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mercredi 25 juillet 2012

Critique 339 : STARMAN, VOLUME 3 - A WICKED INCLINATION... de James Robinson et Tony Harris, Chris Sprouse, Steve Yeowell, Guy Davis, JH Williams III, Gary Erskine


Starman 3 : A Wicked Inclination... rassemble les épisodes 17 et 19 à 27 de la série écrite par James Robinson, publiés en 1996-1997 par DC Comics. Les dessins sont signés par Tony Harris (#17, 19-26), Chris Sprouse ( pages 10, 12, 15, 15, 18, 20 du #24), Guy Davis (pages 10 à 20 du #22), Gary Erskine (pages 8-9, 12, 17-19 du #26) et JH Williams III (pages 8-9, 11, 15-16, 19 du #26), Steve Yeowell (#27).
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- #17 : Encounters. Dessiné par Tony Harris. Tandis que Jack Knight se remet de son affrontement avec the Mist et fait de nouveaux projets (comme acheter un nouveau local pour sa boutique), les O'Dare préparent avec the Shade un raid contre un repaire de Damon Merritt, qui veut récupérer son poster magique (ouvrant sur des dimensions parallèles). Mais l'opération tourne mal...

- #19 : Talking with David, '96. Dessiné par Tony Harris. Jack Knight retrouve son frère aîné David, mort prématurèment alors qu'il avait succédé à son père Ted comme Starman. Cette deuxième entrevue est plus apaisée entre les deux frères, qui font le point sur l'année écoulée dans un décor de film de pirates. Ce sera aussi l'occasion pour Jack de renouer, brièvement, avec un autre être cher de sa famille...

- #20-23 : Sand and Stars. Dessiné par Tony Harris et Guy Davis (pour le #22). Préoccupé par ce que lui a dit the Mist (comme quoi ils seraient tous deux les deux faces d'une même médaille), Jack Knight entreprend d'aller récupérer une médaille ayant appartenu au père de son ennemie. Cette relique serait en possession de Wesley Dodds, le mythique premier Sandman de la Société de Justice d'Amérique, aujourd'hui octogénaire. Mais à New York, les deux hommes vont devoir faire équipe pour éviter un attentat préparé par un malfrat ayant ursupé l'identité du patron d'une compagnie d'aviation...

- #24-26 : Hell and Back. Dessiné par Tony Harris, Chris Sprouse (#24), Gary Erskine et JH Williams III (pour le #26). Jack Knight est sollicité par la famille O'Dare, dont Clarence est devenu le contact de la mairie pour tout ce qui concerne les affaires surhumaines, pour les aider à récupérer Matt et the Shade, aspirés dans une dimension parallèle par le poster magique. Damon Merritt cherche par ailleurs toujours à récupérer son bien et nos héros vont essayer de profiter de la situation pour pièger le malfrat...

- #27 : Christmas Knight. Dessiné par Steve Yeowell. La nuit de Noël réunit les Knight, les O'Dare, Charity la diseuse de bonne aventure et Mikaal Tomas (le Starman alien à la peau bleue). Tout ce beau monde attend Jack qui rencontre un homme déguisé en père Noël et victime de voleurs...
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Pour ce troisième tome, James Robinson propose deux arcs encadrés par deux épisodes.
Le recueil s'ouvre par un one-shot (Encounters) qui est en vérité le prologue de la 2ème histoire (Hell and Back), dans lequel the Shade (dont un extrait du journal sert d'introduction au livre et permet de résumer les évènements antérieurs) et la famille de policiers irlandais, les O'Dare, s'unissent pour tenter de capturer l'occultiste malfaisant Damon Merritt. Mais leur opération dégénère, et cela servira d'argument au récit susmentionné.
Robinson a établi les liens entre ses protagonistes et s'en sert désormais pleinement comme d'un sorte de gang paranormal, uni pour préserver Opal City d'ennemis divers. Jack Knight occupe, dans cet épisode, un rôle plus en retrait mais entre ses projets professionnels et les prédictions cryptiques que lui communique Charity, le scénariste indique qu'il a des plans d'envergure pour le futur de la série.

On a ensuite droit à un intermède  (Talking with David, '96), mais c'était attendu : dès le premier tome, David Knight, qui a été abattu "en service", dans le costume de Starman, avait prévenu son frère cadet, Jack, qu'il se rencontrerait toutes les années pour faire le point. Leur premier entretien avait été houleux, dans un cimetière. Cette fois, c'est dans un cadre digne des films de pirates et de zombies que les deux frangins dressent un nouveau bilan.
Robinson emploie cette parenthèse avec habileté pour évoquer le statut de super-héros, protecteur d'une ville, mais aussi les rapports fraternels, la transmission d'un rôle, la relation des vivants avec la mort (la leur et celle de leurs proches). Pourtant il ne se contente pas d'aligner 20 pages de dialogue, si inspiré soit-il, il pimente cela avec une scène d'action spectaculaire, qui, elle, renvoie, à la cinéphilie de Jack Knight.
La chute offre un moment d'émotion qui tombe, hélas !, un peu à plat, les comics super-héroïques, même un peu décalés, s'accommodant mal de ce registre.

Le premier arc de ce recueil démarre ensuite vraiment : Sand and Stars compte quatre parties et s'appuie sur un élément survenu dans l'album Night and Day, lorsqu'à la fin de son affrontement contre Nash, la fille de the Mist, Jack a dû l'entendre énoncer une affirmation dérangeante - si elle existe et fait le mal, c'est pour justifier sa condition de héros, leurs destins et leurs actes sont donc liés.
Jack est littéralement hanté par cette hypothèse (il rêve de Nash, et incidemment a une vision de Sandman) et veut la démentir. Pour cela, il lui faut accomplir un acte symbolique, bienfaisant, envers le père désormais déchu de sa némésis. Il entreprend de récupérer une médaille qui lui fournit le prétexte pour se rendre à New York et rencontrer son idole, Wesley Doods.
Celui qui a été le Sandman de la Société de Justice d'Amérique, compagnon d'armes du premier Starman, est maintenant un octogénaire retiré avec sa femme, l'écrivain Dian Belmont (autre figure vénérée par Jack). Peu après, la vie de Dodds est menacée par un mystérieux tueur masqué et avec Jack, il mène l'enquête, ce qui va les conduire à déjouer un attentat fomenté par un usurpateur.  
En entraînant le vieux Sandman dans sa mission, Jack va s'offrir quelques frissons (avec en point d'orgue une bataille dans les airs contre un dirigeable) mais surtout réveiller l'esprit de l'aventure du frère d'armes de son père. Wesley Dodds résumera cela très bien, après s'être remémoré une ancienne mission partagée avec Ted Knight/Starman : "qu'importe si cela me coûte la vie, au moins je mourrai content". C'est l'intensité de l'existence qui permet d'estimer sa qualité, pas le nombre d'années vécues.
Même si le récit est un peu confus et d'un rythme inégal, Robinson est encore une fois très malin pour brasser quelques thèmes qui lui sont chers via le prisme des super-héros : le temps qui passe, le respect des aînés, le plaisir procuré par le danger, les générations de justiciers, la persistance du mal à vaincre (qu'il s'agisse de la vieillesse, de la peur, ou des terroristes).

