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lundi 3 juin 2019

DOOM PATROL (Saison 1) (DC Universe)


Après une apparition dans la série Titans, Doom Patrol a droit à sa propre série sur la plateforme de streaming DC Universe. Ces quinze épisodes sont la production la plus délirante produite dans le genre super-héroïque, quelque chose qu'on n'attendait pas de la part du showrunner Greg Berlanti (à qui on doit Arrow, Supergirl, Flash). Et si le résultat n'est pas sans défaut ni longueur, c'est pour se rattraper dans une bizarrerie vraiment audacieuse.

 Rita Farr/Elasti-girl et Ciff Steele/Robotman (April Bowlby et Brendan Fraser)

1948 : Eric Morden renonce à son corps physique pour acquérir l'omniscience grâce aux expériences pratiquées sur lui par des savants nazis réfugiés au Paraguay. 1988 : Cliff Steele est l'unique rescapé d'un accident de la circulation et il doit la vie sauve à la transplantation de son cerveau dans un corps de robot par le Pr. Niles Caulder. Celui-ci héberge d'autres patients comme Rita Farr, une ancienne actrice des années 50 ; Larry Trainor, un ex-pilote de l'USAF des années 60 ; et "Crazy" Jane, une schizophrène - tous doués de pouvoirs étranges suite à des accidents divers.

 Rita Farr/Elasti-girl, Larry Trainor/Negative man, Cliff Steele/Robotman et
Crazy Jane (April Bowlby, Brendan Fraser, Matt Bomer et Diane Guerrero)

L'équipe assiste bientôt à un événement spectaculaire dans la commune voisine de Cleverton quand Mr. Nobody (l'alias d'Eric Morden) ouvre un trou noir qui absorbe des bâtiments et le Chef Niles Caulder.

 Crazy Jane, Vic Stone/Cyborg et Robotman
(Diane Guerrero, Joivan Wade et Brendan Fraser)

Vic Stone/Cyborg, membre réserviste de la Justice League, arrive sur place et enquête en compagnie de Robotman (Steele), Negative man (Trainor), Elasti-girl (Farr) et Crazy Jane. Grâce à son équipement incorporé, il identifie Nobody comme la source du trou noir et remonte sa piste jusqu'au Paraguay. Crazy Jane s'y téléporte avec Negative man.

 Robotman, Cyborg, Crazy Jane, Negative man et Elasti-girl

Sur place, ils découvrent le laboratoire où les savants nazis ont transformé Morden. Negative man essaie de l'utiliser pour se débarrasser de la créature dont il est l'hôte, mais sans y parvenir. De retour, bredouilles, au manoir du Chef, l'équipe fait la connaissance de Willoughby Kipling, à la recherche d'un adolescent qui porte sur son corps les dernières lignes du Livre inachevé de la création.

 Le Recréateur et le Décréateur dans le ciel de Cleverton

Pour empêcher la destruction complète de Cleverton et du monde, l'équipe se sépare : Crazy Jane et Robotman se téléportent au royaume de Nurnheim, lieu du culte du Livre inachevé, pendant que le Chef convainc Mr. Nobody créént l'oeil du Recréateur pour affronter celui du Décréateur. Sous ls regards de Kipling, Cyborg, Negative man et Elasti-girl, la situation revient miraculeusement à la normale - mais Nobody garde le chef en otage.

 La première Doom Patrol

Blessé lors du duel entre Recréateur et Décréateur, Cyborg doit retourner chez son père, Silas Stone, pour subir des réparations. Manipulée par Nobody, Crazy Jane, fâchée avec Robotman durant leur séjour à Nurnheim, entraîne Negative man et Elasti-girl dans une pension où résident les premiers membres de la Doom Patrol, formée dans les années 50. Devenus fous suite à une première bataille contre Nobody, ils ont été abandonnés par le Chef. 

 Le Chef mérite-t-il d'être sauvé ?

Cette découverte bouleverse l'équipe qui s'interroge à présent sur le fait de sauver le Chef des griffes de Nobody. Cependant, le Bureau de la Normalité, qui traque les méta-humains, dépêche un de ses agents, Ernest Franklin, pour retrouver Niles Caulder. En prenant connaissance de son dossier, il apprend que celui-ci a trahi l'agence pour sauver une femme sauvage ayant échappé à la civilisation. 

