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mardi 3 octobre 2023

DC'S GHOULS JUST WANNA HAVE FUN, de Ellen Tremiti et Tyler Crook, Kenny Porter et Riley Rossmo, Michael C. Conrad et Christopher Mitten, Christopher Sean & Laneya et Dexter Soy, Gregory Burnham et Javier Rodriguez, Alex Galer et Fabio Veras, Adam F. Goldberg & Hans Rodinoff et Danny Earls, John Arcudi et Shaw McManus


Halloween ne sera fêté que le 31 Octobre prochain mais DC a décidé de prendre de l'avance en sortant dès ce mardi 3 une anthologie s'inspirant de cette occasion. Comme souvent dans pareil cas, le menu est inégal et le pire côtoie le meilleur. Ici, on a une belle variété de talents et de quoi satisfaire tous les goûts.



- THE QUESTION : A LOOK TO DIE FOR (Ecrit par Ellen Tremiti et dessiné par Tyler Crook) - Renee Montoya enquête sur le meurtre d'une top model lors de la Fashion Week à Gotham. Mais tous ses témoins s'avèrent déjà mortes...

On débute cette anthologie en beauté avec un chapitre consacré à la Question version Renee Montoya. L'intrigue est vraiment captivante et oppose l'héroïne à deux ennemis de Batman dont l'implication dans ce genre de crimes tombe sous le sens. C'est rondement mené et surtout superbement mis en image par Tyler Crook (que j'avais adoré sur The Unbelievable Unteens) : il illustre toutes ses pages à l'aquarelle en couleurs directes et le résultat est extraordinaire. Voilà le genre de récit que j'aimerai voir développé dans une mini-série sur le Black Label.


- GREEN LANTERN : THE SHADOWS OVER COAST CITY (Ecrit par Kenny Porter et dessiné par Riley Rossmo) -  Hal Jordan doit appréhender un démon qui s'est échappé des geôles de Oa et pour y parvenir il fait équipe avec Etrigan. Une collaboration qui ne va pas de soi...

Encore une réussite pour ce récit complètement échevelé qui aurait parfaitement sa place dans le mensuel The Brave and the Bold. Kenny Porter tire pleinement parti des différences entre Hal Jordan et Jason Blood et leur duo fonctionne à fond les ballons avec des dialogues punchy et de l'action à gogo. Ajoutez à cela les dessins barrés de Riley Rossmo qui donne à cette bataille un tonus incomparable et vous obtenez un segment jouissif. 



- ANIMAL MAN : THIS DAY, ANYTHING GOES (Ecrit par Michael C. Conrad et dessiné par Christopher Mitten) -  Buddy Baker et sa femme veillent sur leur fille Maxine sans savoir qu'elle subit un harcèlement scolaire. Du coup, Buddy décide de veiller sur elle discrètement le soir d'Hallowenn mais Maxine a de la ressource...

Michael C. Conrad est habitué à co-écrire avec Becky Cloonan, sa compagne, et s'empare du personnage d'Animal Man, mais en le laissant singulièrement en retrait puisque, ici, c'est sa fille qui est en première ligne. Sur un sujet très à la mode (le harcèlement scolaire, qu'il ne faut bien entendu pas minorer), Christopher Mitten pose des dessins sensibles qui font pencher l'histoire du côté d'une fable. C'est joli.



- NIGHTWING : THE DARK BITE (Ecrit par Christopher Sean et Laneya et dessiné par Dexter Soy) - Nightwing vient au secours d'un DJ qui vient de se faire agresser et demande l'aide de Red Hood. Ensemble, ils découvrent qui a attaqué la victime...

Bon, c'est l'histoire la plus faible du lot. On se demande même ce qu'elle fait là, même s'il y a un argument fantastique, mais surtout parce que la paire de scénaristes a l'air d'avoir plutôt conçu l'intrigue comme le début d'une histoire à suivre. Curieux. Puis il faut supporter le dessin toujours aussi moche de Dexter Soy. Donc, zappez !


- SUPERMAN : THE SPOILS (Ecrit par Gregory Burnham et dessiné par Javier Rodriguez) - Superman rend service à Lois Lane en allant inspecter une prison abandonnée de Metropolis qui serait hantée. Il va y faire une découverte troublante concernant celui qui dirigeait l'établissement...

Le niveau remonte en flèche avec ce récit qui respecte les codes de l'anthologie, soit une nouvelle d'épouvante avec un super héros. L'histoire est impeccablement écrite par Gregory Burnham avec une chute épatante. Mais surtout c'est l'occasion de revoir les dessins de Javier Rodriguez sur une aventure de Superman (après celle qu'il avait signée dans The Brave and the Bold en compagnie de Christopher Cantwell). Je l'ai dit et je le répète : DC doit donner à Rodriguez l'opportunité de dessiner le Man of Steel, soit dans sa série régulière actuelle (bien que je l'ai abandonnée suite au départ de Jamal Campbell), soit dans un projet Black Labellisé. 


- ROBOTMAN : NOT FADE AWAY (Ecrit par Alex Galer et dessiné par Fabio Veras) - Pas facile pour Robotman de passer Hallowenn quand après avoir bu un verre en compagnie d'ex-membres de la Doom Patrol, il rentre chez lui où les fantômes de gens qu'il n'a pu sauver viennent le tourmenter...

Produite par deux inconnus, cette histoire avec Robotman est sans doute la meilleure de cette anthologie. Alex Galer imagine un récit très touchant autour de Cliff Steele et de l'idée que les super héros échouent à sauver des innocents, y compris parmi leurs semblables. On a droit à un caméo de John Constantine moins cynique que d'habitude. Et encore une fois c'est magnifiquement dessiné par un artiste dont il semble impensable qu'on ne le revoit pas dans un proche avenir : Fabio Veras a un style qui évoque Leonardo Romero, très élégant donc, d'une maturité spectaculaire. 



