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mardi 1 mai 2018

X-MEN : APOCALYPSE, de Bryan Singer


Bryan Singer a conçu ce sixième volet des X-Men comme la conclusion de la saga, ou en tout cas la fin d'un premier acte. Après en avoir réécrit l'histoire dans le précédent et excellent Days of Future Past (reboot aussi audacieux qu'accompli), le cinéaste avait une pression certaine avec ce Apocalypse et la critique fut d'ailleurs tiède, lui reprochant essentiellement de n'avoir rien ajouté de nécessaire à la série. Pourtant, malgré quelques défauts, le film n'est vraiment pas si mauvais et s'avère un spectacle qui ouvre plus de portes qu'il n'en ferme - la preuve : en 2019, nous aurons droit à un nouveau chapitre...

 En Sabah Nur/Apocalypse (Oscar Isaac)

Il y a plus de trois mille ans en Egypte, En Sabah Nur, vieux et fatigué, doit transférer son esprit dans un corps plus jeune. La cérémonie, organisée par ses quatre fidèles disciples, a lieu dans une pyramide. Mais des rebelles au régime du pharaon le trahissent en l'y piégeant avec sa garde rapprochée. La pyramide s'effondre sur elle-même finalement. 

Erik Lensherr/Magneto (Michael Fassbender)

1983. Dix ans après sa dernière apparition, Erik Lensherr a disparu et refait sa vie, sous un faux nom, en Pologne, où il a une femme et une petite fille et travaille dans une usine de sidérurgie. Surpris en train d'utiliser son pouvoir magnétique pour sauver un ouvrier d'un accident, il voit son épouse et son enfant emmenés par une milice. Il accepte de se rendre mais un des soldats tue sa fille et Magneto se venge en tuant tous les hommes de la bande.

Kurt Wagner/Diablo et Raven Darkholme/Mystique (Kodi Smit-McPhee et Jennifer Lawrence)

A Berlin-Ouest, au même moment, Mystique permet à deux mutants, qui sont exhibés dans une cage pour des combats clandestins, de s'en échapper. Angel, doté d'ailes d'oiseau géantes, préfère s'enfuir de son côté tandis que Diablo, un téléporteur, accepte de suivre sa sauveuse. A Westchester, New York, Scott Summers est conduit par son frère aîné Alex, alias Havok, chez le Pr. Charles Xavier, pour apprendre à maîtriser les terribles rafales optiques qui ne lui permettent plus une scolarité normale : en arrivant, sur place, il croise Jean Grey, la plus puissante mutante de l'institut, puis Hank McCoy, qui va lui confectionner des lunettes spéciales. 

Ororo Munroe/Storm, Warren Worthington III/Angel, Apocalypse et Betsy Braddock/Psylocke
(Alexandra Shipp, Ben Hardy, Oscar Isaac et Olivia Munn)

La nuit, Jean, en proie à des cauchemars récurrents où elle se voit perdre le contrôle de ses pouvoirs, ressent télépathiquement, le réveil d'En Sabah Nur et Xavier le ressent à travers elle. Le plus ancien mutant de la Terre s'est extrait de sa tombe depuis une fosse creusée au Caire par des adeptes de son culte, remarqués par Moira McTaggert, agent de la CIA (que le Pr. X avait rencontrée dans les années 60 et dont il avait effacée les souvenirs de leur romance). Apocalypse, tel qu'il s'est renommé en rapport avec son projet, recrute de nouveaux gardes : Storm, qui maîtrise les éléments ; Angel, échappé de Berlin-Ouest ; et Psylocke, l'ex-garde du corps de Caliban (un faussaire pour les mutants). 

Mystique, Moira McTaggert, Charles Xavier, Alex Summers et Hank McCoy
(Jennifer Lawrence, Rose Byrne, James McAvoy, Lucas Till et Nicholas Hoult)

Avec Diablo, Mystique gagne l'institut pour informer Xavier des ennuis récents de Magneto en Pologne, désormais recherché à nouveau. Moira McTaggert est également là, invitée à partager ce qu'elle sait sur Apocalypse. Le Pr. X utilise l'ordinateur Cerebro pour localiser Magneto mais il est déjà enrôlé par Apocalypse et ce dernier localise à son tour l'école de Xavier. Il y surgit avec ses nouveaux gardes et enlève Xavier puis détruit l'école en partant. Quicksilver, qui a appris par sa mère, que Magneto était son père, arrive sur ces entrefaites, juste à temps pour sauver, grâce à sa super-vitesse, le maximum de personnes à l'intérieur du bâtiment. Mais l'explosion a attiré des militaires en hélicoptère, avec à leur tête le colonel Stryker, qui neutralise les mutants et embarque Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert.