 Dans la tête de Crazy Jane, avec Robotman

Karen, une des personnalités les plus capricieuses et puissantes de Crazy Jane, prend le dessus et impose au reste du groupe des mesures radicales pour la maîtriser. Profitant qu'elle soit k.o., Negative man transfère l'esprit de Robotman dans l'insconcient de son amie pour tenter de la raisonner. Elasti-girl et Cyborg veillent leurs trois partenaires endormis.

 Elasti-girl, Ernest Franklin et Cyborg (April Bowlby,
Tommy Snider et Joivan Wade)

Le séjour de Robotman dans la tête de Crazy Jane lui permet de mesurer ses troubles mentaux. Elasti-girl et Cyborg surprennent Ernest Franklin dans le manoir et l'interrogent. Ils apprennent l'existence de la Rue Danny, dotée d'une âme et du pouvoir de se cacher des agents du Bureau de la Normalité, par laquelle ils pourraient retrouver le Chef et Mr. Nobody.

 Elasti-girl et Negative man

Crazy Jane réussit à neutraliser la personnalité de Karen. Pour l'avoir aidée, elle se réconcilie avec Robotman. Elasti-girl remarque le trouble de Negative man, qui durant l'opération a revécu un épisode de son passé, lorsqu'il vivait une romance homosexuelle avec John Bowers, son mécanicien, dans la clandestinité. Elle le convainc de le revoir. 

 Cyborg et son père Silas Stone (Joivan Wade et Phil Morris)

Mis sous pression par Ernest Franklin lorsqu'il l'interrogeait, Cyborg a la certitude que son interface cybernétique prend progressivement le dessus sur lui. Il va s'en expliquer avec son père qui lui révèle les circonstances dramatiques à la suite desquelles il a été obligé avec Niles Caulder de la transformer pour qu'il survive à l'explosion du labo de sa mère. Negative man retrouve John Bowers en fin de vie et les deux anciens amants partagent un après-midi ensemble.

 Flex Mentallo, Negative man, Elasti-girl, Robotman et Crazy Jane
(Devan Long, Matt Bomer, April Bowlby, Brendan Fraser et Diane Guerrero)

Après avoir quitté son père, Cyborg retire la puce informatique qui active ses équipements cybernétiques. Il est alors capturé par un commando du Bureau de la Normalité. Silas Stone demande l'aide de l'équipe pour le sauver mais Negative man se montre réticent car il a servi de cobaye à cette agence après son accident. Néanmoins, il suit ses partenaires mais Silas les trahit en les échangeant contre son fils.

 Mr. Nobody et le Chef (Alan Tudyk et Timothy Dalton)

Pourtant, l'équipe avait anticipé ce revers et réussit à s'évader en sabotant tout le bâtiment du Bureau. Cyborg, abusé mentalement par Nobody, se retourne violemment contre son père et manque de le tuer. Ils libèrent également Flex Mentallo, détenu là après avoir couvert la fuite de la Rue Danny. Il les y conduit et sur place apprennent que le Chef est retenu par Nobody dans l'espace blanc, où ses pouvoirs sont infinis. Flex accepte de téléporter le groupe en territoire ennemi.

 Niles Caulder (Timothy Dalton)

Negative man, Elasti-girl, Robotman et Crazy Jane retrouvent le Chef. Cependant Cyborg, accablé par ce qu'il a infligé à son père, accepte de réactiver son iinterface cybernétique et d'aller aider la Doom Patrol dans l'espace blanc. Nobody peut alors donner le coup de grâce en forçant Caulder à avouer qu'il est responsable des accidents qui ont donné leurs pouvoirs aux membres du groupe.

La nouvelle Doom Patrol au complet

Il a fait cela en espérant découvrir un moyen de devenir immortel ou, à défaut, de détruire le Bureau de la Normalité qui, initialement, protégeait les méta-humains. Contre toute attente, les héros pardonnent leur Chef, ce qui frustre terriblement Nobody. Il lâche sur la Rue Danny le rat Wiskers et le cafard Ezekiel pour semer la désolation. L'équipe intervient efficacement et neutralise les deux bestioles apocalyptiques tout en réussissant à coincer Nobody dans une zone interdimensionnelle où il ne peut plus faire de mal. Il est temps de rentrer au Manoir en compagnie de la fille du Chef, qui était hébergée par Danny depuis des années.

Il est aisé de lister les défauts de Doom Patrol : avec quinze épisodes, au rythme très inégal (parfois même à l'intérieur d'un épisode, qui démarre mollement pour finir en boulet de canon), ses arcs narratifs entremêlés et aux délires sidérants (de l'absurde le plus raté à la comédie barjo la plus jouissive en passant par quelques séquences d'action foutraques), son méchant au mobile tardivement révélé, et ses libertés diverses avec les différentes versions du comic-book original, il y a de quoi faire et redire.