- CRUSH & LOBO : HAPPY HAL(LOBO)WEEN ! (Ecrit par Adam F. Goldberg et Hans Rudinoff et dessiné par Danny Earls) - Crush reçoit la visite de son père, Lobo, qui, pour la forcer à l'aider à trouver le bon costume pour Halloween, n'a pas hésité à piéger deux amis de sa fille.

Le prétexte est complètement stupide mais c'est tout de même très marrant puisque Crush s'évertue à faire deviner à son père quel est le rôle le plus connu de Hugh Jackman et donc le meilleur accoutrement pour lui. C'est donc le segment le plus ouvertement déconnant de cette anthologie. Et en prime, c'est l'occasion de découvrir le dessinateur Danny Earls, que la scénariste Gail Simone a mis en lumière sur Twitter et qui depuis est réclamé partout. Le bonhomme a du talent et il le prouve avec panache.



- MAN-BAT : OUT OF THE SHADOWS (Ecrit par John Arcudi et dessiné par Shawn McManus) - Rose Costa est une infirmière à la retraite peureuse mais qui rêve de rencontrer Batman. Pas de bol : elle est prise dans une baston entre Man-Bat et un loup-garou !

John Arcudi délaisse le Mignola-vers pour écrire ce récit très amusant et palpitant que vient mettre en image le génial et mésestimé Shawn McManus dont le trait super expressif donne une dimension singulière au chapitre. C'est donc une merveille à savourer, divinement rédigé et illustré, concluant en beauté ce gros comic-book très recommandable.

dimanche 13 juin 2021

WONDER WOMAN #773, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


Cette semaine de lecture s'achève avec Wonder Woman #773, qui sera (sauf surprise) le dernier épisode que je critiquerai. J'avais apprécié la reprise en main du titre par Becky Cloonan et Michael Conrad, bien aidés par les dessins de Travis Moore, mais la conclusion de cet arc m'a déçu et convaincu de ne pas poursuivre. La faute à qui ?


Wonder Woman pénètre dans la forteresse de Valkyries pour leur réclamer les morts tombés sur le champ de bataille. Mais toute tentative de négociations est vouée à l'échec quand Thor et ses troupes font à leur tour irruption dans la place pour en découdre.


Wonder Woman doit ramener le calme et elle emploie les grands moyens pour cela en détruisant le marteau de Thor dont elle a deviné qu'il s'agissait d'une réplique corrompue par le Dr. Psycho. Projetée dans le plan astral, elle affronte ce dernier et le neutralise. Deadman se charge du reste.
 

Les Valkyries et Thor discutent ensuite d'une trêve en compagnie de Wonder Woman qui réussit à imposer un arrangement convenant à toutes les parties. Une fête est donnée pour l'occasion que Valkyries et Asgardiens partagent. Mais Wonder Woman n'a pas le coeur à ça. 


Heureusement, elle retrouve le sourire lorsque reparaît Sigfried. Ils passent la nuit ensemble, mais à l'aube l'amazone s'éclipse sans le réveiller pour partir rejoindre l'Olympe. Sigfired la rattrape pour lui offrir son épée : elle en aura besoin car la situation chez les dieux grecs est dramatique...

Comme je le disais en ouverture, la reprise en main de Wonder Woman il y a quatre mois m'avait bien plu. La présence comme co-scénariste de Becky Cloonan n'y était pas étrangère car j'apprécie ce qu'elle fait, notamment ses productions en creator-owned (Demeter, The Mire, Wolves), des contes romantiques aux ambiances envoûtantes. Etrangement, DC lui a adjointe un partenaire, Michael Conrad, dont j'ignore l'importance de la contribution pour les scripts.

A l'issue de l'inteminable saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo), Wonder Woman est morte, se sacrifiant pour éliminer le Batman-qui-rit. Puis dans Infinite Frontier #0, on découvrait que l'amazone déclinait l'offre de la Quintessence de veiller sur l'ordre du Multivers, préférant continuer ses aventures dans l'au-delà. Direction : le champ de bataille permanent du Ragnarok, lié à la mythologie nordique.

Ce cadre offrait une situation étonnante mais dépaysante. Comme Wonder Woman était sujette à des troubles de la mémoire, elle devait aussi bien survivre à des combats réguliers qu'essayer de savoir ce qu'elle faisait vraiment là. En cours de route, elle croisait un de ses vieux ennemis, le Dr. Psycho, dont le rôle allait devenir plus important que prévu.

Mais Cloonan et Conrad, à force de courir plusieurs lièvres à la fois, ont fini par s'égarer et leur histoire a vu son intérêt se déliter. Entre un piège tendu au serpent Nidhogg, le mal qui rongeait Yggdrasil, les manigances d'Odin, les caprices de Thor, et la disparition de Sigfried, Wonder Woman, inspirée par l'écureuil Ratatosk, errait dans un univers qui était en fin de compte moins exotique que peu passionnant.

Malgré tout les scénaristes ont eu le bon goût de ne pas s'éterniser : l'arc ne compte que quatre épisodes, c'est bien suffisant. Mais au fond, le sentiment qui subsiste, c'est qu'on ne sait pas bien à quoi cette histoire a servi, ce qu'elle racontait vraiment. Et surtout est-ce que ces aventures dans l'au-delà ont vraiment un avenir ?

