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jeudi 17 novembre 2022

IMMORTAL X-MEN #8, de Kieron Gillen et Michele Bandini


A.X.E. : Judgment Day terminé, Kieron Gillen revient aux affaires courantes avec ce huitième numéro de Immortal X-Men. Vraiment ? Pas tout à fait, mais j'y reviendrai. En tout cas, la série renoue avec son niveau précédent l'event, c'est-à-dire moyen (pour ne pas être méchant). Lucas Werneck au repos, Michele Bandini revient officier au dessin, sans que ça change vraiment grand-chose.


1943. Alamogordo, Nouveau Mexique. Mystique pénètre dans cette base de l'armée américaine où Destrinée travaille mais surtout surveille Nathaniel Essex/Mr. Sinistre et ses expériences.
  

1895. Londres. Mystique/Sherlock Holmes et Irene Adler/Destinée enquêtent sur l'agression dont a été victime Nathaniel Essex, un savant qu'elles visitent et qui est visibkement mentalement instable.


Attirant son agresseur dans un piège, Mystique le poursuit jusqu'au domicile de Essex où attend déjà Destinée qui a découvert que les deux individus étaient un seul et même homme.


Se prétant à des expériences malsaines, elles livrent Essex aux autorités. Il meurt peu après dans un asile. Mais Destinée découvre ses recherches et leur objectif...

Y a-t-il un personnage sur Krakoa qui intéresse davantage Kieron Gillen que Mr. Siinstre ? La question n'appelle pas de réponse tant celle-ci est évidente. Le scénariste se débrouille pour glisser Nathaniel Essex partout, jusque dans son event A.X.E. : Judgment Day où je me demande toujours quelle était son utilité (si vous avez une réponse, n'hésitez pas à me la transmettre en commentaire).

Déjà quand il écrivait Uncanny X-Men il y a de cela une dizaine d'années, il avait consacré une partie de son run à une histoire impliquant Mr. Sinistre. C'est dire si le bonhomme l'obsède. Maintenant que le personnage siège au Conseil de Krakoa, que son destin funeste a été évoqué dans Powers of X, Gillen peut à nouveau alimenter ses récits avec Nathaniel Essex comme bon lui semble et il ne s'en prive pas.

Mieux (ou pire, c'est selon) : dès Janvier 2023, ceux qui le voudront seront gavés de Sinistre puisque Kieron Gillen orchestrera le nouvel event "X" Sins Of Sinister qui montrera une réalité entièrement façonnée à l'image du personnage. Si Spurrier et Al  Ewing reconfigureront leurs séries à cette occasion avec de nouveaux titres (outre Immoral X-Men qui prendra la place de Immortal X-Men, on aura donc droit à Nightcrawlers à la place de Legion of X et Storm and the Brootherhood of Mutants à la place de X-Men : Red).

Ne vous méprenez donc pas : la couverture de Immortal X-Men #8 a beau mettre en scène Destinée et Mystique, c'est bien encore et toujours de Mr. Sinistre dont il est question. Et devinez qui fait face à Kitty Pryde sur la couverture du n°9 le mois prochain ?

Aussi, outre que cet épisode n'est pas passionnant à lire, malgré quelques blagues faciles comme Mystique qui aurait personnifié Sherlock Holmes en 1895 à Londres pour une enquête leur révélant à elle et Irene Adler (hé oui, ça tombe bien, Destinée a le même nom que la seule femme ayant intimidé Sherlock !) que Nathaniel Essex est Mr. Sinistre. L'ouverture se situe dans la base d'Alamogordo où se sont croisés plusieurs mutants en 1943, mais où Irene travaillait aux côtés, pour mieux le surveiller, Essex, alors en pleine tambouille eugéniste.

