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jeudi 14 mars 2024

THE IMMORTAL THOR #8 (Al Ewing / Ibraim Roberson)


Où Thor a un entretien, musclé, avec sa mère Gaïa, en Norvège. Elle lui apprend comment la guerre entre les Titans a cessé avec la naissance de son premier fils et abouti à ce que les anciens dieux, comme Toranos se cachent jusqu'à ce qu'elles les libèrent récemment...


Commençons par la nouveauté de cet épisode : Martin Coccolo a eu besoin de souffler après avoir enchaîné sept épisodes d'affilée. On peut juger que ce n'est pas tant que ça mais aussi répondre que chaque artiste a son rythme et que, par les temps qui courent, sept épisodes de suite, ce n'est vraiment pas rien, surtout avec le niveau affiché par Coccolo.


Il est donc remplacé pour cette fois par Ibraim Roberson, et je dois dire que j'appréhendais un peu le résultat car je connais mal cet artiste. En vérifiant les archives de ce blog, la seule fois où j'ai pu apprécié son travail, c'était sur l'épisode 7 de Old Man Hwakeye où il suppléait Marco Checchetto. Et le résultat ne m'avait pas convaincu.


D'où ma surprise quand j'ai lu ces planches pour The Immortal Thor 8 où il est méconnaissable. Entre temps, son style a évolué, muri et n'a plus rien à voir avec ce que je connaissais. C'est d'une épatante qualité, avec une puissance ahurissante, qui correspond idéalement au contenu de ce numéro, qui convoque des scènes du passé très spectaculaires. Franchement, si Roberson doit rester le remplaçant de Coccolo chaque fois que ce dernier aura besoin de faire une pause, je signe tout de suite.


Depuis le début de ce nouvel arc narratif, après le premier qui mit en scène l'affrontement contre le terrifiant Toranos, Al Ewing a placé ses pions. Il existe d'anciens dieux qui menacent la Terre et Asgard (et l'ensemble des autres royaumes). Tornaos n'était en quelque sorte qu'un avant-goût. Mais où étaient passés ces anciens dieux ? Et pourquoi se manifestent-ils à nouveau maintenant ?

Les réponses à ces questions, le scénariste nous les fournit dans cet épisode dont on pouvait craindre qu'il soit basiquement et lourdement explicatif mais qui s'avère très épique en plus de clarifier les choses. On a aussi la confirmation que Ewing voit loin et surtout voit grand avec une intrigue sur le long terme, quelque chose qui prétend (et a toutes les chances de) rivaliser avec les histoires les plus grandioses de Kirby.

Visuellement, comme je l'ai dit plus haut, c'est tout à fait saisissant, à l'image de l'apparence effrayante de Gaïa, la mère de Thor. Quand elle explique à Thor ce qui est en train de se jouer et va continuer à de développer, on plonge dans une lointaine époque où les Titans s'affrontaient sans répit au mépris de la Terre, dont Gaïa est la gardienne, mais pour plaire au Démiurge, le créateur de toutes choses.

Thor n'est ni le seul, encore moins le premier fils de Gaïa, qui mit au monde Atum, dont la puissance mit fin au conflit des Titans (cela donne une idée de sa force), mais dont le double, Démogorgon, attend son heure dans l'ombre. L'émergence de ces deux créatures a motivé les anciens dieux à se cacher à Utgard comme le fit Utgard-Loki (rencontré dans le précédent épisode), dont la clé de la porte est la propriété de Gaïa. 

A partir de là, il n'est pas difficile de deviner qui a libéré Toranos récemment. Reste à comprendre pourquoi et je ne vais spoiler mais vous déduirez que ce qui se profile n'est pas très encourageant pour la Terre, ses habitants et Thor, qui en est le protecteur...

Ce qui est captivant, c'est que plus la série avance, plus elle se révèle et plus le lecteur prend conscience de son ampleur folle. C'est un procédé que maîtrise Al Ewing, comme il l'a prouvé dans Immortal Hulk, S.W.O.R.D., Les Gardiens de la Galaxie, X-Men Red (pas forcément de longues séries, mais des séries denses, qui ont profondément rebattu les cartes de certains personnages), où, à pas comptés, un ou plusieurs méchants complotent discrètement avant de lancer son assaut et mettre franchement en difficulté le(s) héros. Ainsi, si ce héros sort victorieux, son mérite et son prestige n'en seront que plus grands.

Pour réussir cet exercice narratif, il faut avoir des munitions et prendre le temps de les tirer, ce qui implique une progression dramatique parfois syncopée, où on accélère et décélère brusquement. Mais quand ça fonctionne, quand le lecteur est accroché, alors le spectacle est total, la jubilation éclatante. Et de ce point de vue, je trouve que The Immortal Thor est admirablement construit par un auteur qui sait où il va après des années où des auteurs semblaient surtout bâtir leurs runs par accumulation, par coups d'éclat, mais sans une direction aussi claire.

Pour moi, il ne fait donc guère de doute que The Immortal Thor ne va cesser de nous surprendre et en bien.

vendredi 1 mars 2024

THE IMMORTAL THOR #7 (Al Ewing / Martin Coccolo)


Thor et Loki poursuivent dans leur jeunesse leur exploration des confins d'Asgard. Et ils atteignent les portes d'Utgard. Utgard Loki les reçoit et les soumet à plusieurs épreuves pour savoir s'ils sont légitimes à visiter l'endroit...


