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dimanche 11 juin 2023

Coup de sifflet final pour TED LASSO


C'est par un tweet de Jason Sudeikis, à fond dans son rôle de Ted Lasso, qu'on a appris la fin de la série. L'aventure du coach américain dans le championnat de football anglais s'achève donc au bout de trois saisons, alors que Apple TV + aurait bien aimé prolonger l'affaire, récompensée par plusieurs prix et un succès public et critique. 12 derniers épisodes donc, parfois un peu brouillons, mais pour un final digne qui nous rend déjà nostalgiques.

Avec des spoilers of course !


L'A.F.C. Richmond revient en Premier League mais les pronostiqueurs le donnent bon dernier à la fin de la saison. Pour motiver ses troupes, Ted les emmène visiter les égouts de Londres car ils ne descendront pas plus bas. Mais des photos de cette expédition fuitent et inspirent les commentaires moqueurs de Nate Shelley, devenu coach de West Ham, promis au top 4. Ted lui répond en conférence de presse en s'auto-dénigrant, ce qui le rend sympathique auprès des médias. Roy et Keely décident de se séparer, trop accaparés par leurs jobs.


Trent Crimm, l'ex-journaliste de 'The Independent", obtient le droit d'écrire un livre sur l'AFC Richmond de l'intérieur, mais Roy Kent interdit aux joueurs de lui adresser la parole. Ted oblige les deux hommes à s'expliquer et Roy explique à Trent n'avoir jamais digéré un papier assassin qu'il avait écrit sur lui à ses débuts. De son côté, Rebecca Welton est sur les rangs pour recruter Zava, qui quitte la Juventus Turin mais dont le talent n'a d'égal que son excentricité.


Le renfort de Zava permet à Richmond d'enchaîner cinq victoires et de grimper au classement. Ted n'en profite guère car il a appris par son fils, Henry, que son ex-femme, Michelle, fréquente désormais leur ancien conseiller conjugal, Jacob. Jamie Tartt jalouse la popularité de Zava et Roy lui propose de l'entraîner personnellement pour atteindre le niveau de son rival en attaque.


Nate Shelley est nerveux malgré les bons résultats de West Ham car le club va affronter Richmond et lui recroiser Ted. Contre toute attente, ce dernier pardonne à son ex-adjoint, mais les joueurs ni le coach Beard ni Roy qui les motivent à écraser leurs adversaires. Le match vire au pugilat avec plusieurs exclusions et une cuisante défaite de Richmond.


Keeley fait la connaissance de Jack, l'actionnaire majoritaire de son agence de relations publiques. Les deux femmes, célibataires, tombent amoureuses l'une de l'autre, mais Rebeccas met Keeley en garde contre la personnalité écrasante de sa maîtresse. Richmond ne se remet pas de son échec face à West Ham et enchaîne sept défaites. Nate avoue ses sentiments à Jade, la serveuse de son restaurant préféré qui lui réserve toujours un accueil glacial mais qui accepte de dîner avec lui. Alors que Richmond va affronter le favori du championnat, Manchester City, Zava ne se présente pas au match et annonce sur les réseaux sociaux sa retraite.


Après la défaite, logique, contre Manchester City, Ted remobilise ses joueurs en leur expliquant que le départ de Zava est une opportunité de montrer la cohésion de l'équipe. Malgré cela, Richmond est une nouvelle fois humilié en match amical contre l'Ajax Amsterdam. Les joueurs ont droit à des quartiers libres mais ne savent pas quoi faire. Rebecca rencontre le propriétaire d'une péniche et passe la soirée et la nuit avec lui. Leslie et Will vont écouter du jazz dans un club. Ted a une révélation en revoyant un ancien match de Basket-ball des Chicago Bulls et décide d'appliquer un nouveau schéma de jeu.
  

C'est ainsi que Richmond apprend, laborieusement, à maîtriser le total football créé par Johan Cryuff et repris ensuite par Pep Guardiola (le coach actuel de Manchester City), qui repose sur la polyvalence de chaque joueur. Même si le club s'incline contre Arsenal, c'est avec la manière. Nate fréquente désormais Jade. Quant à Sam Obisanya, après des commentaires contre l'accueil des migrants par le gouvernement anglais, il voit son restaurant vandalisé, mais ses co-équipiers l'aident à réparer les dégâts. 