Mais il faut d'abord présenter ces curieux personnages, imaginés au début des années 60 par Arnold Drake, Bob Haney et le dessinateur Bruno Premiani (dont ce sera la seule BD notable, malgré un talent indéniable). la Doom Patrol naît chez DC Comics mais elle devra sa notoriété tardive à Marvel car Stan Lee s'en inspirera largement au moment de créer les X-Men. En effet, il s'agit, comme les fameux mutants, d'une bande de freaks contraints de vivre en marge de la société, pris en charge par le Chef, Niles Caulder, un savant multi-tâches en fauteuil roulant et cachant de sombres secrets.

Le plus ironique, c'est que la série Doom Patrol ne connaîtra jamais un grand succès, même si DC a multiplié les tentatives au fil des décennies pour en faire un titre populaire (seule la version écrite par Grant Morrison dans les années 90 aura un certain retentissement, et plus récemment son revival par Gerard Way dans le label "Young Animals"). Faut-il s'étonner dès lors qu'Arnold Drake rédigera quelques épisodes des X-Men quand Stan Lee était débordé ?

Warner bros. TV a donné chair à ces héros dans la série Titans diffusée il y a quelques mois, lors de l'épisode où Beast boy quittait le manoir pour accompagner Nightwing, Starfire et Raven dans leurs aventures. Mais entre temps, le casting a changé et le projet a gagné en épaisseur, pour dépasser le statut de simple spin-off.

Et c'est là que s'opère la véritable bascule, ce qui sauve littéralement Doom Patrol pour en faire un show certes imparfait mais franchement épatant, souvent jubilatoire, en tout cas unique et culotté - tellement qu'on lui pardonne tout ce qu'il ne réussit pas parce qu'il a le mérite d'essayer. On ne croyait pas possible une telle entreprise dans le format corseté des productions Warner, souvent désastreuses au cinéma et tout juste passables à la télé.

Résumer les épisodes, les péripéties de la série revient à n'en souligner que les aspects les plus grotesques et il est alors facile d'estimer tout cela comme un long nanar. Mais, si on joue le jeu, si on accepte la loufoquerie de l'ensemble, on pénètre dans une oeuvre étonnamment singulière, avec des thèmes inattendues, et même un méta-commentaire très poussé.

Le narrateur, par exemple, est le méchant de l'histoire et il présente le programme en insistant bien sur le fait qu'il en connaît d'avance le déroulement mais aussi le pathétique des acteurs, les péripéties "hénaurmes" - au point qu'à deux épisodes de la fin, Mr. Nobody dans l'espace blanc dont il est le dieu (et qui définit littéralement l'espace entre deux cases d'une planche de BD) met le feu au poster de la série en raillant les flash-backs larmoyants sur les origines de chaque membre de l'équipe et la manière dont il les altérés pour manipuler les héros pour tester leur force morale. Un ange passe.

Malgré le cynisme de Nobody, les parcours des membres de la Doom Patrol nous touchent, nous font rire aussi parfois, en tout cas nuancent très efficacement des personnages qui ont tous quelque chose à se reprocher et ne savent pas s'ils peuvent se racheter ou vivre avec leurs différences (encore moins vivre ensemble). Larry Trainor était un pilote de l'USAF impliqué dans la conquête spatiale mais surtout un homo honteux qui, après avoir été exposé à des rayons cosmiques lors d'un vol dessai, est l'hôte d'une créature qui le tourmente pour le forcer à accepter qui il est. Rita Farr était une actrice capricieuse et ambitieuse qu'un tournage en Afrique a transformé en véritable monstre de foire (son pouvoir dans la série télé diffère le plus de celui des comics où elle pouvait changer de taille et de forme). Cliff Steele était un coureur automobile et un mari infidèle doublé d'un mauvais père que le Chef a sauvé en en en faisant une boîte de conserve sur pattes, ce qui éprouvera son humilité. Quant à Crazy Jane, c'est un schizophrène dont les 67 personnalités ont toutes un pouvoir différent et qui ne souhaite pas vraiment se soigner tout en admettant que c'est un enfer à gérer.