L'arc suivant, en trois parties, Hell and Back, offre à la fois une conclusion à Sand and Stars (avec une visite surréaliste entre Jack et the Mist, devenu sénile) et le retour à l'intrigue entamé dans le premier épisode du recueil (Encounters). Les O'Dare demandent à Jack de les aider à la fois à piéger Damon Merritt qui veut récupérer son poster magique et à récupérer the Shade et Matt O'Dare, passés de "l'autre côté" de l'image.
Tout d'abord, avant la bataille décisive, chacun des O'Dare se promet, en silence, de changer un peu ses priorités existentielles s'il survit - et cela aura des conséquences rapides dans l'épisode #27.
Puis, durant le combat contre Merritt et ses sbires, Jack traverse à son tour le portail dimensionnel du poster et atterrit... En enfer (littéralement). Retrouvant the Shade et Matt O'Dare, il est mis à l'épreuve par le démon avec lequel a pactisé Merritt. L'héroïsme de Jack, la corruption de Matt, la position de the Shade sont franchement bousculés et leurs liens renforcés.
Robinson signe là son meilleur récit du recueil : il y manie les rebondissements, joue avec le rythme, creuse la caractérisation de ses personnages, et rebat les cartes, tout en aboutissant à une chute malicieuse. De la belle ouvrage.

Enfin, Christmas Knight (jeu de mots !) est un joli conte Noël, anecdotique mais qui confirme que la notion de temporalité est très présente dans la série, comme si chaque aventure se déroulait en temps réel, au rythme des saisons et des années (l'autre indicateur de cette notion tient bien entendu dans les entretiens entre Jack et David). 
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Jack Knight, par Tony Harris

Mais en vérité, malgré l'inégalité du matériel de ce recueil, la diversité qualitative des histoires, ce qui en fait le sel, ce sont ses dessins.
Tony Harris réalise encore la majorité des épisodes et ne ménage pas ses efforts, avec des jeux de lumière expressionnistes remarquables, des cadrages audacieux, un soin particulier accordé aux ambiances et aux décors (notamment les extérieurs où sa passion pour l'urbanisme fait merveille - Starman est une bande dessinée où les vills sont des personnages à part entière).

La série accueille des guest-stars de premier ordre : d'abord, Guy Davis, qui à la même époque avait relancé avec les scénaristes Matt Wagner et Steve Seagle le personnage de Sandman dans le titre Sandman Mystery Theatre (se déroulant durant l'âge d'or), co-anime la troisième partie de l'arc Sand and Stars en signant une dizaine de planches. Son style très différent de celui de Harris, tout en hâchures, au trait fin et aux couleurs pâles, offre un contraste visuel très intelligent pour le flash-back avec Wesley Dodds.
Sandman, par Guy Davis.

Puis Chris Sprouse (Tom Strong) revient pour quelques splash et doubles pages magnifiques dans le prologue au second arc, Hell and Back, où est dévoilé, via le journal de the Shade, le passé de Damon Merritt.

Gary Erskine (Global Frequency) et JH Williams III (Promethea) co-illustrent l'épisode 26 avec Harris. A Erskine, dont le trait précis et épuré (proche d'un Blanc-Dumont en France), les séquences avec Matt O'Dare et Scalphunter ; et à Williams III (encré par Mick Gray), dans une tonalité plus sombre mais raffinée, les passages avec the Shade, lorsqu'ils sont en Enfer avec Jack.

The Shade, par Tony Harris

Le découpage de cet épisode souligne de manière remarquable la finesse avec laquelle doit être écrit le script de Robinson.

Enfin, Steve Yeowell dessine l'épisode de Noël : son dessin, dépouillé, lumineux, élégant, est un vrai plaisir.
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Encore une fois, même si les épisodes sont peut-être moins efficaces que précédemment, ce troisième tome confirme que Starman était une grande série, avec une musique unique, et servie par des artistes de premier choix. 

mardi 20 mars 2012

Critique 317 : BATWOMAN - ELEGY, de Greg Rucka et J.H. Williams III

Batwoman : Elegy rassemble les épisodes 854 à 860 de la série Detective Comics, écrits par Greg Rucka et dessinés par JH Williams III, publiés en 2009-2010 par DC Comics. La série fut alors exclusivement consacrée à Batwoman, le temps de deux histoires ( de 4 et 3 chapitres respectivement)
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Les 3 premières planches de la série,
dessinées par JH Williams III.

- Elegy (# 854-857). Après avoir miraculeusement survécu à une cérémonie sacrificielle, Batwoman enquête à Gotham sur la secte de la Religion du Crime. Elle opére avec l'accord de Batman et le soutien de son père. Apprenant que ce culte va recevoir la visite de sa nouvelle meneuse, une certaine Alice, une déséquilibrée inspiré par le personnage de Lewis Carroll, la justicière interroge des indics. Mais quand son père, un militaire de carrière, est enlevée par ces maniaques sur le point de commettre un attentat, elle découvre que son adversaire est plus proche d'elle qu'elle ne le pensait...

- Go (#épisodes 858 à 860). Kate Kane se remémore trois époques de son passé (il y a 20, 7 et 4 ans), trois étapes-clés pour comprendre qui elle est, comment elle est devenue Batwoman et qui est vraiment Alice...
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Greg Rucka aime les femmes fortes (il a écrit Elektra chez Marvel, Wonder Woman chez DC et ses épisodes de Gotham Central se distinguaient par ses portraits féminins mémorables) et il a créé cette nouvelle version lors de la publication de la maxi-série hebdomadaire 52 (# 11) en 2006. Mais à l'époque, pris dans la cascade d'évènements de la saga, la présentation resta sommaire. Elle réapparut dans Countdown to final crisis, puis à nouveau sous la plume de Rucka dans Five Books of Blood (2007) et Revelations (2008/2009). Mais, malgré cela, l'essentiel restait à faire pour imposer ce personnage au potentiel certain.