Gillen se montre d'ailleurs assez adroit pour relier les deux époques : à Londres au XIXème siècle, Essex est encore ce savant relativement inoffensif qui raconte comment "l'Egyptien" (En Sabah Nur/Apocalypse) l'a profondément changé. Il est quand même bien à l'Ouest, pensent Mystique et Destinée, quand il se met à évoquer une guerre entre Essex-Men (Esse-X-Men, jeu de mots...) et humains auxquels viendraient s'ajouter les machines. On reconnaît sans mal la trame tissée par Hickman avec Orchis et Nimrod. Et ce que découvre Destinée à la toute fin de l'épisode dans le domicile de Essex renvoie à ses travaux sur le clonage, le rêve de l'immortalité, l'obsession d'influer sur le cours de l'Histoire en survivant à tout.

Mais à part ça, bon sang, que c'est lourd ! Je n'ai pas encore décidé si je suivrai Sins Of Sinister (qui m'amuse surtout pour ce qu'en fera Al Ewing), mais je ne suis pas motivé, honnêtement, car j'en ai jusque-là de Sinistre et de cette lubie de Gillen pour lui. A vrai dire, ça n'a jamais été n personnage que j'ai apprécié, qui m'a intéressé. La façon dont Hickman l'a introduit dans House of X était pertinente même si son caractère de bouffon vicieux n'en faisait pas le membre le plus passionnant du Conseil de Krakoa (et quand je vois l'importance qu'il prend à cause de Gillen alors qu'on n'a plus de nouvelles d'Apocalypse depuis X of Swords, je suis bien dégoûté).

Même si cet épisode était excellent (ce qu'il est loin d'être), j'en aurai quand même marre. A nouveau je me demande si j'irai jusqu'au douzième numéro de Immortal X-Men (c'est-à-dire une fois que Gillen aura consacré un épisode à chacun des membres du Conseil). Mais si j'y arrive, je n'irai pas au-délà, c'est certain, quoi qu'il puisse arriver d'ici là.

Pour ne rien arranger, Immortal X-Men est une série qui, visuellement, n'est pas bonne. Qu'il s'agisse de Lucas Werneck (dont je me demande comment Marvel peut le considérer comme un de ses artistes les plus prometteurs) ou Michele Bandini, qui revient ce mois-ci, c'est trop faible.

Bandini a pour lui d'être meilleur narrativement, il a quelques idées de mise en scène (comme l'escalier en colimaçon de la base d'Alamogordo qui figure le mouvement même de l'aventure qui aura mené Mystique de Londres au Nouveau Mexique, comme une spirale infernale). Mais bon, pas de quoi se relever la nuit.

La plupart du temps, Bandini oublie purement et simplement les décors, ce qui donne à ses planches un aspect vide, désincarné. On ne sait jamais trop bien où on est puisque tout se ressemble, les intérieurs ne disent rien des personnages qui y vivent. Quand il s'agit de représenter des ruelles mal famées de Londres pour pièger un tueur, le rendu est beaucoup trop propre, informatisé, pour que l'ambiance suscite une quelconque menace, une menace, un danger.

Les personnages eux-mêmes sont peu expressifs et leurs vêtements sont peur détaillés, comme si Bandini s'en fichait, ou ne s'était pas documenté (c'est même embarrassant quand on voit, en comparaison la peintiure superbe signée Mark Brooks pour la couverture). C'est fait par-dessus la jambe, par un type qui a été appelé pour remplacer l'artiste habituel et qui a décidé de ne pas se forcer (alors qu'en s'appliquant, il avait tout à gagner pour que l'editor le considère mieux que comme un banal fill-in).

Immortal X-Men est proche de la trappe. C'est un gâchis car une telle série a un potentiel énorme (si tant est qu'elle s'intéresse aux X-Men et pas à un seul d'entre eux), surtout après des épisodes tie-in plutôt convaincants. Rendez-vous le mois prochain. Ou pas.

jeudi 4 août 2022

IMMORTAL X-MEN #5, de Kieron Gillen et Michele Bandini - A.X.E. : JUDGEMENT DAY tie-in


Kieron Gillen écrivant l'event A.X.E. : Judgment Day, il était logique qu'il utilise la série Immortal X-Men dont il est également le scribe comme tie-in. Pour autant, le scénariste n'abandonne pas le procédé consistant à consacrer un épisode à un membre du conseil de Krakoa - cette fois : Exodus. Une réussite. Même si le titre se porterait tellement mieux avec un vrai bon dessinateur...


