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mercredi 19 octobre 2022

FLASHPOINT BEYOND #6, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico, Mikel Janin et Gary Frank


Ce dernier épisode de Flashpoint Beyond n'aura pas sauvé ce projet boiteux et risque même d'attiser à nouveau la colère des détracteurs de Geoff Johns qui ne se prive pas de retconner une bonne partie du DCU (et de se servir de Watchmen au passage). On se rend aussi compte que Jeremy Adams et Tim Sheridan n'ont rien apporté de personnel à l'histoire. Restent les dessins, superbes, de Xermanico, Mikel Janin et (pour deux pages) de Gary Frank.


Rip Hunter et Corky Baxter tentent de reprendre à Batman le globe temporel qu'il a volé dans le labo des Chasseurs du Temps avec le projet de le briser et d'anéantir l'univers Flashpoint dans l'Hypertemps.


Au même moment, dans cet univers, Thomas Wayne écoute Martha, sa femme, expliquer comment elle veut remonter le temps pour empêcher la mort de leur fils, quitte à sacrifier Dexter Dent.


Gilda menace Dexter avec un pistolet et Thomas tente de la désarmer. Gilda fait exploser une bombe qui détruit la sphère temporelle de Martha et provoque l'effondrement de l'asile d'Arkham.


Thomas sauve Martha et Dexter. Et ce geste suspend celui de Rip Hunter qui constate que l'univers Flashpoint s'est stabilisé et ne menace plus l'hYpertemps. Comme l'avait parié Batman...

On peut peindre un tableau de bien des façons, avec nombre d'accessoires : au pinceau, au couteau, ou à la truelle. La finesse du résultat dépendra de l'outil employé. Et Flashpoint Beyond ressemble finalement à un assez mauvais tableau à la truelle mais où l'artiste aurait voulu être aussi fin que s'il avait manié un pinceau.

Pas plus tard qu'hier, après avoir lu ce sixième et dernier épisode, j'ai lu une interview de Geoff Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams, qui dressaient le bilan de leur mini-série, revenaient sur des points majeurs de cet ultime chapitre et les conséquences pour le futur du DCU, en particulier pour le relaunch de Justice Society of America par Geoff Johns.

On pouvait alors comprendre, ne serait-ce qu'en mesurant la longueur des interventions de Johns par rapport à celles de ses deux collègues, que non seulement, comme attendu, c'était bien lui le chef d'orchestre de ce projet, mais que surtout les deux autres n'avaient finalement pas apporté grand-chose, sinon des détails dans la caractérisation.

Un peu comme Omar Sharif dont le tiercé était la grande passion, on peut dire que Geoff Johns a pour hobby préféré la retcon, ou comment modeler le DCU à sa guise, à sa main. Pendant longtemps, jusqu'à la fin des New 52, on pouvait apprécier ses efforts en ce sens comme ceux d'un architecte occupé à mettre de l'ordre dans la chronologie éditoriale d'une maison comme DC où règnait un joyeux bordel. Et fort de ses succès sur des titres emblématiques comme Flash, Green Lantern, Justice Society of America et Justice League, ses patrons auraient eu tort de ne pas le laisser faire : Johns avait l'amour, la connaissance de cet univers, et les compétences pour le ranger.

Puis DC s'est rendu compte que, malgré tout ça, ça ne fonctionnait pas parfaitement. Il fallait passer à autre chose, réconcilier la tradition et la modernité, passer des New 52 à Rebirth (avec ses étapes successives). Johns, peut-être vexé, peut-être aussi écarté (à cause des polémiques sur le film Justice League de Zack Snyder, où son nom était régulièrement cité comme un des responsables de la débâcle), a alors semblé lâché l'affaire, et d'autres auteurs ont essayé à leur tour de jouer les architectes - Scott Snyder, puis Joshua Williamson.

Flashpoint Beyond, avec le recul, ressemble à une tentative en loucedé pour Johns de reprendre un peu les commandes, ou du moins de négocier avec Williamson. Mais en fin de compte, ce n'est guère concluant. Tout d'abord, parce qu'en sept épisode (si on compte le n° 0), il a démarré très lentement et fini à l'arrache, en injectant massivement des éléments dont beaucoup sont plus frustrants qu'enrichissants. Et, c'est le pire, en revenant se servir dans les travaux de Alan Moore, malgré les critiques virulentes reçues pour Doomsday Clock.

La partie la plus incongrue de Flashpoint Beyond restera cette invasion des kryptoniens, un subplot qui aurait convenu pour une mini-série de douze épisodes, mais qui dans un format réduit de moitié ne ressemble à rien d'autre qu'à une promesse non tenue. Ne comptez pas sur une résolution de cette ligne narrative, qui n'est d'ailleurs mentionnée que dans une double page et une autre page. Disons-le clairement : c'est du gros foutage de gueule.

Plus réussie est la partie, principale concernant le fait de sauver l'univers Flashpoint, qui se situe non pas dans le Multivers (donc qui n'est pas une Terre parallèle) mais dans l'Hypertemps (donc qui une sorte d'écho à notre Terre, une variation née d'événements émotionnels divergents - en l'occurrence le fait que Bruce Wayne ait été tué à la place de ses parents et que Flash y soit intervenu pour sauver sa mère). Notre Batman (Bruce Wayne) confronté à Rip Hunter a joué aux dès avec Dieu en somme puisqu'il a compté sur un geste improbable de Thomas Wayne dans l'univers Flashpoint pour que celui-ci soit préservé. Un sacré pari qui convainc malgré tout Rip Hunter de ne pas détruire l'univers Flashpoint contenu dans un globe temporel chargé par Dr. Manhattan.

