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lundi 14 mai 2012

Critique 325 : WORLD'S FINEST, de Dave Gibbons et Steve Rude

World's Finest est une mini-série en trois épisodes écrite par Dave Gibbons et dessinée par Steve Rude, publiée en 1990 par DC Comics.
Ci-dessus : les couvertures des trois épisodes,
peintes par Steve Rude.
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Oliver Monks a été recueilli, après la mort de ses parents, par Byron Wylie, directeur de l'orphelinat Midway (car il se situe à mi-chemin de Gotham et Metropolis). L'enfant a fait ainsi partie d'une bande de jeunes voleurs aux ordres de son protecteur avant que les activités criminelles de ce dernier ne soient découvertes et ne l'envoient en prison pendant trente ans.

Aujourd'hui, Monks dirige, avec le Père Fulbright, à son tour l'orphelinat qui est au centre des convoîtises de Lex Luthor. L'homme d'affaires de Metropolis veut effectuer une vaste opération immobilière en mettant la main plusieurs immeubles délabrés de Gotham, et découvre que Monks a vendu l'orphelinat au Joker après qu'il ait été victime d'un chantage sur ses moeurs (il a succombé au jeu et aux femmes de Gotham). En échange de ses propriétés, le Joker obtient de Luthor qu'il puisse passer un mois de "vacances" à Metropolis et la somme de cinq millions de dollars. Le marché est conclu.
L'arrivée de Luthor à Gotham et du Joker à Metropolis met vite Batman et Superman en difficulté : le premier est accusé de menacer la sécurité de la population après être intervenu sur le sauvetage d'un immeuble menacé par une tour de démolition de Luthor, le second est ridiculisé publiquement par le Joker après avoir empêché un cambriolage. Les deux héros décident alors d'échanger leur terrain d'action pour savoir ce que projettent leurs ennemis et les contrarier.




Sous couvert d'un reportage sur les bas-fonds de Gotham, Clark Kent découvre ainsi que Monks est en affaires avec Luthor, tandis que Bruce Wayne visite Metropolis en compagnie de Lois Lane et Jimmy Olsen surprend des tentatives d'attentats par les agents du Joker. Perry White, le rédacteur en chef, met aussi en évidence le fait que l'argent des vols organisés par Wylie n'a jamais été retrouvé et que son neveu ressemblait à Monks.
En vérité, Wylie n'est pas mort et se cache à l'orphelinat Midway, soupçonnant Monks de chercher à le doubler.
Superman et Batman se retrouvent pour faire le point sur leurs investigations : Monks avait signé l'avis de décés de Wylie et le magot de celui-ci avait servi à payer les études de Monks.
Lors des fêtes de Noël, l'entreprise de Luthor se révèle lors d'une réception à l'orphelinat : il veut en faire son quartier général tout en construisant deux nouveaux établissements pour les enfants.
Wylie resurgit alors et met le feu au bâtiment. Monks et lui périssent dans les flammes tandis que le Joker, qui avait endossé le déguisement du Père Noël de Fulbright, s'enfuit et Luthor rentre, furieux, à Metropolis.
S'estimant trahi par Luthor qui ne veut plus le voir, le Joker entame alors des hostilités contre son ancien associé qui riposte. Gotham est la cible de plusieurs explosions dans ses quartiers pauvres, Metropolis subit une panne d'électricité générale. Batman parvient enfin à appréhender les Tweedle (Dee et Dum), complices du Joker, puis devine que le criminel vise la centrale nucléaire de Luthor à Metropolis. Superman réussit heureusement à expédier le réacteur dans l'espace avant son explosion.

Perry White rédige un article à la gloire des exploits des deux héros tandis que le nouvel orphelinat Midway ouvre.


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Cette collection de trois histoires est exceptionnelle à plus d'un titre : d'abord par son format, chaque épisode comptant une cinquantaine de pages ; ensuite pour son équipe créative avec l'ancien dessinateur de Watchmen et le co-créateur de Nexus ; et enfin par son projet de renouer avec l'essence initiale de ses deux héros.
Dans la préface de ce bel album (qui ne vole pas son étiquette de "Deluxe Edition"), Dave Gibbons revient sur sa découverte des comics, sa passion pour Superman et Batman et le sens qu'il donne à ces bandes dessinées élevées à un rang d'objets fêtiches. Il s'agissait pour lui de communiquer à ses lecteurs la même émotion qu'il avait éprouvée quand il lisait les aventures du duo de héros, donc d'écrire un récit accessible et presque définitif dans la représentation iconique, tout en étant ambitieux sur le fond, avec une intrigue qui ne devait pas être qu'une variation nostalgique de plus.
De fait, le scénario est à la fois dense et relativement complexe, avec ses escroqueries immobilières, ses revenants vengeurs, les parallèles établis entre Superman et Batman (tous deux orphelins, à la fois opposés et complèmentaires - l'un est un surhomme extraterrestre dont l'identité civile est son déguisement, l'autre un justicier sans capacités extraordinaires mais dont l'aspect est la première arme, à eux deux ils sont les muscles et le cerveau, la force et l'intelligence, le jour et la nuit) et les distinctions entre Luthor et le Joker (l'homme d'affaires méthodique et retors, le fou anarchiste, l'un corpulent et qui manoeuvre avec sa fortune, l'autre maigrelet et semant le chaos, l'un voulant imposer son nouvel ordre, l'autre désirant faire régner le désordre).
On retrouve chez Gibbons scénariste un côté rigoriste qui semble tout droit inspiré par Alan Moore (sans pour autant l'égaler ni savoir le transcender), et c'est à la fois un atout et un handicap : un atout parce que son récit est tenu, adroit, intelligent, et un handicap car, même s'il y a quelques scènes d'action notables, tout cela manque de vraies bagarres classiques, d'affrontements traditionnels. C'est davantage un jeu d'échecs où les méchants font courir les bons plutôt qu'ils ne les provoquent directement et physiquement. 
Si l'opposition entre Superman et Luthor a toujours davantage été psychologique (le second jalousant la puissance du premier et cherchant à la compenser par son intelligence machiavèlique), en revanche Batman et le Joker se sont souvent disputés de manière plus directe (le second cherchant en fait à pousser le premier dans ses retranchements et ainsi le faire basculer dans sa folie).
Mais ici, point d'empoignades, et c'est un peu frustrant, même si le déroulement de l'intrigue est suffisamment prenant pour qu'on ne s'ennuie pas, parsemée de scènes intimistes qui font mouche (les origines des héros en vignettes muettes et parallèles, le cadeau de Noël de Superman à Batman).
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Au bout du compte, on peut s'interroger sur la motivation de Gibbons en rédigeant un script qui déjoue les conventions : en effet, ce dessinateur racé avait à sa disposition un artiste dont le style n'est pas si éloigné du sien tout en étant, objectivement, supérieur d'un point de vue technique.
Steve Rude confesse, dans les notes à la fin de l'ouvrage (enrichies de croquis inédits, ponctuées par des textes de Gibbons), avoir, à l'époque, durement travaillé pour réaliser ces trois épisodes : suivant certaines indications de son scénariste mais s'inspirant également de références personnelles précises, il a souhaité revenir, dans les designs notamment, à des représentations bien spécifiques de Superman et Batman.
Rude est lui-même un graphiste qui a su synthétiser les styles de ses idoles - Jack Kirby  et Alex Toth. On retrouve dans ses compositions savantes, élégantes et dynamiques le meilleur de ses modèles. Mais il transmet aussi des adresses à Curt Swan, Bob Kane, les dessins animés de Superman des années 50, Batman year one illustré par David Mazzucchelli. Malgré ces dédicaces abondantes, il réussit pourtant à produire des planches uniques, d'une puissance évocatrice, d'un raffinement esthétique, tout à fait sidérants.
Du coup, World's Finest devient davantage le livre de Rude que celui de Gibbons par sa force visuelle impressionnante. Chaque case est un tableau, chaque page une sorte de tutoriel, comme on en voit très rarement dans le cadre exigeant des comics super-héroïques.
Il convient d'associer aux efforts du "Dude" la qualité des l'encrage de Karl Kesel, d'une admirable finesse, et la beauté enchanteresse de la colorisation de Steve Oliff.
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Un recueil un peu frustrant, en définitive certainement plus un beau livre qu'un bon livre.    
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Merci à Doop de http://www.buzzcomics.net/ pour les scans provenant de sa critique.

