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mercredi 9 août 2023

WORLD'S FINEST : TEEN TITANS #2, de Mark Waid et Emanuela Lupacchino


Le premier épisode de World's Finest : Teen Titans était sympa, mais sans plus. Ce deuxième numéro est... Comment dire ?... Gênant. A qui s'adresse cette série ? Que veut raconter Mark Waid ? On se le demande tout du long. Sans compter que le dessin d'Emanuela Lupacchino force le trait.


Les Teen Titans sont sollicités pour aider une jeune télépathe qui s'est cachée dans une maison abandonnée. Tandis qu'une partie du groupe s'y aventure, l'autre interroge son petit ami et Lilith et Gnarrk assurent la liaison entre les deux parties.


Il arrive même aux meilleurs de commettre des comics qui suscitent une gêne chez le lecteur telle que ce dernier se demande franchement ce qu'il est en train de lire. Et franchement, je ne peux cacher ma perplexité après avoir lu ce deuxième épisode de World's Finest : Teen Titans.


Si on peut tout à fait comprendre la volonté de Mark Waid d'avoir voulu développer ce spin-off à son excellent Batman - Superman : World's Finest, on peut en revanche s'interroger sur ce qu'il avait à raconter avec les Teen Titans tant l'inspiration semble l'avoir quitté ici.


Je ne vois absolument rien à sauver de cet épisode qui, en vérité, ne vaut pas mieux que le premier. Mais j'étais porté à l'indulgence vu le pedigree de cet auteur que j'adore : un début mitigé ne voulait pas dire que le projet ne valait rien et je comptais bien que la suite allait confirmer cet espoir.

Il n'en est rien. Tout est embarrassant, on tourne les pages en souhaitant un rétablissement qui n'arrivera jamais, et on ferme cet exemplaire en se disant que c'est un naufrage, une déroute, quelque chose qui n'aurait pas dû logiquement se produire.

Cette histoire de maison hantée par une jeune télépathe qui ne maîtrise pas ses pouvoirs et donc confronte les visiteurs à leurs pires cauchemars ressemble à du Scooby-Doo. Sauf que ce n'est pas juste pour Scooby-Doo, cartoon pour lequel j'ai toujours eu de la sympathie. En tout cas, ça n'est ni digne des Teen Titans, ni de Mark Waid.

Tout commence très mal avec une séquence mettant en avant Wonder Girl. Comme la série se déroule dans le passé, elle a quitté depuis peu Themyscira, l'île des amazones, et découvre le monde. Mais Waid la décrit comme une hystérique qui s'émerveille vraiment de tout et n'importe quoi (un guitariste qui fait la manche, les sirènes d'une voiture de police...) et qui dévoile le fait que Bumblebee soit un membre des Teen Titans sans faire attention. Qu'est-ce que c'est que cette caractérisation de merde ?

Et ça continue : Aqualad a toujours l'air d'être déphasé, aussi stressé par l'environnement que Wonder Girl est excitée. Speedy se comporte comme le dernier des cons tandis que Robin est constamment grincheux et sur la défensive. Kid Flash est inexistant, et Bumblebee donc ne sert que de faire-valoir à ses camarades portraiturés comme des ados abrutis.

Seuls Lilith et Gnarrk échappent à ce massacre, invités de cet épisode dans lequel ils délèguent l'affaire aux Teen Titans sans qu'on sache trop pourquoi puisqu'ils s'avèrent incompétents. La morale de l'histoire est particulièrement gnangnan avec un appel à surmonter ses peurs, à apprendre de ses échecs. Bon sang, c'est insupportable de niaiserie ! Non, vraiment, même le pire épisode de Scooby-Doo est au moins marrant alors que là, c'est d'un sérieux pompeux insupportable.

Le dessin d'Emanuela Lupacchino n'arrange rien. Ce n'est certes pas vilain à regarder mais elle a tendance à souligner les expressions de telle façon que la moindre mimique amplifie le ridicule du comportement de chacun. Aqualad a vraiment l'air neuneu au possible, Wonder Girl est horripilante, Robin et Speedy se partagent le titre de tête de con du mois.

Le découpage est par ailleurs très moyen, comme si déjà le script ne donnait pas beaucoup d'indications scéniques à l'artiste. On a souvent l'impression que Lupacchino ne sait pas composer une planche avec tous les personnages qui s'y trouvent et du coup la progression dramatique de certains passages tombe à plat parce qu'on aboutit à des chutes avec des vignettes dont les dimensions ne reflètent pas du tout l'importance du moment qu'elles encadrent.

Même la colorisation de Jordie Bellaire n'est pas bonne, avec des tons parfois criards, qui ne correspondent pas du tout aux ambiances évoquées (on devrait être angoissé mais ça ne le fait pas du tout).

En fait, je me demande si Mark Waid sait encore écrire des séries avec de jeunes héros. Ses Champions chez Marvel n'avait rien de transcendant, mais l'énergie du graphisme de Humberto Ramos rattrapait le coup. Ici, il ne peut pas s'appuyer sur un artiste aussi original. Mais surtout ce qu'il raconte est sans intérêt, sans intensité. On ne retrouve jamais le dynamisme de Batman - Superman : World's Finest, l'imagination débridée, la nostalgie sympa. Ces Teen Titans sont étrangement creux, inconsistants, et leurs aventures médiocres. 

