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lundi 18 juillet 2022

SARA, de Garth Ennis et Steve Epting


Comme chaque Lundi, nous allons nous intéresser à un titre indé. Cette fois, j'ai choisi de vous parler d'un récit de guerre publié par TKO Studios, Sara, écrit par Garth Ennis et dessiné par Steve Epting, paru en 2018. Inspirée de faits réels, c'est une histoire particulièrement intense et poignante sur une page méconnue de la seconde guerre mondiale en union soviétique lors de la tentative d'invasion nazie.


Hiver 1942. Sara fait partie d'un bataillon de sept tireuses d'élite de l'armée soviétique. Elles partagent un camp avec des soldats masculins et sont surveillées par Raiss, commissaire politique chargée de diffuser la propagande mais aussi de signaler les éléments rebelles. Sara est une tireuse remarquable qui préfère manoeuvrer seule comme cette nuit où elle attend des ennemis allemands, perchée dans un arbre. Lorsqu'ils apparaissent enfin, elle sait attendre le moment opportun pour les abattre sans leur laisser de chance. Elle rentre à la base où le major désigne une nouvelle cible en la personne d'un colonel nazi venu remobiliser ses troupes.


Sara se souvient de son recrutement et de sa formation. Elle était sous les ordres de Valery Zelenkov, un sniper expérimenté, dont elle a appris la mort ensuite sur le champ d'honneur. Il ne lui a pas seulement enseignée à se servir d'un fusil mais surtout à déshumaniser ses adversaires pour être plus implacable. C'était un homme dur mais respectueux face aux progrès de ses élèves. Aujourd'hui, alors qu'avec ses camarades, elle part pour une nouvelle mission en forêt, les soldats russes plaisantent en les croisant. Sauf quand il s'agit de Sara que sa réputation précéde.
 

Les filles doivent donc rejoindre un régiment d'artillerie. mais une fois sur place, elles découvrent que les allemands sont déjà là et ont abattu leurs camarades. Assaillies par plus nombreux et mieux armés qu'elles, elles résisitent mais enregistrent une perte. Sara parvient à prendre le contrôle d'une mitrailleuse sur un tank et gagne du temps avant l'arrivée de renforts. Elle se rappelle d'une discusssion avec un gradé à qui elle avait demandé des nouvelles de sa famille et qui lui avait appris que le village où ils vivaient avait été rasé par les nazis. Raisa félicité les filles pour avoir réussi à tenir le coup jusqu'à l'intervention des tanks russes.


La publication de leur exploit contre les allemands fait l'objet d'un article dans la presse, ce qui déplaît à Sara, quisait que cela va motiver encore plus leurs ennemis et leur permettre de les indentifier plus facilement. Rina conseille à Sara de rester prudente avec Raisa. Une opération de nuit tourne à la débacle et les filles doivent se retrancher pour en aviser le capitaine. Celui-ci se sacrifie pour leur donner le temps de fuir avant un bombardement. De retour à la base, le commissaire Kovalenko les remotive mais il est alors abattu par un tir de sniper.
 

Le major explique aux filles que leurs coups d'éclat, et ceux de Sara en particulier, surnommée par les allemands "la chienne rouge", leur valent un nouvel adversaire. Il s'agit d'un sniper redoutable qui les défie ouvertement et remonte le moral de ses frères d'armes. C'est lui qui a tué le commissaire Kovalenko, et Raisa veut  qu'il soit tué. L'équipe des tireuses doit manoeuvrer à découvert pour piéger des allemands et leur sniper. Mais la présence d'un avion de reconnaissance ennemi les olbige à prendre des risques inconsidérés et plusieurs d'entre elles meurent sous les balles et les bombes ennemies. Sara comprend qu'elle doit débusquer seul son rival avant que ses "soeurs" ne soient ses victimes.


Depuis qu'elles se connaissent, Rina et Sara ont toujours entretenu une relation conflictuelle, dûe à leurs forts caractères. Mais les compétences de Sara sont respectées par Rina qui cherche surtout à comprendre le malaise de sa camarade. sara lui raconte comment, lors d'une remise de décoration par Staline, elle a surpris une conversation au sujet du village de sa famille, rasé non pas par les nazis mais par les russes pour tester la loyauté des habitants en cas d'attaque ennemie. A la nuit tombée, alors que ses "soeurs" dorment, Sara file traquer le sniper...

Je ne suis pas friand des récits de guerre, et avec la guerre en Ukraine actuellement, il faut tomber sur une histoire vraiment exceptionnelle pour encore avoir de l'appétit pour se plonger dans ce genre. Mais, à la vérité, j'ai lu Sara pour la première fois il y a près de deux ans lors de sa parution en français chez Panini Comics, l'album m'ayant été offert pour Noël.

Publiée à l'origine par TKO Studios , une maison dont je ne connaissais rien sinon qu'elle était récente (fondée en 2017) et spécialisée dans les mini-séries, Sara bénéficie d'une équiope créative de premier plan avec le scénariste Garth Ennis (The Punisher) et le dessinateur Steve Epting (Captain America) sans oublier la coloriste Elizabeth Breitweiser. C'est un récit complet en six chapitres, que son auteur lui-même considère comme son meilleur travail.

Il faut dire que Garth Ennis est un spécialiste de ce genre de fiction s'appuyant sur des faits réels. Il ne transige pas avec la reconstitution historique et vous pouvez être sûr que tout, absolument tout, est authentique, des armes aux lieux en passant par les uniformes et le contexte. Cette exigence est manifeste dans Sara, qui prend sa source dans la vie de Lioudmila Pavlitchenko, une tireuse d'élite surnommée "Lady Death", et à qui on a attribuée plus de 300 soldats nazis abattus.