dimanche 22 janvier 2012

LUMIERE SUR... DAVE GIBBONS


Dave Gibbons.
Les personnages emblématiques
de la carrière de Gibbons
(Martha Washington - Liberty - , deux des Gardiens,
un des Originals, Superman, Green Lantern).
Les héros de Charlton Comics,
qui auraient dû être ceux de Watchmen
Les Watchmen.
Le Comédien

Dr Manhattan

Le Hibou

Rorschach

Laurie

Ozymandias

Les six couvertures originales de
la première édition française de Watchmen/Les Gardiens.
Les Minutemen (inspirateurs des Watchmen).
Le casting du film Watchmen
Les T.H.U.N.D.E.R. Agents 
de Wallace Wood.

Naissance en Angleterre.
Scénariste, dessinateur, encreur, cover-artist, designer.   
 

mercredi 7 juillet 2010

Critique 153 : TOM STRONG - DELUXE EDITION, BOOK 1 (# 1-12), d'Alan Moore et Chris Sprouse

Tom Strong est une création originale du scénariste Alan Moore et du dessinateur Chris Sprouse, éditée sous le pavillon ABC (America's Best Comics) au sein du label Wildstorm de DC Comics. Depuis 1999, la série compte 36 épisodes (plus quelques numéros supplémentaires écrits par d'autres auteurs, et une suite rédigée par Peter Hogan, qui sort cette année). Ce volume 1 hardcover rassemble les 12 premiers chapitres, dont les deux derniers forment le prologue au spin-off de Tom Strong, la maxi-série en 12 volets Terra Obscura (idée de Moore, traitement de Peter Hogan, illustrations de Yanick Paquette).
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Tom Strong, le héros du titre, est l'archétype du "héros de la science" : il a grandi dans une chambre spéciale conçue par son père et a reçu une éducation vouée à faire de lui un surhomme. Ses parents étaient des excentriques, échoués sur l'île fictive d'Attabar Teru au large des "Indes de l'Ouest" (référence à celles que voulait découvrir Christophe Colomb). Recueilli, après la mort de ses parents, par les indigènes, Tom Strong a profité de leurs connaissances et de leur mode d'alimentation pour optimiser sa condition physique et son savoir. C'est un homme moderne, qui finira par épouser Dahlua et de ce métissage naîtra leur fille Tesla, la synthèse entre le monde tribal de sa mère et les racines occidentales de son père. A ce trio vient se greffer le robot Pneuman et le singe intelligent King Solomon, ce qui fait de la "Strong family" un ensemble hétéroclite mais dont chaque membre possède une identité forte et une complémentarité avec les autres, au service de la science et de la justice.

la série explore plusieurs lignes temporelles et différents univers, ce qui en fait un mix d'aventures, de comédie, d'action et de fantaisie, le tout écrit avec à la fois de la distanciation et une affection sans fards pour les genres abordés. Des références explicites sont formulées, évoquant le récit de guerre, le western, le fantastique, le burlesque...
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Les trois premiers volets sont réalisés par la paire Alan Moore (scénario)-Chris Sprouse (dessins) :
- 1 : How Tom Strong Got Started. Timmy Turbo reçoit son inscription des "Strongmen of America", avec une revue racontant les origines de Tom Strong. Pendant qu'il la lit, le héros met en échec une bande de malfaiteurs attaquant le métro aérien de Millenium City.
- 2 : Return of the Modular Man. Le Modular Man, un savant mégalomane que Tom a déjà vaincu en 1987, est de retour à Millennium City après que deux "nerds" lui aient permis accidentellement de prendre le contrôle d'Internet.
- 3 : Aztech Nights. Lorsqu'un mystérieux bâtiment aztèque se matérialise dans le parc de Millenium City, Tom découvre qu'il abrite des brutes fanatiques provenant d'une terre parallèle aux ordres d'un programme informatique inspiré de la divinité Quetzalcoatl.

Suit un récit en 4 actes (#4-5-6-7) :
- 4 : Swatiska Girls! (avec la participation aux dessins de Art Adams) - Ingrid Weiss et ses disciples nazies attaquent le domicile de Tom, le Stronghold. Le héros riposte en les poursuivant jusqu'à une forteresse volante où elles lui ont tendu un terrible piège... Entretemps, nous découvrons la première rencontre entre Ingrid et Tom à Berlin en 1945.- 5 : Memories of Pangaea + Escape from Eden! (avec la participation aux dessins de Jerry Ordway) - Envoyé dans le passé, aux origines du monde, Tom doit affronter l'unique habitant de cette époque où la terre n'avait qu'un seul continent : la Pangée... Entretemps, nous assistons au premier voyage que fit Tom en compagnie de Dhalua à cette période, dans les années 50.- 6 : Dead Man's Hand + The Big Heat? (Avec la participation aux dessins de Dave Gibbons) - Piégé par son ennemi de toujours, Paul Saveen, Tom doit encore faire face à une ultime manigance d'Ingrid... Entretemps, nous voyons la première confrontation entre Strong et Saveen dans les années 20.- 7 : Sons and Heirs + Showdown in the Shimmering City. (Avec la participation aux dessins de Gary Frank) - Face au tandem Saveen-Weiss et à son fils caché Albrecht, Tom parviendra-t-il à les vaincre ? Pas sans Dalhua... Entretemps, nous découvrons comment en 2050 Tom s'oppose à son fils.