Ted reçoit la visite de Henry, accompagné par Michelle et Jacob qui le lui laissent pour aller visiter Paris. Il craint alors qu'ils n'y aillent pour se marier et passe deux jours angoissants, qui plus parce que son fils veut aller voir jouer West Ham. Nate est troublé par la présence de Ted en tribune. Isaac découvre que Colin est gay et ne lui parle plus, jusqu'à ce qu'il lui avoue avoir été vexé que son ami lui cache alors qu'il est prêt comme les autres à le soutenir. Keely doit réagir à des vidéos intimes d'elle qui circulent sur le Net et pour lesquelles Jack lui conseille de s'excuser publiquement.. De retour de Paris, Michelle récupère Henry et Ted remarque qu'elle ne porte pas d'alliance au doigt.


La visite de son fils et de son ex-femme a donné le mal du pays à Ted, qui songe à arrêter d'entraîner Richmond à la fin de la saison, quelle qu'en soit l'issue. L'équipe se porte mieux et aligne une nouvelle série de victoires, s'attirant les commentaires élogieux des médias et ambitionnant maintenant de finir dans les premiers. Ayant refusé de s'excuser pour les vidéos d'elle qui ont fuité, Keely apprend que Jack ne financera plus son agence et ses employés font leurs bagages. Rebecca la réconforte et lui propose de revenir s'occuper des relations publiques au sein du club. Nate, lui, préfère refuser de suivre Rupert Mannion à une partie fine pour rester avec Jade.


La presse fait ses choux gras du renvoi surprise de Nate et il se réfugie chez ses parents pour échapper aux paparazzi. Plusieurs joueurs de Richmond voient leurs belles prestations de la saison récompensées par une sélection dans leur équipe nationale, mais pas Sam Obisanya à qui Edwin Akufo barre la route. Le riche nigérian invite Rupert et Rebecca avec d'autres patrons de clubs pour évoquer son projet de super-ligue, mais Rebecca refuse d'y prendre part, considérant que ce sont les supporters les plus modestes et fidèles qui seront sanctionnés. Jamie et Roy qui se chamaillent à nouveau pour Keely lui demandent avec lequel d'eux elle veut s'engager. Elle les fiche à la porte.
 

Dottie, la mère de Ted, lui rend une visite surprise et c'est l'occasion pour lui de régler quelques comptes car il l'accuse de ne jamais avoir voulu parler du suicide de son mari, ce qui a provoqué les crises de panique dont souffre encore Ted. Encouragé par Jade, Nate cherche un nouveau poste dans un club et, au même moment, Ted est prêt à le reprendre mais il doit convaincre Beard pour cela. Ce dernier, qui doit beaucoup à Ted, accepte de pardonner Nate. Et c'est par une nouvelle victoire contre Manchester City que le staff scelle sa réunion. Ted est félicité par son idole, Pep Guardiola, à la fin du match.


C'est la dernière journée du championnat et Richmond peut prétendre au titre s'il bat West Ham et que Manchester est battu par Liverpool. Trent remet son manuscrit à Ted, qui lui suggère de changer le titre, et Beard, qui raye toutes les mentions personnelles à son sujet. Ted annonce à Rebecca qu'il démissionne tandis qu'elle vendre le club. Richmond va-t-il remporter le championnat ? 

Vous le saurez en regardant la fin de Ted Lasso. Déjà, je sais que cette série va me manquer. Mais en même temps, je salue l'intégrité de ses créateurs qui ont refusé de disputer la match de trop. Certes, trois saisons, c'est peu, mais Ted Lasso s'achève au sommet.

Est-ce à dire que tout est parfait dans cette saison 3 ? Certes non. On sent que les auteurs ont voulu donner un maximum aux fans, parfois trop, parfois de façon désordonnée, et l'ensemble manque de cette fluidité qu'avait les deux précédentes saisons. Mais ce n'est pas grave, l'essentiel est là, et même ses défauts rendent la série encore plus attachante.

C'est un show qui a grandi au fur et à mesure, passant de la sitcom prenant le foot comme prétexte pour dresser le portrait d'un américain sans expérience avec ce sport et qui s'exile professionnellement en Angleterre à une "dramédie" dont les épisodes dépassent fréquemment les 60' et s'intéressant à un groupe de personnages qui forme plus une famille qu'une équipe.

Après une saison 1 qui a vu l'AFC Richmond mordre la poussière et descendre en deuxième division, une saison 2 qui l'a vu remonter, cette saison 3 démarre en examinant ses chances, faibles, de rester parmi l'élite du football britannique. Ted Lasso, incorrigible optimiste, ne se laisse pas abattre par les pronostics, les commentaires perfides des experts et les remarques désobligeantes de Nate Shelley, son ex-adjoint devenu le coach de West Ham. Pourtant, il ne peut plus guère dissimuler son mal-être à ceux qui le connaissent bien, nous les premiers.