Ennis revient donc sur la campagne allemande en union soviétique lors de l'hiver 1942. Des femmes étaient alors recrutées par l'armée pour soutneir l'effort de guerre à divers niveaux, et certaines devinrent snipers. Le scénariste souligne qu'elles n'avaient pas d'équivalents masculins, même si, lors su siège de Leningrad, on sait que des tireurs délite russes bataillèrent avec leurs rivaux allemands (ceci avait d'ailleurs inspiré l'ultime script de Sergio Leone qui voulut en tirer un long métrage - projet longtemps après concrétisé par Jean-Jacques Annaud).

Mais ici, le cadre n'est pas urbain, on suit ces femmes en mission dans des forêts apr un hiver glacial. Entre elles, aucun esprit de compétition, plutôt un esprit de ruche, une solidarité à toute épreuve. Sur leur passé, Ennis en dit peu, se concentrant sur Sara dont on apprendra dans quelles circonstances elle fut formée par un sniper expérimenté et intransigeant, mais aussi mue par un malaise remontant à une duperie de son état-major, découverte lors d'une remise de médaille par Joseph Staline. Celle qui pensait que sa famille avait été exterminée par des nazis et s'était depuis juré de tous les tuer racontera avoir surpris une discussion entre gradés au sujet du massacre de villageois par l'armée russe afin de tester leur loyauté à la Mère Patrie face à l'ennemi.

Cette scène est d'une puissance émotionnelle bouleversante, exposant toute la cruauté du régime soviétique. Comme son professeur lui avait enseigné à déshumaniser ses cibles, Sara est devenue une tueuse désenchantée, méprisant la commissaire politique Raisa, quitte à éveiller ses oupçons et à passer pour une rebelle comme son amie Rina la met en garde.

Le récit progresse en ligne droite, ponctuée par des flashbacks brefs et acérés. Parfois Ennis s'autorise une pointe d'humour noir, notamment avec le personnage de Vera qui assiste les hommes lors des interrogatoires de prisonniers et campe la figure la plus maternelle du groupe. Les missions sont décrites avec précision eet montrent le danger constant, appuie sur la notion de sacrifice, le fait que ces femmes sont de la chair en canon envoyées pour préparer les grandes manoeuvres. Habillées avec des combinaisoons blanches pour passer inaperçues dans les forêts et les plaines enneigées, elles ressemblent presque à des nonnes, virginales, et fatales à la fois.

Steve Epting illustre cette histoire de manière magistrale, est-ce besoin de le préciser. La carrière de ce désormais vétéran des comics, entamée dans les années 90, et marquée par les figures classiques comme John Buscema mais aussi John Bellamy, a connu son point culminant avec son run sur Captain America, alors écrit par Ed Brubaker. Depuis, toutefois, il semble ne plus se fixer sur un titre ou un éditeur, oeuvrant chez DC, mais aussi chez des indépendants.

Avec Ennis, il retrouve un partenaire à sa mesure, dont il a visiblement envie de servir le script avec toute sa technique. On a plaisir à lire ces planches souvent renversantes, à la fluidité narrative impressionnante, avec des jeux d'ombre et de lumière que les couleurs d'Elizabeth Breitweiser mettent comme nul autre en valeur (ils avaient déjà collaboré sur Velvet de Ed Brubaker).

Mais l'art d'Epting est en quelque sorte trop beau pour être remarqué à sa juste mesure. Car tout a l'air si simple, si classique, qu'on ne remarque pas forcément les efforts déployés pour accompagner si bien kle récit. Comme un musicien virtuose, Epting joue la partition à la perfection et le lecteur peut prendre cela pour quelque chose de normal, alors que c'est le produit d'une technique et d'une expérience à leur pic.

Epting sait, comme peu de ses pairs, mettre en scène des pages où rien ne se passe, lorsque Sara attend le bon moment pour exécuter ses cibles, perchée dans un arbre. De la même manière, son dessin naturaliste, descriptif nous invite dans la baraque des filles et on croirait y être à leurs côtés, chaque détail est saissisant, avec les couchettes rudimentaires, le feu qui craque, la lampe à huile suspendue, la table en bois massif, les bancs, le miroir troublé. Quand il s'agit de représenter des équipements, comme les chars d'assaut ou les fusils, Epting montre qu'il s'est documenté pour que ses images correspondent plus que parfaitement à la réalité exigée par Ennis. C'est vraiment impressionnant.

Mais les deux partenaires se surpassent dans les deux derniers chapitres avec la menace d'un sniper dans les rangs ennemis et le fait que Sara est devenue la femme à abattre (quand bien même elle explique à ses "soeurs" que ses exploits rejaillissent sur toute leur compagnie et les exposent autant qu'elle). Sara comprend alors qu'elle doit aller chercher cet adversaire, seule, pour protéger ses amies et démoraliser les nazis, requinqués. Il serait criminel de dévoiler le dénouement mais l'issue de cet affrontement tient toutes ses promesses et la dernière page de la série nous laisse sur une note terrible, captée par une pleine page somptueuse.

Sara est un chef d'oeuvre, une mini-série effectivement magistrale, le sommet de son scénariste (même si je connais peu son travail, n'ayant jamais apprécié The Boys ou The Preacher, mais ayant adoré son Fury Max avec Goran Parlov, transcendé par un artiste sensationnel.

jeudi 23 mai 2019

ACTION COMICS #1011, de Brian Michael Bendis et Steve Epting


On y est : avec ce mille onzième épisode d'Action Comics, Brian Michael Bendis a achevé la mise en place de sa saga Event Leviathan, qui démarrera le mois prochain pour six numéros (dessinés par Alex Maleev). En compagnie de Steve Epting, le scénariste captive avec cette intrigue parano et décalée pour Superman.