Ce qui nous conduit au dénouement de Flashpoint Beyond : comme il aime tant le faire, Johns procède par allusions, assez alléchantes reconnaissons-le (teasant des épreuves futures pour Batman notamment - reste à savoir si Chip Zdarsky, actuellement en charge de la série Batman en tiendra compte, ou si Ram V les développera dans Detective Comics. J'en doute, mais bon, je m'en fiche un peu, ne lisant plus ni l'un ni l'autre de ces titres). Johns d'un autre côté déplace les meubles et pas qu'un peu, et là, sans aucune subtilité, mais bien comme un général redisposant ses troupes.

Ainsi Rip Hunter et Bonnie Baxter compte-t-il sur la réintégration dans le passé de plusieurs personnages, totalement inédits, pour corriger les altérations subis par l'Hypertemps. Pas moins de treize individus sont cités, qui réécrivent massivement la continuité DC, avec des versions Golden Age de Mister Miracle, Aquaman, Red Lantern, Legionnaire par exemple, mais aussi Salem the witch Girl (en lien avec Klarion the witch boy ?), Ladybug (rien à voir avec Miraculous Ladybug), John Henry Jr. (importé de The New Frontier de Darwyn Cooke ?), Quiz Kid, Betsy Ross, Molly Pitcher, Cherry Bomb (inspiré du tube des Runaways ?), Judy Garrick (probable parente de Jay Garrick ?), Les fils de Harlequin. Personne ne sait qui sont ces gens, débrouillez-vous avec ça, semble dire Johns, qui risque bien d'être le seul à exploiter ces noms (probablement dans Justice Society of America).

En soi, pourquoi pas ? Mais ce qui interroge, c'est bien la manière. DC veut-il laisser Johns développer une sorte de Johns-verse, dans son coin, juste pour satisfaire son ancien enfant prodige. C'est généreux, et après tout pourquoi pas, quand on sait que Sean Murphy a son propre pré carré chez l'éditeur avec la saga White Knight. Néanmoins, tout ça est quand même présenté comme quelque chsoe censé impacter profondément le DCU, or qui chez les scénaristes de l'éditeur semble intéressé ? Encore une fois, Kennedy Johnson (qui a la main sur Superman), Zdarsky et Ram V (sur Batman), Taylor (sur Nightwing - annoncé comme le personnage au coeur du DCU après Dark Crisis) ne me paraissent pas très connectés à Flashpoint Beyond. Et ne parlons pas de Williamson (qui, comme je vois les choses, va sûrement être l'élu pour relancer Justice League en 2023).

C'est donc surtout visuellement que Flashpoint Beyond aura été le plus satisfaisant. Xermanico aura livré des épisodes de haute facture tout du long et ce mois-ci ne fait pas exception. Il se partage l'épisode presque à égalité avec Mikel Janin, qui illustrera dès le mois prochain, la Justice Society of America nouvelle version de Johns. Rien à redire : les deux artistes auront ravi les fans et permis à cette saga d'avoir belle allure.

Gary Frank signe les deux dernières pages. Pas étonnant qu'il ait été invité puisque c'est devenu le partenaire privilégié de Johns avec qui il a co-créé Geiger chez Image Comics, et avant cela ils ont réalisé ensemble Doomsday Clock et la trilogie Batman : Earth-One. Toutefois, ces deux dernières pages vont déchaîner les passions et m'ont, pour part, particulièrement déplu.

Alan Moore, devenu la grande obsession de Johns, qui n'a de cesse depuis quelques années de recopier ses effets de narration, mais surtout de réécrire Watchmen en l'intégrant à grands coups de pompes sur la tête dans le DCU, a qualifié les editors de DC de "ratons-laveurs venant chaque nuit grignoter dans ses poubelles". C'est exactement ce qui se passe ici avec une énième mention à Watchmen qui laisse pantois. DC et Johns ne pourraient-ils pas laisser simplement Watchmen tranquille et lâcher Moore ? A la fin, ça ressemble à du harcélement, et pour quel résultat ? De la bouillie, dont les lecteurs se moquent, que les détracteurs de Johns emploient pour troller ce dernier. Etrange et pénible manie de la part d'un éditeur qui a popularisé le multivers et le concept de mondes parallèles dans les comcis que de vouloir à tout prix incorporer la mni-série super-héroïque la plus révolutionnaire de tous les temps à leur univers central, sans jamais convaincre personne de la pertinence de cette manoeuvre.

Malgré tout ça, j'ai envie de voir ce que Johns va faire avec son troisième run sur la JSA, avec en prime Janin (qui, je l'espère, sera aussi régulier que du temps du Batman de Tom King). Mais pour Flashpoint Beyond, hormis les dessins, je vais plutôt essayer d'oublier cette expérience.

mercredi 7 septembre 2022

FLASHPOINT BEYOND #5, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un quatrième épisode calamiteux, Flashpoint Beyond se reprend un peu pour son pénultième chapitre. Mais tout n'est pas réparé et le script de Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan doit expliquer dans l'urgence de nombreux points, tout en en laissant d'autres de côtés. Mikel Janin a plus de pages à dessiner et Xermanico complète les siennes avec beaucoup de talent.
 

Interviewé à la télé sur le retour de la Justice League et le concept d'Omnivers, Mr. Terrific est interrompu par Bonnie Baxter qui préfère insister sur la notion d'Hypertemps pour la dernière Crise.


Cependant, Flashpoint Batman débarque à Arkham alors que sa femme, Martha, menace Dexter Dent. Tandis que le couple s'affronte, Gilda se dérobe avec son fils.


