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samedi 1 mars 2014

Critique 417 : THE SIXTH GUN - BOOK 5 : WINTER WOLVES, de Cullen Bunn et Brian Hurtt

THE SIXTH GUN, BOOK 5 : WINTER WOLVES rassemble les épisodes 24 à 29 de la série créée et écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt, publiés en 2013 par Oni Press.
Becky Montcrief a délivré Drake Sinclair de l'Ordre des Chevaliers de Salomon. Alors qu'ils ont repris la route, les voilà bientôt prise au piège dans une tempête de neige aussi subite que surnaturelle : ils se trouvent sur le territoire du Wendigo, une créature maléfique à laquelle a déjà eue affaire Sinclair et qui convoite également les pistolets maudits, soi-disant pour les mettre à l'abri des hommes.
Cependant, Gord Cantrell a retrouvé Kirby Hale, sans savoir qu'il est désormais l'agent de la terrible Missy Hume. Avec l'aide de Asher Cobb, la momie géante traquée par l'Ordre de l'Epée d'Abraham, ils tentent de remonter la piste jusqu'à Becky et Drake.
Le scénariste Cullen Bunn est un drôle de zigoto : en effet, le succès critique et public de ses séries pour Oni Press (The Damned d'abord puis The Sixth Gun) lui a valu d'être recruté par les majors que sont Marvel (pour qui il a écrit plusieurs titres comme Venom, Fearless Defenders et bientôt Magneto) et DC (avec laquelle il prépare une ongoing consacrée à Sinestro, l'ennemi de Green Lantern). Pourtant, en tout cas en ce qui concerne ses expériences chez Marvel, la réussite le fuit : l'accueil des médias et des lecteurs est, au mieux, tiède.
Ne pas transformer ainsi l'essai (tout en restant malgré tout convoité) le prive certainement de fans supplémentaires pour The Sixth Gun, une série où il accomplit un remarquable parcours depuis le début, et c'est bien dommage. Le titre approche des 40 épisodes avec 6 tpb (le dernier, Ghost Dance, qui suit celui-ci, vient juste de sortir) et demeure d'une remarquable constance dans la qualité. C'est pourquoi j'ai envie de commencer par dire à ceux qui ne goûtent guère à Cullen Bunn chez les "big two" de ne pas en rester là et d'essayer sa production indépendante, qui vous convaincra de son talent en dehors des super-héros.
Ceci étant dit, abordons le contenu de ce recueil. D'un point de vue narratif, il peut sembler moins enthousiasmant que les précédents, l'objectif évident étant ici de réunir les personnages séparés depuis de nombreux épisodes et qui ont tous traversé des épreuves initiatiques en relation avec la mythologie des six pistolets et leur propre passé. On a l'impression que Bunn tire un peu sur la corde en inventant de nouvelles péripéties pas forcément nécessaires, mais cela reste néanmoins une suite d'épisodes très efficaces, menée avec rythme.
La structure de ce volume s'appuie sur les parallèles : on suit d'un côté la trajectoire de Becky et Drake, leur séjour dans le territoire du Wendigo ; de l'autre le trio formé par Gord, Kirby et Asher doit semer les membres de l'Epée d'Abraham afin de retrouver justement Becky et Drake. Ces deux parties sont riches en rebondissements et on ne s'ennuie pas une minute : il y a là tout ce qu'on aime dans la série - des courses-poursuites échevelées, des échanges de coups de feu, des créatures fantastiques, des décors variés, du spectacle, de l'entertainment.
Il faut néanmoins attendre le 29ème épisode (le 6ème chapitre du recueil) pour enfin assister aux retrouvailles des personnages. Les réactions de chacun sont amusantes et Bunn les exploite à la fois rapidement et intelligemment : le ressentiment de Becky envers Kirby (qui l'avait séduite pour lui voler son arme), l'incrédulité devant l'alliance de Gord avec Asher et Kirby, la détermination de Gord à se débarrasser des pistolets, l'usure physique et morale de Drake.
Surtout, on découvre une nouvelle "application" de l'arme de Becky une fois que Kirby lui a révélée son alliance avec Missy Hume : la séquence qui en découle est spectaculaire et troublante - moins pour la volonté intacte de la jeune femme de faire payer Missy que par le fait que le pistolet semble désormais (comme cela était suggéré dans l'épisode 27, chapitre 4 du recueil) la posséder, la consumer. Il semble que cette piste sera bientôt exploitée, on verra comment.
Enfin, la chute de l'album offre un cliffhanger prometteur mais qui démontre surtout que Bunn, même s'il a pu le laisser paraître depuis quelque temps, n'oublie pas le reste de son casting et les possibilités qu'il lui donne. Si, comme il l'avait déclaré en interview, le scénariste a vraiment l'intention de conclure la série au bout de 50 numéros, alors de multiples éléments dans ce 5ème Livre pourraient confirmer une convergence et un beau final.

