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mercredi 17 février 2016

Critique 818 : ALDEBARAN, L'INTEGRALE 2/2, de Leo


ALDEBARAN, L'INTEGRALE 2/2 rassemble en un seul volume les trois derniers tomes du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrits et dessinés par Leo, publié en 2011 par Dargaud.
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ALDEBARAN : LA PHOTO est le troisième tome du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrit et dessiné par Leo, publié en 1996 par Dargaud.
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Marc est en prison près d'Anatolie depuis trois ans. Mais, avec l'aide de Pad, il réussit à s'enfuir lors d'une sortie des détenus.
Pad conduit Marc à Anatolie et lui demande, dès qu'il les retrouvera, de lui organiser une rencontre avec Driss et Alexa. En attendant, Marc se réfugie chez la journaliste Gwen qui accepte de l'héberger avec sa colocataire, Lî. Il apprend aussi que Kim est en ville.
Marc retrouve son amie mais la joie des retrouvailles est vite gâchée par Pad qui leur annonce que Gwen a été arrêtée par la police. Le colocataire de Kim, José, emmène Marc dans une planque à l'extérieur d'Anatolie.
Le lendemain, Pad entraîne Marc et Kim au musée d'Anatolie où il leur montre des photos représentant Driss et Alexa... Mais prises cent ans auparavant !
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ALDEBARAN : LE GROUPE est le quatrième tome du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrit et dessiné par Leo, publié en 1997 par Dargaud.
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Gwen et Lî reçoivent un message de Driss et Alexa qui leur donnent un rendez-vous secret. La police, sur ordre de Loomis, filent les deux jeunes femmes.
Pendant ce temps, Marc et Kim s'avouent leurs sentiments et font l'amour, après s'être jurés qu'ils n'avaient pas de liaison avec Lî et José.
Gwen et Lî rencontrent Driss et Alexa qui souhaitent rencontrer le père de la journaliste, Valdorino, ministre modéré du gouvernement d'Aldébaran. Puis José conduit le couple d'océanologues auprès de Marc et Kim.
Valdorino, Gwen et Lî rejoignent Driss, Alexa, Marc et Kim et tout le groupe quitte Anatolie pour se rendre à l'endroit où la Mantrisse est censée se manifester une nouvelle fois. Durant le voyage, Driss et Alexa expliquent aux autres que la créature produit des gélules qui prolongent l'existence et guérit les blessures mais en choisissant ceux à qui elle les offre.
Pad avertit le groupe que Loomis et ses hommes sont à leurs trousses et abandonne son propre vaisseau en espérant dérouter la police. Mais un espion a saboté l'appareil de l'équipe...
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ALDEBARAN : LA CREATURE est le cinquième et dernier tome du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrit et dessiné par Leo, publié en 1998 par Dargaud.
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Le vaisseau du groupe s'échoue dans une zone marécageuse peuplée de monstres. Lî se blesse et entraîne dans sa chute Marc et Kim, qui finissent par débarquer sur une rive où Loomis et ses hommes les arrêtent. Leurs amis - Gwen, son père, Driss, Alexa, Pad et José sont également faits prisonniers.
Tous gagnent le site où doit réapparaître la Mantrisse. La créature tue Loomis et ses hommes mais épargne le groupe à qui elle distribue ses fameuses gélules puis leur montre un engin spatial, celui des premiers colons terriens, dans les profondeurs de l'océan. Grâce aux équipements miraculeusement intacts, ils pourront reprendre contact avec la Terre.
Des élections anticipées portent Valdorino au pouvoir sur Aldébaran dont le régime politique change complètement. Pad se joint à Alexa et Driss pour continuer d'étudier la Mantrisse, tandis que Marc et Driss se préparent à rentrer sur Terre...

Les trois derniers tomes de ce premier cycle des Mondes d'Aldébaran s'ouvrent sur une ellipse de trois ans après les événements du tome 2. Mais cet artifice narratif permet à Leo de confirmer un net coup d'accélérateur dans le déroulement de sa saga.

D'abord, grâce à ce saut dans le temps, la relation entre Marc et Kim va évoluer très sensiblement : si jusqu'ici leurs rapports reposaient sur une dynamique plus ou moins tendue selon les épreuves qu'ils traversaient, en faire un couple d'amants (après que chacun ait pensé que l'autre avait trouvé l'amour) les rapproche un peu plus de la situation de Driss et Alexa. L'auteur suggère de manière évidente que la série va mettre en scène plusieurs passages de relais : les océanologues veulent trouver à la fois leurs assistants et successeurs, le régime politique dictatorial d'Aldébaran va peut-être devenir une démocratie, la Mantrisse va désigner de nouveaux élus...

La narration concentre les rebondissements : le tome 3 se passe sur deux journées, le tome 4 sur une seule, le tome 5 sur trois. Pourtant l'enchaînement reste fluide et crédible : le fait que Marc soit un fugitif et entraîne tous ceux qu'il connaît - Kim, Gwen, Lî, José, Pad - dans sa cavale justifie que celle-ci se déroule dans un laps de temps serré. Cela crée une tension plus grande que dans les deux premiers épisodes.