Suite directe et même organique de l'épisode 6, ce septième chapitre de The Immortal Thor tire un peu en longueur, ne nous le cachons pas. On sent bien que Al Ewing veut poser des éléments pour le futur de son run, mais il le fait sur un rythme un peu trop tranquille qui peut ennuyer le lecteur.


Non pas qu'on que le résultat soit mauvais, notez-le, mais enfin, tout cela aurait pu (dû ?) tenir en un seul épisode. On a deviné depuis le premier arc qu'il existait une contrée nommée Utgard abritaant d'anciennes divinités qui incarnaient des doubles antérieurs à Thor (avec Toranos), maintenant Loki et sans doute Odin.


Je spoile un peu la fin de cet épisode, mais ça ne saurait gâcher ce qui arrive - et qui reste à définir. Pour l'instant, Toranos a constitué une menace agressive, Utgard-Loki est évidemment plus sournois, alors à quoi pourrait ressembler Utgard-Odin ? Un dieu des dieux colérique et impulsif, tyrannique et surpuissant ? Ou une sorte de guide aimable, détenteur de secrets sur les royaumes, leur origine, leur avenir ? Tout est possible et on peut faire confiance à Al Ewing pour ne pas livrer quelque chose de convenu.


Néanmoins, c'est évident, ces épreuves absurdes qu'inflige Utgard Loki aux jeunes Thor et Loki n'ont guère d'intérêt en soi. C'est bien la première fois que Al Ewing se laisse aller ainsi à écrire un scénario dispensable ou, du moins, répétitif, insistant, soulignant ce que tout le monde avait déjà intégré. Donc, oui, on est un peu déçu.

Paradoxalement, il existe dans cet épisode deux parties qui intriguent positivement, malgré la faiblesse de l'ensemble. D'abord, Ewing "tease" une discussion à venir entre Thor et sa mère Gaea et sur ce point, le scénariste balaie d'un revers de main décidé ce que Jason Aaron avait entretenu dans son propre run sur Thor puis ensuite sur Avengers, suggérant que Thor pouvait être le fruit des amours d'Odin et du Phénix.

Ensuite, et ai-je envie de dire surtout, Ewing a développé discrètement depuis quelques mois une sorte de subplot. Jusqu'à présent, je n'en ai pas parlé, mais le moment est venu de l'évoquer car cela devient difficile de le passer sous silence sans être trop allusif. Dans Avengers Inc., on apprenait que Skurge l'exécuteur avait réussi à s'échapper du Valhalla avec la complicité d'Odin pour y accomplir de sales besognes. Avengers Inc. ayant été entre temps annulé, Ewing a dû réviser ses plans qui, à terme certainement, devait dresser des passerelles entre ce titre et The Immortal Thor.

Skurge s'est allié à Amora l'enchanteresse, avec laquelle il a souvent fait affaire, et tous deux sont devenus les complices de Dario Agger / le Minotuaure (personnage utilisé par Jason Aaron dans son run). Mais Ewing a imaginé une chose assez folle : sur la Terre 616 de Marvel (où vivent donc les super héros), Agger est devenu propriétaire des éditions Marvel et donc il publie les aventures, entre autres de Thor en comics !

Cet aspect méta-textuel devient une partie importante du récit dans la mesure où les pérégrinations des jeunes Thor et Loki en Utgard sont lues par Agger dans le comic-book consacré à Thor. Mais à la nuance près que Amora y a injecté de sa magie, altérant visiblement le cours des événements. Et il semble bien qu'à terme le scénariste ait comme plan de créer des doubles de Thor, Loki et d'autres personnages réinventés par Roxxon-Marvel et qu'une bataille naisse entre les originaux et leurs copies !

Je trouve ça très culotté car c'est une manière à peine déguisée de la part de Ewing de se payer la tête de son propre éditeur (Roxxon étant assimilé à une entreprise capitaliste très agressive aux activités douteuses, l'associer à Marvel revient à dire que l'éditeur n'est lui-même pas très net). Entre Hickman qui réécrit le panthéon de Marvel dans G.O.D.S. et Ewing qui réfléchit à l'image même de l'éditeur, voilà deux auteurs qui creusent un sillon inattendu et insolent particulièrement vivifiant.

Visuellement, The Immortal Thor continue d'être un régal grâce à Martin Coccolo, dont les planches exaltent à la fois le côté le plus spectaculaire de l'histoire (avec le cadre grandiose de Utgard) et en même temps soigne l'expressivité des personnages, découpe l'action de manière dynamique. L'aspect à la fois mythologique de la série est magnifié par ce graphisme élégant et puissant, mais qui ne se contente pas de servir le script sagement et en épouse à l'occasion l'absurdité et la mise en abyme.

C'est décidément un run imprévisible et plus profond qu'il n'y paraît. Al Ewing, avec Martin Coccolo, redonne de belles couleurs au dieu du tonnerre de Marvel (ou de Roxxon ?).

jeudi 25 janvier 2024

THE IMMORTAL THOR #6 (Al Ewing / Martin Coccolo)


Le combat contre Toranos a fait comprendre à Thor que les anciens dieux sont une menace à prendre au sérieux. Il veut en parler à sa mère, Gaia, mais pour cela il doit s'y préparer. Loki lui raconte une de leurs premières aventures qui les avait emmenés aux confins d'Asgard...