Encore une fois, Brian Hurtt donne au récit un dynamisme visuel salvateur. L'impression que la série s'étirait un peu artificiellement a toujours été compensée par un graphisme qui, pour n'avoir rien d'exceptionnel, est sur la durée remarquable. Ce qui compte chez Hurtt, c'est moins une recherche du beau dessin (quand bien même réussit-il des plans épatants, notamment quand il s'agit de représenter les décors et les monstres) que du dessin efficace, du dessin juste.
Vous ne trouverez pas dans The Sixth Gun des pages réellement impressionnantes, mais la simplicité du découpage, des représentations, des expressions, dissimule une redoutable fluidité et fait de la série un "page-turner" implacable. Hurtt a ce don, digne des très bons artistes, complets mais sobres, de raconter visuellement l'histoire à sa disposition sans jamais tirer la couverture à lui : il est au service du récit, exclusivement, pas là pour épater la galerie, il n'y a rien en trop dans ses pages, juste ce qu'il faut pour accompagner le script et emballer le lecteur.
Cette forme d'humilité est des plus louables, même si elle est un peu ingrate car on se rend rarement compte du travail que cela représente de tout bonnement bien mettre en images une intrigue solide.

Album après album, The Sixth Gun confirme tout le bien qu'on peut lui prêter. Accordez, vous aussi, une chance à ce western fantastique, salué par les auteurs les plus côtés du milieu (cités à chaque fois en couverture et quatrième de couverture) et bientôt (enfin !) traduit en France chez Urban Comics. 

jeudi 28 mars 2013

Critique 387 : THE SIXTH GUN, BOOK 4 - A TOWN CALLED PENANCE, de Cullen Bunn, Brian Hurtt et Tyler Crook

