Affichage des articles dont le libellé est Marvel Studios. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marvel Studios. Afficher tous les articles

lundi 1 janvier 2024

WHAT IF...? revient en meilleure forme

 

Deux ans après une première salve d'épisodes qui m'avait laissé sur ma faim, j'étais méfiant à l'heure de me lancer dans le visionnage des neuf chapitres de la saison 2 de What if...?. Disney + ne semblait pas non plus très confiant puisque les épisodes ont été mis en ligne à raison d'un par jour depuis le 22 Décembre, comme si la plateforme de streaming voulait se débarrasser du paquet. Et pourtant, non seulement c'est plus réussi, mais surtout une saison 3 est déjà en production.


- Et si... Nebula avait rejoint le Corps des Nova ? - Après la victoire de Ronan l'accusateur kree contre Thanos, Nebula est recrutée par Nova Prime pour intégrer le Corps des Nova. Cinq années ont passé et elle doit enquêter sur l'assassinat de Yondu Udonta. Elle découvre qu'il était en contact avec des kree dont la planète Xandar se protège derrière un bouclier. Pour en savoir plus, Nebula fait libérer Yon-Rogg mais celui-ci la trahit pour le compte de Nova Prime qui veut livrer Xandra à Ronan. Nebula obtient alors le renfort de Howard le canard, Groot et Korg pour l'en empêcher...


- Et si... Peter Quill avait attaqué les héros les plus puissants de la Terre ? - Enlevé par Yondu Udonta, Peter Quill est livré à son père, le Céleste Ego. De retour sur Terre six mois après, Peter a pour mission de planter la graine cosmique qui permettra à son père de contrôler la planète. Howard Stark et Peggy Carter rassemble une équipe composée de Hank Pym/Ant-Man, Bill Foster/Back Goliath, Wendy Lawson/Captain Marvel, T'chka/Black Panther, Bucky Barnes/Winter Soldier et Thor pour le contrer. Pym raisonne l'enfant mais les héros doivent ensuite affronter Ego...
 

- Et si... Happy Hogan avait sauvé Noël ? - Justin Hammer attaque la Tour Stark le soir de Noël avec le projet de dérober un échantillon du sang de Hulk. Livré à lui-même, Happy Hogan le récupère et se l'injecte par accident. Les Avengers interviennent et s'en prennent à lui avant de comprendre la responsabilité de Hammer...


- Et si... Iron Man avait détrôné le Grand Maître ? - Après la bataille de New York, Iron Man ne réussit pas à échapper au néant et il est projeté sur la planète Sakaar. Le Grand Maître l'invite alors à assister à une course à mort. Mais Tony Stark n'apprécie pas le spectacle ni son hôte et entreprend d'évincer le Grand Maître avec l'aide de Valkyrie, Korg et Gamora, qui veut le livrer à son père Thanos...
 

- Et si... Captain Carter affrontait L'Hydra Stomper ? - Peggy Carter sauve Bucky Barnes, devenu le chef du S.H.I.E.L.D., d'un attentat commis par Steve Rogers. Avec Black Widow, elle le neutralise et le transporte en lieu sûr. Black Widow devine qu'il a subi un lavage de cerveau par la Chambre Rouge. Stev, revenu à lui, accepte de les y mener mais elles tombent dans un piège...


- Et si... Kahhori avait refaçonné le monde ? - Le Ragnarok a fait échouer le tesseract d'Odin dans un lac sur Terre à l'époque de l'Amérique précoloniale. Les conquistadors espagnols arrivent sur place, persuadés d'y trouver le fontaine de jouvence. Kahhori, une jeune indienne, tombe dans le lac en cherchant à leur échapper et atterrit dans une dimension parallèle peuplée de mohawks portés disparus et pourvus de pouvoirs. Refusant de profiter de ce paradis, elle retourne sauver les siens...
 

- Et si... Hela avait trouvé les 10 Anneaux ? - Bannie par Odin, Hela, la déesse de la mort, dépossédée de ses pouvoirs, se retrouve dans le Japon médiéval où elle croise la route de Xen Wenwu. Il lui propose une alliance mais elle préfère fuir et découvre le village mythique de Ta Lo. Elle change au contact des habitants du lieu. Mais Odin décide de rechercher Hela, perdue de vue par Heimdall. Elle le défie alors avec Xen Wenwu...
 

- Et si... Les Avengers s'étaient rassemblés en 1602 ? - Peggy Carter a été projetée au début du XVIIème siècle par la Sorcière Rouge pour aider le roi Thor à résoudre des incursions inter-dimensionnelles. Mais face à son échec, il veut la jeter en prison. Elle fuit et s'allie d'abord au chercheur Tony Stark puis au brigand Steve Rogers. Tandis que Stark invente une machine, Rogers dérobe le sceptre de Thor. La magie de la Sorcière Rouge va permettre de découvrir qui est responsable des incursions...
 

- Et si... Le sorcier suprême était intervenu ? - Doctor Strange fait appel au Captain Carter pour pièger Kahhori qui accuse d'avoir ravagé une Terre parallèle. Mais l'indienne révèle à Peggy que Strange capture les héros les plus puissants de toutes les dimensions avec le projet de siphonner leurs pouvoirs et de recréer son monde et d'y retrouver Christine Palmer, son amour perdu. Les deux femmes s'allient pour contrarier le sorcier suprême...

Il est simple de résumer ce qui m'avait déplu dans la première saison de What if...? qui se résumait trop à un jeu de chaises musicales dans lequel les scénaristes remplaçaient trop souvent un personnage par un autre dans le rôle qu'on lui connaît dans les comics ou le MCU.

Ce petit jeu était vite lassant et les combinaisons proposées n'avaient rien de folichon. Deux ans après, le MCU s'est égaré dans ses histoires de multivers où, hormis la série Loki, tout le monde a échoué à rendre ce concept passionnant. Ajoutez à cette faillite le renvoi récent, suite à son procès pour violences conjugales pour lequel il a été condamné, de Jonathan Majors/Kang, et des résultats au box office en berne (excepté pour Spider-Man, Doctor Strange et Les Gardiens de la Galaxie). Le bilan est terrible pour Kevin Feige qui avait tout misé sur un univers partagé intégral entre films et séries télé.

Dans ces conditions, qu'attendre d'une nouvelle saison de What if...? , production qui repose complètement sur le concept du multivers ? Oh, ça ne pouvait pas être pire que la première saison, mais ce n'est pas avec ce genre de mantra qu'on donne envie aux fans. Et le pire, c'est que Disney + semblait presque embarrassé par ces neuf nouveaux épisodes puisque la plateforme de streaming a choisi de les diffuser en rafale, à raison d'un par jour depuis le 22 Décembre dernier.

Et pourtant, miraculeusement, cette saison 2 est bien meilleure que la précédente et figure même parmi les meilleures projets initiés pour Disney + d'après les comics Marvel (rejoignant les réussites que furent Loki saisons 1 et 2, WandaVision, Hawkeye, Werewolf by Night).

