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vendredi 20 août 2021

CATWOMAN #34, de Ram V et Fernando Blanco


Ce trente-quatrième épisode de Catwoman marque une étape dans la série écrite par Ram V puisque le scénariste perd son dessinateur, Fernando Blanco (appelé sur un autre projet pour l'instant secret). Mais aussi parce que le mois prochain, Catwoman est embarquée dans le crossover Fear State. Il s'agit donc de conclure en beauté, ce que ne manquent pas de faire Ram V et Fernando Blanco.


Blessée par le Père Vallée, Catwoman a été sauvée de la noyade par Batman. Il a pu la retrouver à temps grâce au détective Hadley du GCPD qui l'a prévenu qu'un tueur était aux trousses de Catwoman. Batman remet à sa partenaire des infos sur Vallée qui devrait lui permettre de le vaincre.


Cependant, Hadley se rend dans les ruines de l'église St-Thomas, détruite par Vallée et y trouve un plan calciné à partir duquel il déduit que l'assassin a une autre cible que Catwoman. Cette dernière fonce dans le repaire de son adversaire et découvre qu'il tient sa soeur Maggie dans sa ligne de tir.


Catwoman engage le combat mais le Père Vallée la domine car il a l'avantage d'avoir étudié ses techniques de combat. Mais Catwoman a des ressources et réussit à se reprendre. Cependant, Hadley calcule d'après les positions du plan laissé par Vallée ce qu'il vise.


Catwoman réussit à blesser mortellement Vallée mais celui-ci a encore un tour dans son sac : il actionne le tir de son fusil pour abattre Maggie. Hadley surgit sur la terrasse de cette dernière. Une détonation éclate en même temps que Vallée se jette dans le vide et se fait exploser...

Voilà une nouvelle leçon de narration prodiguée par Ram V et Fernando Blanco. J'espère vraiment que le dessinateur laisse tomber Catwoman pour un projet qui vaut le coup car il manquera cruellement à la série sur laquelle il accomplissait un magnifique travail et affichait une complicité épatante avec son scénariste.

Car, ou, le moment est venu pour Fernando Blanco de faire ses adieux à Catwoman. Depuis 2018, où il a régulièrement oeuvré comme fill-in artist sur le run de Joelle Jones jusqu'à 2021 où il est devenu titulaire du poste, le dessinateur espagnol a bien servi les aventures de la féline fatale. Son trait charbonneux, ses compositions inventives et magnifiquement équilibrées, son sens du découpage souvent prodigieux, ont permis au titre d'avoir une stabilité graphique qui lui manquait auparavant (Jones ayant connu des difficultés récurrentes à cumuler scénario et dessin).

Encore une fois, Blanco livre des planches superbes où son talent éblouit. Ce numéro est riche en action et alimenté par un suspense crescendo jusqu'à la toute dernière image. Il sert intelligemment le script en sachant mettre en valeur les points forts de l'histoire, qui file sur un rythme soutenu, implacable.

On retiendra bien entendu principalement l'affrontement entre Catwoman et le Père Vallée qui tient toutes ses promesses : brutal, impitoyable, intense, il est mis en image avec un savoir-faire indéniable. Blanco ne sacrifie rien : ni les décors, ni les jeux d'ombres et de lumière, les angles de vue dynamique, l'expressivité des personnages. On vibre durant ce combat où il est clair dès le début qu'un des deux ne survivra pas. La personnalité malade du Père Vallée transforme l'issue de cette bagarre non pas en règlement de comptes ni en application d'une justice expéditive, mais bien comme la traduction d'un comportement radicalisé face à une Catwoman qui, elle, lutte pour sa survie et celle de sa soeur.

Avant cela, Ram V nous éblouit encore par l'assurance de son écriture. On a là un auteur qui sait exactement où il va et ce qu'il ambitionne, qui entraîne le lecteur où il l'a décidé. Ce n'est pas étonnant qu'on se l'arrache et on peut s'étonner que DC ne lui ait pas fait signer un contrat d'exclusivité (mais l'éditeur est désormais dans une politique incongrue qui consiste à ne pas s'attacher les services de ses scénaristes pour ne pas avoir à supporter des salaires trop élevés, quitte ensuite à assister à une fuite des talents).

Ram V a en tout cas prouvé qu'il était à la hauteur non seulement du job mais surtout de ses références. Quand on prend pour maîtres-étalons quelqu'un comme Ed Brubaker, mieux vaut être sûr de son affaire car ce dernier avait totalement révolutionné Catwoman en son temps (avec l'aide non négligeable de Darwyn Cooke).

Mais Ram V n'est pas qu'un bon élève appliqué : son style existe et se traduit par une maîtrise du tempo, des temps forts et des temps calmes, vraiment bluffante. Lorsqu'il accélère, impossible de ne pas être emporté par son swing, et cet épisode est une démonstration. Passées les premières pages qui voit la réunion de Batman et Catwoman sur un mode mi-romantique mi-taquin, une fois que le Père Vallée défie son ennemie, c'est un défilé de pages sensationnelles, qui vous prend à la gorge et vous laisse sidéré à la toute fin. La dernière image encore une fois vous cueille complètement.

Même si je doute que ce soit la solution choisie par DC en Décembre, si Ram V succédait à Tynion IV pour prendre la direction de Batman, mais sans lâcher Catwoman, on pourrait alors avoir une parfaite synthèse entre l'option action de ces derniers mois et celle plus psychologico-sentimentale de Tom King (car j'aimerai vraiment que le couple BatCat se reforme tout en leur conservant leurs séries propres).

Espérons surtout que Catwoman maintienne cette qualité dans les prochains mois et que Nina Vakueva, qui remplacera Blanco au dessin, soit digne d'un niveau comparable. Ce sera difficile mais je croise les doigts car j'aime cette série et je déplorerai de la lâcher à cause de mauvais dessins. 

mercredi 21 juillet 2021

CATWOMAN #33, de Ram V et Fernando Blanco


La couverture de ce trente-troisième numéro de Catwoman ne ment pas : l'affrontement tant attendu et redouté entre la féline fatale et le Père Vallée a bien lieu ce mois-ci et l'épisode est orchestré comme un crescendo oppressant. Ram V est décidément en feu et rejoint par Fernando Blanco, pour l'avant-dernière fois, il livre un chapitre magistral.


Le chaos s'est emparé de Alleytown. Déjà sous la coupe du GCPD et des agents du programme Magistrat déployés par le maire Nakano et Simon Saint, les habitants du quartier défendu par Catwoman sont soupçonnés d'avoir fait sauter l'église abandonnée St-Thomas.


De retour de l'hôpital où est soigné Léo, Catwoman découvre que son allié n'est autre que Geule d'argile qui la convainc de se laisser aider par de vieux amis - Cheshire, Knockout, Firefly et Killer Croc - mais aussi de renouer avec ses rivaux dans Alleytown.


C'est ainsi que, accompagnée par Killer Croc et Gueule d'argile, Catwoman rencontre Pit Rollins pour contrer les forces de police et protéger les habitants du quartier. Rollins ne manque pas l'occasion pour dire à Selina Kyle que si la situation a dégénèré, c'est à cause de son manque d'nnticipation.


La réunion terminée, Catwoman et ses deux lieutenants d'un soir sont attaqués par le Père Vallée. Il la blesse gravement et éloigne Gueule d'argile. La police arrive sur place. Catwoman coule dans la baie de Gotham en se vidant de son sang...

C'est dans une position curieuse que je critique cet épisode que j'ai trouvé, une fois encore, excellent, mais qui est assombri par l'annonce du départ prochain de son dessinateur. Fernando Blanco signe son avant-dernier numéro, appelé sur un autre projet (encore inconnu mais assez excitant selon ses dires pour ne pas pouvoir le refuser). Même s'il n'a été l'artiste régulier de Catwoman que depuis l'Automne 2020, il achève un passage sur le titre qui remonte à 2018, lorsqu'il intervenait en qualité de suppléant à Joelle Jones (alors scénariste et artiste de la série).

Blanco tient visiblement à partir en beauté car ses planches sont superbes. Son découpage est plus sage qu'auparavant, mais il réalise des plans ébouriffants, auxquels la colorisation experte et nuancée de Jordie Bellaire ajoute une plus-value indéniable. Lorsqu'on suit Catwoman sauter de toit en toit dans Alleytown la nuit tout en évitant d'être repérée par les hélicos du GCPD ou qu'on la voit en train d'affronter le Père Vallée sur les docks en flammes, la fluidité des chorégraphies est magnifique.