Je n'avais certes pas beaucoup d'attente pour cette série, mais quand même, j'étais loin d'imaginer un tel ratage. Je vais quand même voir ce que donne le prochain épisode mais je n'en ferai un retour de lecture que s'il a du positif à en dire parce que je n'ai pas envie de tirer sur une ambulance.

samedi 15 juillet 2023

WORLD'S FINEST : TEEN TITANS #1, de Mark Waid et Emanuela Lupacchino


Le succès critique et commercial de Batman - Superman : World's Finest a convaincu DC Comics de décliner la série et c'est donc logiquement que Mark Waid propose aujourd'hui World's Finest : Teen Titans sur un modèle similaire. Il est cette fois accompagné par la dessinatrice Emanuela Lupacchino qui avait signé les planches de World's Finest #12. Très drôle mais un peu déconcertant.



Après avoir fait échouer un rite satanique, les Teen Titans se rassemblent dans leur Q.G. (prêté par Green Arrow). Speedy et Robin se disputent car le premier a filmé leur intervention et l'a diffusée sur les réseaux sociaux. Et les tensions entre les deux jeunes hommes se poursuivent après une nouvelle mission au terme de laquelle Robin claque la porte !


Comme l'indique la couverture (signée Chris Samnee), nous avons affaire à l'équipe originelle des Teen Titans. Ou presque puisque la formation compte Bumblebee apparaût plus tard (en 1976, soit dix ans après le n°1 de Teen Titans). On suppose que Mark Waid la intégré pour ne pas laisser Wonder Girl la seule fille de l'équipe. Mais ce n'est pas la seule bizarrerie qu'on relèvera dans cet épisode...


World's Finest : Teen Titans est un spin-off de Batman - Superman : World's Finest où Robin figure plus souvent qu'à son tour puisque, située dans le passé, la série montre Batman flanqué de son premier sideckick, Dick Grayson. Les Teen Titans (moins Bumblebee) rejoignent le supporting cast dans le n° 7, dans l'arc avec Boy Thunder quand Robin justement propose d'entraîner David Skelela.


En toute logique donc on pense que cette nouvelle production se déroule à la même époque. Mais ce n'est pas si évident puisque donc Bumblebee a rejoint les rangs du groupe. Donc l'action se situe a minima quelques mois, voire quelques années après Batman -Superman : World's Finest

Pourquoi insister autant sur ce qui paraît n'être qu'un détail ? Parce que tout au long de ma lecture de cet épisode, je me suis demandé où on en était. L'intrigue (ou ce qui en tient lieu, étant donné que ça reste surtout un épisode introductif) montre les Teen Titans intervenant par deux fois, l'une contre un démon sur le point de sacrifier de jeunes gens, puis contre Separated Man. L'équipe vient facilement à bout de ses adversaires, avec rapidité et efficacité, ce qui démontre qu'ils travaillent ensemble depuis un moment suffisant pour ne pas se marcher sur les pieds en pleine bagarre. Ils se comportent tous de manière décontractée, sans appréhension face aux vilains qu'ils croisent, et avec beaucoup de complicité.

Toutefois, un élément trouble : Speedy, le sideckick de Green Arrow (qui donne un repaire aux jeunes héros), filme à l'aide drones les interventions de l'équipe et met les vidéos sur les réseaux sociaux pour prouver au public leurs compétences. On apprend aussi que le groupe met à disposition du public un numéro gratuit à appeler en cas d'urgence.

Or cette technologie renvoie à des dispositifs récents et n'évoque pas du tout le silver age comme dans Batman - Superman du même Waid. D'où un décalage embarrassant pour une série qui revendique se situer dans le passé et convoquer l'esprit des comics des années 1950-60. Ces anachronismes interfèrent constamment avec les intentions scénaristiques et on a l'impression de lire les aventures d'une équipe de personnages issus d'une époque mais existant dans une autre.

Cela n'empêche pas World's Finest : Teen Titans d'être une lecture divertissante. Grâce surtout à l'écriture de Mark Waid qui ne semble pas, en tout cas pour ce numéro inaugural, se préoccuper de raconter quelque chose de très palpitant ni d'original (il faut attendre la dernière page pour découvrir qu'un méchant oeuvre en coulisses pour un drôle de projet). Ici, ce sont les personnages qui comptent : les Teen Titans ne sont plus des ados, plutôt de jeunes adultes.

Ils sont tous proches de leurs mentors : Aqualad avec Aquaman (qui se félicite que son protégé se fasse des amis à la surface), Wonder Girl avec Wonder Woman (qui est plus soucieuse vis-à-vis de la jeune amazone qui vient récemment de quitter Themyscira), Bumblebee avec Charley Parker (lex-Golden Eagle), Kid Flash avec Flash, Speedy avec Green Arrow (même si celui-ci est absent) et bien entendu Robin avec Batman (qui désapprouve cette idée de former les Teen Titans car cela met en péril la double identité de Dick et que les membres de l'équipe lui sont inconnus, donc il s'en méfie).