Metropolis. Kate Spencer est réveillée par l'intervention musclée de la brigade spéciale de Kate Sawyer, venue l'arrêter pour l'empoisonnement de Bones, directeur du DEO. Elle réussit à s'échapper, vêtue de son costume de Manhunter.


Londres. Le Tigre de Kandahar remet à Lois Lane un dossier contenant toutes les informations collectées par l'agence Spyral sur le Leviathan et lui demande de les publier pour préparer la riposte.


Gotham. Superman et Lois s'entretiennent avec Huntress, ancienne matronne de Spyral, qui les prévient que la parution des dossiers de Spyral risque de créer un bouleversement sans précédent. Mais face au Leviathan, quel autre choix ?


Metropolis. Un homme visite Jim Harper, le Golden Guardian, hospitalisé après avoir été vaincu par Red Cloud. Il se voit offrir d'intégrer Leviathan pour préparer la suite de la révolution en marche.


Forteresse de Solitude. Jimmy Olsen informe Superman et Lois de la fuite d'Amanda Waller après qu'il l'ait accusée d'être à la tête de Leviathan. Superman comprend que l'organisation ne détruit pas des bâtiments mais les téléporte avec leurs occupants. Où, pourquoi, et après ?

La série Superman est en vérité, à la lumière de la lecture d'Action Comics, un plaisir immédiat et classique, riche en baston, en grand spectacle, du pur super-héroïsme. En revanche, avec l'autre titre "historique" consacré à l'homme d'acier, Brian Michael Bendis s'inscrit dans un autre registre, une toute autre atmosphère, qui va donc aboutir le mois prochain à son premier event pour DC.

Car depuis onze mois, Bendis aura patiemment pavé le terrain pour Event Leviathan. Le premier arc d'Action Comics sur la mafia invisible de Metropolis était un amuse-bouche avant que ne surgisse Leviathan, dont les mobiles deviennent plus clairs. Il ne s'agit pas simplement d'une organisation qui détruit des quartiers généraux gouvernementaux ou terroristes : comme on l'a appris dans le numéro spécial Year of the Villain et dans cet épisode, le but est d'instaurer un ordre nouveau, débarrassé des officines d'espionnage, de contre espionnage et d'institutions criminelles.

Une sorte d'opération "tabula rasa" donc et que l'agence Spyral surveillait. Mais de manière encore plus complexe car Superman devine, comme se le demandait la Question, que les corps n'ont pas été détruits, les preuves désintégrées : tout a été déplacé, ailleurs. Dans quel but ? C'est ce qui demeure inexpliqué.

En multipliant les décors (Metropolis, Londres, Gotham, la forteresse de solitude), Bendis insiste sur la dimension mondiale de la menace. Comme à chaque ville correspond un ou plusieurs personnages, il positionne les résistants, parfois engagés malgré eux dans cette affaire - Kate Spencer (dont l'identité a été usurpée par Talia Al Ghul) est obligée de prendre le maquis, la Question veille sur Sam Lane, le Golden Guardian est sur le point de basculer. Batgirl et Green Arrow ont été vus dans Year of the Villain, Batman en sera aussi, Plastic Man également. Et Lois Lane ne va pas être en reste.

Pour Steve Epting, c'est la quille : j'aurai aimé qu'il reste plus longtemps sur la série car son travail est une fois encore impeccable, parfaitement approprié à ce genre d'histoire. J'espère en tout cas qu'on le reverra très vite sur un autre titre. Action Comics est gâté graphiquement depuis le début, mais il gagnerait à avoir comme Superman un artiste régulier.

Plus que jamais, les aventures de Superman sont passionnantes.      
La variant cover de Francis Manapul.

jeudi 25 avril 2019

ACTION COMICS #1010, de Brian Michael Bendis et Steve Epting


Brian Michael Bendis, neuf mois après son arrivée sur le titre, continue à mettre en place les fondations de son Event Leviathan (début en Juin) dans les pages d'Action Comics. Bien aidé par Steve Epting, jamais meilleur que dans ce type de récit, le scénariste orchestre magistralement une conspiration spectaculaire dans laquelle Superman change subtilement de registre.


Sous les ruine du siège du D.E.O., Bones, le directeur de l'agence détruite, reçoit la visite de Kate Spencer, avocate, venue préparer sa défense. Les médias, en effet, s'interrogent sur la possibilité que Leviathan soit une des officines gouvernementales détournée de sa mission.
  

Mais Bones devine le piège et sait qu'il ne parle pas à Kate Spencer mais Talia Al Ghul. Elle quitte l'abri souterrain en avertissant qu'on a voulu empoisonner le directeur et s'éclipse sans avoir identifiée.


A la Forteresse de Solitude, Amanda Waller compose avec la présence de Jimmy Olsen. Il la soupçonne d'être à la tête de Leviathan et d'avoir piégé Superman pour infiltrer son repaire.


Londres. Sous les fausses identités de Chaz et Andi, agents de l'organisation Spyral, Superman et Lois Lane rencontrent le Tigre de Kandahar, responsable de cette officine chargée de surveiller les méta-humains, et très méfiant.


La conversation est abrégée par l'arrivée de la créature responsable des destructions des agences. Superman agit en l'éloignant et survit à son implosion. Mais quand il redescend dans la rue, Lois a disparu avec le Tigre.