Quand Blanco doit découper une scène de dialogue tendue, comme quand Catwoman parlemente avec Pit Rollins, il réussit à restituer l'intensité des échanges de manière sobre et efficace tout en variant les angles de vue. C'est un artiste complet, un narrateur achevé, et sa prestation sera regrettée, d'autant que sa remplaçante, Nina Vakueva, même si je ne veux pas la disqualifier d'office, ne me semble vraiment pas du même calibre. J'ignore quel est ce projet immanquable qu'a accepté Blanco, mais vraiment c'est un coup dur pour Catwoman et ses fans, d'autant que sa complicité avec Ram V faisait des étincelles.

Le scénariste a patiemment mais avec beaucoup de maîtrise mené son recit jusqu'à l'implosion. L'Annual, sorti récemment, est indispensable à la bonne compréhension des événements, donc assurez-vous de le lire avant de vous plonger dans cet épisode. Il permet surtout d'apprécier les qualités de combattant du Père Vallée qui domine largement Catwoman dans un final douloureux. Mais il explicite aussi comment cet assassin professionnel est repéré par le détective Hadley et surtout comment il agit en marge du chaos qui règne déjà dans Alleytown.

Ram V écrit la situation de façon vibrante : le quartier est maintenant sous la coupe du programme Magistrat autorisé par le maire Nakano. Peuplé de gens modestes, et d'une délinquance nombreuse, c'est la cible parfaite pour tester cette milice conçue par le milliardaire Simon Saint, véritable fil rouge des Bat-séries (puisqu'il est à l'oeuvre, à différents niveaux dans Batman, Detective Comics, Harley Quinn et Catwoman).

Cette réussite est celle d'un staff éditorial, qui malgré les crises qui agitent DC depuis des mois (à cause de plans sociaux successifs) mérité le respect. Je ne suis pas toujours tendre avec DC, qui avance parfois comme un poulet sans tête et dont le meilleur de la production semble se concentrer dans le Black Label, un espace de liberté créative semblable à feu le label Vertigo. Mais il faut reconnaître que, sous le patronage de James Tynion IV, auteur désormais établi sur Batman, les scénaristes des Bat-séries se sont bien coordonnés pour que l'ennemi des héros soit commun, que la menace se propage de manière structurée. C'est, à bien des égards, exemplaire, et plus électrique que pour un crossover classique - et donc il sera intéressant de vérifier si la formule fonctionnera aussi bien quand l'intrigue impactera tous les titres lors de Fear State cet Automne. Si oui, alors, ce sera un feu d'artifice.

Pour l'heure et dans le cas qui nous intéresse ici, Ram V fait un usage épatant de cette matière sans avoir à sacrifier ce qu'il a lui-même bâti. Comme Batman actuellement, Catwoman est acculée et doit renouer avec des partenaires dont elle s'était désolidarisée (des criminels avérés comme Killer Croc, Firefly, Cheshire, Gueule d'argile - même si ce dernier s'est racheté au sein des Gotham Knights dans Detective Comics période Tynion). Elle n'a plus le choix car non seulement Alleytown est en train de tomber mais surtout parce que ses protégées (les Strays, ces gamins qu'elle a recueillis dans son Nid) sont en danger. On constate bien à quel point renégocier avec Pit Rollins la contrarie - mais aussi à quel point ce que lui dit Rollins est juste (elle a été trop soft pour une reine auto-proclamée).

En doublant le divertissement d'une réflexion sur le pouvoir, les compromissions qu'il exige et les faiblesses qu'il expose, Ram V et Fernando Blanco ont fait de Catwoman une série prodigieuse. Espérons que cela dure, malgré les changements à venir.

vendredi 2 juillet 2021

CATWOMAN ANNUAL 2021 #1, de Ram V, Fernando Blanco, Kyle Hotz et Juan Ferreyra


Un Annual est toujours un exercice particulier : en raison de son format (plus long qu'un épisode classique), de sa parution (une fois l'an donc) et parfois de l'équipe artistique qui s'en occupe (et qui peut ne pas être celle de la série à laquelle il s'intègre). Mais Ram V reste aux manettes pour ce n° de Catwoman, où il révèle les origines du Père Vallée, le mystérieux tueur lancé aux trousses de Selina Kyle. Il peut s'appuyer sur trois dessinateurs aux personnalités graphiques fortes pour cela.


De nos jours, à Gotham. Laissé pour mort dans une ruelle de Alleytown, Leo Carreras est conduit à l'hôpital. Selina Kyle le rejoint pour s'assurer qu'il aille mieux. Elle sait qui s'en est pris à son lieutenant et compte bien le venger.


Autrefois. Ludovic Vallée était Azraël, champion de l'Ordre de St. Dumas. De retour d'une mission, il retrouve son protégé, Karl Wasieman, qui a des doutes sur l'organisation. Leur chef ordonne à Ludovic de débusquer une taupe et pour cela, d'assassiner les membres les moins importants de l'Ordre.


Ludovic exécute sa mission à contrecoeur mais avec efficacité jusqu'à ce qu'il doive éliminer Karl. Mais celui-ci préfère se jeter dans le vide depuis un balcon plutôt que de périr par l'épée de son mentor. Miraculeusement, il survit et se croit alors investi par Dieu d'un objectif précis
.

Karl va démasquer la taupe avant Ludovic et lui démontrer ainsi l'inutilité du massacre qu'il a commis en obéissant aveuglément aux ordres de son chef. Ludovic fournit ses papiers, une nouvelle identité à Karl qui jure de le tuer s'il le croise à nouveau.


De nos jours, à Gotham. Le programme Magistrat commence à s'appliquer dans Alleytown, provoquant des manifestations de protestation. Le Père Vallée profite du chaos pour faire sauter une bombe dans l'église où il avait installé ses appartements...

Depuis son apparition dans les pages de Catwoman, le personnage du Père Vallée s'est imposé tranquillement comme un méchant original. Recruté par le Pingouin qui voulait punir Selina Kyle qui l'avait escroqué, cet assassin a imposé ses conditions car il voulait décider seul du moment et du moyen de tuer sa cible. De fait, il s'est contenté d'abord de l'observer, de l'étudier, sans vraiment se cacher mais sans dévoiler son contrat. Il passait presque pour une sorte d'ange gardien auprès de Catwoman en assurant ses arrières quand elle a aidé le Sphinx contre une tueuse à gages.

Mais le lecteur ne doutait jamais de la dangerosité et de la malice de cet individu qui récitait des passages de la Bible d'une manière aussi inquiétante que Jules Winnfield dans Pulp Fiction. Avec son look peu commun (un haut de forme fatigué, un manteau et un pantalon noir, des lunettes rondes opaques, il n'avait rien à voir avec un super-vilain traditionnel non plus. Et lorsque le Pinguoin l'a pressé de remplir sa mission, le Père Vallée lui a fermement comprendre qu'il était libre d'agir comme bon lui semblait.

Raconter l'origin story d'un méchant est toujours périlleux car on peut craindre que le scénariste ne cherche à excuser sa conduite criminelle par un traumatisme, ce qui aboutit à l'affadir. Ou au contraire à le transformer en un monstre sans nuances, qui perdrait tout mystère. Ram V échappe à ces écueils avec sa maîtrise habituelle, quand bien même il aurait pu faire un peu plus court et plus nerveux.

L'épisode est encadré par deux scènes au temps présent : la première où on apprécie d'apprendre que Leo Carreras, laissé pour mort, a survécu aux tortures du Père Vallée ; la seconde où ce dernier aggrave le chaos qui s'empare de Alleytown où débarque la milice du programme Magistrat en renfort des forces du GCPD. L'ambiance de cette dernière scène nous plonge un peu plus dans l'avenir oppressant de Future State et prépare à nouveau le terrain pour le crossover de cet Automne, Fear State (qui concernera les Bat-titles, y compris Nightwing).

Mais le plus gros morceau s'inscrit dans un flashback où nous faisons connaissance avec Karl Wasieman, le vrai nom du Père Vallée. Ram V lie son destin à celui de l'Ordre de Saint-Dumas, au sein de laquelle on trouve Azraël. Ce personnage a un temps remplacé Batman, blessé à la suite d'un combat contre Bane (la saga Knightfall), en appliquant une justice expéditive, suivant les préceptes de l'organisation où il a été formé, une sorte d'avatar des Templiers. Par la suite on a découvert qu'il y avait plusieurs Azraël, un titre qui se transmet car produit d'un programme, même si Jean-Pierre Vallée s'est retournée contre ses maîtres et a fini par devenir un allié de Batman (malgré son état mental instable).