La sécurité de l'asile intervient mais Thomas s'enferme dans la cellule de Gilda avec Martha. Elle l'entraîne dans les entrailles de l'établissement en justifiant ses crimes signés du Tueur de l'Horloge.


Thomas découvre la machine construite par Martha à partir des infos qu'elle a soutirées à ses victimes et avec laquelle elle compte réécrire leur passé, quitte à sacrifier leur univers...

Depuis la sortie du précédent épisode, des annonces de DC Comics donnent à l'intrigue de Flashpoint Beyond une autre envergure. D'abord, on sait que Geoff Johns va se servir de cette histoire comme rampe de lancement pour son relaunch, attendu de longue date, de la série Justice Society of America (que dessinera Mikel Janin), à partir de Novembre. L'avenir nous dira à quel point le dénouement de Flashpoint Beyond influence ce prochain projet.

La JSA a refait parler d'elle dans le troisième épisode de l'event Dark Crisis (de Joshua Williamson et Daniel Sampere, actuellement en cours de publication). Et c'est un drôle de manège entre les deux titres car Flashpoint Beyond spoile carrément la fin de Dark Crisis dès le début de ce n°5 ! Enfin... Spoiler est un bien grand mot, car qui a cru Williamson quand il jurait ses grands dieux que, si, si, sérieusement, à la fin de Justice League #75, les héros étaient vraiment morts (ou du moins qu'ils ne reviendraient pas avant longtemps) ?

Maintenant,, de manière très prévisible et confirmée ici, on sait que Superman, Batman, Wonder Woman, John Stewart, Hawkgirl, Aquaman, sont encore vivants, en forme et bientôt de retour (en revanche, les situations de Zatanna, Black Canary, Green Arrow et Flash sont plus nébuleuses).

Reste que c'est assez surprenant de voir DC laisser Flashpoint Beyond révèler ainsi le comeback de la JL. Pour un peu, mais peut-être vais-je trop loi, on jurerait que Geoff Johns est à nouveau en train de vouloir organiser le DCU en sous-marin (comme il avait voulu le faire durant les New 52), alors que l'éditeur semblait vouloir faire de Williamson son nouvel grand architecte...

Revenons à Flashpoint Beyond #5. L'épisode du mois dernier était passablement ruiné par une grotesque séquence avec Dexter Dent mais également par des points importants de l'histoire condamnés à rester irrésolus ou inexploités (en particulier l'invasion des kryptoniens). Sur ce dernier point, il paraît clair que ça restera une grande idée sans suite. Concernant Dexter Dent, il est exfiltré avec sa mère pendant le combat qui oppose Thomas à Martha Wayne - celle-ci n'était donc pas morte et a survécu miraculeusement avant de tuer plusieurs personnages capables de manipuler le temps.

Avec leurs connaissances (qu'elle a acquises vraisemblablement en les torturant avant de les assassiner), elle a réussi à construire dans les sous-sols de l'asile d'Arkham une machine lui donnant accès à l'Hypertemps, et donc lui permettant de modifier le passé et/ou le futur. Son projet est de réécrire le passé afin que que leur fils survive et qu'elle et Thomas meurent dans Crime Alley, conformément aux origines du Batman que l'on connaît. Et ce, même si l'opération risque de détruire tout leur univers...

Passons, au risque d'en ricaner, sur la crédibilité d'une femme complètement folle, psychopathe et délirante qui parvient à construire une telle machine sans avoir aucune notion préalable d'ingénierie et sans aucune considération sur les risques des voyages temporels. Et voyons plutôt comment Johns, Tim Sheridan et Jeremy Adams raccrochent acrobatiquement les éléments avec ce qui ouvre et ferme l'épisode. Deux scènes diversement compréhensibles.

Dans la première, Mr. Terrific se fait publiquement moucher par Bonnie Baxter, une partenaire des Time Hunters, quand elle explique que les différentes Crisis ne sont pas seulement d'origine cosmique mais temporelle. On en revient au Divine Continuum composé de l'Omnivers et de l'Hypertemps, le premier étant conceptuel, l'autre émotionnel. Or, il semble bien qu'on ait sous-estimé les conséquences des crises hypertemporelles qui provoquent l'effet Mandela, c'est-à-dire une fausse croyance ou des faux souvenirs collectifs - seuls certains individus auraient conscience des véritables altérations de la réalité (comme le Pyscho-Pirate).

Question (laissée - pour l'instant ? - sans réponse) : les Time Hunters aggraveraient-ils ou amoindriraient-ils cet effet Mandela ? Bonnie Baxter disparaît subitement avant de le dire. On devine où elle est partie à la fin de l'épisode, même si avant cela, on assiste à la résurrection de Ra's Al Ghul (dans son look originel), surpris par Batman (Bruce Wayne) à son manoir et connaissant quelqu'un au sein de l'équipe de la Justice Incarnée (les gardiens de l'Omnivers, créés par Grant Morrison dans The Multiversity).

A la fin de l'épisode donc, Batman et Corky Baxter voient débarquer dans la Batcave Rip Hunter, le chef des Time Hunters, résolu à empêcher Bruce d'utiliser sa propre machine hypertemporelle avec laquelle il compte sauver son père, Thomas.... Pfiou ! Tout ça fait beaucoup à assimiler entre l'intrigue principale (dans l'univers Flashpoint) et ce que trament les Time Hunters et Bruce Wayne. Malgré tout, les deux lignes narratives sont parallèles et ont un objectif semblable : sauver Bruce dans l'univers Flashpoint, sauver Thomas dans l'univers Flashpoint. Sauf que sauver Thomas ne permettra pas de sauver Bruce et vice-versa. (Voyez pourquoi il était inutile d'ajouter ce subplot avec l'invasion kryptonienne, ou alors il aurait fallu une mini-série de douze épisodes).

