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dimanche 21 novembre 2021

LAST NIGHT IN SOHO, de Edgar Wright (critique avec spoilers !)


Trois and après son enthousiasmant Baby Driver, Edgar Wright est de retour avec Last Night in Soho. Et le cinéaste signe là son oeuvre la plus noire, mais avec la même virtuosité. On peut s'étonner que le film n'ait pas rencontré son public, tout en nuançant cet échec par la situation actuelle de crise sanitaire (qui ne motive pas les spectateurs à retourner dans les salles de cinéma). Mais on peut facilement parier que cette pépite gagnera un statut d'oeuvre culte avec le temps.


Eloise "Ellie" Turner vit en Cournouialles et adore la pop culture des années 60. Elle rêve de devenir styliste comme a failli l'être sa mère, qui, sujette à des troubles mentaux, s'est suicidée quand Ellie était enfant. Lorsqu'elle est admise dans une école de monde, elle part pour la capitale. Mais sur place, elle doit subir les railleries de ses camarades de classe, en particulier Jocasta, avec qui elle partage une chambre à la cité universitaire. Seul John est sympathique avec elle.


Ellie décide de louer une chambre de bonne louée par Mlle Collins dans les quartier de Soho. La nuit venue, elle rêve qu'elle est projetée dans les années 60 et entre dans le "Café de Paris" où elle remarque une belle jeune femme blonde, Sandie, qui aborde Jack, un dénicheur de talents, pour décrocher une audition. C'est le coup de foudre et ils entament aussitôt une liaison passionnée, finissant la nuit dans la chambre qu'occupe aujourd'hui Ellie.


Le lendemain, en classe, Ellie dessine la robe que portait Sandie dans son rêve. Pour payer son loyer, elle postule comme serveuse dans un bar de Soho et est engagée. Elle remarque un vieil homme qui la dévisage et que le barman surnomme "la sangsue" à cause de sa réputation de séducteur passé. Ellie, le soir, se couche et retourne dans les années 60. Elle suit Sandie et Jack dans un cabaret, le "Rialto", où la jeune femme passe une audition avec succès. Inspirée par ces visions, Ellie, le lendemain, va chez le coiffeur et se fait teindre en blonde comme Sandie puis adopte un look rétro. "La sangsue" tente de l'aborder mais elle l'ignore, apeurée.
 

Lors d'un nouveau rêve, Ellie découvre que les ambitions de Sandie se brisent. Jack l'incite à coucher avec un producteur puis d'autres hommes. Elle s'y soumet en espérant que cela lui permettra de décrocher un contrat de chanteuse - en vain. Bouleversée, Ellie est en proie à des hallucinations dans la journée où elle croit voir les clients de sandie. Remarquant sa détresse, John invite Ellie à une fête pour Halloween mais Jocasta drogue sa boisson. Croyant voir Jack et Sandie, elle panqiue. John se propose de la reconduire chez elle. Elle l'invite dans sa chambre et se donne à lui mais dans un miroir, elle voit Jack tuer sauvagement Sandie. Ses cris alertent Mlle Collins et force John à se carapater.


Convaincue que "la sangsue" est Jack, Ellie le dénonce à la police mais on ne la prend pas au sérieux. Elle se rend aux archives d'une médiathèque pour consulter des articles de presse dans l'espoir d'en trouver un sur la mort de Sandie. A la place, elle découvre une série de crimes irrésolus sur des hommes dans le quartier de Soho. A nouveau, Ellie croit voir les fantômes de clients de Sandie et panique, elle dégaine une paire de ciseaux pour se défendre et manque de peu de blesser Jocasta.


Pour confondre "la sangsue", elle essaie de le piéger au bar en l'assaillant de questions sur son passé et celui de Sandie.  Agacé, il s'en va mais un taxi le percute. Une ambulance arrive et la propriétaire du bar révèle à Ellie qu'il s'appelait Lindsay et qu'il était policier autrefois, amoureux de Sandie qu'il avait tenté de sauver de la prostitution comme d'autres filles perdues. Horrifiée par sa méprise, elle part en courant et tombe sur Jack qui, passant par là, a cru que l'ambulance était là pour elle.


John raccompagne Ellie chez elle. Elle veut quitter Londres sans délai et va chercher ses affaires dans sa chambre. Elle frappe à la porte de Mlle Collins pour la prévenir et la vieille dame l'invite à boire un thès en lui expliquant avoir reçu la visite de la police. Elle s'allume une cigarette puis révèle à Ellie être Sandie. Elle a tué Jack et les clients auxquels il la vendait, refusant la main tendue de Lindsay, préférant se venger pour ses rêves brisés. John, inquiet, frappe à la porte de Mlle Collins. Ellie le met en garde mais il se fait poignarder. La cigarette de Mlle Collins tombe parterre. Un incendie se déclare. Ellie monte à l'étage, poursuivie par sa logeuse qui, quand elle arrive dans la chambre de sa locataire, fait face aux spectres de ses victimes. Ellie s'éclipse, laissant Mlle Collins périr dans les flammes alors que les pompiers arrivent.