Al Ewing entame ce deuxième arc de The Immortal Thor en continuant à combiner la mythologie du personnage et ce qu'il affronte au présent. On sent que le scénariste maîtrise son sujet et adresse en ce sens une vraie lettre d'amour à Jack Kirby, qui, sans verser retomber dans le débat consistant à trier ce qu'a créé Stan Lee ou son compère, est aujourd'hui unanimement reconnu comme le premier animateur du titre.


C'est donc un périple dans le mystère (Journey into Mystery) des origines de Thor mais aussi de Loki que Ewing nous entraîne. Il joue toujours sur l'ambiguïté des relations entre les deux demi-frères, comme il l'a fait depuis la relance de la série sous sa plume - Loki se présentant lui-même comme l'allié mais aussi le pire ennemi de Thor qui l'admet.


C'est donc un récit initiatique en bonne et due forme auquel on a droit aux confins de Asgard, censé instruire Thor avant qu'il ne s'entretienne avec sa mère, Gaia, seule à même de l'éclairer sur les plans des anciens dieux après l'attaque de Toranos. Ewing rédige des dialogues plein d'esprit : il met ainsi en évidence mais sans lourdeur le jeune Thor arrogant et qui malmenait Loki, lequel n'est pas dépeint comme un manipulateur mais plutôt comme un jeune homme craintif à cause de l'attitude de son demi-frère et de son père adoptif tout en se révélant plus intelligent.
  

C'est donc un récit initiatique en bonne et due forme auquel on a droit aux confins de Asgard, censé instruire Thor avant qu'il ne s'entretienne avec sa mère, Gaia, seule à même de l'éclairer sur les plans des anciens dieux après l'attaque de Toranos. Ewing rédige des dialogues plein d'esprit : il met ainsi en évidence mais sans lourdeur le jeune Thor arrogant et qui malmenait Loki, lequel n'est pas dépeint comme un manipulateur mais plutôt comme un jeune homme craintif à cause de l'attitude de son demi-frère et de son père adoptif tout en se révélant plus intelligent.

vendredi 15 décembre 2023

THE IMMORTAL THOR #5, de Al Ewing et Martin Coccolo


Ce cinquième épisode de The Immortal Thor conclut le premier arc de la série écrite par Al Ewing et dessinée par Martin Coccolo. Et c'est un vrai kif ! Ce run est parti sur les chapeaux de roues et en cinq numéros il s'est déjà passé énormément de choses. Le scénariste et son artiste ont redonné tout son lustre au dieu du tonnerre et ce n'est sûrement pas prêt de s'arrêter.


Face à Toranos, Thor, Loki, Jane la Valkyrie, Beta Ray Bill et Tornade déchaînent leurs forces augmentées par Mjolnir. Mais la bataille semble perdue quand le géant s'empare du marteau enchanté. Sauf que Thor a retenu les leçons de Loki et emploie alors la ruse pour faire la décision...


Bon sang ! Al Ewing est vraiment fort ! Même si le scénariste avance sans tambour ni trompettes, il se trompe rarement et construit à l'intérieur de l'univers Marvel une oeuvre des plus intelligentes et des plus efficaces. En la matière, c'est devenu un auteur sur qui on peut compter.


De tous ses projets, The Immortal Thor est sans doute actuellement le plus ambitieux car non seulement il se mesure à son propre run sur Immortal Hulk mais aussi parce qu'il passe après Donny Cates qui n'a pas franchement brillé pour animer le dieu du tonnerre (quand bien même, sur la fin, il n'a pas été en mesure d'achever dignement son run).


Pourtant, Ewing avance avec l'assurance des conteurs qui savent où ils vont et qui ont quelque chose à dire, un vrai projet. Dans ce domaine, il n'y a guère, chez Marvel, que Jonathan Hickman à qui il peut être comparé pour ce sens de l'anticipation mais aussi pour la maîtrise dont il fait preuve.

Sans vouloir en rajouter et être méchant, lorsqu'on a lu ce premier arc de The Immortal Thor, on voit la différence entre quelqu'un qui ne se contente pas de gagner du temps parce qu'il n'a pas l'air de savoir quoi raconter et comme Jeremy Adams sur Green Lantern et Ewing qui s'empare d'une série avec un plan solide et des épisodes bien remplis.

L'intrigue qui a vu Thor affronter Toranos n'est pas finie, c'est certain on entendra à nouveau parler d'autres titans de cette envergure. Le scénariste ne le cache pas : son intention n'est pas de revenir sur ce qu'a écrit avant lui Jason Aaron par exemple mais de traiter de front le Thor souverain et de lui opposer des problèmes dignes de son rang de nouveau Père-de-tout.

Dans cette optique, on saisit mieux pourquoi il a démarré aussi fort avec un adversaire aussi puissant. Ce qui ne veut pas dire qu'on va obligatoirement vers une surenchère divine, comme le suggèrent les fins de l'épisode précédent et de celui-ci, voyant le retour de deux anciens ennemis classiques de Thor.