Car Ted a le mal du pays. Son fils lui manque et leurs échanges sur Facetime ne suffisent plus. Il a aussi pris conscience qu'il avait condamné son couple en partant pour Richmond et désormais Michelle fréquente leur ancien conseiller conjugal. Ne serait-il pas temps de rentrer à la maison, prés des siens, d'essayer de reconquérir sa belle ? 

Mais il reste une saison à disputer et Ted Lasso n'est pas du genre à se défiler. Même s'il ne fait pas de la victoire un impératif, il ne veut pas partir sans se battre et échouer sportivement comme il l'a fait sentimentalement. Tous les personnages principaux de la série sont d'ailleurs dans un cas de figure similaire où le refus de l'échec n'est pas conditionné  à un succès obligatoire mais à une volonté de faire bonne figure, de ne pas rester sur une mauvaise note.

Ainsi, en parallèle de Ted, on voit comment Roy mais aussi Jamie vont tenter de séduire à nouveau Keeley, comment Keely succombe au charme de son actionnaire avant de comprendre son intolérable dirigisme, comment Rebecca surmonte sa rancoeur envers Rupert, comment Rupert est rattrapé par ses frasques, comment Nate est hanté par son départ de Richmond, comment Beard se sent toujours redevable à Ted, etc.

Il y avait assez avec tout ça pour alimenter cette saison, mais les scénaristes y ont ajouté des éléments purement comiques ou plus dramatiques pour densifier chaque épisode, parfois aux dépens de l'équilibre général. D'où un sentiment de trop-plein, de too much. Mais peut-on décemment se plaindre de rire de bon coeur en ces temps troublés ? 

Ainsi, dans la première moitié de la saison, l'introduction de Zava, cette caricature de Zlatan Ibrahimovic, est un régal. Peut-être pas très subtil, mais très efficace. L'acteur (Maximilian Osinki) a par ailleurs une ressemblance étonnante avec le modèle de son personnage. D'aucuns auront pu déplorer que la série ne montre finalement que peu d'actions sur le terrain, mais il convient de dire que le football, même s'il est un spectacle cinégénique en diable, est aussi une discipline difficile à faire rejouer par des acteurs (comptez le nombre de fictions qui s'y sont essayées avec succès et vous verrez que, à part Coup de tête de Jean-Jacques Annaud avec Patrick Dewaere, il n'y en a pas). C'est donc frustrant mais pour ma part, je préfère la série telle quelle qu'avec des phases de jeu irréalistes.

Dans la seconde moitié, Ted Lasso va insister sur l'imminence de sa propre fin. Le héros va, c'est sûr, partir, et son choix va impacter tout le reste du show. Les auteurs évoquent alors, parfois en vrac, à la va-vite, des thèmes comme la super-ligue (un projet bien réel qu'aimeraient imposer certains clubs en marge des championnats nationaux pour générer plus de profits), l'omerta autour de l'homosexualité dans le foot (et le sport en général), les scandales liés aux abus sexuels (on pense à l'affaire Benjamin Mendy par exemple), le mythe du Petit Poucet (le club que personne n'attendait si haut dans une compétition). Le caméo très classe de Pep Guardiola, légende des coachs, actuellement en poste à Manchester City, donne à cette dernière ligne droite un éclat incomparable.

Oui, cette saison est très riche, trop même. Mais on quitte ces personnages avec le coeur serré et en même temps en riant une ultime fois avec eux, grâce à eux, comme de vrais amis. Leslie, Keeley, Roy, Sam, Jamie, Colin, Isaac, Zoreaux, Jan, Will, Rebecca, Beard, Ted, à jamais dans nos coeurs. Les acteurs auront tous embrassé leurs rôles avec une sincérité incomparable, au point qu'on les laisse avec autant d'émotion que leurs alter egos de fiction.

Merci pour tout ça. C'était bien, c'était chouette. Il faudra sans doute un moment avant de retrouver une série comme ça, qui fait autant de bien.

dimanche 30 avril 2023

TED LASSO never quits !


Et c'est reparti pour Ted Lasso ! La première saison avait été un vrai coup de coeur et je n'ai pas résisté à me plonger dans la deuxième aussitôt après (alors que je voulais faire durer le plaisir). Beaucoup de bonnes nouvelles au menu : on a droit à douze épisodes (au lieu de dix), d'une durée plus longue (atteignant régulièrement les 45' au lieu des 30') et surtout les scénaristes ont davantage creusé les personnages, y compris secondaires, sans négliger les intrigues. Et avec un motif récurrent : le refus d'abandonner, pour le pire comme pour le meilleur...

EVIDEMMENT, IL EST INDISPENSABLE D'AVOIR VU LA SAISON 1
ET DONC CE QUI SUIT SPOILE CE QUI S'EST PASSE PRECEDEMMENT.
 