Karl est le protégé d'un certain Ludovic Vallée, un des Azraël, mais il doute du bien-fondé de la croisade menée par l'Ordre de St-Dumas. Au même moment, le chef de l'organisation ordonne à Ludovic de débusquer une taupe en son sein et pour cela, d'en éliminer les membres les plus négligeables. Une stratégie radicale et absurde, il faut bien l'admettre, et comme la suite de l'histoire va le prouver. Sur ce point, Ram V cède à un spectaculaire un peu complaisant et inhabituel chez lui, qui rallonge d'ailleurs la sauce et coûte des bons points à cet Annual.

Dans ce segment, Kyle Hotz assure le dessin : son style très sombre et tourmenté convient bien au script mais je dois dire que je n'en suis pas très fan. La manière de traiter les morphologies, les visages, de tout noyer dans des ombres, rend le passage pénible. 

Puis on passe à la mission assignée à Ludovic. Là Ram V se fait plus nerveux et allusif. On comprend l'horreur de ce qui se passe sans qu'il ait besoin d'insister sur la représentation. Le face-à-face entre Ludovic et Karl est un grand moment, intense, qui met en relief l'absurdité atroce de ce massacre. En même temps, il explique le délire mystique qui va s'emparer de Karl et le transformer en tueur à son tour, enfièvré mais plus malin puisque lui va s'employer à débusquer la taupe (et réussir). Au final, on comprend aussi comment il en vient à changer d'identité pour devenir le Père Vallée. Et Ram V laisse la porte grande ouverte à un retour de Ludovic, avec une dimension tragique.

Cette fois, à l'exception de quelques pages, c'est Juan Ferreyra qui hérite des dessins. Ou plutôt des peintures puisqu'il réalise sa partie en couleurs directes, avec sa précision habituelle. L'artiste s'était fait remarquer par sa technique sur le Green Arrow de Benjamin Percy avant de partir chez Marvel, où il n'a pas (encore) trouvé un titre aussi bon. Le revoir chez DC (puisque, apparemment, il n'est pas exclusif Marvel) est un plaisir : ses planches sont superbes.

Le prologue et l'épilogue sont quant à eux dessinés par Fernando Blanco (ce qui explique son remplacement par Evan Cagle sur le dernier n° de Catwoman). Comme d'habitude, il signe des pages épatantes, rythmées, au découpage très fluide. Son trait charbonneux et vif est un régal, soutenu par les couleurs de Jordie Bellaire.

Malgré donc quelques longueurs et quelques scènes un peu faciles, Ram V signe un Annual convaincant, qui s'intercale à merveille entre deux épisodes classiques de Catwoman. La suite promet d'être palpitante. 

samedi 22 mai 2021

CATWOMAN #31, de Ram V et Fernando Blanco


Catwoman #31 marque une étape importante pour la série mais aussi le futur des Bat-titles, car DC a annoncé cette semaine un crossover à paraître cet Automne : Fear State. Si jusqu'à présent, Catwoman semblait évoluer à la marge des autres parutions en lien avec Batman, cette fois Ram V s'inscrit dans un plan d'ensemble mis en place par James Tynion IV. Toutefois, cela n'impacte pas la singularité du titre ni l'efficacité de son intrigue. Et Fernando Blanco livre comme toujours de magnifiques planches (avant de souffler un peu).
 

Après s'être fait inviter à la soirée donnée par le collectionneur Siddhart Roy, Selina Kyle profite de la confusion générée par le vol d'un tableau d'Edgar Degas, pour accéder à la pièce où est retenue Poison Ivy. Elle la libère et organise son exfiltration avec ses complices.


L'opération, menée sans discrétion à partir de là, s'achève par un face-à-face entre Roy et Catwoman, sur le point de fuir à son tour. La perte de Poison Ivy, alors qu'il avait promis à Simon Saint de s'en débarrasser, pousse Roy au suicide.


Simon Saint apprend la mort de Roy et réagit rapidement. Il charge Rhea, sa tueuse, d'éliminer Catwoman et Poison Ivy sans délai. Pendant ce temps, il va s'employer à presser la mairie pour instaurer le programme du Magistrat, dont la première mission sera de purger le quartier d'Alleytown.


Selina Kyle retrouve le mystérieux informateur qui lui avait indiqué où trouver Poison Ivy et qui lui fournit une planque pour cette dernière, dans une église désaffectéee. Lorsque Selina demande à Shoes, qui veille sur Ivy où est Leo, elle l'ignore. Le malheureux est prisonnier du Père Vallée...

La couverture nous met déjà la puce à l'oreille : quelque chose va changer. En effet, Joelle Jones a cédé sa place de cover-artist à Robson Rocha (Jones sort cette semaine le premier épisode de sa mini-série Wonder Girl, Rocha n'a plus aucune série à dessiner). Voilà pour la façade.

Depuis qu'il a repris en main la série Catwoman, Ram V a profité à fond du rebattage des cartes voulu par James Tynion IV, qui a décidé de séparer la féline fatale de Batman pendant un an, une pause pour que les deux amants réfléchissent à leur couple (et certainement pour annuler, à terme, le statu quo établi par Tom King et donc rendre la mini Batman/Catwoman hors continuité). Catwoman évoluait donc à la marge des Bat-titles, sans être impactée par les événements relatés dans Batman ou Detective Comics, mais encore à proximité du dark knight.

Pourtant, lorsqu'on lit ou même survole les séries Batman, Detective Comics, Harley Quinn, on constate que la figure de Simon Saint est récurrente. Ce milliardaire à l'origine du programme du Magistrat, dont on a vu l'aboutissement durant l'event Future State, manoeuvre patiemment pour purger Gotham de ses vigilants, tout en s'employant à convaincre le maire Nakano, et avec l'aide de l'Epouvantail (qui travaille à créer un climat d'insécurité dans la ville de Gotham, pour que ses habitants adhérent au projet de Saint).

Mais ce mois-ci, Catwoman est rattrapée par cette conspiration. Ram V en a fait la protectrice d'Alleytown, en écartant divers caïds et en rassemblant des enfants errants. Puis dernièrement elle a secouru le Sphinx et a été mise sur la piste de Poison ivy, dont les pouvoirs végétaux ont permis la fabrication d'une nouvelle drogue. Guidée par un indicateur mystérieux, elle a localisé Ivy chez un collectionneur, Siddhart Roy à la réception duquel elle s'est invitée sous un faux nom.

La moitié de l'épisode est narrée de manière déconstruite et on apprend comment Selina/Catwoman a dérobé un tableau de Degas chez Roy pour crééer une diversion à la faveur de laquelle elle a libérée et exfiltrée Poison Ivy. En relatant ses manigances à Siddhart Roy, Catwoman, sur le point de fuir, prouve à quel point elle est une cambrioleuse de génie. Mais son récit s'achève sur une note dramatique quand Roy préfére se suicider plutôt que de subir le courroux de Simon Saint, son partenaire en affaires, à qui il avait promis de se débarrasser d'Ivy.

Simon Saint fait donc son entrée dans la série et la vie de Catwoman, même si elle ne sait rien de lui. Ram V consacre les pages suivantes à cet homme qui envoie alors sa tueuse, Rhea (celle-ci qui avait failli éliminer le Sphinx), supprimer Catwoman et Ivy. La chasse est ouverte et Saint n'entend pas en rester là : Alleytown sera le premier quartier de Gotham qu'il nettoiera avec son programme du Magistrat. C'est ce qui a été raconté dans Future State : Catwoman.

Mine de rien, c'est bien fichu. Tout cela a été amené de manière quand même subtile, même s'il était prévisible que Catwoman serait impliquée à un moment ou à un autre tant James Tynion (dans Batman), Mariko Tamaki (dans Detective Comics) et Stephanie Phillips (dans Harley Quinn) tiraient tous dans la même direction. DC a officialisé le crossover intitulé Fear State pour cet Automne, auquel participera aussi John Ridley (avec The Next Batman, pour lier futur et présent dans cette intrigue). Je reste néanmoins prudent car je n'aime guère les crossovers (je préférerai que les séries existent sans devoir être réunies pour des sagas), mais le projet est cohérent et séduisant.