L'épisode se focalise beaucoup sur Robin, qui s'est auto-proclamé chef de l'équipe, et Speedy, avec sa manie de filmer les missions. Si pour le jeune archer, cela permet au Teen Titans de gagner en popularité, pour Dick Grayson, il s'agit d'un gadget susceptible de mettre toute la formation en danger dans le feu de l'action (et on devine aussi que cette médiatisation ne plaît guère au partenaire de Batman, qui préfère agir dans l'ombre). 

Emanuela Lupacchino se lâche inhabituellement pour souligner l'expressivité des personnages, donnant à l'épisode une tonalité comique encore plus nette. Robin passe vraiment pour un rabat-joie reproduisant les manies de Batman, dirigeant ses troupes avec zèle et sévérité, tandis que Speedy se comporte comme une tête à claques, effronté et frondeur, n'hésitant pas à questionner l'autorité (autoritarisme) de Robin. Du coup, les autres ont plus de mal à exister, même si Waid suggère une romance entre Wonder Girl et Aqualad (qui, en outre, semble dépassé par tout ce qui se passe) et fait de Kid Flash un membre soucieux de voir Robin quitter le navire. Bumblebee est totalement transparente.

Le problème, récurrent avec l'artiste italienne, est que si elle a un joli trait et un talent certain pour raconter fidèlement ce que le script lui fournit, la composition de ses plans est souvent inégale. Ce qui peut passer pour une scène de dialogue devient plus gênant quand il y a de l'action et qu'il faut positionner pas moins de six personnages dans un cadre. On a alors le sentiment qu'elle les met un peu où elle peut, où il lui reste de la place, dans des attitudes maladroites (lors de leur première intervention, Speedy décoche une flèche d'une façon tellement irréaliste qu'on se demande comment elle atteint sa cible).

Comme pour The Avengers de Jed MacKay et CF Villa avec les couvertures de Stuart Immonen, on rêve de voir ce qu'aurait donné cette série avec Chris Samnee, ici cover-artist, sur les pages intérieures. Car en plus d'avoir plus de talent et de technique et d'expérience que Lupacchino, Samnee aurait su interpréter le script de Waid avec plus de facilité au regard de leur passé commun chez Marvel. Mais voilà, Samnee préfère toujours gâcher son talent avec Fire Power...

On rit donc de bon coeur avec ce spin-off, et il se peut que l'histoire à venir vaille le coup. Il faudra quand même que Mark Waid élève son niveau de jeu (il en est capable) et que Emanuela Lupacchino se montre beaucoup moins empruntée (quitte à diriger son style vers plus d'exagération - à défaut de Samnee, on pense aussi à ce qu'un Humberto Ramos, avec qui Waid signa un run sur The Champions aurait fait de cette bande de jeunes héros).

vendredi 24 février 2023

BATMAN-SUPERMAN : WORLD'S FINEST #12, de Mark Waid et Emanuela Lupacchino


Avant de retrouver Dan Mora (qui signe quand même la couverture de ce numéro) et d'entamer avec lui un nouvel arc narratif le mois prochain, Mark Waid livre un épisode qui revient sur la fameuse soirée catastrophe évoquée par Robin et Supergirl dans Batman - Superman : Wordl's Finest #2. Que s'est-il exactement passé ? Réponse dans les pages de ce chapitre très drôle, illustré par Emanuela Lupacchino.


Ce Jeudi-là, Robin a donné rendez-vous pour un dîner en tête-à-tête à Supergirl. Elle découvre qu'il est attablé dans son costume. Le reste va s'avérer désastreux car chacun est trop centré sur ses propres problèmes pour écouter l'autre. Sans compter avec les ravages causés par un chien en fuite...


Si vous vous êtes procuré le tome 1 de Batman - Superman : World's Finest paru récemment chez Urban Comics, vous vous serez certainement demandé pourquoi à l'arrivée de Supergirl dans le manoir de la Doom Patrol, elle et Robin ne sont ravis de se voir et encore moins d'être obligés de travailler ensemble.


Il est évoqué une soirée en tête-à-tête qui aurait mal tourné, mais guère plus. Dan Mora étant toujours aussi occupé (il dessine actuellement en parallèle une mini-série Teenage Ninja Mutants Turtles/Mighty Morphin' Powers Rangers et s'active déjà sur le premier épisode de Shazam !, à paraître en Mai !), Mark Waid propose à nouveau un épisode de transition avec un artiste invité entre deux arcs narratifs.


Après avoir collaboré avec Travis Moore sur World's Finest #6, le scénariste est cette fois assisté par Emanuela Lupacchino, que DC installe un peu partout dès qu'il y a une place vacante. La dessinatrice italienne n'a jamais réussi à vraiment percer, à s'imposer, même si elle fait toujours du bon boulot, très propre, très pro.

Elle profite désormais de l'encrage de Wade von Grawbadger, abandonné par Stuart Immonen après une très longue collaboration, mais son dessin manque toujours de cette consistance qui sépare les bons artistes des très bons, sur lesquels misent les éditeurs. Cette fois ne fait pas exception : elle produit des planches très lisibles, avec des personnages expressifs, mais qui manquent cruellement de saveur, d'énergie.