Expédions tout de suite le seul vrai reproche que je ferai à cette nouvelle salve et qui concerne son esthétique sur le plan de l'animation. Je trouve qu'il aurait été avisé de proposer des designs plus audacieux à chaque épisode plutôt que de s'en tenir à un même style sur toute cette saison. En la matière, on a vu que le Spider-verse de Sony ne faisait pas peur au public avec son animation rythmé et ces changements graphiques. Si le deuxième film (Across the Spider-verse) m'a personnellement fatigué en abusant de ces parti-pris, je pense que, disséminé sur neuf épisodes de 25 minutes, cela aurait été plus pertinent.

Néanmoins, je ne veux pas jouer les grincheux pour commencer 2024 et l'ensemble est quand même visuellement très bien. Et lorsque la forme et le fond culminent, on a droit à une authentique pépite : il s'agit du sixième épisode, Et si... Kahhori avait refaçonné le monde ?.

Ce chapitre est le plus réussi de la collection. D'abord parce qu'on y fait la connaissance d'un personnage original, jamais vu auparavant, une amérindienne qui va se trouver investie de pouvoirs immenses et les employer pour une cause juste. Le contexte historique fait preuve d'un retour d'expérience épatant puisqu'on revient sur la colonisation par les espagnols de l'Amérique au XVème siècle.

Le scénario ne prend pas de pincettes pour évoquer les massacres commis par les conquistadors ni, avant leur arrivée, pour montrer l'existence paisible, en communion avec la nature, des indiens qui allaient être réduits en esclavage ou décimés. Lorsque le fantastique s'immisce dans le récit, on a droit à un passage enchanteur dans le monde du ciel qui s'avère une cage dorée où ceux qui y vivent ont honteusement oublié leur passé, ceux qui sont restés derrière eux, à la merci des soldats envoyés par la reine Isabelle d'Espagne.

Il semble que cet épisode fasse l'unanimité puisque, si on en croit les retours sur les réseaux sociaux, beaucoup pensent que Kahhori existait auparavant ou en tout cas mériterait de figurer dans les comics. Ce ne serait que justice. Mais encore faudrait-il lui trouver une série et surtout un auteur capable de l'écrire aussi bien car exploiter ce personnage seulement pour surfer sur sa popularité aboutirait inévitablement à un triste gâchis.

Le reste, à savoir les huit autres épisodes, varie en qualité, c'est immanquable. Ainsi le premier (avec Nebula dans le Corps des Nova), le troisième (avec Happy Hogan le soir de Noël) et le quatrième (avec Tony Stark face au Grand Maïtre) se regardent sans ennui mais sans passion. C'est sympathique mais guère palpitant et on craint alors de retomber dans les travers de la saison 1.

Le deuxième (avec Peter Quill), et le cinquième (avec la Chambre Rouge) sont un cran au-dessus, surtout grâce à la prime donnée à l'action. On savoure des scènes mouvementées au service d'intrigues efficaces. Surtout à partir de l'épisode 5, on remarque que le Captain Peggy Carter devient le fil rouge de la saison puisqu'elle figure dans trois chapitres. La série se feuilletonise et prend de l'épaisseur et de l'ampleur, ce qui est très encourageant.

Je suis également content d'avoir pu voir Shang Chi et la légende des 10 anneaux avant cette saison 2 de What if...? car, sans ça, pas sûr que j'aurai apprécié autant l'épisode 7 où Hela rencontre Xen Wenwu et où les dix anneaux sont justement évoqués. Ce mash-up entre l'univers d'Asgard et celui du père de Shang Chi à l'époque du Japon médiéval est curieux mais vraiment pas désagréable, et surtout formellement superbe.

Les deux derniers épisodes forment un diptyque sans en être vraiment un : le Doctor Strange déjà vu dans la saison 1, dévoré par la perte de son amour, Christine Palmer, sert de lien entre les deux chapitres où Peggy Carter fait elle aussi l'expérience d'un deuil impossible en perdant sans cesse, quels que soient lieu et l'époque Steve Rogers. Mais sa rencontre avec Kahhori va bouleverser son personnage et aboutir à une bataille dantesque contre Strange.

Le dernier épisode comporte une longue bataille vraiment épique, visuellement extraordinaire, d'une richesse esthétique folle. Un vrai bouquet final. Sans négliger l'impact émotionnel de l'histoire, vraiment émouvante. On comprend alors que la plus-value de cette saison 2 réside dans l'investissement émotionnel apporté aux personnages dont les aventures sont des parcours initiatiques et plus seulement des prétextes à prendre la place d'un autre.

La plupart des voix sont celles des acteurs ayant incarné en live action les personnages du MCU et on retrouve ainsi Haley Atwell (Peggy Carter), Benedict Cumberbatch (Strange), Taika Waititi (Korg), Chris Hemsworth (Thor), Cate Blanchett (Hela), Elizabeth Olsen (Scarlet Witch), Karen Gillan (Nebula), Jude Law (Yon-Rogg), Seth Green (Howard le canard), Michael Rooker (Yondu), Kurt Russell (Ego), Michael Douglas (Hank Pym), Lawrence Fishburne (Bill Foster), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Jon Favreau (Happy Hogan), Kat Dennings (Darcy Lewis), Mark Ruffalo (Bruce Banner), Sam Rockwell (Justin Hammer), Jeff Goldblum (le Grand Maître), Tessa Thompson (Valkyrie), Josh Brolin (Thanos), Sebastian Stan (Bucky Barnes), Tom Hiddleston (Loki). Et Devery Jacobs qui interprète Kahhori, y compris quand elle parle en dialecte mohawk. Sans oublier le timbre grave de Jeffrey Wright dans le rôle de Uatu le Gardien.

Bref, une très bonne surprise. Et on n'aura pas à attendre deux ans pour découvrir la suite puisqu'un premier extrait de la saison 3 est déjà disponible en ligne (avec le duo Winter Soldier-Red Guardian) !

mardi 26 décembre 2023

THE MARVELS : Error System


The Marvels est d'ores et déjà le plus cuisant échec commercial du MCU. Mais, sans être méchant, c'est mérité. Et surtout c'était quelque part inévitable tant ce film a été produit en dépit du bon sens. Il signe en vérité l'échec d'une stratégie imposée par Kevin Feige au début de la Phase IV. Mais, aussi curieux que cela puisse paraître, c'est peut-être un mal pour un bien...

Ce qui suit contient des SPOILERS !
 

La destruction de l'Intelligence Suprême, qui dirigeait l'empire kree, par Captain Marve, a fait sombrer ce peuple dans une guerre civile et la désolation. Depuis trente ans, les ressources du monde -trône Hala se sont épuisées, la sécheresse sévit, l'air y est devenu irrespirable, son soleil se meurt. Dar-benn, une jeune juge, s'est érigée en leader, promettant de corriger cette situation et de tuer celle qu'elle appelle "l'annihilatrice" - Captain Marvel.