Relégué en deuxième division (le Cahmpionship), l'AFC Richmond a très mal démarré sa saison en alignant sept défaites de rang. Pour ne rien arranger, son buteur, Dani Rojas est traumatisé par un incident de jeu. Rebecca Welton recrute une psychologue pour les aider, lui et ses collègues. L'arrivée du docteur Sharon Fieldstone perturbe Ted Lasso qui la voit comme une rivale.
 

Pourtant, elle obtient des résultats rapides et probants et les joueurs reprennent confiance en eux, ce qui se traduit par de meilleurs résultats sur le terrain. De son côté, Jamie Tartt se fait renvoyer de Manchester City pour avoir participé à une télé-réalité. Sans club, il aborde Ted pour le convaincre de le réintégrer mais celui-ci refuse d'abord. Il en parle au coach Beard et Nate Shelley ainsi qu'à Higgins, qui considèrent que Tartt ne sera pas accepté par l'effectif.


Mais Ted passe outre ces avis et accepte de donner une deuxième chance à Jamie, même s'il lui fait d'abord cirer le banc des remplaçants, histoire de lui apprendre l'humilité. Rebecca décide, elle, de s'occuper davantage de sa filleule, Nora et Roy Kent, qui entraîne une équipe poussin de filles, consent, à la demande de Keeley, à accepter un poste de consultant sportif à la télé.


Noël arrive : Roy et Keeley s'occupent de Phoebe, la nièce de Kent ; Higgins reçoit comme chaque année des joueurs du club éloignés de leur famille mais cette fois c'est toute l'équipe qui débarque. Loin des siens, Ted est réquisitionné par Rebecca pour distribuer avec elle des cadeaux à des enfants nécessiteux.


Nate demande conseil à Keeley et Rebecca pour changer son image maintenant qu'il est coach adjoint de l'équipe. Ted, alerté par Beard des contre-performances de MacAdoo, leur nouveau capitaine, sollicite l'aide de Roy Kent qui comprend que le terrain lui manque et quitte son poste de consultant pour intégrer le staff de Richmond, au grand dam de Nate. Et de Jamie.


Tandis que Rebecca reçoit la visite de sa mère, une nouvelle fois brouillée avec son père, l'équipe affronte Tottenham en 1/4 de finale de la Coupe d'Angleterre. Ted quitte subitement le terrain au cours du match et Nate applique une tactique qu'il a mise au point qui conduit Richmond à une victoire inattendue. Les médias le portent aux nues tout en s'interrogeant sur ce qui est arrivé à Ted.


S'y prenant à plusieurs fois, à contrecoeur, Ted finit par se confier au Dr. Fieldstone et lui raconte avoir perdu son père, qui s'est suicidé, quand il avait 16 ans. Depuis, il ne lui a pas pardonné et réprime son chagrin et ses angoisses, de plus en plus difficilement récemment à cause de la pression médiatique et sportive. De son côté, Nate commence à prendre la grosse tête et Roy comprend qu'il doit laisser plus d'espace à Keeley pour le bien de leur couple.


Keeley a décroché pour le club depuis quelque temps un nouveau sponsor, BantR, une application de rencontres en ligne. Joueurs et personnel doivent en faire la promotion et c'est ainsi que Rebecca découvre qu'elle correspond avec un membre de l'équipe, Sam Obisanya. Richmond affronte Manchester City en 1/2 finale de la Cup et reçoit une correction terrible.


La même nuit, Beard erre en ville avec trois supporters à qui il fausse compagnie en suivant une femme chez elle. C'est le début d'une suite de mésaventures cauchemardesques qui lui font comprendre son erreur d'avoir rompu avec Jane Payne, qu'il rejoint dans un night-club.


Le père de Rebecca meurt et toute l'équipe assiste aux funérailles. Ted, pris d'une nouvelle crise d'angoisse, appelle le Dr. Fieldstone et trouve grâce à elle la force de rejoindre la cérémonie. Rupert Mannion est également là avec le bébé qu'il vient d'avoir avec Bex...


Après un hat-trick (3 buts marqués en un seul match), Sam Obisanya est approché par le milliardaire ghanéen Edwin Akufo qui vient de racheter le Raja Casablanca pour lequel il souhaite recruter les meilleurs joueurs africains à prx d'or. Rebecca craint qu'il ne s'en aille. Nate, lui, exaspéré que les joueurs et les médias sous-estiment ses efforts au sein du staff, révèle à Trent Crimm, un journaliste que Ted souffre de crises de panique.


