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jeudi 21 décembre 2023

UNCANNY AVENGERS #5, de Gerry Duggan et Javier Garron


And it's a wrap ! Ce nouveau volume de Uncanny Avengers se termine avec ce cinquième épisode, juste à temps pour la prochaine étape dans l'univers des X-Men. Gerry Duggan finit ce run en beauté, avec beaucoup d'action, une débauche de spectacle, assumant son côté too much. Javier Garron confirme qu'il est un artiste avec lequel il faudra compter et j'espère que Marvel exploitera son talent à bon escient très vite.


Captain Krakoa affronte successivement Captain America, Deadpool, Black Widow, Psylocke et Monet sans qu'aucun de ces derniers n'en viennent à bout. Pire : Malicia apprend que la bombe nucléaire qu'il a installé dans le campus ne peut être désamorcée...


Ce sera, je vous le promets, une critique sans spoilers. J'ai illustré cette entrée avec des planches qui ne révèlent pas l'identité de Captain Krakoa ni l'issue de l'histoire. Tenez-vous en conséquence éloigné des sites d'infos spécialisés comics vo si vous ne voulez pas en savoir plus.


Pour ma part, cette conclusion me satisfait pleinement. Gerry Duggan est vraiment un scénariste parfait pour animer cette formation avec des héros traditionnels et des mutants, tout en se distinguant de celui qui avait lancé l'idée (Rick Remender).


Duggan promet d'ailleurs un "never the end..." à la toute dernière page qui peut faire espérer à un retour du titre dans le futur et Marvel serait bien inspiré de le laisser faire car il y a de la place pour une série comme ça, quel que soit ce que l'éditeur réserve aux mutants en 2024. Et d'ailleurs, même avant qu'une série Uncanny Avengers ne soit lancée, des X-Men ont grossi les rangs des Avengers, il n'y a pas besoin de prétexte pour continuer.

Comme je l'écrivais dans la critique de X-Men #29, Duggan a une façon bien à lui de procéder pour construire ses intrigues : au lieu de partir des personnages héroïques, il réfléchit au(x) vilain(s) qui poseront le plus de problème à ces derniers. Et dans le cas présent, comme pour X-Men, il a opposé aux Uncanny Avengers des ennemis coriaces.

Dans ce dernier épisode, tout va très vite : c'est de l'action non-stop, avec des affrontements musclés, où personne ne retient ses coups. Jusqu'au bout, l'issue est incertaine et d'ailleurs le récit se termine sur une note plutôt mitigée. C'était prévisible vu que Fall of the House of X et Rise of the Powers of X se chargera d'apporter une fin à Fall of X.

La vraie question à se poser, c'est : est-ce que cette mini-série, comme toutes les autres qui ont été lancées durant Fall of X, apporte quelque chose de plus à cette période ? Disons que Uncanny Avengers prouve que les Avengers et les X-Men sont unis, solidaires dans la crise actuelle. Et d'une manière générale, on peut affirmer que Orchis a marqué une sorte de tournant attendu.

En effet, après de nombreuses années à assister à des empoignades entre super-héros (depuis Civil War 1), un vrai grand méchant a émergé et si c'était d'abord une menace pour les mutants, les derniers mois ont vu le danger ressenti par toute la communauté super-héroïque. Il est juste dommage que, alors que pour une fois Marvel avait l'opportunité et la légitimité pour développer ça sur une majorité de leurs productions, il ne l'a pas fait.

Avec une organisation comme Orchis, c'était le moment ou jamais de tester les Fantastic Four, Spider-Man et un tas d'autres personnages conte un adversaire commun, qui les mettait tous en péril. Au lieu de ça, Marvel a préféré cantonner la menace Orchis aux mutants, étendant seulement la situation aux Avengers dans Invincible Iron Man (normal puisque c'est une autre série écrite par Duggan) et Uncanny Avengers. Je pense que l'éditeur a loupé une belle occasion, semblable en envergure à Secret Invasion ou à la période Dark Reign.

Mais le bon point demeure que les héros, unis dans Uncanny Avengers, ont un vrai vilain à affronter et ne cherche plus un prétexte pour se mettre sur la tronche entre eux. Gerry Duggan a fait un boulot impeccable de ce point de vue et le final le prouve avec efficacité et une certaine démesure que d'aucuns trouveront exagérée mais que j'ai pour ma part bien apprécié.

Et si Duggan s'est lâché, c'est parce qu'il savait pouvoir compter sur un artiste capable de rendre justice à son script. Javier Garron aura accompli une prestation remarquable (même s'il a été remplacé sur un numéro, mais par un excellent fill-in). Son trait très expressif, très détaillé, est impressionnant quand on voit sa capacité à enchaîner.

Garron me fait penser à ce que disait le regretté George Pérez quand il s'amusait de la lenteur des dessinateurs de la génération actuelle, à la peine avec les deadlines, alors que lui, réputé pour sa générosité graphique et sa productivité, a longtemps prouvé qu'on pouvait, en travaillant à l'ancienne qui plus est, rendre vingt pages par mois sans rien sacrifier à l'exigence.

En ce sens, avec Garron, Marvel tient une pépite sur laquelle il aurait tort de ne pas compter. Il s'est fait connaître sur Avengers de Jason Aaron en succédant à Ed McGuinness, tenant la baraque comme un chef. Il a enchaîné avec ces épisodes Uncanny Avengers presque sans avoir pu souffler, et donne une leçon à nombre de ses confrères avec des planches de haute volée. Il fait partie, avec Carmen Carnero, des talents émergeants à qui l'éditeur devrait confier de gros projets, des séries en vue - pour peur évidemment qu'elles soient bien écrites aussi.

Je renouvelle donc le souhait de relire des aventures de Uncanny Avengers dans le futur, si possible toujours écrites par Duggan. Qui va poursuivre désormais avec X-Men et surtout Fall of the House of X.

vendredi 17 novembre 2023

UNCANNY AVENGERS #4, de Gerry Duggan et Javier Garron


Ce pénultième épisode de Uncanny Avengers en relation avec Fall of X est une fois de plus une lecture réjouissante : Gerry Duggan donne au lecteur ce qu'il faut d'action pour le divertir et accorde assez de soin à la caractérisation pour s'attacher aux personnages. Javier Garron est de retour en grande forme avec des planches très dynamiques et détaillées. Un sans-faute ? Presque...


Tandis que Ben Urich dévoile publiquement au Dr. Stasis qu'il reste un témoin humain du massacre commis lors du Hellfire Gala, la division Unité remonte, grâce au traceur posé sur les Fenris, la piste du Front de Libération Mutant. Mais Captain Krakoa a reçu l'ordre de faire taire Urich...