Retour à des épisodes en un acte auxquels s'intègrent des mini-récits :
- 8 : Riders of the Lost Mesa + The Old Skool! + Sparks.
*Riders of the Lost Mesa (dessins de Alan Weiss) - Tom et Solomon enquêtent sur la mystérieuse disparition d'un ville en Arizona en 1849 et qui réapparait 150 ans après.
*The Old Skool ! - Timmy Turbo et d'autres jeunes membres des "Strongmen of America" sont piègés dans une dimension parallèle où sont appliquées des méthodes pédagogiques infernales. Tom vient à leur rescousse.*Sparks - Tesla Strong enquête sur l'éruption soudaine d'un volcan à San Mageo et fait à cette occasion une étrange rencontre.
- 9 : Terror Temple of Tayasal + Volcano Dreams + Flip Attitude!
*Terror Temple of Tayasal (dessins de Paul Chadwick) - En route pour rendre visite à sa femme et son beau-père à Attabar Teru, Tom Strong effectue une halte pour enquêter dans les ruines d'un temple Maya à Tayasal où l'attend une curieuse découverte.*Volcano Dreams - Tom Strong arrive donc en retard à Attabar Teru. Dhalua évoque un rite initiatique qu'elle expérimenta dans sa jeunesse, bravant l'autorité paternelle.
*Flip Attitude ! - Tesla Strong affronte Kid Tilt, fille du criminel scientifique King Tilt arrêté par Tom Strong et qui croupit en prison : le combat est littéralement renversant !
- 10 : Tom Strong and his Phantom Autogyro + Funnyland! + Too Many Teslas?
*Tom Strong and his Phantom Autogyro (dessins de Gary Gianni) - En 1925, Tom réalise un voyage au pays des morts grâce à la dernière invention de feu son ami Foster Parallax : l'occasion de découvrir comment ses parents se sont rencontrés, une révélation dérangeante.*Funnyland ! - Après sa visite dans la dimension aztèque (épisode 3 : Aztech Nights), Tom construit une planche de surf permettant d'explorer de nouveaux mondes comme celui où habitent des versions animalières des terriens et donc son propre double, le lapin Warren Strong.*Too Many Teslas ? - Outrepassant les mises en garde de son père, Tesla teste les machines du laboratoire de Tom et déclenche l'apparition de plusieurs doubles d'elle-même en provenance de dimensions parallèles ayant eu la même idée qu'elle.

Et enfin, un récit en deux actes qui sert d'introduction au spin-off de Tom Strong, Terra Obscura, entièrement dessiné par Sprouse :
- 11 : Strange Reunion. - Tom reçoit la stupéfiante visite d'une vieille connaissance, le Docteur Tom Strange, héros de Terra Obscura, une terre alternative située à l'autre bout de la Voie Lactée, qu'il découvrit en 1969 et qui est désormais en grand danger...
- 12 : Terror on Terra Obscura ! - Tom Strong et Tom Strange retournent sur Terra Obscura pour y affronter une terrible menace et y libérer d'autres héros pris au piège depuis ces trente dernières années.
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Tom Strong est à contre-courant : c'est une entreprise à la fois référentielle, qui s'inspire de bandes dessinées antérieures, dans les genres de la science-fiction et plus généralement du récit d'aventures, et pourtant d'une grande modernité, car écrite avec beaucoup de liberté (mixant humour, drame, parodie, réflexion) et abordant les thèmes les plus variés (le rapport de l'homme à la science, l'héroïsme, l'amour multi-racial, le tribalisme face à la civilisation). Comme souvent chez Moore, c'est un "produit" d'une richesse étonnante mais qui est surtout soucieux d'être accessible à tous, un comic-book à la fois dense, profond, qui réfléchit sur sa forme, joue avec les codes, mais qui demeure divertissant. C'est, enfin, une leçon de storytelling servi par un graphisme exceptionnel, fidèle à la rigueur du script d'un conteur prodigieux, qui rend un hommage vibrant à l'un des maîtres du 9ème Art : Winsor McCay (Little Nemo in Slumberland).
Alan Moore, avec des oeuvres-phares comme Watchmen ou From Hell, est entré dans la légende en livrant des histoires aux constructions et aux enjeux ambitieux. Cela en a fait un auteur auquel on associe encore aujourd'hui, malgré la variété de sa production, le style "grim'n'gritty", ces récits sombres et complexes, peuplés de personnages névrosés au coeur d'intrigues à tiroirs. Peut-être est-ce d'abord pour contredire sa propre légende que Moore a créé Tom Strong qui semble être sa création sa plus lumineuse, la plus sympathique, la plus abordable. Mais les bandes dessinées d'Alan Moore n'ont pas seulement figé leur auteur dans cette tendance, elles ont aussi conditionné tout ou partie des comics en les transformant parfois en caricatures de ses premiers chefs-d'oeuvre (V pour Vendetta, Watchmen) : de fait, avec Frank Miller (dont l'étoile a cependant bien plus pâli que celle de son homologue britannique), Moore a définitivement altéré notre vision des comics et avec celle des lecteurs, celle d'une génération entière d'auteurs qui ont imité son écriture ou du moins ses effets narratifs (déconstruction, ambiances, caractérisation...).
Et Dieu sait que les héros peuvent être gratuitement compliqués et sinistres aujourd'hui : leurs attitudes et leurs motivations sont de plus en plus sombres, à la mesure des aventures qu'ils traversent et les malmènent comme jamais. Aussi la première question à se poser avant d' "essayer" Tom Strong serait : êtes-vous prêts pour suivre un héros sans ce genre de bagages ? Si oui, si vous voulez vraiment lire un comic-book à la fois léger et palpitant, alors vous trouverez votre bonheur ici !
Au sein de la gamme ABC qu'il a créée, Alan Moore a imaginé Tom Strong comme un véritable antidote au tout-venant en revenant aux fondamentaux, mais sans oublier la singularité de ses meilleurs travaux. Les aventures du protecteur de Millenium City et de son étonnante galerie d'ennemis trouve en effet sa source dans les récits fondateurs de séries du "golden age" comme Doc Savage, Flash Gordon, Tarzan, Allan Quatermain (par ailleurs un des protagonistes de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires) : c'est donc un surhomme aux aptitudes physiques supérieures mais également un savant, soit la définition du "science hero", cet archétype cher à Alan Moore - un être dont les qualités phénomènales sont le produit d'expériences scientifiques et qui les met au service du Bien.
Tom Strong représente la figure classique du brave et du sage : il est taillé comme une armoire à glace, séduisant, mais ses tempes blanchies, son statut d'époux, de père de famille, d'explorateur et de justicier, ajoutent de l'épaisseur à ce qui ne serait autrement qu'une énième version de l'aventurier sans peur et sans reproches, à la noblesse surréaliste. Alan Moore s'emploie à révèler les failles de ce héros en le confrontant à des dangers vraiment menaçants, à des situations troublantes, et en faisant graviter autour de lui un entourage parfois bienveillant mais qui l'humanise (sa femme, sa fille), parfois malveillant et qui le fragilise en étant diablement retors (sa némésis Paul Saveen, Ingrid Weiss et leur fils Albrecht).
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Cet ouvrage de très belle facture (couverture dure, format plus grand que les recueils traditionnels, bonus appréciables sur les coulisses graphiques de la série) s'ouvre avec une "Histoire" en deux pages de Tom Strong et sa relation avec Millenium City, comme si, malgré l'excentricité du propos, Moore voulait inscrire son héros et le lieu principal de l'action dans une réalité propre, un passé, des étapes biographiques (il a utilisé le même procédé pour Top Ten).
Cette préface procure une entrée formidable pour cette collection des 12 premiers chapitres de la série. Tout commence en 1899 lorsque les parents de Tom Strong échouent sur l'île d'Attabaar Teru où ils vont mener leur projet scientifique, à l'écart de l'influence de la société civilisée. Tom naît sur l'île et grandit dans une chambre spéciale, conçue pour améliorer sa force et son endurance, bâtie dans le cratère d'un volcan éteint. Ses parents meurent quelques années plus tard lors d'un tremblement de terre et il vit ensuite en compagnie des indigènes.
Cent ans plus tard, Tom Strong est devenu une légende vivante, établie à Millenium City où il mène des recherches scientifiques dans plusieurs domaines tout en garantissant la sécurité de la ville contre les criminels les plus variés. Il a épousé Dhalua, son amour de jeunesse à Attabar Teru, dont la beauté n'a d'égale que son intelligence, avec laquelle il a eu une fille, Tesla, et ils sont entourés par le robot Pneuman et le gorille intelligent, King Solomon. Tom Strong a fort à faire à Millenium City, quand il ne s'accorde pas avec sa famille quelques congés à Attabar Teru : il affronte des psychopathes comme Paul Saveen, des créatures comme l'Homme Modulaire, ou la dominatrice nazie Ingrid Weiss. Comme si cela ne suffisait pas, il découvre également des univers parallèles où existent des versions alternatives de lui-même, des siens et de ses adversaires.
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Chacune de ces douze aventures est l'occasion pour Moore et Sprouse (plus quelques guest-stars comme Art Adams, Dave Gibbons, Paul Chadwick, Gary Frank, et d'autres, illustrant des flash-backs et flash-forwards) de relever de nouveaux challenges, d'explorer de nouveaux territoires, de manier différentes tonalités - offrant à chaque fois un angle unique à la narration comme au dessin. C'est ainsi que les deux auteurs peuvent tout se permettre, jusqu'à revisiter l'univers des Looney Tunes avec la version Bugs Bunny de Tom Strong : un Funnyland détonant et drôlissime !
A l'opposé, on suit également le héros jusque dans le pays des morts lorsqu'il expérimente son véhicule, le Necro-Gyro, et assiste à la rencontre de ses parents : là encore, le soin apporté aux couleurs, au lettrage, au style visuel, témoigne de l'intelligence avec laquelle le fond est sublimé par la forme.
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Cette édition "deluxe" est donc un pur régal à lire. On y trouve, à la fin, un sketchbook de 10 pages révèlant les étapes des dessins de Chris Sprouse, de l'esquisse jusqu'à l'encrage et la mise en couleurs : des coulisses comme on aimerait en lire dans tous les recueils. N'hésitez pas à vous procurer ce beau livre qui vaut son prix - et qu'on peut d'ailleurs acquérir pour une vingtaine d'Euros. C'est une pièce de collection, mais surtout l'occasion de découvrir un comic-book enchanteur et addictif !