Exodus est un des plus anciens mutants du Conseil de Krakoa : il a participé aux croisades quand il a rencontré Apocalypse qu'il a pris par erreur pour le messie.


Le Grand Esprit des Eternels lance son attaque psychique sur les télépathes du Conseil. Exodus a croisé par le passé Sersi aux côtés de Black Knight qu'il a épargnés en désobéissant à Apocalypse.


Emma Frost et Hope soutiennent Exodus pour percer les défenses du Grand Esprit. Jadis, Exodus fut retrouvé par Magneto qui lui fit comprendre que le géne X avait un sens religieux.


Aujourd'hui, Exodus fait reculer le Grand Esprit et a placé sa foi dans Hope Summers. Druig lance alors à l'assaut de l'île les six Hex que Bennet de Paris part affronter seul pour gagner du temps.

C'est assez rare pour être noté mais Immortal X-Men est une série à laquelle il faut s'accrocher car elle s'améliore d'épisode en épisode. Kieron Gillen a démarré de manière un peu désinvolte et ironique, comme s'il ne voulait pas traiter trop sérieusement le gouvernement de Krakoa (alors que de son côté Al Ewing sur X-Men : Red embrassait le Grand Cercle d'Arakko). Puis il s'est ressaisi.

Et, maintenant que A.X.E. : Judgment Day est lancé, Gillen se sert de sa série comme d'une chambre d'écho pour son event, montrant à quel point les tie-in (du moins sous sa responsabilité) sont organiquement liés à sa saga. 

Pour autant, le principe d'Immortal X-Men est conservé : un épisode pour un membre chaque fois différent du Conseil de Krakoa. Gillen se penche ce mois-ci sur le cas de Bennet de Paris alias Exodus. Créé en 1993 par Scott Lobdell et Joe Quesada, apparu dans les pages de X-Factor, c'est un personnage qu'on a surtout remarqué sous l'ère Hickman pour ses fréquentes prises de bec avec Mr. Sinistre et pour son rôle de conteur auprès des enfants mutants à qui il vante les exploits des champions de leur communauté (en particulier Magneto).

L'épisode revient sur l'attaque du Grand Esprit (Uni-Mind) des Eternels vu dans Judgment Day #1. Alors que Exodus sent l'assaut arriver, il se remémore les grands périodes de sa longue existence depuis les croisades du XIIIème siècle au cours desquelles il cherchait une tour mythique en Egypte et où il croisa Apocalypse qui en fit son lieutenant (car ses enfants, les 4 Cavaliers, l'avaient rejeté). Ce flashbback permet de justifier la connaissance qu'a Exodus des Eternels puisqu'il combattit Sersi en affrontant le premier Black Knight (Eobar Carrington), son amant, sur ordre de Apocalypse.

Gillen va et vient entre présent et passé de façon formidable car chaque retour dans le temps permet de souligner la tension et la gravité de ce qui se joue aujourd'hui. On revoit son association avec Magneto, son premier combat contre les X-Men, et ses déceptions successives aux côtés de ceux qu'il a pris pour les messies de sa race. Car la dimension religieuse est omniprésente chez Bennet de Paris.

Ainsi, il interpréta, sous l'influence de Magneto, le X du gène mutant comme un croix chrétienne renversée. Et, on a pu voir, dans Immortal X-Men #2, lors de l'élection de Hope Summers pour une place au Conseil de Krakoa à quel point Exodus était convaincu qu'elle était la sauveuse des mutants qu'il cherchait depuis si longtemps - et qu'une vision dans le désert d'Egypte lui rappela. C'est habile, un peu opportuniste, pas très subtil, mais ça fonctionne.