Le dernier match de la saison s'annonce mal alors que Richmond a l'opportunité de réintégrer la Premier League. Ted assume ses problèmes devant les médias et apprend qui l'a trahi, mais ne se venge pas car l'équipe le soutient. Au terme de deux mi-temps épiques, le club gagne son ticket pour la première division et Sam décide de rester à Richmond. Nate, lui, s'en va et est embauché par Rupert pour entraîner West Ham qu'il vient d'acquérir.

Bon finalement, je vous ai rédigé un résumé complet. J'ai pris des notes, autant qu'elles servent, et comme je sais que généralement les critiques de séries télé sont les moins lues de ce blog, ça ne fera pas de grosses différences si je raconte tout. Ce n'est pas un reproche que j'adresse, après tout je n'aurai sans doute pas dû appeler ce blog Mystery Comics si c'était pour yn parler aussi ciné et séries télé.

Mais il faut bien avouer que cette semaine de comics n'a pas été satisfaisante. Déçu par mes lectures, j'ai trouvé davantage mon compte en suivant cette saison 2 de Ted Lasso, d'autant plus qu'elle compte deux épisodes de plus que la précédente, et que la majorité de ces épisodes sont plus longs - on est passé d'un format sitcom (25-30') à quelque chose de plus standard (40-45'). Et le mieux, c'est que c'est réussi.

Souvent, quand un show tient une formule gagnante, ses auteurs ne voient pas le besoin d'évoluer, mais ceux de Ted Lasso ont visiblement de l'ambition et ont saisi l'occasion d'aller plus loin que la comédie reposant sur l'argument simple et efficace d'un coach de football américain qui prend la tête d'un club de foot anglais. Cette saison 2 explore davantage la psychologie des personnages, y compris secondaires, construit des intrigues plus fouillées, offre quelques pics narratifs et promet une saison 3 bien relevée. Tout n'est pas parfait, mais comme l'équipe créative de la série le prouve ici, tout est perfectible.

On avait laissé l'AFC Richmond sur une défaite cruelle qui la reléguait en deuxième division, le championship anglais (ce qui réjouit quand même le coach Lasso qui trouve ça épatant d'appeler championship une ligue inférieure). Evidemment, on trouve d'abord irréaliste que aucun joueur du club n'ait quitté l'effectif pour rester dans l'élite, et plus encore que Rebecca Welton (Hannah Waddingham en mode MILF à fond) maintienne son club à flot financièrement alors que le club a perdu de sa valeur marchande.  On peut aussi s'étonner que Lasso n'ait pas remis sa démission ou ait été remercié pour défaut de résultat. Mais baste !

Prenons tout ça, mettons dans un sac et oublions-le : Ted Lasso n'est pas un documentaire aspirant à être crédible, c'est une série télé, un divertissement, optimiste, ludique, qui peut donc se permettre d'écarter ce genre d'éléments. Il ne les écarte pas complètement du reste puisque Keeley Jones (Juno Temple, craquante) trouve un sponsor pour l'AFC Richmond avec l'application de rencontres BantR (un pastiche de Tinder), à même de renflouer les caisses, et Rebecca Welton, on le sait, dispose d'une solide fortune personnelle.

Les premiers épisodes voient quelques protagonistes de la saison 1 à la périphérie du club : Jamie Tartt (Phil Dunster toujours imparable) le buteur tête à claques participe à une télé-réalité qui lui vaut d'être renvoyé de Manchester City, Roy Kent a pris sa retraite pour entraîner des fillettes avant de devenir consultant à la télé (à contrecoeur). Une partie des premiers épisodes va donc consister à justifier le retour de ces deux hommes au sein de l'AFC Richmond et c'est fait assez habilement. Mais on remarque surtout que la série ne joue pas tant la comédie que ça malgré tout.

En effet, Richmond est en mauvaise posture, perdant plusieurs matchs et même leur mascotte dans des circonstances là pour le coup franchement burlesques mais traumatisantes pour les joueurs. Ted est impuissant face à ces revers. L'introduction du docteur Sharon Fieldstone (Sarah Niles, parfaite) va apporter au club et à la série elle-même un ressort bienvenu car Ted n'apprécie guère l'intervention d'un psy. Pourtant, Sharon va s'imposer et surtout révéler à pratiquement tout le monde qui il est, ce qu'il apporte au club, appuyer où ça fait mal. On peut affirmer qu'avec elle Richmond et ceux qui l'animent vont tomber les masques et se mesurer à leur plus sérieux adversaire.

Même si Nate (Nick Mohammed, suprenant), l'ex-intendant du club devenu coach adjoint, ne consultera pas Sharon, c'est sans doute lui qui va le plus impacter la course à la remontée en Premier League de Richmond. L'arc qui le concerne est redoutablement bien fichu, transformant ce personnage sympathique, attachant, en type franchement détestable, jaloux, orgueilleux. La fin de la saison annonce un duel prometteur en l'élève et le maître.