Visuellement, Fernando Blanco s'apprête à faire un court break (il sera remplacé par Evan Cagle, dont j'ai vu quelques planches prometteuses en avant-première). Il livre des planches encore une fois superbes, où sa complicité avec Jordie Bellaire aux colueurs est éblouissante. Le découpage de la première partie de l'épisode est magistral car le lecteur n'est jamais perdu dans la narration à rebours. Tout est mené sur un rythme soutenu mais avec un souci de lisibilité remarquable.

La seconde partie de l'épisode ne déçoit pas non plus. Blanco soigne les décors, qu'il s'agisse du bureau nid d'aigle de Simon Saint avec l'hologramme du quartier d'Alleytown. Il donne à Rhea une présence inquiétante à souhait, qui rappelle celles des répliquants dans Blade Runner. Puis la scène dans l'église abandonnée avec Ivy (qui ne semble plus avoir toute sa tête) possède elle aussi un magnifique écrin, avec des compositions de plans impeccables. Blanco fournit une prestation discrète mais très aboutie, c'est un plaisir pour les yeux, et un parfait complément au scénario de Ram V.

Les prochains mois s'annoncent mouvementés pour Catwoman et riches sur le plan éditorial (ave entre autres un Annual, qui dévoilera les origines du Père Vallée). Mais la série est entre de bonnes mains, de quoi poursuivre l'aventure en confiance.

samedi 24 avril 2021

CATWOMAN #30, de Ram V et Fernando Blanco


C'est une routine, certes, mais de celles dont on n'est pas prêt de se lasser. Car une fois de plus, une fois encore, Ram V et Fernando Blanco nous régalent avec ce nouveau chapitre de Catwoman. Le duo peut même se permettre une auto-citation sans avoir l'air de bégayer. L'histoire est captivante, elle est magnifiquement mise en images. Que demander de plus ?


Le Sphinx reçoit des soins après sa blessure par balles par le Père Vallée. En échange, Catwoman exige qu'il lui dise tout ce qu'il sait sur son agresseur. Edward Nygma lui révèle avoir consommé une nouvelle drogue, composée à partir de l'ADN de Poison Ivy, dont il a retrouvée la trace.


Il est évident pour Catwoman que les laboratins qui ont utilisé Poison Ivy vont s'en débarrasser maintenant. Elle doit donc la sauver et empêcher que cette drogue ne circule dans Alleytown. Pour cela, aidée de sa troupe de gamins, elle prend en filature des camions en route pour un incinérateur.


Mais quand elle y arrive, ses espions n'ont rien vu de suspect. C'est alors qu'un inconnu aborde Catwoman en lui donnant l'identité d'un homme qui a récupéré Poison Ivy : il s'agit d'un riche et excentrique collectionneur qui donne une soirée pour présenter ses dernières acquisitions.


Selina, sous le pseudonyme de Mme Lefélin, se fait inviter à cette réception donnée par Siddhart Roy, à laquelle est convié la gratin de Gotham... Cependant, le Pingouin réclame des comptes au Père Vallée qui entend mener sa mission comme bon lui semble...

Il est difficile de commenter une série quand elle aligne avec une telle régularité les épisodes de cette qualité. Comment ne pas se répéter et ne pas sombrer dans une litanie de compliments, mérités mais redondants ?

Mais on ne va pas non plus se plaindre d'écrire sur une série excellente. Catwoman occupe une place un peu à part dans les Bat-titles, dans la mesure où James Tynion IV a détaché Selina Kyle de Batman car il ne désirait pas l'intégrer dans ses intrigues (alors que tout le run de Tom King consistait à établir le couple). Ram V en profite pleinement, non pas en niant ce que King a écrit, mais en s'efforçant de faire de Catwoman comme un personnage à part entière, dont l'existence ne dépend pas de Batman.

Du coup, on a droit à quelques allusions discrètes sur la situation du couple, comme quand Léo, le fidèle lieutenant de Selina, suggère qu'elle fasse appelle à Batman pour l'aider dans l'affaire qui lie le Sphinx à Poison Ivy. Mais Selina refuse en rappelant que Batman et elle font une pause, mais surtout qu'elle n'a pas besoin de lui, tout simplement.

L'autre caractéristique de Catwoman, c'est son ambiguïté morale. S'il ne fait pas de doutes qu'elle agit pour le bien de son quartier, Alleytown, elle le fait à sa manière, bien personnelle, selon des méthodes qui ne seraient certainement pas toutes approuvées par Batman. Et Ram V, là aussi, respecte cette composante essentielle de l'héroïne, en sachant en faire une justicière mais avec des manières conservées de son passé de voleuse.

Le scénariste et son dessinateur s'autorisent même une auto-citation dans cet épisode puisqu'on assiste à une scène de filature qui renvoie à celle du n° 27 de Novembre dernier. Toutefois, il ne s'agit pas de répéter pour le plaisir ou par paresse, puisque la séquence n'a pas la même justification ni le même terme. En revanche, elle met en valeur le talent d'acrobate et de combattante de Catwoman pour notre plus grand plaisir.

Cette fois, le Père Vallée ne fait qu'une brève apparition, mais elle est spectaculaire. Entre l'assassin mystique et le Pingouin, il semblerait même que le contrat soit rompu. C'est en tout cas un fascinant vilain, imprévisible et déterminé, et quand il va enfin affronter directement Catwoman, ce sera assurément un grand moment (prévu pour le #33 en Juillet prochain).

Ram V dirige l'intrigue dans une direction captivante, avec ce collectionneur excentrique, qui récupère Poison Ivy. On appréciera aussi l'alias sous lequel Selina se fait inviter chez ce dernier (madame Lefélin).

Visuellement, Fernando Blanco fait très fort. Outre la scène centrale de filature, où il impressionne par la fluidité et l'intensité de son découpage, il expérimente avec une double page durant laquelle le Sphinx résume comment il a consommé la drogue extrait de Poison Ivy et la façon dont il est remonté jusqu'au site où elle était fabriqué. Les cases forment un point d'interrogation, le symbole d'Edward Nygma, mais aussi la marque du mystère qui entoure cette affaire pour Catwoman. 

Avec son encrage un peu charbonneux, Blanco s'approprie merveilleusement l'atmosphère nocturne et urbaine de la série, que vient magnifier Jordie Bellaire et ses couleurs. C'est un régal pour les yeux, vraiment du bon et beau travail. Assurément une des plus belles séries mainstream régulières actuelles.

Oui, que demander de plus ? Que ça continue, pardi !

vendredi 26 mars 2021

CATWOMAN #29, de Ram V et Fernando Blanco


Ram V revient à sa version actuelle de Catwoman après l'intermède Future State. Il renoue aussi avec son dessinateur, Fernando Blanco. L'habilité des deux partenaires leur permet de revenir sur le titre comme s'ils l'avaient quitté le mois dernier et surtout au lecteur de s'y retrouver sans aucune difficulté. L'intrigue qui démarre est haletante et promet beaucoup pour la suite.


Alleytown, Gotham. Au Nid, le détective du GCPD Dean Hadley est reçu par Selina Kyle à qui il remet un dossier sur une affaire qui est susceptible de l'intéresser et où elle pourrait l'aider. Une fois son invité parti, Selina se plonge dans le compte rendu et reconnaît un logo...


Ailleurs, à Gotham. Des laborantins s'activent autour d'un réservoir vitrée dans lequel se trouve, sans connaissance, Poison Ivy, et l'un d'eux, au téléphone, confirme que son équipe a réussi à synthétiser une drogue à partir de leur prisonnière. Il reçoit l'ordre d'incinérer Ivy.


La nuit venue, Catwoman enquête et se rend chez le Sphinx. Elle pénètre dans son appartement par effraction et trouve sur un document le logo qu'elle a reconnu dans le rapport d'enquête de Hadley. Mais dans la pièce voisine, Edward Nygma est aux prises avec une mystérieuse tueuse.


Catwoman intervient et permet, difficilement, au Sphinx de fuir. Elle le suit et essuie des tirs de fusil avant de semer la tueuse. Nygma et Catwoman se jettent dans la baie et se mettent à l'abri. Le Sphinx sort de l'eau, blessé par balles, et avoue à Catwoman que Poison Ivy a été enlevée...

Le premier arc de Catwoman écrit par Ram V fin 2020 a permis de constater que ce scénariste avait spectaculairement redressé cette série après le run calamiteux de Joelle Jones. En quelques épisodes, sous l'influence assumée de Ed Brubaker (dont il est fan), Ram V a donné un nouvel élan au titre grâce une intrigue efficace, qui a également resitué le rôle de son héroïne tandis qu'elle et Batman font une pause pour éprouver leurs sentiments.