Scott Summers, Diablo, Quicksilver, Mystique et Jean Grey
(Tye Sheridan, Kodi Smit-McPhee, Evan Peters, Jennifer Lawrence et Sophie Turner)

Scott Summers, Jean Grey et Diablo les suivent à leur insu jusqu'au quartier général de l'Arme X où leurs amis sont interrogés sur la situation de Xavier. Pour les sauver, ils libèrent un prisonnier détenu dans un container blindé : Logan en surgit et massacre les soldats, ouvrant la voie à Jean, Diablo et Scott qui libère Mystique, le Fauve, Quicksilver et Moira McTaggert. Jean reçoit un message télépathique de Xavier depuis le Caire, pour lequel ils s'envolent à bord d'un avion de l'Arme X, comme Stryker, qui fuit Logan.

Moira McTaggert, Jean Grey, Scott Summers, Mystique, Quicksilver et Hank McCoy

Apocalypse veut, pour purifier la Terre, provoquer un cataclysme mondial auquel seuls les plus forts survivront. Magneto dérègle les champs magnétiques de la planète pour précipiter cette purge tandis qu'Apocalypse a désarmé les têtes nucléaires en les envoyant dans l'espace. L'arrivée de l'équipe menée par Mystique oblige cependant En Sabah Nur à se retrancher avec Xavier dans une pyramide qu'il a érigée et à laisser Storm, Angel et Psylocke s'occuper de leurs adversaires, car il veut transférer son esprit dans le corps du professeur et acquérir du même coup ses pouvoirs psychiques.

Jean Grey vs. Apocalypse

Tandis que les sbires d'Apocalypse et les acolytes de Mystique se neutralisent, cette dernière et Quicksilver raisonnent Magneto. Xavier refuse de se laisser posséder par Apocalypse et le défie mentalement pour gagner du temps tout en appelant Jean Grey, pour l'aider, à déployer toute sa puissance. Elle s'exécute et pulvérise littéralement Apocalypse, également attaqué par Magneto et Scott Summers mais aussi Storm. Angel est neutralisé mais Psylocke préfère s'éclipser, une fois la défaite de son camp acquise.

Les X-Men dans la salle des dangers de l'institut Charles Xavier

De retour à Westchester, Magneto et Jean reconstruisent l'institut mais Xavier échoue à convaincre Lensherr de co-diriger l'école avec lui. Néanmoins, il est désormais convaincu qu'il faut entraîner ses élèves à devenir des combattants pour survivre et charge Mystique de les entraîner dans la salle des dangers.

Une scène supplémentaire apparaît à la fin du générique :

- une équipe para-militaire investit le Q.G. de l'Arme X où elle nettoie le carnage commis par Logan. Un scientifique récupère une fiole du sang du mutant en fuite et la met à l'abri dans une mallette portant le sigle de "Essex Corp.". 



Le premier mérite de X-Men : Apocalypse est de déterminer une nouvelle trilogie dans l'histoire de la franchise démarrée en 2000 (c'était il y a dix-huit ans mais cela paraît remonter à un siècle, tellement les longs métrages super-héroïques ont pris de l'importance depuis). Les trois premiers films (2000, 2003, et 2006 - celui-ci réalisé par Brett Ratner) formaient un premier cycle, dont Wolverine était au centre, convoité par le Pr. Xavier et Magneto : les personnages étaient majoritairement adultes, voire âgés (comme Xavier et Magneto), et leur conflit connaissait un premier terme avec l'émergence et la mort de Phoenix (Jean Grey).

Mais fans et critiques ont détestés L'Affrontement final (Singer étant parti tourner Superman returns pour la Warner, Ratner, considéré comme un mercenaire sans lien affectif avec les personnages, et le scénario, lâche, n'ont rien arrangé). 