A mesure que cet arc narratif progresse, on observe deux choses : la première est qu'il se distingue du premier (The inivisble mafia) par le traitement de l'intrigue et des scènes d'action plus clairsemées ; et ensuite que chaque chapitre (on en est au quatrième) révèle une progression dans la nébuleuse des agences gouvernementales cibles du Leviathan.

Bendis a visiblement potassé son sujet puisque le DCU est bien garni en officines d'espionnage divers. Ce mois-ci, on aborde Spyral, popularisée lors de la série Grayson (par Tom King, Tim Seeley et Mikel Janin, à partir de 2011), et dont la mission est justement de surveiller les super-héros. Cette agence a connu bien des péripéties internes (son chef était un traître, puis Helena Bertinelli/Huntress en a pris la tête, avant de laisser la direction au Tigre de Kandahar), mais elle n'a pas encore été attaquée. Et si Spyral était la couverture du Leviathan (comme l'avance Lois Lane) ?

Avant cela, le scénariste montre une nouvelle manoeuvre de Talia Al Ghul, principale suspecte dans ces affaires de terrorisme, puisqu'elle a été la patronne d'une organisation du nom de Leviathan (exploitée par Grant Morrison, notamment dans sa série Batman, inc.). Visiblement, elle cherche des alliés pour se dédouaner mais aussi arrêter les attentats - on l'a donc spolié. Mais en bonne tueuse, elle n'hésite pas à se débarrasser de quiconque refuse sa main tendue ou la menace à son tour.

Et si c'était la machiavélique Amanda Waller qui manigançait tout depuis le début ? C'est que pense Jimmy Olsen en la photographiant dans la Forteresse de Solitude où Superman les a mis à l'abri - un endroit parfait pour pièger l'homme d'acier.

Bendis sème habilement le doute et ainsi teinte l'aventure de mystère, la baigne dans les barbouzeries des espions : une nouveauté pour Superman, héros spectaculaire (comme la série à son nom, écrite par le même Bendis, le prouve) qu'on n'attend pas dans ce genre d'histoire. Mais précisèment, c'est ce qui rend la lecture jubilatoire : la bienveillance naturelle du kryptonien est éprouvée au contact de ces manoeuvres de coulisses.

Steve Epting a désormais la série bien en main - au point qu'on regrette déjà de le voir partir à la fin de cet arc. Familier de ces ambiances entre chien et loup (depuis ses collaborations fructueuses avec Ed Brubaker, qu'on aurait bien vu élaborer une telle intrigue), il produit des planches superbes.

Avec un artiste de ce niveau, un dialogue révèle toute sa tension, même si les protagonistes ne se lèvent pas de leur chaise, ou que l'échange se déroule dans un magasin qui sert de façade à une agence d'espionnage. 

Les confrontations entre Bones et Talia (déguisée en Kate Spencer - ce qui annonce le retour de Manhunter, version Marc Andreyko) ; Waller et Olsen ; Superman, Lois et le Tigre deviennent des moments intenses, plus palpitants que l'intervention finale de l'homme d'acier contre le destructeur.

En route pour une saga qui s'annonce captivante, ces épisodes d'Action Comics sont un régal.
  
La variant cover de Francis Manapul.

jeudi 28 mars 2019

ACTION COMICS #1009, de Brian Michael Bendis et Steve Epting


Alors que cette semaine paraît le millième numéro de Detective Comics (je vous en parlerai bientôt), Action Comics poursuit sa marche vers la saga Leviathan, qui débutera en Juin. Brian Michael Bendis a préparé son coup depuis sa reprise en main du titre historique des aventures de Superman et le programme s'annonce très prometteur. Surtout qu'il bénéficie de la contribution inspirée de Steve Epting, comme un poisson dans l'eau dans ce genre de récit.


La Forteresse de Solitude de Superman est devenue la cellule de crise du moment : plusieurs organisations, gouvernementales et terroristes, ont subi des attentats commis par Leviathan, la société secrète de Talia Al Ghul.


Superman a conduit Lois Lane, Amanda Waller et Jimmy Olsen dans son repaire pour faire le point. Waller a survécu à la dernière attaque en compagnie du père de Lois, mais sans pouvoir identifier l'auteur.


Avant d'avertir la journaliste et Clark Kent (dont elle connaît la double identité), elle a fait hospitaliser le père de Lois. Superman part s'assurer qu'il va bien et s'occuper de quelques autres choses en route.


Dans la chambre de Sam Lane, il trouve la Question, également en train d'investiguer sur Leviathan. Il est troublé par le fait que dans tous les immeubles détruits on ne trouve aucun cadavre. Superman lui demande de veiller sur son beau-père.


Puis Superman se rend au Japon : la base de Talia Al Ghul est déserte mais elle lui a laissé un mot, expliquant qu'elle veut la même chose que lui. Après un crochet par la Bat-cave pour remettre un indice à Alfred Pennyworth et sur les ruines de la DEO où le directeur Bones se désole, il retrouve Lois qui le convainc d'enquêter en se faisant passer pour des espions de Spyral - la seule agence d'espions encore intouchée...

Action Comics par Brian Michael Bendis est devenue une série épatante. Non seulement le transfuge historique de Marvel a modifié la direction du titre, lui évitant d'être un doublon de Superman, mais surtout il l'a modelé de manière à en faire la rampe de lancement d'une saga globale à partir de Juin prochain.

Le premier arc expliquait comment à Metropolis des gangsters étaient assez ingénieux pour rester invisibles à Superman. Ce deuxième arc prolonge cela tout en élargissant la voilure et en inversant le procédé. Un ennemi puissant élimine des organisations, criminelles ou gouvernementales, au su et au vu de Superman, mais sans toutefois être identifié. Bien entendu, la "mafia invisible" de Metropolis ne tardera pas à être impactée, mais surtout l'homme d'acier semble condamné à changer ses méthodes pour contrarier l'adversaire.