jeudi 11 juin 2009

Critique 58 : LIBERTY, de Frank Miller et Dave Gibbons

Liberty (Give Me Liberty, en vo) est un récit complet en quatre épisodes, publiée en 1990 par Dark Horse Comics, écrite par Frank Miller et dessinée par Dave Gibbons. Le titre de la série provient d'une célèbre citation de Patrick Henry : "Je ne sais pas ce que d'autres décideraient, mais mon choix est fait : la liberté ou la mort!"
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- Tome 1: "Jungles" (Homes & Gardens). C'est en 1995 que l'héroïne de la série, Martha Washington, voit le jour dans un hôpital de Chicago. L'année suivante, en 96, Erwin Rexall est élu Président des Etats-Unis d'Amérique tandis que le père de Martha est tué lors d'une manifestation contre les conditions de logement des milliers d'Afro-Americains de Chicago dans le ghetto de Cabrini Green. Ce quartier se distingue en effet par l'extrème précarité de ses habitants et son taux de criminalité, à tel point qu'il est clôturé comme une véritable colonie pénitenciaire.
Martha grandit aux côtés de sa mère et de ses deux frères dans la misère la plus totale, conséquence de la politique économique menée par l'administration Rexall. Pourtant, la jeune fille est une élève studieuse et très douée comme en témoignent ses résultats scolaires et la précocité de ses dons pour pirater les ordinateurs de sa classe : les examens consistent cependant essentiellement à répondre à des questions sur des mesures prises par le Président Rexall - dont l'une a abouti à la création d'un 22ème Amendement dans la Constitution Américaine, permettant de briguer plus de deux mandats consécutifs.
Le professeur de Martha, Donald, l'encourage et pour la récompenser, comme il réside hors de Cabrini Green, il lui apporte des sandwichs, achetés en contrebande. Une nuit, Martha découvre Donald mort dans la salle de classe, assassiné par l'homme de main du Pape, le "parrain" du ghetto. Elle s'empare du crochet du meurtrier et le blesse grièvement avec. Chancelant, il la poursuit jusque dans les vestiaires où elle s'est cachée mais succombe avant d'avoir pu l'éliminer. Traumatisée par cette scène, Martha est interné dans un hôpital psychiatrique.
Dans cette instituion où les patients sont maltraités, Martha finit malgré tout par sortir d sa prostration et en visitant les locaux, découvre que des expériences génétiques sont menées en secret sur des enfants pour en faire des machines vivantes aux capacités parapsychologiques. Martha noue un bref contact télépathique avec l'une de ces créatures qui lui rappelle physiquement une poupée avec laquelle elle jouait, enfant.
Une page d'un périodique, Thisweek, nous informe alors qu'un canon-satellite américain a causé de sérieux dégâts sur des champs de pétrôle dans le désert d'Arabie Saoudite, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays. Ce scandale entâche la Présidence de Rexall, dont la politique économique est au plus bas dans les sondages. Le gouvernement U.S. doit aussi gérer des tensions graves avec les Indiens natifs d'Amérique dans le sud-ouest, et des coupes drastiques dans le budget national le forcent à fermer des prisons et des asiles.
Parmi ces derniers se trouve celui où était Martha, désormais jetée à la rue et livrée à elle-même. Des équipes médicales sont envoyées sur le terrain pour contenir ces sans-abri mentalement déficients mais lorsque l'un de leurs membres brutalise Martha, elle le tue et prend la fuite après lui avoir dérobé son portefeuille. Grâce à ses compétences en informatique, elle pirate un distributeur automatique de monnaie et vide ensuite son compte.
En Mai 2009, Rexall est quasiment tué lors d'un attentat à la Maison-Blanche, attentat revendiqué par des terroristes arabes. Placé dans un coma artificiel, Rexall est remplacé à la tête de l'Etat, non pas par son vice-président (tué dans l'explosion), mais par le ministre de l'agriculture, un démocrate inconnu des médias, Howard Nissen.
Contre toute attente pourtant, Nissen prouve qu'on peut compter sur lui pour rétablir (partiellement) la situation : il met fin à plusieurs années de guerre en envoyant les troupes de la PAX (nouvelle force de paire armée américaine fondée par Rexall) en Amérique du Sud pour neutraliser les responsables de la déforestation massive (dirigés par le lobby agro-alimentaire). Martha fait partie de ce corps militaire où elle s'est engagée après son séjour en asile et elle fait l'expérience des horreurs du combat, en particulier lorsqu'elle assiste à des attaques par des armes chimiques - conséquence de l'usage de ces gaz : elle voit ses cheveux devenir blonds.
Elle découvre aussi un complot mené par l'officier qui commande son régiment, le Lieutenant Moretti, visant à détruire de larges parcelles de la forêt pour supprimer l'ennemi. Se sachant démasqué, il l'abat et la laisse pour morte, mais Martha survit, attaque l'unité de Moretti et blesse gravement ce dernier. Tous deux hospitalisés, Moretti et Martha débutent un long affrontement...