Cinq après, la Fox prend le parti de rafraîchir le concept en racontant les origines des X-Men : Singer revient en qualité de co-producteur-superviseur, et Matthew Vaughn réalise Le Commencement. Le résultat n'est pas irréprochable, mais indéniablement malin et rafraîchissant : l'intrigue se déroule en 1962, montre la première génération de l'équipe, la paralysie de Xavier, sa rupture idéologique avec Magneto, et joue avec l'impact supposée des mutants sur le cours de la véritable Histoire (en l'occurrence la crise de la "baie des cochons" avec des missiles russes à Cuba pointés sur les Etats-Unis). L'esthétisme rétro-pop, le casting rénové, la perspective narrative a redynamisé la franchise d'un coup.

Mais cela ne suffisait pas à Singer qui voulait réparer l'affront ressenti par les fans avec X-Men 3 de Ratner. Cela a abouti au reboot épatant entrepris dans Days of Future Past en 2014. Désormais, tout était réparé, une nouvelle page pouvait se tourner et une scène post-générique de fin promettait avec Apocalypse un grand spectacle.

D'où vient alors que cela n'a pas convaincu, du moins pas autant que prévu - alors même que Singer déclarait avoir enfin pu faire tout ce qu'il voulait, à partir du script de Simon Kinberg ?

Le récit est pourtant fluide et progresse efficacement en crescendo, en se passant de Wolverine (une gageure), en évoluant à nouveau dans une époque différente (après les 60's du Commencement, les 70's de Days of Future Past, les années 80 ici, représentées sans excès visuel). Certes, la motivation d'Apocalypse n'a rien de bien original, avec son mélange de revanche/vengeance et de purge mondiale. Mais la faute est à chercher ailleurs.

Le film brasse un nombre important de personnages, moins que dans Days of..., mais conséquent tout de même, et le scénario peine à leur donner consistance à tous, en particulier les nouveaux "cavaliers" d'Apocalypse, développés à gros traits et sans qu'on nous explique vraiment leur adhésion au projet du démiurge égyptien. C'est dommage car les acteurs sont particulièrement ressemblants avec leurs personnages issus des comics (Alexandra Shipp et surtout la sublime Olivia Munn semblent sortir des pages d'un mensuel en Storm et Psylocke - c'est moins fort pour Ben Hardy en Angel). Ils ne sont pas aidés non plus par le fait de devoir exister face au charisme exceptionnel de Michael Fassbender, qui incarne Magneto avec toujours la même puissance émotionnelle. Le comédien éclipse même Oscar Isaac en Apocalypse, noyé sous un maquillage à la limite du grotesque et qui échoue à convaincre de l'envergure de son rôle.

En revanche, en face de la "team Destroy", la "team Defend" est une réussite impeccable : Singer réussit un sans-faute en rajeunissant ses interprètes dont la présence, le naturel et la conviction sont les meilleurs atouts (Sophie Turner sort du lot en Jean Grey, mais Tye Sheridan est parfait aussi et Evan Peters "vole le show" à chacune de scènes - le filmage de la super-vitesse n'a jamais été aussi bon que devant la caméra de Singer. Kodi Smit-McPhee souffre d'un maquillage lui aussi un peu too much en Diablo, tout comme Nicholas Hoult dont le Fauve ne m'a jamais plu). Cette jeune garde est bien encadrée par James McAvoy, qui donne une autorité sage mais résolue à Xavier, Rose Byrne, élégante et idéale en Moira McTaggert, et surtout Jennifer Lawrence, sexy en diable et déterminée, la vraie star de cette seconde trilogie.

Cette inégalité dans la distribution empêche le film de décoller complètement car, contrairement à l'adage (hitchcockien) qui veut que "meilleur est le méchant, meilleur sera l'histoire", ici, ce sont les gentils qui sont plus présents et remarquables. Le combat final, à grand renfort d'effets spéciaux, engloutit aussi un peu la tension dramatique (même s'il annonce le pitch du prochain opus, centré sur Jean Grey). La réalisation de Singer est dépassé par ce show devenu trop fréquent dans les films de super-héros pour étonner ou épater (de ce point de vue, les films de la Fox ne tiennent pas la comparaison avec ceux de Disney-Marvel).

On notera aussi que la scène post-générique de fin n'a mené à rien (elle devait soit servir à un troisième Wolverine, mais qui est devenu le crépusculaire et magistral Logan sans rapport avec ce qu'on voit là ; soit au prochain X-Men, qui raconte tout autre chose).