L'addition de Cyborg est la seule faute de goût définitive du Show : le personnage n'a non seulement jamais fait partie de la série en comics, ne sert objectivement pas à grand-chose, fait même un peu doublon avec Robotman, et surtout prive le téléspectateur de plus de temps avec Flex Mentallo, le membre d'occasion le plus incroyable (et qui doit tout au génie de Grant Morrison), véritable clé narrative dans la dernière ligne droite.

Pour ma part, j'aurai apprécié qu'un peu plus de temps soit aussi accordé à la première Doom Patrol, même si l'épisode qui lui est consacré est remarquable.

Mais la série bénéficie d'une réalisation formidable, avec des effets spéciaux bien dosés et épatants. Le casting est parfait, même si de par l'aspect de leurs personnages respectifs, on voit peu Matt Bomer (Larry Trainor) et Brendan Fraser (Cliff Steele), à l'exception de scènes oniriques et de retours dans le passé (avant leurs accidents). April Bowlby est excellente, Diane Guerrero survoltée (un peu trop parfois), Devan Long plus vrai que nature en Flex Mentallo. Et si Timothy Dalton intervient davantage dans le dernier tiers de la saison, il est impeccable dans la peau du Chef, tout comme Alan Tudyk en Mr. Nobody.

Une chose est sûre : il n'y a qu'avec Doom Patrol que vous aurez droit à des héros voyageant à l'intérieur d'un âne, et rien que pour ça, ça vaut le détour !   

mardi 12 février 2019

YOU (Saison 1) (Netflix)


Autre gros succès récent sur Netflix, You, dont la deuxième saison est déjà en pré-production, est l'adaptation d'une série de romans écrite par Caroline Kepnes. Showrunner de plusieurs fueilletons de DC Comics/Warner Bros., Greg Berlanti en a tiré une première saison de dix épisodes avec Sera Gamble. Résultat : une romance perverse, centrée sur un pervers à la gueule d'ange... Ce qui a causé un gros malentendu  avec certaines téléspectatrices.

Guinevere Beck et Joe Goldberg (Elizabeth Lail et Penn Badgley)

Jeune gérant d'une librairie, Joe Goldberg fait la connaissance de Guinevere Beck (dîte "Beck"), étudiante en littérature, dans sa boutique. Il s'en éprend et s'informe sur elle grâce à Internet, localisant son adresse, identifiant ses amis et ses centres d'intérêt. Il la sauve d'une chute dans le métro alors qu'elle était ivre après une soirée trop arrosée et la ramène chez elle en taxi, où l'attend son petit ami, Benji. Joe a dérobé le téléphone de la jeune femme pour continuer à l'espionner.

 Joe et Benji (Penn Badgley et Lou Taylor Pucci)

Beni représentant le premier obstacle pour lui permettre de séduire Beck, Joe l'attire dans un traquenard et l'assomme pour l'enfermer dans une pièce isolée au sous-sol de la librairie. Cependant, Beck repousse les avances de son prof de littérature qui la sanctionne en lui retirant son poste d'assistante. Cela revient à la mettre à la rue et, sur le conseil de Joe, elle riposte en menaçant son enseignant de dénoncer sa conduite envers d'autres étudiantes. Joe, après lui avoir soutiré des infos supplémentaires sur Beck, se débarrasse de Benji en l'empoisonnant.

 Beck

Beck, plus motivée que jamais par Joe, intègre un programme spécial de jeunes auteurs et devient la rivale de Blythe. Joe, lui, brûle le cadavre de Benji dans une forêt et poursuit son enquête sur la vie privée de sa promise : il découvre, choqué,vexé, qu'elle accumule des aventures sans lendemain. Elle lui confie aussi que son père, un toxico, est mort. Attendri, il la réconforte et elle l'invite chez elle pour passer la nuit. Mais, trop excité, Joe ne parvient pas à la satisfaire sexuellement.

 Joe 

Toujours grâce au téléphone qu'il lui a volée, Joe apprend que Beck part en week-end avec un homme surnommé "le capitaine". Il la suit jusqu'à une bourgade qui fête Charles Dickens mais malgré sa filature discrète, elle le remarque et l'invite à déjeuner avec son père ("le capitaine"), qui n'est donc pas mort mais a refait sa vie avec une mégère qui veut couper les vivres à sa belle-fille. Soutenue par Joe, Beck lui donne une seconde chance au lit et il la saisit.  