- Tome 2: "Déserts" (Travel & Entertainment). Martha est devenue un héros de guerre, agissant avec bravoure au sein de la PAX dans des combats décisifs. Mais ses actions profitent aussi à Moretti, son supérieur hiérarchique, qui n'hésite pas à s'accaparer tous les mérites.
La guerre s'achève sur la victoire de la PAX. Une cérémonie est organisé durant laquelle Martha est décorée (et Moretti promu au grade de colonel) : elle parle alors au President Nissen de la situation indigne de Cabrini Green et obtient qu'il désenclave le quartier en y envoyant la PAX pour aider les habitants. C'est ainsi que la jeune femme retrouve sa mère.
En 2011, Martha est chargée d'une mission périlleuse : stopper le groupe terroriste des Aryens, une organisation souverainiste d'homosexuels qui veut détruire la Maison-Blanche grâce à un puissant laser en orbite au-dessus de la Terre. Martha tue tous les hommes dans le poste de contrôle de la station spatiale avec son sabre (plutôt qu'avec une arme à feu dont les balles pourraient perforer les cloisons), mais ne peut empêcher le chef des Aryens de déclencher la mise à feu pré-programmée du canon laser. Martha doit essuyer les tirs ennemis qui endommage l'étanchéité de la station et annonce sa destruction imminente.
Elle court jusqu'à l'odinateur central où elle retrouve le cobaye télépathe qu'elle avait découuvert lors de son internement psychiatrique et qui commande tout l'équipement du bâtiment. Martha la persuade d'annuler la mise à feu du cannon laser et quitte avec la créature la station à bord de la navette avec laquelle elle était venue.
Le souffle de l'explosion de la station endommage le vaisseau de Martha qui se crashe dans la plaine désertique du sud-ouest des Etats-Unis, au coeur du territoire Apache, hostile au gouvernement - quelques années auparavant, ces indiens avaient pris le contrôle d'une immense raffinerie pétrolière implantée dans cette région et Nissen leur avait diplomatiquement cédé la propriété de zonel. Mais l'endroit est devenu un mouroir, la population y vit dans des conditions misérables, l'air y est irrespirable.
Martha et "la Poupée" (comme elle a baptisée la créature avec laquelle elle est prisonnière) gagnent la confiance de Wasserstein, un des Apaches, qui leur raconte le déclin de son peuple, depuis toujours sous le joug des colons américains.
Cependant, le Colonel Moretti s'active en coulisses pour mieux manipuler le President. Nissen est devenu un alcoolique, culpabilisant sur le sort des Apaches, souffrant de sa séparation avec sa femme, et subissant passivement l'influence néfaste de Moretti. Dans un accès de rage, il tue même son Vice Président et signe un document officiel sans l'avoir lu, document rédigé par Moretti et qui autorise l'emploi d'un canon laser spatial pour raser le territoire Apache de la carte ! Ainsi il pourra également se débarrasser de Martha comme il le désire depuis la guerre en Amérique du Sud.


- Tome 3: "Forêts" (Health and Welfare). Martha tente de s'évader de la réserve Apache car elle a appris grâce aux dons télépathiques de "la Poupée" les plans de Moretti pour détruire la région. Elle vole une jeep et roule en direction du désert lorsque Wasserstein la rattrape et la maîtrise. Mais au même moment, le canon laser est activé depuis l'espace et dévaste la raffinerie et le territoire indien. Le souffle de l'explosion fait perdre connaissance à Martha.
Moretti annonce à la mère de Martha la mort de sa fille en mission.
A son réveil, elle est aveugle et aux mains du leader de la Haute Autorité Médicale, un chirurgien fou, séparatiste dont le secteur se situe dans le nord-ouest des Etats-Unis. C'est aussi un fanatique religieux, opposé à la pornographie, la musique rock, la contraception, qui veut laver le cerveau de Martha pour en faire le parfait soldat, aussi soumis qu'efficace. Il lui fait recouvrer la vue et la rebaptise Margaret Snowden.
Pendant ce temps, le Général Lucius Spank est abattu discrètement par Moretti, qui maquille son crime en suicide en laissant un document officiel et l'arme avec laquelle il l'a tué dans les mains de sa victime - ce document est le même qu'il a fait signer par le Président après qu'il ait supprimé le Vice-Président. Cette lettre fait rapidement la "Une" des journaux télé et sâlit la réputation de l'administration Nissen.
Pour étouffer ce scandale, Nissen, qui a convoqué ses plus proches collaborateurs à la Maison-Blanche, leur déclare que leur seule solution pour s'en tirer est de déclencher une autre guerre. Mais il est alors successivement poignardé par son entourage, à commencer par Moretti. Celui-ci quitte ensuite le bureau, dont il ferme la porte à clé afin d'empêcher les conspirateurs d'en sortir, puis rejoint une limousine qui l'attend devant la Maison-Blanche. C'est alors qu'une terrible explosion ravage le bâtiment, tuant tous ses occupants. Moretti s'en sort avec de légères blessures puis, lors d'une allocution, se déclare chef de la nation par intérim et impose la loi martiale dans tout le pays.
Désormais, seul aux commandes, Moretti ordonne la destruction de la zone occupée par la Haute Autorité Médicale. Mais le Chirugien a préparé sa riposte en armant plusieurs centaines de missiles nucléaires et surtout en ayant en sa possession le cerveau artificiellement maintenu en vie du Président Rexall, qu'il est prêt à greffer dans un nouveau corps.
Wasserstein, unique rescapé de la nation Apache, se prépare, lui, à inflitrer la Forteresse de la Santé, dans laquelle se trouve Martha. Accompagné par "la Poupée", l'indien sait qu'il aura besoin de ses facultés télépathiques pour sauver la jeune femme. Mais devenue “Margaret”, celle-ci reçoit l'ordre de localise l'intrus et de le neutraliser : lorsqu'elle rencontre Wasserstein dans le poste de contrôle du bâtiment, elle lui tire dessus sans hésiter et le remet avec "la Poupée aux mains des autorités de la Forteresse.
Néanmoins, "la Poupée" a eu le temps de "télécharger" les souvenirs que Martha a perdus lors de son lavage de cerveau.
La jeune femme, troublée, va faire quelques pas dans le parc de la Forteresse alors que le Chirurgien ordonne le lancement de ses missiles.