Cela passe, comme on le voit ce mois-ci, à suivre l'idée de Lois Lane, soit travailler incognito. Mais, avant cela, à compter ses alliés pour une manoeuvre aussi délicate. On retrouve donc la Question (et, sans spoiler, la saga Leviathan va réintroduire Green Arrow dans le grand concert du DCU). Voir Superman jouer à l'espion et donc abandonner le rapport de force directe, induit par sa seule présence (avec son costume voyant, ses pouvoirs), entraîne toute la série vers quelque chose de différent (qu'on aurait trouvé plus conventionnel avec Batman - qui sera toutefois un acteur majeur de Leviathan).

Par conséquent, l'épisode de ce mois-ci est plus avare en action que les précédents : pas de nouvel immeuble détruit, tout juste l'apparition spectrale du vilain dans un flash-back, au profit de scènes dialoguées, avec une tension palpable (le face-à-face Amanda Waller-Lois Lane est musclé).

Pour illustrer cela, on ne pouvait guère espérer mieux que Steve Epting auquel cette ambiance clair-obscur, entre chien et loup, convient parfaitement. Plus à l'aise pour représenter Superman, il est surtout dans son élément grâce justement aux échanges très intenses entre les protagonistes.

Au coeur de l'épisode, une scène superbe a lieu entre Superman et la Question dans la chambre d'hôpital de Sam Lane. Epting joue en virtuose du peu de lumière de l'endroit, des volutes de fumée autour de Vic Sage (volutes en forme de point d'interrogation - l'effet est magique), et du contraste entre la silhouette puissante et colorée de Superman et celle, ramassée dans un fauteuil, du détective à chapeau mou de la Question.

Bien entendu, on est dans une sorte de prologue qui ne dit pas son nom à une histoire plus vaste, mais il serait erroné de croire que ce numéro n'est que ça. La chute de l'épisode (avec un aspect des pouvoirs étonnant de Superman) prouve que Action Comics en tant que tel n'est pas que le véhicule d'un event mais bien celui d'un super-héros ravigoté par une intrigue inattendue pour lui - et le lecteur.  

La (dernière) variant cover de Francis Manapul

vendredi 1 mars 2019

ACTION COMICS #1008, de Brian Michael Bendis et Steve Epting


Passons vite sur cette couverture vraiment hors sujet (le contenu de l'épisode dit tout le contraire) et intéressons-nous à la deuxième partie de cet arc narratif écrit par Brian Michael Bendis. L'intrigue se déploie lentement mais promet beaucoup, et réussit à captiver malgré une prestation un peu en-dessous de Steve Epting.


Adam Strange répond à l'invitation de Bones, le chef du D.E.O (Department of Extranormal Operations). En l'absence de Supergirl, il cherche un agent qui représentera son officine dans l'espace. Mais la réunion tourne court...


Celle entre Amanda Waller, de passage, incognito, à l'observatoire Exelon, avec le père de Lois Lane ne dure guère plus longtemps. A peine le temps d'évoquer la destruction du repaire de Kobra et du bâtiment du DEO que l'endroit est soufflé à son tour.  


Clark Kent et Lois Lane se rendent au "Daily Planet" où s'est réfugié, traumatisé, Jimmy Olsen. Le retour de la reporter vedette du journal créé la sensation dans la rédaction.


Jimmy se cache sous l'ancien bureau de Lois mais consent à expliquer à Clark et son épouse ce à quoi il assisté à Seattle en découvrant un meeting de Kobra. Clark reconnaît tout de suite la même source d'énergie destructrice que celle qui a rasé les locaux de la Task Force X à Atlanta.


Amanda Waller et le père de Lois Lane sortent de sous les gravats de l'observatoire Exelon. Elle prend la fuite en accusant son interlocuteur de trahison et se rend chez Jimmy Olsen pour alerter Clark et Lois que Leviathan est la cause de ces attentats...

Brian Michael Bendis est en train avec ce nouvel arc narratif d'ouvrir en grand le "Superman-verse" puisque DC a officialisé le lancement prochain de séries (limitées ou régulières, on ne sait pas encore) sur Lois Lane et Jimmy Olsen, en relation avec cette histoire.

Tout à ce développement, le scénariste a remisé la mafia invisible de Metropolis et Red Cloud, mais il est évident que tout va converger. Le récit continue de mettre en scène des attentats touchant des bâtiments d'organisations gouvernementales ou criminelles. La Task Force X, qui supervise la Suicide Squad, a vu son siège à Atlanta pulvérisé après le repaire du culte de Kobra à Seattle. Cette fois, c'est au tour des bureaux du DEO puis de l'observatoire Exelon.

Le mystère ne réside pas dans le nom du coupable de ces offensives spectaculaires (il s'agit de l'organisation Leviathan, probablement la même que celle créée par Grant Morrison durant sa série Batman Inc., dirigée par Talia Al Ghul), mais dans le mobile. Les terroristes sont-ils liés à la mafia invisible de Metropolis, hors champ donc pour l'instant ? On devrait être vite fixé. Mais la menace se raproche de Superman puisque le père de Lois Lane a failli y rester.

Et c'est là le point commun avec le premier arc de Bendis sur Action Comics : si dans Superman, le héros, majoritairement présent en costume, combat des adversaires physiquement, ici il est confronté à des dangers qui semblent se dérober à ses pouvoirs, qu'il s'agisse de gangsters très discrets, d'une super-méchante capable de le mettre en difficulté grâce à son pouvoir, d'une organisation terroriste utilisant une énergie destructrice mystérieuse mais très puissante et visant des institutions. Le scénariste fait indéniablement preuve d'imagination pour éprouver l'homme d'acier - et au-delà de lui...