Flashpoint Beyond a deux dessinateurs de grand talent et dans cet épisode, chacun a de la place pour s'exprimer. Mikel Janin dessine toujours les deux pages finales mais s'acquitte aussi des cinq premières. Il a du mérite car il se tape les planches les plus explicatives, mais son trait fin et précis rend tout ça très digeste. En attendant, je suis surtout content à la perspective de lire plus de Janin prochainement avec le retour de Justice Society of America.

Xermanico reste, lui, sur sa bonne lancée. Il livre une copie impeccable depuis le début et donne beaucoup de puissance à ses pages, alternant facilement entre moments dialogués et d'autres plus mouvementés (le combat Thomas-martha est intense). Son découpage est fluide, ses deux doubles pages sont bluffantes. Lui aussi, je le souhaite, aura un titre à sa hauteur dans la futur.

Plus qu'un épisode pour conclure. La tension sera au rendez-vous, même si elle ne comblera certainement pas une certaine frustration vis-à-vis d'idées prometteuses mais inexploitées.

jeudi 4 août 2022

FLASHPOINT BEYOND #4, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams, Xermanico et Mikel Janin


C'est sans doute sadique à dire par cette chaleur, mais cet antépénultième épisode de Flashpoint Beyond m'a fait l'effet d'une douche froide. Bon sang ! Tout ça pour ça, et à un mois de la fin de cette mini-série ? C'est à peine croyable que trois scénaristes aient osé. Seul point positif : les dessins de Xermanico, et un peu de Mikel Janin. Mais ce n'est pas assez pour inciter à l'indulgence.


Morgue de Gotham City. Batman procède à l'autopsie de Reverse-Flash, dernière victime du tueur de l'horloge. Et comme les précédentes, on trouve dans sa cage thoracique un engrenage d'horloge.


Cependant, Dexter Dent a échappé à la surveillance d'Oswald Cobblepot au manoir Wayne. S'étant équipé dans la Batcave, il franchit la porte de l'asile d'Arkham au nez des gardes.


De retour chez lui, Thomas Wayne ne se soucie guère de la dsiparition du gamin, trop occupé à reconstituer le mécanisme quasi-complet de l'horloge du tueur. Dexter parvient jusqu'à sa mère, Gilda.


Mais celle-ci, il le comprend, n'est plus elle-même. Thomas Wayne, lui, saisit que l'horloge ne peut être complétée par l'engrenage trouvé sur Reverse-Flash et il sait alors qui est le tueur...

Hola, la, la ! Mais qu'est-ce que c'est que ce travail ?!

Rétrospectivement, il est facile de repérer ce qui clochait déjà dans cette mini-série avant ce fatifique quatrième épisode : par exemple la légèreté avec laquelle Geoff Johns, Jeremy Adams et Tim Sheridan ont traité la guerre entre atlantes et amazones ou l'imminence d'une invasion en provenance de Krypton, toutes choses qui donnaient un souffle épique à la saga reprise dix ans après le premier Flashpoint mais qui ne pouvaient être décemment développées en deux épisodes restants.

Pourquoi, dès lors, les aborder ? Voilà qui me paraît condamné à rester in mystère, sauf à miser sur une troisième salve d'épisodes dans l'univers Flashpoint, mais aucune annonce n'a été communiquée dans ce sens.

En vérité, le noeud de l'histoire était cette affaire de Clockwork Killer, cesnée aboutir dans sa résolution à une explication sur la survie de cet univers et le retour de Thomas Wayne dans sa dimension d'origine. Mais, là encore, Johns, Adams et Sheridan semblent avoir accumulé les fausses pistes, plus frustrantes que passionnantes, pour arriver à un dénouement qui risque d'être accablant.

Car, oui, maintenant, on sait qui est le Tueur de l'Horloge et son identité est grotesque, puisqu'il s'agit d'un personnage censé être mort et je n'espère pas là encore une justification à la hauteur. Mais, bon, à la rigueur, qu'importe. Car j'aurai été indulgent si cela avait été surprenant et moins ridiculeusement absurde. Et si son apparition, dans les dernières pages, n'était pas aussi grand-guignolesque...

Mais il était dit qu'on boirait le calice jusqu'à la lie. Et là, guère de doute possible, ça sent le Geoff Johns des mauvais jours, le moins inspiré, celui capable d'infliger des scènes impossibles. Il s'agit donc de gober ce qu'il fait de Dexter Dent, le fils de Harvey et Gilda dans cet univers.

Le môme taciturne, gardé par Oswald Cobblepot au manoir Wayne, n'était certes pas net en obtenant de sa nounou des leçons de tir, mais quand enfin il échappe à la surveillance du Pingouin pour descendre à la Batcave et chourraver des équipements, on craint le pire dès qu'on le voit représenté en légère contre-plongée pleine page, prêt à accomplir une séquence qui va nous achever.

On n'est pas déçu : le mouflet réussit à tromper la surveillance des gardiens de l'asile d'Arkham, à voler le passe de l'homme de ménage, à étaler deux autres gardes d'un coup de pied (fortiche pour ce lutin de mettre K.O. ainsi deux agents taillés comme des armoires à glace), à ouvrir la porte qui mène à la cellule de sa mère en trafiquant les fils électriques (il a dû suivre une formation accélérée hors-champ) avant de serrer sa môman dans les bras, sans être effrayé par le fait qu'elle s'est défigurée ! Tout ça sans rire.

