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samedi 17 juin 2023

Collection Marvel Gold - Carrefour : UNCANNY INHUMANS, de Charles Soule, Steve McNiven, Brandon Peterson et Kev Walker


Après Uncanny Avengers et Squadron Supreme, je vais vous parler du contenu du volume de Uncanny Inhumans disponible dans la collection Marvel Gold chez Carrefour pour le prix modique de 3,99 E. Il s'agit encore une fois d'un copieux album qui présente des arcs complets, facilement accessibles. Ici, nous avons les épisodes 0 à 10 écrits par Charles Soule et dessinés successivement par Steve McNiven, Brandon Peterson et Kev Walker, publiés à l'origine entre 2015 et 2016.



Pour situer cette série, nous sommes donc après les events Infinity (au terme duquel Flèche Noire, le souverain des inhumains a libéré les brumes tératogènes pour réveiller des "agents dormants") et Secret Wars (du même Jonathan Hickman, ce qui justifie la présence de Johnny Storm dans le rôle d'un intermédiaire entre humains et inhumains). A cette époque, Marvel (plus précisément Ike Permulter, un de ses cadres, frustré de ne pas pouvoir exploiter pour le cinéma les X-Men dont les droits appartiennent à la Fox) rêve d'évincer les mutants au profit des inhumains, et après quelques péripéties, confie la direction du projet au scénariste Charles Soule qui lance deux titres : All-New Inhumans (où on suit Crystal et son équipe à la recherche des nouveaux inhumains) et Uncanny Inhumans.


L'éditeur y croit assez pour associer Soule à Steve McNiven, l'artiste de Civil War (l'event le plus vendu de tous els temps par Marvel). Soule convoque Kang le conquérant pour son premier arc. Et qui dit Kang dit voyage dans le temps. Flèche Noire lui a confié son fils Ahura pour le protéger mais Kang en fait son pantin et quand Flèche Noire veut le récupérer, Kang se sert d'Ahura pour tuer les descendants des inhumains actuels.

Le résultat est efficace et la caractérisation des personnages tout autant. Charles Soule est un scénariste que beaucoup considèrent avec dédain mais il mérite pourtant plus des respect, s'adaptant facilement et produisant des intrigues captivantes. Il n'a pas peur des inhumains et anime aussi bien des membres célèbres de cette communauté (Flèche Noire, Médusa) que des nouveaux venus (Iso, Lecteur), auxquels sont venus se greffer le Fauve et la Torche Humaine (Johnny Storm qui, avec la Chose, est le seul rescapé des Fantastic Four après Secret Wars).

Visuellement, les planches de McNiven sont superbes, lorgnant de plus en plus sur Barry Windsor-Smith, même si sur la fin de l'arc, il tire visiblement la langue et néglige les décors. En tout cas, il donne une vraie majesté à Flèche Noire et Medusa, et Kang incarne un danger réel sous son crayon.  

Une bonne entrée en matière donc.
 

Suit un arc plus court en deux parties. On remarque d'entrée que McNiven a cédé sa place à Brandon Peterson, mais au moins ce remplacement conserve à la série une belle allure. Soule;, lui, opère un virage brusque en faisant de Flèche Noire le patron d'un club, la Quiet Room, puisqu'il a quitté New Attilan, ne supportant visiblement pas que sa femme ait pris pour amant Johnny Storm. Celle-ci et Ahura, mais aussi Lecteur viennent visiter l'établissement et c'est parti pour une nuit agitée...

Résumé ainsi, cela a l'air superficiel, un arc de transition, et effectivement, on est un peu surpris par ce que raconte Soule, l'évolution de certains personnages. Mais le scénariste en profite pour mettre en place des éléments qu'il développera par la suite (la série comptera au total 20 épisodes), notamment le fait que Ahura s'empare de la direction d'une entreprise et l'apparition de Capo, un inhumain maléfique et revanchard.

Peterson produit de belles planches, parfois un peu trop statiques, mais aux décors soignés, et qui montrent la diversité des looks des inhumains. Encore une fois, Flèche Noire et Medusa tiennent le haut de l'affiche et affichent leur classe royale. On voit tout le potentiel du projet et l'investissement de l'équipe artistique pour lui rendre justice.


L'album se conclut déjà avec deux autres arcs très brefs. Dans La Torche et la Reine, Charles Soule va dévoiler la liaison entre Medusa et Johnny Storm à Crystal. Celle-ci fut longtemps l'amoureuse de la Torche Humaine et intégra même les Fantastic Four avant d'épouser Quicksilver, d'avoir un enfant avec lui, puis d'être remarié à Ronan l'accusateur pour des raisons diplomatiques (les kree étant à l'origine des expériences subies par des humains primitifs pour en faire les inhumains).

Le prétexte que choisit Soule pour amener cette révélation est tiré par les cheveux (heureusement Medusa les a longs) et aussitôt fait, il entraîne le trio dans une rapide aventure spatiale vite expédiée. C'est dommage car cela aurait pu alimenter les séries All-New et Uncanny Inhumans à la manière d'un vaudeville super-héroïque, mais comme All-New s'achèvera seulement au bout de 11 n°, il a certainement compris que ce serait en pure perte.

Au dessin, un troisième artiste prend les commandes et c'est Kev Walker qui succède à Peterson. le changement de style est radical et le trait anguleux du dessinateur n'est pas toujours flatteur. En revanche, ce qu'on perd en séduction, on le gagne en dynamisme. Toutefois, inutile de se voiler la face, cette succession d'artistes, montre bien que chez Marvel les ambitions ont été revues à la baisse et l'échec de All-New Inhumans ne précédera que de 9 mois celui de Uncanny. Au moment où cet arc sort, les carottes sont déjà cuites.
 

Un seul épisode suffit à l'arc suivant où Lecteur tient le rôle principal. Cet inhumain aveugle peut disposer de pouvoirs ou créer des choses de manière limitée en lisant des cartes en braille et c'est un personnage que Charles Soule semblait apprécier puisqu'il l'utilisera aussi de manière spectaculaire dans son run sur Daredevil (et aussi dans des épisodes de Wolverine, je crois).

L'hsitoire reprend le fil du deuxième récit avec Capo qui a pris possession du chien-guide de Lecteur. L'animal risque de mourir vite car il est consumé par son occupant... Soule emballe cette histoire avec une remarquable densité. Toute la détresse et la détermination de Lecteur mais aussi toute la cruauté de Capo donnent à cet épisode une intensité exceptionnelle.