Tout le talent de Ewing est de s'inscrire à la fois dans une tradition, de respecter un héritage, tout en faisant évoluer le héros, en l'éprouvant à hauteur de ce qu'il est devenu et sur lequel il ne compte donc pas revenir. En ce sens, son run poursuit ce que Aaron et même Cates ont apporté, mais à sa manière, sans servilité. L'utilisation du Corps des Thors illustre tout ça parfaitement, convoquant des seconds rôles qui ont une familiarité avec Thor et qui peuvent donc légitimement apparaître dans sa série.

Mais Ewing est aussi très fort dans sa manière de lier ses séries sans que le lecteur qui ne les suit pas toutes ne soit pas handicapé. Des mentions discrètes sont faites à X-Men Red (via Tornade et la guerre qui se déroule actuellement sur Arakko, positionnant dans le temps la série) mais aussi à Avengers Inc. (via le retour d'un des ennemis classiques). Tout reste compréhensible si on n'a pas lu l'une ou l'autre et en même temps cela tisse des liens entre les différents titres par le jeu de dettes que Thor a envers Tornade ou Jane la Valkyrie. C'est brillant.

Ewing a aussi la chance pour cette relance de Thor de profiter du talent émergeant de Martin Coccolo. L'artiste fait forte impression par sa rigueur dont il fait preuve, alignant cinq épisodes de haut vol. Son sens du grand spectacle ne trahit pas un seul instant le fait qu'il a finalement peu d'expérience à ce niveau. 

Mais surtout, comme son scénariste, il a su tirer profit à la fois de sa fraîcheur et de ses références. Il est impossible en admirant ses planches, colorisées magistralement par Matthew Wilson, de ne pas y voir du Olivier Coipel. Thor, sous le crayon de Coccolo, renoue avec le côté taurin qu'avait donné le français au dieu du tonnerre, plus force de la nature que body-builder. Mais cette influence n'est jamais écrasante car Coccolo a ses propres qualités, avec sans doute une exigence plus affirmé que son prédécesseur pour les décors.

Le découpage rend justice avec brio à la démonstration de force que met en scène cette bataille dont la démesure a quelque chose d'à la fois terrifiant et de magnifique, comme peut l'être un orage zébré d'éclairs. Je ne vois guère que Daniel Sampere sur Wonder Woman qui m'ait fait une si forte impression récemment en s'appropriant un personnage aussi iconique, sans doute parce que l'un comme l'autre ont un amour visible pour leur héros. Et du talent à revendre.

Quoiqu'il en soit, quand The Immortal Thor sera traduit en France, n'hésitez pas à le suivre : c'est éblouissant et jubilatoire. Vite, la suite !

vendredi 17 novembre 2023

THE IMMORTAL THOR #4, de Al Ewing et Martin Coccolo


Il y a parfois des couvertures trompeuses, mais celle-ci par Alex Ross ne ment pas au sujet du contenu de cet épisode de The Immortal Thor. Al Ewing et Martin Coccolo livrent un numéro qui sert un peu de transition entre les précédents, entièrement tournés vers le dieu du tonnerre, et la suite évidente, avec son nouveau combat contre Toranos. C'est superbe et avec deux dernières pages qui vont vous retourner le cerveau...


Thor a compris qu'il ne pourrait affronter à nouveau Toranos seul sans y risquer sa vie. Il décide donc de recruter et commence par Tornade. Mais celle-ci n'est pas ravie que le dieu du tonnerre l'ait arrachée à Arakko...


Il y a quelque chose de jouissif dans chaque épisode de The Immortal Thor, à commencer par ce sentiment que ses auteurs s'amusent eux-mêmes beaucoup avec leur série. Tout ça forme une sorte de boucle à l'intérieur de laquelle s'établit une complicité entre scénariste, dessinateur et lecteur.


Je doute que vous puissiez trouver quelqu'un qui ne ressente pas ça en lisant cette série. Ou alors ce sera quelqu'un de difficile. Mais que vous aimiez la dimension épique d'un personnage comme celui-ci ou que vous soyez plus sensible à la caractérisation, il y en a vraiment pour toutes les bouches.


Al Ewing a expliqué que si Immortal Hulk était un équivalent à l'Ancien Testament, alors il fallait considérer son plan pour The Immortal Thor comme le Nouveau Testament.

Dans cet épisode, on est clairement dans une forme de transition : il s'est déjà passé des actions d'envergure, avec l'apparition d'un antagoniste surpuissant (qui ne semble être que le premier d'une équipe), une victoire à l'arrache de Thor, un test de Loki envers son demi-frère. Mais la promesse affichée est que ce n'est vraiment que le début.

Donc, Al Ewing prépare le terrain et le lecteur en conséquence. Il nous a montrés que Thor ne suffisait pas, seul, contre Toranos. Il nous a aussi montré que Thor devait aiguiser de nouvelles armes en vue du match retour. Il nous montre cette fois qu'il doit avoir du soutien.

Un peu comme Gerry Duggan qui a lié Iron Man au destin des X-Men depuis Fall of X, Ewing décide de mêler celui de Tornade à celui de Thor. Ces deux-là se sont déjà croisés par le passé lors d'une célèbre histoire impliquant les mutants dans des guerres asgardiennes et au cours de laquelle Ororo Munroe prouva qu'elle était digne de brandir Mjolnir, le marteau magique.