Ce peudo-Robin finit par saisir, mais trop tard que sa mère est complètement chtarbée et qu'une présence encore plus maléfique fait entendre sa voix dans la cellule. La scène prend tout son sel avec la narration parallèle employée pour montrer qu'au même moment Thomas Wayne devine qui est vraiment le tueur à l'horloge qui est aussi l'autre personne dans la cellule de Gilda Dent. Que c'est subtil !

A ce niveau-là de nullité, on préfère en rire qu'en pleurer, mais c'est surtout la sidération qui l'emporte car vraiment, c'est stupéfiant. C'est trop. Pour un peu, ça ressemblerait à du sabotage (et Dieu sait que DC sait y faire quand ils le veulent). En tout cas, c'est ce genre de moment embarrassant dont une série ne se remet pas.

Louer les dessins de Xermanico est bien dérisoire après ça. Il fait un boulot remarquable depuis le début, mais être associé à une histoire qui se crashe comme ça, ça fait tâche. Bon, il a déjà rebondi (il signera les dessins d'un one-shot consacré à Gueule d'argile dans le cadre d'une collection intitulée Batman : One Bad Day, sur les vilains emblématiques de la chauve-souris, écrite et dessinée par le gratin de l'éditeur).

Mikel Janin s'acquitte des deux dernières pages dont, là aussi, on se demande bien comment elles vont conduire à une fin digne de ce nom, avec ces mentions à l'Hypertemps et l'Omnivers, des notions maousses expédiées en fin d'épisodes et censées compléter l'intrigue principale. Janin, par contre, ne semble pas promis à un destin aussi favorable que Xermanico, DC ne l'annonçant sur aucun projet (série, one-shot, Black Label). Triste et injuste.

Lire cet épisode, c'est quelque chose. Mais j'aurai préféré que ce soit connoté plus positivement. Le prochain chapitre risque d'être... Spécial.

vendredi 8 juillet 2022

FLASHPOINT BEYOND #3, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams, Xermanico et Mikel Janin


Flashpoint Beyond : acte III. Nous sommes par conséquent arrivés à mi-chemin de cette mini-série. Mini-série qui captive toujours autant avec son ambiance envoûtante et qui s'enrichit ce mois-ci d'un subplot inattendu et dramatique. Geoff Johns avec Tim Sheridan et Jeremy Adams développent l'intrigue de belle manière, et Xermanico l'illustre avec brio, comme d'habitude suppléé sur les deux dernières pages par Mikel Janin.


Jadis, Kal-El fut sauvé de la destruction de Krypton par son père qui l'expédia à bord d'une capsule sur la Terre, sachant que cette planète réveillerait ses pouvoirs. Mais l'enfant fut récupéré par l'armée U.S..


Emmené dans son repaire secret par Super-Man, Flashpoint Batman suit Poison Ivy jusqu'à Swamp Thing qui s'empare d'un cristal kryptonien pour en révéler le message.
 

Jor-El annonce que d'autres kryptoniens ont survécu et s'apprêtent à conquérir la Terre avec la complicité de Kal-El. Mais celui-ci refuse cette fatalité et appelle Batman à l'aider.


Ailleurs, la police est appelée au domicile d'Iris Allen. Un corps y est trouvé, la victime a été assassinée selon un modus operandi connu... Dans l'Hypertemps, cette mort créé un chaos effrayant...

Nous avions quitté Thomas Wayne dans une fâcheuse posture puisque le Superman (dit Super-Man, avec un tiret) de l'univers Flashpoint lui faisait face d'un air menaçant. Pour rappel, dans cette dimension, Kal-El a été receuilli à son arrivée sur Terre par l'armée américaine qui en a fait son arme la plus puissante en le gardant dans un complexe militaire. Il est l'un des rares surhumains officiellement soutenu par les autorités, contrairement à Batman.

Physiquement, il n'a rien à voir avec "notre" Superman : ce n'est pas un individu doté d'une physionomie athlétique, mais un gringalet, fluet. Le contraste est saisissant quand il se trouve face au Flashpoint Batman, qui a la cinquantaine robuste, voire trappue. Pourtant, sa puissance est équivalente, peut-être même supérieure, dans la mesure où on lui a appris à l'exploiter de la manière la plus efficace, comme un super-soldat. Et logiquement, il rétame Thomas Wayne d'une simple gifle.

Quand Batman reprend connaissance, il ne sait plus où il est et nous non plus. En vérité, tout le récit bascule et la mini-série va nous embarquer dans une direction totalement inattendue et passionnante. L'Oasis est envahie par une végétation exubérante contrôlée par Poison Ivy et Swamp Thing (qui n'est pas Alec Holland mais Jason Woodrue).

C'est l'occasion pour Xermanico et le coloriste Romulo Fajardo de nous gratifier de planches somptueuses, qui achèvent de nous désorienter et de nous éblouir. Le travail sur ce décor, sur la lumière qui le baigne, est absolument divin. On a soudain l'impression que la mini-série décolle vraiment en quelques pages et ce n'est pas fini.

Super-Man révèle à Batman que son père, Jor-El, a permis à d'autres kryptoniens de survivre et qu'ils vont bientôt arriver sur Terre pour la conquérir, pensant que Kal-El a préparé le terrain. Mais ce dernier s'y refuse car il a, malgré le traitement qu'on lui a infligé, mesuré la valeur des humains et aussi compris le vice de sa race.