Les dessins de Kev Walker rendent eux cette course contre la montre viscérale. 

Les épisodes de cet album rappellent que les intentions de Marvel pour les inhumains étaient maladroites (il était parfaitement idiot de vouloir remplacer les mutants, dont la popularité, même quand ils sont mal écrits, ne s'est jamais démentie) mais honorables. En tout cas, Charles Soule, qui avait récupéré ces personnages après la défection de Matt Fraction (dont le projet ne convainquit pas l'éditeur), les écrivait avec intelligence, sans complexes. Et malgré le défilé d'artistes, la lecture demeurait agréable. Pas sûr que les inhumains aient droit à une seconde chance.

jeudi 24 février 2022

ELEKTRA : BLACK, WHITE & BLOOD #1, de Charles Soule et Mark Bagley, Leonardo Romero, Declan Shalvey et Simone d'Armini


Je me suis procuré les deux premiers numéros de cette anthologie alors que je ne prévoyais que d'acheter le deuxième (qui comporte une histoire par Greg Smallwood). Suivant le même principe que pour d'autres projets (impliquant Wolverine, Deadpool, et chez DC Superman ou Wonder Woman), il s'agit pour des auteurs de produire de courts récits illustrés en utilisant seulement trois couleurs. Cette fois, c'est Elektra qui a inspiré les scénaristes et dessinateurs.


- Red Dawn. (Ecrit par Charles Soule, dessiné par Mark Bagley.) - Dans cette histoire, Elektra est vaincue par un groupe de vampires et désormais contaminée, elle doit consentir à l'ultime sacrifice...


- Not The Devil. (Ecrit et dessiné par Leonardo Romero.) - Dans cette histoire, Elektra traque un membre de la pègre, Shigeru Ono, qui tente de fuir New York. Mais elle découvre qu'il emmène avec lui sa fille, qu'elle se refuse à exécuter...


- The Crimson Path. (Ecrit par Declan Shalvey, dessiné par Simone d'Armini.) - Elektra vient au secours d'une jeune fille poursuivie par des tueurs. Au terme de la bataille, elle comprend qu'elle a hérité du titre de la cible comme assassin ultime...

Or, donc, j'étais parti pour acquérir le n°2 de Elektra : Black, White & Blood pour lire l'histoire qu'a écrite et dessinée Greg Smallwood (et dont j'avais parlé dans ma rubrique Des Nouvelles Nouvelles Toutes Fraîches). Et je suis revenu avec le n°1 en plus parce que Leonardo Romero était au générique...

D'habitude, je suis pas client de ces anthologies trichromatiques, que ce soit chez DC ou Marvel. Je n'ai rien contre, et même au contraire, ça peut être intéressant de voir comment des auteurs se débrouillent avec un format court et des contraintes graphiques. Mais en revanche je suis beaucoup plus perplexe sur le fond de l'affaire qui consiste surtout à mettre en avant des personnages réputés pour leur violence (en tout cas chez Marvel) sous couvert d'exercices esthétiques (tandis que chez DC, pour Superman et Wonder Woman, le spectre des histoires est plus large, même si la forme est gadget).

Mais, donc, Greg Smallwood et Leonardo Romero, deux artistes dont je suis fan, et qui m'ont convaincu de débourser quelques Euros. Pour quel résultat ?

Dans ce premier numéro, on a droit à trois récits. L'héroïne est donc Elektra. Noir, blanc et sang sont des couleurs qui lui correspondent sans problème. La création de Frank Miller reste un personnage qui conserve un pouvoir de fascination intacte, comme si rien ne pouvait l'abîmer. Pourtant Marvel semble souvent ne pas savoir quoi faire d'elle : véritable méchante, ou créature plus équivoque, éternelle femme fatale dans le sillage de Daredevil, elle fut même un temps membre des Thunderbolts (durant le bref run de Daniel Way et Steve Dillon) ! Elle a subi des relookings souvent hasardeux puis on lui a rendu son look d'origine, indépassable. Et si en fait Elektra résistait à tout ?

Partant de là, quel risque court-on de l'animer dans une anthologie consacrée à ses "exploits" ? Au moins, cela présente l'avantage de l'écrire et de la dessienr hors de toute continuité et au gré de la fantaisie de chacun. Si elle tombe entre de mauvaises mains, ce sera vite oublié. Si elle est bien dirigée, ce sera un bon point de plus à son palmarès.

On a une bonne idée avec ce premier numéro de ce à quoi peuvent ressembler ces expérimentations. Prenez Charles Soule et Mark Bagley : le premier a scénarisé Daredevil mais, curieusement, sans s'être vraiment servi d'Elektra (sinon dans un très bref arc), et le deuxième n'a, à ma connaissance, ajmais dessiné la tueuse au cours de sa longue carrière. Leur récit est étrange, funèbre, et pourtant envoûtant. Bagley est étonnamment bon sur ce coup et Soule très sobre. Ce n'est pas renversant mais intéressant.

Leonardo Romero leur succède et se montre très inspiré. Il puise à la source de Frank Miller en évoquant la période où le personnage d'Elektra est apparu et où le lecteur ne la situait pas du tout. Elle assassine plusieurs membres de la pègre et traque un asiatique qui veut fuir New York à la suite de ces carnages. En s'apercevant qu'il emmène avec lui sa fille, Elektra ne se résoud pas à la tuer mais complètera quand même son contrat. C'est cruel, hyper dynamique, et visuellement magnifique. Romero mériterait vraiment une seconde chance, lui qui m'avait ravi sur le run de Kelly Thompson avec Hawkeye et qui, depuis, vivote d'éditeur en éditeur.

Enfin, Declan Shalvey raconte un dernier segment métaphorique sur le thème de l'assassin ultime. C'est violent, sanglant, et étrangement beau malgré tout. Dommage qu'il n'ait pas dessiné également (mais il est fort occupé par ailleurs). C'est donc à Simone d'Armini, un artiste italien encore méconnu, qu'échoît la partie visuelle. Le résultat ne manque pas de style mais souffre parfois d'un manque de lisibilité, ce qui ne pardonne pas quand on travaille avec seulement trois couleurs. Toutefois, belle idée de colorer la tenue d'abord virginale d'Elektra avec le sang de ses adversaires pour qu'elle soit écarlate telle qu'on la connaît.