Depuis, en tout cas, de l'eau a coulé sous les ponts et a changé totalement la donne (et ce n'est qu'un début...) : la Fox a été racheté par Disney (opération qui devrait être validée l'an prochain) et même si Marvel studios a prévenu que les Fantastic Four et les X-Men ne se mêleraient pas tout de suite au "MCU", on voit déjà que cela a abouti au report de la sortie de Dark Phoenix (pour éviter une saturation). Que restera-t-il ensuite de ce que Bryan Singer a quand même brillamment, globalement, adapté ? Wait and see. Mais espérons que tout ne sera pas liquidé.

lundi 30 avril 2018

X-MEN : DAYS OF FUTURE PAST, de Bryan Singer


Comme Avengers : Infinity War ne sera pas projeté par chez moi avant une semaine, j'en profite pour me (re)plonger dans quelques films super-héroïques mémorables. C'est aussi l'occasion de revenir à une époque où les studios se tiraient la bourre face au géant Disney-Marvel. Exemple parfait avec X-Men : Days of Future Past, produit par la Fox, désormais avalée par l'empire de la souris, et qui fut une réussite saluée à son juste mérite pour avoir réécrit l'histoire des mutants dont la franchise avait déçu lors de son précédent opus - tour de force orchestré par Bryan Singer (tombé entre temps dans le purgatoire de Hollywood lors du scandale #MeToo).

2023 : Storm, le Professeur Charles Xavier, Wolverine et Magneto
(Halle Berry, Patrick Stewart, Hugh Jackman et Ian McKellen)

2023. La quasi-totalité des mutants et des humains prêts à les défendre a été exterminée par les Sentinelles, des robots géants adaptés pour contrer les pouvoirs de leurs cibles et créés par Bolivar Trask cinquante ans plus tôt. Le professeur Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto imaginent un plan de la dernière chance : renvoyer en 1973, grâce aux talents de Kitty Pryde, l'esprit de Wolverine dans son corps de l'époque afin qu'il empêche l'assassinat de Trask par Mystique à l'origine de la tragédie.

1973 : Wolverine
(Hugh Jackman)

1973 : James "Logan" Hewlett investi par son esprit de 2023 retrouve Charles Xavier, qui a renoncé à ses pouvoirs de télépathe pour retrouver l'usage de ses jambes et qui vit cloîtré dans son manoir avec son élève Henry "Hank" McCoy alias le Fauve. 

1973 : Hank McCoy/Le Fauve, Charles Xavier et Wolverine
(Nicholas Hoult, James McAvoy et Hugh Jackman)

Xavier apprend à Logan que Erik Lensherr/Magneto est incarcéré dans une cellule spéciale au sous-sol du Pentagone depuis qu'il a été inculpé pour l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy dix ans plus tôt. Logan explique à Xavier et McCoy la tournure apocalyptique que va prendre l'Histoire s'ils n'interviennent pas ensemble : une fois Trask assassiné par Mystique, cette dernière sera capturée et torturée pour concevoir des Sentinelles capables de s'adapter aux pouvoirs des mutants à partir de son ADN.

1973 : Charles Xavier et Erik Lensherr/Magneto
(James Mcavoy et Michael Fassbender)

Logan convainc le jeune Pietro Maximoff alias Quicksilver de participer à l'évasion de Magneto. Leur mission accomplie, ils s'envolent pour Paris où v se tenir une conférence pour la fin de la guerre au Vietnam. Magneto décide, une fois sur place, qu'il vaut mieux éliminer Mystique mais il ne réussit qu'à la blesser avant qu'elle ne s'échappe. 

William Stryler et Bolivar Trask
(Josh Helman et Peter Dinklage)

Le sang de la mutante est recueilli par l'équipe scientifique de Trask qui n'a aucun mal à convaincre le président Richard Nixon de financer la fabrication en série de ses Sentinelles pour affronter le péril qui s'est manifesté aux yeux du monde devant les caméras de télévision. 

Erik Lensherr/Magneto et Raven Darkholme/Mystique
(Michael Fassbender et Jennifer Lawrence)

Magneto a faussé compagnie à Xavier, McCoy et Logan pour rattraper le train qui convoie les robots géants et les saboter. Lorsque les Sentinelles sont présentés au public par Trask et Nixon, ces derniers ignorent donc que leurs armes vont se retourner contre eux. Dans l'assemblée qui assiste à l'événement, Xavier tente de localiser Mystique, toujours résolue à tuer Trask.