Comme j'ai (peut-être) eu l'occasion d'en parler auparavant, je suis quelques Youtubeurs qui causent comics. Parmi ceux-ci Max Faraday qui travaille dans une librairie du Nord de la France et qui se distingue pour son amour des comics des années 90, notamment les débuts d'Image Comics. C'est un type qui n'a pas sa langue dans sa poche, qui fait de petites vidéos spontanées.


Comme ces derniers jours il a prévenu ses abonnés qu'il serait absent, il a posté sa dernière vidéo, préenregistrée, ce mardi où il explique pourquoi, selon lui, le niveau a baissé. Je n'ai pas été d'accord avec ce qu'il a dit et je lui ai laissé un commentaire pour argumenter (mais je n'ai pas l'impression qu'il réagit beaucoup aux commentaires).


Bref, pour résumer son propos, le problème se situerait, notamment chez Marvel, par le fait que les séries ne disposent ni de scénaristes ni de dessinateurs suffisamment excitants, même s'il y a des talents qu'il estime sous-exploités. Pour ma part, je trouve que c'est un jugement déséquilibré.

Et Uncanny Avengers en est un exemple parfait. Gerry Duggan n'est effectivement pas ce que je qualifierai de grand scénariste. Il est inspiré de manière inégale mais sur ces derniers mois, en ayant orienté largement la course des mutants depuis le dernier Hellfire Gala, il a démontré sa capacité à se dépasser, sans nul doute parce qu'il est maître du jeu.

Donc, on peut dire qu'en ce moment Duggan se situe dans une fourchette haute chez Marvel : ses histoires sont d'une qualité remarquable, elles collent au statu quo, proposent un divertissement efficace. Cet avant-dernier épisode de Uncanny Avengers le prouve : il y a beaucoup d'action, du spectacle et encore des pistes bien creusées dans l'intrigue.

L'essentiel du numéro oppose dans une baston musclée et même sanglante la division Unité au nouveau Front de Libération Mutant. Les héros ont envie d'en découdre et les membres mutants de l'équipe tranchent dans le vif, notamment Psylocke déchaînée. Captain America reprend le leadership du groupe et distribue les rôles tout en étant lui-même en première ligne à la fin.

Ben Urich est également utilisé à bon escient, à la fois dans sa partie journalistique qui met dos au mur le Dr. Stasis et dans une partie plus délicate où il est la cible de Captain Krakoa. A la fin, ces deux lignes narratives se rejoignent de manière fluide et percutante à la fois.

Le "presque" sans faute que je mentionnais en intro concerne essentiellement l'identité du Captain Krakoa qui est dévoilée à la toute dernière page. Je ne vous la spoilerai pas, mais comme c'était l'hypothèse la plus souvent évoquée, la voir se confirmer déçoit quelque peu. J'aurai aimé être plus surpris (sans pour autant avoir en tête un candidat particulier).

Visuellement, l'épisode bénéficie avec Javier Garron d'un artiste qui n'est pas encore une superstar mais qui a suffisamment de talent et de potentiel pour le devenir (même si on peut estimer que Marvel mise déjà beaucoup sur lui après lui avoir confié la partie graphique des Avengers de Aaron). On ne peut pas, comme le suggère Max Faraday dans sa vidéo, réduire Garron à un artiste peu excitant juste parce qu'il ne jouit pas de la reconnaissance d'un Bryan Hitch par exemple (Hitch, lui-même, a ramé avant d'être consacré grâce à The Authority et The Ultimates).

Tout ça fait donc de cette mini-série une production digne de considération et c'est aussi au lecteur d'assumer sa responsabilité en ne se cantonnant pas au fait que les comics ne sont bons que parce que des vedettes les réalisent. Duggan et Garron, ce n'est sans doute pas aussi ronflant que Millar et Hich, Johns et Reis, mais ce qu'ils font ensemble a d'évidentes qualités.

Pour ma part, et j'ai eu déjà l'occasion de l'écrire dans ce blog, il y a une équité dans le succès ou l'échec d'un comic-book. Si les lecteurs ne soutiennent pas une série et ensuite se plaignent qu'elle soit annulée, il faut qu'ils comprennent que sans bonnes ventes c'est le sort réservé à tout titre, et donc il ne suffit pas de se lamenter. Chacun d'entre nous a une responsabilité : il faut acheter les comics et en parler autour de soi pour que d'autres aient envie de les acheter et les lire.

Cela n'exonère pas l'auteur, l'artiste, l'équipe éditoriale, qui doivent aussi livrer une histoire de qualité. La question du prix est devenue aussi un enjeu, pas seulement à cause de l'inflation mais parce qu'on est en droit d'attendre d'en avoir pour son argent. Perso, ça ne me dérange pas de payer plus si le contenu est plus substantiel (comme par exemple pour le premier épisode de G.O.D.S. et ses 10 $ pour plus de 60 pages). Mais quand il s'agit d'acheter un floppy à 4,99 $, je suis exigeant et je n'hésite plus à arrêter les frais si vraiment le compte n'y est pas.

Mais ce qui est sûr, c'est que je n'achète ni ne lis un comic-book pour la célébrité de ses auteurs. Je préfère une BD bien foutue par des inconnus qu'une plus faible par des stars. Donc, non, le souci ne provient pas de la notoriété des auteurs. Uncanny Avengers, je radote, est une excellent comic-book et je doute qu'il ait été meilleur fait par des gens plus renommés. Il justifie son prix et qu'on suive son histoire jusqu'au bout, qui plus est parce que cette histoire ne dure que cinq mois.

La nostalgie pas plus que la curiosité fondée sur le star-system ne garantissent les bons comics. Penser que avant c'était mieux ou que réalisé par des vedettes est un gage de qualité est une erreur : avant aussi il y avait autant de bons que de mauvais comics comme aujourd'hui, et les vedettes de demain se trouvent immanquablement dans les quasi-inconnus ou seconds couteaux d'aujourd'hui. Il en va de cela comme de la lecture même d'un livre : c'est en tournant les pages qu'on le sait, pas en relisant sans cesse ses anciens mensuels.

vendredi 27 octobre 2023

UNCANNY AVENGERS #3, de Gerry Duggan et Emilio Laiso

 

Ne vous fiez pas à la couverture : pour une fois, Gerry Duggan ne met pas en avant Deadpool - d'ailleurs il se montre très discret depuis le retour de Uncanny Avengers. Cet épisode voit par contre Emilio Laiso remplacer Javier Garron au dessin (il s'est contenté de signer la cover), pour un résultat très convaincant. L'intrigue elle avance bien, avec une bonne d'action et une dernière page jubilatoire.



Captain America donne une conférence de presse au pied de l'ancien QG des X-Men et la division Unité l'y rejoint. Après avoir retourné la foule hostile aux mutants, Monet et Vif-Argent remontent la piste des jumeaux Fenris pour savoir où se cache Captain Krakoa. Lequel semble hors de contrôle pour Dr. Statis et M.O.D.O.K....