L'ensemble se lit donc bien, même si, sans surprise pour ma part, Leonardo Romero domine les débats. Un constat qui se confirmera avec le deuxième numéro. Mais ça, je vous en parlerai demain...

vendredi 30 novembre 2018

DAREDEVIL #612, de Charles Soule et Phil Noto


C'est la finde l'arc narratif, mais aussi la fin du run de Charles Soule. Et la fin de Daredevil ? En tout cas, cet épisode respecte une drôle de tradition qui veut que l'auteur laisse la série dans une situation a priori insoluble pour son successeur. 


Blessé par balle, Daredevil est conduit dans une clinique clandestine par Mike Murdock. Pansé, il est néanmoins débusqué par le Veilleur qu'il n'est pas en état d'affronter et qui le pousse donc à fuir. Daredevil suit alors la nouvelle conseillère de Wilson Fisk où elle a rendez-vous avec le Penseur Fou.
  

Furieux de ne pas avoir été payé ou récompensé par le Caïd pour avoir truqué son élection à la mairie, il fournit à Matt Murdock de quoi convaincre le procureur de Manhattan, Hochberg, de poursuivre Fisk pour fraude avec le témoignage de DD.


Tous les héros de New York défilent pour témoigner contre Fisk. Avant que celui-ci ne soit appelé à la barre. Trahi par sa vanité, il affirme qu'il aurait été élu même sans aide.
  

Daredevil savoure son triomphe sur un toit d'immeuble. Mais le Veilleur resurgit et dévoile son identité. Daredevil est profondèment troublé et saisit mieux les événements de ces derniers jours.


Sidéré, l'homme sans peur comprend la réalité de sa situation. Une vérité qui signifie peut-être sa fin. Même s'il ne veut pas céder à la peur et cesser de se battre...

Il y a quinze jours, pour rédiger l'entrée sur le #611, j'avais davantage pronostiqué sur le sens de cette histoire et son dénouement que sur sa qualité (quand bien même, j'admettai que sa lecture était savoureuse par son aspect ludique).

C'est non sans plaisir que j'ai pu vérifier que j'avais eu raison dans mes déductions sur le tour de passe-passe narratif de Charles Soule pour conclure son run. Je ne veux pas spoiler et me contenterai de rester allusif, mais je trouve le procédé très malin, confirmant le titre de l'arc sans être trop définitif.

Soule laisse Daredevil dans une situation précaire et la dernière page peut être montrée, comme je l'ai fait ci-dessus, sans rien déflorer. C'est un signe que le scénariste a bien su négocier son affaire. Bien qu'estimant bien connaître les antécédents de la série, je ne me rappelle pas d'un dénouement pareil.

Il existe une tradition depuis la fin des années 70, quand Roger McKenzie passa le relais à Frank Miller, où les auteurs de Daredevil terminent leurs runs de manière inconfortable pour le suivant. Plus récemment, Brian Michael Bendis avait laissé Matt Murdock en prison à Ed Brubaker qui, lui, en avait fait le chef de la Main pour Andy Diggle. Mark Waid avait pris le parti de moins coller à la conclusion de Diggle (tout en y faisant une petite référence) mais terminait sur une note presque définitive.

Soule, en une quarantaine d'épisodes (moins que Miller et surtout que Waid, recordman de longévité sur le titre), a su résoudre la fin de son prédécesseur tout en en concoctant une assez grâtinée, mais surtout captivante et rondement menée.

Phil Noto ne sera pas resté longtemps mais, avec une parution bimensuelle, sa prestation ne sera pas passé inaperçue. Non seulement parce qu'il aura respecté un rythme affolant, mais en assumant dessin, encrage et colorisation. La performance est à saluer alors que bien des fans se plaignent facilement qu'il n'existe plus d'artistes ponctuels.

On sent quand même qu'il s'essouffle sur cet ultime chapitre, avec des combats un peu mal découpés, tandis que les scènes plus calmes bénéficient de meilleures finitions (voir la double page avec tous les super-héros dans la salle d'audience du procès de Fisk).

Voilà, c'est fini. Un run inégal, mais où Soule a souvent tenté des choses, sans s'inscrire dans les traces de quiconque, et qui a réussi à conclure en beauté (alors même qu'il avait encore six mois d'histoires en réserve).

Maintenant, en Janvier, une mini-série hebdomadaire explorera les conséquences de cette conclusion sur l'entourage du héros, mais j'ignore si je la lirai. En revanche, je serai présent pour la relance de Février, écrite par Chip Zdarsky et dessinée par Marco Checchetto (un de mes dessinateurs favoris).
     
Image promotionnelle pour la relance du titre en Février,
réalisée par Julian Totino Tedesco.

dimanche 18 novembre 2018

DAREDEVIL #611, de Charles Soule et Phil Noto


A une marche de la fin, quinze jours avant le terme de son run et de ce volume de Daredevil, Charles Soule réussit à garder intact le mystère entourant la mort de son héros. Avec Phil Noto, il déroule un épisode plein d'action de coups de théâtre, dans une atmosphère aux airs de cauchemar éveillé. C'est une sorte d'exploit que de se jouer des lecteurs avec un programme aussi défini.


Après la mort de James Wesley, le bras-droit de Wilson Fisk, Daredevil a décidé de se tenir à l'écart de ses proches et de ses partenaires car il sait que le Caïd est prêt à tout pour l'empêcher de révéler s'il a fait truquer les élections municipales.


Ce qui ne signifie pas que DD va connaître de répit comme il s'en aperçoit lorsque Stilt-Man (l'Homme aux Echasses) l'attaque. Ou plutôt des Stilt-Men. Résolus à causer des dégâts pour le capturer et l'éliminer. Daredevil déjoue leur plan en descendant dans la rue et en cherchant un abri.
  

Il se réfugie dans une salle de spectacle vide - ou presque. Car six assassins l'y attendent, et pas des moindes : Typhoïd Mary, Electro, le Gladiateur, Ikari, Tenfingers et Klaw. DD saisit vite leur point faible : ils n'ont jamais manoeuvré ensemble, même s'il est leur unique cible.


Daredevil frappe d'abord Klaw qui riposte en voulant l'assourdir mais neutralise Ikari. Le Gladiateur manque DD et atteint Typhoïd Mary qui déclenche un feu brûlant Tenfingers et active l'arrosage anti-incendie de la salle. Electro s'électrocute et les cinq autres assassins avec lui.
   

Daredevil gagne le toit où il reçoit une balle dans la cuisse droite. Bullseye le tient au bout de son fusil, à sa merci. Jusqu'à ce que Mike Murdock arrive dans son dos et ne lui tire dessus. Contre toute attente, Mike aide DD à se relever et lui offre son aide pour la suite.