 Joe

Alors que leur relation se solidifie, Joe entre en compétition avec la meilleure amie de Beck, Peach Salinger. Celle-ci présente à Guinevere un agent littéraire qui cherche surtout à coucher avec elle. Beck le repousse et tient Peach pour responsable. Joe en profite pour voler l'ordinateur de cette dernière et y trouve des centaines de photos intimes de Beck, confirmant l'homosexulaité de Salinger. Il suit celle-ci lors de son joggins dans Central Park et, dans un passage à l'abri des regards, la frappe sauvagement avec une pierre au crâne. 

 Peach Salinger (Shay Mitchell)

Mais Peach a survécu à cette agression et Beck la veille chez elle durant sa convalescence, au cours de laquelle Joe est prié de rester à l'écart. Les deux amies partent en week-end dans la maison de campagne des Salinger où Peach a aussi convié Raj, un ex de Beck. Joe les épie et assiste à un début de partie à trois, mais Guinevere s'éclipse à son grand soulagement. Tout comme, le lendemain matin, elle décide de rentrer en ville, reprochant à Peach ses manigances. Joe est ensuite surpris par Salinger qui lui tire dessus. Il la désarme et la tue en maquillant son meurtre en suicide.

 Le Dr. Nicky (John Stamos)

La mort de Peach bouleverse Beck et la pousse à reconsulter son psychothérapeute, le Dr. Nicky. Joe le voit aussi et se confie à lui sans lui dire qu'il est l'amant de Guinevere. Il pense plutôt qu'elle a une liaison avec le médecin, car elle est devenue distante et cachottière après avoir été maussade. Lorsqu'il l'interroge directement, la jeune femme nie d'abord puis avoue. Joe rompt aussitôt.

 Joe et Beck

Trois mois passent. Joe a refait sa vie avec Karen, sa voisine infirmière. Beck a décroché un contrat littéraire et son premier roman, inspiré par la mort de Peach, est un succès. En passant à sa librairie, elle et Joe découvrent qu'ils ont été réquisitionnés par Blythe et Ethan, le collègue de Goldberg, pour leur aménagement. A cette occassion, la complicité entre les anciens amants se renoue et ils couchent ensemble. Joe, ravi de cette nouvelle opportunité, quitte Karen. Mais celle-ci met ensuite Beck en garde en évoquant la disparition mystérieuse de l'ex de Joe, Candace.

 Joe et Beck

Troublée, Beck se met à enquêter et remonte la piste de Candace, jeune chanteuse en pleine ascension partie subitement en Italie après le suicide de son manager. Elle confronte Joe pour savoir ce qui s'est passé et il lui explique, preuves à l'appui, que Candace a simplement quitté l'Amérique pour l'Europe en changeant de nom et de carrière et, avant cela, leur couple sombrait déjà à cause d'ambitions divergentes. Rassurée, la jeune femme découvre peu après, par hasard, un coffret caché par Joe, dans lequel elle trouve son ancien téléphone, celui de Benji, des bijoux de Peach - autant de preuves accablantes.  

Joe et Beck

Joe la surprend et l'assomme. Il l'enferme à son tour dans la cage au sous-sol de la librairie, espérant qu'elle finira par comprendre qu'il a écarté tous les nuisibles pour qu'elle s'épanouisse auprès de lui. La famille Salinger a engagé un détective pour prouver que Peach a été assassinée et Joe est interrogé. Sa détention incite Beck à rédiger son histoire et, pour leurrer Joe, elle accable le Dr. Nicky, harceleur et meurtrier. Sensible à ce geste, Joe accepte de libérer Beck mais elle le frappe et tente de s'enfuir. Il la rattrape... Quatre mois plus tard, le témoignage posthume de Beck a conduit à l'arrestation de Nicky et lui vaut un nouveau succès en librairie. Une cliente entre dans la librairie, Joe la suit et se trouve face à Candace !

Dès les premiers instants du premier épisode, lors de la rencontre entre Joe et Beck, on sait que quelque chose cloche. La voix-off du jeune libraire nous a indiqués qu'il est un personnage pervers, malveillant, derrière son physique avenant. L'étudiante en littérature sur laquelle il vient de jeter son dévolu a l'allure d'une proie parfaite - même si on verra par la suite qu'elle est plus complexe que cela.

You joue donc la carte de la romance déviante et malgré la clarté de son intention initiale, cela n'a pas empêché cette série de provoquer une énorme malentendu au sein des téléspectatrices. Ce qui est à la fois savoureux et pathétique.