Du coup, on pardonnera à Steve Epting une légère méforme. Sa représentation de Superman/Clark Kent perturbe un peu : il ressemble peu au personnage, surtout au niveau du visage (le nez est un peu fort) et de la carrure (pas suffisamment imposante).

En revanche, l'artiste est plus à son avantage avec Lois, Jimmy Olsen et Amanda Waller - ce qui tombe bien puisque ce sont eux qui sont plus mis en avant. Le soin apporté aux décors, aux lumières, indique aussi qu'Epting ne bacle pas - ça ne lui ressemblerait guère de toute façon. Mais rien que la manière dé découper une scène comme le dialogue entre Olsen, Kent et Lane dans le bureau de cette dernière est exemplaire.

On peut être surpris et dérouté par cette histoire de Superman qui voit le kryptonien quasiment relégué au second plan, dans une affaire d'attentats étranges. Mais on peut aussi (surtout) se réjouir de n'avoir pas lu ça avant. Il est difficile d'étonner avec un héros pareil, Bendis réussit cet exploit.

La variant cover de Jeff Dekal.

vendredi 1 février 2019

ACTION COMICS #1007, de Brian Michael Bendis et Steve Epting


Ce n'est pas seulement le deuxième arc narratif d'Action Comics que Brian Michael Bendis entame avec ce numéro mais bien l'amorce de son futur projet Leviathan (que dessinera Alex Maleev). Cette fois, il est accompagné encore une fois d'un cador, Steve Epting, qui n'avait dessiné qu'une fois Superman il y a longtemps.


Seattle. Jimmy Olsen, photographe au "Daily Planet", accompagne une fille, Ella, pour une soirée romantique. Du moins le croit-il car elle l'entraîne dans un bâtiment, à la découverte de ce qui a changé sa vie : son intégration à l'organisation criminelle Kobra !


Jimmy sort son téléphone portable et immortalise ce meeting mais il doit ensuite prendre la fuite. Une explosion le projette dans la vitrine d'une boutique voisine et lorsqu'il se tourne, il constate que l'immeuble a disparu. Littéralement désintégré jusque dans ses fondations !


Le lendemain mation, Jimmy se réveille dans le bureau de Perry White qui lui demande ce qu'il fait là. Le jeune homme veut être couvert pour son scoop et demande à Clark Kent de l'assister. Mais celui-ci est distrait par Robinson Goode.


Le soir venu, Lois Lane a donné rendez-vous à son père près de l'observatoire Exelon. Lorsqu'elle lui annonce que le père de son enfant est Superman et que leur histoire est donc sérieuse, il lui tourne le dos, refusant cette situation.


Le lendemain, Superman patrouille à Atlanta lorsque son attention est attirée par la défenestration d'une femme. Il la sauve et découvre qu'il s'agit d'Amanda Waller, la patronne de la Task Force X. Dont l'immeuble connaît le même sort que celui de Kobra à Seattle...

Même si on ignore quelle forme prendra le projet Leviathan que Brian Michael Bendis et Alex Maleev préparent (ni quand il sortira exactement), ce nouvel arc d'Action Comics prépare le terrain. D'ailleurs le titre de l'histoire est éloquent : Leviathan Rising.

Leviathan est une organisation dirigée par Talia Al'Guhl et exploitée par Grant Morrison quand il écrivait Batman. Bendis a d'ores et déjà annoncé qu'il allait orchestrer une rivalité entre plusieurs clans, agissant pour le Bien et le Mal. Et il a déjà présenté la Mafia Invisible de Metropolis dans l'arc précédent. On est donc parti pour un récit au long cours dans une veine d'un projet que caressait déjà l'auteur quand il était chez Marvel (une série avec le Nick Fury original et sa corruption par des institutions diverses - jamais concrétisée, sinon via Secret Warriors dont il confia l'écriture à Jonathan Hickman).

L'épisode de ce mois repose peu sur Clark Kent/Superman (deux scènes seulement) mais surtout sur Jimmy Olsen, le photographe du "Daily Planet" qui a la fâcheuse habitude de tomber dans les embrouilles. Qu'est-ce qui provoque ces terribles explosions capables de désintégrer des immeubles, comme ceux des repaires de Kobra et de la Task Force X ? La simple présence de terroristes (Kobra) et de la chef de la Suicide Squad (Amanda Waller) le laisse présager rien de bon. Et la conversation, a priori sans rapport, entre Lois Lane et son père (qui est en relation avec l'A.R.G.U.S., une agence secrète du gouvernement), engage ce dernier.

Action Comics est une série qui a du mal à se trouver un dessinateur régulier, mais, en même temps, le lecteur est toujours gâté par les artistes qui s'y succèdent. Après Gleason (qui signe une superbe variant cover), Paquette, Sook, comment se plaindre d'avoir cette fois-ci Steve Epting ?

Il s'était fait discret depuis la fin de Velvet (écrit par Ed Brubaker, chez Image Comics), mais Epting n'a pas perdu son temps puisqu'il a signé un récit complet (Sara, écrit Par Garth Ennis, pour RKO). Le voir débarquer sur cette série surprend quand même car il n'avai dessiné Superman qu'une seule fois, il y a longtemps.