The Sixth Gun, Book 4 : A Town Called Penance rassemble les épisodes 18 à 23 de la série créée et écrite par Cullen Bunn, et dessinée par Brian Hurtt (#18-22) et Tyler Crook (#23), publiée par Oni Press en 2012.
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Séparés après l'attaque du train dans lequel ils transportaient le cercueil du Général Hume avec l'aide de l'Orde de l'Epée d'Abraham, Becky Montcrief et Drake Sinclair sont désormais dans une situation compromise. La jeune femme a fui la protection de l'Ordre et arrive dans la bourgade de Penance, où l'ont conduite les visions du futur du 6ème pistolet en sa possession. De son côté, son acolyte est le prisonnier de l'Orde des Chevaliers de Salomon, auquel il a appartenu dans le passé et qui veulent les quatre pistolets en sa possession (mais qu'il a eu le temps avant d'être capturé de mettre à l'abri).
Quand à ce brigand de Kirby Hale, il accepte de louer ses services à Missy Hume pour récupérer les pistolets tout en espérant que Becky l'aime encore après qu'il l'ait trahie une première fois...
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Si Cullen Bunn s'en tient à son plan initial - une série d'une cinquantaine d'épisodes maximum - , alors ce 4ème tome de The Sixth Gun franchit presque la moitié du parcours et permet à la fois de mesurer le chemin parcouru tout en laissant de nombreuses pistes à explorer (j'enchaîne les métaphores spatiales...).
Les précédents épisodes du tome 3 coupaient l'intrigue en deux parties : on y assistait, d'un côté, à la séparation forcée (à la suite de l'attaque du train par les mercenaires de Missy Hume) de Becky et Drake ; puis, d'un autre côté, à la quête de Gord Cantrell pour trouver un moyen de neutraliser les pistolets magiques (qui, réunis, pourraient peut-être transformer toute la réalité, passée et présente).
Cullen Bunn exclut (pour le faire revenir dans les prochains chapitres) Gord Cantrell de son récit afin de mettre en scène la réunion de Becky et Drake. Il imagine un nouveau décor où arrive Becky et dont il a le secret et qui contribue à faire de The Sixth Gun ce mix détonant de western et de fantastique horrifique : un bled perdu du nom de Penance (Pénitence). Dans ce lieu vivent des habitants difformes, des proto-mutants, contaminés par l'eau empoisonnée par les Chevaliers de Salomon qui détiennent Drake. La trahison du shériff (à la mine, il est vrai, peu honnête) va achever de précipiter l'affrontement entre les Chevaliers et une partie de la population, résidant à la périphérie, et conséquemment sceller les retrouvailles de Becky et Drake dans un autre endroit étonnant.
L'épisode 21, qui se déroule dans le repère des Chevaliers, une cité souterraine, offre au scénariste - et son dessinateur - le prétexte pour un vrai défi narratif puisqu'il s'agit d'un chapitre muet, sans dialogues ni onomatopées, sur le principe des " 'Nuff Said" comme Marvel Comics en proposa il y a quelques années pour un épisode de toutes leurs séries le même mois. L'efficacité et la confiance acquises par l'auteur sur son projet sont désormais telles qu'il passe l'examen avec brio et produit un petit chef-d'oeuvre. C'est aussi cela qui rend The Sixth Gun si plaisant à lire, pour cette capacité non seulement à se jouer des codes des genres qu'il aborde mais aussi cet aspect ludique dans la relation des intrigues, ces "morceaux de bravoure" parfaitement exécutés.
L'action domine donc ce recueil, mais continue de développer des liens entre ses protagonistes : ainsi on apprendra de Drake Sinclair une révélation renversante sur son rôle vis-à-vis de l'usage des six pistolets dans le passé, un twist dramatique qui va sans doute impacter durablement la série. Le personnage de Jesup, un des Chevaliers avec lequel Drake a un sérieux contentieux, est destiné à revenir aussi, malgré ce qu'il subit à la fin du #22. Quant à Kirby Hale, son alliance avec la sinistre Missy Hume promet également beaucoup, même si les sentiments qu'il éprouve encore pour Becky interféreront certainement...
The Sixth Gun n'a pas fini de régaler ses fans. Pourquoi donc aucune maison d'édition française ne s'intéresse à la traduction de ce titre, alors qu'ici, où de Lucky Luke à Blueberry en passant par Les Tuniques Bleues (et d'autres), un tel western aurait toutes les chances de gagner des lecteurs ?!
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Brian Hurtt continue d'enchaîner les épisodes avec une régularité impressionnante. Son dessin n'est peut-être pas renversant au premier regard, mais il n'empêche que la série lui doit beaucoup car c'est assurément un storyteller bigrement doué. Son découpage est simple, sobre, mais redoutable, avec des effets bien dosés (voir la splash-page où a lieu un vrai feu d'artifices de dynamite, après des suites de séquences cadrées serré). Le flux de lecture est d'une souplesse telle qu'on engloutit les 150 pages de ce volume sans voir passer le temps.

La série a aussi trouvé avec Tyler Crook un fill-in artist parfait : il ne s'occupe ici que du #23, centré sur Kirby Hale, ce qui permet de bien distinguer les tâches dévolues aux deux dessinateurs. Son trait est plus relaché que celui de Hurtt, plus "cartoony" mais convient idéalement au titre, dont le visuel ne cultive pas un réalisme classique pour mieux faire passer les excentricités du script.