Ci-dessus, les 1ers designs de Batwoman par Alex Ross.

Ci-dessus, l'héroïne revue et corrigée par JH Williams III.

DC Comics lui a redonné sa chance en écartant Batman de la série Detective Comics le temps de sept épisodes et Greg Rucka s'associa à l'artiste de Promethea, JH Williams III, pour célébrer l'occasion. Cette équipe créative et leur séjour dans le titre historique du "Dark Knight" allaient donner une exposition maximale à l'héroïne.
Même si le contenu de cet album, rassemblant l'intégralité du run de Rucka et Williams III, est accessible par tous, avoir lu 52 n'est pas vain pour mieux en apprécier le point de départ puisqu'il est fait mention de la tentative de sacrifice à laquelle a miraculeusement échappé Kate Kane et qui motive depuis son enquête sur la secte de la Religion du Crime. 
Rucka a compris que pour donner du relief à son héroïne, il lui fallait un adversaire à sa mesure, l'équivalent du Joker pour Batman. C'est l'aspect à la fois incontournable et le plus convenu du projet car ni la secte, avec ses membres monstrueux (des individus touchés par une malédiction qui les transforme en animaux sauvages), ni la "High Madame" (avec son look de lolita gothique et sa psyché déjantée, trop proche du Joker), ni le projet d'attentat ne sont très originaux. Alors que Batwoman se distingue par son indépendance vis-à-vis de Batman (et ses partenaires habituels), même si elle agit avec son assentiment, et son passé, détaché du Dark Knight, son opposition rappelle trop celle du protecteur de Gotham. C'est dommage. Mais Rucka a d'autres munitions... 
L'arc Elegy vaut par sa concision : en quatre épisodes, menés sur un rythme soutenu, le scénariste dispose efficacement ses pions. On ne s'ennuie pas, il y a une atmosphère prenante, une montée en puissance bien construite, une alternance de séquences intimistes et spectaculaires bien dosée. C'est donc classique mais dans le bon sens du terme. On peut même louer la sagesse de Rucka qui offre un bon contrepoids à la folie graphique de Williams III (mais j'en parlerai ensuite). Et puis, on est positivement surpris par les rapports entre Kate Kane et son mentor, qui n'est autre que son propre père.
Dans le second récit, Go, Greg Rucka renoue avec un registre où il est bien meilleur, en détaillant les antécédents de Kate, comment elle est devenue Batwoman, et comment elle a la confirmation de l'identité d'Alice. Il établit précisèment le traumatisme fondateur de son enfance (décrite avec beaucoup de justesse), le fait qu'elle assume son homosexualité et ce que cela lui coûte (l'occasion d'une critique directe mais subtile sur le refus de l'armée américaine d'accepter les gays et lesbiennes dans ses rangs - la situation n'a évolué que très récemment dans la réalité), la relation qu'elle noue avec Renee Montoya (le personnage fêtiche de Rucka, avec Tara Chase dans Queen and Country), sa première rencontre avec Batman (scène aussi fulgurante que sublime)...
En une page et une réplique, tout est dit :
ce qui motive Kate Kane, c'est son désir de "servir".

Depuis ces épisodes, Rucka a quitté DC (Batwoman continue d'être animée par JH Williams III et Haden Blackman), mais il a donné à l'éditeur une justicière vraiment passionnante.
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Comme je l'ai dit plus haut, la partie graphique est exceptionnelle, et pour cause, c'est l'artiste des séries Promethea d'Alan Moore et Desolation Jones de Warren Ellis qui s'en acquitte. JH Williams III ne déçoit pas et transforme l'aventure en une véritable expérience. 
Quand il dessine Batwoman, il compose ses planches selon des motifs et des formats détonants : les doubles-pages se succèdent, la forme des cases évoquent le logo de la chauve-souris, des éclairs, des triangles. Pourtant, même s'il faut un petit moment pour s'y habituer, ces fantaisies n'altérent pas la narration mais au contraire valorisent les aspects baroques du récit, des protagonistes, de l'ambiance. De plus, l'enchaînement de ces vignettes de tailles et de formes atypiques est d'abord conçu pour accentuer la force des coups portés, la vitesse des scènes, conférant aux pages une dimension quasiment musicale (d'ailleurs, lors d'une séquence, on se trouve dans une réception mondaine où l'on danse).
L'encrage, par Williams III lui-même, est également assez appuyé pour que chaque image reste lisible, dans une abondance de scènes nocturnes. La complicité de l'artiste avec son coloriste est alors essentielle et avec Dave Stewart, on est entre de bonnes mains : les effets de matière (comme le cuir du costume de Batwoman) sont saisissants par exemple. Par ailleurs, à d'autres reprises, les contours sont effacés et la couleur directe vient s'y substituer : ainsi, Alice est traîtée dans des teintes pastellisées qui la font ressembler à un spectre malgré son look de lolita gothique.

Composition audacieuse, couleurs sophistiquées : une collaboration
exceptionnelle entre l'artiste, JH Williams III, et son coloriste, Dave Stewart.

Le côté foisonnant de chaque case et page impose presque deux lectures - la première fois pour suivre l'histoire elle-même, la seconde pour savourer la virtuosité du dessinateur. Williams III utilise à fond toutes les possibilités du storytelling et transcende le script de Rucka.

Le contraste est alors frappant quand c'est Kate Kane qui est mise en scène : le trait se fait plus simple, précis, et fait référence à Alphonse Mucha. Le découpage s'assagit (relativement quand même) et les couleurs sont aussi plus sobres.
Cette transformation stylistique trouve son aboutissment dans la deuxième histoire, dominée par des flashbacks. Williams III (qui avait déjà dans un arc de Batman ou 7 Soldiers of Victory, écrits par Grant Morrison, copié le style de plusieurs dessinateurs de manière confondante) invoque alors le David Mazzucchelli de Batman Year One et le résultat est encore une fois sensationnel.


La 1ère rencontre entre Kate Kane et Batman :
Williams III rend hommage à Mazzucchelli et
Batman Year One en changeant radicalement son style de dessin.