Catwoman est devenue une sorte de protectrice de Alleytown, le quartier où elle a grandi et où elle s'est établie avec sa soeur Maggie. Elle recueille dans le Nid, un immeuble qu'elle a acquis en escroquant le Pingouin, des enfants à la rue. Elle a également dû imposer sa loi à plusieurs gangsters qui profitent de la misère de l'endroit pour faire prospérer leurs traffics. Dans l'ombre, un tueur, recruté par Oswald Cobblepot (le Pingouin), le Père Vallée veille sur Catwoman en attendant de l'éliminer car il ne veut pas qu'un autre le fasse. Enfin, un flic, Dean Hadley, qu'elle a croisé lors de son séjour à Villa Hermosa, n'hésite pas à composer avec elle pour assainir ce coin de la ville, couvert par des policiers corrompus.

Ce 29ème épisode s'ouvre par l'assassinat sauvage d'un des caïds de la drogue que Catwoman s'est mise à dos. On retrouvera plus tard la tueuse qui lui a réglé son compte mais on mesure tout de suite la dangerosité qu'elle représente et donc la menace pour Catwoman. Comme à son habitude, Ram V sait poser rapidement une situation, un personnage, qui marque le lecteur.

Une autre scène revient sur un point entreveu avant la coupure Future State : on avait aperçu Poison Ivy détenue par une bande de scientifiques sans trop savoir comment elle était arrivée là et ce à quoi elle servait. Le mystère reste bien entretenu mais on apprend quand même qu'on a fabriqué une drogue à partir de ses pouvoirs sur les végétaux et que celui qui a procédé à l'opération ordonne désormais qu'on se débarrasse de Pamela Isley.

Ram V développe ces pistes narratives sur un rythme soutenu mais toujours dans une narration claire. On saisit les enjeux, on identifie les protagonistes. C'est grisant à lire car on est captivé par ces péripéties et la manière avec laquelle le scénariste implique Catwoman. Surtout il conserve précieusement l'ambiguïté de cette dernière en la montrant comme la protectrice de Alleytown mais usant de méthodes qui lui sont propres et continuant de fréquenter des acolytes que n'apprécierait pas Batman. 

S'il y avait une scène à retenir pour saisir le brio de l'écriture de Ram V, ce serait celle où Catwoman s'introduit chez le Sphinx : chez lui, elle avait déjà vu un étrange logo en relation avec l'enquête sur laquelle Dean Hadley travaille et lui demande son aide. Mais alors qu'elle fouille les papiers d'Edward Nygma, celui-ci est sur le point d'être exécuté dans la pièce voisine par la tueuse vue au début de l'épisode. Catwoman ne peut laisser un crime être commis mais surtout risquer que le Sphinx soit éliminé au moment alors qu'il détient sûrement des infos préciseuses sur l'affaire qui intéresse Hadley. La voilà donc obligée de s'interposer et de protéger cette canaille de Nygma, qu'elle a précédemment roulé en escroquant le Pingouin. Ce retournement de situation est savoureux et scelle l'affrontement à venir entre l'Atout (le surnom de la tueuse) et Selina Kyle.

La partie graphique est toujours assurée par l'épatant Fernando Blanco qui produit une fois de plus des planches extraordinaires. Il soigne particulièrement les décors, ce qui est appréciable, car ils ont une importance majeure, non seulement pour savoir où on se trouve dans la progression de l'histoire, mais aussi parce que chaque site de l'action est au service d'une ambiance. Le laboratoire où on pratique des expériences sur Poison Ivy est glaçant à souhait. L'appartement en désordre du Sphinx indique immédiatement que quelque chose de dramatique va s'y jouer car on imagine mal un control freak comme Nygma habiter dans un endroit mal entretenu. Le temps d'une pleine page fantastique, on a aussi une vue sur Alleytown la nuit, un plan d'ensemble merveilleux sur l'environnement urbain, les lumières artificielles, la silhouette de Catwoman qui se détache dans le ciel tandis qu'elle accomplit une acrobatie entre deux immeubles.

Blanco croque les personnages d'un trait vif et flatteur. Il saisit Selina Kyle dans sa piscine dans un maillot de bain une-pièce qui met en valeur sa plastique irréprochable. Ce qui pourrait passer pour plusieurs cases un peu racoleuses sur l'héroïne en petite tenue devient ensuite le véhicule à un dialogue entre Selina et sa soeur Maggie qui a trouvé Hadley séduisant et soupçonne qu'il n'est pas insensible au charme de Selina. Comment pourrait-il être indifférent devant cette femme splendide, si sûre d'elle ?

Une nouveauté cependant s'est invitée dans la série sur le plan visuel et elle de taille puisque Jordie Bellaire a trouvé du temps (dans son agenda pourtant bien rempli) pour en devenir la coloriste. Si FCO Plascencia ne déméritait vraiment pas, Bellaire livre une contribution si fine, si nuancée qu'il est impossible de nier sa plus-value. 

Bref, Catwoman poursuit sur sa belle lancée. Une reprise de première classe pour une des meilleures séries DC (et séries tout court) actuelles.

jeudi 24 décembre 2020

CATWOMAN #28, de Ram V et Fernando Blanco


Alors que la série va connaître un hiatus de deux mois (j'y reviendrais), Ram V a décidé de laisser Catwoman à l'aube de ce qui ressemble à un nouvel arc narratif. Pour l'heure, Selina Kyle continue de marquer de son empreinte le quartier de Alleytown à Gotham, d'autant qu'elle a délibérèment provoqué les caïds en place. Fernando Blanco est là pour mettre ce scénario haletant en images, avec sa coutmière efficacité.


Informé par "Pit" Rollins des ambitions de Catwoman pour Alleytown, Nahigian Khadym, le baron de la drogue, envoie une bande de mercenaires armés pour détruire le Nid et tuer cette concurrente. Mais celle-ci a tout prévu, au point qu'elle peut s'occuper d'un autre dossier, ailleurs.


Ainsi intervient-elle sur les docks où Rollins doit accueillir des trafiquants de drogue. Catwoman élimine les gardes et met le feu à la cargaison. Puis elle surgit dans la salle des négociations et congédie les dealers pour avoir une explication avec Rollins.


Grâce à la formation qu'elle leur a donnés, les vagabonds de Alleytown, tous ces gamins à l'abandon, sont en mesure de défendre le Nid. Ils ont préparé des pièges et neutralisent les mercenaires avant l'arrivée de la police à laquelle ils les livrent.


Khadym grillé, Rollins raisonnée, Catwoman quitte les docks et croise le Père Vallée. Cependant le détective Hadley apprend successivement que Khadym a passé un accord avec les fédéraux et que sa drogue présente une particularité...

S'il n'est pas indiqué qu'il s'agit de la fin de l'arc, tout simplement par ce rien n'a été précisé sur le nombre d'épisodes qu'il comptait, cela y ressemble fort. Ram V, depuis qu'il a repris la série en main, a orchestré le retour de Catwoman à Gotham, dans le quartier de Alleytown, au peuplement du Nid et à la reconquête de ce territoire. Tout ça alors que le Pingouin, que Selina Kyle a roulé, a recruté un tueur à gages mystique pour l'éliminer...

Dans ce #28, on assiste à l'aboutissement du plan de Catwoman : elle a méthodiquement accompli les missions qu'elle s'était fixée. D'abord en donnant à des gosses à l'abandon un Nid et en en faisant sa petite armée. Puis en s'attaquant aux malfrats qui gangrénaient le quartier de Alleytown. Désormais, elle tient "Pit" Rollins, et a écarté Nahigian Khadym.

La rapidité et l'efficacité du script de Ram V est épatante. Il a rendu à Catwoman ses lettres de noblesse en un temps record et honoré ceux dont il s'est inspiré (Ed Brubaker, Darwyn Cooke). Les fans de la féline fatale n'ont pas été à pareille fête depuis longtemps. Le personnage louvoie à nouveau entre un rôle de justicière et de voleuse, conservant son ambiguïté et son charme uniques. En outre, c'est un des rares personnages de la Bat-Familly à ne pas dépendre de Batman, à ne pas lui rendre de comptes, à exister sans lui (même si Ram V se garde bien d'épiloguer sur leur relation, alors que James Tynion IV, le scénariste de Batman, préférerait à l'évidence qu'ils restent séparés).