Car l'autre aspect mis en avant par Gillen pour le personnage est son côté chevaleresque. Au fond Bennet de Paris est resté un croisé au sens littéral du terme, portant la sainte parole de son église, affrontant le dragon. Il perce les défenses du Grand Esprit avec le soutien d'Emma Frost et Hope, puis se lance seul contre les Hex, ces géants éternels invoqués par Druig à la fin de Judgment Day. Exodus acquiert une sorte de noblesse héroïque que son costume, sa peau rouge, ses laïus raillés par Sinistre nous emmpêchaient d'apprécier. Un remarquable effort de caractérisation pure accompli par Gillen donc.

Fort de tout cela, la série ne manque que d'une chose : un vrai bon dessinateur, qui la ferait décoller au même niveau que X-Men : Red. Car Michele Bandini a beau être un meilleur anrrateur que Lucas Werneck, il demeure moyen, quelconque. Bien entendu, il est capable de produire des pages convaincantes (la préparation de la contre-attaque par Emma, Hope et Exodus, Exodus face au dragon), mais ce n'est pas suffisant.

Bandini a un trait trop lisse pour porter un récit épique comme celui-ci, et la comparaison est terrible après avoir vu les planches insensées de Valerio Schiti sur Judgment Day #1. Les visages sont fades, la gestuelle est pauvre, le découpage est paresseux. Tout est insuffisant, tout manque de souffle, d'envergure. Ce n'est pas aussi maladroit, emprunté que Werneck qui dessine sans avoir l'air de savoir comment composer décemment une image ou d'enchaîner les cases, mais ça manque de relief, de texture.

Tant que Immortal X-Men n'aura pas résolu cette faiblesse esthétique, elle restera derrière X-Men : Red, malgré les efforts vraiment louables de Gillen. Mais faute de mieux, on continuera à suivre pour apprécier ce que le scénariste portraituera dans les prochains mois - à commencer par Sebastian Shaw, un autre gros client, dans le 6ème numéro.

vendredi 15 juillet 2022

IMMORTAL X-MEN #4 + A.XE. : EVE OF JUDGMENT #1, de Kieron Gillen, Michele Bandini + Pasqual Ferry

Excpetionnellement, j'ai décidé de grouper en une seule entrée deux critiques car les deux épisodes dont je vous parle ici sont organiquement liés et forment une transition entre X-Men : Hellfire Gala et l'event Judgement Day (dont la parution démarre la semaine prochaine). Il d'ailleurs, sinon essentiel, du moins profitable de lire Immortal X-Men #4 et A.X.E. : Eve of Judgment #1 avant.


On commence donc par Immortal X-Men #4, où Kieron Gillen est désormais accompagné au dessin par Michele Bandini. Bien que j'avais décidé de lâcher cette série le mois dernier, j'avais réservé les six premiers numéros et donc je vais tout de même les couvrir (et plus si  affinités, selon la formule consacrée).
 

Lors du Gala du Club des Damnés, Emma Frost est abordée par un ambassadeur qui souhaite que le protocole de résurrection bénéficie aux humains. Emma lui explique que ce ne sera pas possible avant d'avoir ramené à la vie les 16 millions de mutants morts à Genosha.


Le lendeman, une séance du conseil de Krakoa se tient au cours de laquelle Emma partage télépathiquement ce que lui a transmis Cyclope au sujet de l'identité du Dr. Stasis.


Confondu, Mr. Sinistre prend la fuite et il est aussitôt pris en chasse par Duablo, Colossus et Exodus. Il se réfugie dans son labo afin de le détruire puis se ravise, devinant que Destinée l'aura anticipé.


Sinistre ressort et se rend. Mystique est prête à l'exécuter. Destinée préférerait qu'il soit englouti dans le Puits. Mais Sinistre disparaît subitement, visiblement sans qu'il en soit responsable...


On enchaîne aussi sec avec A.X.E. : Eve of Judgment, sorte de prologue à Judgment Day, qui commence le semaine prochaine. Kieron Gillen est aux commandes et, avec Pasqual Ferry au dessin, il dispose ses pions pour l'event en même temps qu'il donne une suite directe à Immortal X-Men #4.