Si le début de la série s'inscrivait dans le registre de l'anticipation, inspirée à Leo par la transposition sur Aldébaran des aléas politiques qu'il a lui-même connu durant la dictature brésilienne puis chilienne, le fantastique et le récit d'aventures dominent dans ces trois chapitres : d'abord, le lecteur apprend comme Marc et Kim le secret entourant Driss et Alexa et le rôle qu'y joue la Mantrisse (même si les motivations de celle-ci demeurent mystérieuses - là aussi, une inspiration de l'auteur, grand fan de films comme 2001 : L'Odyssée de l'espace dans lequel le monolithe noir restait une énigme), et ensuite, la fuite du groupe, culminant dans leur passage dans la zone des marécages, assure une succession de scènes palpitantes.

Leo anime un casting fourni avec aisance, même si la présence du père, démocrate, de Gwen est un peu artificielle, révélant trop vite, avec trop d'évidence, qu'il sera l'homme providentiel de la mutation politique d'Aldébaran. Néanmoins l'intrigue est menée sur un rythme soutenu et l'épilogue positive du cycle reste naturelle et bienvenue.

Visuellement, la série présente les mêmes qualités et faiblesses depuis le début : le point fort de Leo réside dans la représentation des décors et du bestiaire extraordinaire d'Aldébaran, influencé là encore par son Brésil natal. Ce cadre et ses étranges créatures, à la fois menaçantes et fabuleuses, sont à la fois suffisamment exotiques et étranges, réalistes et étonnants, pour que le lecteur y croit sans réserve, ne soit jamais gêné par des éléments trop irréels.

Le découpage est sage, mettant d'abord en valeur le bon déroulement du récit, en veillant à ce que les informations graphiques soient bien assimilées sans que des cases disposées de manière trop audacieuse ne parasitent l'attention. La colorisation est magnifique, alternant des ambiances très soignées, sublimant les grands espaces, privilégiant les teintes chaudes.

Dommage alors que les personnages, à l'expressivité louable, ne se départissent jamais d'une certaine raideur et manquent de variété dans leurs physionomies. Leo a toujours été un admirateur de Moebius, mais effectivement, comme il l'admet humblement, il lui manque la souplesse technique et le génie de la caractérisation du maître.

Malgré ces petites réserves, Aldébaran est un cycle de cinq albums très plaisant, efficace, possédant une vraie singularité dans son exploration de thèmes politiques, écologiques et de motifs fantastiques, avec des héros attachants.   

mardi 16 février 2016

Critique 817 : ALDEBARAN, L'INTEGRALE 1/2, de Leo


ALDEBARAN, L'INTEGRALE 1/2 rassemble en un seul volume les deux premiers tomes du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrits et dessinés par Leo, publié en 2008 par Dargaud.
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ALDEBARAN : LA CATASTROPHE est le premier tome du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrit et dessiné par Leo, publié en 1994 par Dargaud.
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2179, sur la planète d'Aldébaran, colonie terrienne. Kim rencontre Driss, un océanologue, qui étudie les manifestations d'une étrange créature marine, la Matrisse.
De son côté, Marc fait la connaissance de Gwen, une journaliste à la recherche de Driss. Ce dernier part pour Felton et Kim communique sa destination à Gwen par l'intermédiaire de Marc, qui offre à la reporter de l'escorter.
La Mantrisse détruit le village natal de Kim et Marc : cet acte est interprété par Driss comme le début de "la catastrophe" et il entraîne les deux jeunes gens et Gwen jusqu'à Alvarado. Là-bas, l'océanologue avoue à la journaliste qu'il se sait traqué par la police.
Marc décide de continuer, seul, pour rallier Port Simon puis Anatolie et Kim le suit, sans avertir Driss et Gwen. En route, les deux jeunes croise Pad, un vieil homme qui leur propose d'être leur guide jusqu'à Port Simon. Mais, à la nuit tombée, il s'enfuit en volant le véhicule de Marc.
Marc et Kim atteignent Port Simon où le jeune homme, sans papiers, est arrêté par la police et interrogé par Loomis, qui recherche Driss et sait qu'il a été en contact avec lui à cause de Pad. Marc est jeté en cellule...
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ALDEBARAN : LA BLONDE est le deuxième tome du premier cycle de la série Les Mondes d'Aldébaran, écrit et dessiné par Leo, publié en 1995 par Dargaud.
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Libéré, Marc retrouve par hasard Pad qui, pour s'excuser de l'avoir dénoncé, lui propose un engagement à bord de l'Aramis, en partance pour Anatolie. Ils embarquent avec Kim, mais le capitaine leur confie des corvées à bord pour payer leur voyage.
La traversée devient encore plus difficile pour Marc quand il est harcelé sexuellement par la femme du capitaine, qui les surprend. Kim s'enfuit avec Marc à bord d'un canot de sauvetage et regagne la terre.
Sur la route, ils rencontrent José, un musicien, qui va lui aussi à Anatolie. Il drague Kim puis trouve, pour tous les trois, un emploi dans une plantation.
Avec l'argent qu'ils ont gagné durant un mois, Marc et Kim reprennent leur périple, direction Jaudira. Là, le jeune homme assiste à l'arrestation d'une femme blonde qu'il aide à fuir avec la complicité de Kim à bord d'une caravelle.
La fugitive explique qu'elle est l'épouse de Driss et qu'ils refusent que le gouvernement totalitaire d'Aldébaran contrôle la Mantrisse. Ils dorment à la belle étoile, mais au matin, à leur réveil, la police les encercle. Kim réussit une nouvelle fois à s'échapper mais Marc et Kim sont envoyés en prison...