Quelque temps plus tard, Ellie est acclamée après avoir présenté ses créations lors d'un défilé organisé par son école. Félicitée par sa grand-mère, venue des Cornouailles, et John, elle aperçoit sa mère dans un miroir puis Sandie qui lui envoie un baiser.

Sans Quentin Tarantino, peut-être que Edgar Wright n'aurait pas réalisé Last Night in Soho : les deux cinéastes sont amis de longue date et partage le même goût pour la pop culture et le premier a soufflé au second le titre de son nouvel opus. Wright travaillait sur cette histoire depuis des années, en butant sur le nom qu'il allait lui donner.

L'autre déclic a eu lieu, pour Wright, quand il a vu Once Upon a Time... In Hollywood : bluffé par la reconstitution de la Californie de la fin des années 60 dans le chef d'oeuvre de Tarantino, il a alors su qu'il pourrait faire de même avec le Swinging London. Mais, contrairement à son confrère, l'anglais n'entendait pas réécrire l'histoire pour lui donner une happy end. Au contraire.

Bien qu'il adore la pop culture et les 60's, Edgar Wright avec sa co-scénariste Kristy Wilson-Cairns a voulu en montrer la face cachée. Pour tout le monde, c'est une époque d'insouciance, mais en vérité elle a été traversée par des événements dramatiques partout dans le monde. La légéreté ambiante n'était qu'une façon de supporter de nombreuses horreurs et, à cet égard, les témoignages de ses acteurs, Diana Rigg (dont ce fut le dernier rôle et à qui le film est dédié) et Terence Stamp, n'ont fait que confirmer le sentiment du cinéaste.

Comme pour Baby Driver, Wright a choisi un personnage juvénile, innocent. Mais surtout vulnérable. Dès la première scène, Héloise "Ellie" voit de drôles de choses dans les miroirs, ce qui introduit un élément subtilement fantastique. Par la suite, cela va aller crescendo. On suit donc cette jeune fille à Londres où elle fait des études de stylisme : elle est à part, ses références s'inspirent des années 60, elle écoute les Kinks et idolâtre Audrey Hepburn, ce qui lui vaut les quolibets de ses camarades, mais l'intérêt de ses professeurs et d'un gentil garçon, John.

Ellie loue une chambre chez une vieille dame et là, le film opère une première bascule. Lorsqu'elle rêve, la jeune fille est propulsée dans le Londres de la fin des années 60 où elle marche dans les pas d'une starlette aspirante chanteuse, Sandie, que va prendre sous son aile Jack, un séduisant rabatteur. Très vite, le cauchemar éclipse la fantaisie : Sandie est forcée de se prostituer. Ellie est bouleversée et va tenter de savoir ce qui s'est passé quand elle voit le meurtre de la starlette par son amant.

Wright ne cache pas ses références : on pense à Répulsion, de Roman Polanski (1965), puis les giallos, les polars d'épouvante italiens populaires dans les années 70. Il reproduit de façon incroyable, bluffante, les mises en scène de Polanski et Dario Argento dans des scènes marquantes, mais jamais gratuitement. Le cinéaste joue avec l'exercice de style mais, certainement grâce à la contribution de sa co-scénariste Kristy Wilson-Cairns, il le double d'un commentaire remarquable post-#MeToo, enregistrant les violences subies par les femmes, les coulisses glauques de l'industrie du spectacle, la figure prédatrice des hommes de pouvoir (de ce point de vue, Jack est un méchant aussi séduisant qu'abject). Mais il traite tout ça avec recul et même une pointe d'humour grotesque bienvenue (le rôle de Mlle Collins et la révélation concernant son identité).

Dans sa première partie, il me semble aussi que le film rend hommage à Little Nemo de Winsor McCay que j'ai toujours considéré comme une BD non seulement fondatrice mais cauchemardesque (avec les rêves psychédéliques avant l'heure de son héros et ses aventures délirantes). Plus généralement, dans sa deuxième partie, l'histoire prend la forme du conte, avec sa jeune héroïne assaillie par des fantômes, sa structure spiralique, sa descente aux enfers. Enfin, le troisième acte ne recule pas devant un certain grand-guignol, que vient à peine modérer la fin (comme un écho du Once Upon a Time... In Hollywood de Tarantino, plus sentimental sur ce coup que Wright). C'est donc étourdissant (pour reprendre le mot que la grand-mère d'Ellie à propos de la découverte de Londres) mais plus amer qu'acidulé.

Plongés dans cette critique du romantisme de l'époque, les acteurs contribuent décisivement à la réussite du projet. J'ai déjà cité Diana Rigg et Terence Stamp, témoins de ce temps passé, sans illusions, mais qui par leurs seules présences permettent de crédibiliser le propos. Matt Smith est fascinant en amant diabolique (aux antipodes de son rôle de Dr. Who). Mais bien sûr, ce sont les deux comédiennes principales qui concentrent tout l'intérêt.