Bref, c'est impressionnant.
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L'album se clôt par des bonus formidables : outre la galerie de couvertures alternatives (par des pointures comme J.G. Jones, Adam Hughes, Jock et Alex Ross !), des sketches de Williams III, des pages du script de Rucka (deux séquences) et des planches non colorisées et lettrées permettent de découvrir encore mieux les coulisses du projet.
Même s'il n'est pas exempt de quelques faiblesses, ce recueil est une excellente collection d'épisodes, formidablement écrite et fantastiquement illustrée.

mardi 13 septembre 2011

Critique 263 : FABLES 15 - ROSE RED, de Bill Willingham, Mark Buckingham et Inaki Miranda

Fables : Rose Red est le 15ème tome de la série créée et écrite par Bill Willingham, rassemblant les épisodes 94 à 100, publiés en 2010 et 2011 par DC Comics dans la collection Vertigo. Les dessins sont signés Mark Buckingham (#94-98, 100), Inaki Miranda (#99), Chrissie Zullo, Joao Ruas, Bill Willingham, Dave Johnson, Kate McElroy, Adam Hughes et J.H. Williams III ont également illustrés les bonus spéciaux accompagnant le 100ème épisode.
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- Rose Red (#94-98) : La Bête s'interpose entre la Fée Bleue (convoquée par Ozma) et Gepetto ; King Cole, Snow White et Bigby Wolf s'emploient à contenir les ambitions d'Ozma pour la direction de la Ferme ; le chat Maddy surveille Mr Dark à Bullfinch Street à New York ; Frau Totenkinder (re)devenue Bellflower convainc Dunster Happ de l'aider à vaincre Mr Dark ; et Rose Red visitée par l'esprit de sa mère apprend pourquoi Snow White l'a abandonnée durant leur enfance.

- Dark City (#99) : Mr Dark étend son emprise démoniaque sur New York lorsqu'il reçoit la visite de Mr North venu lui annoncer que Bellflower le défie en combat singulier à mort.

- Single Combat (# 100) : Bellflower et Mr Dark s'affrontent pendant que la Belle accouche. Snow White, excédée, remet la Nurse Pratt à sa place. Les Fables préparent leur départ pour le royaume de Haven où Flycatcher les reçoit...
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Dans ce 15ème tome de la série, les péripéties et les révèlations se succèdent sur un tempo soutenu pour culminer avec le 100ème épisode : c'est une date dans l'histoire de cette production et un exploit pour un titre hors du genre super-héroïque à l'heure où l'industrie des comics est en crise. Pour fêter dignement cette étape, les auteurs ont mis les bouchées doubles, avec un "single issue" de 64 pages plus trois courts récits supplémentaires, des guest-stars posant et répondant aux questions, un théâtre de papier, un jeu de société et un sketchbook !
Le premier mérite de cette nouvelle salve d'épisodes est de procurer un intense plaisir où la majorité des protagonistes sont présents sans que leur multitude ne ralentisse la course du récit. Celui-ci connaît deux climax avec d'abord le "retour aux affaires" de Rose Red, dont on découvre le passé (et subséquemment celui de Snow White, dans une version plus acide que la tradition), et ensuite avec le face-à-face entre Frau Totenkinder/Bellflower et Mr Dark, dont le dénouement déjoue tous les pronostics (la preuve que même avec un exercice aussi convenu, on peut encore surprendre).
Bill Willingham donne donc un conséquent coup d'accélèrateur sans sacrifier ni les rapports entre les personnages ni l'ambiance particulièrement dramatique de l'histoire entamée depuis le tome 12 (Fables : The Dark Ages). Bien que la série atteigne les 100 épisodes, elle ne s'essoufle pas et dispose même de nombreux subplots qui vont alimenter des histoires futures (l'exil à Haven, les manigances de Gepetto et Ozma, la mission assignée par King Cole à Bigby, la révèlation faîte à Mr North par Bellflower sur son 7ème petit-fils, les vengeances de la Nurse Pratt et de Mr Dark, l'ultimatum de la Fée Bleue, le sort de Briar Rose la Belle au Bois Dormant, la condition de l'enfant de la Belle et la Bête, la transformation de Reynard, etc).
En privilégiant l'action aux métaphores, Willingham a abandonné avec bonheur ses prétentions philosophiques et revient aux sources des fables, dont le contenu souvent horrifique est déjà un beau défi narratif pour être adapté et prolongé. Par contre, il sait toujours aussi bien faire évoluer ses personnages, ne revenant jamais à un statu quo antérieur, suggérant des prolongements excitants, dénouant des intrigues pour mieux en préparer de nouvelles. Combien de séries sont aussi denses et épiques tout en animant de manière attachante ses héros ?
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Mark Buckingham dessine 6 épisodes sur les 7 que compte ce recueil et il produit parmi ses meilleures et plus belles planches - je sais, je dis ça à chaque fois mais c'est un enchantement perpétuel, et quel plaisir de lire une série où l'artiste tient la cadence et ne cède pas sa place à chaque arc !
Il est aussi à l'aise dans les séquences intimistes, où les protagonistes dialoguent, se rappellent, rusent à qui mieux-mieux, que dans le spectacle des combats. Il illustre avec génie la démonstration des pouvoirs magiques ou l'aspect à la fois inconiques et décalés des personnages.
Bien qu'il soit encré par trois partenaires différents, avec Steve Leialoha, Andrew Pepoy et Dan Green, son trait n'en souffre jamais. De même, la colorisation parfois un peu terne de Lee Loughridge gagne en nuances et en luminosité. C'est un vrai bonheur pour les yeux.
Inaki Miranda supplée "Bucky" durant le 99ème épisode, où son trait fin et méticuleux fait merveille pour représenter le sinistre Mr Dark et son emprise sur le défunt quartier de Fabletown mais aussi Mr North et le vent qui balaie tout ce qui l'entoure.
Le 100ème épisode comporte de nombreux et merveilleux bonus : Chrissie Zullo et Joao Ruas (le cover-artist de la série) dessinent deux épilogues charmants et drôles, Willingham et Buckingham échangent leurs places pour un segment mettant en scène Pinocchio et Gepetto (dont le dénouement appelle des développements), et enfin Dave Johnson, Kate McElroy, Adam Hughes (le temps d'une splendide page !) et JH Williams III mettent en images des réponses aux questions posées par trois célèbres fans de Fables.
Et comme si ça ne suffisait pas un théâtre de papier, un jeu de société et un sketchbook bouclent l'album !
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C'est un festin de roi, un "must-have" absolu. Vivement Décembre maintenant et le tome 16 : Super Team !

vendredi 13 novembre 2009

Critique 112 : SEVEN SOLDIERS OF VICTORY, par Grant Morrison

(Ci-dessus : les deux couvertures unifiées de l'édition hardcover, signées Ryan Sook.)