La faute à qui ? demandai-je plus haut. On peut s'interroger en fait sur la responsabilité même du personnage de Wonder Woman dont personne ne sait visiblement quoi faire. C'est un personnage compliqué dont la position demeure floue. A la base, l'amazone née sur une île à l'écart des hommes a rejoint le monde comme ambassadrice de paix. Elle a fait partie de la Société de Justice, de la Ligue de Justice. C'est à la fois une diplomate et une guerrière, l'égale en puissance de Superman. C'est aussi devenu une vedette de cinéma incarnée par Gal Gadot dans deux films de Patty Jenkins (le premier est bien, le deuxième est catastrophique) et deux de Zack Snyder (qui n'a visiblement pas la même vision du personnage, mais n'est pas plus inspiré). Morte (mais provisoirement, car elle reviendra à la vie forcément), Wonder Woman est désormais remplacée par sa mère, Hippolyte, au sein de la Ligue de Justice écrite par Brian Bendis, sans que cela choque (c'est même certainement l'idée la plus intéressante de Bendis).

Mais au fond qui est Wonder Woman ? Qu'est-ce qui en fait un personnage essentiel en dehors de sa notoriété, de sa longévité (80 ans au compteur) ? Qu'est-ce qui en fait une héroïne indispensable ? Et surtout comment l'écrire de manière captivante, originale ? Wonder Woman, au fond, représente une certaine fossilisation chez DC : si on la change trop, elle risque de perdre son identité, sa singularité, alors on ne la touche pas et elle demeure cette figure curieuse, qui n'a pas/plus la dimension iconique d'un Superman ni l'attractivité d'un Batman. Brian Azzarello, durant les New 52, avait tenté de bousculer le personnage, profitant du reboot, mais la série semblait détachée des autres apparitions de WW (qui vivait alors une romance avec Superman dans Justice League et dans la série Superman/Wonder Woman). Grant Morrison, dans la collection hors continuité Earth-One, a voulu revenir aux bases mais sans produire une histoire (sur trois volumes) convaincante (loin de là).

Peut-être faut-il plus pour que Wonder Woman soit (à nouveau) à la hauteur ? Kelly Sue DeConnick et Phil Jimenez travaillent depuis plusieurs années sur un graphic novel (somptueux, d'après les pages qui ont été montrées), la scénariste avait fait des merveilles avec Captain Marvel, le dessinateur adore l'amazone. S'ils opérent un lifting à la hauteur des attentes (et intégré à la continuité !), ce serait un joli coup (d'ailleurs, DeConnick sur la série régulière de l'amazone, avec Robson Rocha au dessin par exemple - l'artiste étant sans titre fixe actuellement -, voilà qui serait une idée accrocheuse).

Travis Moore commence à tirer la langue sur ce dernier épisode, même si ses planches sont toujours très belles, mais avec de moins en moins de décors. Tamra Bonvillain doit "meubler" les arrières-plans avec des camaïeux de couleurs plus ou moins heureux (j'avoue ne pas être fan de son travail - d'ailleurs elle a été remplacée sur le dernier épisode de Justice League par FCO Plascencia). S'il anime avec bonheur Diana, ses designs pour Thor ou les asgardiens en général ont quelque chose de kitsch. Les trois Valkyries possèdent un vrai charisme, hélas ! peu exploité. Mais bon, quatre épisodes, c'est le maximum que peut enchaîner Moore.

Le dénouement est assez grotesque, avec la concrétisation de la romance entre Diana et Sigfried. Le physique de bellâtre de ce dernier est bien terne et la scène a quelque chose d'embarrassant dans sa convention, surtout compte tenu de la réaction de Wonder Woman, maussade après la victoire et sautant au cou du guerrier ressucité dès qu'il resurgit. Franchement, un scénariste masculin écrirait ça, on le taxerait de balourdise (à raison), mais qu'une scénariste comme Cloonan se laisse aller à ça, c'est... Gênant, terriblement guimauve.

Ce n'est pas que j'avais de grandes attentes avec cette série (qui a connu bien des soubresauts depuis le début de l'ère DC Rebirth), mais ça ne vaut pas le coup de persévérer.

jeudi 13 mai 2021

WONDER WOMAN #772, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


La saga nordique de Wonder Woman se poursuit tranquillement - en tout cas pour le lecteur, qui n'est guère bousculé par le rythme du scénario de Becky Cloonan et Michael Conrad et quelques effets un brin répétitifs. Néanmoins, cela reste agréable, notamment grâce aux superbes dessins de Travis Moore, et à l'apparition d'un personnage inattendu...


Avalée par le serpent Nidhogg, Diana trouve dan son estomac la clé de la forteresse des valkyries et réussit à sortir en poussant le reptile à vomir. Accompagnée de l'écureuil Ratatosk, elle rejoint le champ de bataille mais Sigfried lui apparaît fugacement pour la prier de renoncer à le retrouver.


Diana n'en fait pourtant qu'à sa tête et se joint à Thor et les autres asgardiens pour une énième bataille dans le Valhalla. A cette occasion, elle redécouvre qu'elle sait voler et d'autres vagues souvenirs remontent à la surface. Toutefois, cela la distrait et elle périt dans l'affrontement.


Comme à chacune de ses morts, Diana entend une voix d'outre-tombe lui réclamer d'abréger son séjour au Valhalla. Elle revient à la vie et découvre que cette voix était celle de Deadman, qui évoque la situation critique de l'Olympe. Wonder Woman veut pourtant atteindre les valkyries et sauver Sigfried.
 