Je ne vous dévoile pas la réponse de Batman à la requête de Super-Man qui veut son aide pour rassembler une équipe (une sorte de Justice League donc ) capable d'affronter les envahisseurs. Quoiqu'il en soit, Geoff Johns, JeremyAdams et Tim Sheridan viennent d'introduire une piste narrative ambitieuse qui va animer la suite et fin de la mini-série en parallèle de l'enquête sur le Tueur de l'Horloge (Clockwork Killer) après lequel court Batman. A tel point qu'on se demande si trois épisodes suffiront à tout résoudre, sauf si ces épisodes sont très denses. Et encore... C'est sans compter avec la mort d'un personnage crucial et les deux dernières pages habituelles, dessinées par Mikel Janin, convoquant l'Hypertemps directement impacté par ce décès.

Flashpoint Beyond est une histoire captivante, peut-être plus encore que le Flashpoint originel. Le scénario se concentre sur finalement peu de personnages, mais il y a surtout une atmosphère prenante, des éléments dont on ignore encore comment ils vont de relier à l'intrigue principale (par exemple la veuve d'Harvey Dent à l'asile d'Arkham, qui entend des voix) ou la situation des Chasseurs du Temps face à un bazar terrible dû à ce qui passe dans notre dimension et dans celle de l'univers Flashpoint.

Toutefois, le lecteur est gâté : par la qualité des dessins, exceptionnelle. Xermanico accomplit un superbe travail, s'appuyant sur un script rigoureux, précis. Par la maîtrise de l'histoire qui réserve encore des surprises, alors qu'on pensait s'être engagé dans un sillon narratif relativement balisé. Enfin par la caractérisation fascinante sur des personnages familiers mais subtilement décalés, qui prouve que cet univers a un énorme potentiel, encore dix ans après sa création.   

Alors que Dark Crisis est un event plus traditionnel (et dont je rédigerai sans doute une critique une fois qu'il sera terminé), Flashpoint Beyond profite en fait des projecteurs braqués sur l'autre saga DC du moment pour avancer ses pions et captiver ses lecteurs. En tout cas, on a hâte de connaître la suite du programme.

vendredi 10 juin 2022

FLASHPOINT BEYOND #2, de Geoff Johns, Jeremy Adams, Tim Sheridan, Xermanico et Mikel Janin


Après un démarrage canon, Flashpoint Beuond marque un peu le pas dans ce deuxième épisode, plus calme et psychologique. On peut y voir la marque des trois scénaristes, chacun tentant de se faire une place, même si la tonalité générale et quelque indices à la fin confirment que Geoff Johns est bien aux commandes; Xermanico, de son côté, assure grave, tandis que Mikel Janin s'acquitte des deux dernières planches.


De retour de son périple londonien, Thomas Wayne établit des liens entre les victimes du Tueur de l'Horloge, tous en rapport avec la manipulation du temps. Puis il se rend à son casino détruit.


Un bref échange avec l'officier de police responsable de l'enquête conduit Flashpoint Batman à l'asile d'Arkham où il trouve le Psycho-Pirate suicidé, mais ayant laissé plusieurs indices avant son meurtre.


Quittant la cellule du Pyscho-Pirate, Flashpoint Batman est interpelé par Gilda Dent qui lui assène quelque vérités cruelles sur ses échecs en tant que mari et père.


Quittant l'asile, il se passe les nerfs sur une bande de voyous en train de rançnner une femme dans une ruelle. Mais son intervention est interrompue lorsqu'il va tuer le chef de ces voleurs...

C'est ce qui s'appelle entraîner le lecteur (comme le héros) sur une fausse piste : le mois dernier, dans le premier épisode de Flashpoint Beyond, on pouvait croire que cette mini-série allait revenir sur les grands événements de Flashpoint, avec notamment la guerre entre atlantes et amazones. Mais ce n'étiat qu'une diversion.

Thomas Wayne a été éloigné de Gotham à dessein par un tueur en série, le Tueur de l'Horloge (Clockwork Killer en vo) qui s'en prend à des individus manipulant le temps. Reliant ces meutres à la mort de Barry Allen, Wayne comprend que quelqu'un cherche à restaurer sa ligne temporelle, mais sans encore comprendre pourquoi. Il comprend également qu'il n'a pas la patience de son fils (notre Batman, Bruce Wayne) pour résoudre cette affaire et qu'il va employer sa méthode, la manière forte, pour obtenir des informations.

Ses investigations le mènent à l'asile d'Arkham où il apprend que le Psycho-Pirate est enfermé. Or il sait que ce vilain n'a rien à faire dans sa dimension mais qu'il pourrait lui apporter des réponses précieuses sur le Tueur et son objectif. Mais il est devancé...

Avec cette ambiance poisseuse, très noire, on est plein grim'n'gritty, ce qui est familier à Geoff Johns. Si on en doutait encore, c'est donc bien lui le chef d'orchestre de Flashpoint Beyond, et c'est normal puisque, après tout, il revient sur l'évent qu'il avait écrit il y a une dizaine d'années. Mais on sent aussi dans cet épisode des lignes de tension dues à la cohabitation entre Johns et ses deux co-scénaristes, Jeremy Adams et Tim Sheridan, dont, eux, on peut se demander quel est leur rôle.

Il me semble évident que Johns n'a pas demandé à être assisté sur cette mini-série. Est-ce à dire que DC lui a imposé ces collaborateurs ? On ne le saura jamais, mais ça en a tout l'air. A quel fin ? Mystère.

