réalité, la Guêpe parvient à distraire le Controller, annulant brièvement son emprise sur Bethany Case qu'Andy Bhang neutralise, Amanda convainc Machine Man de faire diversion pour qu'elle rende sa lucidié à Tony.


Tony se souvient alors d'Amanda mais Martia abat sa carte maîtresse : depuis qu'il est revenu d'entre les morts, Tony a été obsédé par la confection de l'e-Scape car confus sur sa propre réalité. Ne vaut-il pas mieux qu'il reste dans l'interface où il peut tout faire plutôt qu'errer à l'extérieur, doutant de lui-même ?

Un mot d'abord sur les crédits de l'épisode : depuis le début, la série souffre de petits retards, qu'on pouvait mettre sur le compte de l'agenda de Dan Slott, écrivant par ailleurs Fantastic Four. Il semble que le problème soit plus sérieux puisque, comme c'était souvent le cas sur Amazing Spider-Man, le scénariste a recours à un assistant, hier Christos Gage, aujourd'hui Jim Zub (un auteur sur lequel mise Marvel). Quel est son rôle exact ? Mystère. Peut-être la rédaction des dialogues, vu que Slott garde la main sur l'intrigue et le script. Il faudra surveiller si Zub continue à jouer les seconds.

Plus opaque encore, la partie graphique : la couverture mentionne Valerio Schiti, qui paraît n'avoir eu aucun renfort, mais qui est pourtant accompagné d'un mystérieux Villanelli puis, sur la page d'entrée, encore plus surprenant, le dessins sont attribués à Schiti et Paolo Rivera. Le style de ce dernier, reconnaissable entre mille, est invisible dans les vingt pages suivantes ! 

Visiblement, il n'y a pas que Tony Stark et Amanda Armstrong (et Machine Man, mais lui évolue incognito) à être perdu dans l'e-Scape, cette interface ludique piratée par le Controller.

L'histoire est extrêmement touffue, s'articulant entre monde virtuel (mais avec des enjeux bien physiques) et réel (avec là aussi des rebondissements en cascade). Pourtant, on est à la fois submergé par la quantité d'infos à digérer et totalement entraîné par le flux du récit, très fluide, mené sur un rythme soutenu. C'est la marque de cette série qui en donne vraiment pour son argent aux fans.

Slott et Zub recomposent Le démon dans la bouteille version 2.0 en sondant la psyché de Tony Stark via cette interface corrompue où une intelligence artificielle a pris l'apparence de Martha Stark pour convaincre le héros qu'il se réalise bien mieux dans cet environnement factice que dans la réalité. Les scénaristes soulignent que Stark est revenu d'entre les morts en se refaçonnant de pied en cap, d'où des doutes profonds sur sa nature actuelle. Est-il encore l'homme qu'il a été ? Un homme tout court ? Ou un programme dans une enveloppe humaine ?

Dès lors, en sombrant à nouveau dans l'alcoolisme (même virtuel), en se laissant griser par le potentiel illimité de l'e-Scape (où le plaisir passe avant les responsabilités), en renouant avec sa mère adoptive disparue plutôt qu'avec sa mère biologique quasi-étrangère, Tony n'est-il pas plus à sa place dans l'interface, n'est-il pas plus lui-même ici qu'ailleurs ?

Ces interrogations, pimentées par un savant dosage d'action et de comédie (une page accompagnant Iron Man sur un générique musical à sa gloire, Amanda vêtue par Maria comme la Veuve Noire à ses débuts - donc quand elle projetait de dérober des secrets industriels à Stark - , les interventions toujours loufoques et cyniques de Machine Man), relèguent au second plan la bataille contre le Controller, même si Sunset Bain apporte son aide à la Guêpe et Rhodey (non sans arrière pensée, puisque le bazar provoqué par son concurrent et nettoyé par elle réhabilite son image de marque).

Valerio Schiti, qui, à mon humble avis, n'a reçu aucune aide, est en feu : l'italien tient une forme incroyable depuis le début (il n'a zappé qu'un épisode sur neuf) et fait vivre le script avec toute l'énergie dont il dispose.

L'espèce de tourbillon que suscite la lecture de la série chez le lecteur vient en grande partie aussi de sa partie visuelle. Pour encore plus souligner les différences entre les deux mondes, avec le coloriste Edgar Delgado, Schiti a appliqué une sorte de filtre sur les planches situées dans l'e-Scape, leur donnant un aspect vieilli, presque tramé, avec des teintes passées, ternies, comme mal imprimées sur du mauvais papier.

Ajoutez-y un découpage fou et vous mesurerez l'intensité du dessin de Schiti, qui refuse tout effet facile (pas un plan qui ressemble au précédent ou au suivant, une variété dans les angles de vue, dans la valeur des plans, etc). C'est très costaud.

Malgré, donc, quelques remous et bizarreries dans les crédits, Tony Stark : Iron Man garde sa place en tête du peloton des séries Marvel actuelles.