Pour cela, elle met la main sur un bracelet quantique qui lui permet d'ouvrir des brèches spatio-temporelles. L'une d'elles est détectée par le S.A.B.E.R. (Strategic Aerospace Biophysics and Exolinguistic Response), dirigée par Nick Fury, qui a sous ses ordres l'agent Monica Rambeau, la nièce de Carol Danvers/Captain Marvel, qui elle surveille ce portail à son autre extrémité. Chez elle, dans le New Jersey, Kamala Khan voit son bracelet quantique briller inexplicablement et quand Carol et Monica activent leurs pouvoirs, elles échangent leurs places.
 

Nick Fury et Monica rendent visite à Kamala, rejoints par Carol Danvers. Elles comprennent qu'elles ont en commun leurs pouvoirs sur la lumière et qu'elles doivent faire équipe pour résoudre cette affaire de brèches. Elles partent donc pour la planète Tarnax que Captain Marvel a trouvé pour donner un refuge aux skrulls, les ennemis de toujours des kree. Mais Dar-benn les a devancées et en ouvrant un portail en aspire l'atmosphère. Carol, Monica et Kamala évacuent le plus de skrulls possibles puis les confient à Valkyrie qui les transportent à la Nouvelle Asgard..


Carol comprend que Dar-benn s'en prend à des mondes qui lui sont chers et emmènent donc Monica et Kamala sur Aladna, composée en majorité d'eau. Elle s'y est jadis fiancée au prince Yan qui les aide à affronter Dar-benn et son armada. Mais le combat est déséquilibré et Kamala se fait dérober son bracelet quantique.


Obligées de battre en retraite à contrecoeur, Carol sait que la prochaine cible de Dar-benn sera la Terre ou plus exactement son soleil. Pour se préparer à un nouveau combat contre Dar-benn, elle s'entraîne avec Monica et Kamala puis contacte Nick Fury pour l'avertir de la situation. Dar-benn commence déjà à ouvrir une brèche avec ses deux bracelets quantiques lorsque les trois héroïnes surgissent.


Lorsqu'elle déchaîne ses pouvoirs contre ses adversaires, Dar-benn est consumée par les bracelets quantiques. Il reste cependant à refermer le portail ouvert et Monica se sacrifie. Kamala rentre dans le New Jersey retrouver ses parents et explique que Carol est repartie pour Hala. Là-bas, elle régénère le soleil et sauve les kree d'une mort annoncée.

Deux scènes supplémentaires interviennent durant le générique de fin : 

- dans la première, Kamala Khan aborde Kate Bishop, la disciple de Clint Barton/Hawkeye, pour lui proposer de former une équipe avec d'autres jeunes héros ;

- dans la seconde, Monica se réveille auprès de sa mère, Maria, et du Dr. Hank McCoy/le Fauve, qui l'ont récupérée dans un univers parallèle. Monica doit expliquer à Maria qu'elle est bien sa fille et comment elle est arrivée ici.

Flashback : nous sommes en 2019 et Spider-Man : Far From Home conclut la Phase III du MCU (Marvel Cinematic Universe), trois mois après le triomphe de Avengers : Endgame, climax de 11 années de films adaptés des comics Marvel. Kevin Feige, producteur de tous ces longs métrages et grand architecte de leur mise en chantier, est le roi du monde.

Il annonce alors les projets pour la Phase IV dont l'exploitation débutera en 2021 avec le film Black Widow. Son ambition est grande mais personne ne la contesterait : il entend étendre le MCU sur grand et petit écran avec, pour ce support, des séries mettant en scène des personnages secondaires et parfois encore inédits. La plateforme Disney + les programmera mais surtout, dans l'idéal, les fans pourront apprécier une expérience encore plus grande des super-héros Marvel.

Shang Chi et la légendes des dix anneaux, Les Eternels, Spider-Man : No way home, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, Thor : Love and thunder, Black Panther : Wakanda forever, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, Les Gardiens de la Galaxie volume 3, et donc The Marvels vont se succèder en salles. Tandis qu'en streaming on découvrira WandaVision, Falcon et le Soldat de l'Hiver, Loki (saisons 1 et 2), What if...?, Hawkeye, Moon Knight, Ms. Marvel, She-Hulk : Avocate et Secret Invasion.

Et autant dire que tout ne va pas se dérouler exactement comme l'avait espéré Kevin Feige. Entre temps, Bob Chapek, le patron de Disney, critiqué pour sa gestion, sera limogé et remplacé par celui auquel il avait succédé, Bob Iger, qui, depuis, a changé de braquet en exigeant des économies (et donc en licenciant massivement). Les responsables des effets spéciaux râlent contre des conditions de travail intenables. Et la grève des scénaristes et des acteurs paralysera tout Hollywood pendant plusieurs mois.

Mais surtout le succès n'est plus automatique pour les productions Marvel. La critique se fait aussi plus assassine, étrillant de gros projets. Et les fans n'accrochent pas à cette saga du Multivers censée succéder à celle des Pierres d'Infinité et de Thanos qui a couru sur les Phases I à III. La belle mécanique s'est enrayée.

Chacun y est allé de son diagnostic : lassitude envers les super-héros ? Manque de lisibilité dans l'intrigue générale ?  Même des cinéastes "nobles" s'en sont mêlés, comme Martin Scorsese qui a qualifié les films de super-héros de produits plus proche des parcs d'attraction que du cinéma, même si d'autres les défendent, comme Christopher Nolan, qui disent qu'il en faut pour tous les goûts et qu'ils participent à la bonne santé économique de l'industrie.

Pour ma part, sans revenir dans le détail sur ce que j'ai aimé ou pas dans cette Phase IV, j'ai été dès son départ perplexe sur cette synergie entre ciné et télé, sur le choix de Kang comme nouveau grand méchant du MCU (et sur l'acteur qui l'incarnait, Jonathan Majors, très cabotin), et une absence criante de liant entre tout ça. Le concept même de Multivers, compliqué à expliquer, a surtout échoué à convaincre et je pense qu'il faudrait carrément ne plus le traiter (même si je doute qu'une décision aussi drastique soit prise).

The Marvels, pour en revenir à lui, est une sorte de concentré de toutes ces erreurs tactiques, narratives, esthétiques. C'est une sorte d'erreur aberrante dans un système, au point qu'on se demande comment un tel film a pu être validé tel quel ou, comme cela semble être le cas maintenant que des langues se délient, comment il a été charcuté pour ne ressembler à ce point à rien.

C'est très simple en vérité : comment a-t-on pu croire que c'était une bonne idée de faire une suite à Captain Marvel en excluant le nom de l'héroïne du titre et en lui associant deux autres personnages uniquement vus dans des séries télé, et encore pour l'une d'entre elles dans un rôle très secondaire ? C'est un vrai mystère et une hérésie. Ce qui faisait la force du MCU pendant sa première décennie, c'était justement la manière dont les héros faisaient connaissance progressivement, pour former l'équipe des Avengers d'abord, puis affronter Thanos ensuite. Et si ça fonctionnait, c'est parce que tous les personnages étaient issus d'un même format (le film), sur un pied d'égalité donc.