Puisqu'on aura le fin mot de cette intrigue dans une quinzaine de jours, il est temps d'abattre ses cartes et de confier ma théorie sur "la mort de Daredevil". On verra si j'ai tort ou raison - ou si Charles Soule a imaginé une troisième voie.

En lisant ce 611ème épisode, mon impression s'est renforcée et je la partage donc : à mon humble avis, Daredevil n'est pas mort (et ne mourra donc pas au #612), mais Matt Murdock est toujours hospitalisé depuis qu'un camion l'a percuté dans le n°610. Il doit être depuis dans le coma et ce nous lisons depuis est ce qu'il imagine.

Pourquoi je pense cela ? Tout d'abord, depuis le début de cet arc, Wilson Fisk n'apparaît pas (plus - sa dernière apparition remonte au #609). Il est omniprésent, obsédant Daredevil et ses proches et ses partenaires, mais alors qu'on devrait le voir donnant des ordres et recevoir des rapports sur la chasse que lui fait Daredevil et le contrat qu'il a lancé contre ce dernier, il demeure invisible. C'est un parti-pris de Soule qui me semble signifier que tout cela est le fruit de l'imagination comateuse de Matt Murdock.

Ensuite, le scénario progresse en resserrant son objectif : Daredevil/Murdock est d'abord entouré - par Foggy, par McGee, Reader, Cypher - puis de plus en plus isolé, jusqu'à être seul dans ce #611. Au fur et à mesure, tous les seconds rôles quittent la scène. Mais ceux qui y apparaissent ne font qu'un tour rapide : Elektra a surgi de nulle part pour disparaître aussi subitement. Le tueur Vigil est intervenu de manière irréelle. Dans ce numéro, Stilt-Man puis Typhoïd Mary, Electro, le Gladiateur, Tenfingers, Ikari et Klaw sont ligués comme jamais auparavant et savent exactement où se trouve DD sans avoir pu le prévoir (il échappe à l'Homme aux Echasses de manière imprévisible et se réfugie dans le seul endroit possible où, comme par hasard, les méchants l'attendent). Tout est trop gros pour être réaliste, vraisemblable, possible. Le nombre d'adversaires, leur présence au bon endroit au bon moment, leur alliance inédite. Et ne parlons pas de Bullseye qu'on avait quitté en piteux état dans le run de Waid et qui est à nouveau intact, pile là où il faut, comme s'il savait que DD allait vaincre les six assassins dans la salle de spectacle.

Enfin, Mike Murdock : son incarnation relève d'un tour de passe-passe énorme (Reader lui a donné vie par mégarde), la dernière fois qu'on l'a vu the Hood le prenait sous son aile sur ordre de Fisk (tiens, tiens) et le revoilà, tuant par surprise Bullseye (pourtant pas du genre à se laisser avoir comme ça) et offrant son aide à Daredevil (contre qui il s'était pourtant juré de se venger). Soit Mike Murdock est une hallucination, soit il va prendre la place de Matt, soit il va mourir dans quinze jours.

La confusion est maximale aussi grâce au dessin de Phil Noto. Il théâtralise au possible chaque scène en éliminant toute figuration dans ses plans (même si Daredevil évolue la nuit, dans les airs d'abord puis un quartier désert - mais trop désert pour que cela soit crédible). Noto, qui colorise lui-même ses planches, emploie aussi une palette limitée : tout est bleu dehors (le costume métallique des Stilt-Men, le ciel nocturne, les façades des immeubles) par contraste avec la combinaison écarlate de DD. Puis ensuite, il anime les six assassins dans des habits au contraire très voyants (Typhoïd Mary avec le design de Maleev, le Gladiateur dans son look originel, Ikari idem, Electro avec son ancienne apparence reconnaissable à son masque, Klaw inchangé). Puis la dernière scène renoue avec la silhouette de Daredevil qui se détache de tout, même si la blessure que lui inflige Bullseye laisse échapper du sang d'un rouge à peine plus foncé que celui de son costume.

Une autre astuce mise au point par Soule et Noto pour égarer le lecteur ou lui indiquer un signal, c'est selon, est la répétition d'une case noire qui occupe toute la largeur de la page à chaque moment crucial (lorsque DD est assailli par les Stilt-Men, lorsqu'il croit que Bullesye va le tuer, puis Mike l'achever). Cette espèce de clignotant où on est brièvement plongé dans les ténèbres suggère que quelque chose cloche, comme si le héros ne pouvait plus se concentrer, penser - et le lecteur ne plus voir. Comme s'il n'y avait plus de courant. Et du coup, l'image suivante relève du miracle répété : DD échappe aux Stilt-Men, au tir de Bullseye, au coup de grâce de Mike.

Bien entendu, tout cela n'est que spéculation - plus d'hypothèses que de critique donc. Mais que j'ai raison ou non, en vérité qu'importe : la narration devient ludique, Soule et Noto font exactement ce qu'on attend d'eux - nous mener par le bout du nez. Impossible, vraiment, de deviner comment cela va se terminer. C'est pour cela que je suis convaincu qu'on révisera à la hausse un jour ces épisodes (ce run entier ?). D'ici Février prochain, on aura le temps, quand Chip Zdarsky et Marco Checchetto (beau duo, inattendu mais prometteur) relancera la série.  

dimanche 4 novembre 2018

DAREDEVIL #610, de Charles Soule et Phil Noto


Comme Old Man Hawkeye, Daredevil selon Charles Soule arrive bientôt à son terme. On notera d'ailleurs que le scénariste est souvent associé aux morts (et aux renaissances) de héros (il s'était déjà occupé de Wolverine). Accompagné de Phil Noto, il poursuit donc cette ultime aventure, qui conserve entier son mystère.


Matt couche avec Elektra. A son réveil, il la croit partie mais elle est encore là, comme si elle avait quelque chose à lui demander sans s'y résoudre. Pensant que ce qu'elle désire rejoint ses propres projets, il l'invite à rester avec lui.


Matt emmène Elektra à la librairie où Frank McGee, Reader et Cypher se réunissent pour organiser la destitution de Wilson Fisk. Cypher a accédé à l'emploi du temps de Wesley, le bras-droit du Caïd, que veut kidnapper Daredevil. Il insiste pour que l'opération se déroule avec précision - et sans faire de mort.
  

Une fois Wesley entre leurs mains, l'équipe est poursuivie par ses gardes du corps. Ils sont semés grâce à un tour de Reader. Mais leur avance s'interrompt brutalement quand leur voiture fait une spectaculaire embardée.