Avec Ratatsok, elle s'enfonce dans la forêt sombre de Myrkvid où elle est confrontée à son double maléfique. Il s'agit d'une illusion du Dr. Psycho pour une fois encore la dissuader de rencontrer les valkyries. Diana accède à un embarcadère où Odin accepte de la déposer à la forteresse...

Depuis trois épisodes sous la direction de Becky Cloonan et Michael Conrad, la série Wonder Woman a pris le parti d'entraîner l'amazone dans un cadre inattendu, pour une aventure étrange - et pour cause l'histoire se passe au Valhalla (l'au-delà des dieux asgardiens) et Diana est morte à la fin de la saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo).

Ce choix s'est avéré, à mes yeux, payant car les auteurs se sont affranchis avec bonheur des sempiternelles intrigues et des ennemis familiers de Wonder Woman. On a droit à un récit curieux mais plaisant, avec du mystère (qui parle à Diana pour qu'elle quitte cet au-delà ?), de l'action (une guerre sans fin - le Ragnarok et ses cycles), et une dose d'absurde (les mort à répétition sur le champ de batailles des dieux nordiques).

La contrepartie, c'est que tout se déroule sur un rythme pour le moins tranquille. Cloonan et Conrad préfèrent des épisodes fournis, avec une succession de scènes initiatiques, une progression cryptique, que sonner vraiment la charge et enchaîner des moments spectaculaires (les batailles sont abrégées par les morts successives de Wonder Woman). Par ailleurs, les scénaristes utilisent des versions alternatives de personnages divins familiers pour un lecteur de Marvel, comme Thor, Odin, ou plus généralement friand de mythologie (Sigfried), plus des éléments rattachés comme l'arbre-monde Yggdrasil, le serpent Nidhogg, l'écureuil Ratatosk.

Tout cela aboutit à une collection de chapitres solides et intéressants, mais aussi frustrants car on a l'impression que depuis trois épisodes on n'a pas avancé d'un iota, voire paresseux puisque le tempo n'est pas très vif. La répétition de certains effets narratifs a même tendance à devenir un peu lassant.

Ce numéro ne change pas vraiment la donne, mais présente tout de même l'avantage de bousculer un peu le statu quo de l'héroïne. En effet, à la défaveur d'un énième combat qui tourne court, Diana se souvient qu'elle est Wonder Woman et on apprend (enfin) qui est cette silhouette qui s'adressait à elle avant qu'elle ne ressucite. L'apparition de Deadman fait sens et c'est un plaisir de revoir ce personnage qui aurait dû devenir une vedette après la saga Brightest Day, où il tenait un rôle de premier plan, et durant le New 52, où plusieurs scénaristes se battaient pour l'animer (résultat : personne ne l'a écrit et comme tout ce qui avait été brillamment réhabilité durant Brightest Day, Boston Brand n'a échappé qu'aux oubliettes que grâce à Justice League Dark).

C'est le meilleur moment de cet épisode et sans doute de l'arc jusqu'à présent. Parce qu'il faut bien convenir qu'à part ça Becky Cloonan et Michael Conrad écrivent ensuite Wonder Woman d'une manière qui devient horripilante, têtue au possible et contre toute logique, fonçant droit dans la gueule du loup pour une raison qui défie l'entendement (sauver Sigfried sans qu'on sache jamais pourquoi cela lui tient tant à coeur et contrariant de manière puérile le cycle de Ragnarok alors qu'elle n'appartient pas à cette mythologie). De ce fait, les péripéties qu'elle traverse ici ont la fâcheuse manie d'enfoncer un clou déjà bien planté, entre les avertissements de Sigfried, Deadman, Dr. Psycho, Odin, face à une Diana inflexible : tous la mettent en garde contre les valkyries, l'Olympe requiert sa présence à cause d'une crise importante, mais l'amazone s'en fiche.

Ecrire une héroïne entêtée à ce point, pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il que les scénaristes nous expliquent sa motivation, ce qui n'est pas le cas. Tout juste peut-on supposer qu'elle brave le danger  parce qu'elle a, disons, l'habitude de ne jamais laisser un problème irrésolu. mais c'est un peu maigre comme justification.

Heureusement, c'est magnifiquement dessiné et cela nous console un peu, même si ça ne corrige pas tout. Travis Moore signe son avant-dernier épisode (il cédera sa place à Andy McDonald au #774) et livre une copie irréprochable. Son investissement dans chaque planche est total et le résultat est un plaisir pour les yeux.

On peut certes pinailler en notant qu'il est un peu avare sur les décors pour certaines scènes, mais dans l'ensemble, l'action est clairement situé et si l'environnement est sommaire, c'est parce que, tout compte fait, on suit Wonder Woman dans des endroits qui ne présentent pas d'intérêt visuel particulier, qu'il s'agisse de la grotte du serpent Nidhogg (logiquement sombre), le champ de bataille (désolé il se doit). En revanche, la forêt de Myrkvid et l'embarcadère où attend Odin (digne de Charon sur le Styx) sont impeccables, chargés d'une ambiance glaçante à souhait.

Pour ce qui concerne les personnages, j'ai été un peu déçu par le design de Thor et d'Odin, le premier étant vêtu d'un costume trop super-héroïque alors que l'ensemble des figurants porte des tenues plus conformes à des guerriers nordiques, et le second étant bizarrement habillé de guenilles indignes du Père-de-tout, roi d'Asgard (même si on comprend sur la fin que cette apparence modeste est une sorte de déguisement destiné à leurrer tout le monde). Il est évident que Moore a mis le paquet sur la tenue de Wonder Woman, dont le look est vraiment très détaillé (et amené à changer au prochain arc).