Uncanny Avengers serait-il la série de Gerry Duggan par excellence ? En tout cas, je trouve que ce scénariste livre son meilleur travail. Autant ailleurs je suis souvent partagé sur la qualité de son ouvrage qui côtoie le très bon comme le quelconque, autant là-dessus il y a une fluidité, une aisance incontestable.


A tel point que, sans savoir si Marvel a une idée en tête pour ce titre dans le futur, je verrais bien la série continuer même après Fall of X. Il y aura toujours de la place pour un titre avec une alliance d'Avengers et de X-Men, a fortiori après la crise actuellement décrite pour ces derniers.


Ce troisième épisode prouve encore une fois que le propos de Uncanny Avengers et sa manière de mixer aventure et réflexion fonctionne pleinement. Gerry Duggan est particulièrement à l'aise pour camper les personnages qu'il anime et développer une intrigue captivante.

La première scène est une réussite brillante qui voit Captain America balancer un de ses speechs dont il a le secret : "fidèle au rêve américain", il retourne une foule hostile aux mutants en rappelant que ceux-ci ont toujours été présents pour sauver le monde, même envers eux qui les craignaient et les haïssaient. Et en prime il prouve aux X-Men qui ne voulaient plus de lui à la tête de l'équipe, par peur qu'il soit tué et que la faute leur retombe dessus, qu'il n'est ni rancunier ni revanchard.

La suite est plus mouvementée et met en avant le duo Monet-Vif-Argent. Duggan s'amuse à créer une relation inédite entre eux deux même s'il est impossible de dire si cela perdurera au-delà de cette mini-série et de Fall of X. Le statut de Vif-Argent (comme de Scarlet Witch) ayant été complétement modifié en n'en faisant plus des mutants (mais des produits des expériences du Maître de l'Evolution) rend cela plus épicé et savoureux.

Leur affrontement contre les jumeaux Fenris pour retrouver Captain Krakoa pointe que même quand celui-ci est absent à l'image, il hante l'histoire. Une autre scène, très brève, montre d'ailleurs le Dr. Stasis et MODOK constatant que leur agent est désormais hors de contrôle après qu'il a volé une tête nucléaire dont ils ignorent qu'il l'a caché dans le campus financé par Orchis. Le mystère sur l'identité de l'usurpateur demeure complet et c'est une prouesse de la part de Duggan quand on sait que Marvel préfère souvent s'auto-spoiler plutôt que de laisser des fouineurs révéler une surprise avant eux.

Enfin, on retiendra l'identité du fameux témoin évoqué dans le précédent épisode par Ben Urich. Je ne dis rien (même si j'y serais certainement obligé le mois prochain) mais c'est à la fois évident et jbilatoire (il suffit d'ailleurs de voir les visages stupéfaits de Urich et de Captain America - voir page di-dessus - pour mesurer la surprise).

J'ignore pourquoi mais Javier Garron qui semblait bien parti pour enchaîner les cinq épisodes de Uncanny Avengers est cette fois remplacé par Emilio Laiso. Garron paie-t-il ses efforts conséquents sur la fin du run de Avengers d'Aaron et a-t-il eu besoin de souffler ? Quoiq qu'il en soit, ses fans (dont je fais partie) ne doivent pas s'inquiéter : il sera de retour pour l'épisode suivant.

Emilio Laiso a donc été chargé d'officier à sa place et il livre une copie impeccable. L'artiste italien est excellent et produit des planches énergiques et bien composées. Il faut aussi mentionner la contribution essentielle du coloriste Morry Hollowell sur ce titre car sa palette permet de conserver une cohérence chromatique qui atténue grandement le changement de dessinateur.

Et dire que j'ai failli zapper tout Fall of X, craignant que cette période ne gâche tout ce qui l'avait précédée. Je serai passé à côté d'épisodes et de séries qui valent vraiment le détour et surtout d'un statu quo certes éphémère mais captivant.

vendredi 22 septembre 2023

UNCANNY AVENGERS #2, de Gerry Duggan et Javier Garron


Il y a décidément quelque chose de spécial qui se passe quand Gerry Duggan écrit Uncanny Avengers : le scénariste y est à son meilleur et ce second épisode le prouve une fois encore avec un épisode riche, intelligent, captivant. Javier Garron dessine tout ça avec une excellence redoutable.


Captain America blessé par Captain Krakoa, les Uncanny Avengers ne peuvent pas arrêter le nouveau Front de Libération Mutant qui repart avec une tête nucléaire. De retour à leur QG, Malicia annonce qu'elle prend la direction de l'équipe. Steve Rogers rencontre Ben Urich qui pense qu'il y a eu des témoins humains ayant survécu au massacre du Hellfire Gala, ce qui accablerait Orchis...
 

Alors que cette semaine, en prévision de la New York Comic Con, Marvel a commencé à faire fuiter quelques teasers (comme The Resurrection of Magneto, Avengers Twilight ou le retour de Ultimate Spider-Man), on a surtout eu la confirmation de la fin de l'âge de Krakoa à l'issue de Fall of X.
 

A cette occasion, Kieron Gillen et Gerry Duggan écriront The Fall of the House of X/The Rise of Powers of X (qui aboutiront sans doute au lancement d'une nouvelle série New X-Men, déjà déclarée). On verra en 2024 si les mutants en ont fini avec Krakoa ou si c'est une autre étape de leur statut vis-à-vis de la Nation X bâtie sur l'île.


Mais ce qui semble certain, c'est que Gerry Duggan va continuer à jouer un rôle important pour le futur des mutants (ça, c'est la bonne nouvelle, car je suis moins heureux de savoir que Gillen sera encore de la partie).

Et si c'est le Duggan de Uncanny Avengers qui écrit New X-Men, alors ce sera très bien car ce deuxième épisode de la mini-série est tout à fait excellent. Le scénariste livre un numéro très dense, où il se passe beaucoup de choses, où il y a de quoi lire mais aussi réfléchir pour la suite.

Un motif se dessine dans cet épisode : celui de la perte de contrôle. Ainsi Captain America voit son leadership discuté par Malicia, Psylocke, Penance et Vif-Argent. Leur arguement se tient d'ailleurs : si d'aventure leur mission voyait un Avenger, qui plus est aussi emblématique que Captain America, mourir, alors les mutants en porteraient la responsabilité aux yeux de l'opinion publique, déjà bien manipulée par Orchis.

Certes, Marvel n'a pas fait dans la nuance avec les manoeuvres de propagande de Orchis puisqu'on a le sentiment que les humains détestent désormais sans exception les mutants depuis le Hellfire Gala. On peut avoir du mal à imaginer qu'une nation entière comme les Etats-Unis (et le monde par extension) abondent dans le sens d'Orchis alors même que des héros non-mutants aident ces derniers. Mais disons que c'est un parti-pris et qu'on va attendre de voir comment Fall of X va progresser : si effectivement, à la fin, les mutants redeviennent une espèce honnie de tous, ce défaut de nuance serait dommage.