Druig ayant désigné les mutants de Krakoa comme des Déviants au développement excessif et donc dangereux charge l'ingénieur Domo de préparer une arme pour les exterminer rapidement.


A Lemuria, capitale des Déviants, Sersi, Ikaris et Thena aident Kro et son peuple à rebâtir leur cité après la récente attaque de Thanos. Mais Ikaris a du mal à s'habituer à cette vie, loin des combats.


Ajak et Makkari invitent Phastos à Celestia pour solliciter son aide sur un projet. Mais il décline, préférant travailler à un moyen de conjurer le prix à payer pour l'immortalité des Eternels. Il ignore ainsi que ses deux amies détiennent Mr. Sinistre.


Domo appelle Druig pour le lancement de la bombe qu'il a conçue contre Krakoa. Mais à peine le la mise à feu a-t-elle débuté que la Machine prévient les Eternels que cela causerait la fin de la Terre...

Le mois dernier, j'avais annoncé, convaincu, que Immortal X-Men #3 serait le dernier épisode de la série sur lequel j'écrirai, bien que je le trouvai mieux que les deux premiers. Mais comme j'avais réservé chez mon dealer les six premeirs numéros, j'ai quand même lu celui sorti ce Mercredi. Et il est encore meilleur que le précédent.

Que faire ? Rester sur ma position et ne pas le critiquer ? Ou revenir sur ma décision ? En fait, la solution s'est imposée d'elle-même à la faveur d'un rebondissement dans Immortal X-Men #4 qui allait être développé dans A.X.E. : Eve of Judgment #1, sans que je le sache à l'avance. Kieron Gillen a en effet lié les deux épisodes des deux séries de telle manière qu'il est impossible de comprendre ce qui se passe dans l'une sans avoir lu l'autre. Mieux (ou pire, c'est selon) : tout cela forme à la fois une transition entre X-Men : Hellfire Gala (dont j'ai parlé hier) et Judgment Day, l'event dont la parution débute la semaine prochaine.

Une telle configuration m'oblige à prévenir ceux qui me lisent et qui voudront lire Judgment Day qu'il est fortement conseillé donc de se procurer Immortal X-Men #4 et A.X.E. : Eve of Judgment #1 avant si vous voulez que rien ne vous échappe.

Ceci étant posé, revenons au contenu desdits épisodes.

Comme c'est l'habitude désormais (et qui me fait penser peut-être que cette série ne serait peut-être en vérité qu'une mini-série en 12 numéros), Immortal X-Men #4 se focalise sur un membre du conseil de Krakoa. Et comme la couverture (sublime, signée Mark Brooks) l'indique, il s'agit d'Emma Frost cette fois.

Bref retour sur le Hellfire Gala avec une séquence remarquable, non montrée auparavant : Emma est abordée apr un ambassadeur au sujet de la résurrection des mutants. Si ce privilège pouvait être partagé avec tous les Etats qui soutiennent Krakoa, ce serait gagant-gagnant, lui explique le diplomate. Sauf que Emma lui rappelle que pour l'instant les Cinq ne peuvent que ramener à la vie des mutants et que, ensuite, les humains ne sauraient en profiter qu'une fois les seize millions de victimes de Genosha ressucitées.

A peine a-t-elle eu le temps de raisonner son interlocuteur que Emma reçoit un seau plein de sang sur sa robe de gala. Elle sonde télépathiquement l'esprit de la femme qui vient de l'agresser (et qui est aussitôt maîtrisée par la sécurité) et comprend qu'elle est veuve, donc qu'elle ne tolère pas que les mutants aient caché leur privilège et refusent de le partager.

On trouve une sorte d'écho à cette séquence dans la suite immédiate de l'épisode quand le conseil de Krakoa est réuni; Charles Xavier est troublé car il lit le chagrin et le ressentiment dans l'esprit des humains, certains allant jusqu'à s'injecter des hormones de croissance mutantes puis se suicider afin d'être éligibles à la résurrection comme néo-mutants. Pourtant, malgré le brio de ces scènes, ce n'est pas là ce que veut dire Kieron Gillen.