Ewing est un des très rares auteurs à avoir su écrire Tornade depuis X-Men Red, alors que tant d'autres auparavant s'y sont cassés les dents. Lui a choisi de la représenter en majesté, mutante oméga explosive, leader intransigeante, voix de Sol, résidente d'Arakko. C'est indéniablement une des grandes réussites de l'âge de Krakoa.

Que Thor la veuille à ses côtés pour combattre Toranos relève de l'évidence, surtout que, dans un premier temps, Tornade n'est franchement pas ravie d'être convoquée. Une bagarre éclate entre Thor et elle et on mesure à quel point Ewing a refaçonné le personnage de la mutante pour en faire l'égale d'un dieu asgardien, qu'elle réussit presque à battre.

Comme je le disais en intro, la couverture d'Alex Ross résume parfaitement ce que contient ce numéro : c'est Mjolnir la vedette, qui, en passant entre plusieurs mains, va former le Corps des Thors. Le casting est idéal même si on peut aussi un peu lui reprocher d'être convenu : Beta Ray Bill, Loki, Jane Foster... Il ne manque guère que Throg, mais cela aurait sans doute donné une tonalité comique trop incongrue à un scénario qui ne veut pas s'éloigner trop de la gravité du moment. Toutefois, j'espère que, dans l'avenir, Ewing saura utiliser d'autres personnages asgardiens, comme Lady Sif (que je trouve désolant de circonscrire à son rôle de gardienne du Bifrost) ou Balder ou les Trois Guerriers...

Visuellement, en revanche, l'épisode conserve un cachet admirable. Les couleurs de Matt Wilson sont véritablement splendides et donnent au dessin de Martin Coccolo un esthétisme que peu de séries possèdent.

Coccolo se révèle de plus en plus comme un choix idéal pour cette série. Il était fait pour dessiner Thor et il ne ménage pas ses efforts pour nous en mettre plein la vue. Mais ce n'est pas que pour l'épate : son découpage est intelligent, ses images ont un vrai souffle et la valeur de ses plans comme la puissance de ses compositions attestent du fait qu'il a compris ce qu'il fallait pour ce héros et ses histoires.

Enfin, il y a ces deux dernières pages. Je n'en dirai rien, rassurez-vous, mais elles vont certainement vous surprendre autant que moi. On peut déjà phosphorer sur ce qu'elles veulent dire et ce que Ewing mijote. Mais c'est tellement fou que c'est aussi follement excitant.

Bref, The Immortal Thor, c'est un gros kif.

samedi 28 octobre 2023

THE IMMORTAL THOR #3, de Al Ewing et Martin Coccolo


Après deux premiers épisodes très mouvementés, Al Ewing casse le rythme de The Immortal Thor pour un chapitre plus posé, plus introspectif. On est d'abord dérouté puis séduit car ce n'est pas gratuit ni frustrant. De son côté Martin Coccolo a encore de quoi faire valoir son talent et prouver qu'il est parfaitement à sa place sur ce titre.


Thor se réveille, régénéré, après sa bataille épique contre Toranos. Loki lui apparaît et lui soumet une charade. Le dieu du tonnerre n'est pas d'humeur joueuse mais il est coincé sur une planète dont il ignore la position et se plie donc à l'exercice. Qui va le conduire à raisonner pour la suite à donner au défi qui l'attend...


Comme il s'était employé dans Loki : Agent of Asgard à nuancer le portrait du dieu de la malice pour révéler un personnage plus complexe que le demi-frère éternellement envieux de Thor, Al Ewing semble bien parti pour opérer de la même façon pour le dieu du tonnerre.


Souvent défini par sa grande puissance et son gabarit impressionnant autant que par son caractère impétueux, Thor fait un peu figure de héros aux gros bras, armé de son marteau, face à Loki qui, lui, compense par la ruse son manque de physique. Il est alors tentant de penser que Thor n'est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir.


Comment, dans ce cas, faire de Thor un personnage moins bête qu'il n'y paraît ? On peut rétorquer qu'un être aussi noble ne peut pas être un abruti, mais c'est un peu court. Alors Al Ewing décide de pousser à fond les caractères de Thor et de Loki pour montrer qu'ils ne sont pas tant opposés que complémentaires. Et si, en somme, Loki pouvait permettre à Thor de réfléchir avant de foncer tête baissée dans l'action ?

C'est précisément le message de cet épisode où le scénariste montre Thor vaincu par les efforts qu'il a déployés contre Toranos et contraint de se reposer. Lorsqu'il revient à lui, Loki l'a envoyé quelque part, il ne sait pas où, mais c'est un endroit qu'il ne connaît pas. Et ignorant donc s'il peut regagner la Terre ou Asgard à temps, après s'être énervé, Thor se résigne à y rester.

Car pour en partir, il doit répondre à une énigme posée par Loki. L'athlétique dieu du tonnerre ne peut résoudre ce problème par la force. Il accepte donc la défaite puis cogite. Les scène se suivent comme autant d'étapes vers la solution à partir d'indices subtils (un casque transformé en une lame de hache, un bâton taillé d'une manière minutieuse...). Le côté manuel est mis en pratique mais pour un exercice intellectuel.