Pour en revenir au contenu de l'épisode, ce twist dans l'équipe des Uncanny Avengers fournit une scène épatante pour Deadpool. Duggan a beaucoup écrit le personnage dans sa propre série et l'a incorporé à ses Uncanny Avengers la première fois qu'il animait la série. Jusqu'à présent, il l'a toujours utilisé dans sa fonction de bouffon, de mercenaire à grande gueule. Mais là, il lui donne un dialogue formidable de justesse quand il fait remarquer à Malicia et sa bande que ce sont des losers en repoussant Captain America, le type qui les a toujours soutenus, qui n'a jamais reculé devant l'obstacle, qui est un bien meilleur chef que tous les mutants (hormis sans doute Cyclope, stratège hors pair).

Surtout ce passage révèle à quel point Malicia méconnaît Captain America qui sait ce que c'est que de combattre le Mal incarné (hier les nazis, aujourd'hui Orchis), sa propagande, et qui n'hésitera pas à donner sa vie pour le vaincre.

La perte de contrôle est aussi du côté des méchants car on voit Stasis et M.O.D.O.K. s'interroger sur le plan de Captain Krakoa, leur créature, qui a volé une tête nucléaire sans leur dire pourquoi. Même si on ignore toujours qui a usurpé l'identité de Captain Krakoa, il semble qu'il trace sa propre route. Cela signifie-t-il que Stasis et MODOK ont mésestimé leur pantin ? Tout ça en tout cas ouvre une piste passionnante.

Enfin, quand Ben Urich suggère à Steve Rogers que des humains auraient survécu au massacre du Hellfire Gala, c'est encore une ligne narrative captivante qui pourrait mener à une crise pour Orchis. Duggan fait feu de tout bois et il le fait bien, disposant ses pions avec beaucoup de finesse, accrochant le lecteur. C'est vraiment très bon.

Et ça l'est encore plus grâce au dessin de Javier Garron : je veux vraiment attirer votre attention sur la qualité du travail de cet excellent artiste. La précision de son trait, son expressivité, la richesse de ses détails, contribuent à rendre la lecture encore plus dense. Voilà un gars qui ne s'économise pas et après un premier épisode déjà très fouillé, il prouve qu'il en a encore sous le crayon.

Les team books sont des exercices difficiles pour les dessinateurs qui doivent animer plusieurs personnages, veiller à les rendre tous distincts, composer des plans et des scènes plus complexes. Duggan a intégré, comme il l'avait suggéré, un dernier membre aux Uncanny Avengers avec Black Widow et Javier Garron ne faiblit pas. Ce casting abondant, la diversité des décors, des ambiances, rien ne lui fait peur. Si, après ça, Marvel ne le place pas sur une grosse série en 2024, c'est à n'y rien comprendre.

Bref, Uncanny Avengers, c'est de la balle, un gros kif. Et franchement ça pourrait facilement être prolongé après Fall of X puisque le principe même de cette équipe dépasse l'intrigue en cours.

vendredi 18 août 2023

UNCANNY AVENGERS #1, de Gerry Duggan et Javier Garron (+ FCBD 2023 : X-Men / Uncanny Avengers)

Bon... J'ai craqué et je me suis procuré le n°1 de Uncanny Avengers, qui sera une mini-série en cinq numéros (et plus si affinités ?) publiée en complément de Fall of X. Gerry Duggan l'écrit et comme, par le passé, ce fut un de ses meilleurs travaux, j'y vais confiant. Il est soutenu au dessin par l'excellent Javier Garron (qui vient juste d'achever le run de Jason Aaron sur Avengers).

Pour être le plus complet abordable possible, j'ouvre cette critique en revenant sur l'exemplaire du Free Comic Book Day de cette année qui fournit une introduction bien pratique avec un segment consacré aux X-Men (dessiné par Joshua Cassara) et un autre aux Uncanny Avengers (déjà dessiné par Garron), et dont l'action se déroule le soir du Hellfire Gala 



L'exemplaire du FCBD 2023 annonçant le retour de Uncanny Avengers débute par un segment de X-Men dont l'action se situe lors du Hellfire Gala, juste avant le massacre commis par Orchis, lorsqu'une alarme du Treehouse des X-Men retentit et incite Cyclope à aller voir ce qui cloche...
 

Il tombe sur un intrus qui va dérober l'armure de Captain Krakoa et tente de l'en empêcher. Mais son adversaire le domine, s'empare de l'armure et jette Cyclope du haut de l'arbre auquel il met le feu. On a découvert dans X-Men #25 que Cyclope avait été récupéré par Orchis et remis au Dr. Stasis qui le torture pour lui soutirer des infos sur l'endroit où se cachent des mutants. 

Joshua Cassara illustre ces pages avec son style brut et explosif habituel, parfait pour rendre compte de l'agressivité de l'intrus.


On enchaîne avec la partie annonçant véritablement le retour du titre Uncanny Avengers. le nouveau Captain Krakoa attaque le Capitole et tue plusieurs membre d'une commission d'enquête sur les mutants. En apprenant la nouvelle, Captain America se rend sur place mais il tombe dans une embuscade tendue par Orchis d'où le tire Malicia. Avant que celle-ci n'entende l'appel à l'aide du Pr. Xavier sur l'île de Mykines suite au massacre commis par Nimrod, Moira X et compagnie... 

Javier Garron est déjà très en forme et produit des planches hyper dynamiques, grouillant de détails avec des personnages très expressifs.
 

Et nous voilà arrivé au n°1 de Uncanny Avengers (vol. 4). Gerry Duggan orchestre la renaissance de l'Unity Squad où humains et mutants s'allient pour trouver et punir les responsables du massacre mutant. Javier Garron est l'artiste associé à ces cinq nouveaux épisodes qui démarrent sur les chapeaux de roues sur une quarantaine de pages.


Tandis que Ben Urich au "Daily Bugle" réfléchit aux événements de ces derniers jours, Psylocke et Penance libèrent de nuit des mutants capturés par Orchis pour être traités ou bannis sur Mars/Arakko. Captain America surgit pour leur proposer d'intégrer son équipe auc côtés de Deadpool, Quicksilver et Malicia en lien avec Emma Frost, Tony Stark et la résistance mutante. De son côté, Captain Krakoa recrute aussi...


De 2015 à 2017, après l'event Secret Wars (de Jonathan Hickman et Esad Ribic), Gerry Duggan est désigné pour écrire Uncanny Avengers après deux premiers volumes écrits par Rick Remender. Ce dernier a quitté Marvel pour se consacrer à des creator-owned, sans doute aussi frustré que ses projets pour Marvel aient été stoppés net par Secret Wars (après que d'autres, nombreux, n'aient jamais vu le jour).