Toutefois, il est certain que la rédaction du script témoigne des tensions. D'un côté, on a, non pas vraiment des scènes entières, mais des pages, des narratifs, curieux, qui freinent la progression de l'histoire, qui décompressent bizaremment. Et de l'autre, des coups d'accélérateurs, des mentions frappantes.

Quand est cité, subrepticement, dans un dialogue, Dark Crisis (l'event actuellement publié par DC), on ne voit franchement pas trop l'intérêt, sinon pour suggérer au lecteur que l'univers Flashpoint fait bien partie de l'Omnivers théorisé par Joshuia Williamson. Et bon, comment dire ? L'Omnivers est quand même une idée totalement conne : il s'agit d'un ensemble de Multivers, et déjà que la notion de Multivers a du mal à être exploité pleinement par DC (comme par Marvel), que c'est suffisamment dense et riche à explorer, à quoi bon parler d'Omnivers pour dire qu'il existe quelque chose qui rassemble des Multivers ? Va falloir arrêter de jouer avec ça parce que ça ne sert à rien, sinon à rendre encore plus confus ce qui l'est déjà assez. Le Multivers est bien suffisant pour qu'on ne rajoute pas un étage supplémentaire.

Mais au fond, qu'est-ce que ça dit de l'écriture de Flashpoint Beyond ? Que certainement, à mon avis, Tim Sheridan et Jeremy Adams sont là pour intégrer des directives éditoriales de DC dans la mini-série, en quelque sorte de porter la parole du nouvel architecte qu'est Williamson.C'est un peu cacophonique. 

Johns sait raconter ses histoires comme un grand, parfois avec réussite, parfois en étant scotché à des obsessions un peu vaseuses (notamment sa fixette sur Alan Moore, comme on a l'occasion de se le rappeler dans les deux dernières pages de l'épisode - car, oui, Johns a encore réussi à glisser du Watchmen dans cette histoire !).

D'où l'impression forcément mitigée que produit cet épisode : il y a les citations à Dark Crisis, à Watchmen. Et il y a le reste, qui est bien meilleur mais surtout suffisant. L'enquête du Flashpoint Batman, son portrait psychologique, c'est vraiment très bon. Ce Tueur de l'Horloge est vrraiment retors et énigmatique, l'apparition du Psycho-Pirate (même si je ne crois guère qu'il soit définitivement mort, c'est un vilain trop emblématique de l'Histoire de DC et des Crisis), et le face-à-face électrique entre Wayne et Gilda Dent fournissent leur lot de moments intenses, et limite gore (du Johns tout craché donc).

Pour compenser cette écriture un peu boîteuse, on peut encore compter sur une prestation remarquable de Xermanico, décidément très inspiré par cet univers. Mitch Gerads, qui signe les couvertures régulières de la mini-série, a dit sur Twitter à quel point le Flashpoint Batman était amusant à dessiner, et effectivement, Xermanico lui donne du relief.

Avec ses yeux rouges sous son masque, sa cape aux épaulettes pointues, sa silhouette plus massive, c'est un bulldozer flippant, loin du Batman classique, mais pas si décalé quand on se rappelle qu'à ses tout débuts l'homme chauve-souris se baladait avec un flingue et utilisait des méthodes expéditives comme sou double actuel.

Romulo Fajardo applique aux planches de Xermanico des couleurs somptueuses, qui soulignent le look série noire du projet, avec des décors  grisâtres, sinistres à souhait, son héros ombrageux, mais aussi avec des nuances vraiment jubilatoires comme lors du dialogue hallucinant entre Thomas et Gilda quand le visage de cette dernière fait subitemetn et brièvement place à celui de Martha Wayne avant de redevenir celui de la veuve de Harvey Dent. Un court instant, on partage vraiment le trouble du héros, le brouillage de la perception. Magistral.

Mikel Janin intervient pour les deux dernières pages se situant dans notre dimension, avec Bruce Wayne et Corky Baxter, dans la Batcave. C'est là qu'est cité Watchmen, via Jenny Slater et le Dr. Manhattan (sans qu'il soit nommé, mais bon, la déduction se fait toute seule). Jordie Bellaire s'occupe des couleurs pour cette scène.

Même si donc Flashpoint Beyond est parfois cacophonique et bancal, sa bizarrerie en fait quelque chose de prenant. C'est superbement mis en images par ailleurs. J'ai envie de voir où ça va aller.

jeudi 5 mai 2022

FLASHPOINT BEYOND #1, de Geoff Johns, Tim Sheridan, Jeremy Adams et Xermanico avec Mikel Janin


Après son prologue accrocheur, Flashpoint Beyond démarre vraiment avec ce n°1. Geoff Johns est à la baguette, secondé par Tim Sheridan et Jeremy Adams pour l'écriture. Xermanico dessine, avec un peu d'aide de la part de Mikel Janin. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que tout ce beau monde y va fort !


Thomas Wayne a recueilli le fils de Harvey Dent, tué par un agent d'Aquaman,. Il en confie la garde à Oswald Cobblepot pendant qu'il part enquêter en Angleterre, tenue par les atlantes.


Batman tue deux gardes qui surveillent Wonder Woman faite prisonnière. Il négocie avec elle une brêve alliance afin de soutirer des renseignements à Aquaman en échange de la liberté de l'amazone.


Utilisant le lasso de vérité, Batman apprend que Aquaman n'a pas envoyé de tueurs contre Barry Allen. Cobblepot l'avertit qu'une attaque contre son casino a été commise et Batman comprend qu'on a voulu l'éloigner de Gotham.