On a beaucoup mis en avant, durant la promo du film, Anya Taylor Joy : l'actrice a changé de statut depuis le carton sur Netflix de la série Le Jeu de la Dame (The Queen's Gambit) et elle est absolument parfaite ici encore. Blonde, coiffée d'une choucroute typique des chanteuses de pop 60's, dans sa robe rose vaporeuse, elle personnifie le glam et la déchéance avec une intensité peu commune. Pourtant, en étant tout à fait franc, il me semble que Thomasin McKenzie lui vole la vedette. Révélée en 2018 (dans Leave no Trace, de Debra Zanick ) elle a bien grandi pour devenir une ravissante jeune femme. Son visage angélique fascine, mais surtout la maturité de son jeu, pour elle qui est de toutes les scènes et passe dans par tous les états, bluffe. Réussir à éclipser Taylor Joy est une sacrée performance, mais elle tient aussi tête à Stamp et Rigg sans problème. J'espère vraiment que, malgré l'échec commercial du film, sa prestation lui assurera de futures grands rôles.

Et puis bien sûr, il y a la photo, magnifique de Chung-hoon Chung, la musique rassemblée par Steven Price et Wright (la bande originale est juste insensée). Last Night in Soho est un putain de bon film, peut-être le meilleur de son auteur (en tout cas avec Scott Pilgrim). Si vous l'avez raté ou s'il n'est pas arrivé jusqu'au cinéma près de chez vous, sautez sur le DVD dès qu'il sera dispo (c'est pour bientôt) !  

*
Le film a inspiré plusieurs superbes fan-arts à des spectateurs. J'ai trouvé cette affiche alternative sur Twitter, mais j'ai oublié de noter le nom de son auteur. Et encore une fois, je regrette que les distributeurs et les producteurs ne choisissent plus de promouvoir les films avec des posters comme ça.

samedi 28 mars 2020

FOLKLORDS #5, de Matt Kindt et Matt Smith


Avec ce cinquième épisode s'achève Folklords... Quoique, à l'évidence, une suite serait dans les tuyaux quand on considère la fin de chapitre, qui, comme une boucle, renvoie le lecteur au début de l'aventure à la faveur d'un twist malicieux. Matt Kindt et Matt Smith concluent en beauté, mais forcément aussi de manière frustrante ce tour de piste.


Ansel, accompagné de Vilaine, retrouve l'elfe Archer dans une des parties de la Bibliothèque des Livres Bannis. Les deux amis se disputent, Ansel estimant que Archer l'a trahi en le livrant à Greta dans la forêt. Mais Vilaine les interrompt.


En effet, les bibliothécaires viennent les arrêter et les conduisent dans une grande salle où ils sont reçus par John Ronald, le Folklord. Originaire de la même dimension que Ansel, il est celui qui a créé celle où il a grandi et en a rédigé les lois.


Ronald entend maintenant corriger cet anomalie que représente Ansel. Il abat Vilaine avant d'être assommé par Demure, l'amie d'Ansel qui l'a suivie en secret et s'est infiltrée parmi les bibliothécaires. Mais Ronald se ressaisit et lui tire dessus.


Ansel se jette sur Ronald mais il échoue à le vaincre. Il faut l'intervention opportune de Sal, le bibliothécaire banni, qui brise le cou du Folklord, pour le sauver. Vilaine, grâce à sa côte de maille, et Demure, grâce à son armure, ont survécu.


Sal se proclame nouveau directeur de la Bibliothèque en dénonçant les mensonges de Ronald, puis livre l'adresse des autres Folklords à Ansel, qui a pour mission de les éliminer. Dans notre monde, une jeune fille, habillée comme dans la dimension de Ansel, se précipite dans une bibliothèque pour trouver un moyen de le rejoindre dans sa quête...

Parfois il est bon d'être frustré par une lecture : c'est le signe qu'on en veut davantage, qu'on souhaite une suite, et cela, Matt Kindt l'a bien compris en concluant cet épisode de Folklords. Nous quittons Ansel, Vilaine et Demure alors qu'ils s'engagent dans une nouvelle quête tandis que dans notre monde, une autre héroïne veut les rejoindre.

Cela suggère qu'il y aura un Acte II à cette histoire. Mais surtout, la composition du récit prend la forme d'une boucle en nous montrant un personnage inédit démarrer la même démarche que celle empruntée par Ansel dans le premier épisode.

Entre temps, le périple de Ansel a atteint son pic : nous l'avions laissé, il y a un mois, dans le labyrinthe de la Bibliothèque des Livres Bannis, perdu dans les tranchées où il retrouvait son ami, l'elfe Archer. Kindt semblait dire que se perdre dans les fictions revenait à se perdre tout court, à ne plus distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux. C'était une sorte d'épreuve de vérité ultime.

Mais le commentaire méta-fictionnel prend une tournure à la fois plus convenue et plus efficace quand on apprend avec le héros et ses compagnons que le maître d'oeuvre est un auteur mégalomane, échappé de la même dimension que Ansel, et qui entend réparer le déraillement de sa fiction en éliminant ce dernier (et tous ceux qui l'ennuient). John Ronald, c'est à la fois la figure du scénariste tout-puissant et un fantoche, un marionnettiste et le pantin de sa propre comédie : il s'est, lui, littéralement perdu en se croyant immortel, en s'arrogeant le droit de vie et de mort non pas sur des personnages imaginaires mais des êtres de chair et de sang (puisque Matt Kindt a réussi à nous les rendre attachants).