McGee et Reader K.O., Daredevil reconnaît le couteau qui a crevé le pneu : c'est celui utilisé par le tueur qu'il a croisé la veille. Mais Elektra pense que ce dernier a une autre cible : Fisk veut éliminer Wesley pour l'empêcher de parler.
  

Daredevil et Elektra se réfugient avec Wesley dans une église abandonnée où le tueur les attend. Il se fait appeler le Veilleur et défie le couple. Cependant, Wesley décide de s'éloigner. Mais le Veilleur prend le dessus sur Daredevil et Elektra et élimine Wesley avant de s'éclipser. Cet échec décide Elektra à se retirer à son tour.

C'est un numéro plein d'action qu'a écrit Charles Soule, il se lit vite et nous laisse cois. Daredevil est plus seul que jamais, son plan a été un échec, ses alliés sont mal en point, et Elektra l'abandonne. De quoi entretenir une perplexité certaine...

Si vous n'avez jamais adhéré à la proposition du scénariste sur cette série, cet épisode n'est pas pour vous et ne fera que souligner votre frustration. Marvel semble d'ailleurs enclin à en jouer puisque aucune annonce n'a permis de savoir ce qui en serait de DD une fois le run de Soule terminé : c'est certainement très dur pour l'éditeur, spécialisé dans l'auto-spoiler de peur de se faire griller par les sites de gossips comme Bleeding Cool...

Quoiqu'il en soit, le secret est bien gardé sur la manière dont Daredevil va mourir - s'il meurt vraiment. Pour ma part, j'ai du mal à croire que, au moment où la saison 3 de la série télé du héros sur Netflix a renoué avec le succès critique et public, Marvel va se débarrasser de Matt Murdock. J'ai ma théorie sur cette mort, mais je la garde prudemment pour moi afin de la vérifier le moment venu.

Ce qui me semble certain, c'est que Soule mise beaucoup sur l'ambiguïté des situations, sur les ambiances déroutantes, les rebondissements radicaux. Tout cela donne le sentiment que l'action se déroule trop étrangement pour être vraie, certaine, plausible. Comme dans un songe, ou une extrapolation. Le fait que Mike Murdock ne soit pas réapparu depuis le #608 intrigue aussi : le "jumeau" maléfique n'a pas été incarné par Soule pour faire un tout et disparaître, surtout quand the Hood, sur ordre de Fisk, l'a pris sous son aile. Autant d'éléments qui incitent à la prudence...

D'une certaine manière, Phil Noto n'agit pas autrement en dessinant l'épisode en usant d'effets déstabilisants. Il y a cette scène d'ouverture, romantique et sensuelle, mais presque too much avec ses filtres de couleurs et sa voix-off. La suite inspire aussi la surprise.

Le découpage souligne les ellipses : on n'assiste pas à l'enlèvement de Wesley, il est déjà captif de Daredevil. Le lecteur est plongé dans le feu de l'action avec une course-poursuite qui a lieu dans des rues... Parfaitement désertes ! Bizarre dans une ville aussi fréquentée que New York, bas quartiers compris.

Puis le combat final qui oppose le mystérieux Veilleur à DD et Elektra a lieu, tiens, tiens, dans une église abandonnée. Le cadre renvoie là encore avec force aux symboles familiers du héros, tout comme le costume de ce vilain laconique mais diablement efficace puisque capable de tenir tête aux couple et de tuer Wesley à la moindre opportunité !

Elektra sort de l'histoire aussi subitement qu'elle y est entrée, sans qu'on sache vraiment ce qui l'a motivée à aider Matt (bien que celui-ci ait pensé qu'elle avait un objectif semblable au sien - Fisk, donc).

Si on s'y abandonne, cette partie de l'arc narratif est jubilatoire dans sa manière de nous balader. Sinon, on a l'impression que Soule et Noto se fichent de nous. Moi, j'ai apprécié. Tout en sachant que, suivant un tel procédé, les auteurs ont intérêt à avoir une conclusion à la hauteur... 

vendredi 19 octobre 2018

DAREDEVIL #609, de Charles Soule et Phil Noto


Depuis la parution du précédent épisode, on a appris que le run touchait à sa fin avec cet arc intitulé, sans équivoque, The Death of Daredevil. Fin Novembre, la série s'arrêtera avant qu'un autre titre, sans le héros, ne soit publié début 2019. D'ici là, Charles Soule a promis une conclusion retentissante avec Phil Noto. Et, effectivement, dès ce 609ème numéro, on est très troublé...


Matt Murdock prend un café à la terrasse d'un bar lorsqu'il entend la course folle d'un camion et repère grâce à son sens radar un jeune homme traversant la rue et sur le point d'être percuté. Il le sauve in extremis mais c'est lui qui est victime de l'accident.


Hospitalisé en urgences, Matt est reconnu par la chirurgienne qui s'occupe de lui et s'emploie à stabiliser son état avec l'équipe médicale mobilisée. Entre la vie et la mort, Matt se concentre pour rassembler son énergie et se déplace sur un autre plan.


Ainsi retrouve-t-il, costumé en Daredevil, son sensei, Stick. Mais celui-ci le frappe violemment quand il apprend ce qu'il fait car ce n'est pas ce qu'il lui a enseigné. Rétabli, Matt reçoit la visite de Foggy Nelson à qui il demande de signer une décharge pour le faire sortir de l'hôpital car des choses plus pressées que sa convalescence l'attendent.


Matt retrouve Frank McGee, Reader et Cypher dans la librairie abandonnée où ils ont établi leur quartier général pour prouver que Wilson Fisk a truqué les élections municipales. Il leur confie être Daredevil et sa volonté de radicaliser leurs méthodes de travail car c'est à une guerre qu'ils se livrent.


L'objectif de Matt : enlever James Wesley, le bras-droit de Fisk. En se rendant chez lui, Daredevil est attaqué par un inconnu masqué. Mais il l'avertit qu'il n'a pas peur de lui ni de tous les hommes de main du Caïd. Son agresseur disparaît sans un mot. Matt rentre chez lui où il est attendu par Elektra, nue dans son lit, et qui vient l'embrasser langoureusement...

Annoncer, dans le titre même de l'histoire, la mort du héros intrigue forcément le lecteur qui sait que, dans les comics, personne ne reste longtemps décédé. Charles Soule va-t-il réellement tuer Daredevil ? Ou joue-t-il sur les mots ? Dans quelle mesure, en somme, peut-on accorder du crédit à ce programme après qu'il ait donné vie à Mike Murdock, le faux jumeau de Matt ?