Les Sentinelles

Magneto fait une spectaculaire apparition en déplaçant le Robert Kennedy Memorial Stadium de Washington pour isoler la Maison-Blanche tandis que les Sentinelles ouvrent le feu sur l'assistance. Xavier raisonne Mystique en lui expliquant télépathiquement ce qui se passera si elle profite de la situation pour assassiner Trask. Elle se retourne alors contre Magneto, prêt à abattre Nixon pour prouver au monde la supériorité des mutants, et devient une héroïne devant les caméras de télévision. 

Magneto

2023 : le plan ayant réussi, Wolverine se réveille dans sa chambre du manoir de l'institut Xavier pour jeunes mutants où tous les X-Men et leurs élèves sont sains et saufs, n'ayant jamais été exterminés par les Sentinelles. Logan retrouve le professeur X dans son bureau et lui demande alors de lui résumer les cinquante dernières années telles qu'altérées par son intervention.

Une scène post-générique de fin annonce le film suivant, X-Men : Apocalypse :

- Dans l'Egypte antique, une foule scande le nom d'un adolescent qui érige les pyramides par la seule force de sa pensée : En Sabah Nur, le mutant qui sera plus tard connu sous le nom d'Apocalypse.

Dans le cinéma actuel, quoi qu'on puisse en penser, il n'est désormais plus possible d'ignorer la place majeure qu'ont pris les super-héros, devenus la nouvelle "cash-machine" des grands studios de Hollywood. De ce point de vue, X-Men : Days of Future Past a clairement été conçu comme la réponse de la Fox à la concurrence représentée par, d'un côté, Disney/Marvel (avec des titres comme Avengers, Iron Man, Captain America...) et par, de l'autre, Warner/DC (avec Batman, Superman...). C'est aussi la reprise en main de la franchise mutante par celui qui, le premier, l'a porté sur grand écran, Bryan Singer, profitant du succès critique et public de X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn, 2011). Enfin, il s'agit d'une adaptation d'une des plus célèbres sagas du comic-book dédié aux X-Men, écrite par Chris Claremont (qui apparaît dans un cameo ici) et John Byrne.

Fort de ces références, dès le début de l'histoire, le film affiche son ambition en présentant les héros dans une situation désespérée qu'ils ne peuvent espérer renverser qu'en modifiant le passé - un procédé bien pratique pour gommer des éléments entiers ayant déçu à la fois Singer et les fans (concentrés dans X-Men 3 : L'Affrontement final, Brett Ratner, 2006). A partir de cette ouverture aussi astucieuse que bluffante par son aspect sombre (New York dans la ténèbres, des centaines de cadavres jetés dans une fosse commune, des mutants dans des camps de concentration, des résistants cachés dans un monastère), le récit se rattache à l'Histoire avec un grand "H" et propose une uchronie puissante dont on ne peut que saluer la fluidité narrative (ce qui n'est jamais gagné quand il s'agit de voyager dans le temps).

A la faveur d'un twist scénaristique habile (quoique fort différent de la BD d'origine, mais où le personnage de Kitty Pryde joue quand même un rôle déterminant et accomplit une sorte de phase ultime), nous voilà transportés en 1973, lorsque Nixon était à la Maison-Blanche, et que Bolivar Trask (incarné par un Peter Dinklage glaçant en mix de Mengele et de marchand d'armes) lançait son programme "Sentinelles". Les X-Men doivent à nouveau (comme dans Le Commencement) faire plier la réalité selon leurs fantasmes - qui sont divergents du point de vue des "frères ennemis" que sont Charles Xavier (partisan d'une cohabitation pacifique entre humains et mutants) et Magneto (désireux de prouver que l'homo superior va dominer l'homo sapiens).

Cette manoeuvre aboutit à un traitement à la fois dense et palpitant, mené tambour battant (grâce au montage nerveux mais jamais haché de John Ottman, aussi compositeur de la musique), en se concentrant sur une poignée de mutants (Wolverine, Xavier, Magneto, Mystique), et sans abuser de clins d'oeil à l'esthétique de l'époque. Le spectacle est jubilatoire, alternant parfaitement exposition et action (avec des morceaux de bravoure impressionnants et parfois ludiques - voir la scène d'évasion de Magneto avec l'aide Quicksilver, que Singer utilise bien mieux que Joss Whedon dans Avengers 2 : L'Ere d'Ultron), jusqu'au (double) dénouement aussi grandiose que subtil.