Cependant, sur Terre-0, Flash a découvert une perturbation dans la Force Véloce et soupçonne Reverse-Flash. Mais Batman lui garantit qu'il ne l'a pas vu dans sa Batcave...

Ce qui frappe le plus à la lecture de ce premier épisode de Flashpoint Beyond, c'est avec quelle immédiateté on replonge dans l'univers parallèle imaginé par Geoff Johns. A vrai dire, qu'importe que vous ayez lu Flashpoint (même si c'est facile à dire quand on l'a lu), vous embarquez dans un thriller au rythme effrené en étant renseigné rapidement sur la situation, déjà exposée dans le n° 0, et vous tournez les pages avec gourmandise.

Si j'ignore l'importance des contributions de Tim Sheridan et Jeremy Adams crédités comme co-scénaristes de la mini-série, il est pourtant évident qu'on est bien en train de lire du pur Geoff Johns. J'ai, pour ma part, l'impression, parfois dérangeante, que Sheridan et Adams sont là comme deux inspecteurs des travaux finis, chargés de surveiller Johns. Comme si DC voulait blinder le projet (puisqu'on le sait, le scénariste vedette a vu son image ternie par des accusations proférées apr l'acteur Ray Fisher sur le tournage de Justice League, mais aussi parce que depuis quelque temps Johns s'est mis en retrait, abandonnant son rôle d'architecte du DCU).

Il y a dans Flashpoint Beyond un côté produit de contrebande, comme si cet event, en marge de l'autre saga (Dark Crisis) beaucoup plus vendue par l'éditeur, refusait d'être trop mis dans la lumière. Ce n'est pas désagréable car d'une part ça correspond avec le propos (une intrigue dand une dimension supposée disparue) et d'autre part, parce que cela altère la lecture elle-même, dégagée des contraintes et attentes d'un event traditionnel. Pour un peu, sa vraie place aurait été au sein du Black Label.

Pour moi, en tout cas, il ne fait guère de doute que Johns écrit seul et que les deux autres sont là pour rassurer les cadres de DC, veiller au grain. Il n'y en a pas besoin pourtant parce que Flashpoint Beyond n'a rien de dangereux, de sulfureux. C'est un thriller d'action, captivant, très efficace.

Surtout, on reconnaît la patte de Johns dans la manière d'imposer au lecteur des coups de théâtre express au lecteur, pour l'estomaquer sans délai. Déjà, un personnage majeur meurt, et de façon brutale, inattendue, sans bagarre. Ensuite, le personnage de Thomas Wayne, qui, dans cette réalité alternative, incarne un Batman adepte des méthodes les plus expéditives, imprime au récit une sorte de détachement fataliste épatant : il se fiche complètement de la guerre cataclysmique qui oppose amazones et atlantes, et quand les cobelligérants menacent d'attaquer son pays après l'Europe, il s'en contrefiche. "Nothing matters." répond-il.

C'est que ce Batman est sur la piste d'un assassin et il va comprendre qu'on a voulu l'éloigner de Gotham. Puis Johns insiste sur un motif qu'il ressasse depuis qu'il a entrepris sa réinterprétation des obsessions  chères à Alan Moore, avec des horloges en retard, et en intitulant ce chapitre The Clockwork Killer (le tueur horloger). Le scénariste nous entraîne aussi sur de fausses pistes comme quand on imagine que Thomas Wayne a adopté le fils d'Harvey Dent pour peut-être en faire un Robin, mais c'est visiblement faux puisqu'il se débarrasse du gamin en le confiant à Oswald Cobblepot (qui lui sert de majordome dans cet univers), et le jeune Dexter demande à cette nounou peu ordinaire de lui apprendre à tirer au pistolet. Il y a un humour noir, absurde, dans ce projet.

Après le prologue dessiné par Eduardo Risso, Xermanico prend le contrôle des planches et livre une prestation formidable. Même si on devine facilement qu'il n'a pas eu beaucoup de liberté dans le découpage vu la précision du script, son trait expressif et puissant sert à merveille la partition.

Johns est devenu tellement hanté par Moore qu'il impose à ses artistes des mouvements d'appareil identiques à celui que le mage anglais indiquait à ses partenaires, comme en témoigne le travelling arrière qui ouvre l'épisode, ou le "gaufrier" de neuf cases lors du dialogue entre Batman et Wonder Woman. L'effet est sidérant, mais Xermanico s'en sort avec les honneurs, sans, lui, chercher à copier Dave Gibbons.

Les couleurs de Romulo Fajardo ajoutent à la tonalité étrange de l'histoire : subtilement, la palette choisie donne à l'ensemble un côté délavé, comme si tout ça était un rêve, une réalité finement troublé. C'est sobre et délicat, mais en même temps, on est incapable à la fin de l'épisode de définir réellemment la teinte qui domine, comme si cela devait infuser. Il y a quelque chose d' "Eastwoodien" dans tout ça, presque sous-exposé, c'est très étonnant.

Tout comme il est étonnant (car rien ne l'annonçait) de trouver Mikel Janin dessinant les trois dernières pages. J'espère qu'on ne va pas assister à une sorte de prestation comme celle que Janin a dû exécuter sur le Batman de Williamson, quand Jorge Molina a été incapable de produire l'intégralité de ses scènes. Il me semble plutôt, ici, que c'est une manière de distinguer le coeur du récit (dans la dimension Beyond) de ce que Batman/Bruce Wayne entreprend sur Terre-0. On verra bien vite si ce n'est que cela ou si Janin aide davantage Xermanico (qui avait eu beaucoup de mal sur Infinite Frontier).

Un excellent moment en tout cas. Je suis curieux et enthousiaste pour la suite.