Mais Ms. Marvel et Monica Rambeau sont issus de séries Disney +, par ailleurs très diversement appréciées. Ms. Marvel était sympathique mais souffrait d'un scénario très faible tout juste compensé par l'abattage de sa jeune vedette, Iman Vellani. Monica Rambeau, jouée par Teyonah Parris, était un second rôle dans WandaVision, qui acquérait ses pouvoirs d'une façon très opportuniste (et complètement différente, comme Ms. Marvel, des comics), sans avoir marqué les esprits plus que ça - en tout cas certainement pas au point de devenir une tête d'affiche.

Ne revenons pas sur les réactions à l'égard de Brie Larson en Captain Marvel auxquels de soi-disant fans reprochaient de ne pas être assez souriante... Mais Larson est une actrice solide, oscarisée, et à qui il en faut plus que ça pour l'ébranler. Elle est à mon avis impeccable dans son rôle.

L'intrigue de The Marvels est aussi un cas d'école. Le film est court, le plus court de tous les films du MCU avec ses 1 h. 42. Mais justement on a souvent l'impression que le film se déroule en accéléré, comme s'il ne fallait pas perdre de temps. C'est très bizarre, surtout pour un studio qui n'a jamais lésiné sur la durée, accouchant souvent de montages un peu trop généreux. Ce n'est pas tellement qu'on a le sentiment qu'il manque de scènes, mais plutôt que tout est expédié, pas ou peu ou mal développé.

Quand le film débute, le spectateur doit intégrer des informations à toute vitesse et il ne s'agit pas de rien : l'empire kree a sombré, la planète Hala est condamnée, et tout ça par la faute de Captain Marvel - ce qui n'est quand même pas l'idéal pour ensuite affirmer que c'est quand même une héroïne... Celle qui lui en veut le plus et entreprend de résoudre cette crise est une jeune femme kree jouée par Zawe Ashton, une comédienne à l'absence de charisme effrayant, qui ne fait jamais peur, et qui connaîtra une fin pitoyable. L'armada qu'elle est censée commander est la plupart du temps invisible ou alors réduite à de la figuration, mise en scène avec une mollesse terrible.

Là aussi, des trolls sur Internet ont accablé la réalisatrice Nia DaCosta. Je ne connais pas son travail mais elle n'est tout simplement pas taillé pour une super production de ce type. Les rumeurs disent que la production a été chaotique, sans supervision, et que le montage final s'est fait sans elle (partie sur un autre projet), avec des coupes drastiques (d'où la durée du film). Quelle que soit la vérité, le résultat est calamiteux, sas personnalité, sans envergure, sans souffle.

C'est cependant, même si ce n'est pas difficile, moins affreux visuellement que Thor : Love and Thunder et surtout Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, mais bon, ce n'est pas beau non plus. Les effets spéciaux sont pauvres, cheap, même pas ratés, juste misérables.

Mais ce n'est pas tout ! Comme d'habitude, on a droit à des scènes durant le générique de fin et elles sont affligeantes. La première réveille une arlésienne avec une évocation des Young Avengers (ou des Champions), soit une équipe de jeunes super-héros initiée par Kamala Khan qui aborde Kate Bishop : je n'ai rien contre cette éventualité mais je ne crois pas une seconde que quiconque ira voir un jour pareil film. Si Kevin Feige y tient vraiment, qu'il le produise comme un unitaire spécial sur Disney + (comme l'excellent Werewolf by Night).

En revanche, comment le même Feige a pu introduire pour la première fois le retour officiel des X-Men à la fin de The Marvels, qui plus est dans une scène aussi gênante, quel que soit l'angle sous laquelle on la considère ? Faut-il, comme je l'ai compris, entendre que les mutants vivent dans un univers parallèle ? Et faire de Maria Rambeau une revenante devenue l'héroïne Binaire (qui était à l'origine une incarnation cosmique de Carol Danvers)... Dans un sens, heureusement que The Marvels a été un bide, ainsi peu de gens ont vu ça et quand les X-Men auront enfin droit à leur film, personne ne se souviendra qu'ils ont été mentionnés ici pour la première fois.

En conclusion, deux remarques : 

- 1/ je pense qu'il existe bien une lassitude des films de super-héros - ou plus exactement des mauvais films de super-héros, trop (mal) produits, réalisés, écrits. Le succès des Gardiens de la Galaxie vol. 3 a prouvé que le public appréciait encore le genre quand il était bien adapté, par un auteur inspiré. Mais je crois aussi qu'il est nécessaire, vital même, que Marvel/Disney fasse un break (comme DC/Warner), ne serait-ce que pour recréer de l'attente, du désir pour ces films et, à cet égard, qu'il n'y ait que Deadpool 3 qui soit programmé en 2024 est une bonne chose (même si ça aurait été encore mieux qu'il sorte en 2025).

- 2/ Il est tout aussi nécessaire d'arrêter de développer le MCU à la fois sur le petit et le grand écran, ou alors que les projets soient déconnectés. La stratégie de Feige ne fonctionne pas. C'est indigeste. D'ailleurs, il faut surtout moins produire de films de super-héros, refaire de chacun un événement, et de qualité. Le public ne veut plus de films moyens ou médiocres ni de héros de seconde main. The Marvels l'enseigne, durement.

lundi 18 décembre 2023

SHANG CHI ET LA LEGENDE DES DIX ANNEAUX : la voie du milieu


A sa sortie en salles en 2021 j'avais zappé Shang Chi, n'étant pas intéressé par ce personnage, et sans doute en attente d'une proposition plus excitante provenant du MCU. Hier j'ai rattrapé cette lacune et compris mon erreur. Car le film de Destin Daniel Cretton offre quelque chose d'atypique et de rafraîchissant, qui, en vérité, n'a pas grand-chose à voir avec le registre super-héroïque traditionnel. Peut-être une piste à creuser pour le futur...

Ce qui suit contient des spoilers !


Il y a mille ans, Xu Wenwu découvre les dix anneaux qui lui confèrent des pouvoirs quasi-divins, dont celui de l'immortalité. Il va en profiter pour conquérir de nombreux royaumes et étendre son influence sur le monde.


En 1996, Wenwu part à la recherche du village mythique de Ta Lo mais se heurte à sa gardienne, Ying Li. Après s'être affrontés, ils tombent amoureux mais elle est bannie car il est jugé indigne de vivre parmi eux. Wenwu et Ying se marient et ont deux enfants, Shang Chi et Xialing. Il déliasse l'organisation qu'il a montée et range ses dix anneaux.


A sept ans, Shang Chi assiste à l'assassinat de sa mère par le Gang de Fer, ennemi de Wenwu. Celui-ci ressort ses anneaux et extermine le gang puis entraîne son fils pour qu'il règne à ses côtés, tandis que Xialing pratique en secret. A quatorze ans, Shang Chi est envoyé par son père tuer le chef du Gang de Fer. Mais sa mission remplie, le garçon ne rentre pas chez lui.


De nos jours, il est devenu voiturier avec son ami Kathy. Jusqu'à ce que les sbires de son père le retrouvent et l'attaquent. Dans le feu de l'action, il se fait voler le pendentif que lui avait offert sa mère par le mercenaire Razorfist. Avec Kathy, à qui il raconte enfin tout son passé, Shang Chi s'envole pour Macao avertir Xialing, qui tient un club de combats clandestins. Mais à nouveau les hommes de Wenwu surgissent et dérobent le pendentif de la jeune femme. Juste avant que leur père, à elle et son frère, n'apparaisse et ne les invite à le suivre.