Il faut, de façon quasi-freudienne, tuer le père en tuant John Ronald, qui ressemble plus à un tyran, un chef de secte (formée par les bibliothécaires) qu'à un aimable conteur, ménageant une belle fin aux protagonistes. Ceux-ci sont les grains de sable qui ont provoqué l'enrayement de sa belle machine fictionnelle. Il est ironique que ce soit de la main d'un bibliothécaire banni que Ronald trouve la mort - bien qu'on puisse douter que Sal soit un meilleur chef que lui.

Matt Smith illustre cela avec sa facilité habituelle. Pour moi qui ne connaissait pas cet artiste, c'est une révélation et j'espère, dans l'avenir, pouvoir me procurer d'autres de ses livres. Il a un trait simple mais expressif, et un vrai talent de narrateur. Son découpage est limpide, fluide, ses finitions soignées.

Surtout, ce qui épate, c'est la modestie de Smith. Il sert le récit, humblement. Pourtant, si vous en avez l'occasion ou la curiosité, allez visiter son compte Twitter : il y poste en abondance ses recherches pour trouver le look des personnages, le design des décors. On peut alors constater avec quelle minutie il prépare son ouvrage et surtout mesurer que derrière cette simplicité, il y a un travail fourni.

Souhaitons en tout cas que notre intuition se confirme et que les deux Matt concoctent une suite à cette mini-série très bien fichue.

dimanche 1 mars 2020

FOLKLORDS #4, de Matt Kindt et Matt Smith


C'est déjà le pénultième épisode de Folklords et on ne peut pas dire que Matt Kindt ne nous aura pas fait voyager en nous invitant à suivre la quête étrange de Ansel, son héros. Le récit conserve sa part de mystère, mais annonce aussi une conclusion qui devrait éclairer tout le monde sur le sens de cette aventure. A l'image des dessins de Matt Smith, on a envie de se dire qu'il faut se méfier de l'eau qui dort dans cette histoire faussement limpide.


Ansel interroge Vilaine sur son passé et elle lui explique avoir toujours pensé que sa laideur était une malédiction. A ce titre, elle était donc aussi convaincu qu'il existait un remède. Vilaine a d'abord misé sur une solution romantique, en vain.


Arrivée à l'âge adulte, il était devenu évident qu'elle devait changer de stratégie ou d'existence. Elle a alors décidé d'assumer sa condition et de devenir une aventurière-guerrière, en sillonnant diverses contrées et en bravant mille dangers. Enfin, elle se sentait vivre.


Ansel et Vilaine reprennent leur route en direction de la Bibliothèque des Livres Bannis. Ils croisent à ses abords un chevalier, ancien bibliothécaire, banni, qui leur permet d'accéder au bâtiment tout en les prévenant des dangers qu'il abrite.


Ansel et Vilaine sont ensuite livrés à eux-mêmes et rencontrent un des Bibliothécaires qui leur explique que le bâtiment est pareil à un labyrinthe, où chaque livre est à la fois une entrée et une issue. Ils s'aventurent ainsi dans plusieurs pièces au hasard.


Ansel et Vilaine échouent dans une tranchée où, surprise, se trouvent, parmi d'autres soldats, Archer, l'elfe ami d'Ansel. Mais ailleurs, l'Auteur de cette allégorie, pense qu'il est temps pour lui d'intervenir dans ce récit pour le débrouiller...

Folklords est décidément une bien curieuse mini-série. J'avais d'ailleurs entamé sa lecture en pensant m'engager dans une ongoing tant le potentiel me semblait évident pour une histoire au long cours. Puis j'appris que Matt Kindt allait boucler cette affaire en seulement cinq épisodes.

Cela en dit long sur la manière dont cet auteur réussit à nous balader. On part pour une quête, qui suggère un développement long, puis on découvre que celle-ci sera brève. D'autres indices cryptiques intriguent : le héros, Ansel, évolue dans un cadre de  fantasy avec elfes, trolls et autres chevaliers, mais est vêtu comme un écolier de notre monde. Très vite, il est séparé de son compagnon de voyage, qui semble l'avoir trahi, est fait prisonnier par une épouvantable gamine et son frère dégénéré dans une forêt inquiétante, rencontre une sorte d'ogresse aussi laide que généreuse et courageuse, et enfin les voici dans une bibliothèque de livres bannis, le repaire des fameux folklords, qui sont peut-être des imposteurs.

Tout indique en effet que ces seigneurs du folklore ont bourré le crâne des gens de ces contrées avec des histoires, des superstitions, cruelles, fantasques, pour les maintenir dans un état de servilité. Kindt brosse donc de manière subtile et imprévisible le portrait d'une société bridée par des fabulistes despotiques.

Il dit aussi qu'un jeune garçon, comme étranger à la peur et aux traditions, choisit de percer le secret de ces oppresseurs, devinant que leur pouvoir repose sur des inventions répressives, un contrôle de l'imaginaire. C'est une métaphore étonnante sur la faculté qu'ont les histoires de nous éduquer, de nous brimer, alors que, généralement, on se sert de ce biais pour nous expliquer que les récits nous élèvent, nous permettent de nous évader.