Passer après Dan Mora est terrible et cela résume un peu la carrière de Lupacchnio qui n'a jamais bénéficié du crédit qu'on accorde à une dessinatrice remarquée pour sa régularité et la fermeté de son style. Il n'y a rien à lui reprocher, sinon de faire des images et pas de raconter visuellement une histoire. La faute à des compositions paresseuses, à un trait banal. Lupacchino est une artiste aimable mais pas de celles qu'on cite comme un espoir ou une confirmation. Ce ne sera jamais Bilquis Evely ou Carmen Carnero, mais plutôt l'équivalent de la girl's next door des comics.

C'est une peu sévère ce que j'écris à son sujet mais c'est ce qu'on ressent en lisant sa production ici. Von Grawbadger ne lui apporte rien et on mesure là aussi à quel point cet encreur était exceptionnel parce qu'il assistait un artiste de la trempe de Immonen et pas le contraire. En comparaison, Travis Moore faisait bien meilleur figure sur le n°6 de la série alors que là, on a l'impression fâcheuse que Lupacchino a été sollicité faute de mieux.

Pourtant le script de Mark Waid était du pain béni. Découvrir ce qui s'est passé lors de ce fameux repas entre Robin et Supergirl est une leçon de comédie : c'est spirituel, très drôle, rythmé, parfait pour respirer entre deux arc trépidants.

Surtout Waid règle en quelque sorte la question qui a pu préoccuper des lecteurs : pourquoi Robin et Supergirl n'ont-ils jamais été plus que des amis alors que leurs mentors, Batman et Superman, sont comme des frères ? Le scénariste imagine donc une soirée qui part mal dès le début, avec l'idée saugrenue de Robin d'aller au restaurant dans son costume de héros, obligeant du même coup Supergirl, lorsqu'elle l'aperçoit, à se changer en quatrième vitesse puisqu'elle arrivait en tenue civile.

La suite n'est qu'une confirmation de ce malentendu où les deux personnages étaient convaincus que la soirée serait romantique. Robin évoque très vite les circonstances tragiques qui l'ont fait devenir qui il est et en vérité il est resté ce petit garçon qui a vu ses parents mourir devant ses yeux, adopté par Batman pour devenir son sidekick, et qui ne vit pas une vie normale, avec des relation sociales normales.

Idem pour Supergirl dont l'arrivée sur Terre s'est produite au cours de péripéties tragiques et qui en est encore à s'acclimater quand son cousin a grandi parmi les humains depuis l'enfance. Lorsqu'elle parle de ses faiblesses et donc s'ouvre un peu, Robin s'impatiente de ne pas voir leur repas arriver. Plus tard, après une scène d'action farfelue, il se rend compte qu'il a oublié son portefeuille et décrit comment il compte remédier à ce problème. Supergirl lui dit qu'elle va règler l'addition pour en finir et il s'y résigne, conscient de l'échec total de la soirée.

Waid fait le portrait de deux adolescents autocentrés, qui ne savent pas communiquer et encore moins s'abandonner à un quelconque jeu de la séduction. Ce n'est même pas qu'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre, c'est qu'ils n'ont rien à partager, ils ne sont absolument pas prêts ni disposés. Encore aujourd'hui demeure l'image d'une Supergirl célibataire, sans véritable amant durable, tandis que Robin flirtera plus tard avec Batgirl, couchera avec Starfire et reviendra auprès de Barbara Gordon.

On saisit ainsi mieux pourquoi ils n'étaient pas ravis de faire équipe dans World's Finest #2 : ils ne se détestent mais ont partagé un moment embarrassant et en se revoyant, ils le revivent. Waid pousse même le bouchon un peu plus loin en inscrivant l'épisode dans un flashback et en montrant le lendemain quand Robin reproche à Batman de lui avoir tout appris sauf à être un séducteur quand Supergirl se confie à Superman et reconnaît avoir été rude avec Robin (son cousin la félicité alors avec une pointe de malice pour s'auto-analyser avec autant de lucidité).

Même quand elle souffle un peu, World's Finest reste une série irrésistible. Rendez-vous en Mars pour une nouvelle aventure dont Métamorpho sera la vedette...

mardi 9 juin 2020

CATWOMAN 80 TH ANNIVERSARY 100-PAGE SPECTACULAR


Comme je l'avais dit dans le post que j'avais consacré à l'anniversaire de Dr. Fate, beaucoup de personnages iconiques de DC Comics fêtent ces temps-ci leurs quatre-vingts ans. C'est au tour de Catwoman d'être honorée et l'éditeur n'a pas fait les choses à moitié avec ce recueil de cent pages, où quelques-uns des meilleurs auteurs/artistes sont venus témoigner de leur affection pour Selina Kyle. On peut même dire que c'est un quasi sans faute.


Les festivités commencent bien avec le duo Paul Dini-Emanuela Lupacchino qui voit Catwoman affronter un taxidermiste qui souhaiterait en faire son plus beau trophée. Un récit dynamique et bien illustré de la part du scénariste des Gotham City Sirens (série où Selina Kyle partageait l'affiche avec Poison Ivy et Harley Quinn), joliment mis en images.


On monte d'un cran avec Ann Nocenti qui oppose Catwoman à un vigile désireux de devenir le complice de la belle cambrioleuse avant de la menacer de la dénoncer quand elle refuse. Encore une fois, prime à l'action, et grâce au dessin merveilleux de Robson Rocha, qui représente la féline dans sa tenue de cuir du film Batman, le défi de Tim Burton, on est aux anges.