Le casting étant fourni, on doit s'attendre à ce que tous ne bénéficient pas du même traitement. Cependant, il y a un effort remarquable pour caractériser plus subtilement certains, comme le coach Beard (Brendan Hunt, drôlissime) dans un épisode qui lui est entièrement consacré et qui est un hommage explicite à After Hours (Martin Scorsese, 1985), ou encore Higgins (Jeremy Swift, impayable) avec l'épisode de Noël. La romance entre Rebecca et Sam Obisanya (Toheeb Jimoh, lumineux) profite davantage à ce dernier en termes d'exposition puisqu'il est aussi au centre d'un épisode quand il est convoité par Edwin Akufo (l'occasion aussi de bien rigoler quand celui-ci cite le PSG comme un grand club européen au même titre que le Barça...).

En revanche, j'espère que la saison 3 sera l'occasion pour les scénaristes de nuancer Roy Kent (Brett Goldstein, un peu livré à lui-même), trop réduit à son tempérament ombrageux, s'exprimant par des grognements un peu pénibles à la longue, ou Jamie Tartt, qui s'est racheté de sa saison 1 (et qui pourrait bien troubler à nouveau Keeley) mais mérite d'être encore plus creusé (notamment après la scène très forte qui l'oppose à son père).

Le point d'orgue de la saison est, à tout seigneur tout honneur, réservé à Ted Lasso (Jason Sudeikis est encore une fois épatant) lui-même. C'est avec lui qu'on mesure vraiment à quel point cette saison va loin, ose et émeut davantage. On s'en doutait, mais derrière sa moustache et son sourire, il y a des fêlures profondes, bien plus douloureuses que son divorce dans la saison 1. Lorsqu'il confie à Sharon la raison derrière ses crises de panique, avec l'histoire sur le suicide de son père, on ne rigole plus du tout et on aime encore plus ce personnage, plus seulement pour sa position improbable, ou sa bonne humeur à toute épreuve, ou le décalage qu'il incarne entre la culture américaine et celle des britanniques, mais parce qu'il fend l'armure. Et nul doute que les auteurs ne vont pas s'arrêter là puisque the cat is out the bag maintenant - on imagine ainsi facilement que Nate va instrumentaliser les faiblesses de son ex-boss dans leurs prochains affrontements...

On dit souvent pour un chanteur que le deuxième album est plus compliqué que le premier car il est plus attendu. C'est pareil pour une série télé, et Ted Lasso confirme son statut de show résolument à part, d'abord par son argument de base, mais aussi, et c'est encore mieux, par sa maturité. Du coup, c'est toujours aussi feel-good, mais en plus c'est devenu émouvant.

dimanche 23 avril 2023

TED LASSO élu meilleur coach de l'année


Cela faisait un moment que j'entendais parler de Ted Lasso en termes élogieux et dans ce cas-là, on réagit soit en se méfiant (c'est trop beau pour être vrai), soit en étant curieux (voyons voir ce que ça vaut vraiment). Créée par Jason Sudeikis (qui tient le rôle-titre), Bill Lawrence et Joe Kelly, la première saison date de 2020 et se décline en dix épisodes de trente minutes, véritable éloge de la bienveillance et de la résilience avec une bonne dose d'humour.


Ted Lasso débarque en Angleterre pour entraîner le club de football mal classé en Premier League de l'A.F.C. Richmond. La propriétaire est Rebecca Welton, fraîchement divorcée de Rupert Mannion qui lui a laissé l'équipe et le stade. Les médias sont intrigués car Ted Lasso est initialement un coach de football, mais de football américain !
 

Les joueurs de l'équipe sont eux aussi déconcertés et se demandent bien ce que cela signifie. Ted Lasso reconnaît reconnaît lors de sa première conférence de presse ne rien connaître du soccer mais il demande juste à être jugé sur ses résultats tandis que dans le vestiaire c'est la stupéfaction quand il explique que, défaite ou victoire, l'important est surtout de tout donner sur le terrain pour ne rien regretter et d'adopter la méthde du poisson rouge, c'est-à-dire de tout oublier après un échec !
 

Ted et son adjoint, le coach Beard, enrôle Nate, qui s'occupe de l'entretien du terrain et des besoins de l'effectif, car il connaît les secrets de tous les joueurs et est un vibrant supporter de l'AFC Richmond. Fin connaisseur du championnat, il a un avis sûr sur les adversaires et leurs tactiques. Malgré tout, la rivalité entre le capitaine Roy Kent et l'attaquant Jamie Tartt divise l'équipe.
 