Le scénariste a de plus soigné le background de la série avec deux seconds rôles de choix : d'un côté, le détective Hadley, transfuge de Villa Hermosa (et donc du run de Joelle Jones) ; de l'autre, le Père Vallée, un tueur atypique. Ces deux hommes tournent autour de Catwoman et la considèrent comme le lecteur peut le faire, à la fois comme une femme séduisante, attirante, mais aussi dangereuse. Si Hadley a encore besoin d'être un peu étoffé, le Père Vallée est en revanche un personnage fascinant, qui bien qu'il ait accepté de tuer Catwoman l'a sauvé et prend son contrat comme une mission mystique, puisqu'il se présente comme un berger devant ramener dans le droit chemin les âmes égarées ou les éliminer. Pour la première fois, Catwoman et son adversaire se croisent et se parlent et leur échange ne déçoit pas.

Si Catwoman est un tel plaisir de lecture, la série le doit aussi à Fernando Blanco, que DC a eu la bonne idée de laisser sur le titre après qu'il ait servi de fill-in à Joelle Jones. Son style se prête merveilleusement à ce titre, avec son cadre urbain, ses personnages entre chien et loup, son héroïne acrobate et charismatique.

Blanco est un as du découpage : tout a l'air simple chez lui et pourtant il fait preuve d'invention, comme quand il s'agit de dessiner une double-page mouvementée où Catwoman neutralise plusieurs hommes de main en sautant d'un container à un autre et en isolant dans des cases les moments où elle frappe. La colorisation de FCO Plascencia est remarquable aussi parce qu'elle met en valeur sobrement les effets de mise en scène.

Autre exemple du brio de Blanco : la narration parallèle. Durant tout l'épisode on va et vient entre les docks (où opère Catwoman) et le Nid (où les mercenaires de Khadym tombent sur les gamins). Les pièges tendus par les protégés de Catwoman pour maîtriser une bande d'hommes lourdement armés sont toujours représentés de manière très lisible et démontre la supériorité de l'ingéniosité sur la brutalité. 

Cette intensité, grisante, qui parcourt le récit permet de laisser un souvenir vivace au lecteur. Il en aura besoin car la série (comme toutes les publications de DC) vont connaître un hiatus de deux mois. Durant cette période, l'éditeur a en effet choisi de proposer un projet qui traînait depuis un an, originellement connu sous le titre 5G et désormais intitulé Future State. En mars, tout reviendra à la normale, mais avec de nouvelles équipes créatives (et un nombre restreint de séries régulières). Sauf pour Catwoman qui, ouf, conserve Ram V et Fernando Blanco aux commandes.

mercredi 18 novembre 2020

CATWOMAN #27, de Ram V et Fernando Blanco


Pour son troisième numéro sous la direction de Ram V, Catwoman atteint déjà des sommets. Cet épisode est jubilatoire et mené de main de maître, dans la plus pure tradition des heist stories (les histoires de braquage). Le scénariste est soutenu par Fernando Blanco, également très inspiré. A eux deux, ils redonnent ses lettres de noblesse à Selina Kyle. 


Le détective Dean Hadley s'interroge sur ce que prépare Catwoman après avoir remarqué des traces la compromettant dans l'attaque d'un garage. Il pense qu'elle va s'attaquer au caïd de la drogue, Khadym. Et il a raison car, avec l'aide des adolescents qu'elle recueille au Nid, elle a tendu un guet-apens.


L'opération, minutieusement préparée, consiste à séparer le détective ripou Kollak d'un van qui transporte de la drogue. Pour cela, une diversion est organisée avant que Catwoman ne stoppe le véhicule avec un camion et ne fasse main basse sur son chargement.


Lorsque Kollak retrouve le van, il est vidée de son contenu et quand le GCPD arrive sur place, le ripou raconte qu'il suivait les dealers pour les coincer. En attendant, le coup d'éclat de Catwoman a convaincu "Pit" Rollins de sceller une alliance avec elle, même si Selina Kyle ne veut plus voir de drogue circuler.


Hadley reçoit d'une recrue de Catwoman l'adresse d'un garde-meuble où il découvre la drogue subtilisée à Khadym avec ses convoyeurs ligotés. "Pit" Rollins, quant à elle, considère la moralisation de Alleytown par Catwoman nuisible pour ses propres affaires et prend des dispositions immédiates.


Un sniper positionné sur le toit d'un immeuble en face du Nid attend l'arrivée de Catwoman à son repaire pour l'éliminer sur ordre de Rollins. Mais Selina est sauvée à son insu par le Père Vallée, le tueur engagé par le Pingouin...

Suivant le fil Twitter de Ram V, j'ai pu apprendre que le scénariste s'était, pour cet épisode et sa séquence centrale, ouvertement inspiré d'une scène spectaculaire du film Heat (Michael Mann). Prendre pour référence non seulement un film mais un tel chef d'oeuvre est une arme à double tranchant car il faut non seulement pouvoir l'adapter aux codes propres d'un comic-book mais encore être à sa hauteur.

Grâce à la contribution du dessinateur Fernando Blanco, la mission est parfaitement accomplie et réserve donc un vrai morceau de bravoure. Mais ce n'est pas la seule réussite de ce numéro, en tout point exemplaire.

Ram V a, dès le début de sa reprise du titre, annoncé la couleur : pour lui, les racines de Catwoman étaient du côté du film noir et son run de référence était celui de Ed Brubaker et Darwyn Cooke au début des années 2000. Là encore, un héritage fameux, mais l'auteur a su rapidement prouvé qu'il avait des arguments pour marcher dans les pas de ses idoles.

Il me semble pourtant que c'est avec ce #27 que Ram V impose vraiment sa vision : grâce à ce braquage audacieux et totalement maîtrisé dans la mise en scène, il fait entrer la série dans une nouvelle dimension. C'est le genre de moment qui marque le lecteur, celui à partir duquel il sait que la série est entrée en orbite, qu'elle affiche une exigence et qu'elle est en mesure de la tenir.

Fernando Blanco a disposé, c'est évident, d'un script précis, mais il a su le convertir en images, grâce à un découpage fluide et efficace. Le dessinateur espagnol varie les angles de vue, alterne les planches dynamiques et les doubles pages aux enchaînements imparables, joue avec expertise de la valeur des plans et avec des compositions qui insistent toujours sur la lisibilité. C'est remarquable et si avant cela le nom de Blanco vous était méconnu ou inconnu, après il devrait s'afficher en haut de la liste de vos artistes préférés.

Mais, donc, il y a le reste et c'est là aussi que l'épisode impressionne. Ram V ne lâche pas la pression et livre encore quelques scènes intenses que Blanco illustre avec brio. La complicité entre les deux hommes est telle qu'on croirait qu'ils collaborent depuis des années (alors que, sauf erreur de ma part, c'est leur première association). Le dialogue entre Selina et "Pit" Rollins est savoureux, le rôle du détective Hadley montre qu'il n'est pas qu'un second rôle faire-valoir, et les dernières pages sont fabuleuses. La figure du Père Vallée conserve son mystère mais sa résolution à disposer de Catwoman est glaçante.

Ajoutez à cela, c'est essentiel, l'excellence de la colorisation du studio FCO Plascencia, car sans lui l'épisode ne serait tout simplement pas le même (l'importance cruciale du van bleu), et vous comprendrez donc que c'est un sans-faute.

Alors qu'actuellement DC est en pleine tempête (vagues de licenciements liées à la crise sanitaire, incertitudes éditoriales...) et que la saga Death Metal n'en finit pas de finir avant qu'un crossover ne lui succède (et durant Janvier-Fèvrier toutes les parutions soient suspendues pour l'expérience Future State), la lecture de Catwoman et sa réussite artistique relève du miracle.

mercredi 21 octobre 2020

CATWOMAN #26, de Ram V et Fernando Blanco

 

La reprise en main de Catwoman par Ram V est décidément spectaculaire. Ce scénariste réussit en deux épisodes à peine à renouer avec ce que je préfère : du rythme, du charme, des personnages forts, une intrigue solide, une ambiance polar. C'est un pur régal que les dessins de Fernando Blanco servent à merveille. Sans aucun doute un des meilleurs comics actuels, surtout chez DC.