(Ci-dessus : dans quel ordre faut-il lire la série, selon son auteur...)






Seven Soldiers Of Victory est une maxi-série écrite par Grant Morrison et publiée par DC Comics. Il s'agit plus précisèment de sept mini-séries interconnectées, encadrées par un prologue et un épilogue. Ces séries constituent une nouvelles version des Seven Soldiers of Victory et de leur combat pour sauver la Terre contre les Sheeda.
Cette "méta-serie" (comme l'a nommé Grant Morrison) compte 30 épisodes.
Seven Soldiers #0 et #1 sont dessinés par J.H. Williams III.
Le reste compte sept mini-séries de quatre épisodes chacune :
- Shining Knight, dessiné par Simone Bianchi ;
- Manhattan Guardian, dessiné par Cameron Stewart ;
- Zatanna, dessiné par Ryan Sook ;
- Klarion, dessiné par Frazer Irving ;
- Mister Miracle, dessiné par Pasqual Ferry (#1) puis Freddie Williams II (#2-3-4) ;
- Bulleteer, dessiné par Yanick Paquette ;
- Frankenstein, dessiné par Doug Mahnke.
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- Dans le premier chapitre de cette histoire, le Vigilante rassemble avec un nouveau Spider (rebaptisé I, Spyder", apparemment le fils de l'original) une équipe de justiciers composée de Gimmix, Boy Blue, Dyno-Mite Dan et the Whip. Le groupe doit affronter l'Araignée de Buffalo Spider mais sera massacré durant cette bataille.
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Les sept mini-séries suivantes s'intéressent chacune à un personnage différent, indirectement connecté au premier groupe. Chacune de ces séries est illustrée dans un style différent, par un artiste différent, et chaque histoire explore un genre particulier.
L'idée centrale de Morrison est que ces sept personnages forment une part d'une intrigue globale pour un combat final, mais ils ne se rencontrent jamais (même si on trouve dans chacune de leurs aventures des références à ce qui arrive à un ou plusieurs des autres). Donc, c'est une équipe mais qui n'agit jamais collectivement.
Une explication à cela est fournie dans les séries Manhattan Guardian et Zatanna :
- dans la première, un homme nommé Ed Starsgard (alias Baby Brain) dit au Guardian que les Sheeda ont déjà attaqués l'humanité précédemment, fréquemment, et laissant daux survivants juste assez pour reconstruire avant un prochain assaut. Une prophétie affirme cependant que les Sheeda pourraient éventuellement être stoppés par sept soldats, donc ils ciblent leurs attaques à chaque fois sur un groupe de sept héros. A ces sept nouveaux soldats de se trouver pour contre-attaquer aujourd'hui.
- Dans la seconde, un fantôme remarque qu'il ya trop de coïncidences dans cette histoire et qu'un lien mystérieux semble toutes les unir. Cela justifierait que les Sept Inconnus de Slaughter Swamp auraient été les Sept Soldats désignés pour stopper les Sheeda.
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Dans une interview, Grant Morrison fit remarquer que ces séries d'histoires (qu'il appelait "mégaseries" ou "métaséries") prenaient place après le crossover Infinite Crisis. Après en avoir parlé avec Morrison, Dan Didio, l'editor-in-chief de DC Comics, rectifia cette remarque et déclara que ces séries se déroulaient en fait une semaine avant Infinite Crisis.
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La dernière bataille :
Après de multiples tribulations dans leurs propres mini-séries, les Soldats prennent finalement part à un ultime affrontement contre la Reine des Sheeda à New York, chacun des Soldats affectant différemment le cours du conflit sans savoir idée de sa globalité.
Le sommet de ce grand final est initié par Zatanna lorsqu'elle lance le sort appelant les Sept Soldats à frapper. Cette formule magique place chacun en position.
Après avoir voyagé jusqu'au royaume des Sheeda dans le futur, Frankenstein
s'empare de la forteresse volante de la Reine et la ramène dans le présent à New York. Ici et alors, elle peut être appréhendée par la justice grâce auu groupe d'intervention spéciale du paranormal, le S.H.A.D.E..
Lorsque la forteresse volante apparaît, le Shining Knight - qui a traqué la régente dans le futur - attaque avec succés la Reine en la blessant sévèrement et la laissant à la merci d'une attaque de I, Spyder, qui lui tire dessus avec une flêche et la laisse s'écraser dans les rues de New York.
Au même moment, le Manhattan Guardian
entraîne plusieurs milliers de New-Yorkais pour écraser les envahisseurs Sheeda.
Egalement, quasiment en même temps, Bulleteer surgit dans la rue en voiture, transportant son ennemie Sally Sonic à l'hôpital. Mais Sally reprend connaissance et agresse Bulleteer, qui perd le contrôle de son véhicule et percute la Reine des Sheeda. Le Guardian arrive sur place mais seule Bulleteer a survécu à la collision.Klarion, qui a débarqué dans New York depuis les entrailles cachées de la ville, a dérobé un dé magique au compère de Zatanna, Misty. Ensemble avec son propre dé, le jeune sorcier détient la Boîte-Père, un des trésors perdus de l'ancien super-héros Auraklés, et qui peut provoquer l'extinction des Sheeda. Klarion gagne la forteresse de l'envahisseur où il trouve Frankenstein sur lequel il use d'un sort pour l'obliger à ramener le vaisseau dans le futur où il pourra devenir le nouveau Roi des Sheeda. Ce faisant, Klarion devient donc le "traître" dénoncé dans la prophétie (révélée par Baby Brain au Guardian).
Enfin, Mr Miracle
affronte Darkseid dans son club. Darkseid explique qu'il avait donné la Terre aux Sheeda en échange d'Auraklés, le premier des super-héros. Mister Miracle s'offre lui-même en échange de la liberté d'Aurakles, ce qu'accepte Darkseid. Une fois Aurakles libre et Mister Miracle à sa merci, Darkseid abat ce dernier - ce qui en fait le soldat sacrifié décrit dans la prophétie. Mais Mr Miracle sera vu plus tard, sortant vivant de son tombeau, échappant même à la mort, lui, le "maître de l'évasion"...
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Comment analyser une oeuvre pareille, si volumineuse, baroque et atypique, se suffisant à elle-même tout en se nourrissant de comics plus anciens - et alimentant des productions futures (en premier lieu la saga Final Crisis, où Darkseid plonge la Terre dans les ténébres) ?
D'abord, il faut le reconnaître, tout n'est pas bon et l'ensemble souffre de son aspect cryptique, débridé : on en sort littéralement lessivé, des images fortes plein dans la tête, mais aussi embrouillé, perdu, confus. Qui trop embrasse, mal étreint ?
L'ambition démesurée et la singularité de Morrison sont à la fois sa plus grande qualité - il propose vraiment un voyage à nulle autre pareil - et son plus grand défaut - le procédé, poussé comme ici à l'extrème, vous reste un peu sur l'estomac et à tout du repoussoir pour le néophyte en matière de production DC (qui souffre déjà bien assez d'être un éditeur aux histoires compliquées...).