Emma va partager avec le conseil ce qui lui a révélé Cyclope au sujet du Dr. Stasis, à savoir qu'il s'agit de Nathaniel Essex, donc Mr. Sinistre. S'ensuit une course-poursuite puis la reddition de Sinistre. Mais alors que plusieurs membres du conseil s'interrogent sur la sanction à lui infliger, il disparaît subitement, et visiblement sans l'avoir préparé...

A.X.E. : Eve of Judgment #1 va nous apprendre où Sinistre est passé. Entre autres choses. Si Gillen s'est montré efficace et inspiré sur Immortal X-Men #4, son prologue à Judgment Day tourne un peu trop autour du pot pour convaincre. Ce n'est pas inintéressant mais beaucoup trop bavard et en vérité seuls trois scènes sont à retenir.

La première et la troisième suiovent Druig, désormais Prime Eternel, et qui a décidé de se débarrasser des mutants de Krakoa désignés comme des Déviants excessifs : or, c'est la maission des Eternels d'éliminer ce genre de Déviants. Gillen se garde bien de toute affirmation et donc la conviction de Druig reste sujette à caution, rien ne dit formellement que mutants = déviants. C'est quand même une retcon importante, et elle divise énormément les fans depuis que Marvel a communiqué dessus. Druig charge donc l'ingénieur Domo de concevoir une arme d'extinction massive et il obtient une bombe qui, sur le point d'être larguée, déclenche l'alarme de la Machine, prévenant que son explosion serait fatale aux mutants mais aussi au reste du monde car Krakoa est un élément à part entière de la Machine.

C'est, honnêtement, bien pensé, en vue de l'event. Voilà une complication bienvenue pour le suspense de cette saga et qui prouve qu'effacer les mutants de la carte ne sera pas si simple (on s'en doutait, mais disons que, là, c'est clair). C'est surtout logique de souligner que Krakoa a beau être une île mutante, un biome, elle est donc partie intégrante de la Machine, donc de la Terre. Si les Eternels s'en prennent à Krakoa, ils se condamnent du même coup et trahissent leur voeu de protéger la Machine/la Terre.

La deuxième scène, qui s'intercale entre la première et la dernière, renvoie donc à la disparition surprise de Mr. Sinistre. Il ne s'est pas enfui, il a été kidnappé et il est aux mains de Ajak et Makkari. J'avoue que si je n'ai pas tout saisi de leur plan consistant à créer un nouveau Dieu en comptant sur l'avis de Phastos sur la faisabilité d'un tel projet, quand on voit qu'elle détienne le mutant, sans l'avoir dit à personne, on est franchement intrigué.

Car, malgré sa caractérisation de bouffon mégalo et menteur, Sinistre est depuis House of X/Powers of X une des pièces les plus importantes de la communauté X. Pas seulement parce qu'il siège au conseil de Krakoa, mais parce que c'est lui qui a collecté l'ADN de tous les mutants, en fournit des échantillons aux Cinq lors des résurrections et, dernièrement, travaille sur des clones de Moira MacTaggert (sans qu'on sache à quel fin). Une telle prise de guerre pour les Eternels, ce n'est donc pas rien, et on peut donc penser que Gillen va l'exploiter dans Judgment Day.

Nous avons donc, entre Immortal X-Men et A.X.E. : Eve of Judgment, non seulement une additoon au Hellfire Gala, mais surtout une passerelle jusqu'à Judgement Day, avec Sinistre comme élément relais. Si je me garde bien de tout enthousiasme débordant vis-à-vis de ce que prépare Gillen, je dois admettre qu'il pique ma curiosité pour Judgment Day et qu'il se ressaisit bien sur Immortal X-Men.