Moore ne fait pas de folie avec son découpage, c'est un narrateur sobre, qui dose ses effets et ne consent qu'à des cases plus grandes que pour souligner des passages précis (l'assaut durant la bataille, la traversée de la forêt, l'arrivée à l'embarcadère). La colorisation de Tamra Bonvillain est elle aussi mesurée, bien que parfois les carnations sont un peu trop rosées (peut-être à cause d'un problème d'impression - ce ne serait pas la première fois que DC néglige cet aspect avec Wonder Woman, en son temps Greg Rucka pestait déjà en réclamant que Diana est une peau plus bronzée comme une vraie amazone et le résultat était parfois catastrophique).

On verra ce que donne le conclusion de cet arc le mois prochain, en espérant que Cloonan et Conrad ne déçoivent pas. Après, je ne sais pas si je continuera la série, tout dépendra de la qualité des dessins de McDonald, qui aura fort à faire pour supporter la comparaison avec Moore. 

samedi 17 avril 2021

WONDER WOMAN #771, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


C'est à dessin que je rédige cette critique de Wonder Woman #771 après celle de Thor #14 car cet épisode montre vraiment comment bien écrire une série consacrée à une personnalité divine, avec un regard original, audacieux, solide, efficace. Ici, la narration brille par sa fluidité et et les dessins, magnifiques, mettent en valeur le script. 


Tracassée par la disparition de Siegfried et l'absence des Valkyries après leur dernière bataille au Valhalla, Dian interpèle Thor. Mais le dieu du tonnerre n'en a cure : il accepte ces mystères comme il s'est résigné au cycle du paradis des dieux nordiques. Diana se retire pour retrouver Ratatosk, l'écurueil.


Celui-ci la mène aux forges du Nidavellir où elle pourra se procurer une arme, ayant laissé l'épée de Siegfried à Thor. C'est alors qu'elle est attaquée par des elfes noirs mais s'en débarrasse vite. Diana rencontre le maître des forges et il s'agit d'une figure familière : le Dr. Psycho !


Son ennemi manipule mentalement les elfes en leur procurant des armes truquées. Diana l'interroge sur la situation des valkyries. Pour accéder à leur forteresse, elle doit en soutirer la clé au serpent Nidhogg, qui, en retour, réclame que l'amazone vole un oeuf de l'Aigle niché au sommet d'Yggdrasil.  


Ceci fait, après avoir promis à l'Aigle de se débarrasser du serpent, Diana suit l'idée de Ratatasok pour le pièger en vidant l'oeuf et en se glissant dans sa coquille.  Nidhogg ignore alors qu'il a gobé Wonder Woman, tout prés de récupérer la clé de la forteresse des valkyries...

Ce qui frappe avec ce deuxième épisode écrit par le duo Becky Cloonan-Michael Conrad, c'est sa densité et sa fluidité. Il s'y passe beaucoup de choses mais on n'est jamais perdu dans l'enchaînement des scènes, qui se déroule de manière linéaire. Il y a là quelque chose qui rappelle la fable, le conte, avec une succession d'étapes, d'épreuves à franchir, de ruses diverses pour atteindre un objectif à la fois. Et c'est savoureux.

Par ailleurs, en envoyant Diana au Valhalla, on est dépaysé, c'est un cadre inhabituel pour l'amazone, plus proche du panthéon de l'Olympe ou dans le sillage d'autres super-héros. Cloonan et Conrad font en sorte que Wonder Woman ne brille plus dans son environnement naturel, le récit s'inscrit dans une autre tradition, plus étrange, celle de la geste chevaleresque (où l'héroïne veut sauver un beau jeune homme, ce qui représente un retournement de situation exquis). Loin de là où on a coûtume de la voir, Diana existe fortement et retrouve une identité propre, ni super-héroïne classique, ni amazone déplacée, ni déesse décalée, ni justicière convenue, mais plus aventurière romanesque.

Tout ça fait souffler un vent d'air frais, très appréciable. Mais revenons à la structure même de l'épisode. C'est une construction en escalier : Diana se dispute avec Thor, se bat contre des elfes noirs possédés, retrouve le Dr. Psycho (dans un emploi malicieux puisqu'il a pris la place des nains de Nidavellir - un rôle de substitution parfait puisque Psycho est également un nain et qu'il fournit des armes truquées), passe un marché avec Nidhogg puis l'Aigle, et adopte la stratégie de Ratatosk pour pièger le serpent. On sent bien que Cloonan et Conrad s'amusent en semant des indices mais sans en dire trop, de manière à éprouver le lecteur. Parfois il s'agit de placer un personnage familier dans la mythologie de Wonder Woman à une place inattendue mais logique, parfois cela prend la forme d'un récit initiatique où la capture d'éléments permet à la joueuse (Diana en l'occurrence) d'accéder, comme dans un jeu vidéo, à un nouveau niveau dans la partie.

Cet aspect très ludique est important, comme s'il était là pour rappeler que ce côté peu sérieux contrebalance la position de Diana, plus dramatique (elle est morte, perdue au Valhalla, et hantée par une silhouette qui la somme de ne pas s'attarder car l'Olympe est en danger en son absence). C'est subtil et divertissant.

Le scénaristes savent qu'ils disposent d'un dessinateur de haut niveau, à même de donner vie à leur scénario. Travis Moore a un style réaliste et descriptif, il dessine donc les scènes et les personnages avec un niveau de détail élevé, plus élevé que la moyenne comme en attestent les décors, mais aussi le soin apporté aux jeux de lumières et d'ombres. Le découpage est méticuleux aussi, permettant d'apprécier des moments mémorables comme la descente dans les forges de Nidavellir ou la visite de l'antre de Nidhogg. L'ascension d'Yggdrasil constitue un vrai morceau de bravoure, soulignant l'effort que nécessite cette progression, même pour Wonder Woman (visiblement incapable de voler dans cet environnement, ou ayant oublié comment faire). 