Sur les 7 mini-séries, il y a déjà à boire et à manger, à prendre et à laisser, de quoi emballer mais aussi perdre les lecteurs, connaisseurs ou pas. Il n'y a pas besoin de chercher bien loin pour cela : le traitement graphique accrochera ou décrochera déjà la majorité des curieux.
Le merveilleux, comme Klarion, somptueusement peint par Frazer Irving, y côtoie l'affreusement laid, comme Shining Knight, par Simone Bianchi. Entre les deux existent des pépites comme Zatanna par Ryan Sook, qui a su dessiner la magicienne et son univers avec un talent rare ; Bulleteer, bien servie par un Yanick Paquette très à son aise avec cette héroïne malgré elle, pulpeuse et invulnérable ; ou Manhattan Guardian, où Cameron Stewart nous balade dans une virée hallucinée sur un rythme d'enfer.
Au milieu de tout ça subsiste une énorme frustration avec Mr Miracle : commencée par l'excellent Pasqual Ferry, l'artiste a quitté l'aventure après un seul épisode (pour aller chez Marvel), laissant la place au plus inégal Freddie Williams II, qui, sans être ridicule, échoue à restituer le charisme et le surnaturel du récit de ce personnage, pourtant central dans le projet global.
Enfin, on pourra préférer des travaux plus récents de Doug Manhke à son Frankenstein : parfois traversé de morceaux de bravoure mémorables, mais aussi de planches plus brouillonnes et surchargées, le résultat laisse un sentiment de "peut mieux faire".
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En revanche, impossible de ne pas être ébloui par les n° 0 et 1, ouvrant et fermant la marche : tous deux sont illustrés par le génial (et je pèse mes mots) JH Williams III, qui fait ici une démonstration de force.
Le chapitre inaugural est déjà impressionnant, évoquant le Moebius des grands jours dans un mix improbable de western et d'épouvante, avec une mise en couleurs bluffante.
Mais la conclusion de cette fresque est d'un niveau pictural encore supérieur : Williams III y imite les styles de huit autres artistes de la série avec un brio fabuleux mais s'autorise même une reproduction de Jack Kirby qui en laissera plus d'un sans voix tant elle est parfaite.
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Le scénario, quant à lui, inspire donc un sentiment plus partagé. Grant Morrison n'est d'abord pas capable de nous passionner à chaque fois pour chacun de ses Sept Soldats :
- ainsi, le parcours du Shining Knight est confus et le sort du personnage n'est guère intéressant en soi - il apparaît en trop grand décalage par rapport aux autres, provenant d'une milieu trop éloigné (le monde de la chevalerie mythique), avec en outre une révèlation qui n'apporte rien de plus (Justin est en fait une fille ayant dissimulé sa sexualité pour prendre les armes).
- Parfois aussi, Morrison nous raconte une histoire qui sans être déplaisante ne se raccroche qu'in extremis au propos de sa saga : c'est le cas de Bulleteer, anti-héroïne pourvue de pouvoirs accidentellement, découvrant les moeurs douteuses de son défunt mari et combattant une méchante perverse et cinglée, avant d'être abordée par le Vigilant (ou son fantôme ?)... Dont elle repousse l'offre d'intégrer sa bande de Soldats !
A côté de ça, le scénariste parvient à nous embarquer dans des univers parallèles fascinants.

- Zatanna est ainsi décrite de manière savoureuse comme une accro à la magie dont la "toxicomanie" a provoqué la mort de plusieurs amis magiciens alors qu'elle voulait retrouver son père. Sa rencontre avec une apprentie, leur périple rocambolesque, à la fois comique, absurde et effrayant, est réjouissant.
- Le récit du Manhattan Guardian est construit sur un postulat original : celle d'un homme ordinaire qui devient super-héros en représentant un journal. Une de ses enquêtes l'emmène dans les profondeurs de New York où deux gangs rivaux se disputent à coups de détournements de rames de métro, dans une ambiance foutraque, aussi hallucinée qu'hallucinante. Mais en même temps, Morrison décrit avec justesse l'évolution de son héros qui perd beaucoup dans l'affaire tout en acceptant finalement d'essayer de sauver le monde.
- Enchanteresse est la trajectoire de Klarion, adolescent fuyant la société souterraine, mythique, secrète, où il a grandi pour débarquer en ville, esquiver le mal absolu puis trahir tout le monde en finissant par aller s'emparer du trône des Sheeda. Plein de malice, ce récit est peut-être le plus réussi de tous car c'est celui où Morrison parvient à nous entraîner où il veut tout en prenant le lecteur totalement à contre-pied à la fin.
- Saisissante est parfois l'errance de Frankenstein, mais parfois seulement : pour en arriver là où il sera, il n'y avait certainement pas besoin de quatre épisodes. Le personnage possède un charisme évident, quelques scènes sont fulgurantes, mais il subsiste une impression d'inachevé, d'inaccompli. C'est dommage.
- Par contre, la lutte désespérée de Mr Miracle est narrée avec une habilité envoûtante : toute sa série est à l'image du personnage, tenant dans un tour de passe-passe, et la pirouette finale suggérant qu'il a même réussi à échapper au châtiment de Darkseid est de la même veine. C'est jubilatoire et ça confirme que Morrison est le plus à l'aise dans ce registre, celui où il décrit une magie complexe, rompant avec les clichés de la représentation de cet exercice. Mr Miracle étant un héros évoquant Harry Houdini, lui-même roi autoproclamé de l'évasion, on peut dire que Morrison, de la même façon, sait se libérer des chaînes que les comics lui a posé... Quelquefois, en tout cas.
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A mon humble avis, la meilleure manière d'apprécier cette entreprise est de la lire en recueils et comme un récit expérimental, en acceptant le fait que certains éléments vous échappent, en se laissant prendre au jeu tout en ne maîtrisant pas l'entièreté du projet.
Grant Morrison ne caresse pas forcèment le lecteur dans le sens du poil et nul doute qu'on peut puisse taxer son travail d'hermétique, voire de prétentieux. Mais c'est aussi un objet unique, très personnel, qui sort des sentiers battus tout en jonglant avec les codes basiques des comics super-héroïques - personnages costumés aux pouvoirs et aux destins extraordinaires affrontant une menace d'envergure - le tout avec un sens de l'ambiguïté rare - car, au fond, on n'est jamais sûr que tout cela soit autre chose qu'une vaste farce pour l'auteur.
La récurrence des figures magiques dans le récit en donne la clé : on ne sait pas comment c'est fait, ni même si ça signifie quelque chose, mais on est souvent subjugué par ce livre fou, inclassable, déraisonnable.
La beauté du projet l'emporte sur sa qualité en définitive : si on cherche des sensations fortes, suivre ces Sept Soldats vous en garantit. On le lirait pas ça tous les jours mais la parenthèse est puissamment dépaysante ! 