Même si Duggan n'a rien à voir avec Remender, il va réussir à relancer le titre avec beaucoup d'efficacité, d'abord avec Ryan Stegman puis Pepe Larraz comme artistes. Il y injecte de l'humour (avec Deadpool, dont il a été le scénariste le plus prolifique) et surtout il étend le concept en intégrant aux Avengers et X-Men présent un membre des Fantastic Four (la Torche Humaine) et des Inhumains (Synapse).


Duggan aura réussi son travail le plus abouti à mon sens (même si son run, plus bref, sur Guardians of the Galaxy ne manque pas de charme, mais a été un peu gâché par l'event Infinity Wars en 2018). Aujourd'hui, il est devenu un des hommes forts de "la maison des idées" qui lui fait confiance pour animer deux poids lourds : X-Men et Invincible Iron Man.
 

Son retour sur Uncanny Avengers me tentait trop pour que je fasse l'impasse, même si au départ je compter le zapper, n'étant pas très chaud pour tous les tie-in à Fall of X. De fait, il ne s'agit pas d'une relance sur le long terme mais seulement pour cinq épisodes - même si, une fois Fall of X terminé, on pourrait très bien imaginer qu'une idée pareille survive.

Dans le flot de mini-séries attachées à Fall of X, Uncanny Avengers est peut-être la plus organique dans le sens où, comme on le voit dans une des premières scènes de l'épisode, alors que Captain America est face à Psylocke et Penance venus délivrer des griffes d'Orchis des mutants, Steve Rogers invite les deux femmes à venger les leurs, tués lors du Hellfire Gala, tout en incarnant à ses côtés l'union humain-mutant.

Dans le FCBD, Duggan met en place une situation explosive avec un usurpateur choisi par le Dr. Stasis et M.O.D.O.K. pour reprendre le rôle de Captain Krakoa. Pour rappel, lors de la première saison de X-Men par Duggan et Larraz, Stasis piégeait Cyclope et le faisait tuer devant des témoins civils. Pour garder secret le protocole de résurrection des Cinq, le Conseil de Krakoa trouvait un subterfuge : Cyclope restait mort aux yeux du public mais endossait le masque de Captain Krakoa pour continuer à opérer avec son équipe de X-Men.

Qui est ce nouveau Captain Krakoa ? Duggan ne le révèle pas et on peut donc spéculer à loisir. J'ai ma propre idée, mais je ne la dévoile pas (mais si vous voulez me faire part de la votre, n'hésitez pas à laisser un commentaire). On sait en revanche que c'est un individu bien entraîné vu la correction qu'il inflige d'abord à Cyclope puis à Captain America. Peut-être a-t-il bénéficié de quelques améliorations génétiques de la part de Stasis et MODOK...

Ce qui est surtout bien vu et qui correspond parfaitement à la méthode du scénariste, telle qu'il l'a dévoilée récemment en interview , c'est que tout repose sur l'apparence. Captain Krakoa enrôle des mutants qui croit avoir affaire à Cyclope et pense partir pour une mission vengeresse en qualité de nouveau Front de Libération des Mutants. Et ce ne sont pas des enfants de choeur : Blob, Wildside, les jumeaux Fenris !

L'Unity Squad de Captain America est moins universelle que la précédente animée par Duggan : on y trouve trois mutantes (Malicia, Psylocke/Kwannon, Penance), Deadpool (qui peut aussi être assimilé à un mutant), Quicksilver (qui a longtemps cru en être un... Avant que Remender retconne ses origines, à lui et sa soeur Scarlet Witch). Captain America est le seul Vengeur. Pas d'Inhumain, pas de Fantastic Four. Même si Duggan a teasé un dernier membre à venir...

Suivant la tonalité brutale du Hellfire Gala et X-Men #25, Duggan écrit un épisode violent, brutal, sombre. La deuxième loi sacrée de Krakoa ("D'humains tu ne tueras") n'a plus cours, même s'il s'agit pour les mutants de tuer uniquement ceux qui les ont agressés. Et à ce sujet, si on peut s'étonner que Steve Rogers s'allie avec Psylocke et Penance après qu'elles aient trucidé plusieurs agents d'Orchis, Duggan répond par le biais du héros qu'il sait ce que c'est de lutter contre des fascistes. C'est la guerre et il y a des morts de chaque côté.

Javier Garron est devenu une valeur sûre de Marvel. Après avoir brillé sur Secret Warriors (dont j'ai parlée récemment), il est devenu l'artiste régulier le plus productif du run de Jason Aaron sur Avengers

Ce dessinateur espagnol fait penser à Brad Walker et Kevin Maguire : du premier, il a le goût des images fournies, détaillées, avec des compositions dynamiques ; du second, il a le talent pour rendre les personnages très expressifs. Chaque page vous en donne pour votre argent et il met un point d'honneur à valoriser les héros dans toute leur splendeur. Ainsi Psylocke en tueuse ninja terriblement efficace, Captain America en force tranquille, Quicksilver en bolide : les pouvoirs sont représentés de manière très puissante avec un sens de l'ellipse (quand Pietro transporte l'équipe dans les égoîts) ou au contraire de la décomposition des mouvements (lorsque le bouclier de Captain America ricoche en assommmant plusieurs membres d'Orchis) assez extraordinaires.

Vous l'aurez compris, j'ai retourné ma veste en m'apercevant qu'elle était doublée de vison (même si c'est un peu trop chaud pour la saison). Mais cette relance (fusse-t-elle éphémère) de Uncanny Avengers est réellement accrocheuse. Et Fall of X a quelque chose de définitivement séduisant dans sa dimension désespérée. J'ignore sur quoi ça va déboucher, mais finalement cet électrochoc chez les mutants rebat les cartes franchement.

mardi 6 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : UNCANNY AVENGERS, de Gerry Duggan, Ryan Stegman, Carlos Pacheco et Pepe Larraz

 Depuis quelques semaines, on trouve dans les grandes surfaces Carrefour une dizaine d'albums softcovers à bas prix (3,99 E) d'une collection intitulée Marvel Gold. Panini Comics permet ainsi de (re)découvrir des séries mettant en scène des équipes où, je cite, "parfois les super-héros ne sont pas la solution, mais le problème". J'en ai profité pour faire quelques acquisitions, comme ce volume consacré aux Uncanny Avengers (vol. 3), datant de 2015, rassemblant les épisodes 1 à 6 et 9 à 12.

 


Lancé Décembre 2015, après l'event Secret Wars, ce volume de Uncanny Avengers succède donc au run sur le titre de Rick Remender. La série est alors confiée à Gerry Duggan, pour le scénario, et Ryan Stegman (les épisodes 0 à 4), Carlos Pacheco (les épisodes 5-6) et Pepe Larraz (les épisodes 9 à 12) pour les dessins. On trouve donc trois arcs dans cet album et si les n°7 et 8 manquent, ce n'est pas grave car il s'agissait de tie-in au crossover Standoff.