L'investissement graphique de Moore est sensible quand on voit avec quelle qualité il saisit le serpent Nidhogg, effrayant, ou l'Aigle niché au sommet d'Yggdrasil, d'une précision incroyable. Le revers de la médaille, c'est qu'on a appris, en consultant les solicitations de Juin prochain pour DC, que Moore devra passer le relais à un autre artiste pour deux épisodes (l'éditeur a en effet fait le choix, aussi curieux que discutable, d'accélérer la parution de la série en sortant deux numéros en Juin... Après avoir pourtant juré que désormais les bimensuels n'étaient plus à l'ordre du jour).

 Alors que sa contribution à Justice League m'avait paru faiblarde, Tamra Bonvillain colore ici le dessin de Moore d'une façon somptueuse. Sa palette est riche de nuances, conférant à chaque scène une ambiance intense. On retiendra particulièrement le passage avec Dr. Psycho avec son clair-obscur chaud, ou les textures qu'elle donne à Yggdrasil, arbre immense, noueux, touffu.

Cette reprise de Wonder Woman est une réussite. Cet arc est captivant. Visuellement, c'est splendide. Prends-en de la graine, Donny Cates !

mercredi 10 mars 2021

WONDER WOMAN #770, de Becky Cloonan, Michael Conrad et Travis Moore


Devenue une héroïne populaire au cinéma, Wonder Woman a connu bien plus de difficultés, depuis longtemps maintenant, à justifier ce statut dans les comics. L'amazone reste une valeur sûre de DC mais les auteurs se succèdent sur le titre sans savoir quoi en faire, semble-t-il. Cette fois, c'est donc au tour de Becky Cloonan et Michael Conrad au scénario et de Travis Moore au dessin de transformer l'essai. Un très bon début, même si l'héroïne fait du coup beaucoup penser à une fameuse asgardienne de Marvel...


Comment et pourquoi Diana se trouve-t-elle au Valhalla, le paradis des guerriers nordiques ? C'est ce qu'elle aimerait savoir mais Siegfried, le séduisant viking qui l'accueille sur le champ de bataille n'a guère le temps pour des explications. Diana meurt très vite, décapitée.


Avant de renaître, Diana entend une voix qui lui conseille de ne pas s'attarder dans cette dimension. Elle se réveille et découvre qu'ici les guerriers bataillent sans fin, meurent et ressucitent. Elle découvre aussi qu'au Valhalla, ses pouvoirs ne fonctionnent plus.


Après une nouvelle bataille (et une nouvelle mort), Diana commence à s'habituer à ce cycle. Jusqu'à ce qu'elle soit abordée par l'écurueil Ratatsok qui la conduit jusqu'à l'arbre-monde Yggdrasil, malade, et qui lui demande de le sauver. Diana se retire, rappelée au combat.


Encore tuée, Diana cherche, à son réveil, Siegfried mais celui-ci est introuvable. Sur le champ de bataille nettoyé par les valkyries, Ratatosk passe un marché avec l'amazone : s'il l'aide pour Yggdrasil, il l'aide pour Siegfried et pour quitter le Valhalla...

L'ère des New 52 chez DC n'a pas produit beaucoup de grandes réussites (même si, commercialement, l'éditeur a enregistré de notables performances avec ce reboot radical et mal fichu). Pourtant, c'est probablement la dernière fois que Wonder Woman a connu une série digne de son rang, quand Brian Azzarello l'écrivait et que Cliff Chiang la dessinait.

Depuis le début de DC Rebirth, le titre est passé entre plusieurs mains (dont celles de Greg Rucka, très attachée à l'amazone, même s'il a toujours connu des difficultés éditoriales). Dernièrement, avant la parenthèse Future State, c'est Mariko Tamaki qui avait essayé, sans beaucoup de réussite, de s'en occuper (Mikel Janin, au dessin, est très vite parti, et ses successeurs ont été irréguliers). 

La situation était d'autant plus délicate qu'entretemps Wionder Woman est devenue un exemple d'adaptation réussie au cinéma avec les deux films réalisés par Patty Jenkins avec Gal Gadot dans le rôle-titre (même si Wonder Woman 84 s'est avéré calamiteux et ne sortira jamais chez nous en salles). Dans Infinite Frontier #0, le compte de l'amazone semblait réglé puisqu'on découvrait qu'elle était morte à l'issue de la saga Death Metal (de Scott Snyder et Greg Capullo) et refusait de se joindre à la Quintessence.

C'est donc à Becky Cloonan et Michael Conrad de reprendre en main la destinée de Diana. Cloonan en particulier est connue pour ses travaux indépendants qui se déroulent dans un univers fantastico-médiéval. Une raison d'espérer (même si ses fans désespérent de la voir dessiner plus). Et avec son collègue, elle a choisi d'emprunter une direction aussi inattendue que radicale. Oui, Diana est morte. Elle est même au Valhalla, le paradis des guerriers nordiques !

Comment, pourquoi est-elle arrivée là, alors que les amazones sont d'origine grecque (voire lybienne) ? Ce sera à la suite de ce premier épisode de l'expliquer, mais c'est une accroche originale. Et une bizarrerie troublante car du coup, Wonder Woman nous fait penser à une héroïne de chez Marvel...