Helena est la première pépite de la collection. Tom King et Mikel Janin, l'équipe de Batman, ne pouvait pas ne pas être au rendez-vous et leurs pages préfigurent sans doute le programme de la maxi-série Batman/Catwoman (qui sera elle illustrée par Clay Mann), en se projetant dans le futur, quand Selina Kyle devient mère. Bien entendu le choix du prénom de la future fille de Batman va faire phosphorer les fans puisque Helena renvoie à Helena Bertinelli, alias Huntress... C'est malin et superbe visuellement.


Jeff Parker et Jonathan Case évoluent en territoire familier an animant la version de Catwoman issue de la série télé Batman des années 60, quand la sublime Julie Newmar lui prêtait ses traits (et ses formes). Leur nouvelle est amusante, complètement farfelue et très colorée.


Liam Sharp est nettement plus concis avec ces trois pages où confrontée au gardien d'une banque qui l'a surpris en flagrant délit dans la salle des coffres, Catwoman fait preuve d'imagination pour qu'il la laisse filer. C'est sympathique mais sans plus. Graphiquement, il faut être plus client du style de Sharp que je ne le suis pour apprécier.


Le chapitre qui suit est le plus déroutant du lot car Mindy Newell revient sur l'enfance de Selina Kyle, confiée à une rescapée des camps nazis, pour laquelle elle dérobe, des années plus tard une mezuzah dans des circonstances bien tristes. L'histoire doit surtout à Lee Garbett au dessin, qui situe tout ça dans le contexte de Batman : Year One (donc avec Selina en prostituée aux cheveux courts). Malheureusement, l'émotion manque terriblement au script.


L'effort conjugé de Chuck Dixon et Kelley Jones est le plus dispensable du lot. Catwoman doit faire face à Clayface alors qu'ils se disputent une émeraude dans un cargo. Rien de ce qui est dit là n'a d'intérêt et les dessins sont particulièrement moches.


En revanche, le segment écrit par Will Pfeiffer est une merveille d'nventivité, avec un dénouement jubilatoire : Selina Kyle est invitée à une comic-con sans comprendre ce qui s'y déroule (elle signe des autographes à côté de Bruce Wayne et du Joker, s'étonne du piteux état d'un fan dont tout le monde se fiche, répond aux questions embarrassantes de fans...). C'est aussi le plaisir de revoir Pia Guerra dessiner qui emballe (l'artiste a mis sa carrière entre parenthèses depuis le début de la mandature Trump dont elle est une farouche opposante) : ses planches sont superbes comme sa Selina.


Avant-dernier épisode de cette anthologie, Addicted to trouble présente la prochaine équipe créative de la série consacrée à Catwoman. Et c'est une excellente nouvelle car, après le run raté de Joelle Jones, ce sont Ram V (scénario) et Fernando Blanco (dessin) qui prendront le relais. Leurs pages ici sont donc une sorte de prologue au #25 qui paraîtra en Septembre et qui met en scène le retour de Selina et Maggie Kyle à Gotham. Le résultat est très prometteur.


Enfin, cerise sur le gâteau : Ed Brubaker et Cameron Stewart, qui ont marqué au fer rouge la carrière de Catwoman au début des années 2000, ont accepté de se réunir pour l'anniversaire en produisant une histoire inédite. Tout est là, intacte, magique : Holly Robinson, Slam Bradley, de l'action à gogo, une narration extraordinaire, des dessins sompteux. Sachant que Ram V a cité leur run comme sa référence, cela donne encore plus envie de relire Catwoman à la rentrée. Et de retrouver, qui sait, un jour, Brubaker et Stewart sur un projet commun.

Comme vous pouvez le constater, j'ai été comblé par ce numéro spécial, dont les menues faiblesses ne pèsent pas lourd dans la balance. DC fait un beau cadeau aux fans de Selina. Et en prime vous avez droit à quelques pin-ups ravissantes (voir ci-dessous) :

Babs Tarr
Ty Templeton
Steve Rude
Tula Lotay
Tim Sale
Jim Balent
Jae Lee

dimanche 10 février 2019

YOUNG JUSTICE #2, de Brian Michael Bendis, Patrick Gleason et Emanuela Lupacchino


Le démarrage canon de Young Justice indiquait les ambitions de Brian Michael Bendis pour son nouveau label chez DC, "Wonder Comics" : une prime à l'aventure, à la jeunesse, à l'optimisme. Avec Patrick Gleason toujours mais aussi Emanuela Lupacchino en invitée, ce deuxième épisode est moins dynamique et décevra sans doute ceux qui souhaitaient d'une suite directe au cliffhanger du mois dernier... Mais cela donne sans doute un aperçu plus juste du projet.


Gemworld. Désolé par les répercussions de crises terriennes, cette planète subit une crise politique : des émissaires du clan de Topaz négocient une alliance avec ceux du clan d'Opal pour éliminer Amethyst, l'héritière du trône - qui débarque justement avec Robin !


Jinny Hex, elle, a atterrit dans les forêts de Topaz avec Teen Lantern. Wonder Girl les retrouve... Elle se souvient qu'une semaine auparavant, elle affrontait et battait Despero lorsqu'elle aperçut parmi les témoins son grand-père, le dieu des dieux, Zeus.