Dans son repaire, Wenwu montre, grâce aux pendentifs, une carte magique qui indique le village de Ta Lo où il est convaincu que Ying Li vit encore, détenue par les siens. Refusant de croire en ce délire, Shang Chi, Xialing et Kathy sont jetés dans un cachot où ils rencontrent Trevor Slattery, un acteur qui a usurpé l'identité de Wenwu et qui a pour animal de compagnie Morris, une créature provenant de Ta Lo. Ils s'enfuient ensemble pour gagner Ta Lo avant Wenwu.


Une fois sur place, Shang Chi et Xialing rencontrent leur tante, Ying Nan, qui leur explique que, jadis, le village a failli être détruit par l'Habitant des Ombres, un monstre, depuis enfermé dans la montagne voisine. C'est lui qui communique avec Wenwu pour l'attirer ici. Le frère et la soeur renforcent l'armée du village et Kathy s'entraîne en vue de la bataille à venir.


Wenwu et son armée attaquent le village. Shang Chi s'interpose quand son père tente de libérer l'Habitant des Ombres, sans succès. Le monstre tue son sauveur qui transmet alors les dix anneaux à son fils. Celui-ci avec sa soeur, chevauchant le Grand Protecteur, un dragon caché dans le lac voisin, affrontent l'Habitant des Ombres tandis que les sbires de Wenwu et les villageois s'unissent face à cette menace.  Ensemble, ils en viennent à bout.

Deux scènes supplémentaires apparaissent durant le générique de fin :


- dans le première, Wong, le sorcier suprême, invite Kathy et Shang Chi à Kamar-Taj pour examiner les dix anneaux en présence de Bruce Banner et Captain Marvel. Si tous ignorent leur provenance, ils déterminent qu'ils servent à communiquer avec une autre dimension ;


- dans la seconde, Xialing prend les rênes de l'organisation des dix anneaux à la place de son défunt père.

Un peu d'Histoire d'abord : Shang Chi est un personnage qui a mon âge puisqu'il est apparu pour la première fois dans les pages de Special Marvel Edition #15 en 1973. Créé par le scénariste Steve Englehart et les dessinateurs Jim Starlin et Al Milgrom, il est surnommé le maître du kung-fu et appartient à cette vague de héros inspirée à l'époque par le cinéma d'exploitation de série B, comme Luke Cage ou Iron Fist mais aussi Man-Thing.

Par la suite, s'il demeure un personnage populaire auprès de certains fans, il est quand même largement éclipsé par le succès rencontré par Iron Fist. Mais Jonathan Hickman braque à nouveau les projecteurs sur lui à partir de 2012 lors de son run sur la série Avengers et donc, neuf ans après seulement, il a droit aux honneurs d'une adaptation cinématographique.

Kevin Feige a fait pour cela confiance à Destin Daniel Cretton, qui s'était illustré dans des productions indés comme States of Grace (2013) avec Brie Larson (qui apparaît dans une scène durant le générique du fin). Même si ce choix peut surprendre, ce n'est pas si étonnant puisque Chloé Zhao (Les Eternels), James Gunn (Les Gardiens de la Galaxie) ou même les frères Russo (Captain America : Le Soldat de l'Hiver / Civil War, Avengers : Infinity War / Endgame) ont aussi fait leurs armes dans le même circuit.

Ce qui frappe, c'est que Shang Chi et la légende des dix anneaux ne s'inscrit à aucun moment dans le registre classique du super-héros. Bien entendu le scénario co-écrit par Cretton, Dave Callahan et Andrew Lanham comporte des éléments fantastiques, mais de nombreux autres qui appartiennent au folklore des comics de héros masqués  sont complètement absents.

Jamais ni le héros ni le méchant ne portent de masques justement, n'ont d'identité secrète (même si Shang Chi a refait sa vie aux Etats-Unis sous le prénom transparent de Shaun). Leurs costumes n'ont rien des tenues bariolées et moulantes des autres vedettes du MCU. Même si cela peut être mal perçu ou apprécié par certains, c'est en fait le plus Disney des films du MCU.

Dans quelle mesure ? Hé bien, simplement parce que l'histoire raconte le parcours d'un gamin puis d'un adulte traversant des épreuves cruelles qu'il réussit à dépasser lors du voyage du héros. Il s'agit d'une sorte de feuille de route appliquée et même enseignée à des scénaristes quand ils veulent apprendre à construire un récit efficace en suivant des étapes précises. Généralement il est question d'un personnage principal qui part en mission pour sauver un être cher et lors de son périple il affronte plusieurs dangers et menaces qui le change profondément et l'améliore, de telle sorte que c'est autant lui que ce qu'il cherche qui vont améliorer sa situation.

Dans le cas de Shang Chi, c'est donc le portrait d'un garçon dont les parents sont un couple extraordinaire - le père est un conquérant immortel et la mère la gardienne d'un village légendaire. Une tragédie survient rapidement avec la mort de la mère, entraînant son père à renouer avec ses anciennes méthodes. Shang Chi devient une sorte d'élu, formé pour régner aux côtés de son père, mais il finit par fuir son destin. Evidemment son passé le rattrape et le mène sur les pas de sa défunte mère, il va découvrir l'autre partie de son héritage. Et affronter son père, faute de pouvoir le raisonner.

Il y a un côté indéniablement prévisible dans la narration du film : Shang Chi est flanqué d'une acolyte, Kathy, qui est le ressort comique de l'histoire ; sa soeur est une guerrière aguerrie et affranchie qui se trouve entraînée dans une aventure qui la dépasse ; leur tante est une sorte de sage incarné, et Ta Lo, ce village mythique, ressemble à un paradis fragile cachant autant de merveilles que d'horreurs.

Mais Destin Daniel Cretton embrasse ces clichés franchement et ne cherche jamais à les dissimuler au spectateur. Une forme de simplicité qui est payante au bout du compte car déconnecté du reste du MCU. On y fait bien de discrètes allusions à d'autres héros, mais c'est si fugace qu'elles sont balayées par le déroulement de l'action. Et comme le rythme est soutenu, sans être frénétique, on embarque pour un trip très sympathique.

Les pouvoirs des dix anneaux sont eux-mêmes abordés avec détachement. Jamais ils n'occasionnent un déferlement d'effets spéciaux qui encombrent le récit. Au contraire, le réalisateur et ses co-scénarsites ménagent le public jusqu'à l'entrée à Ta Lo, avec sa faune extravagante jusqu'à l'apparition du dragon et du monstre enfermé dans la montagne, véritables attractions du show. Le reste est ponctué de combats à base d'arts martiaux augmentés, avec son lot d'acrobaties spectaculaires, mais bien loin de celles de Spider-Man ou même de Captain America.