La fiction en tout cas détermine notre identité, sauf si on choisit de ne pas y croire ou de ne pas s'en contenter, parce qu'on en a mesuré la fausseté. C'est ce que raconte le personnage de Vilaine, dont les origines parlent du refus du déterminisme. Née laide, alors que ses parents étaient beaux, et harcelée à l'école, elle pense d'abord que son aspect physique est le résultat d'une malédiction. Il faut la lever et elle croit que la solution passe par des moyens romantiques, dignes des contes. Ses échecs répétés la motivent à abandonner, mais pour mieux se réinventer en aventurière, assumant son apparence, échappant du même coup aux mauvais traitements qu'on lui infligeait.

Cette détermination rejoint celle de Ansel qui, donc, veut faire toute la lumière sur les folklords, malgré les interdits. Quand le duo, improbable mais solidaire et complémentaire, s'engage dans la bibliothèque, ils sont d'abord, brièvement, guidés, par une ancien membre de l'établissement, avant d'être livrés à eux-mêmes, comme, en vérité, ils l'ont toujours été, ce qui les immunise contre la peur. Les voilà errant dans un labyrinthe borgésien où ils passent d'univers en univers, de genre en genre... Jusqu'à l'impasse ?

Les dessins de Matt Smith ont cette redoutable qualité de nous prendre par la main pour nous rassurer et, le moment venu, mieux nous perdre. Tout est à la fois clair et nébuleux dans ce trait limpide, simple, ce découpage fluide, mais dont la trajectoire est déroutante, vertigineuse.

Smith excelle à rendre le flou artistique, l'évident mystérieux, le symbole cryptique, le rebondissement inattendu. On nage en pleine illusion tout en se déplaçant, avec Ansel et Vilaine, comme en plein jour, certains du trajet à suivre. Au détour d'une case, un élément nous indique pourtant le fantastique d'un décor (quand on voit Vilaine, dans le passé, affrontant un monstre). Mais pourtant on avance, on progresse... Tout en sachant qu'on se fait mener par le bout du nez.

A l'ultime page, nous voici plongés dans les ténèbres, en compagnie d'un homme, dont l'apparence détone totalement avec ce qui a précédé. On devine à son propos qu'il est l'Auteur de cette histoire (un double de Kindt ?), truffé de métaphores, visant l'allégorie, et le comic-book vire au méta-texte sur les comics, les contes. Plusieurs fois auparavant, notamment quand Ansel rêvait, on avait un aperçu d'une réalité parallèle semblable à la notre, qui suggérait une mise en abyme entre le monde de Folklords et celui d'un narrateur qui semblait en dérouler le récit progressivement, en le murmurant à l'oreille du héros.

Désormais, cet Auteur décide d'intervenir dans l'histoire. Qu'est-ce que cela nous réserve ? Sûrement un final excitant et imprévisible, qui a de quoi transformer cette mini-série en grande fable et bouleversante révélation sur l'identité d'Ansel. Rendez-vous dans un mois pour découvrir le fin mot de cette affaire. 

vendredi 24 janvier 2020

FOLKLORDS #3, de Matt Kindt et Matt Smith


La série de Matt Kindt et Matt Smith est devenue un rendez-vous que j'attends avec gourmandise. Folklords s'est imposée sans forcer, par la seule force de son histoire et de son graphisme efficace et sobre. Mais aussi parce qu'elle suggère, de manière subtile, une autre dimension, un subplot encore cryptique mais très accrocheur sur la notion même de conte.


Ansel revient à lui dans la cabane où il a suivi la piste de son ami, l'elfe Archer, et de l'orpheline Greta. Mais mauvaise surprise : c'est cette dernière qui l'a piégé et s'apprête à le torturer comme d'autres enfants avant lui.


Par le passé, Greta et son frère Hanz ont échoué ici, après avoir fugué du village. Nourris de friandises, ils n'ont pu s'échapper, Hanz devenant même un monstre assassin pendant l'absence de leur hôte, Tines, un des bibliothécaires.


Pour garder un souvenir de leurs victimes, Greta les dessine avant leur trépas. Hanz saisit ses instruments de torture et s'apprête à les utiliser sur le malheureux Ansel. Mais on frappe à la porte de la cabane et Greta va voir qui est-ce, interdisant à son frère de commencer sans elle.


Lorsque des bruits de lutte parviennent jusqu'à Hanz, Ansel l'encourage à aller aider sa soeur. Puis il en profite pour se libérer. Il découvre ensuite que c'est la vilaine femme, précédemment croisée dans la forêt, qui se bat avec ses geôliers et lui ordonne de fuir.


Après les avoir tués, elle met le feu à la cabane et invite Ansel chez elle pour le soigner. Elle lui révèle que Archer l'a trahi. Puis il évoque sa quête, proposant à la vilaine femme de l'accompagner...

Tout dans Folklords a un air de déjà-vu : le décor, qui emprunte aux contes ; la construction du récit, avec chaque épisode consacré à une étape initiatique pour le jeune héros de la série ; les personnages, familiers...