Doublé par Catwoman, le Pingouin veut sa revanche et même plus que ça : il engage donc le Père Vallée, un tueur à gages pour supprimer la voleuse. Cependant, la féline fatale patrouille dans Alleytown pour reconnaître son territoire avant de retrouver Leandro, son informateur.



Celui la renseigne sur le grand banditisme du quartier. D'un côté, Khadym, de l'autre Vilos Nahigian ; deux dealers. Nahigian est en affaires avec Trish "Pit" Rollins, qui trafique des armes, et bénéficie de la protection de Rich Kollak, un flic corrompu. Catwoman décide d'attaquer Nahigian.


L'agent Hadley, fraîchement muté depuis Villa Hermosa à Gotham, arrive dans un garage où la police a été appelée après un affrontement. Catwoman y a laissé des traces. Mais Hadley apprend par un contact au FBI que le Père Vallée est en ville, sans savoir quelle est sa cible.


Catwoman rencontre "Pit" Rollins et lui propose de s'allier contre Nahigian. Pour cela, la voleuse compte subtiliser sa drogue qu'il réceptionne dans les docks. Rollins attend d'avoir la drogue pour accepter d'aider Catwoman.


Mais, évidemment, comme le pense Leandro, Rollins appelle aussitôt Nahigian après le départ de  Catwoman. Elle avait prévu cela. Mais elle ignore encore que le Père Vallée sait où elle habite avec sa soeur Maggie...

Je n'ai que du bien à dire de ce deuxième épisode écrit par Ram V. Cet auteur a tout compris à la série et à son héroïne. Il avait déclaré en interview, avant la sortie du #25 que son modèle était le run de Ed Brubaker (avec Darwyn Cooke puis Cameron Stewart) et il faut reconnaître qu'il s'inscrit parfaitement dans les pas de ces illustres devanciers.

J'avais trouvé un peu dommage que cette reprise démarre avec un récit attaché à l'arc Joker War de Batman. Mais Ram V a été malin, d'abord en rendant cette référence compréhensible, même pour ceux qui ne suivent plus la série désormais dirigée par James Tynion IV, et ensuite en exploitant ce qu'il a installé pour une intrigue désormais indépendante (quand bien même la couverture de l'épisode affirme qu'il s'agit d'une histoire explorant les "dommages collatéraux" de la guerre du Joker).

La prouesse est d'autant plus éblouissante que, dans ce #26, Ram V bombarde le lecteur d'informations en les rendant parfaitement claires. Catwoman s'est donc à nouveau installée dans le quartier malfamé de Alleytown et elle prétend y servir de guide à des jeunes sans repères. Mais son absence ne lui permet d'appréhender seule et vite ce territoire et elle s'en remet à Leandro pour l'affranchir.

Le lecteur est donc dans la même situation que Catwoman : il doit s'informer et absorber plusieurs éléments pour s'y retrouver. On découvre donc les noms et positions des gangsters de Alleytown. Une double page suffit à Ram V et Fernando Blanco pour cartographier les forces en présence. Un art de la synthèse assez remarquable pour être noté.

Parfois ce qui m'agace dans les séries sur les héros en solo, c'est un supporting cast un peu envahissant, comme si la vedette du titre n'était pas suffisante. Je ne parle pas des adversaires qui pimentent ses aventures mais de figures périphériques qui prennent trop de place. Ce défaut, par exemple, est visible chez Kelly Thompson, qui profite trop souvent de ses séries pour caser des seconds rôles qu'elle apprécie et de fait transformer sa BD en team-book qui ne dit pas son nom comme dans Captain Marvel.

Sur ce point, Ram V est très rigoureux et pourtant il y a du monde à table. Le cas du détective Hadley, reliquat du run de Joelle Jones, est éloquent. Le scénariste ne s'en est pas débarrassé mais il l'a installé de manière intelligente dans son propos, tiraillé entre une évidente attirance pour Catwoman et son devoir de flic nouvellement muté à Gotham : de fait, il enquête tout de suite sur une affaire en relation avec Selina Kyle. Leandro, l'indic de Catwoman est aussi judicieusement employé. Et Maggie Kyle n'est pas oubliée, même si encore discrète. Le Père Vallée, ce tueur engagé par le Pingouin, présente un profil singulier (il ne porte pas de costume de super-vilain) mais suffisamment inquiétant pour qu'on croit à la menace qu'il incarne.

Visuellement aussi, Catwoman est à la fête avec Fernando Blanco. Cet artiste connaît son affaire et anime le récit avec brio. Son découpage est varié dans ses effets et sobre à la fois, il enchaîne sans difficulté des planches classiques et ponctue l'épisode de doubles pages somptueuses, avec un nombre abondant de vignettes superbement composées.

Assumant dessin et encrage, Blanco impose un trait un peu gras qui a pour conséquence d'économiser les détails. Ce qui ne signifie pas qu'il va trop vite sur les décors et les ambiances. Chaque lieu est facilement identifiable et suffisamment orné pour qu'on apprécie l'effort du dessinateur. La manière dont, par exemple, il représente le cabaret de "Pit" Rollins est un modèle du genre : comme Blanco sait que son "morceau de bravoure" se situe dans un flashback plein d'action avec Catwoman au premier plan, il doit mettre à profit le nombre de pages qui lui reste pour que le lecteur cerne cet endroit de façon rapide et mémorable. Un bout de scène, un coin de salon suffisent alors à cet artiste accompli pour nous familiariser avec ce cabaret où on remettra certainement les pieds sans être dépaysé.

Il est certain que la façon dont Blanco s'empare de Catwoman rappelle Darwyn Cooke (par le dynamisme de la mise en scène) et Cameron Stewart (pour ce mélange de féminité et d'agressivité), mais il s'approprie le personnage, son cadre, sans que la comparaison ne lui soit défavorable. C'est le meilleur des mondes, qui évoque de bons souvenirs tout en ayant sa propre personnalité.

Il y a quelque chose d'épatant à voir tout ça tenir en une vingtaine de pages. La qualité du scénario et des dessins est indéniable, mais c'est surtout la compréhension du titre, de ses fondamentaux qui réussissent à subjuguer. Cela, seuls des auteurs intelligents et talentueux y parviennent en s'investissant dans une série qu'ils ne traitent pas comme un job provisoire, une vulgaire commande. 

mercredi 16 septembre 2020

CATWOMAN #25, de Ram V, Fernando Blanco, John Paul Leon et Juan Ferreyra


Ce n'est pas un relaunch ni un reboot, mais plutôt un re-start pour la série Catwoman qui change d'équipe créative avec ce n°25. Joelle Jones (qui reste néanmoins cover-artist du titre) cède la place au scénariste Ram V (à qui DC semble faire confiance, après lui avoir confié Justice League Dark). Fernando Blanco est promu regular artist et partage l'affiche avec John Paul Leon et Juan Ferreyra cette fois. Programme copieux et entrée en matière réussie.


- Duende. - Avec la complicité du Sphinx et du Pingouin, Catwoman, s'introduit dans les locaux de Graves, Willock and Crain pour y commettre un détournement de fonds. Le Joker a en effet déclaré une guerre sans merci à Batman en ruinant son alter ego Bruce Wayne.


Le Pinguoin disperse à l'arme lourde les clowns du Joker pour qu'ils s'éloignent de l'immeuble tandis que le Sphinx pirate le système informatique de surveillance. Mais Catwoman double ses compères en s'emparant de l'argent qu'elle stocke sur une clé USB.


Malgré le grand nombre de gardes alerté par son intrusion, Catwoman réussit à en venir à bout. Le Sphinx est impuissant mais pas le Pingouin qui avait prévu cette trahison et attend la voleuse à la sortie avec ses sbires.


Blessée par Oswald Cobblepot, Catwoman ne doit son salut qu'à l'arrivée en trombe du détective Hadley, qu'elle a croisé à Villa Hermosa. Il l'emmène chez lui et la soigne. Après s'être reposée, elle l'interroge sur ses intentions.


Hadley commence à les lui exposer mais Catwoman en profite pour s'éclipser. Elle prend la place du chauffeur particulier de Luke Fox pour le prévenir qu'elle verse la moitié de son butin à Bruce Wayne - gardant l'autre moitié pour un projet personnel...

Ram V propose un numéro spécial, bien consistant pour sa reprise en main de la série. Une manière de fêter l'anniversaire (un peu artificiel) du vingt-cinquième épisode mais aussi de poser les bases de son run. Le scénariste en a effet déclaré qu'il comptait se démarquer de Joelle Jones (qui s'était complètement égarée dans une longue intrigue à Villa Hermosa) et s'inspirer de ses idoles, Ed Brubaker et Darwyn Cooke, qui avaient faient sensation au début des années 2000.