Penn Badgley, qui incarne avec un exquis mélange de suavité et de machiavélisme Joe Goldberg, a été révélé dans la série Gossip Girl, où il jouait le seul personnage non issu de cette jeunesse dorée de l'Upper East Side de New York. C'était alors un charmant outsider, d'autant plus sympathique qu'il encaissait les humiliations répétées de Blake Lively, superbe blonde richissime tiraillée entre ses sentiments et les codes de la haute société où elle était née.

Parce que Badgley est mignon et a l'air innocent, de jeunes fans féminines ont estimé que ses exactions dans la série méritaient l'indulgence, que Beck, Benji, Peach, Nicky méritaient ce qu'il leur infligeait. Incroyable. Mais en même temps...

En même temps, l'avoir casté pour tenir le premier rôle de You est une excellente idée : on lui donnerait le Bon Dieu sans confessions en effet. Il est beau, bienveillant, modeste... Une parfaite vitrine pour un caractère déréglé qu'on apprend à découvrir progressivement : en vérité, il s'agit d'un ancien ado en rupture de ban, recueilli par un libraire célibataire et sévère, qui n'a pas hésité à l'enfermer dans une cage de verre pour le forcer à lire les classiques de la littérature, respecter les livres, ne plus les voler pour les revendre, et réfléchir sur ce qu'il voulait devenir et la nature humaine en général.

Joe, désormais, est cultivé mais totalement pourri, exigeant un amour inconditionnel et prêt à tout pour l'obtenir, y compris à mentir, manipuler, torturer, tuer. Pourtant, il se préoccupe d'un gamin dont le beau-père les brutalise, lui et sa mère, en lui donnant de la lecture, un abri occasionnel. Peut-être voit-il dans le jeune Paco l'enfant innocent qu'il fut et qui risque de sombrer dans un environnement délétère... Ironie du sort : c'est une confidence émise sans prudence à Beck qui trahira Joe et fera découvrir à la jeune femme les preuves de la folie du libraire.

Tout le récit fonctionne, progresse ainsi, par incidents aux conséquences dramatiques, qui obligent Joe à improviser après de longues surveillances, de méticuleuses investigations. La même conclusion s'impose toujours à lui, radicale : pour posséder Beck tout en la poussant à s'épanouir, il lui faut éliminer les obstacles qui se dressent autant devant elle que devant lui - un petit ami indigne, une meilleure amie jalouse, un psy sans éthique. 

Malgré les horreurs qu'il commet, malgré son comportement déviant, Joe n'est pas toujours antipathique et c'est le tour de force du scénario de Greg Berlanti et Sera Gamble, d'après le roman de Caroline Kepnes. En effet, son passé difficile invite à une certaine indulgence, et Beck n'est pas non plus une oie blanche irrprochable : à la gentillesse de ce garçon, elle répond par de nouvelles liaisons sans lendemain puis par une infidélité caractérisée avec son thérapeute, quand elle ne le zappe pas au profit de Peach, cette garce manipulatrice (formidable Shay Mitchell).

Elizabeth Lail est une révélation dans le rôle de Guinevere : au début, on la considère comme une jolie plante un peu puérile et pathétiquement naïve. Qu'elle tombe dans les serres d'un prédateur sexuel est inévitable. Puis, subtilement, le portrait se nuance et le masque tombe pour dévoiler une jeune femme peu sûre d'elle, menteuse, qui a un besoin désespéré de reconnaissance et de réconfort. En nen faisant pas qu'une victime, la série montre que l'histoire de Joe et Beck n'est pas qu'une simple affaire de vilain garçon et de gentille fille. Beck précipite Joe dans un engrenage dément autant que Joe fait la preuve de son obsession délirante et de ses pulsions homicides.

Néanmoins, il serait faux de prétendre que You est exempt de défauts : la série accuse quelques baisses de rythme nettes et préjudiciables, puis cède à des invraisemblances dans la surenchère des événements. Des seconds rôles prometteurs sont vite relégués (Blythe), des pistes narratives aboutissent à des impasses bien pratiques (le flic qui surprend Joe près de chez Peach, le détective privé des Salinger, Ethan qui ne se doute jamais de rien), sans parler du personnage de Karen (une béquille scénaristique pratique mais sans substance).

Reste que la mécanique de l'intrigue est redoutablement efficace dans sa globalité, comme en attestent le sort réservé au Dr. Nicky (étonnant John Stamos en psy accro aux joints) ou la réapparition finale de Candace.

Si les auteurs corrigent quelques défauts et exploitent bien ce cliffhanger, sachant que Joe va s'intéresser dans la saison 2 à une jeune veuve, You promet de rester un divertissement sadique délectable.