... Mais c'est une impression trompeuse car Matt Kindt apprécie visiblement de tordre le cou aux clichés. Et ce troisième numéro illustre parfaitement cette tendance. On avait quitté Ansel en fâcheuse posture, prisonnier dans une cabane, ligoté à une planche où il allait être probablement torturé. Par qui ?

Et, surprise, ce n'est pas un ogre (ou une créature inquiétante équivalente), mais la jeune Greta, rencontrée dans la forêt, qui joue le rôle du bourreau. Elle déroule l'origine de son séjour ici - comme Ansel, elle a fugué, mais elle a été piégée avec son frère par un bibliothécaire ermite à coups de confiseries empoisonnées. Ce dernier disparu, elle a transformé sa cabane en cabinet des horreurs, attirant des innocents pour les supprimer tout en les dessinant avant leur décès pour conserver un souvenir.

En voyant cette jeune fille à qui on donnerait littéralement le Bon Dieu sans confessions, avec ses nattes blondes et son tablier bleu, son visage angélique, personne ne pouvait se douter du monstre qu'elle était. Contrairement à son frère, défiguré à force de se gaver de bonbons et devenu demeuré.

Kindt s'y entend pour faire monter la tension et on s'inquiète franchement pour le malheureux Ansel à qui on promet un très mauvais moment. D'où viendra son salut ? En voix off, le narrateur insiste, en ouverture et en clôture de l'épisode, sur la notion d'omniscience : cela renvoie au scénariste lui-même mais aussi au lecteur de l'histoire, les deux seuls (peut-être) à savoir ce qui peut se passer. A moins que tout ça ne les dépasse et que ce soit en vérité le récit qui le agisse plus qu'il n'influence le cours des événements.

C'est donc un sauveur aussi inattendu que le vrai monstre dont viendra le salut d'Ansel. Avant d'ultimes pages, mystérieuses, envoûtantes, qui nous entraînent vers une bibliothèque étrange, ajoutant à l'intrigue souterraine de Folklords, celle où se situent les rêves d'Ansel et d'autres indices sur la nature véritable de la série.

Confier les illustrations à Matt Smith est l'autre riche idée de la série (car si, comme c'était prévu initialement, c'était Kindt qui s'en était chargé, l'objet aurait été bien différent, assurément moins accessible, moins séduisant). Son style est simple, son trait sobre, dépouillé, son découpage lisible, classique.

Mais le diable est dans les détails, et il ne faut pas juger cette histoire à son apparence. Smith est un appât efficace et indéniable pour alpaguer le lecteur : on pénètre dans ce récit facilement, Ansel est un héros sympathique, le cadre a quelque chose d'immédiat, d'évident. Et pourtant, tout cela nous emmène ailleurs par petites touches : les costumes par exemple sont éloquents (Ansel avec son costume de collégien "normal" tandis que tous les autres sont vêtus comme des personnages de fables), les attitudes et les expressions ensuite (l'angoisse légitime d'Ansel face au calme déterminé de Greta ou le côté rustre de la vilaine femme).

Le découpage est d'une fluidité remarquable comme en témoigne la scène d'ouverture, avec des dessins d'enfants inquiétants, qui conduisent à la position périlleuse d'Ansel et au programme sinistre que lui réserve Greta. Ou, plus tard, quand la vilaine femme soigne Ansel, au coin d'un feu de cheminée, alors qu'elle lui révèle la trahison d'Archer ou qu'il lui parle de sa quête (le contraste entre l'ambiance apaisante et la tension électrique des dialogues fonctionne à fond).

D'une bande dessinée qui traite de la narration, de l'art de conter, on entend qu'elle soit à la hauteur de ses ambitions sans sacrifier à la nuance. Matt Kindt et Matt Smith font mieux que ça en distillant en experts les indices comme on sème de petits cailloux, ferrant le lecteur en lui donnant des frissons délectables et un mystère fascinant. 

samedi 21 décembre 2019

FOLKLORDS #2, de Matt Kindt et Matt Smith


Le premier épisode de Folklords a été un de mes coups de coeur du mois dernier et j'étais curieux de savoir si cette bonne impression se confirmerait avec ce nouveau numéro. Matt Kindt ne déçoit pas tout en livrant un récit de facture classique, une histoire initiatique dont la simplicité dissimule un mystère très intriguant. De son côté, Matt Smith opère de manière semblable, avec un dessin qui réussit à captiver sans verser dans le spectaculaire.


Ansel et Archer ont pris la route après avoir fui malgré l'interdiction des Bibliothécaires. Archer raconte ses origines : unique elfe du village, il n'a jamais connu ses vrais parents, recueilli par un couple très pauvre au destin cruel.


Les deux garçons doivent choisir entre poursuivre leur quête via une route toute tracée ou à travers une forêt enchantée. Ils empruntent cette seconde voie à l'initiative d'Ansel, qui ne se doute pas comme Archer que quelqu'un les surveille.


Ils ne mettent pas longtemps à croiser un obstacle en la personne d'une femme aussi forte que très laide, à l'air menaçant. Archer la blesse avec son lance-pierre puis prend la fuite. Elle attrape Ansel qu'elle embrasse avant de le relâcher, la mine dépitée.