Mais le résultat est à la hauteur de cet excellent contributeur. Son trait élégant et son art pour jouer avec les ombres convient parfaitement à cette intrigue énigmatique et spectaculaire, mais dont on ne peut encore rien deviner. Le talent d'Epting, comme tous les grands, est de s'approprier sans problèmes les personnages, leur cadre, et il est déjà chez lui au bout d'une vingtaine de pages, magnifiquement mises en couleurs par Brad Anderson (collaborateur fidèle d'Eddy Barrows).

C'est accrocheur et prometteur tout en confirmant que cette série a une identité bien distincte de Superman. Vite, la suite !
  
La variant cover de Patrick Gleason.

mercredi 27 décembre 2017

DC HOLIDAY SPECIAL 2017


C'est une tradition chez DC Comics : chaque fin d'année, l'éditeur publie un numéro pour célébrer l'esprit de Noël dans un fascicule regroupant leurs héros emblématiques écrits et dessinés par des auteurs et artistes en vue. Je n'ai pas eu toujours l'occasion de les lire mais le cru 2017 est particulièrement accrocheur avec un casting de première classe.


- The Reminder (Part 1) (Jeff Lemire & Guiseppe Camuncoli). Un barman reproche à John Constantine, le chasseur de démons, de voir toujours l'avenir en noir et menace de le mettre à la porte s'il continue de miner le moral de sa clientèle. Puis servant Clark Kent, qui doute aussi du futur, il entreprend de lui raconter quelques histoires susceptibles de lui redonner foi...

On commence par ce prologue malicieux où Jeff Lemire (de retour chez DC après un séjour en demi-teinte chez Marvel) teste les limites du cynisme de John Constantine (héros de la série Hellblazer) et de l'idéalisme de Superman. Une manière habile de présenter le programme qui va suivre, joliment mis en images par Guiseppe Camuncoli, qui a, lui aussi, quitté Marvel (où il oeuvrait sur Amazing Spider-Man) cette année.


 - Batman : Twas the night before Christmas (Denny O'Neil & Steve Epting). Conduit par Alfred Pennyworth, son majordome, Batman va délivrer le couple Brandon séquestré par Fritzy dans leur résidence de Mount Hawley. Le jeune homme agit ainsi parce qu'enfant, lui et sa défunte grand-mère s'étaient vus refuser l'hospitalité par les parents Brandon la veille de Noël et aujourd'hui l'esprit de la défunte réclame vengeance.

Le vétéran Denny O'Neil fait équipe avec un de ses plus grands fans, l'excellent Steve Epting (qui avait signé il y a quelques mois le premier arc de la nouvelle série Batwoman) et les promesses de cette collaboration inédite sont superbement tenues. Un zeste de fantastique, une ambiance tendue, le poids d'un passé douloureux, tout est là : on est comblé. Le scénario est d'une fluidité impeccable, les dessins magnifiques (avec une colorisation parfaite de Dave McCaig).


- Green Arrow & Black Canary : You better think twice (Mairghread Scott & Phil Hester). Green Arrow convainc Black Canary de se déguiser en Père et Mère Noël pour apporter des cadeaux à des orphelins. En route, ils surprennent le braquage d'un fourgon et arrêtent les voleurs mais la bagarre a raison de leurs accoutrements, quoique cela ne fasse aucune importance pour les enfants.

Le couple le plus volcanique de DC Comics nous entraîne, sous les plumes de Mairghread Scott (une découverte) et du toujours fringant Phil Hester, dans une aventure amusante et tonique. Le caractère bien trempé des deux héros dynamise un récit classique à la morale touchante sans être mièvre. Léger mais avec du swing.


- Sgt. Rock : Going down easy ! (Tom King & Francisco Francavilla). Le Sergent Rock se rappelle comment un de ses soldats de la "Easy Company", Hammerman, captura un officier allemand avant qu'un obus n'explose près d'eux. Bien que blessé par un éclat de shrapnel, Hammerman garda huit nuit d'affilée son prisonnier sous la menace de son fusil, attendant des renforts, avec confiance, motivé par la fierté pour un juif comme lui d'avoir eu un nazi.

Quand, il y a quelques semaines, Tom King avait annoncé avoir "pitché" à DC Comics une histoire du Sergent Rock (immortalisé pendant longtemps par le légendaire Joe Kubert), bien des dessinateurs s'étaient portés candidats pour participer au projet. Avant peut-être de voir plus grand, le scénariste de Mister Miracle a produit cette nouvelle avec Francesco Francavilla, une histoire dramatique (la plus noire du lot) mais poignante, où le découpage en "gaufrier" porte la signature de King. La prestation de l'artiste est plus inégale, mais ne boudons pas notre plaisir.


- The Flash : Hope for the holidays (Joshua Williamson & Neil Googe). Flash affronte le Rainbow Raider dans l'aéroport de Central City, mais sa victoire provoque une chute de neige qui empêche tout avion de décoller. Pour s'excuser, il transporte les uns après les autres chacun des passagers à sa destination... Avant de retrouver à San Francisco Wally West pour réveillonner tranquillement avec lui.

L'équipe qui anime la série Flash mensuellement est aussi aux commandes de ce récit très divertissant, qui dégage un vrai charme. Joshua Williamson imagine une situation issue des conséquences d'un affrontement remporté par le héros et en tire un rebondissement savoureux. Neil Googe illustre ça de manière très expressive, avec la vivacité qui sied au speedster en chef de DC.


- Deathstroke : A Wilson christmans family (Christopher Priest & Tom Grummett). Alors qu'il jure au téléphone à sa femme Adeline qu'il est en train de lui acheter son cadeau de Noël, Slade Wilson remplit un contrat en compagnie de Wintergreen. Mais il se replie aussitôt sa mission accomplie pour rejoindre sa famille victime d'un accident de la route sans gravité, pour la plus grande joie de son fils.