Pour apaiser les deux hommes (l'un en fin de carrière, l'autre prêté par Manchester City au début de la sienne), Ted se fait une alliée de Keeley Jones, la girlfriend de Tartt qui subit en silence de ses infidélités. Cette femme pleine de caractère finit par le quitter pour se rapprocher de Kent, au caractère plus ombrageux mais plus respectueux, ce qui pousse Jamie à se questionner sur son comportement sur et en dehors du terrain.
 

Lorsqu'un papparazzi photographie Keely et Ted dans une situation innocente mais susceptible de créer un scandale, elle mène son enquête et découvre  les manoeuvres de Rebecca Welton : celle-ci, depuis le début, s'emploie à couler le club en précipitant sa relégation, d'abord en embauchant Ted Lasso, ensuite en renvoyant Jamie à Manchesty City, ensuite en faisant croire à une liaison entre Ted et Keeley... Tout ça pour se venger de son ex-mari, attaché sentimentalement à l'AFC Richmond au point, croit-elle, qu'il ne se remettra pas de sa relégation.
 

Mais Ted Lasso pardonne tout à Rebecca quand elle lui avoue piteusement son plan. Il a trouvé un remplaçant à Jamie en attaque avec Dani Rojas, humilie aux fléchettes Rupert quand il rachète via sa nouvelle fiancée des parts du club et surtout motive ses troupes pour une fin de saison en boulet de canon mais qui se jouera au dernier match contre... Manchester City !
  

Je ne vais pas pour dévoiler l'issue de la saison de l'AFC Richmond et s'il reste en Premier League. Mais vous dire qu'il faut regarder Ted Lasso, qui sera disponible via Canal + comme le reste des séries Apple + prochainement. Si vous vous sentez un peu écrasé par tout ce qui se passe dans le monde en ce moment, ça va vous faire un bien fou, promis, juré !


La première fois que le nom de Ted Lasso a retenu mon attention, ça a été au détour d'un tweet de la scénariste de comics Kelly Thompson qui en disait le plus grand bien en louant les vertus de son héros et de son propos. C'est une cure contre le cynisme, le catastrophisme, l'aigreur, la méchanceté, une éloge de la gentillesse et de la résilience, écrivait-elle en substance.


Je sais : valoriser la gentillesse, c'est devenu ringard. Trop bon trop con, comme on dit. Être gentil, c'est pas cool, c'est niais, c'est mièvre, c'est pas assez ceci, pas assez cela. Pourtant, être bienveillant ne coûte rien et ça vous apporte des amis, des amours, la paix de l'âme. Quand vous êtes gentil, vous ne tweetez pas de conneries sur les réseaux sociaux, vous faîtes des efforts constructifs, vous ne sombrez pas dans le commentaire bêtement négatif ni dans une attitude méprisante mais qui se veut affirmée.


Et si, malgré tout ça, vous n'êtes toujours pas à l'aise en étant gentil, vous pouvez redevenir en un clin d'oeil un pauvre con, qui n'aime rien, qui se plaint tout le temps, qui vote pour la NUPES ou le RN, et qui vomit sur tout et n'importe qui. Vous redeviendrez tendance en claquement de doigts et vous rentrerez dans le troupeau aussi vite que vous en êtes sortis.

Je suis bien d'accord qu'il n'y a pas grand-chose qui motive à être de bonne humeur et bienveillant en ce moment. Il suffit de regarder le JT et vous ne manquerez pas d'arguments pour faire la gueule à l'humanité entière. Il y a des guerres partout, des réformes qui passent mal, de l'info-spectacle naze, des talk-shows débiles, la pluie mouille, il fait trop chaud en été, tout est trop cher, il faut sortir le chien, etc.

Pas de quoi sauter de joie. Sauf si vous regardez Ted Lasso. Voilà un énergumène qui mérite qu'on s'arrête sur son cas : il débarque des Etats-Unis (l'empire capitaliste du Mal) pour coacher une équipe de foot anglaise alors qu'il n'y connaît rien. Tout le monde le déteste aussitôt et on le traite de "wanker" (branleur) sans arrêt parce que son équipe perd, que sa patronne lui savonne la planche, que le capitaine et le buteur de son effectif en viennent aux mains, que sa femme demande le divorce... Et pourtant, il garde le sourire, il continue d'y croire. Ce type est-il fou ? Ou stupide ?