Car, après avoir refusé la main tendue par la Quintessence dans Infinite Frontier #0, on a vu Diana se confectionner d'un claquement de doigts un nouveau costume, qui n'a plus rien à voir avec ses précédents looks (finie la jupette en lanières de cuir, le bustier au décolleté plongeant, disparu le lasso de vérité, et même sa célèbre couronne a été modifiée). A la place, une tenue dominée par le rouge accompagnée d'une cape. Tout cela lui donne un furieux air de ressemblance avec l'asgardinne Lady Sif (voir ci-dessous).


Et les scénaristes semblent assumer cette inspiration Kirby-esque car on aperçoit aussi Thor (mais avec un look différent de celui de Marvel) dans une scène de l'épisode. C'est assez déroutant... Mais finalement pourquoi pas ? La mythologie nordique n'appartient pas à Marvel et c'est un terrain de jeu prometteur pour Wonder Woman (qui devrait de toute façon à terme revenir parmi les vivants et récupérer son design classique).

L'épisode se lit facilement, sur un rythme enlevé. La situation même vous happe car on n'en sait pas plus que Diana. Cloonan et Conrad ont révisé car même l'écureuil Ratatosk existe bien dans les textes légendaires, avec la même fonction qu'ici (un messager, plus ou moins digne de confiance). Surtout en déplaçant Wonder Woman de la sorte, les auteurs diffère le retour du personnage à ses occupations super-héroïques, ce qui me paraît une bonne idée car en vérité Wonder Woman ne gagne rien (ou pas grand-chose) à être écrite comme une super-héroïne lambda. A l'origine, c'est une amazone venant d'une île qui s'est coupée du reste du monde, et qui ensuite devient l'ambassadrice de son île, une sorte de pacificatrice au-dessus des partis. Ce n'est pas une femme qui enfile un déguisement pour faire règner la justice ou se venger. Ce n'est pas non plus une bonne samaritaine un peu naïve puisqu'elle a été élevée et entraînée comme une guerrière (ce que rappelle une ligne de dialogue). 

Donc la jeter au Valhalla tout en lui conseillant de ne pas s'y attarder, c'est une bonne astuce pour à la fois mettre en scène ses talents de guerrière et la motiver à quitter cet endroit. Par ailleurs, cette reprise de la série bénéficie enfin d'un excellent dessinateur, qui devrait s'installer durablement sur le titre.

Travis Moore est un artiste qui gagne à être connu, même s'il n'a pas une bibliographie encore très fournie (il a oeuvré sur un spin-off de Fables, des fill-in sur le Batman de Tom King, et des épisodes récents de Nightwing). Mais avec Wonder Woman, il tient sa chance d'accéder à la notoriété qui lui est due.

Moore évolue dans un registre réaliste et descriptif, ses influences sont classiques, académiques même. Il y a chez lui un goût évident du beau dessin, ses personnages possèdent un charme immédiat - Diana est vraiment magnifique, et Siegfried est un séduisant guerrier. Il s'encre lui-même avec beaucoup de maîtrise, parfois on pense à Steve Epting (qui signe la couverture de l'épisode). Les décors sont soignés, le découpage simple mais fluide. La lecture est vraiment agréable. Là encore, ça faisait longtemps que Wonder Woman n'avait pas été aussi bien traitée.

Les couleurs de Tamra Bonvillain (la coloriste qui monte chez DC, puisqu'elle s'occupera aussi des planches de David Marquez sur Justice League) sont très nuancées, avec des contrastes pertinents entre les scènes sur le champ de bataille neigeux, aux teintes donc froides, et celles en intérieur, plus chaudes.

Si ce 770ème épisode donne le la au reste de ce run, alors le ciel est dégagé pour Wonder Woman. On tient peut-être enfin l'équipe artistique gagnante pour conter et illustrer les exploits de Diana.

 *


Encore enfant, Diana grimpe sur le plus haut des arbres de Temyscera pour contempler l'île des amazones. Aujourd'hui, c'est son anniversaire mais comme elle l'explique à sa mère, elle a soif d'aventures. Une de ses aînées va lui enseigner l'histoire de Temyscera...

Wonder Woman a droit à sa back-up story : Young Diana. C'est la coloriste Jordie Bellaire qui écrit et Paulina Ganucheau qui dessine. Curieusement, alors que la série principale s'adresse à un public adulte, ce complèment de programme semble plutôt se destiner à des lecteurs beaucoup plus jeune.

Cela vient sans doute essentiellement du graphisme de Ganucheau aux teintes acidulées et au trait rond. C'est charmant à souhait, mais très réussi, expressif, dynamique. On tourne les pages et une fois arrivé à la fin, on en demande déjà plus. C'est bon signe.

L'histoire de Bellaire (qui n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'elle écrit également, actuellement, le comic-book de Buffy) revient sur l'enfance de Diana, qu'on découvre déjà avide d'aventures et d'évasion. Le récit initiatique est toujours une formule accrocheuse, et le personnage et la jeunesse de Wonder Woman offrent beaucoup de possibilités.

Certains trouveront cela trop mignon, inoffensif, mais pour ma part, j'ai apprécié et j'attends la suite.

vendredi 4 octobre 2019

BIZARRE ADVENTURES, de Jed Mackay et Chris Mooneyham, Sebastian Girner et Francesco Manna, Michael Conrad et Becky Cloonan, Jon Adams et Aaron Conley


Dans le genre publication qu'on n'attendait pas, Marvel fait fort en ressortant de ses tiroirs le titre Bizarre Adventures, populaire dans les années 1970. Test ou one-shot sans lendemain, on verra, mais il faut avouer que l'expérience est très concluante et mériterait d'être prolongée (un peu comme le récent Alpha Flight True North). Au programme, quatre histoires courtes vraiment étranges, mais dépaysantes, avec parmi elles, une vraie pépite.