Dans un premier temps, nous faisons donc connaissance avec la nouvelle formation des Uncanny Avengers, aussi appelée équipe unité. Le rôle des Inhumains dans l'event Infinity (au terme duquel Flèche Noire a réveillé des Inhumains "dormants") a pour conséquence que ce groupe accueille désormais des héros traditionnels, des mutants et des inhumains : Steve Rogers (qu'il est devenu un vieillard dans la série Captain America écrite par Rick Remender) commande Malicia, Doctor Voodoo, la Torche Humaine (Johnny Storm), Synapse, Deadpool, Spider-Man qui sera vite remplacé par Vif-Argent. Et leur premier adversaire est l'Homme Broyé, un inhumain qui veut purger la Terre des humains qu'il juge écocides.


L'astuce tient principalement au fait que l'Homme Broyé, Ivan Guerrero, est l'oncle de Synapse, Emily Guerrero. Gerry Duggan expédie cette affaire à un rythme effréné, congédiant Spider-Man avant la fin du 1er épisode (au motif qu'il ne peut travailler avec Deadpool, bien que celui-ci ait été recruté par Steve Rogers) et invitant Cable dans la partie. Le scénariste, qui a écrit de nombreux épisodes de la série Deadpool n'a pas résisté à l'envie de réunir le mercenaire grande gueule avec le mutant voyageur temporel avec qui il se chamaille couramment.


Néanmoins, Duggan laisse de la place aux autres membres et notamment il exploite l'idée que la brume tératogène des Inhumains rendent malades les mutants et les tuent à petit feu, comme c'est le cas chez Malicia. Editorialement, à cette époque, Marvel ne fait pas mystère de son intention de remplacer les mutants (dont l'éditeur n'a pas les droits d'exploitation cinématographique) par les inhumains (au point de co-produire avec AMC une série télé, catastrophique), mais l'idée fera long feu à cause de la colère des fans.

Malgré ces contraintes, Duggan mène sa barque avec beaucoup de maîtrise et d'efficacité, la lecture est tonique. Et au dessin, même si je ne suis pas fan, Ryan Stegman ne s'économise pas. Son style détaillé et son trait qui n'hésite pas à exagérer les expressions, à jouer avec les proportions, est dynamique.


Suit un arc très bref en deux numéros où le scénario se concentre sur une mission avec Malicia, Deadpool et la Torche (et un peu Cable). Les trois co-équipiers se rendent à Bagalia pour savoir où se cache Crâne Rouge qui, rappelons-le, s'est fait transplanter le cerveau de Charles Xavier, héritant du même coup de ses puissants pouvoirs télépathiques. 
 

En parallèle, on suit Synapse qui est approché par les Inhumains pour rejoindre la Nouvelle Attilan. Mais après le combat contre son oncle et alors qu'elle en est encore à composer avec ses pouvoirs fraîchement acquis, la jeune femme hésite...

On ne peut pas lire ces deux épisodes sans un pincement au coeur puisqu'ils sont dessinés par le regretté Carlos Pacheco. Et l'artiste espagnol livre une prestation de haut niveau, produisant des planches magnifiquement composées, de ce trait si élégant, avec des décors soignés et des personnages à l'allure charismatique. C'est un fill-in de luxe dont le coup de crayon donne une classe indéniable à cet entracte.

Duggan, lui, reprend une intrigue amorcée durant le run de Rick Remender et qui va alimenter le reste de ses épisodes jusqu'au dernier arc. Bien entendu, la manière dont Crâne Rouge a hérité des pouvoirs de Xavier (tué par Cyclope au terme de Avengers vs. X-Men) n'est pas l'idée la plus fameuse de Remender, mais Duggan en fait un usage très malin.

Le petit détour par la Nouvelle Attilan souligne encore une fois la volonté d'alors de Marvel de mettre les Inhumains sous les feux des projecteurs (ils étaient les stars de plusieurs séries : Uncanny Inhumans, All-New Inhumans, Inhuman, Karnak). Et l'on se dit que, entre les mains d'un auteur ambitieux (comme Hickman), sans vouloir remiser les mutants, l'éditeur aurait pu en faire quelque chose d'intéressant (même si Charles Soule, à l'époque, n'a pas démérité).
 


Enfin, après deux épisodes non retenus dans cet album, en relation avec le crossover Standoff, une troisième partie exploite encore une idée de Rick Remender (on notera que, comme aujourd'hui sur X-Men, Duggan poursuit des plots lancés par ses prédécesseurs) puisque, à la fin de l'épisode 4 on assistait au retour sur Terre de Hank Pym/Ultron.


Pour bien tout comprendre, dans le graphic novel Rage of Ultron, Rick Remender imaginait la confrontation ultime entre Hank Pym et Ultron qui finissaient par fusionner et se neutraliser, dérivant dans le vide sidéral au terme d'un combat épique. Gerry Duggan décide que le créateur et sa créature ont fusionné et sème le doute sur lequel des deux a pris l'ascendant sur l'autre en revenant sur Terre. La suite est prévisible mais spectaculaire.

Entre temps, on peut voir que Steve Rogers a rajeuni et arbore un nouveau costume et un nouveau bouclier (il y a alors deux séries Captain America, écrites par Nick Spencer, et cette situation aboutira à l'event Secret Empire et à la révélation que Steve Rogers a été remplacé en vérité par un agent de l'Hydra).


La bataille qui oppose Pym/Ultron nécessite l'intervention de Iron Man (dans son armure Hulkbuster), de la Guêpe (qui intégrera ensuite les Uncanny Avengers) et de Vision. Et c'est Pepe Larraz qui dessine tout ça. Déjà, le prodige espagnol impose son style énergique et racé dans des planches grandioses, surclassant Stegman et Pacheco, bien avant House of X.

Larraz va devenir le regular artist du titre, tout juste suppléé de temps en temps. Duggan, qui retrouvera Larraz sur X-Men, s'appuie sur la virtuosité de son partenaire pour lâcher les chevaux avec une histoire spectaculaire, au rythme soutenu, avec des coups de théâtre, et une issue incertaine jusqu'au bout. A eux seuls, ces épisodes justifient l'achat de cet album.

A l'occasion je vous parlerai des autres tomes que je me suis procurés dans cette collection et que je vous encourage à acheter, vu leur prix et leur contenu.

dimanche 7 mai 2023

FALL OF X : la fin de l'âge de Krakoa ?