Régulièrement Loki refait surface pour narguer Thor et on repense alors à la série de questions qu'il lui avait adressé dans l'épisode précédent (sur le fait de lui faire confiance comme frère, comme allié, comme ennemi). Thor est sur le gril et apprend aussi à résister à la tentation de régler avec ses poings et son marteau.

Quant enfin il trouve le réponse, logiquement, il revient là où il était avant de sombrer dans le sommeil, mais enrichi. Il sait désormais que la puissance ne suffira pas à vaincre Toranos. Il lui faudra être rusé (comme Loki) et entouré. Et le premier allié auquel il pense renvoie directement à une autre série actuellement écrite par Al Ewing (pas difficile à deviner...). Et, plus profondément, au lien qui attache Thor, Asgard, à cet allié... Mëme si la présence de Loki risque de rendre la tâche difficile.

Ewing est tout de même très fort. Peu de scénaristes comme lui ont ce talent et cette audace de lier tous les éléments d'une intrigue de façon aussi logique et fine et aussi de le faire aussi vite, en osant frustrer le lecteur qui veut surtout voir Thor en action, dans des scènes spectaculaires. Cette manière de faire évoque évidemment ce qu'il a accompli par ailleurs et suggère qu'il a un plan sur le long terme, mais on s'y engage en confiance car c'est maîtrisé. D'une certaine manière, Ewing comme Loki teste le lecteur et le pousse à franchir un obstacle pour une récompense de lecture.

Et comme en plus, une nouvelle fois, Ewing bénéficie d'un artiste à la mesure de son projet, il ne faut pas hésiter à plonger. Martin Coccolo rappelle bien entendu Coipel mais sait aussi de distinguer de l'ombre du français avec cet épisode plus méditatif. Les couleurs nuancées de Matt Wilson accompagnent magnifiquement ces ambiances.

Il nous régale avec des scènes dans un décor unique dont il tire merveilleusement parti en variant au maximum les angles de vue, les valeurs de plans. On a droit à des doubles pages denses mais composées de superbe façon, et pas une fois on ne trouve le temps long alors qu'on passe la majeure partie de l'épisode avec Thor seul sur une planète inhabitée. Un joli tour de force.

C'est peu dire que je suis enthousiaste : je suis conquis. Alors que des séries décompressent leur narration et semble en garder sous le pied, The Immortal Thor se projette et nous embarque grâce à un script remarquable et des illustrations superbes.

samedi 30 septembre 2023

THE IMMORTAL THOR #2, de Al Ewing et Martin Coccolo


Al Ewing et Martin Coccolo ont débuté leur run en beauté le mois dernier et The Immortal Thor ne déçoit pas sur ce deuxième épisode. La direction prise est épique et ambitieuse, conforme à la note d'intention du scénariste qui ne voit pas le dieu du tonnerre comme un super héros comme les autres.


Face à Toranos, le Thor d'Utgard, Thor est dépassé en puissance. Il doit au moins pour un temps l'éloigner pour réfléchir à la suite et donc faire preuve de malice. Ayant puisé dans l'OdinForce, il se retire sur la lune pour reprendre des forces mais Loki surgit et lui impose un nouveau test...


Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire Thor. Bien entendu, chacun appréciera la version de Al Ewing différemment , mais il faut reconnaître que le scénariste ne donne pas l'impression d'avoir accepté d'écrire le titre juste pour l'ajouter à son tableau de chasse (qui commence à être bien garni).
 

Je ne veux pas dire qu'avant lui Donny Cates a traité le personnage par-dessus la jambe, mais je n'avais tout simplement pas accroché à son run, et comme il n'est pas allé jusqu'au bout (bien malgré lui, puisqu'il a été victime d'un grave accident qui l'a tenu/ le tient toujours éloigné des comics), il y a un sentiment d'inachevé, presque de superficiel.


Avec Al Ewing, le propos est clair : il s'agir de revenir à la source, c'est-à-dire à Jack Kirby. Je n'écarte pas facilement Stan Lee de l'équation car je ne pense pas, comme beaucoup aujourd'hui, que le scénariste n'a fait que s'accaparer les mérites de ses collaborateurs. Néanmoins, Thor était le personnage favori de Kirby, sa passion pour la mythologie l'a alimenté, ce n'est pas une créature de Lee qui préférait les héros urbains et/ou issus de la science (même si elle était utilisée de manière fantaisiste).

Cette influence Kirby passe d'abord par l'esthétique et il est assez rigolo de lire dans la postface de cet épisode les commentaires d'Alex Ross, le cover-artist de la série, qui a été aussi sollicité comme character's designer. Je dis "rigolo" parce que quand Ross prétend avoir contribué au design de Thor, c'est grotesque : le costume est rigoureusement identique à l'original de Kirby, Ross n'a fait qu'imaginer ce qu'il appelle le "Thor incandescent" (c'est-à-dire quand Thor invoque l'OdinForce) et l'effet n'est rien d'autre qu'une reprise du pop-art appliqué au costume dans ce moment-là. En revanche, pour Toranos et l'Utgard-Loki, là, Ross a signé un vrai boulot (même si ce n'est pas son plus inventif).