- Ulysses Bloodstone : The Star-spawned sorcerer (écrit par Jed Mackay, dessiné par Chris Mooneyham.) - Mercenaire itinérant et immortel, Ulysses Bloodstone se rend dans la région montagneuse de Vanda-Gor où sévirait un sorcier terrifiant la population. Il le traque dans une grotte où se trouve, captive, une jeune femme prête à être sacrifiée. Mais c'est un piège...


- Shang Chi the master of kung-fu : The Lesson (écrit par Sebastian Girner, dessiné par Francesco Manna.) - Comme chaque année, à la même période, Shang Chi a rendez-vous avec son maître d'arts martiaux pour un entraînement. Le héros sort de plusieurs mois difficiles et de missions périlleuses, mais ne se défile pas. L'affrontement débute, les deux adversaires déploient leurs coups les plus spectaculaires, jusqu'à ce que le maître fracasse un immeuble entier. Shang Chi se déconcentre lorsqu'il voit un chien menacé par les gravats et perd le match.


- Dracula : Eveline O'Reilly (écrit par Michael Conrad et Becky Cloonan, dessiné par Becky Cloonan.) - Le comte Dracula entre dans un club de jazz où se produit le trio Russoff et remarque dans l'assistance une belle jeune femme qu'il aborde et entraîne sur le balcon. Elle se nomme Eveline O'Reilly et le reconnaît car elle est la fille d'Abraham Van Elsing, le chasseur de vampires. Mais ils s'allient pour combattre le trio Russoff qui se transforment en lycanthropes...
  

- Black Goliath : How does he do that ? (écrit par Jon Adams, dessiné par Aaron Conley.) - Black Goliath fait la promo de son dernier album dans un talk-show tout en se lamentant sur son manque de popularité auprès des fans de super-héros. Pendant ce temps, dans une dimension parallèle, un groupe d'individus miniatures est aspiré sur Terre où il va connaître un triste sort...

Comme l'indique le titre, on trouve dans cette anthologie tout ce qui est qualifiable de "bizarre". A part la dernière histoire qui met en scène, avec beaucoup de distance et de dérision un super-héros costumé, la production se détache donc de ce que livre habituellement Marvel pour aller explorer d'autres territoires, abandonnés depuis longtemps.

Le premier récit donne le "la" : Ulysses Bloodstone est un personnage oublié, ou alors seulement vaguement identifiable comme étant le père de Elsa Bloodstone, mise en lumière dans la maxi-série Nextwave de Ellis et Immonen. Ses aventures se déroulaient dans une époque lointaine du passé et ressemblaient à celles de Conan le barbare. Avec sa pierre de sang détachée d'une météorite et incrustée dans sa poitrine, l'immortel mercenaire traque des monstres, et ici affronte un sorcier qui est en vérité un skrull désireux de rentrer chez lui.

Jed Mackay (déjà présent au générique de Alpha Flight True North) va droit au but en soignant ses ambiances : décor hostile, personnages patibulaires et taiseux (pas de dialogues, juste une voix-off), action brutale. On n'est pas habitué à tant de rudesse mais c'est justement ça qui séduit. Et le choix de confier le dessin à Chris Mooneyham, très influencé par Walt Simonson, est parfait : il ne fait pas lui non plus dans la dentelle, avec un trait épais, rugueux, mais qui colle au propos. Bonne pioche.

Shang Chi ressort de sa boîte juste à temps car il va avoir les honneurs d'un long métrage dans quelques mois. Le maître du kung fu, qui fut l'égal en son temps de Iron Fist, avait bien refait surface dans les Avengers périod Hickman, mais ensuite plus personne ne s'est intéressé à lui.

L'histoire que lui consacre Sebastian Girner ressemble à un petit plaisir de fan car l'argument est très mince. Le dessinateur Francesco Manna a donc toute latitude pour s'amuser à chorégraphier un combat spectaculaire où chaque coup porte un nom délirant et cause des dégâts ahurissants. Il en ressort que Shang Chi n'est pas le maître du kung-fu, ce qui est assez ironique.

Le troisième segment est la pépite du lot : il faut dire qu'il est concocté par Becky Cloonan, qui vole la vedette à son partenaire scénariste Michael Conrad. Tout ressemble à l'auteur-artiste dans ce conte miniature sur Dracula, à la fois sentimental, émouvant, mouvementé, fantastique. 

Les protagonistes dansent avec grâce tout en bataillant contre des loups-garous dans un club de jazz. Mais la mélancolie rattrape tout le monde, héros et lecteur, dans un épilogue sublime sur le temps qui passe et les sentiments inavoués, l'amour non partagé. C'est follement beau, et vraiment, on aimerait lire plus souvent des pages dessinées par Cloonan.

Enfin, la revue se termine par une vraie curiosité : l'aventure de Black Goliath n'a ni queue ni tête, je ne suis même pas sûr de l'avoir saisie, mais les scènes avec le héros sont très drôles, avec une pointe salace irrésistible.

Ici aussi, le scénariste, Jon Adams, se fait damer le pion par son dessinateur, Aaron Conley, dont le style très cartoon est savoureux. Les couleurs flashy, le côté rétro blaxploitation, l'absurdité générale, sont un régal.

Croisons les doigts pour que Marvel répète cette opération car le contenu est très bon et rafraîchissant. Les équipes artistiques tiennent toutes leurs promesses, et rien que pour le sublime Dracula de Becky Clooney, il ne faut pas passer à côté.