Le scénariste s'emploie dès le début de cet épisode à jeter, efficacement, le trouble. D'abord en reproduisant la scène fondatrice du mythe de Daredevil, avec Matt Murdock évitant à un piéton d'être percuté par un camion. Fondu au noir.

Jusque-là, on est dans une séquence vraisemblable. Ensuite, Matt est au bloc opératoire, en piteux état, souffrant d'hémorragies internes, mais dans les mains d'une chirurgienne et d'une équipe déterminées à le sauver. Et c'est là que la confusion s'installe car Matt déguisé en Daredevil revoit d'abord des événements tragiques de son existence (l'exécution de Elektra par Bullseye, Blindspot entouré de ninjas de la Main...) puis, assis en tailleur, en lévitation, dans un décor montagnard, il médite jusqu'à l'apparition de son mentor, Stick qui, méprisant cet exercice, le frappe pour le sommer de se battre.

On est dans l'onirisme le plus complet, le songe d'un patient entre la vie et la mort. Peut-être déjà mort en fait... Car Matt s'en sort miraculeusement et reçoit la visite de Foggy dans sa chambre d'hôpital. Même avec la condition physique exceptionnelle qu'on lui connaît, il n'a qu'un bras en écharpe. Tout ce qui se produit alors relève soit d'une sorte de délire, peut-être post-mortem, soit d'un rétablissement insensé. Soule voudrait égarer le lecteur qu'il ne s'y prendrait pas mieux.

La suite et fin de l'épisode n'offre aucun moyen de démêler le vrai du faux : la visite à McGee, Reader et Cypher, la révélation de sa double identité à ses partenaires, l'attaque de cet étrange agresseur qui utilise des couteaux taillés dans des os, Elektra attendant lascivement Matt chez lui... Cela est-il réel ou non ?

Phil Noto s'y entend aussi pour souligner les intentions de Soule, utilisant des filtres ici (la scène de l'accident au début) qui floutent presque l'image, revenant ensuite à un encrage traditionnel, puis baignant l'épilogue dans une lumière trop sensuelle pour être crédible.

Le dessinateur applique au script un découpage classique (hormis la pleine page d'ouverture) et des transitions très nettes - l'accident dans la rue, l'opération dans le bloc opératoire, la confrontation avec Stick, la visite de Foggy dans la chambre, la réunion à la librairie, etc. Chaque scène forme une sorte d'unité détachée, de chapitre à part. Cela rend l'action ambiguë - pourquoi Matt révèle-t-il à ses alliés qu'il est Daredevil (il prétend que c'est pour gagner leur confiance, qu'il ne doit avoir aucun secret pour eux comme eux pour lui) ? Que fait Elektra dans son lit chez lui ? 

Et, comme sommet des interrogations, qui est cet énigmatique individu qui s'en prend à Daredevil, le pointe du doigt, puis disparaît tel un fantôme, sans dire un mot ? Est-ce Mike Murdock (qu'on a laissé le mois dernier pris en charge par The Hood sur ordre du Caïd) ? Une apparition cryptique (son costume arbore une croix chrétienne, très symbolique dans la mythologie du héros) ?

J'ai souvent aimé chez Soule ce côté décomplexé, prêt à entraîner la série où on s'y attendait le moins. Il paraît évident déjà que cet ultime arc narratif en sera une nouvelle démonstration.

dimanche 16 septembre 2018

DAREDEVIL #608, de Charles Soule et Phil Noto


Avec sa parution bimensuelle, Daredevil voit ses intrigues presque aussitôt bouclées alors qu'elles viennent de commencer. Le premier arc narratif de Charles Soule avec le dessinateur Phil Noto se clôt donc déjà sur une note à la fois toujours étonnante mais aussi un brin convenue.


Mike Murdock convainc Foggy Nelson de son identité et, sous la menace de son arme, exige qu'il téléphone à Matt, son "frère", pour qu'il empêche Daredevil et ses alliés (les Inhumains Frank McGee, Reader et le mutant Cypher) de continuer à le traquer pour l'éliminer.


Daredevil fait une entrée fracassante dans le bureau de Nelson. Aussi prompt, Mike prend ce dernier en otage et dissuade le justicier de le suivre et lui demande de communiquer un lieu de rendez-vous pour Matt Murdock, sans quoi il tuera Foggy.


En montant dans un taxi, Mike et Foggy sont reconnus par hasard par Bushwacker, un super-vilain, qui se met en tête de les éliminer pour gagner les faveurs du Caïd, prenant Mike pour Matt. Ils arrivent à le semer après l'avoir maîtrisé miraculeusement. Puis ils rejoignent Matt au lieu dit de leur rencontre. Foggy est relâché.


Sur le toit d'un immeuble voisin, les Inhumains Frank McGee et Reader (responsable de la création de Mike) se tiennent prêts à intervenir au signal de Matt. Mais celui-ci ne se manifeste pas et fait perdre patience à Reader. Lorsque Mike le voit arriver et le menacer, il le met en joue et dénonce une trahison de la part de Matt avant de fuir.


Mike obtient une audience avec Wilson Fisk à la Mairie où il dénonce les plans de Daredevil et de ses alliés pour révéler sa fraude électorale. Le Caïd congédie Mike. Mais, une fois dehors, sans autre plan, il est abordé par The Hood qui, à la demande de Fisk, le conduit ailleurs pour préparer des représailles contre DD.

Depuis le début de son run sur Daredevil, Charles Soule s'est montré constant quant à la durée de ses arcs narratifs, souvent brefs et nerveux. Cette forme lui permet d'entraîner le lecteur dans des aventures rapides où il n'a pas le temps de s'ennuyer et qui présente l'avantage de bousculer le héros, de le mettre constamment sous pression.

Le revers de la médaille, c'est qu'on a parfois (souvent) le sentiment que tout va un peu trop vite et que Soule gagnerait parfois à lever le pied pour ménager ses effets et développer certains points. C'est la faiblesse de son run : s'il a fait de Daredevil une série pleine d'action, il a échoué à redéfinir de manière originale, personnelle, le personnage principal (comme le fit avant lui Mark Waid en en faisant un homme niant de manière absurde ses souffrances jusqu'à ne plus pouvoir le supporter et faire son coming-out).