Martin Coccolo évoque, lui, irrésistiblement Olivier Coipel dans sa manière de représenter Thor. Même si le français a finalement dessiné peu d'épisodes (une dizaine durant le run de J.M. Straczynski et cinq et demi avec Matt Fraction, plus l'event Siege et la mini Unworthy Thor - où il a été amplement suppléé par Pascal Alixe et Kim Jacinto), il a tout de même durablement marqué le personnage en lui donnant une allure, une carrure différente de ce que ses prédécesseurs avaient fait.

Coccolo conserve de Coipel le côté massif de Thor et une musculature moins sculpturale que les super héros traditionnels, qui ont souvent l'air de sortir d'une salle de sport. Alors qu'on pourrait penser que le retour du costume original (avec le casque ailé, le design simplifié) serait incongru, Coccolo prouve qu'au contraire c'est l'habit le plus élégant, le plus majestueux, le plus intemporel qui soit.

Par ailleurs, le script de cet épisode, qui se concentre surtout sur de l'action très spectaculaire, permet à Coccolo de montrer ce qu'il a dans le ventre. L'affrontement entre Thor et Toranos est vraiment grandiose, avec des éclairs monstrueux, l'ouverture de la porte du néant, l'arrivée sur la zone grise de la Lune, la transformation finale de Loki. Les doubles planches sont bluffantes, le lecteur en a pour son argent. J'aime aussi beaucoup la manière dont Coccolo dessine Loki, plus androgyne que jamais, plus jeune aussi, ce qui lui donne un côté innocent dont on se méfie naturellement.

Côté scénario donc, Ewing nous gratifie d'une baston en tout point colossale. La puissance affichée par Toranos montre bien au lecteur le niveau de dangerosité qu'il représente et si Thor, Asgard relèvent déjà d'un plan supérieur à l'humanité, alors une créature comme Toranos (et ses semblables) ont quelque chose de prodigieusement inquiétant pour la suite.

Le scénariste insiste beaucoup, dans son narratif en off ou dans les dialogues, sur la notion de test et c'est malin car opposer Thor à des adversaires puissants ne suffit pas/plus. Il faut que le lecteur ait conscience que pour un dieu, la difficulté se joue à un autre niveau et donc que c'est son statut divin qui est en jeu. Par exemple, les efforts consentis par Thor pour ne serait-ce qu'éloigner provisoirement Toranos aboutissent à une conséquence concrète : en puisant dans l'OdinForce, Thor sait qu'il s'expose au grand sommeil nécessaire pour se ressourcer. Il est donc épuisé et va défaillir. Or, c'est à ce moment précis que Loki l'éprouve en lui demandant sa confiance, y compris en tant qu'ennemi.

Ce dernier passage ouvre la voie sur le prochain épisode et achève d'accrocher (ou de perdre) le lecteur. Pour ma part, je suis totalement pris par cette histoire qui, aussi bien visuellement que narrativement, me ravit.

jeudi 24 août 2023

THE IMMORTAL THOR #1, de Al Ewing et Martin Coccolo

 

C'était un des lancements de série que j'attendais le plus : la reprise par Al Ewing et Martin Coccolo des aventures du dieu du tonnerre sous le titre The Immortal Thor. Après le run de Dinny Cates achevé par Torunn Gronnbeck, Marvel a préféré sans remettre à une valeur sûre parmi leurs auteurs et un talent prometteur. Une entrée en matière copieuse et prometteuse.



Après avoir repoussé une énième attaque des géants de glace, Thor comprend que Loki a négligé son trône dans le royaume de Jotunheim. Pour se faire pardonner, ce dernier reconstitue le Bifrost mais s'éclipse aussitôt après. Thor visite Midgard où une tempête le surprend. Mais il ne peut la repousser...


Après le (très) long passage de Jason Aaron sur le titre Thor, sa succession par Donny Cates m'avait laissé sur ma faim, jusqu'à ce que le scénariste cesse subitement de l'écrire. On a appris récemment qu'il avait été victime d'un grave accident de la route, expliquant ainsi pourquoi tous ses travaux (de commande ou en creator-owned) s'étaient arrêtés. Torunn Gronnbekk l'avait remplacé au pied levé sur Thor.


Marvel a donc logiquement cherché une valeur sûre pour relancer le titre et logiquement leur choix s'est porté sur Al Ewing qui, approché avant Cates, a eu le temps de réfléchir à son projet. Tout aussi naturellement, la série s'intitule The Immortal Thor, en référence à Immortal Hulk, précédent succès de Ewing.


Pour l'accompagner, l'éditeur mise sur Martin Coccolo, un artiste uruguayen, promu "stormbreaker" (ça ne s'invente pas)... Et qui avait justement mis en image un crossover Thor/Hulk écrit par Cates quand il était aux commandes des deux titres.

Mais pour parler de ce n°1, il faut sans doute commencer par la fin de l'épisode. Non, pas de spoiler, rassurez-vous : il s'agit ici de mentionner la postface d'Al Ewing.


Dans le texte qu'il a rédigé à la fin de ce premier épisode, Ewing revient sur sa jeunesse en Angleterre quand il a découvert les comics de super-héros. Un jour, il s'est procuré le troisième épisode de l'event Secret Wars de Jim Shooter et Mike Zeck, paru en 1985, et une scène l'a frappé. C'est celle qui figure sur la page ci-dessus, où, piégé sur la planète du Beyonder, les héros se sont réfugiés dans un bâtiment alors qu'à l'extérieur une super tempête fait rage. Un seul ose l'affronter : Thor, exultant face aux éléments déchaînés (ce qui fait penser à Mr. Fantastic qu'il entretient cette intempérie).