Celui-ci est venu lui remettre un pendentif sacré pour qu'elle le rejoigne au Panthéon afin d'y préparer la relève. Mais Cassie Sandsmark refuse qu'on lui dicte son avenir et considère les intentions de son grand-père troubles. Il s'efface, très déçu et véxé.


Retour sur Gemworld. Wonder Girl décourage Jinny Hex de tirer sur Teen Lantern qui s'est protégée avec son anneau. Ensemble, les trois filles survolent les environs pour se repérer.


Elles retrouvent Robin qui leur présente Amethyst. Celle-ci explique se battre pour règner sur le Gemworld, sa place légitime. Sauf pour Lord Opal qui surgit pour l'assassiner et se débarrasser de ses alliés...

Deux questions se posaient au terme du premier épisode de Young Justice : la première concernait le rythme frénétique du récit, à la fois grisant et risqué sur la longueur ; et la deuxième la présence d'un dessinateur invité à chaque numéro suivant, à commencer par Emanuela Lupacchino ce mois-ci.

Dans l'ordre, de façon très appliquée, on a les réponses dans ce numéro.

L'épisode se divise en trois parties : un prologue, un long intermède en forme de flash-back au centre, et un épilogue. Le tempo est beaucoup moins soutenu même si on y bataille encore beaucoup. Bendis s'intéresse à la situation de ses jeunes héros transportés dans le Gemworld, une planète désolée à la suite des crises cosmiques ayant impacté la Terre (qui s'en est donc remise au prix de la santé d'autres mondes).

L'auteur ne perd pas de temps pour poser les enjeux de son intrigue : le Gemworld est le théâtre de luttes intestines et les clans qui le composent nouent des alliances de circonstances pour en prendre le contrôle. Deux tribus, celles d'Opal et de Topaz, acceptent de faire cause commune contre l'héritière légitime du trône, Amethyst. Mais, à peine ont-ils scellé un accord qu'elle surgit en compagnie de Robin (Tim Drake), résolue à ne pas se laisser assassiner et déposséder.

On pense alors qu'on va assister à un règlement de comptes épique, mais ce n'est pas le cas. C'est à la fois culotté et frustrant, reconnaissons-le, parce qu'on avait bien aimé l'énergie du premier épisode, son côté grand spectacle. Bendis nous en prive... Mais pour se rattraper plus loin.

En effet, la partie centrale de l'épisode est un retour en arrière centré sur Cassie Sandsmark alias Wonder Girl. On se souvient qu'elle s'était mêlée au groupe de Young Justice un peu à contrecoeur, visiblement plus préoccupée pour s'intégrer à Metropolis que pour reprendre du service en tant qu'héroïne. Et nous découvrons pourquoi.

Bendis s'offre une séquence comme il les apprécie, reposant sur le dialogue, après la raclée qu'inflige Wonder Girl à Despero. Zeus, incognito, entraîne sa petite-fille à l'écart pour lui demander de retourner au Panthéon avec lui. Son speech paraît vite trop flatteur pour la jeune fille pour ne pas dissimuler autre chose et elle rejette cette offre.

La fin de l'épisode se passe à nouveau sur Gemworld avec encore un cliffhanger accrocheur et une partie de l'équipe qui se retrouve - même si, donc, Superboy qu'Impulse a localisé ne s'est pas remontré. Là encore, frustrant.

Pourtant, cette construction narrative est instructive car elle semble indiquer au lecteur comment la série va se dérouler (au moins pendant son premier arc) : la guerre de succession du Gemworld sera le fil rouge prétexte à la recomposition de Young Justice, mais à chaque chapitre on aura droit à un focus sur un des membres pour savoir où il en était avant cette aventure. C'est un peu laborieux, mais sans doute aussi nécessaire pour légitimer le groupe et le présenter à ceux qui ne le connaissent pas.

De la sorte aussi, Patrick Gleason se ménage du temps pour dessiner ses pages. Il en signe une onzaine (le prologue et l'épilogue, soient tout ce qui se déroule sur Gemworld) et en assume l'encrage. On peut constater que son trait s'est à la fois assombri, parfois pour suggérer un peu paresseusement les décors (plongés dans l'obscurité ou réduits à l'état de silhouette, quand ce n'est pas le coloriste Alejandro Sanchez qui s'occupe de meubler les fonds), mais l'artiste se fait aussi moins précis, épurant à la manière d'un Mignola (comme lorsque Ryan Sook travaillait sur Hellboy en copiant le maître). C'est assez étonnant, un peu sommaire, surtout quand on a connu Gleason encré par Mick Gray et produisant des planches beaucoup plus fournies en détails.

Le coeur de l'épisode, avec Wonder Girl, donne donc à Emanuela Lupacchino l'occasion de briller. Elle n'a aucun mal à éclipser le travail de Gleason sur la dizaine de pages qu'on lui a confiée. Et, une fois encore, on se demande pourquoi DC ne lui fait pas davantage confiance en lui donnant une série régulière au lieu de l'employer comme guest ou fill-in artist.

Naturellement douée pour dessiner les femmes de tous âges, Lupacchino anime merveilleusement Cassie Sandsmark à qui elle donne cette allure mi-lolita, mi-jeune femme. L'expressivité de son dessin traduit bien les émotions de l'héroïne qui cherche à la fois sa place ici-bas tout en tenant tête à son grand-père. Contrairement à Gleason, le trait est clair, les couleurs (du même Sanchez) sont lumineuses, le découpage fluide. Vraiment, Lupacchino mérite mieux que de jouer les pompiers de secours.