jeudi 25 juin 2009

Critiques 64 : JUSTICE LEAGUE OF AMERICA 0 & TORNADO'S PATH, de Brad Meltzer et Ed Benes



Après avoir passé en revue tous les crossovers importants de DC depuis 1985, force est d'admettre que les cartes ont été amplement rebattues, pour le pire et/ou le meilleur. Quoiqu'il en soit, au terme de 52, la firme de Broadway avait le champ libre pour relancer au numéro 0 ses deux séries-phares (du moins celles dont les équipes de super-héros tenaient la vedette) : la JLA et la JSA.
Il est donc temps de voir ce que ces "relaunchs" ont donné, et je commencerai donc par le premier arc de la nouvelle JLA, inauguré par un curieux n°0...
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Justice League of America #0 a été publié par DC Comics en Juillet 2006, sur un scénario (ou plutôt un canevas) signé Brad Meltzer et illustré par plusieurs dessinateurs (dont je donnerai la liste complète à la fin de cet article).
Puisqu'il n'y a pas d'histoire à proprement parler dans ce numéro, mais plutôt une succession de séquences se déroulant dans le passé, le présent et le futur de l'équipe, passons tout de suite à l'analyse de l'ouvrage.
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Avec les bouleversements survenus à la fin d'Infinite Crisis, le retour de la JLA se devait d'être un évènement piloté par des auteurs à la hauteur. Une année s'était passée, dont les détails furent racontés dans l'hebdomadaire 52, et DC devait proposer une refonte du titre à la fois surprenante et accessible, respectant cependant le "bagage" de la continuité avec toutes les incarnations que connut son groupe de super-héros le plus fameux : synthèse périlleuse...
Relancer la Justice League of America avec une nouvelle équipe créative était un challenge difficile, pour ne pas dire impossible : des fans allaient forcèment râler, et rien n'assurait que de nouveaux lecteurs seraient séduits. Mais c'était aussi une opportunité de revitaliser le titre, en le purgeant de nombreuses scories, en osant emprunter une nouvelle direction, un nouveau casting.
En confiant cette tâche à Brad Meltzer, DC faisait le choix de la qualité et de l'audace : n'était-il pas l'homme qui avait réussi avec Identity Crisis à bousculer les conventions en rédigeant une histoire dérangeante mais à l'écriture soignée ?
Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, Meltzer a pris les chemins de traverse : dans ce numéro 0, c'est à un voyage au coeur de l'histoire de la JLA qu'il nous convie, un périple dont la "trinité" formée par Superman, Batman, et Wonder Woman sont les guides. A travers eux, nous allons revivre en une multitude de flashes des épisodes d'hier, d'aujourd'hui et même de demain, au moment même où ils se réunissent pour décider si leur équipe doit renaître de ses cendres - et avec qui, comme nous le révèlera Tornado's path.
Pour chaque période, Meltzer s'exprime via un de ces trois illustres personnages, avec leur sensibilité, leur vision des choses : qu'ont-ils retenu de toutes leurs aventures communes ? Et dans quelle mesure l'enseignement qu'ils vont en tirer va les inspirer ? Plus encore : quel avenir se dessine pour eux et la Ligue ?
On peut reprocher au scénariste, avec ce procédé, d'égarer le lecteur (a fortiori débutant) et de ne pas avoir (su choisir) un vrai point de vue. C'est particulièrement éloquent lorsque Meltzer nous montre d'hypothétiques scènes dans le futur, où l'on se demande s'il nous révèle de possibles et réelles histoires à venir ou s'il s'amuse simplement à nous lancer sur des pistes n'ayant aucune chance d'être exploitées. Les éditeurs de DC ne voient eux-même certainement pas aussi loin que Meltzer... Même si certaines scènes sont troublantes (ainsi, on devine qu'il arrivera malheur à Batman lors d'un dialogue entre Superman et Wonder Woman. Meltzer savait-il alors que Grant Morrison allait signer Batman R.I.P. ?).
Chacun appréciera (ou non) cet exercice d'anticipation...
En revanche, l'évocation du passé ponctuée par ce qui se passe aujourd'hui et ce qui a suscité la réunion de Superman et Wonder Woman dans la Batcave de Batman (la décision de ranimer la JLA et le choix de ses membres) est tout à fait plaisante : c'est exposé avec rythme, connaissance, souci de clarté, et l'entreprise permet d'apprécier la contribution d'une foule d'artistes très différents pour illustrer chaque époque. Tous ces dessinateurs ont effectué un formidable travail, certains recréant même le style des épisodes passés cités par Meltzer. Il se dégage de tout cela un étrange mélange de sentiments : nostalgie, excitation, expectative...
Si le but recherché était dee mettre l'eau à la bouche tout en adressant un clin d'oeil à la mythologie, c'est indéniablement réussi.
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Et comme promis, en conclusion, voici la liste des artistes crédités pour ce n°0 : Ed Benes, George Pérez, Jim Lee, J. H. Williams, Gene Ha, Dick Giordano, Eric Wight, Tony Harris, Kevin Maguire, Dan Jurgens, Howard Porter, Luke McDonnell, Rags Morales, Ethan Van Sciver and Phil Jimenez.
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Maintenant, place à l'action !