-Tome 4: "Frontières" (Death and Taxes). Moretti prend le commandement de toute les forces armés américaines et dirige les manoeuvres depuis un avion. Le pays se déchire alors dans un chaos général, plusieurs Etats proclament leur indépendance, et la guerre civile ravage l'Amérique du Nord. Les tentatives de négociations de Moretti avec ces factions échouent rapidement et il doit surtout parer à l'attaque déclenchée par le chirurgien.
Martha fat justement son rapport au chirurgien qui la met au courant de la situation : si la forteresse est attaquée, elle aura pour mission dévacuer et de protéger le cerveau de Rexall, placé dans un petit container mobile. Contre toute attente, Martha tire alors sur le chirurgien : redevenue elle-même, elle découvre qu'il n'est en fait qu'un androïde. Au même moment, Wasserstein, encore en ville, réussit à s'évader avec "la Poupée" et rejoint Martha dans la salle de commandement. "La Poupée" désamorce les missiles lancés et provoque leur destruction, épargnant la station orbitale qui était visée et ses occupants.
Moretti envoie l'aviation militaire bombarder la forteresse de la santé. Martha entraîne Wasserstein, "la Poupée", le cerveau de Rexall et l'épouse de ce dernier à bord d'un avion pour quitter l'endroit au plus vite. Le chirurgien s'accroche à une aîle de l'appareil eet s'envole avec eux.
Moretti est informé par ses troupes que la forteresse a été détruite mais qu'elles ont perdu la trace de Martha et Rexall. L'avion de Martha est pris en chasse par celui de Moretti, dont le pilote lance ses missiles mais les projectiles heurtent le chirurgien et explosent.
Le groupe de fugitifs avec Martha à sa tête se dirige ensuite vers le sud et la forêt brésilienne, où elle fit la guerre et qui a été reboisée et protégée sur ordre de l'administration Nissen. Moretti s'yn rend avec une unité de la PAX, dont certains membres ont des comptes à régler avec Martha.
Ce commando traque les fugitifs dans la forêt sous une pluie diluvienne. Martha et Wasserstein parviennent à tuer plusieurs de leurs adversaires mais Moretti trouve le cerveau de Rexall et sa femme, qu'il assassine.
Martha bondit alors sur Moretti avec lequel elle s'engage dans un combat au corps-à-corps disputé, mais au terme duquel elle prend le dessus et l'arrête.
En 2012, Rexall, dont le cerveau est désormais préservé dans un corps robotisé, est réélu triomphalement à la présidence du pays apaisé. Moretti, lui, attend en prison son exécution après avoir été condamné pour meurtre et trahison. Martha lui rend visite et accepte de le laisser se pendre avec sa ceinture dans sa cellule.