On referme ce numéro partagé : d'un côté, Bendis établit la charte narrative de la série (au moins pour cet arc initial), de l'autre l'inégalité graphique et la frustration vis-à-vis des rebondissements laissent sur notre faim. Il reste que Young Justice a une vraie fraîcheur et du potentiel, mais que cette première histoire sera sûrement laborieuse.     

lundi 17 décembre 2018

SUPERGIRL #25, de Marc Andreyko et Emanuela Lupacchino, avec Dan Jurgens, Brad Walker, Tom Derenick


Je redoutais un peu la sortie de ce #25 de Supergirl car DC fête à chaque fois qu'une série atteint ce cap des deux ans avec un contenu plus riche. Allait-il affecter l'histoire en cours ? En fait, non : Marc Andreyko poursuit son intrigue, accompagné cette fois d'Emanuela Lupacchino, puis deux back-ups complètent le programme. J'ai choisi de ne critiquer que l'épisode central, les deux autres segments ne présentant aucun intérêt.


Supergirl, Krypton et Z'ndr Kol sont entrés dans la constellation de Corvus à 27 années-lumière de la Terre, là où flottent désormais les restes de Krypton. Cette zone est toxique et affecte Kara Zor-El et son chien.


Elle doit enfiler une combinaison de protection filtrant la kryptonite et sortir inspecter les environs. C'est alors qu'elle est brutalement agressée par Splyce, la gardienne des lieux.


Z'ndr la prévient qu'elle ne doit pas s'attarder et, effectivement, entre la bataille qu'elle mène et les émanatiosn de kryptonite, Supergirl n'est pas à la fête. Sujette à des hallucinations, elle se revoit avec son père qui créa une machine capable de sauver leur planète.


Puis Supergirl voit Rogol Zaar : elle en déduit alors qu'il a dû s'emparer de cette machine et la détourner pour provoquer la destruction de Krypton. Dans un sursaut, elle écarte Splyce et s'apprête à rejoindre Z'ndr et Krypto.


Mais c'est alors que les deux adversaires disparaissent, téléportées dans le laboratoire de Harry Hohum, maître de Splyce et désireux de pratiquer des expériences sur Supergirl...

On constatera d'abord que la série continue d'être gâtée visuellement, depuis sa reprise en main par Marc Andreyko, car cette fois, après Kevin Maguire et Evan Shaner (qui reviendront pour le premier le mois prochain et pour le second un peu plus tard), c'est Emanuela Lupacchino qui dessine.

Le talent de l'italienne n'est plus à discuter. Par contre, son statut chez DC interroge : pourquoi l'éditeur ne lui fait-il pas davantage confiance en lui donnant une série régulière au lieu de lui faire jouer les intérimaires à droite et à gauche ? C'est frustrant car une fois encore, elle rend une copie impeccable.

Le dessin de Lupacchino convient parfaitement à Supergirl - elle est naturellement douée avec les héroïnes. La voir passer après l'expérimeté Maguire et le très bon mais peu ponctuel Shaner conserve au titre une cohérence esthétique très agréable. L'épisode, riche en action et révélations, est découpé avec savoir-faire, l'artiste s'en sort impeccablement. Vraiment, elle mérite mieux que de passer en coup de vent.

Pour sa part, Andreyko continue de creuser son intrigue et l'enquête de Supergirl avance bien. La voir débarquer précisément là où a été détruit Krypton fournit une conséquence logique : l'endroit est plein de kryptonite et affecte donc l'héroïne et son chien.

Malgré une combinaison de protection, elle affronte difficilement une adversaire coriace, mais le combat est plus une difficulté supplémentaire qu'un réel enjeu car, sujette à des hallucinations, Kara comprend ce qui a dû/pu se passer pour que Rogol Zaar commette son crime. C'est habilement amené.

Si on doit émettrer un bémol, c'est que la série est très classique : Andreyko suit son plan et ne va pas plus loin. Il a hérité du Man of Steel de Bendis un argument (l'investigation de Supergirl) et il s'y tient mordicus. De quoi faire croire que Bendis le téléguide, alors que ce n'est pasle cas (il est trop occupé par ses propres séries actuelles et celles à venir). On aimerait un tout petit plus de folie, d'incertitude, et Andreyko au contraire nous rassure (Z'ndr déclarant pouvoir retrouver Kara car sa combinaison de protection possède un traceur).

Mais ne boudons pas notre plaisir : Supergirl est indéniablement une série reposante, à lire pour se délasser, bien exécutée. C'est sans doute un peu limité, mais au moins on sait où on met les pieds. 

samedi 27 octobre 2018

WONDER WOMAN #57, de James Tynion IV et Emanuela Lupacchino - THE WITCHING HOUR, PT. 4


C'est le quatrième et pénultième chapitre du crossover The Witching Hour qui se présente dans les pages de Wonder Woman #57, avec à nouveau aux commandes James Tynion IV et Emanuela Lupacchino. La fin de Justice League Dark #4 voyait l'amazone sous l'emprise totale de la déesse Hécate qui lui commandait de tuer ses amis. Le scénario donne toujours la part belle au grand spectacle et, enfin, à une riposte magique des héros...