Et, encore une fois, la colorisation de Bill Crabtree est irréprochable. Quel plaisir, vraiment, de lire une série qui conserve une si bonne cohérence esthétique depuis ses débuts !
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Enocre une collection d'épisodes jubilatoires. Vivement la suite, qui promet d'être aussi délirante et palpitante !

mardi 12 juin 2012

Critique 330 : THE SIXTH GUN - BOOK 3 : BOUND, de Cullen Bunn, Brian Hurtt et Tyler Crook

The Sixth Gun, Book 3 : Bound rassemble les épisodes 12 à 17 de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt (#12-13, 15-17) et Tyler Crook (#14), publiée en 2011-2012 par Oni Press.
Becky Montcrief, Drake Sinclair et le frère Roberto de l'ordre de l'Epée d'Abraham convoient en train le cercueil contenant la dépouille maudite du général Hume. Ils possèdent cinq des six pistolets magiques, le sixième étant en possession de Missy Hume, qui prépare sa revanche, et engage Eli Barlow pour mener un raid sur le train en question. Barlow a le don de réveiller les morts et son commando compte Asher Cobb, un ancien devin transformé en momie, sur lequel son emprise est toute relative.
L'affrontement sépare Drake de Becky et Roberto qui gagnent un château où le cercueil avec le général Hume est enfermé dans une cellule. Becky comprend progressivement qu'elle n'est pas seulement invitée dans ce repaire mais également prisonnière car l'ordre de l'Epée d'Abraham convoîte les six pistolets pour défaire une organisation rivale, les Chevaliers de Salomon.
Cependant, Gord Cantrell revient en Louisiane, et doit faire face à son terrible passé.
Reste à savoir où est passé Drake Sinclair...
Missy Hume prépare sa revanche...
... Et Eli Barlow va l'aider dans ses sinistres projets.
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Ces six nouveaux volets de la série viennent prouver que Cullen Bunn a vraiment bâti une histoire qui recèle une profondeur épatante : en effet, la mythologie des six pistolets y est grandement enrichie, mais sans que les trajectoires des héros soient sacrifiées. Le scénariste ajoute de nouveaux protagonistes hauts en couleurs à son casting déjà mémorable et entraîne son récit sur des pistes inattendues et excitantes.
Qui est Asher Cobb ?

Pour commencer, Bunn offre à ses lecteurs un authentique morceau de bravoure avec deux chapitres entiers consacrés à une nouvelle bataille épique comme il sait si bien les écrire : l'attaque du train transportant le général Hume est une séquence formidablement maîtrisée, au rythme haletant, enchaînant les moments forts avec de l'action spectaculaire et des rebondissements qui vont durablement marquer l'intrigue puisque Becky et Drake sont séparés - on pense même ce dernier mort pendant plusieurs épisodes.
Puis Bunn consacre un chapitre entier aux origines d'Asher Cobb et avec ce nouveau personnage, la série atteint de nouveaux sommets de délire et d'angoisse puisqu'on a désormais affaire à une momie géante douée de pouvoirs divinatoires. Pour l'occasion, un nouveau dessinateur est invité et il faut saluer l'intelligence du choix de Tyler Crook dont le style se marie à la perfection à l'ensemble. Il est toujours délicat d'accueillir un fill-in mais, l'éditeur Charlie Chu a eu la main particulièrement heureuse.

Gord Cantrell retourne sur les lieux de son passé et
va devoir affronter (littéralement) ses démons...

Un troisième niveau est exploré avec Gord Cantrell, l'allié de Becky et Drake, rencontré à Fort Maw, qui a décidé de poursuivre ses investigations sur les six pistolets (et le moyen de les contrôler ou de les neutraliser) de son côté. Sa quête le ramène en Louisiane et se mue en un retour sur lui-même, son histoire intime, ses hantises. Bunn ose casser un peu le rythme de la série pour cette autre séquence mais il réussit une nouvelle fois son opération : ce passage est vraiment fantastique, donnant une épaisseur nouvelle à Gord, qui effectue des choix terribles.
"Un jour, tu apprendras, ma fille. Ce pistolet...
Il ne fait jamais rien pour t'aider."

Enfin, Becky va apprendre que son pistolet, capable de révèler le futur mais aussi le passé, et la raison pour laquelle l'ordre de l'Epée d'Abraham les protège n'est pas désintéressée et est prêt à adopter des mesures strictes pour garder la jeune femme et son bien.
 