22 ans après le début de sa parution, relire Aldébaran permet de vérifier que cette oeuvre a bien vieilli et demeure une lecture agréable, exotique, palpitante.

La série des Mondes d'Aldébaran s'est bien développé depuis et compte, à ce jour, quatre cycles : Aldébaran, Bételgeuse, Antarés et Survivants (de cinq albums chacun, sauf pour le dernier, qui en a six). L'intégralité du cycle composant la saga d'Aldébaran a été rassemblé en deux volumes par Dargaud en 2008 (les deux premiers tomes) et 2011 (les trois derniers tomes). Une sorte de consécration pour son auteur, le brésilien Leo, dont le parcours personnel a été aussi périlleux que ses héros.

Luiz Eduardo de Oliveira est né en 1944 à Rio de Janeiro. Il suivra des études d'ingénieur après un passage à l'université et une activité militante à Gauche en 1968. La dictature militaire au Brésil le contraint à s'exiler au Chili en 72 puis en Argentine en 73. Il revient clandestinement au pays en 74 et y dessine pour des publicités. Mais sa situation est précaire et il quitte le continent pour rejoindre la France en 1981 dans l'espoir de vivre de son art. Malheureusement, à cette époque, l'édition connaît une grave crise.

Il collabore à partir de 83 pour "L'Echo des Savanes" puis, en 1985, pour "Pilote". L'année suivante, il dessine des scénarios de Jean-Claude Forest (le créateur de Barbarella) et des histoires vraies dans les revues "Okapi" et "Astrapi". En 1988, c'est la rencontre décisive avec Rodolphe qui deviendra son partenaire régulier jusqu'à aujourd'hui pour les séries Trent, Kenya, Namibia.

En 93, Dargaud lui donne sa chance et Leo crée Aldébaran dont il signe scénario, dessins et couleurs. Cette épopée de science-fiction est un succès critique et public, dont le propos et le traitement tranche avec les codes du genre.

Le monde décrit dès ces deux premiers tomes se réfère clairement au régime totalitaire qu'a connu et fui l'auteur dans le Brésil des années 60 puis le Chili des années 70. Transposé sur une planète lointaine, colonisée par les humains, et où les océans recouvrent la majeure partie du globe, le récit est une efficace métaphore politique derrière une succession d'aventures fantastiques.

Les couples formés par Marc et Driss, livrés à eux-mêmes après l'anéantissement de leur village natal, répond à celui de Driss et Alexa, chercheurs étudiant l'énigmatique Mantrisse et formant une paire plus expérimenté. L'histoire prend des airs de conte initiatique avec son lot d'épreuves qui rendent les héros sympathiques. Mais les seconds rôles sont également soignés, comme l'ambigu Pad (fripouille évidente mais attachante) ou l'inquiétant chef de la police, Loomis.

Ce qui distingue cependant Aldébaran, c'est le fabuleux bestiaire que la série met en scène : Leo a de l'imagination, certes, mais surtout une précision maniaque pour représenter des créatures à la fois fascinantes et terrifiantes. Cela deviendra sa marque de fabrique : cette planète ainsi décrite et peuplée est très crédible.

La narration est dense : le premier tome se déroule sur cinq jours, le deuxième sur sept, mais les protagonistes traversent une multitude d'événements qui ne leur laisse, pas plus qu'au lecteur, le temps de respirer.

Visuellement, Leo s'inscrit dans un registre réaliste : son trait est sobre, épuré, mais méticuleux. Cela fait merveille pour camper des décors variés, majoritairement en extérieur, et des engins, aux designs évocateurs et inspirés.

En revanche, ses personnages, bien qu'expressifs, souffrent d'une raideur un peu déplorable et semblent modelés de façon trop semblable. Dessinateur solide et inventif, Leo ne parviendra cependant jamais à s'assouplir.

Mais cette faiblesse est nuancée par son talent de coloriste, avec une palette éclatante, qui magnifie les paysages et les ambiances.

Suite et fin de ce premier cycle dans la prochaine Intégrale, qui confirme toutes les qualités et défauts de ce titre prenant mais graphiquement inégal.