En ce sens, on peut apprécier le film sans être un fan ni un connaisseur du MCU (et des comics qui l'inspirent). C'est le long métrage le plus abordable de tout cet univers partagé, celui le plus à même de séduire les allergiques au spandex et aux super-pouvoirs. En même temps, il est aussi plus spectaculaire que les street-level heroes cantonnés à Disney + (de Hawkeye à Moon Knight en attendant Daredevil). C'est une sorte d'objet transitionnel, qui pourrait très bien permettre aux films mis en chantier par Kevin Feige de charmer à nouveau un large public à l'heure où celui-ci semble se lasser (même s'il y a aussi une question de qualité intrinsèque puisque Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est le seul film de super-héros classique à avoir performé en 2023).

En tout cas, il n'est pas difficile d'aimer Shang Chi et la légende des dix anneaux. Qui plus est parce qu'il bénéficie d'un casting bien choisi : si Simu Liu ne correspond pas physiquement au héros (qui avait été dessiné en prenant pour modèle Bruce Lee), il s'en tire mieux que bien, sobre dans le jeu, et réalisant lui-même ses cascades (c'est un bonus indéniable pour ce genre de film). Awkwafina est très marrante sans être lourdingue. Peut-être aurait-on pu cependant se passer de Ben Kingsley, dont le rôle est trop référencé (il ne dira rien à ceux qui n'ont pas vu Iron Man III) et qui lui par contre est pesant au possible dans la plaisanterie.

Toutefois, les deux vraies vedettes du film resteront Michelle Yeoh qui, même en apparaissant tardivement, en impose avec une classe folle, et Tony Leung, lui aussi impérial en méchant plus subtil que la moyenne. Quand ils sont à l'image, tous leurs partenaires deviennent comme flous. C'est ça, de vraies stars. Oh, et que je n'oublie pas de mentionner la sublimissime Fala Chen, qui joue Ying Li.

Bref, ne faîtes pas comme moi : n'ignorez pas plus longtemps Shang Chi et la légende des dix anneaux, qui est une pépite de la Phase IV si déroutante du MCU.

dimanche 21 mai 2023

LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOL. 3, de James Gunn


Après bien des péripéties, Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 est enfin sorti dans les salles. James Gunn, son scénariste et réalisateur, clôt non seulement sa trilogie mais quitte du même coup définitivement les studios Marvel pour partir diriger le DCU. Il est donc fortement conseillé d'avoir vu les deux précédents longs métrages consacrés aux personnages (et aussi le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame) pour apprécier ce récit, plus grave que d'habitude.
 


Adam Warlock, le "fils" de la prêtresse Ayesha que les Gardiens de la Galaxie avaient dupée, attaque la station Knowhere. Dans le feu du combat, il blesse gravement Rocket Raccoon avant que Nebula le touche à son tour et le force à battre en retraite. Incapable de sauver Rocket, l'équipe décide de gagner le Q.G. d'OrgoCorp où leur ami servit de cobaye à des expériences dans le passé.


Dans le coma, Rocket se souvient de l'époque où il était aux mains du Maître de l'Evolution, un savant fou et puissant qui ambitionnait de créer et peupler une Contre-Terre pacifiste avec des créatures anthropomorphiques. Rocket partageait ses souffrances avec d'autres animaux comme Sol le lapin, Lyla une loutre et Teefs le morse. Mais développant une intelligence que jalousait le Maître de l'Evolution, Rocket devina qu'il allait être sacrifié et entreprit de fuir avec ses amis. Lui seul y parvint.


Une fois à proximité d'OrgoCorp, les Gardiens retrouvent les Ravageurs et Gamora qui les aident à pénétrer dans le bâtiment. Ils y dérobent avec perte et fracas le dossier médical de Rocket puis, de retour dans leur vaisseau, constatent que des données importantes en ont été effacées par Theel, l'assistant du Maître de l'Evoltuion. Ils partent donc pour la Contre-Terre sans savoir que Adam Warlock et Ayesha, qui est redevable au Maître pour la naissance de son "fils", les suivent.


Une fois sur la Contre-Terre, Star_Lord, Nebula et Groot sont aidés par les habitants pour trouver la pyramide du Maître de l'Evolution, pendant que Drax, Mantis et Gamora veillent sur Rocket toujours entre la vie et la mort. La rencontre avec le Maître dégénère quand ce dernier, déçu d'avoir été dénoncé par ses créatures, décide de détruire la Contre-Terre et de partir dans l'espace à bord de sa pyramide. Drax et Mantis, impatients, ont rejoints Nebula au pied du bâtiment-vaisseau alors que des explosions dévastent la planète.


Star-Lord et Groot sautent de la pyramide qui décolle en embarquant Theel tandis que Drax, Mantis et Nebula montent, eux, à bord et découvrent des centaines d'enfants en cage pour servir de cobayes au Maître de l'Evolution. Star-Lord extrait de Theel les données manquantes du dossier médical de Rocket et avec Groot embarquent dans le vaisseau où leur ami se trouvent avec Gamora. Adam Warlock voit Ayesha mourir dans une explosion au moment où ils tentent d'aborder le vaisseau des Gardiens et le souffle de la déflagration le propulse à l'intérieur. 
 


Cependant, Star-Lord, Gamora et Groot sauvent Rocket avant que Nebula ne leur donne sa position. Ils prennent en chasse la pyramide du Maître de l'Evolution et, avec le renfort de Kraglin, lui barre la route avec la station Knowhere. Les enfants sont évacués de la pyramide à la station tandis que les Gardiens au complet avec le renfort d'Adam Warlock affrontent le Maître de l'Evolution. Rocket se refuse finalement à le tuer pour ne pas prolonger ce cycle de violence...

Deux scènes post-générique de fin conclut le film : 

- la première montre la nouvelle formation des Gardiens (Rocket devenu le leader, Groot, Kraglin, Cosmo, Adam Warlock et Phyla, une des enfants rescapés) part en mission après la décision de Star-Lord de repartir sur Terre, de Mantis de faire un break, de Gamora de réintégrer les Ravageurs, de Drax et Nebula de s'occuper des enfants retirés au Maître de l'Evolution ;

- la seconde montre Peter Quill en train de prendre le petit-déjeuner avec son père adoptif sur Terre, avant qu'un carton à l'écran indique que "le légendaire Star-Lord reviendra".

Après une Phase IV au mieux inégale, au pire médiocre, et un début de Phase V peu convaincant (Ant-Man et la Guêpe : Quantumania s'est ramassé au box office), beaucoup d'espoirs reposaient sur Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Et quelque chose me dit que James Gunn, scénariste et réalisateur du film, a dû sourire de cette situation...

Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut remonter à la sortie du précédent volume des Gardiens de la Galaxie en 2017. Si le film fut un succès, en dépit d'avis mitigés, pour le Gunn, ce fut le début d'une mauvaise passe. De vieux tweets déterrés par des détracteurs de Droite du cinéaste conduisirent Disney à le sanctionner en l'écartant d'abord du troisième long métrage puis carrément en le virant. Tout le casting s'en émut et menaça d'abandonner tout projet avec le studio si Gunn n'était pas réintégré. Pendant ce temps, ce dernier, abordé par la concurrence, signa pour The Suicide Squad chez Warner (sorti en 2021) dont le succès critique et public (dans le contexte particulier d'alors, en pleine pandémie) convainquit Disney de revenir en arrière.