Le danger quand on se réfère à des devanciers aussi illustres, c'est bien évidemment de ne pas être à la hauteur de la comparaison. Il faudra donc éprouver Ram V sur la longueur pour voir ce qu'il a dans le ventre. Mais reconnaissons-lui d'avoir bon goût. Et de démarrer pied au plancher.

S'il est dommage qu'il n'ait pu entamer son run dégagé de Joker War, l'actuel arc narratif développé par James Tynion IV sur la série Batman, Ram V fait un effort appréciable pour que le lecteur qui y est étranger puisse comprendre facilement ce qu'il a à raconter. Il suffit donc de savoir que le Joker a découvert la double identité de Batman et a trouvé un moyen de détourner la fortune de Bruce Wayne à son compte en confiant à un autre méchant, le Coursier (the Underboker en vo), la gestion de cet argent. Floués par le Joker, le Sphinx et le Pingouin se liguent alors contre lui et recrute Catwoman pour les aider à se venger. Evidemment, Selina Kyle, qui reste l'alliée de Batman, a d'autres plans en tête.

Ponctué par des scènes où on voit Selina danser un flamenco endiablé devant un public inquiétant et face à un tigre, au gré de planches somptueuses (où éclate le talent de coloriste de FCO Plascencia), le récit se déroule tambour-battant. C'est un script digne des meilleurs heist movies auquel on a droit avec Catwoman qui déploie ses talents d'acrobate, de hackeuse, de combattante. Pour les fans du personnage, c'est un pur régal, on retrouve vraiment tout le sel des épisodes écrits autrefois par Brubaker, avec cette ambiance mi-polar mi-aventures, très tonique.

Ram V rend à Catwoman sa malice et sa duplicité. C'est ce qui fait tout le piquant du personnage, elle n'est ni une héroÎne classique ni une vilaine académique, mais une figure ambivalente, pour qui la fin justifie les moyens et son intérêt prévaut. C'est également une survivante, au milieu d'une cohorte de mâles et qui s'impose sans s'en laisser compter (sans la folie d'une Harley Quinn). En fait, Catwoman est un satellite du Bat-univers, un électron libre, et si on l'écrit comme tel, alors c'est parfait.

Pour autant donc, Ram V semble vouloir dans cet épisode ménager la chèvre et le chou, saluer Joelle Jones (avec la présence du détective Hadley, en provenance de Villa Hermosa) et respecter Tynion (en inscrivant son histoire dans le chaos de Joker War). Souhaitons qu'il s'en émancipe quand même vite (plus vite que pour Justice League Dark où il en est encore à conclure les lignes narratives laissées en plan par Tynion).

Le cas de Fernando Blanco est tout aussi délicat. Voilà réellement un excellent dessinateur à qui DC n'a pas donné les moyens de grandir comme il le méritait. Durant la période New 52, il s'est fait remarqué avec Steve Orlando sur une mini-série explosive (Apollo and Midnighter), et quelques panouilles ici et là. A la faveur de Rebirth, il a succédé à Steve Epting sur Batwoman où il a prouvé sa valeur pour un run fameux de Marguerite Bennett (inexplicablement jamais traduit en vf - que fait Urban ?!). Et puis, plus rien, ou presque. Il a joué les doublures de Joelle Jones quand elle ne pouvait assurer scénario et dessin sur Catwoman.

Mais cette fois-ci pourrait bien être son heure. Non seulement parce que DC a eu la bonne idée de ne pas le déplacer mais de lu confier le poste à plein temps. Comme il est bien entraîné à dessiner Selina Kyle, pas besoin de s'échauffer, il est prêt. Son expérience sur Batwoman lui sert aussi puisque le récit s'inscrit dans une veine similaire.

Blanco assume dessin et encrage et produit des planches de qualité, avec des coups d'éclat très maîtrisés (comme cette jubilatoire double planche où Catwoman s'échappe du building - voir image plus haut). Le flux de lecture est fluide, le découpage est classique mais efficace. Blanco est sobre mais il a surtout compris qu'il n'y avait pas la peine d'en faire des tonnes. C'est un (énième) héritier spirituel de l'école Toth, et un disciple de Mazzucchelli période Batman : Year One, avec un trait épuré, un sens de la lumière, des compositions accrocheuses, une technique solide. Et il est ponctuel ce qui devrait profiter à la série (sur Batwoman, les épisodes qu'il ne signait pas étaient rares).

J'ai donc beaucoup aimé cette entame. Et je suis heureux de relire Catwoman telle que je l'apprécie, sans compter que les offres de DC ces temps-ci ne sont pas très excitantes (et l'avenir est incertain avec les coupes drastiques dans les effectifs et le catalogue de l'actionnaire de l'éditeur)..

*

En complèment de programme, Ram V propose deux nouvelles qui prolongent directement l'épisode, donc ce ne sont pas des bonus dispensables. D'autant moins qu'ils sont illustrés par deux artistes exceptionnels.


- Return to Alleytown. - Selina Kyle revient dans le quartier mal famé où elle a grandi. Trois délinquants la repèrent vite et la détroussent illico presto. Mais elle en arrête un et récupèrent son bien.


Catwoman les retrouve dans le Nid, la planque où elle opérait à leur âge, et leur propose de devenir ses élèves, invitant les autres jeunes du quartier à les rejoindre...

Bien entendu, l'attraction de cette première back-up story, c'est la présence de John Paul Leon au dessin. Depuis Batman : Creature of the Night (où il était plus inspiré que son scénariste Kurt Busiek) et visiblement bien remis de la maladie qui lui a pourri l'existence ces dernières années, l'artiste restait tout de même rare.

Aussi est-ce un ravissement que de le voir signer quelques planches et qui plus est avec Catwoman en vedette. Le résultat est splendide bien que sage. Mais Leon n'a pas besoin de grand-chose pour écraser la concurrence.

Ram V établit en tout cas dans ce Retour à Alleytown des éléments qui vont être développés dans ses futurs épisodes. Selina Kyle revient dans le quartier, mal-famé, où elle a grandi et été formé à la cambriole. Elle se fait volontairement remarquer de jeunes voyous à qui elle remet ses biens pour mieux les tester et les filer. Avant de les engager.

C'est donc cela le projet personnel évoqué à la fin de l'épisode : Catwoman veut reprendre le contrôle du secteur grâce à l'argent qu'elle a subtilisé et à son tour, elle va instruire des gosses sans avenir pour en faire des sortes de Robin des bois. Si, éthiquement, c'est discutable, scénaristiquement, c'est prenant et plein de potentiel.

- Cat vs. Woman. - Un chat s'introduit dans le Nid et observe Selina Kyle pendant plusieurs jours et nuits. Il la suit alors qu'elle emménage avec les enfants qu'elle recueille. Et dans ses patrouilles nocturnes où elle intimide les gangsters susceptibles de lui nuire.


Quand il est surpris en train de fouiner dans son coffret à bijoux, le chat se rebiffe mais Selina le mate sans difficulté...

Cette seconde back-up est beaucoup plus légère, voire superficielle, même si sa narration est originale puisque tout est raconté par un chat. Ram V insiste davantage sur la séduction de Catwoman à qui rien, littéralement, ne semble pouvoir résister.

Q'il s'agisse de gamins des rues à qui elle offre le gîte, le couvert et ses cours particuliers, aux gangsters qui menacent son business et qu'elle corrige prestement, jusqu'à donc ce matou chapardeur, Selina Kyle vient à bout de tout et tous.

Encore une fois, c'est donc surtout du côté visuel qu'on trouvera son compte puisque Juan Ferreyra est de la partie. Celui qui s'est révélé en dessinant Green Arrow Rebirth (en alternance avec Otto Schmidt), et qui depuis officie aussi chez Marvel, livre une belle copie, en changeant un peu sa technique.

En effet, plutôt que la colorisation directe à laquelle il nous a habitués, il dessine et encre ses planches à l'ancienne, laissant à FCO Plascenscia le soin d'ambiancer tout cela. Le résultat est aussi beau, sinon plus à mon avis. Ferreyra gagne en fluidité, et représente divinement Selena.

Si, comme moi, vous êtes restés perplexes devant le run de Joelle Jones ou l'avait carrément zappé, c'est donc le moment de suivre à nouveau les aventures de Catwoman.