Wonder Woman se réveille sur la Lune aux côtés du spectre de Witchfire qui lui explique que c'est ici que Hécate garde les âmes de celles qu'elle a marquées pour refaçonner le monde à son image par la magie. Ce qui signifie, autrement dit, que Diana continue de se battre physiquement sur Terre, à Nand Parbat contre ses amis.


Témoins de la destruction qu'elle sème, Zatanna et John Constantine sont impuissants face à la force de Diana possédée par Hécate et se cache. Zatanna compte pourtant sur Constantine pour répliquer mais il lui révèle être atteint d'un cancer incurable et que son état a empiré depuis son affrontement contre l'Homme Inversé qui a empoisonné son sang démoniaque.


Cependant, Chimp et Man-Bat ont, avec Deadman, évacué les moines de Nanda Parbat dans ce qui reste du bar Oblivion. Manitou Dawn les y retrouve, déterminée à les tuer, lorsque Nightshade, l'Enchanteresse et Traci Thirteen surgissent de la dimension des ombres, où elles s'étaient réfugiées, pour la maîtriser.


Swamp Thing, de son côté, tente, en vain, de stopper Black Orchid qui ravage le Parlement des Arbres. Constantine et Zatanna n'ont pas le choix : le monde est en train de s'effondrer sous les assauts des disciples de Hécate. Ils sortent de leur cachette et défient Wonder Woman.


Zatanna fait diversion pendant que Constantine délivre un sort en invoquant la magie terrestre encore intacte. Ainsi l'emprise de Hécate sur Manitou Dawn et Black Orchid faiblit. Pour Wonder Woman sur la Lune, l'effet est plus inattendu et dramatique puisque Witchfire pense qu'elle est réellement morte désormais !

James Tynion IV ne cesse de me plonger dans des abîmes de perplexité : où veut-il en venir au juste ? Depuis qu'il a abandonné le Bat-univers pour s'investir dans le monde de la magie avec la Justice League Dark - qu'il présentait comme "le projet de [mes] rêves" - , force est d'avouer qu'il enchaîne des épisodes avec bien peu de magie. Du moins émanant de ses héros.

Si l'objectif est d'opposer un groupe de personnages dysfonctionnel et au potentiel limité dans ce domaine face à des menaces d'ampleur, c'est réussi, rien à redire. Mais on peut émettre quelques doute lorsqu'on choisit des protagonistes tels que Zatanna (la magicienne la plus puissante du DCU), John Constantine (le détective du surnaturel avec du sang de démon) ou même Chimp (ancien membre du défunt Shadowpact).

Tout se passe néanmoins comme si Tynion IV était en quelque sorte empêché par la vedette de sa série, celle dont la popularité permet à sa série d'être exposée, en l'occurrence Wonder Woman. L'amazone est, pour chaque scénariste, comme une page blanche (alors qu'elle est là depuis quasiment aussi longtemps que Superman et Batman) : chacun lui ajoute des secrets, des cadavres dans le placard, des pouvoirs insoupçonnés. Comme un chantier en perpétuels travaux. Ici, donc, elle est l'arme de Hécate, marquée depuis l'enfance par la déesse de la magie.

On s'étonne donc qu'il ait fallu, toutes séries confondues, six épisodes avant de voir Zatanna et Constantine lancer un sortilège contre un adversaire... Qui se trouve être leur amie Wonder Woman ! La situation ne manque pas d'interroger. D'autant que si elle satisfait d'un côté, elle souligne des manques de l'autre - Chimp ne fait toujours pas grand-chose, Man-Bat ne sert vraiment à rien, et Swamp Thing (pourtant une des entités les plus puissantes du DCU) est écarté d'un revers de la main par Black Orchid. Cette Justice League magique n'impressionne guère tant elle est ballottée ou passive.

Visuellement, par contre, Tynion IV profite à plein de dessinateurs très efficaces : Emanuela Lupacchino fait ici ses adieux à Wonder Woman (puisque le mois prochain, la série de l'amazone aura une nouvelle équipe artistique avec G. Willow Wilson au scénario et Cary Nord au dessin). Ses planches sont plein de tonus, elle ne cherche pas à épater la galerie mais livre une copie très propre et efficace.

Le point fort de l'italienne est dans l'expressivité des personnages grâce à son trait rond, bien servi par l'encrage de Ray McCarthy, qui donne une sorte de légèreté à l'aventure. Zatanna y apparaît moins inquiète que mutine et son duo avec Constantine fonctionne à plein (signe qu'il faut l'intégrer à plein temps dans l'équipe). Avec des seconds rôles qui n'ont pas grand-chose à jouer, comme Chimp et Man-Bat, elle joue sur leurs grimaces, leurs faciès, tirant leur apparition vers la comédie, ce qui est un peu déroutant dans cette ambiance de fin du monde mais malin pour les rendre plus mémorables.

Le cliffhanger est convenue puisqu'on sait bien qu'il ne saurait être question de tuer Wonder Woman. Tout en étant laborieux et peu inventif, ça se lit tout de même bien. Mais avec ce casting, cette intrigue, cet univers, on aimerait que ce soit mieux que "bien".