Les deux garçons approchent ensuite d'une rivière où une jeune fille, Greta, pleure la disparition de son frère dans les bois. Devant un feu, à la nuit tombée, elle raconte qu'il aurait été enlevé par un tueur qui drogue les enfants puis les enterre de sorte que la forêt est peuplée d'arbres maudits.


Ansel fait un cauchemar et se réveille en sursaut au petit matin. Mais Archer et Greta ont disparu. Il part à leur recherche et aboutit à une maisonnette devant laquelle il perd connaissance. Lorsqu'il revient à lui, il est prisonnier et ligoté à la merci de ce qu'il croit être le tueur de la forêt...

Tout dans Folklords repose sur un subtil art du décalage, rien n'y est ce qu'il paraît être. Soit on accepte ce parti-pris et on se régale. Soit on y n'adhère pas et on s'ennuie. Mais pour qui suit les pas de Ansel et Archer, l'aventure vaut, à mon avis, le coup car Matt Kind intrigue efficacement.

Tout commence par la tenue de Ansel, vêtu comme un collégien d'un établissement privé normal, avec son pantalon, sa veste et sa cravate noirs et sa chemise blanche, alors que l'histoire se situe dans un monde de fantasy. Cela suffit à troubler constamment le lecteur qui voit cela comme un indice sur la nature réel du conte. Il est évident que Ansel ne vient pas d'ici, et le secret de ses origines est la clé de tout. Mais cela, évidemment, Kindt se garde bien de l'éventer.

Ensuite, au début de ce nouvel épisode, on apprend le passé de Archer et d'une manière semblable, on a droit à un écart entre ce que l'elfe dévoile et ce que les images de Matt Smith révèlent. D'un côté, il y a une sorte de fable triste mais commune sur un enfant perdu, recueilli ; de l'autre, une malédiction sinistre (même si la responsabilité de l'elfe reste sujette à caution). 

Ainsi, chaque étape du scénario joue avec le vrai et le faux, la réalité et les apparences, et c'est au lecteur d'apprécier, parfois sans que l'auteur tranche. Lorsque Ansel est embrassé de force par la femme des bois, sa réaction est d'abord dégoûtée (sans doute parce qu'il n'a jamais été embrassé de cette manière et qui plus est par une femme aussi laide) puis très vite il soupçonne qu'elle est peut-être une princesse qui désirait ce baiser pour récupérer une apparence plus flatteuse, mais ça n'a pas fonctionné - et cela justifie le dépit manifeste qu'elle exprime en libérant le garçon sans violence.

Juste après, Archer et son partenaire découvrent la jeune Greta et l'elfe craint un piège (comme nous). Pourtant, Kindt ne nous donne pas ce qu'on attendait et livre une nouvelle histoire dans son histoire, avec un tueur dans la forêt, un enlèvement, des bonbons drogués... Le duo se fait trio, et la quête initiale dévie pour se donner l'objectif de retrouver le frère de Greta. D'où vient alors ce malaise que la jeune fille a mené en bateau les deux amis ?

Cela se confirme quand au matin, Archer et Greta se sont volatilisés et que Ansel remonte rapidement leur piste avant de tomber dans un piège redoutable. Entretemps, il a fait un rêve très étrange, parcellaire, morcelé, qui suggère encore une fois qu'il ne vient pas de ce monde : il a repêché en songe un smartphone, a entendu des voix évoquant une autre réalité, remettant en question la logique même des contes...

Parce que tout cela est raconté de manière très fluide, on se laisse facilement hameçonner. Les éléments perturbants disséminés ici et là contribuent à nous accrocher. On veut savoir en même temps que le récit, ses péripéties nous emmènent ailleurs. C'est une route à deux voies, apparemment parallèles mais vouées à se rejoindre. Et l'attachement qu'on a pour Ansel, la curiosité que suscite Archer, la méfiance qu'engendre Greta, tout cela alpague.

Le dessin de Matt Smith est excellent. Il sait parfaitement représenter des enfants sans niaiserie, en les rendant expressifs malgré un trait économe. Le décor principal de la forêt est inquiétant sans sombrer dans dans quelque chose de trop convenu. La colorisation de Chris O'Halloran contribue à cela car il privilégie des tons agréable, rassurants, nuancés. Notre vigilance est en quelque sorte endormi de la même façon que le tueur des bois piège ses victimes avec des bonbons. Cette correspondance entre l'image et les motifs narratifs est très habile.

L'aventure ne fait que commencer mais elle est bigrement addictive et dépaysante. Bien qu'elle s'en distingue, cette série rappelle le plaisir qu'on avait à lire les Fables de Bill Willingham autrefois. 

vendredi 15 novembre 2019

FOLKLORDS #1, de Matt Kindt et Matt Smith


Bien que je me sois juré de ne pas entamer de nouvelle série régulière (j'en ai bien assez à suivre), je fais une exception pour Folklords, publiée par Boom ! Studios (et je vous explique pourquoi plus loin). Ecrite par l'hyper-productif Matt Kindt et dessiné par Matt Smith, ce récit initiatique est immédiatement accrocheur et joliment mis en images. 