*
Comme beaucoup de comics importants des années 80, l'histoire est une dystopie, se situant dans un futur proche, et montrant le déclin total d'une grande nation, ici les Etats-Unis. En cela, on peut rapprocher Liberty des chefs d'oeuvres d'Alan Moore comme Watchmen et V pour Vendetta. Il est à la fois étonnant que Miller ait partagé les mêmes préoccupations que son confrère anglais au sujet de l'avenir politique de leurs pays respectifs, et en même temps, on peut voir dans cette convergence de points de vue l'illlustration parfaite de l'adage qui veut que "les grands esprits se rencontrent".
Quoiqu'il en soit, Miller et Moore restent incontestablement les deux auteurs de comics à avoir utilisé la bande dessinée pour décrire avec une telle puissance évocatrice ces lendemains qui déchantent, même si leurs oeuvres sont différentes. L'américain rend compte de sa pensée avec un style direct, sans concession, à l'image de ses positions politiques conservatrices. L'anglais écrit avec plus de cynisme des récits plus troubles.
Les thèmes explorés par Miller et l'intensité qu'il a su donner à son propos font de Liberty une oeuvre à part, à mon avis beaucoup plus intéressante que lorsqu'il a utilisé le filtre des icônes des comics mainstream, comme Batman (dans The Dark Knight Returns). En s'éloignant des codes propres aux super-héros, en s'en démarquant totalement, c'est comme si sa parole s'était libérée, sa verve déchaînée, et son efficacité optimisée.
En premier lieu, le choix de son héroïne donne à ce projet l'allure d'une fable : Martha Washington, la jeune fille américaine née dans le ghetto de Cabrini Green, est une figure digne de Dickens. On la suivra depuis sa naissance pour mieux observer comment, au cours de nombreuses péripéties éprouvantes, elle va devenir une jeune femme dont l'apprentissage de la vie adulte se fera toujours dans la douleur, l'adversité.
Liberty, c'est d'abord un superbe portrait de femme, peut-être le plus beau qu'ait imaginé Miller, et sans doute un des plus mémorables des comics : enfant des rues, elle accèdera au rang d'héroïne de guerre et jouera même un rôle décisif dans le destin des Etats-Unis.
A la lumière de la récente élection présidentielle américaine qui a vu un afro-américain arriver pour la première fois à la plus haute fonction de la plus grande puissance du monde, on ne peut qu'être troublé par la trajectoire ascensionnelle et précursive de Martha Washington (dont le nom de famille évoque immanquablement celui d'un des présidents des Etats-Unis, ce qui est évidemment tout sauf une coïncidence de la part d'un auteur comme Miller, si friand de symboles).
Mais plus généralement, le parcours de cette héroïne, à la détermination farouche et à l'intelligence aiguisée, ressemble à un concentré de l'âme noire du peuple américain : Liberty est une fresque de la négritude, une ode à la noblesse des noirs, un chant dédié à tous ceux qui ont défendu la cause.
On songe aux Black Panthers - c'est d'ailleurs l'animal auquel Wasserstein assimile Martha quand il la capture (lui étant réincarné en un aigle majestueux, certainement parce que cet oiseau était sacré pour les indiens mais aussi parce qu'il symbolise les Etats-Unis), et c'est sous cet aspect qu'elle sera encore représentée lorsqu'elle affrontera pour la dernière fois Moretti dans la jungle brésilienne... Où, lors de la guerre, elle fit connaissance avec le même félin.
Toute cette saga est traversée par une imagerie volontairement simpliste mais qui en résume parfaitement des éléments-clés. Ainsi, aux conditions de vie misérables des habitants de Cabrini Green "répondent" celles, tout aussi indignes, des Apaches : les milieux dont sont issus Martha et Wassertein en font naturellement plus des alliés que des ennemis. Il semble même qu'entre la négresse blonde et le ténébreux indien existe un sentiment amoureux : l'attirance de Martha est trahie par "la Poupée" qui parle dans son sommeil et répéte ce que pense secrètement la jeune femme de son geôlier, tandis que la volonté infaillible de Wassertein à toujours sauver Martha par la suite indique clairement qu'il est épris d'elle.
Le traitement honteux réservé aux minorités est aussi révèlé lorsque Martha est internée en hôpital psychiatrique : tous les patients y sont négligés, rudoyés, et finalement le gouvernement ordonne leur élimination, faute de moyens pour les prendre en charge.
La manière dont Miller dépeint cette institution et de façon plus globale dont l'administration politique se désintéresse, puis veut se débarrasser, ou opprime les plus faibles, est saisissante et poignante. Certes, le procédé n'est pas très subtile pour susciter notre sympathie envers ces laissés-pour-compte - noirs, indiens, malades mentaux -, mais il fonctionne et correspond à la tonalité ouvertement mélodramatique du récit.
C'est le tableau d'une Amérique malade que Miller brosse dans son style typique mêlant action et satire politique : son regard sur les Etats-Unis et ses corporations est implacable, impitoyable. Ce pays répéte continuellement les mêmes tragiques erreurs, abrite éternellement les mêmes extrémismes : "l'Amérique est un mensonge", disait Orson Welles, et semble répéter Miller. Ce n'est pas, ce n'est plus le Nouveau-Monde, la terre de tolérance : c'est au contraire un contrée pourrie, gangrénée, au bord de l'implosion, dont le communautarisme divise profondèment et violemment les habitants.
Ici, nous en voyons des franges parvenues à un séparatisme sans retour : factions d'homosexuels nazies, de lesbiennes féministes agressives, de fanatiques religieux obsédés par la pureté au point de constituer un Etat sécessionniste de la Santé, lobbyistes de l'agro-alimentaire et de la malbouffe dévastant la forêt sud-américaine...
Lorsque l'histoire s'est emballée dans une folie aussi furieuse qu'absurde, un double-page nous montre même la carte de l'Amérique du Nord avec ses nouvelles fédérations, coupées les unes des autres, et abritant des régimes grotesques et terrifiants : le Pays de Dieu, le Pays des Merveilles, l'Amérique Authentique, le territoire mexicain, la République de l'Etoile Solitaire, la Confédération du Premier Sexe, la Dictature Capitaliste de la Côte Est, la Fédération des Etats de Nouvelle-Angleterre, la Floride annexée à Cuba... Et trônant, pathétique et minuscule au sommet de tout ça, ce qui reste des Etats-Unis d'Amérique originaux !
Cette cartographie provoque l'hilarité, mais on rit jaune car Miller vise juste et ce qu'il a imaginé sonne étrangement vrai.
Cette dislocation physique et morale du pays découle directement de son militarisme galopant, incarné par le jubilatoire salaud de l'histoire, l'infâme Moretti, double malfaisant de Martha. Il est l'archétype du blanc parvenu, arriviste, arrogant, sans scrupules ni limites : l'incarnation de l'impérialisme américain, méprisant ceux que les colons ont massacrés, asservis, rejetés, sacrifiés.
Il y a quelque chose de jouissif chez ce personnage de parfait repoussoir, de méchant qu'on aime détester : d'emblée, il nous est antipathique. Mais c'est un adversaire à la mesure de la bravoure et du mérite de Martha : il est méthodique, patient, habile, manipulateur, menteur. Il n'hésitera pas à tuer pour accomplir ses plans, Miller confirmant malicieusement ainsi qu' "on n'est jamais mieux servi que par soi-même".
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Il faut enfin parler du graphisme de la série : après Watchmen, Dave Gibbons aura pu ajouter à son c.v. l'autre auteur majeur des années 80 en collaborant, après Moore, avec Miller.
Les différences d'écriture entre les deux scénaristes sont sensibles dans l'illustration : après la mise en images sophistiquée en oeuvre sur Les Gardiens, suggèrant des effets mobiles comme le travelling-arrière, la symétrie, la "caméra subjective", le dessinateur donne à voir un tout autre aspect de son grand talent.
On retrouve ici traduit le goût de Miller pour les larges cases horizontales, rappelant les dimensions de l'image cinématographique, que viennent ponctuer d'autres vignettes verticales, souvent pour planter le décor des scènes.
De magnifiques "splash-pages" émaillent le récit, soulignant des moments d'émotion intense : Gibbons y excelle pour restituer les sentiments qui étreignent les personnages ou pour figer comme des instantanés l'action à l'état pur. Difficile d'être insensible lorsque Martha éclate en sanglots après avoir découvert les horreurs du champ de bataille puis essuie ses larmes avec une expression révoltée. Et carrèment impossible de ne pas être sidérer par des planches comme celles où l'aigle Wassertein fond sur la panthère noire Martha ou que la même panthère noire bondit sur Moretti représenté comme un chasseur de safari.
Cependant, malgré leurs distinctions esthétiques, Liberty et Watchmen partage quand même un point commun visuel avec l'insertion de pages figurant des extraits issus de faux magazines, comme ici les articles de "This Week" relatant les soubresauts politiques des Etats-Unis, ou la carte redessinée de l'Amérique (que j'ai évoquée plus haut).
Ces passages constituent des entrées alternatives au récit principal tout en l'enrichissant, en lui donnant du relief, de l'ampleur (comme c'était le cas avec l'autobiographie d'Hollis Mason, les notes sur Joe Orlando ou l'interview d'Adrian Veidt, par exemple, dans Watchmen).
Miller s'est-il inspiré des idées de Moore ? Je l'ignore, et à vrai dire, qu'importe : les bonnes idées méritent toujours d'être reprises si elles le sont avec intelligence - et c'est le cas ici. Gibbons nous permet pour l'occasion d'apprécier son savoir-faire de peintre, sans pour autant miser sur des effets "photo-réalistes".
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Miller a créé une icône avec Martha Washington, un de ces personnages qu'on n'oublie plus après les avoir rencontrés. Une mini-série ne lui a pas suffi pour la raconter comme il le souhaitait et Give Me Liberty a connu plusieurs suites sous différentes formes. Dave Gibbons, fidèle à son héroïne, a tenu à la dessiner dans ces "sequels", toutes publiées par Dark Horse.
On compte ainsi une deuxième production en 5 volets intitulée Martha Washington Goes to War, en 1994 : le gouvernement de Rexall y est corrompu par le Chirurgien à la tête d'une tentative de putsch, que fera échouer Martha.
Un "one-shot", Happy Birthday Martha Washington, en 1995, contient une histoire en noir et blanc, Collateral Damage, basée sur le journal de guerre de Martha ; et State of the Art, conçu pour le San Diego Comic-Con de 1993.
Une autre mini-série en trois épisodes, Martha Washington Saves the World, sera éditée en 1997.
Dix ans plus tard, Miller et Gibbons réalisent un ultime chapitre de 22 pages, sobrement intitulé Martha Washington Dies.
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(Re)découvrez donc cette oeuvre aussi méconnue qu'épique : vous terminerez cette lecture avec le sentiment d'avoir réellement fait la connaissance d'une femme d'exception - Martha Washington, l'autre visage du rêve américain. Ne passez pas à côté !

dimanche 12 avril 2009

Critique 27 : WATCHMEN, d'Alan Moore et Dave Gibbons



(Les Gardiens : Rorschach, Le Hibou, Laurie,
Le Comédien, Dr Manhattan et Ozymandias)