Comme le souligne Ewing, dans Secret Wars, Thor se distinguait des autres héros avec sa cape rouge, son marteau, son casque. Même Magneto reconnaissait qu'il était le seul à l'égaler en puissance. Surtout, c'est l'expression sur le visage de Thor qui a ému le futur scénariste : ce sourire réjoui face à la tempête, la puissance qu'il dégageait.

Presque quarante ans plus tard, Ewing a conservé cette image en tête et a voulu la reproduire : Thor n'est pas un super-héros comme les autres, ce n'est d'ailleurs pas un super-héros, c'est un dieu parmi les hommes, incroyablement fort, noble, sûr de lui, et pourtant aussi tourmenté, fils-héritier d'Odin le père de tout. Mais encore une fois, le Thor que voulait Ewing, c'était celui de Shooter Zeck : ce Thor qui souriait en bravant la tempête.

Il est même allé plus loin que ça en lui rendant le costume designé par Jack Kirby, son casque avec des ailes sur les tempes, Mjolnir intact. Ewing semble vouloir tourner une page et revenir aux fondamentaux : fini les relookings, les histoires de marteaux brisés, reconstitués, qui passent de main en main. Seul Thor Odinson est digne de brandir cette arme et fini l'esprit d'Odin enfermé dans le métal Uru. Rétrograde Ewing ?

Plutôt back to basics. Sans le dire, sans effacer ce qui a été fait avant lui ces dernières années, il affiche dans sa postface ses références : Kirby et Walter Simonson. Et c'est comme si, loin de revenir en arrière, on accordait une cure de jouvence au dieu du tonnerre. Pas besoin de réinventer, de changer l'apparence de ce qui fonctionnait depuis le début.

L'épisode est copieux : sa pagination généreuse (40 planches), des scènes à Asgard, la reformation du Bifrost, une intervention de Loki, l'apparition de Warriors Three, de Lady Sif, une visite à Midgard (la Terre, un adversaire impressionnant qui surgit, un complot dans l'ombre. On n'a pas le temps de souffler même si Ewing ne cherche pas à submerger le lecteur. Il l'invite plutôt à faire le tour du propriétaire, à reprendre ses marques, à l'embarquer dans ce qui s'annonce comme une intrigue épique. Et ce faisant il saisit parfaitement la singularité du personnage, le confronte à un défi de taille, nous accroche avec des mystères, opère des synthèses (son Loki est androgyne, comme si le Loki originel et Lady Loki avaient enfin adopté une forme définitive - là encore, la démarche est une sorte d'aboutissement pour Ewing, qui se présente comme un auteur queer, et qui a déjà auparavant écrit Loki dans Agent of Asgard puis les deux mini Defenders en jouant sur ces ambivalences identitaires et sexuelles).

Martin Coccolo avait du bon boulot sur le (grotesque) crossover Thor/Hulk de Cates, mais là, il franchit un nouveau palier. Visiblement il a eu le temps de travailler le personnage entre temps et pu prendre de l'avance sur la réalisation des épisodes. A voir s'il pourra enchaîner en maintenant cette qualité.

Mais il ne fait aucun doute que, si Ewing a puisé dans Kirby et Simonson, Coccolo, lui, est davantage inspiré par Olivier Coipel. Non pas qu'il imite le Thor taurin et massif du français, mais son trait est influencé par ce dernier. Comme il s'encre lui-même (comme de plus en plus d'artistes), il a la maitrise totale des images qu'il produit et il s'est investi pour sortir des planches démontrant son implication et son application.

Conformément au souhait d'Ewing, Thor apparaît comme un individu qui impose le respect immédiatement. La première scène contre le mage Skrymir le montre en action, sûr de lui, de sa force et de son statut de père de tout. Ensuite, son échange avec Loki souligne la complicité entre les deux demi-frères tout en suggérant que Loki reste cet être malicieux, trouble.

L'émerveillement de Thor devant le Bifrost reconstitué le rend plus attachant encore, presque enfantin. Quand il arrive sur Terre, Coccolo s'évertue à montrer le décalage entre ce colosse en costume et de simples quidams sans en faire quelqu'un de hautain, qui réclame la vénération des mortels. Juste avant que la super tempête ne le surprenne et que son adversaire ne se dévoile.

Les couleurs, superbement nuancées, de Matt Wilson rendent justice au travail graphique de Coccolo et achèvent de séduire un fan qui avait cessé de croire en un retour valable du personnage (à part la période avec Jane Foster durant le run de Aaron, je dois dire que ça faisait très longtemps que je n'avais pas pris un tel plaisir à relire Thor - sans doute pas depuis J.M. Straczynski et Olivier Coipel en fait).

Al Ewing a signé un run de 50 épisodes sur Immortal Hulk. Et j'ai l'impression qu'il a autant d'ambition pour ce The Immortal Thor. Si Martin Coccolo est aussi régulier que le fut Joe Bennett avec le géant vert, et que l'histoire suit, on est parti pour quelque chose de grand.