Ce qui était suggéré dans les deux tomes précédents se confirme dans ce troisième livre : les six pistolets ont eu d'autres formes et sont au coeur d'une lutte ancestrale entre deux organisations. Cullen Bunn évoque les Templiers, les récits chevaleresques, mais ce mélange fonctionne étonnamment bien, encore une fois, avec ce mix déjà décapant de western et de fantastique.
Il est évident que Bunn sait mener sa barque et accrocher le lecteur non seulement avec les péripéties en cours mais surtout à venir : The Sixth Gun est une série addictive comme un feuilleton, ses éléments les plus baroques deviennent ses meilleurs atouts.
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L'efficacité de la série tient aussi, à part égale avec son scénario, aux dessins de Brian Hurtt, qui livre une nouvelle fois des planches d'excellente facture.
La manière ont il découpe, simplement mais en tirant le maximum de chaque case, des séquences comme l'attaque du train ou le retour de Gord dans la propriété où il était esclave, le soin qu'il apporte aux décors, l'expressivité de ses personnages, conjugés à un trait quasi-cartoony, sont imparables.
The 6th Gun est un irrésistible "page-turner" grâce à cet artiste au style vif, toujours soutenu par la colorisation impeccable de Bill Crabtree.
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Ce troisième volume confirme tout le bien qu'on peut penser de ce titre et rend impatient de connaître la suite de ces aventures - vivement l'automne pour découvrir ce que nous ont concoctés Bunn et Hurtt ! 

mercredi 30 novembre 2011

Critique 287 : THE SIXTH GUN - BOOK 2 : CROSSROADS, de Cullen Bunn et Brian Hurtt

The Sixth Gun, Book 2 : Crossroads rassemble les épisodes 7 à 11 de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt, publiée par Oni Press en 2011.
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Après la bataille du fort Maw, au cours de laquelle Becky Montcrief et Drake Sinclair ont reçu l'aide de Gord Cantrell pour enfermer à nouveau le général mort-vivant Hume dans son cercueil, sans pouvoir empêcher la fuite de sa veuve Missy, les trois héros se sont installés dans un hôtel de la Nouvelle-Orléans pour faire le point.
Drake cherche un moyen de se libérer de l'emprise maléfique des quatre revolvers en sa possession (le cinquième est dans les mains de Missy Hume et le sixième ne quitte pas Becky), après avoir déposé le cercueil du général Hume dans une crypte (gardée par Billjohn O'Henry, devenu un golem).
Gord étudie des livres pour apprendre l'origine des revolvers et met Drake sur la piste d'Henri Fournier, qui vit dans le bayou. C'est ainsi que le pistolero va en apprendre un peu plus sur la mythologie de ces armes, mais aussi éveiller la convoîtise de Marinette Of The Dry Arms, une créature des marais à laquelle obéit le serviteur de Fournier, Woodmael.
Becky, elle, fait la connaissance de Kirby Hale, un redoutable tireur, qui la séduit et va la manipuler...
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Ce nouveau tome est étonnamment accessible même si pour en apprécier tous les enjeux, il est préférable d'avoir lu le précédent. Dead Cold Fingers possédait une structure auto-contenue presque parfaite, une précaution habile dans un contexte de crise où peu de séries sont assurées de survivre (The Sixth Gun se vend à environ 5 000 exemplaires, trois fois moins qu'une série annulée par Marvel). Mais Oni Press soutient son titre et Cullen Bunn, le scénariste, a pu développer ce qu'il avait commencé à bâtir. Toute son histoire en profite : les personnages sont plus affirmés, l'intrigue est plus dense, et graphiquement c'est encore plus efficace.
Le meilleur exemple est la place prise par le personnage de Gord Cantrell, colosse noir apparu à la fin du tome 1, qui devient désormais un des protagonistes de la série : il garde une part de mystère (comme le remarque Drake quand il se demande comment il peut traverser avec autant de flegme les évènements surnaturels) mais son influence sur les situations et sa position à la fin de cet arc narratif prouve qu'il a acquis de l'épaisseur et possède un avenir.
Contrairement aux premiers épisodes, en constant mouvement, l'action se centralise ici dans un décor propice aux fantasmes puisqu'on évolue dans les quartiers de la Nouvelle-Orléans et le bayou. Le folklore de la région est subtilement mais puissamment exploité, avec des références au vaudou, à la magie noire.
On se rend compte qu'en vérité The Sixth Gun est moins un western avec des éléments fantastiques qu'une série fantastique utilisant les codes du western. Les duels, par exemple, sont abondants dans ces nouveaux chapitres et réservent de vrais morceaux de bravoure (Drake affronte un alligator blanc géant - Cullen Bunn a-t-il lu Jim Cutlass où le héros avait affaire à pareille bestiole ? - puis une panthère noire, Kirby Hale abat plusieurs fier-à-bras dans une séquence jubilatoire digne de Lucky Luke, Becky et Gord se démènent contre une horde de hibous et de serpents). Quant à la bataille finale dans le cimetière, elle n'a rien à envier à l'assaut contre le fort du Maw dans le premier livre.
Bunn continue de nous régaler avec des dialogues à la fois sobres et percutants, des personnages ciselés, et un soin particulier accordé aux ambiances.