Le reste appartient à l'Histoire : la Warner resta en contact avec Gunn et lui proposa de refonder le DCU sur grand écran après les échecs du "Snyderverse" tandis que le cinéaste bouclait le tournage des Gardiens de la Galaxie vol. 3. Et, happy end, cet ultime chapitre cartonne depuis sa sortie en salles. Marvel studios doit donc une fière chandelle au mec qu'ils avaient renvoyé comme un malpropre.

Pour Gunn, boucler cette trilogie était aussi le moyen de raconter l'histoire du personnage qu'il aimait le plus : Rocket Raccoon. On raconte même qu'il avait initialement envisagé de mettre en scène un spin-off entièrement consacré au raton-laveur et Groot pour revenir sur le passé douloureux du premier, avant de se raviser, tout comme il changea de méchant en cours de route (passant de Annihilus au Maître de l'Evolution).

Ce qui frappe donc, d'emblée, c'est le ton plus grave de l'histoire. Rocket est rapidement gravement blessé et va passé les deux tiers du film sur une table d'opération entre la vie et la mort, à se remémorer ses origines, tenté d'abdiquer en se souvenant de ses amis disparus. Sans concessions, le film traite de la maltraitance animale de manière poignante et des dérives du transhumanisme. Le supplice que traverse Rocket dans des flashbacks très émouvants vous serre le coeur. On comprend à quel point Gunn s'est projeté dans ce personnage, le transformant en une figure sacrificielle, profondément touchante et blessée.

Qu'importe alors que le Maître de l'Evolution soit joué de façon un peu trop souvent hystérique par Chukwudi Iwuji (à la différence des comics où il est un savant fou et puissant mais d'une froideur totale, d'un détachement effrayant) : le face-à-face entre Rocket et ce néo-Docteur Moreau (inspiré par le héros du roman de H.G. Wells) réserve son lot de scènes mémorables, cruelles, et pour lesquelles Gunn trouve un dénouement tout sauf manichéen.

Le cinéaste n'a jamais envisagé les Gardiens comme une équipe de super-héros comme les Avengers, mais plutôt comme une famille que chacun de ses membres s'est choisie. Gunn a dû composer avec des éléments qu'il n'a pas choisis (et qui compliquent inutilement le récit, comme la Gamora issu de Avengers : Endgame, qui a tout oublié de son passé avec les Gardiens et n'est donc plus l'amante de Star-Lord), mais il les exploite avec adresse pour redynamiser le groupe, ses relations. Il donne aussi une suite directe à ce qu'il avait mis en place dans le volume 2 avec Ayesha et Adam Warlock en les reliant au Maître de l'Evolution et si, là aussi, son interprétation de Warlock peut dérouter par rapport aux comics (où il était un personnage plus mûr), elle a une vraie logique dans ce contexte, incarné avec recul par Will Poulter.

Alors, pourquoi ça fonctionne contrairement à la majorité de ce qu'a livré la Phase IV et Quantumania ? Qu'on apprécie ou pas le style coloré, décalé, de Gunn, on ne peut nier qu'il a un style affirmé, peut-être même le plus prononcé, le plus personnel, de tout le MCU. Dans la mesure où il écrit et dirige ses films, il en a le contrôle et en assume tous les aspects, parfois même les plus controversés (comme sa vision de Drax en gros bouffon plutôt qu'en réel destructeur ou de Mantis qui devient une ingénue comique au lieu d'une madone céleste). Quand on va voir un film de Gunn, on sait où on met les pieds, on ne peut pas jouer la surprise ou s'offusquer des libertés prises. Et ce sera intéressant de voir comment il s'emparera du DCU, à commencer par Superman dont il a écrit et mettra en scène le grand retour en 2024-2025.

Il y a donc cette exubérance familière et qui assure à la trilogie une vraie unité esthétique et narrative, une inventivité, une sorte d'insouciance, un refus de se prendre trop au sérieux tout en faisant le job sérieusement. Tout cela témoigne d'un amour pour le matériau de base, son folklore, mais aussi d'une approche singulière, sincère, sentimentale même. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence après tout un tas de films de la Phase IV où les spectateurs ont été perdus par les choix de Kevin Feige ou déçus par des opus trop ou pas assez, sans désormais de menace commune, de fil rouge (comme l'incarnaient Thanos et les pierres d'infinité). En existant en marge du reste mais en développant leurs propres thèmes, leurs propres méchants, les rapports entre les Gardiens, la trilogie de Gunn a échappé à ces sorties de route pour former un tout solide, certes imparfait, mais honnête avec lui-même et le public.

Enfin, plus que tout autre film ou trilogies du MCU, Gunn a bâti son oeuvre avec une troupe qui a fait corps avec son projet. Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Dave Bautista (même si ce dernier s'est plaint de l'évolution de son personnage), Pom Klementieff, ainsi que Bradley Cooper et Vin Diesel (qui ont prêté leur voix à Rocket et Groot), tous  sont indissociables de la réussite de ces trois films et de celui-ci en particulier (sans oublier le spécial diffusé fin 2022 sur Disney +). Cette famille d'acteurs dont certains ont vu leur carrière propulsé grâce à Gunn, qui les a imposés à Disney, a soutenu le réalisateur comme des enfants auraient soutenu un père mais ont aussi défendu leurs rôles en jouant à fond le jeu, communiquant leur plaisir à l'audience.

Alors que le MCU est actuellement en plein gestion du scandale lié à Jonathan Majors (Kang à l'écran, empêtré dans une sale affaire de violences sur sa compagne et rattrapé par des témoignages sur son comportement toxique de longue date), et en attendant la sortie à l'automne de The Marvels (la suite de Captain Marvel), Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 ressemble à la fin d'une époque. Le studio va devoir d'une manière ou d'une autre changer, évoluer, peut-être en lâchant la bride à ses cinéastes, en repensant son modèle. Gunn parti, Kevin Feige va devoir prouver qu'il n'a pas perdu son mojo, sa vista, tandis que Bob Iger, l'ex-président de Disney revenu en catastrophe, opère une restructuration drastique.

dimanche 5 mars 2023

ANT-MAN ET LA GUÊPE : QUANTUMANIA, de Peyton Reed (Critique avec spoilers !)


La Phase V du MCU débute donc avec Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, 31ème film produit par Kevin Feige, et troisième chapitre des aventures de l'homme fourmi. Le long métrage de Peyton Reed a la lourde tâche de faire oublier une Phase IV très inégale et très moyenne artistiquement, où Feige a voulu que les séries sur Disney + et les films en salles se complètent, sans convaincre, mais aussi d'introduire celui qui doit succéder à Thanos comme le grand méchant de cet univers : Kang le conquérant. Verdict ?


Après avoir survécu au "snap" de Thanos et avoir retrouvé Janet Van Dyne détenue pendant trente ans dans le royaume quantique, Hank Pym et sa fille Hope ont pleinement accueilli au sein de leur famille Scott Lang et sa fille Cassie, qui partage avec les Pym le goût de la science. Contre l'avis de Janet, Cassie a conçu un appareil permettant de cartographier le microvers, mais un incident se produit qui attire tout le monde dans cette dimension. Scott et Cassie sont séparés de Hope, Hank et Janet et bientôt appréhendés par des rebelles qui évoquent un conquérant inquiétant.