Ajoutez-y des acteurs investis dans leurs rôles - Hugh Jackman intense, l'excellent duo formé par James McAvoy et Michael Fassbender, Jennifer Lawrence électrisante - , des personnages oscillant entre volontarisme et résignation, et un refus intelligent d'expliquer les paradoxes temporels (au profit du plaisir pur de l'aventure fantastique), et vous obtenez le meilleur opus de la série. De quoi en reprendre une tournée avec ce que promet la scène post-générique de fin (un teaser expéditif copié au Marvel Cinematic Universe).

X-Men : Days of Future Past est donc à la fois un recommencement et une apogée, le film "X" qu'on n'attendait plus - et qui, dans le meilleur des mondes, pour filer le parallèle avec l'intrigue du long métrage, devrait inspirer les editors de Marvel bien à la peine pour produire des comics mutants aussi passionnants depuis un moment.   

vendredi 18 mars 2016

Critique 841 : TRANCE, de Danny Boyle


TRANCE est un film réalisé par Danny Boyle, sorti en salles en 2013.
Le scénario est écrit par Joe Ahearne et Danny Boyle. La photo est signée Anthony Dod Mantle. La musique a été compilée par Rick Smith.
Dans les rôles principaux, on trouve : James McAvoy (Simon Newman), Rosaria Dawson (Elizabeth Lamb), Vincent Cassel (Franck)...
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De nos jours, à Londres, Simon Newman travaille comme commissaire-priseur. 
Simon Newman
(James McAvoy)

Après la mise en vente aux enchères d'un tableau peint par Francisco De Goya, Le Vol des Sorcières, un braquage a lieu en coulisses, commis par Franck. 
Le Vol des Sorcières
de Francisco De Goya (1797-1798)

Conformément aux procédures de sécurité répétées auparavant, Simon met à l'abri l'objet le plus précieux mais s'oppose au voleur. Celui-ci, en représailles, le frappe en l'assommant avec la crosse de son fusil à pompes avant de prendre la fuite avec la pochette contenant le tableau.
Simon est hospitalisé mais, quand il sort, il est enlevé par Franck et ses hommes car le tableau n'était pas dans la pochette et le commissaire-priseur, qui était en vérité leur complice dans l'opération, est soupçonné logiquement de l'avoir préalablement subtilisé.  
Franck
(Vincent Cassel)

Mais Simon souffre d'amnésie et ne sait donc plus où il a caché la toile, comme les gangsters en acquièrent la conviction après l'avoir torturé dans le but de le faire parler.
Franck imagine alors une solution pour que Simon recouvre la mémoire : il s'agit pour lui de se soumettre à une hypnothérapie. A cette fin, il consulte Elizabeth Lamb, qui devine rapidement que son nouveau patient lui cache le motif véritable de sa visite. 
Désormais mise dans la confidence, malgré la réticence de Franck et ses hommes, elle accepte de les aider contre une partie de la somme qu'ils tireront de la revente du tableau.
Elizabeth Lamb
(Rosario Dawson)

Mais la vérité est plus trouble car Elizabeth et Simon se sont déjà rencontrés auparavant, même si le jeune homme ne s'en rappelle plus, et la jeune femme va manipuler les malfrats à leur insu...

Le cinéaste britannique Danny Boyle a fait une entrée fracassante sur la scène cinématographique il y a 22 ans avec une délectable comédie criminelle noire, Petits meurtres entre amis, qui révéla l'acteur Ewan McGregor, avec lequel il tourna deux autres films, le trip hallucinant Trainspotting et le raté Une Vie moins ordinaire - dont l'échec critique et commercial précéda la fin de leur collaboration, entérinée par la sortie de La Plage, premier (et médiocre) essai hollywoodien pour lequel le réalisateur lui préféra Leonardo Di Caprio.

Après quoi, Boyle a revu sensiblement à la baisse ses prétentions d'auteur, pourtant prometteuses, en s'aventurant dans des films de genre très dispensables (les zombies de 28 Jours plus tard, la science-fiction de Sunshine). En 2008, il allait pourtant se refaire une santé avec un succès inattendu, Slumdog Millionaire (pourtant guère plus fameux), inspiré d'une histoire vraie, et créer la sensation avec l'épouvantable 127 Heures (2010).