(Promo art by Brian Hurtt)
Graphiquement aussi, la série mûrit sensiblement. Brian Hurtt confirme qu'il est un storyteller remarquable, produisant des vignettes parfaitement composées, s'enchaînant avec une fluidité imparable. Il n'abuse pas de plans larges mais quand il en produit, ils sont superbement ouvragés, sans être écrasés par des détails inutiles.
Il fait aussi la différence dans le traitement des décors, qu'il sait planter en leur consacrant toute la minutie requise : il faut saluer cet effort car tous les "monthly artists" américains ne sont pas aussi scrupuleux et sacrifie parfois les arrière-plans rapidement, comptant sur le fait que les lecteurs n'y accorderont pas autant d'importance qu'aux personnages. Or, quand on opère dans un genre aussi exigeant que le western où le cadre est à la fois connu de tous et donc implique d'être parfaitement représenté, cela commande à l'artiste de ne pas tricher.

Dans le même esprit, la colorisation, désormais réalisée par Bill Crabtree, souligne la qualité visuelle atteinte par la série. Ces quelques planches dans le bayou en témoignent :




La maîtrise grandissante de Hurtt fait écho à celle de Bunn qui sait nous rendre plus familier avec ses héros et leur histoire. The Sixth Gun est clairement un comic-book addictif, d'une efficacité exemplaire, aussi bien écrit que dessiné. Son scénariste lui-même promet, à la fin de ce 2ème tome, que l'aventure ne fait que commencer (le plan du scénariste courrait sur au moins 50 épisodes !) : il a su en tout cas poser les fondements d'une production avec un étonnant potentiel, qui peut durer longtemps tout en ménageant de nombreuses surprises.
Le vrai coeur de The Sixth Gun réside dans sa capacité à créer un monde à la croisée de deux genres (le western et le fantastique) sans être trop au sérieux ni trop ironiquement distant. Le terreau de cette production est fertile : vivement la suite, donc !

(Becky Montcrief par Brian Hurtt)

samedi 26 novembre 2011

Critique 286 : THE SIXTH GUN - BOOK 1 : COLD DEAD FINGERS, de Cullen Bunn et Brian Hurtt

The Sixth Gun, Book 1 : Dead Cold Fingers rassemble les épisodes 1 à 6 de la série écrite par Cullen Bunn et dessinée par Brian Hurtt, publiés en 2010 par Oni Press.
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Rebecca "Becky" Montcrief hérite de son père un revolver magique, le 6ème d'une collection, qui lui permet d'avoir des visions du passé et du futur.C'est ainsi qu'elle découvre progressivement que ces armes furent rassemblées par le général sudiste Oliander Bedford Hume durant la guerre de sécession et qu'elles étaient les instruments d'un vaste et mystérieux plan. 
Neutralisé par le père de Becky, Hume est aujourd'hui un zombie, libéré par quatre de ses hommes de main, tandis que sa femme, Missy, a engagé des détectives de l'agence Pinkerton pour retrouver le sixième revolver, qui appartenait au général.
Capturée, Becky est secourue par celui qui devient son allié, l'aventurier Drake Sinclair, détenteur d'un autre des revolvers magiques, qui fit partie du commando de Hume, et son acolyte, BillJohn O'Henry.
Ensemble, ce trio va s'employer à empêcher le général, son épouse et leur bande, de mettre la main sur un trésor caché dans le fort du Maw et dont les six revolvers seraient la clé du coffre.