Toutefois, en introduisant de façon à la fois imprévisible et spectaculaire Mike Murdock, au départ une pure fiction de Matt Murdock, qui s'est incarnée accidentellement à cause du pouvoir d'un Inhumain, Soule avait l'occasion de corriger le tir. A condition de ne pas s'en servir comme d'une pirouette scénaristique.

Et il semble bien que Mike soit là pour un moment (même si la série devrait connaître un relaunch d'ici à la fin 2018 - un teaser dessiné par Bill Sienkiewicz, montrant Daredevil se démasquant dans un champ où se trouve Karen Page avec comme légende "The End ?", fait même un sacré buzz en ce moment). Ce rebondissement ajoute au piment dont Soule aime assaisonner la série, mais curieusement il la rend aussi plus prévisible à la fin de ce 608ème épisode, quand The Hood prend en charge le jumeau sur ordre du Caïd. Pas besoin d'être devin pour comprendre que Mike va endosser l'identité de Daredevil afin de compromettre le vrai Homme sans Peur... Alors que ce dernier s'emploie justement à révéler comment Fisk a truqué les élections municipales.

En attendant de savoir qui gagnera à ce "je te tiens, tu me tiens par les cornes du diable", on s'accordera sur les dessins de Phil Noto qui a trouvé ses marques en un temps record. L'artiste enchaîne les épisodes, dont il assume crayonnés, encrage et colorisation, à un rythme confondant. Si le traitement des décors trahit le recours à l'informatique, la narration graphique est nerveuse, sans fioritures.

Comme Noto a un style passe-partout mais efficace, cette intrigue avec des jumeaux, cette histoire où chaque partie adverse travaille à noyer l'autre, lui conviennent parfaitement. Mike et Matt sont indiscernables à première vue. Et les scènes d'action bénéficient d'un découpage raisonnable qui privilégie la lisibilité au grand spectacle (même si quelques péripéties sont dispensables, comme l'attaque opportune de Bushwacker).

Charles Soule a promis un imminent coup de théâtre qui fera beaucoup parler (et devrait, logiquement, clore le volume en cours avant une relance au numéro 1 de la série). Tout est en place. La suite s'écrira-t-elle toujours avec lui ? Nul ne sait. Mais il ne serait pas injuste que Marvel laisse le scénariste poursuivre (à moins d'avoir prévu un remplaçant plus prestigieux et accrocheur).

vendredi 24 août 2018

DAREDEVIL #607, de Charles Soule et Phil Noto


Quand je vous disais que Daredevil avait gagné avec l'arrivée de Phil Noto un dessinateur régulier, j'ignorai que Marvel avait décidé de bimensualiser la publication de la série écrite par Charles Soule. La rumeur court d'ailleurs que le run de dernier touche à sa fin et que le titre pourrait être rebooté ensuite... En attendant, tout continue à la même allure effrénée !


Daredevil se rappelle dans quelles circonstances, à ses débuts, pour qu'on ne soupçonne pas Matt Murdock d'être l'Homme sans Peur, il s'était inventé un frère jumeau arrogant, Mike Murdock. Aujourd'hui, pourtant, ce double de fiction s'est incarné et lui fait face !


Dans le Bar sans Nom, repaire des vilains de New York, Daredevil s'interroge : s'agit-il du Caméléon ? De Mystique ? D'un Life Model Decoy ? Mike Murdock lui affirme être le frère de Matt et qu'il est en ville pour le revoir. DD l'assomme.


Grâce à son ami Frank McGee, Daredevil fait examiner Mike par Sterilon, un Inhumain télépathe, qui confirme que cet homme est bien celui qu'il prétend être, même si son esprit présente d'étranges béances. McGee devine alors qui peut être à l'origine de cette apparition. Direction : le repaire où se trouvent leurs partenaires Cypher et surtout l'autre Inhumain, Reader, dont le pouvoir lui permet justement de donner corps à ce qu'il lit.


Effectivement, en se documentant sur la fraude électorale potentielle du Caïd, Reader a aussi lu la biographie de Matt dans laquelle est mentionné Mike. En s'assoupissant, il a donc créé ce dernier. Et c'est alors que, K.O. depuis des heures, il se réveille, désarme McGee et prend Forey, le chien de Reader en otage pour s'enfuir.


Daredevil retrouve rapidement le chien mais Mike reste indétectable. Il n'est pourtant pas loin : dans le cabinet de Foggy Nelson qu'il menace avec un pistolet !

Charles Soule a tenu compte du fait que les lecteurs de Daredevil n'avaient pas lu toutes ses aventures et commence cet épisode par un bref rappel sur les origines de Mike Murdock. Cela permet de situer immédiatement l'étrangeté de la situation et d'être aussi incrédule que l'Homme sans Peur face à cette créature imaginaire désormais en chair et en os devant lui (et nous).

Mine de rien, c'est un effort appréciable de la part de l'auteur car les comics actuels de super-héros ont souvent tendance à tenir pour acquis le fait que les lecteurs savent tout sur les séries, quand bien même elles paraissent depuis plus d'un demi-siècle (au bas mot). Et nous instruire sur Mike Murdock est bien utile tant c'est un élément bizarre et méconnu.

Son cas occupe l'intégralité de ce numéro mais sans ralentir la progression de l'histoire en cours puisque désormais la série devient bimensuelle. Certains sites spécialisés prophétisent la fin prochaine du run de Soule en s'appuyant sur les résumés des solicitations de Marvel pour le mois de Novembre, ceux des tpb sur Amazon, et l'annonce du retour de la gamme "Marvel Knights" - dont DD est un des héros emblématiques. Le titre pourrait carrément être rebooté, ce qui entraînerait une renumérotation (avec un nouveau départ au #1) et un changement d'équipe créative.

C'est que, malgré ses audaces et la série sur Netflix, Daredevil ne se vend pas très bien actuellement, il est perdu dans les profondeurs du top ventes, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Soule est là depuis un moment, beaucoup de titres à l'occasion du nouveau statu quo "Fresh Start" sont passés dans d'autres mains, avec une volonté éditoriale de redonner du tonus aux histoires... 

Pourtant, du tonus, le scénario n'en manque actuellement pas, et alors que jusqu'au n° 600, Ron Garney alternait régulièrement avec un autre dessinateur, depuis le précédent épisode, Phil Noto a pris le relais. C'est un des rares artistes actuels à pouvoir produire sans problème deux épisodes par mois, avec un style identifiable et une qualité constante, en assurant dessin, encrage et couleurs.