Non, Ted Lasso est un incorrigible optimiste, un croyant - pas un type qui va à l'église brûler des cierges et prier. Non, c'est un type qui a la foi en ce qu'il fait. Il scotche d'ailleurs sur un mur du vestiaire un papier sur lequel il a écrit en majuscules : BELIEVE (CROIS). Pourquoi y croire ? Parce que, comme il le racontera plus tard à Rupert Mannion l'ex-patron du club, de ses 10 à 16 ans, il a appris à jouer aux fléchettes avec son père avant que celui-ci ne meurt prématurément : comme ni lui ni son paternel n'effrayait personne en compétition, ils gagnaient à la surprise générale parce que les autres ne se méfiaient pas d'eux.

Depuis, Ted Lasso croit en lui et dans les gens qui lui font confiance, qui lui donnent sa chance. Car être gentil, c'est comme croire : ça ne coûte rien et ça réconforte. Si on perd malgré tout, alors il applique la "goldfish method" (la méthode du poisson rouge) : on oublie tout et on repart pour un tour, jusqu'à ce que ça marche. Dès lors, Ted Lasso va se mettre dans la poche même ses plus farouches adversaires : sa patronne à qui il pardonne ses crasses parce que elle comme lui traversent une mauvaise année avec leurs divorces ; les supporters de Richmond parce qu'ils sont des gens de condition modeste pour qui le foot est la seule évasion hebdomadaire, la seule passion ; ses joueurs parce que justement il est le seul à croire encore en eux.

Cela ne signifie pas que Ted Lasso se résume à l'histoire d'un homme qui ne voit que le bon côté des choses et sourit béatement (bêtement ?) à la vie, même quand celle-ci lui glisse des peaux de banane sous les pieds. Un soir de victoire, Rebecca Welton offre une soirée en boîte à toute l'équipe. Un karaoké est organisé et alors que tout le monde chante de bon coeur, Ted est pris d'une crise de panique. Il rentre chez lui après avoir picolé et couche avec une amie d'enfance de son employeuse. Le lendemain, il reçoit des relances par textos de l'avocat de sa femme pour renvoyer les papiers de leur divorce. Il comprend qu'il ne gagnera pas ce match en continuant de le reporter, son couple va mal depuis longtemps, il faut tourner la page, appliquer à lui-même la méthode du poisson rouge. Il signe les papiers et les envoie.

Cette séquence est magnifique car elle montre Ted vulnérable, humain, terriblement attachant. On voit pour la première fois ce coach toujours souriant, positif, limite énervant, fendre l'armure et affronter son reflet dans le miroir. Il n'est pas infaillible, il n'est pas toujours bien dans sa peau, il joue un peu un numéro pour la galerie. Après ça, il s'autorise enfin à être lui-même en toutes circonstances : il ne veut plus seulement tout donner, il veut gagner, pour être heureux autant que les supporters. Ainsi il va être accepté et compris. Et se réconcilier avec lui, admettant même avoir pris du plaisir avec une autre femme (même s'il ignore s'il la reverra).

Et cela rejaillit sur son entourage : Nate va lui aussi s'affirmer, le coach Beard se rendre compte qu'il n'y a pas que le jeu dans l'existence, Rebecca qu'elle ne veut pas que Richmond soit relégué, Roy finir sa dernière saison en beauté...

Les acteurs anglais sont formidables, ça on le savait, mais le charme ici, c'est de les voir entourer un acteur américain et d'observer le malicieux contraste entre eux, de faire de ce contraste un ressort comique efficace mais surtout un échange constructif entre deux manières de jouer. Hannah Waddingham incarne une femme forte mais amère qui va reconnaître se tromper d'ennemi et de cause, avec beaucoup de classe. Juno Temple est très drôle et charmante en groupie avec quand même beaucoup de tempérament. Brett Goldstein et Phil Dunster forment un duo imparable en vétéran râleur et en jeunot insolent. Et c'est chouette de revoir Anthony Stewart Head, le Giles de Buffy contre les vampires, en vieux beau qui nargue son ex au bras de la bombe Keeley Hazell.

Mais bien entendu, ce show ne serait pas ce qu'il est sans Jason Sudeikis. Par chez nous, ce n'est pas une star alors qu'aux Etats-Unis, c'est l'archétype du comédien habitué aux rôles de brave type, qui fut même en couple avec le superbe Olivia Wilde. Ce rôle, c'est celui de sa vie, il se l'est écrit et il le campe avec un naturel impeccable. Vous n'allez pas aimer Ted Lasso vous allez avoir envie de l'avoir comme ami. Il est impossible de lui résister. C'est le héros le plus sympa qu'on ait vu à la télé depuis des lustres.

Alors que la saison 3 est actuellement diffusée, je ne vais pas tarder à me lancer dans la 2 (peut-être ferais-je quand même un crochet par autre chose avant, histoire de ne pas tout regarder trop vite). Mais j'espère que mon coup de coeur sera partagé.