Ansel est un jeune garçon de dix-huit ans qui vit avec ses parents dans un village. Mais sujet à des rêves récurrents et des visions, dans lesquels il a accès à un monde semblable au nôtre, il s'habille et pense différemment, ce qui lui vaut des regards désapprobateurs ou moqueurs.
  

Il se rend à une fête où sont ses amis. Chacun dévoile la quête qu'il entend accomplir, comme c'est la tradition, mais quand Ansel révèle qu'il ambitionne de trouver les Seigneurs du Folklore (les "Folklords"), on lui rappelle que c'est interdit et passible de mort.


Vexé, il s'en va, mais son amie Dee le rattrape. Elle s'inquiète de ce qu'elle a entendu et tente de le dissuader. Mais Ansel réplique que c'est sa destinée, puis avise Dee que les quêtes visées par les autres ne les aident pas à s'accomplir. Piquée au vif, elle lui tourne le dos.


Le lendemain a lieu la cérémonie où chacun fait part en public de sa quête. Archer, un ami d'Ansel, lui vole son projet, ce qui lui vaut un rappel à l'ordre musclé de la Guilde des Bibliothécaires. Celle-ci annule la cérémonie et attribue des missions aux jeunes.
  

L'ineptie de ces objectifs motive Ansel encore davantage et il propose même à Ansel de l'accompagner à la recherche des Folklords. Les deux garçons fuguent à la nuit tombée, couverts par Charles le Troll et un énigmatique chevalier...

Donc, à l'origine, j'avais l'intention de jeter un oeil à ce premier épisode tout en me défendant d'en écrire la critique. Je suis déjà beaucoup de séries et j'ai décidé de ne plus en ajouter à la liste, notamment pour trouver le temps de me consacrer à d'autres choses que ce blog.

La critique est un exercice, plaisant le plus souvent, mais aussi parfois éprouvant - quand on tombe sur une mauvaise histoire, quand des auteurs et artistes sont déplacés, quand l'humeur n'est pas là... Il faut aussi compter avec ceux qui vous lisent car c'est quelquefois un peu décourageant de rédiger des articles que peu de gens consultent. J'ai bien conscience que des séries sont plus attendues que d'autres et que mon humble avis est plus souhaité ici que là, mais évidemment on espère toujours qu'on va piquer la curiosité d'un maximum de visiteurs sur un titre improbable et pourtant authentiquement réussi.

Revenons aux déceptions, ponctuelles ou durables, des séries en cours. J'avais prévu de consacrer cette entrée à Superman #17, mais sa lecture m'a affligé. Bendis n'est vraiment pas en forme (déjà que la fin d'Event Leviathan m'a horripilé) et Kevin Maguire en dessous de tout. Je n'avais pas envie de m'énerver là-dessus. Surtout que Folklords #1 m'avait absolument ravi.

Et donc, exit Superman (au moins ce mois-ci). Je ne connais absolument pas la production de Matt Kindt, alors qu'il est pourtant très prolifique, mais le pitch de cette nouvelle série m'a tout de suite intrigué. D'ailleurs, si je devais résumer l'affaire, c'est justement la simplicité de l'argument qui m'a captivé : un cadre de fantasy, un jeune héros sujet à des visions de notre monde, une quête interdite. Tout va très vite, les personnages sont attachants, la situation vous attrape pour ne plus vous lâcher, on a envie d'en savoir plus, de suivre Ansel et Archer.

A quoi tient l'envie de lire une série finalement ? A cela. Après ? Bien sûr, il faudra confirmer, que Matt Kindt sache développer ce bon début, très prometteur, plein de potentiel. Mais j'ai l'intuition que le bonhomme connaît son affaire et maîtrise son sujet, qu'il en a sous le pied.

C'est aussi cette impression qu'on a avec le dessin de Matt Smith. C'est aussi un inconnu pour moi, même si j'ai découvert qu'il avait travaillé chez Dark Horse, sur Hellboy & the BPRD (pour un récit complet écrit par Mignola lui-même), entre autres. 

Son trait est absolument mûr, c'est un artiste accompli, pas un débutant sorti de nulle part. Cela se voit à la manière de planter le décor, de camper les personnages, d'établir une ambiance. Tout semble simple et en même temps bien défini, ouvragé, préparé. Pas de fioritures, mais l'art de poser un ensemble à la fois familier et original en même temps. A l'image d'Ansel qui s'habille comme un lycéen en uniforme (un costume cravate noir et une chemise blanche, qui tranche avec les allures médiévales des habitants de son village mais aussi des trolls et elfes environnants) : il se dégage une assurance tranquille de tout ça.

Idem pour le découpage : le flux de lecture est très fluide, chaque plan est lisible, les finitions sont impeccables, avec un effort porté aux costumes, aux décors. Les couleurs de Chris O'Halloran sont douces et justes. Un vrai régal.

Pas besoin de chercher midi à quatorze heures : cette BD me plaît, et elle devrait plaire à n'importe qui parce qu'elle est bien foutue, séduisante, intrigante. Achetez ce premier numéro, comme moi vous devriez en redemander une fois arrivé à la dernière page.