Casser cette belle dynamique ne me semble pas très inspiré, mais on sera certainement fixé d'ici Décembre prochain. En attendant, DD sera bien occupé entre ce jumeau sorti de nulle part et menaçant et sa volonté de destituer Wilson Fisk. A suivre donc, à bien des égards...

dimanche 12 août 2018

DAREDEVIL #606, de Charles Soule et Phil Noto


Nouvel arc narratif pour Daredevil et nouvel artiste régulier pour la série  : cette fois, c'est la bonne, Phil Noto rejoint Charles Soule. L'histoire, elle, exploite les conséquences de la précédente tout en réservant le retour d'un personnage créé dans les années 60 pour quelques épisodes parmi les plus étranges du titre...


Après le retour de Wilson Fisk à sa place de Maire de New York, Matt Murdock a préféré démissionner de son poste d'adjoint. Il veut désormais monter un dossier solide qui prouvera une fraude électorale et lui permettra de destituer le Caïd. Pour cela, il obtient le soutien de Frank McGee, l'Inhumain, qui a été flic pendant vingt ans, et qui recrute le mutant Cypher et l'autre Inhumain Reader pour cette mission.


Mais Daredevil est appelé ailleurs : la police signale un vol à main armée à la "Quest Bank National". Sur place, le justicier découvre que Hammerhead l'attend tranquillement. Et pour cause, ce ne sont pas les coffres de l'établissement qui l'intéressent mais les badauds attirés par son coup.
  

Tenus en respect par ses sbires, les curieux font de parfaits otages filmant le malfrat qui s'auto-proclame nouveau parrain du crime organisé en ville. Jusqu'à ce qu'un civil se rebelle et ouvre la voie à la riposte de Daredevil.


La contre-attaque est expéditive et filmée par les portables des ex-otages. Daredevil prononce un discours sur l'héroïsme de tous les new-yorkais qui vaut aussi bien contre les tentatives d'un Hammerhead que contre l'actuel Maire.


Dans le "Bar sans Nom", où se détendent tous les super-vilains de New York, un certain Mike Murdock sème la zizanie en draguant la fiancée d'un des habitués et prétend être le frère jumeau de Matt. Une bagarre éclate à laquelle Daredevil met rapidement fin en prétendant qu'il a appelé Hulk. Puis il est abordé par Mike...

Depuis qu'il a franchi le six-centième numéro de la série, le scénariste Charles Soule a opéré une mue de plus en plus évidente : le lecteur a désormais droit à un véritable feuilleton dont chaque arc narratif est organiquement lié au précédent. Le pivot de cette transformation est la présence de Wilson Fisk à la tête de la mairie de New York. Matt Murdock/Daredevil a d'abord tenté de le déloger par la ruse, en acceptant de collaborer avec lui. Mais désormais, il a changé de tactique et veut qu'il soit légalement destitué.

L'épisode de ce mois-ci est découpé en trois actes distincts, même si la structure fait des allers-retours temporels. Dans le premier, Daredevil convainc l'Inhumain Frank McGee (qu'il a rencontré lors de son affrontement avec Muse) de l'aider à confondre Fisk. L'ex-policier compose une groupe à cette fin et recrute le mutant Cypher, capable de lire/parler/comprendre n'importe quel langage/code/système, et Reader, un autre Inhumain, aveugle mais excellent combattant, aux ressources encore inconnus. On peut s'étonner que DD n'ait pas fait appel à des amis (chez les Defenders ou chez les Avengers), mais Soule a toujours tenu le héros éloigné de la communauté super-héroïque (même si dans le dernier arc, Spider-Man, Moon Knight, Misty Knight et les Defenders étaient présents). Les Inhumains sont à la marge (d'ailleurs McGee et Reader expliquent ne plus faire partie de cette famille royale) et Cypher est un mutant, lui aussi en dehors de toute équipe (les Nouveaux Mutants n'étant plus en activité). Cette cellule réduite présente donc l'avantage d'être sous les radars et peu susceptible d'inquiéter a priori Fisk.

Ensuite, Daredevil affronte Hammerhead qui veut profiter de la vacance à la tête du crime organisé pour devenir le nouveau Caïd. Soule utilise ce vilain comme un prétexte (lui ou un autre, peu importe à vrai dire, même si l'utilisation de mitraillettes tirant des clous est savoureuse, jouant sur les mots - Hammerhead, la tête de marteau, frappant des clous). Il s'agit surtout d'exploiter la situation engendrée par la reconversion de Fisk. Et de rappeler que Daredevil (comme tous les héros masqués) que voulait interdire Fisk sont à nouveau autorisés à agir contre des criminels en soutien de la police. A cette occasion, DD en profite pour s'adresser à la population pour affirmer qu'il sera toujours là pour la défendre mais que chacun d'entre elle est un héros à sa mesure.

Enfin, et c'est le point le plus inattendu, l'épisode se termine par un coup de théâtre : le retour de Mike Murdock. Dans les années 60, au début de la série, Matt Murdock pour détromper ceux qui le soupçonnaient d'être Daredevil s'était inventé un frère jumeau, prénommé Mike. Et ce subterfuge grossier fonctionna suffisamment pour que son activité de justicier soit préservée ! (Les scénaristes n'avaient vraiment peur de rien à l'époque...) Or, voilà que Soule reconvoque Mike Murdock mais surtout lui donne une incarnation. La fin, surréaliste, voit donc DD face à face avec son jumeau fictif mais désormais en chair et en os et tout content de rencontrer le justicier ami de son frangin ! Où le scénariste veut-il aller avec cette idée ? A suivre. Mais Charles Soule confirme qu'il a vraiment le don de surprendre et d'entraîner la série hors des sentier battus.

Ce #606 voit aussi les débuts de Phil Noto comme nouvel artiste régulier de la série. Et régulier, il le sera car cet artiste, aussi prolifique que modeste (Marvel, malgré sa ponctualité, lui a rarement confié des titres prestigieux), peut enchaîner des épisodes sans fatiguer sur de longues périodes (par exemple, il a réalisé les vingt épisodes d'affilée de Black Widow alors écrits par Nathan Edmondson). Il assume aussi l'encrage et la colorisation.

Pour ses débuts ici, on sent bien qu'il est encore en rodage mais la rigueur de son découpage, l'efficacité de sa narration, sans fioritures, sont déjà encourageantes. Noto n'est pas du genre à en mettre plein la vue, son trait est parfois un peu rigide, mais son expérience compense ce déficit de spectacle. Une fois bien échauffé, nul doute qu'il réussira à s'emparer de la série avec personnalité.

Bref, cette nouvelle aventure promet.