J'ai décidé, ce Dimanche, de vous parler de Fall of X, le prochain event dédié aux mutants et qui promet de bouleverser toute la franchise. Il sera lancé en Août prochain et Marvel a commencé par communiquer à ce sujet avec cette image promotionnelle dessinée par Bryan Hitch :


Comme vous le voyez, ce n'est pas fête et scénaristes et editors trollent allègrement les fans en prédisant la chute de Krakoa, sur l'air de "jusqu'ici tout allait bien, mais maintenant les véritables ennuis commencent : les mutants et leur nation y survivront-ils ?".

C'est la nouvelle tendance chez Marvel actuellement : lancer une série, un event, un crossover en plongeant directement héros et lecteur dans une situation de crise dont on apprend ensuite la cause. C'est ainsi qu'ont été relaunchées les séries Amazing Spider-Man (par Zeb Wells et John Romita Jr.), Fantastic Four (par Ryan North et Iban Coello) ou plus récemment Invincible Iron (par Gerry Duggan et Juan Frigeri) et j'en passe.

C'est une approche singulièrement opposée à celle en vigueur chez DC avec le statu quo post-Dark Crisis (on Infinite Earths), Dawn of DC, qui veut renouer avec une vision plus positive des héros. Bien entendu, ne soyons pas naïfs : la vie de super-héros n'est pas un long fleuve tranquille et donc il faut relativiser l'optimisme de mise en question.

Cela fait maintenant un peu plus d'un an que l'architecte du renouveau mutant, Jonathan Hickman, a quitté la franchise avec le quartette Inferno. Le scénariste a été empêché par la pandémie de Covid de réaliser toutes le idées qu'il avait en tête mais il s'est retiré en laissant aux auteurs de nombreuses pistes à explorer - et Gerry Duggan, notamment, sur le titre X-Men, en a repris un certain nombre. Aujourd'hui, il n'y a plus officiellement de capitaine à la barre du navire X comme le fut Hickman, mais certains se sont imposés malgré cela.

Gerry Duggan pilote X-Men, le vaisseau amiral de la franchise, et va (re)lancer Uncanny Avengers en Août. Al Ewing a démontré son adresse pour développer des intrigues complexes sur X-Men : Red. Et surtout Kieron Gillen a mené rapidement deux events dans lesquels les mutants étaient aux premières loges : A.X.E. : Judgment Day et Sins of Sinister, pour lesquels sa série Immortal X-Men a servis de rampe de lancement.

Depuis la refonte de l'univers mutant, Marvel a établi des séquences : après House of X/ Powers of X, il y a eu Dawn of X, puis Reign of X, et enfin Destiny of X. Fall of X s'inscrit donc dans une continuité et semble bien prévu pour remettre en question ce que des critiques ont appelé "l'âge de Krakoa" (pour désigner ce qu'avait commencé Hickman).

Fall of X est difficile à définir car, d'une part, on ne sait pratiquement rien sur ce que ça va raconter (tout juste a-t-on appris que quelqu'un allait voler le costume de Captain Krakoa et commettre grâce à lui une série d'actions violentes contre les mutants - ce qui conduira Captain America et Malicia à créer une nouvelle formation des Uncanny Avengers), et, d'autre part, parce que cela ressemble à un mix de crossover (avec les séries X actuelles, Invincible Iron Man et de nouveaux titres) et d'event. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de mini-série centrale autour de laquelle s'agrégeraient des tie-in.
 

Ainsi, parmi, les "nouveaux" titres lancés à cette occasion, Marvel ressort de son chapeau Alpha Flight. C'est le scénariste Ed Brisson et le dessinateur Scott Godleswski qui auront la délicate mission de séduire les fans avec cette énième nouveau départ. Sur la couverture ci-dessus de Leonard Kirk, on remarque des absents dans l'équipe comme Sasquatch, Marina, Talisman mais également Vega et Aurora (résidant désormais sur Krakoa).


Steve Orlando pour le scénario et Vicenzo Carratu au dessin sont en charge de Astonishing Iceman, pour laquelle il est dit que Bobby Drake va assumer son statut de mutant oméga (combien de fois a-t-on eu droit à cette promesse ?).


Children of the Vault a droit à son titre par Deniz Camp (scénario) et Luca Maresca (dessin). Et la couverture de Yanick Paquette suggère qu'ils sortent de leur voûte pour régler leurs comptes avec les mutants (et plus ?).
 

Dark X-Men est une nouvelle itération de ce groupe par Steve Foxe (scénario) et Jonas Scharf (dessin), et la couverture de Steven Segovia montre Madelyne Pryor aux côtés de Havok, Archangel et Gambit (!) dans ce groupe.


Realm of X investit les teritoires magiques avec Magik et Mirage comme on les voit sur la couverture de Stéphanie Hans, pour ce comic-book écrit par Torunn Gronbekk et dessiné par Diogenes Neves.


Uncanny Spider-Man mettra en scène Diablo déguisé en tisseur sous la houlette de Si Spurrier (scénario) et Lee Garbett (dessin) - sans doute pour dévoiler la nouvelle vie de Kurt Wagner après son départ de Krakoa (dans le n° Before the Fall - Sons of X, paru la semaine dernière).

Que penser de cette collection ? Pour être tout à fait franc avec vous, je ne vois rien là-dedans susceptible de m'intéresser. Les équipes artistiques sont au mieux moyennes, les pitchs sont improbables. Je ne comprends pas l'intérêt et je ne vois rien susceptible de survivre au-delà de Fall of X. Même si des retrouvailles avec l'Alpha Flight ont pu me faire plaisir, je doute que Brisson et Godleswi par exemple fassent des miracles et les héros canadiens retourneront certainement dans les oubliettes où ils passent le plus clair de leur temps. Un concept comme Uncanny Spider-Man, qui plus est écrit par l'insupportable Spurrier, est au minimum foireux, encore une fois Diablo (mon X-man préféré) est victime de l'inspiration débile de cet auteur.


En ce qui concerne les série déjà établies, Fall of X impactera X-Men à partir de son n° 25, écrit par Gerry Duggan et dessiné par Stefano Caselli (qui ne revient donc pas sur X-Men : Red et alternera les arcs avec Joshua Cassara). Marvel, fidèle à ses mauvaises habitudes, spoile déjà l'après Hellfire Gala 2023 en révélant que Kitty Pryde (héritant du pseudo ShadowKat - avec un "K"...) intègre l'équipe première en mode ninja. Je n'aime clairement pas cette idée (le mode ninja) mais bon...
 

Bien que j'ai cessé de lire X-Force depuis un moment, Benjamin Percy va profiter de Fall of X pour renouveler l'effectif de la CIA de Krakoa, avec Colossus à la tête de l'équipe, à partir du n°23, qui sera dessiné par Robert Gill. Vous noterez aussi que Deadpool sera présent dans le groupe, dans son propre titre et dans Uncanny Avengers : bonjour l'overdose !


X-Men : Red #14 accueillera son nouvel artiste régulier en Août : Yildiray Cinar devient le nouveau partenaire de Al Ewing sur Arakko, où Genesis, l'épouse d'Apocalypse, fera son retour, ce qui devrait provoquer du remue-ménage au sein du gouvernement local.