Trance se présente comme une honnête série B et ne dépasse effectivement jamais cette ambition. Mais le film souffre de la comparaison avec Inception de Christopher Nolan, sorti trois ans avant, en explorant les mêmes motifs. Cependant, les deux films ont bien des défauts en commun, à commencer par un scénario plus inutilement compliqué que vraiment malin (comme il le prétend).

Traiter des rêves et de la mémoire n'est pas une affaire facile au cinéma car si ces thèmes se prêtent à des effets visuels tentants, les cinéastes oublient souvent toute mesure, préférant épater la galerie en essayant à la fois d'égarer le spectateur tout en délirant sur les possibilités narratives que cela offre. Ainsi Nolan concevait-il son polar onirique comme un gigantesque jeu vidéo dont le dénouement laissait indifférent alors que l'idée de départ était accrocheuse (implanter une idée dans l'esprit d'un homme pour qu'il prenne une décision d'ordre commerciale différente de celle qu'il voulait initialement) et livrait une superproduction interminable (comme il en a l'habitude).

Boyle, au contraire, et on lui en sait gré, opte pour un format plus serré : avec ses 100 minutes, Trance semble être un divertissement prémuni contre les excès. Hélas ! le résultat contrarie cet espoir : comme chez Nolan, le scénario écrit par Joe Ahearne et Boyle est construit sur le modèle des poupées russes. Chacun des trois personnages principaux cache mille secrets, révélés progressivement, mais le procédé n'enrichit pas tant la psychologie de ce trio qu'il ne sert à embrouiller un récit dont le postulat n'avait pas besoin (le complice d'un braquage a oublié où il a caché le butin).

Pendant la première moitié du film, cependant, on marche volontiers, tolérant la mise en scène outrageusement tape-à-l'oeil de Boyle, avec sa photographie digne des pires vidéo-clips et publicités (signée Anthony Dod Mantle, qui ne lésine pas sur les effets d'objectifs, de filtres, de contrastes, fatiguant le regard) et un montage aussi maniéré (avec des jump-cuts, des flash-forward). C'est assez amusant, parfois grotesque, mais après tout, ce n'est pas comme si ça se voulait crédible.

Mais ensuite, on se rend compte que, comme certain roman serait bien meilleur si l'auteur s'était contenté d'en faire une nouvelle, ce film aurait abouti à un court ou moyen métrage bien plus percutant en n'accumulant pas autant de rebondissements, de coups de théâtre, de twists, sans jamais atteindre le vertige escompté. C'est là son point commun avec Inception de Nolan : au bout du compte, on attend la fin du film en s'en fichant complètement, car la résolution du mystère indiffère et on ne s'attache plus aux personnages. Un polar dont le suspense échoue à vous étreindre et les héros ne vous procurent plus d'émotions, qui se repose trop sur la forme - et une forme trop bariolée qui plus est -, est une cause perdue.

La distribution peut-elle encore séduire ? En m'informant sur la pré-production de Trance, j'ai appris que Boyle, malgré sa bonne côte, n'avait pu obtenir ou convaincre les acteurs qu'il désirait en dehors de l'excellent (et mésestimé) James McAvoy dans le rôle de Simon Newman, qu'il incarne avec une tension impeccable et une élégance louable.

En revanche, ses partenaires semblent un peu là par défaut : Vincent Cassel campe pour la énième fois un malfrat à la fois retors et dépassé, alors que Boyle voulait Michael Fassbender, un comédien dégageant une ambiguïté autrement plus puissante (et qui forma un duo étincelant avec McAvoy dans X-Men : First Class - peut-être est-ce en s'en souvenant que le cinéaste l'a courtisé).

Idem pour Rosario Dawson : cette belle actrice black est une bonne actrice mais elle peine à convaincre dans un rôle de manipulatrice dont les actes ne se révèlent que progressivement et ont une ampleur invraisemblable. Boyle avait approché, sans succès, Scarlett Johansson, Mélanie Thierry et Zoe Saldana, chacune présentant des qualités bien différentes (j'estime que Saldana reste quand même la meilleure des trois).

C'est donc raté : pas dans les proportions d'un authentique navet, mais dommage quand même compte tenu du potentiel. Pour les grands films sur le rêve et la mémoire, mieux vaut donc revoir La femme au portrait ou Le secret derrière la porte de Fritz Lang, mais, évidemment, là, ça ne boxe vraiment plus dans la même catégorie...