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BillJohn O'Henry, Drake Sinclair et Becky Montcrief
(dessin de Brian Hurtt)
La découverte d'une preview de The Sixth Gun, il y a une quinzaine de jours, a été une révèlation : je n'en connaissais ni les auteurs ni le pitch, mais le bref résumé de l'épisode présenté et le style graphique m'ont immédiatement conquis. Je me suis, toutes affaires cessantes, commandé les deux premiers recueils de la série et j'ai dévoré le premier tome.
Mixer le western et le fantastique pouvait sembler curieux et aboutir à une potion indigeste, mais le résultat est irrésistible. Cullen Bunn accroche l'attention d'emblée en quelques scènes courtes et saisissantes, au rythme enlevé et à l'atmosphère soignée : les enjeux du récit sont vite posés avec la quête des revolvers magiques, des personnages au passé trouble, dans des décors bien campés.

(Promo art by Brian Hurtt)
La suite est à l'avenant avec une galerie de méchants grâtinés, dont le général ressucité, ses hommes de main - la référence aux quatre cavaliers de l'apocalypse est explicite - , sa veuve : une joyeuse bande de cinglés, illuminés, aux trognes pittoresques.
Mais, pour tenir le coup face à de tels adversaires, Bunn n'a pas négligé ses héros : Drake Sinclair a l'allure de Clark Gable et la mentalité de Han Solo et fait équipe avec un partenaire dont on sait très vite qu'un sombre destin l'attend. Quant à Becky, elle passe de la jeune fille subissant la situation à une vraie guerrière, dont l'héritage est à la fois providentiel et maudit.
L'histoire est ponctuée par des rebondissements spectaculaires, de l'attaque d'un monastère au combat avec un monstre dans un canyon jusqu'au final dans un fort assiégé par des morts-vivants. L'ensemble forme un tout suffisant, mais Bunn conclut ce premier story-arc avec des pistes ouvertes et alléchantes pour le futur.
(Promo art by Brian Hurtt)
C'est vraiment une formidable bande dessinée, très addictive et tonique, dont on a hâte de découvrir la suite.
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Un scénario excellent ne l'est vraiment que lorsqu'il bénéficie d'un artiste à la hauteur, sachant à la fois mettre en valeur ses points forts sans en faire trop. Brian Hurtt, qui a déjà collaboré avec Bunn sur un polar fantastique (The Damned), est le dessinateur idéal pour ce projet.
Son style ne ressemble pas en fin de compte à ce qu'on a l'habitude de voir dans les comics américains, on pense davantage à des dessinateurs européens, en particulier franco-belge, comme Janry. Son sens de la composition et l'énergie de son découpage sont exceptionnels et impriment un tempo exemplaire au récit, sans se départir d'un certain classicisme (pas de vignettes baroques, beaucoup de modération dans l'emploi des splash-pages).
(Promo art by Brian Hurtt)
Le design de ses personnages s'inscrit dans une veine semi-réaliste, qui évoque Mike Wieringo, avec un trait moins défini. Les protagonistes masculins ont à la fois de l'allure et des visages immédiatement reconnaissables et mémorables, tandis que les héroïnes affichent de la variété (un charme en rondeurs pour Becky, un look plus anguleux pour Missy).
La colorisation privilégie les teintes chaudes et est assurée par Hurtt lui-même (qui signe aussi le lettrage), sauf pour le 6ème chapitre où Bill Crabtree prend la relève(appelé à devenir le titulaire du poste).
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Un vrai coup de foudre : j'ai hâte de connaître la suite !