Immotal X-Men #14 sera produit par Kieron Gillen et Lucas Werneck, mais j'ai lâché l'affaire depuis un moment là-aussi. On remarquera toutefois que Charles Xavier, comme sur l'image de Bryan Hitch annonçant Fall of X, est au centre de ce numéro et je crois qu'on peut raisonnablement interpréter ça comme un gros indice sur la chute du co-fondateur de Krakoa...


Wolverine, toujours par Benjamin Percy, sera, en Août, au coeur d'une aventure avec Ghost Rider, dessinée par Geoff Shaw. Mais bon, n'ayant jamais suivi cette série, ça m'en touche une sans... Vous connaissez la suite.
 

Gerry Duggan n'est peut-être pas un architecte comme Hickman mais au mois d'Août il sera à la tête de trois mensuels avec X-Men, Uncanny Avengers et Invincible Iron Man qu'il a relancé en Février dernier. Tony Stark va donc faire partie de Fall of X et on sait déjà pourquoi puisque Feilong, le milliardaire chinois allié d'Orchis, a racheté Stark Industries pour fabriquer de nouvelles Sentinelles basées sur la technologie Stark. Eh oui, le retour des Sentinelles, voilà qui est follement original...
 

Mais donc, la grande relance alignée sur Fall of X, c'est celle de Uncanny Avengers par Gerry Duggan (qui avait déjà signé un excellent run sur ce titre à partir de 2015 (je ne suis pas loin de penser que c'est ce que je préfère de lui), avec le dessinateur Javier Garron (qui a illustré une bonne partie des Avengers de Jason Aaron). La line-un comprend Captain America et Malicia (qui reforment cette unité), Monet, Deadpool, Psylocke, Vif-Argent et certainement encore un membre surprise (un Inhumain ? Un Eternel ?).

On en vient alors au fond du problème : depuis le départ de Hickman, après le premier Hellfire Gala (où il passa le relais sur X-Men à Duggan), j'avais de nombreux doutes sur le futur de la franchise X. J'ai toutefois voulu donner sa chance aux séries qui étaient le plus susceptibles de continuer à me plaire. Mais la tournure que ça a prise, notamment à partir de l'arrivée dans le staff des scénaristes de Kieron Gillen m'a progressivement découragé.

Je n'aime pas la manière dont Gillen écrit les mutants et surtout l'omniprésence de Mr. Sinistre qu'il a mis partout où il le pouvait, même quand finalement c'était inutile (comme par exemple dans A.X.E. : Judgment Day). Je n'ai pas lu Sins of Sinister (et d'après ce qu'on m'en a dit, j'ai eu raison). Immortal X-Men m'a profondément déçu, puis un peu plus plu, avant de m'horripiler.

Duggan est un scénariste correct, qui ne manque pas d'efficacité, mais dont le bilan sur X-Men me laisse perplexe. Le fait de chambouler l'effectif des X-Men chaque année avec le Hellfire Gala me semblait amusant, stimulant, mais Duggan a bouclé la première "saison" sur la série en ne convaincant pas, échouant à caractériser certains membres, à instaurer une vraie dynamique dans le groupe, et accouchant d'intrigues mal foutues. La seconde saison m'ennuie, avec des arcs débutant bien mais ne menant nulle part, avec toujours les mêmes faiblesses dans la caractérisation; la dynamique de groupe. De plus, si j'aime bien Stefano Caselli, Joshua Cassara n'a pas un dessin qui me séduit assez, donc je vais en rester là.

Je passe donc sur X-Force et Wolverine.

Idem pour Legion of X et tout ce que touche Si Spurrier, absolument imbuvable (alors qu'il est capable de pondre des merveilles comme Saison de Sang). Je lui reproche surtout son traitement de Nightcrawler (mais en vérité, je n'aime pas ce qu'il en a été fait depuis Dawn of X), si loin de l'idée de Cockrum.

Reste X-Men : Red. Al Ewing m'a souvent impressionné, par sa capacité à s'adapter à tout ce qui impactait sa série, mais surtout par la construction virtuose de ses intrigues. Pourtant, je suis réservé sur la suite, avec le retour annoncé de Genesis (et d'Apocalypse) sur Arakko, et après tout ce qu'il avait imaginé autour de Abigail Brand, du SWORD. Peut-il fait aussi bien ? Mieux ? Ou même puis-je encore lire seulement X-Men : Red en abandonnant tout le reste alors que Ewing ne refuse jamais de composer avec les idées des autres (et ce sera encore le cas avec Fall of X) ? C'est la limite avec Ewing : il joue trop le jeu, alors que je pense qu'il gagnerait à étanchéifier son titre.

Cette notion d'étanchéité a disparu avec Hickman qui avait conceptualisé son projet autour de Krakoa, de mutants désormais affranchis, ne courbant plus l'échine, se coupant même du reste du monde quand celui-ci ne reconnaissait plus son statut. 

Il n'est guère étonnant dans ces circonstances que pendant ce temps Hickman s'occupe du retour de l'univers Ultimate avec la mini Ultimate Invasion (dessinée par Bryan Hitch) et prépare le très alléchant G.O.D.S. (dessiné par Valerio Schiti). On voit bien que ce scénariste démiurge investit des territoires sur lesquels il aura la main, sans être parasité par des tie-in, d'autres séries, d'autres auteurs, une sorte de pré carré qu'il contrôle comme un auteur-editor comme pour House of X/Powers of X.

J'ai souvent pensé qu'après Hickman, les mutants couraient le risque de redevenir génériques, animés par des auteurs plus soucieux de faire fructifier des séries, une franchise, que par apporter de nouveaux concepts, d'enrichir la base d'idées initiale de Hickman. Et j'ai aujourd'hui le sentiment qu'on y est, à l'aube de Fall of X (même si cette impression a été alimenté depuis un an). Je ne veux pas lire de titres mutants sans passion pour ce qu'ils racontent. Et là, je sens que c'est comme quand Grant Morrison avait lâché l'affaire, à cause des editors qui n'aimaient plus ses idées, et que les X-Men sont rentrés dans le rang (à quelques exceptions près comme Astonishing X-Men de Whedon/Cassaday, Wolverine & the X-Men de Aaron/Bachalo, All-New X-Men de Bendis/Immonen).

Donc, pour résumer, je cesse là mon aventure avec les mutants. Seules exceptions : je lirai le prochain Hellfire Gala, et peut-être donnerai-je sa chance à Uncanny Avengers. Je sais que mes critiques sur ces titres X avaient de nombreuses vues et je remercie tous ceux qui les ont lues en y trouvant des analyses honnêtes. Mais la mer des comics est pleine de parutions et je trouverai certainement de quoi compenser ces arrêts.