Justice League of America : Tornado's path est donc le premier récit, comptant 7 chapitres, mettant en scène la nouvelle muture de l'équipe. Le scénario a été écrit par Brad Meltzer et les dessins ont été réalisés par Ed Benes (encrés par Sandra Hope). Ce story-arc a été publié en 2006-2007 par DC Comics.
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La Bat-cave sert de décor à une réunion importante entre Batman, Superman et Wonder Woman : ceux-là même qui avaient dissous la Ligue de Justice (après Infinite Crisis) débattent de l'opportunité de la reformer puis de qui y intégrer. Chacun a ses favoris et ses arguments pour défendre ses candidats, le casting va être l'objet d'âpres négociations.
Diana vise l'efficacité et la complémentarité. Clark désire des membres motivés et aux aspirations nobles. Bruce privilégie la confiance (normal, après que ses "collègues" aient voulu le rendre amnésique suite à ce qui s'est passé dans Identity Crisis...).
Cependant, Roy Harper et Hal Jordan s'entretiennent de leurs projets lorsqu'ils sont interrompus par la bague de Green Lantern : Kathy, la compagne de Red Tornado, s’inquiète car l'androïde, sévèrement blessé mais normalement capable de se reconstruire, ne revient pas à lui aussi vite que d'habitude...
Par ailleurs, Jefferson Pierce, alias Black Lightning, mène l'enquête, en se faisant passer pour un émissaire de Lex Luthor, au sujet de la disparition inexpliquée et récente de plusieurs super-vilains - spécialement Plastique et l'Electrocuteur.
Celle qui pourrait le savoir est Vixen mais elle est justement piègée en allant à la rencontre de la Question ...
Dans l'ombre sont à l'oeuvre T.O. Morrow, l'inventeur de Red Tornado, qui s'est allié avec Felix Faust et Salomon Grundy. Et si Morrow est là, Amazo n'est pas loin non plus : la situation s'annonce explosive et la JLA n'attendra pas longtemps pour reprendre su service !
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Comme Red Tornado, la JLA est encore en pleine reconstruction et il faudra 7 épisodes à Brad Meltzer pour réassembler toutes les pièces d'une intrigue complexe mais, disons-le tout net et sans attendre, bien moins convaincante qu'Identity Crisis (qu'il considèra comme sa première histoire avec la JLA).
Si l'on cherche une analogie au processus de fabrication du récit ici proposé, c'est à une recette de cuisine qu'on pense : une pincée d'existentialisme chez Red Tornado, un peu de totem de Vixen, un zeste de magie de Felix Faust, quelques grains de savant fou façon T.O. Morrow, une pointe de mort-vivant avec Salomon Grundy, quelques gouttes de réplicant fou genre Amazo, le tout pimenté par les négociations du trio Batman-Wonder Woman-Superman, et le plat est prêt à être servi !
Mais le met est-il bon pour autant ? Pas autant qu'il aurait pu (dû ?)... En fait, Meltzer s'amuse avec le lecteur en ne lui donnant pas ce à quoi il s'attend - ce à quoi il était en droit d'attendre même. Finalement, c'est moins la refondation de l'équipe que des intrigues séparées mais se croisent qu'il s'agit : ces jonctions doivent former par la force des choses un groupe et un récit, mais si cette nouvelle Ligue comporte quelques bonnes surprises, ce dans quoi elle est embarquée est moins captivant à force d'être délayé.
Le lien entre tous ces évènements est l'androïde Red Tornado, décrit comme une version de Pinocchio... mais plus violente. Choisir d'axer l'histoire autour de ce héros de seconde zone n'est pas une option vraiment passionnante (à moins d'adorer le personnage). Ensuite, Meltzer, fidèle à sa réputation, ne ménage pas le lecteur avec des effets "gore" qui sont franchement complaisants ici. On a alors la désagréable impression qu'Authority s'est invité dans les pages de la JLA, comme si la parodie avait eu raison de l'original dont elle s'est inspirée - un comble !
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Le dessin détaillé et massif d'Ed Benes souligne cette tendance "dure" avec laquelle Meltzer traite son sujet. L'artiste brésilien est un bon artisan au style solide, dans la veine d'un Jim Lee, et il respecte fidèlement les directives du scénariste. Les amateurs de planches (souvent doubles) spectaculaires seront comblés, mais ceux qui préférent la fluidité et la finesse devront passer leur chemin.
J'ai en outre trouvé que Benes affichait des faiblesses préjudiciables dans ce type d'entreprises, incapable de varier le physique de ses héros et héroïnes - les premiers sont tous des armires à glace aux mâchoires carrées, les secondes des créatures pulpeuses aux poses exagérèment sexys. Le casting fourni de cette nouvelle Ligue souligne ces lacunes.
Lorsqu'on repense à l'association de Meltzer avec un graphiste bien plus complet comme Rags Moralès, la comparaison n'est pas favorable à Benes.
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Néanmoins, le scénariste a bien compris 5 points essentiels à une renaissance de la JLA comme équipe et comme titre :
- 1/ elle doit inclure les icônes du "DCverse",
- 2/ elle doit s'ouvrir à de nouvelles recrues,
- 3/ elle doit être intimement connectée à l'Univers DC,
- 4/ elle doit avoir des ennemis dignes d'elle,
- et 5/ elle doit savoir surprendre ses lecteurs.
A l'évidence, Meltzer aime ces personnages et écrire leurs aventures, mais justement cette affection l'empêche de rendre une copie plus satisfaisante et plus mesurée.
Le précédent "revival" de la JLA avait été dirigé par Grant Morrison et l'écossais s'était appuyé sur une formation plus classique mais aussi plus dense, celle des "big 7" – Superman, Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Flash, Martian Manhunter et Aquaman. L'équipe avait de l'allure et de la consistance car elle n'était composée que de héros icôniques.
Meltzer a converti le concept des "big 7" de Morrison en "big 3" : sa Ligue repose toute entière sur le trio emblèmatique Superman-Batman-Wonder Woman, qui, du coup, fait immanquablement de l'ombre au reste de l'équipe. On passe trop de temps à passer en revue tous les membres susceptibles d'intégrer la Ligue et pas assez à les voir en action. 7 épisodes, souvent long d'une trentaine de pages, avec d'abondants dialogues et des voix-off envahissantes, ont raison de notre patience.
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Même si ce n'est pas une mauvaise bande dessinée, ce recueil ne provoque pas une adhésion suffisante, à la fois compte tenu des enjeux d'un tel relaunch et des qualités de ses auteurs. Un départ aussi laborieux plombe une série, a fortiori quand elle doit être relancée, et c'est la raison pour laquelle, après le crossover avec la JSA qui suivit cet arc, je n'ai suivi que de loin le titre.