Sans discussion, le segment le plus faible et même le plus déplacé de la collection : on ne comprend pas bien ce que fait là un tueur comme Deathstroke (quand bien même le personnage bénéficie de sa propre série mensuelle) et je m'étonnerai toujours du prestige dont jouit Christopher Priest comme scénariste car son histoire ne vaut pas grand-chose. Tom Grummett imite assez bien le style de José-Luis Garcia-Lopez, mais ne sauve pas l'affaire. Un faux pas.


- Superman & Lois Lane : Driver's seat (Max Landis & Francis Manapul). Après avoir arrêté un scientifique licencié de son laboratoire et qui venait de commettre un vol, Superman le remet à la police et Clark Kent rejoint Lois Lane qui vient d'emboutir sa voiture. Tenant à ce véhicule qu'elle possédait depuis l'université, elle tente de se changer les idées en passant les fêtes chez des amis. Superman lui fait un touchant cadeau, plein d'à-propos, pour la consoler.

En revanche, les retrouvailles de Max Landis et Francis Manapul, après leur épisode dans la mini-série Superman : American Alien, est une vraie merveille. Le scénario tient à peu de choses mais possède un charme indéniable et surtout exploite superbement l'image de Superman, éternel bon samaritain, un peu moraliste, très philosophe, et généreux. Les dessins sont somptueux, évoquant parfois Will Eisner par leur force expressive mais sans emphase. Un pur bonheur.


- Atomic Knights : Silent Night (Dan Didio & Matthew Clark). Le Maire de Durvale alerte ses citoyens d'une attaque de trèfles mutants, menée par l'ancien chevalier atomique Javins. Les compagnons de ceux-ci refusent de le croire mais se préparent à l'assaut. En vérité, les plantes veulent sceller un accord de paix en se joignant pour Noël aux habitants de la cité ayant survécu à la guerre nucléaire.

Difficile de dire "non" au patron et donc Dan Didio a glissé son histoire dans les onze fables de ce numéro : le résultat est franchement quelconque, pas honteux ou indigne mais dispensable. Les dessins de Matthew Clark sont soignés. Voilà, voilà.



- Teen Titans : Holiday spirit (Shea Fontana & Otto Schmidt). San Francisco est attaquée par des spectres terrifiants mais les Teen Titans les font fuir. Starfire, qui ne comprend pas pourquoi les humains célèbrent Noël, s'éloigne lorsqu'elle repère un dernier esprit effrayant les civils et intervient pour le chasser avec le renfort de ses amis. Elle saisit alors ce que signifie l'esprit de cette fête.

L'argument est plutôt malin - jouer sur l'incompréhension culturelle de Starfire - mais il est faiblement développé par Shea Fontana, plus intéressée par l'action que par l'esprit de Noël pourtant convoqué dans le titre de son récit, qui se clôt de manière mièvre. Les dessins d'Otto Schmidt ont une fraîcheur certaine mais manque de consistance, à l'image de ce qu'ils doivent illustrer. Bof.


- Swamp Thing : The echo of the abyss (Scott Bryan Wilson & Nic Klein). Depuis six mois en quarantaine dans la station spatiale Archer, l'équipage n'a pas le coeur à fêter Noël comme le voudrait Ciampo car sur Terre la menace d'une guerre gronde. Démoralisé, il songe à se suicider mais la branche de gui qu'il a laissée tomber se transforme en la créature du marais et tente de le rassurer. A son réveil, incapable d'expliquer sa mésaventure, Ciampo a la bonne surprise de voir ses co-équipiers préparer la décoration d'un sapin.

Une surprise positive que ce récit mettant en scène de façon fugace la Swamp Thing dans un cadre inattendu : je n'avais rien lu de Scott Bryan Wilson auparavant mais il s'en sort très bien. Et il profite aussi de la contribution non négligeable d'un excellent dessinateur en la personne de Nic Klein (dont la série Drifter, écrite par Ivan Brandon, vient de s'achever chez Image), dont le style est bien inspiré par celui de Moebius et ses disciples franco-belges, comme Ralph Meyer. Epatant.


- Batman & Wonder Woman : Solstice (Greg Rucka & Bilquis Evely). Batman arrête un voleur à la tire une nuit tandis que Wonder Woman apporte de l'eau potable à des immigrés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Leurs bonnes actions accomplies, ils se retrouvent pour célébrer le solstice d'hiver devant un feu de bois dont la lumière leur rappelle que celle-ci triomphe toujours.

En quelque sorte, la lettre d'adieu de Greg Rucka à sa chère Wonder Woman (dont il a laissé l'écriture depuis peu à James Robinson) qu'il associe à Batman dans une histoire soulignant, un peu pesamment, les différences symboliques : le protecteur de Gotham agissant la nuit, l'amazone intervenant le jour, tous deux s'accordant sur le fait que Superman contrairement à eux produit sa propre lumière. Pas très subtil mais divinement dessiné par la talentueuse Bilquis Evely, un talent que DC devrait plus exploiter (elle s'est exercée sur WW sans s'attarder).
  

- The Reminder (Part 2). Clark Kent, revigoré par les fables du barman, retrouve John Constantine dehors et pour lui remonter le moral l'invite à dîner chez lui, en famille. Suffisant pour apaiser le cynique détective de l'occulte ?

La chute, qui renoue avec l'introduction mettant en scène le duo Clark Kent-John Constantine, est savoureuse et referme ce consistant fascicule dont le bilan global est plus que satisfaisant. Dommage que Marvel n'imite pas son concurrent avec une publication semblable... A l'année prochaine pour un nouveau numéro !