L'histoire des Watchmen se déroule en 1985, dans une réalité alternative. Les justiciers masqués y ont cessé leurs activités, cependant qu'un conflit nucléaire semble imminent entre les blocs politiques de L'Ouest et de l'Est.
L'apparition en 1959 du Dr Manhattan
, un surhomme quasiment aussi puissant qu'un dieu, a bouleversé l'Histoire : les Etats-Unis ont remporté la guerre au Vietnam, Richad Nixon est toujours président car le scandale du Watergate a été étouffé, le pétrole n'est plus la pincipale source énergétique...
La mort du Comédien, un agent spécial du gouvernement, va conduire plusieurs de ses anciens confrères à participer à une enquête pour découvrir le mobile et l'auteur de son assassinat. Rorschach, un justicier névropathe, mène des recherches qui vont aboutir à la révèlation d'un complot ourdi par le plus inattendu des adversaires et obliger d'anciens vigilants masqués à sorti de leur retraite, comme Le Hibou ou Laurie Juspeczyk, mais aussi précipiter le départ du Dr Manhattan.
Ces péripéties sont ponctuées par la reproduction de divers documents - articles de journaux, extraits de l'autobiographie d'un héros retiré, etc - qui nous renseignent sur le phénomène des justiciers masqués et leur perception par le public et les médias. En outre, un récit d'épouvante mettant en scène des pirates vient se greffer sur l'intrigue principale comme la métaphore de cette fin du monde annoncée.


Watchmen, pour faire simple, c'est d'abord une histoire réaliste de super-héros, mais hormis le Dr Manhattan, aucun ne dispose réellement de super-pouvoir. La relation au temps qui passe et l'évolution psychologique y sont objectivement décrites : les protagonistes vieillissent, connaissent la corruption, le doute, la folie et la dépression.
Dans cette série, rien n'est évident, tout est symbolique et pluridimensionnel. C'est un mille-feuilles narratif, où chaque couche recèle des informations. Ainsi le meurtre du Comédien est le signe inaugural de la fin du monde qui menace en toile de fond mais c'est aussi la fin d'une époque que la mort de cet homme devenu justicier par amusement puis agent gouvernemental car il considérait les affaires humaines comme une vaste farce, à la fois drôle et sinistre.
Plus généralement, le thème central, symbolisé par un smiley qui revient de façon récurrente dans l'album, est le sens qu'on donne à l'existence dans un monde en proie au chaos, la façon dont on s'arrange (ou pas) de cet état de fait. Faut-il traverser la vie avec le cynisme comme armure ? Ou prétendre changer les choses, quitte à faire le bonheur des hommes contre leur volonté d'autodestruction permanente ? Ou simplement se réfugier dans un quotidien banal et réconfortant en acceptant son impuissance ou sa paresse ?
Le titre-même est sujet à plusieurs interprétations : "watch" signifie regarder, mais évoque aussi surveiller et désigne encore une montre. Le récit compte 12 chapitres, s'ouvrant à chaque fois sur le cadran d'une horloge annonçant minuit, la fin d'une jourrnée mais aussi l'heure à laquelle se déclenchera la guere atomique. Cette image du temps inexorable est omniprésente et Moore a poussé le vice jusqu'à conclure son histoire avec uen vignette identique sur ce fameux smiley maculé d'une tâche rouge (le sang du Comédien au début et du ketchup dégoulinant dd'un hamburger à la fin). La forme circulaire de ce badge est aussi identique à celle du cadran de l'horloge.
L'autre locution-clé est cette interrogation latine : « Quis custodiet ipsos custodes? » (« Qui garde les gardiens eux-mêmes ? »), extraite d'une Satire de Juvénal. On retrouve cette question en anglais (« Who watches the watchmen ? ») tagée sur des murs dans plusieurs vignettes tout au long des 12 fascicules de la série : elle pose le problème de la légitimité des super-héros à faire régner et la justice et la loi, tout en se masquant (donc en cachant leur identité au sens large). Peut-on faire confiance à des individus qui sont ainsi accoutrés, qui camouflent leurs visages, leurs intentions, leurs passés ? Cette remise en question du statut des redresseurs de torts est troublante et dépasse le cadre de la classique bande dessinée d'aventures.
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Watchmen est une oeuvre graphiquement très riche, l'image y est vraiment le prolongement de l'écrit et on devine à quel point le script comportait des indications précises. Les exemples sont nombreux pour en attester, comme le chapitre consacré à Rorschach est construit comme un palindrome, la première page faisant écho à la dernière, que ce soit sur le thème, la mise en page ou les personnages mis en image. Au coeur de cet épisode, il y a une scène d'action qui reproduit les motifs symétriques et en perpétuel mouvement du masque de Rorschach, dont le pseudonyme est inspiré par le test psychiatrique du même nom.
De même, le découpage simule souvent un effet de travelling arrière suggérant une distanciation entre l'action et sa représentation, les propos des personnages et leurs relations, ou encore l'idée que tout ce qui nous est raconté est peut-être vu par un observateur étudiant les différents événements et leurs acteurs comme un scientifique à travers un microscope - à la manière du Dr Manhattan qui se détache de plus en plus des gens jusqu'à s'exiler sur Mars, où Laurie devra le convaincre de la valeur de la vie humaine pour sauver la Terre de l'apocalypse.
Tous ces effets visuels, parfaitement rendus par le style classique de Gibbons, sont saisissants.
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De même, en s'attardant sur des personnages secondaires, Moore obtient une mise en perspective de l'histoire complète et cette addition de faits produit une somme vertigineuse - comme lorsqu'on comprend in fine qui est le père de Laurie, l'objectif d'Ozymandias, la fatalité qui a engendré Dr Manhattan, la filiation spirituelle du Hibou avec Hollis Mason, etc.
C'est sans doute dans cet entremêlement de vies, de destins que se situe la plus grande richesse de Watchmen, qui en fait une BD si complexe, si foisonnante, qu'on peut lire et relire avec toujours autant d'intérêt : le lecteur y est sans cesse renvoyé à des événements passés qui, progressivement, éclairent la situation présente, par touches successives et subtiles.
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Passionnante aussi est l'histoire qui a conduit à la création de l'oeuvre : au début des années 1980, DC racheta plusieurs licences de personnages à Charlton Comics, et proposa à Moore de les utiliser pour une série inédite. Puis l'éditeur changea d'avis, estimant que des créations originales seraient plus pratiques et originales.
Moore s'est pourtant habilement resservi des super-héros de Charlton pour inventer ses Gardiens. Ainsi Le Comédien est adapté du Peacemaker, Dr Manhattan de Captain Atom, Le Hibou (I et II) de Blue Beetle, Ozymandias de Thunderbolt, Rorschach de The Question et Le Spectre Soyeux de Nightshade.
Entre le projet initial et le résultat final, Moore avait même songé à ressuciter les Mighty Crusaders, issus d'Archie Comics.
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Comme quoi, Watchmen n'a pas fini d'inspirer les comics... Et avec eux ses amateurs, éclairés ou non. Maintenant, si vous voulez lire un authentique classique révolutionnaire, vous savez ce qui vous reste à faire !

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