Si A.X.E. : Eve of Judgment (en passant, A.X.E., ce sont les initiales pour Avengers-X-Men-Eternels, les trois groupes au coeur de Judgment Day) est dessiné par Pasqual Ferry, qui retrouve là son scénariste de Journey into Mystery, Immortal X-Men accueille Michele Bandini au dessin. Sans être un grand artiste, il livre une copie bien plus agréable et solide que ce qu'a produit auparavant Lucas Werneck. C'est très appréciable. Le découpage est simple mais fluide, avec un sens du storytelling plus affirmé.

Ferry, lui, s'est fait discret ces derniers temps, après avoir abandonné son projet de creator-owned, Alice, en financement participatif (dommage, vraiment, parce que ce qui avait été montré était superbe). Colorisé par Dean White, il produit de jolies planches, avec ce trait fin, expressif, et des compositions soignées. J'espère qu'on le reverra bientôt sur une série régulière (même si je doute qu'il soit le dessinateur titulaire, n'ayant jamais été très ponctuel).

Voilà, maintenant, vous savez ce qui vous reste à faire si vous voulez profiter pleinement de Judgment Day (et finir Hellfire Gala 2022). Croisons les doigts pour que Gillen (avec le formidable Valerio Schiti au dessin) nous ponde un event décent.

vendredi 6 décembre 2019

MARAUDERS #3, de Gerry Duggan et Michele Bandini


C'est un bien curieux épisode que celui que nous livrent Gerry Duggan et Michelle Bandini (qui suppléé Matteo Lolli) ce mois-ci. En effet, on n'y voit point les Marauders proprement dit, ce qui est décevant. Mais c'est surtout sur la temporalité, la chronologie que ce chapitre déroute totalement, plus que sur l'intrigue qu'il développe, finalement assez convenue.


Sebastian Shaw quitte son fief de Blackstone dans la Baie de Hellfire sur Krakoa pour se rendre à Arbor Magna. Là-bas, l'attendent le Pr. X et les Cinq. Ils ressuscitent à la demande de Shaw son fils Shinobi, qui a tout oublié des circonstances de sa mort.


C'est heureux pour Sebastian puisqu'il a tué sa progéniture après qu'elle ait voulu le remplacer au sein du Hellfire club jadis. Le père emmène son fils à Blackstone pour lui résumer l'évolution radicale qu'a connue la communauté mutante durant son "absence".


Ils se déplacent, via un portail de Krakoa, à New York pour y dîner et discuter des opportunités qui se présentent désormais à eux. Sebastian ment sur son influence à la tête de la Hellfire Trading Company. 
Puis Shinobi insiste pour passer à Tokyo où il règle une dette et assure son créancier qu'il lui servira d'espion sur l'île. En parlant de surveillance, un rapport circule sur les déplacements récents des Maraudeurs et une transcription d'un échange téléphonique entre Kitty Pryde et Lucas Bishop fait état de transactions pour qu'il intègre la HTC.


De retour à Blackstone, Sebastian expose à Shinobi ses ambitions commerciales : il vise au-delà de la Terre et veut s'en donner les moyens. Pour cela il compte sur son fils à ses côtés, mais quand celui-ci lui demande comment il est mort, Sebastian accuse Emma Frost et Kitty Pryde.

Commençons par l'examen de la couverture : bien entendu, comme souvent, elle a été réalisée (par Russell Dauterman) très en amont, avec certainement des indications sommaires. Il n'en reste pas moins qu'elle a été validée par l'editor et que ce dernier en assume donc le visuel.

Problème : elle comporte un énorme spoiler. En soi, il n'est pas scandaleux car qui peut s'étonner de voir réapparaître Charles Xavier bien vivant après son assassinat dans X-Force #1, alors que désormais grâce à la technologie de Cerebro et les Cinq, n'importe quel mutant peut être ressuscité ? D'ailleurs Shinobi en bénéficie dès l'ouverture de cet épisode.

Mais enfin, cela coupe carrément l'herbe sous les pieds de la série de Benjamin Percy. Tout le suspense sur lequel repose l'intrigue de ce dernier (à savoir : est-ce que le Fauve va comprendre le fonctionnement de Cerebro ? Et est-ce que Jean Grey saura s'en servir ?) est sabré de manière bien cavalière par Gerry Duggan. Celui-ci en profite pour placer un gag assez lourdingue avec Pyro ivre (suite à une visite dans la cave de Wolverine) - ce même Pyro qui, dans le précédent épisode, arborait un tatouage sur le visage ici parfaitement effacé...

Pyro est le seul des Maraudeurs présent dans ce numéro. C'est l'autre bizarrerie de Duggan qui consacre la totalité de l'épisode au duo Shaw père et fils. Je ne remets pas en cause le procédé, même si cela m'a paru bien long : le scénariste aurait pu être plus elliptique dans les explications que donne Sebastian à Shinobi sur les bouleversements survenus dans la communauté mutante. Cela aurait dispensé le lecteur de lecture de faits qu'il connaît déjà. La seule bonne contrepartie de cet échange répétitif est de montrer les mensonges de Shaw quand il affirme être plus influent qu'il ne l'est vraiment au sein de la Hellfire Trading Company ou même du Conseil de Krakoa : le voir raconter qu'Emma Frost l'a quasiment supplié d'en faire partie est savoureux. En revanche, quand il cache à son fils les véritables circonstances de sa mort pour finalement accuser Emma et Kitty, on le voit arriver à des km.

Duggan veut faire comme Hickman et semer les graines de la discorde mais il s'y prend moins subtilement. Tout le monde se doutait que Shaw chercherait à se venger d'Emma et ne jouerait pas le jeu de Xavier, mais la façon de le poser est sans finesse (alors que Mystique est autrement plus dangereuse potentiellement, car lorsqu'elle aura assez attendu la résurrection de Destinée, elle sera en mesure d'ébranler plus sérieusement les fondations de la Nation X en voulant découvrir son grand secret - l'existence de Moira).

Je ne veux pas sembler trop sévère, mais c'est vrai que je suis resté sur ma faim. Ne pas voir les Maraudeurs m'a frustré - et ce ne sont pas deux data pages, confirmant qu'ils sont surveillés par les services secrets américains, qui combleront ce manque (d'autant que le dialogue intercepté entre Kitty et Bishop ne fait pas avancer les schmilblick). Duggan aurait pu par exemple montrer comment l'équipe a récupéré Colossus en Russie après que Benjamin Percy l'a montré en piteux état dans X-Force #1

Reste le dessin. Matteo Lolli absent (officiellement à cause d'une tendinite au poignet... Ce qui ne l'a pas empêché de participer à des dédicaces récemment...), c'est Michele Bandini qui officie à sa place. En termes de qualité, on reste dans ce que la série connait : c'est honnête sans être renversant.

Bandini n'est pas, comme Lolli, un artiste sensationnel. Je me rappelle de quelques numéros qu'il avait dessinés sur Captain Marvel (la saga Dark Origins) et je n'avais pas été épaté. Formé aux fumetti, il a ramé pour se faire remarquer avant de signer chez Marvel. A 34 ans, c'est une sorte de joueur de seconde division, qu'on emploie pour remplacer des titulaires, pas un espoir prometteur sur lequel la "maison des idées" semble vouloir miser.

L'ensemble est correct, pas désagréable à regarder, mais très statique, peu expressif. Les décors sont traités de façon très aléatoire (les premières pages, avec la Baie, sont les plus belles, mais les couleurs de Federico Blee n'y sont pas étrangères). J'ai vraiment du mal à m'enthousiasmer pour ce fill-in, alors que Marvel n'a pas su/voulu garder des dessinateurs autrement plus talentueux ou sous-exploite de meilleurs talents (Smallwood, Buffagni - même si ce dernier va dessiner un n° de X-Men).

Comme je l'écris en ouverture, c'est un curieux numéro. On a le sentiment que Duggan l'a écrit avec une surprenante désinvolture, en oubliant grandement ce qui fait sa propre série. Souhaitons que ce ne soit qu'un accident.