Janet, elle, renoue avec de vieilles connaissances dans le royaume quantique et demande de l'aide à Krylar. Mais celui qui avait combattu Kang à ses côtés travaille désormais pour ce dernier. Hope se défend et avec Hank et Janet réussit à s'enfuir à bord du propre vaisseau de Krylar. Cependant, évoquant Janet devant les rebelles, Scott comprend que le conquérant est l'ennemi de sa belle-mère et qu'il a envoyé son plus féroce tueur contre le campement. Scott et Cassie sont capturés par M.O.D.O.K., qui n'est autre que Darren Cross, l'ancien Yellowjacket, transformé par Kang.


Présenté à ce dernier, Scott passe un marché avec le conquérant qui lui explique que Janet a détruit le réacteur de son vaisseau temporel et s'il le récupère, il laissera la vie sauve à Cassie. Scott se jette dans le vide quantique pour récupérer le réacteur alors que, au même moment, Hope avec Hank et Janet approche. Hope rejoint Scott et ensemble ils trouvent le réacteur. Mais au moment de le remettre à Kang, Janet s'interpose. Kang neutralise Scott et Hope tandis que MODOK laisse Hank pour mort. Janet est emmenée dans la citadelle de Kang.


Cassie, pendant ce temps, réussit à s'évader de sa cellule et elle accède aux quartiers de Kang depuis lesquels elle en appelle aux rebelles pour qu'ils attaquent la citadelle du conquérant. Scott et Hope se joignent à eux et causent d'importants dégâts, tandis que profitant que Kang soit distrait par cet assaut, Janet endommage à nouveau le réacteur. Kang est obligé de descendre s'occuper lui-même des rebelles. Affrontant Scott et Hope, il les domine. Jusqu'à ce que Hank et des fourmis du microvers arrivent et ne l'écrasent. 


MODOK, rejeté par Kang, meurt en soutenant les rebelles. Janet ouvre un portal quantique qu'elle emprunte ensuite avec Cassie, Hank et Hope. Mais Kang tente de se glisser dans l'ouverture à la place de Scott qui l'en empêche. Hope revient l'aider à tuer le conquérant et ils rentrent chez eux après avoir vu les rebelles prendre le contrôle de la citadelle. Quelque temps après, alors qu'il rejoint Hope, Hank, Janet et Cassie, Scott s'interroge sur les conséquences de cette bataille dans le microvers en espérant que tout ira pour le mieux...

Deux scènes additionnelles sont visibles après le générique de fin : dans la première, Immortus, la version la plus futuriste de Kang, réunit tous les variants du conquérants pour préparer une riposte d'envergure contre notre ligne temporelle susceptible de perturber le multivers ; dans la seconde, Loki et l'agent M. Mobius de la T.V.A. assistent à une représentation du spectacle de Victor Timely, un autre variant de Kang dans les années 1900, que le dieu asgardien estime être une menace sérieuse...

Ant-Man et la Guêpe : Quantumania n'a plu ni à la critique ni au grand public - aux Etats-Unis, le film a même vu sa fréquentation en salles diminuer dramatiquement lors de sa deuxième semaine et il ne faut donc pas espérer qu'il fasse un aussi bon score que les deux autres volets de la trilogie. Autant dire que cette Phase V du MCU démarre mal.

Les commentateurs et analystes ont beaucoup glosé sur les raisons de cette déconvenue, surtout après une Phase IV qui a déjà beaucoup déçu artistiquement et commercialement. On a pointé la stratégie de Kevin Feige, le grand architecte du MCU, qui a voulu que films en salles et séries en streaming sur Disney + forment un grand tout. On a aussi remarqué que les films Marvel, en perdant Iron Man/Robert Downey Jr. et Captain America/Chris Evans n'avaient plus de héros aussi fédérateurs. Et puis on a aussi évoqué une possible lassitude du public, comblé au terme de la Phase III avec le diptyque Avengers : Infinity War/Endgame, bouqet final d'une entreprise menée durant dix ans.

Il y a du vrai dans toutes ces hypothèses. Feige a certainement vu trop gros, trop grand, et le public n'a sans doute pas voulu être obligé de suivre séries et films pour être sûr de ne rien rater. Ni Downey Jr. ni Evans n'ont été remplacés. Et depuis Infinity War/Endgame, aucune super-production Marvel n'est parvenu à nous faire frissonner autant. Thanos et la menace qu'il incarnait manquent.

Mais faut-il tout jeter, brûler ce qu'on a adoré ? Il reste des choses excitantes à venir, comme le vol. 3 des Gardiens de la Galaxie, The Marvels. Même si on préferait que Kevin Feige s'occupe plus de Doctor Strange, de Scarlet Witch, de Hawkeye, et que Thor ait au moins un dernier tour d'honneur à sa mesure, on peut aussi être curieux de voir ce que va donner le prochain Captain America, New World Order, avec Sam Wilson/Anthony Mackie dans le rôle. Par contre, c'est vrai que la perspective de revoir les Eternels, de découvrir les Thunderbolts, voire Blade, est beaucoup moins attirante (à mon goût à tout cas).

Quantumania ne me semble pas mériter toutes les critiques négatives qu'il a eues. Certes, il est moins bon que le premier Ant-Man et que Ant-Man et la Guêpe, qui jouaient à fond la carte du "petit" film récréatif et tenaient grâce à la sympathie qu'on avait pour Paul Rudd (malgré son manque total d'alchimie avec Evangeline Lilly). Les effets spéciaux sont parfois moyens et les designs du royaume quantique sont inégaux. Mais de là à le traiter comme Thor : Love and Thunder, non, quand même pas.

Pour ma part, et je sais que je risque d'être isolé, j'ai apprécié l'histoire, qui met vraiment en avant Janet Van Dyne, explique bien sa relation avec Kang, la raison pour laquelle le conquérant temporel est coincé dans le royaume quantique. Le scénario de Jeff Loveness est bien construit à défaut d'être toujours original et captivant, avec ses trois actes classiquement développées (l'errance dans le microvers, le marché que passe Kang avec Ant-Man, la rébellion finale). Il y a du rythme, le film n'est pas trop long (juste 2h. 05).

Evidemment, ce n'est pas parfait ni suffisant. Bill Murray ne fait que passer et il déçoit (j'attendais un grain de folie avec lui, qui n'est pas venu). Michael Douglas est sous-exploité. Kathryn Newton (troisième actrice à incarner Cassie Lang) est incapable de donner de la chair à son personnage. Evangeline Lilly confirme qu'elle est un total miscast.

Mais bon sang, Paul Rudd est fantastique, charmeur et charmant, une vraie perle. Et puis Michelle Pfeiffer éblouit : elle a une partition à défendre et elle le fait avec cette présence intacte, un jeu nuancé. Enfin, Jonathan Majors est tout sauf un acteur sobre, il en fait à peine moins que dans le final de Loki saison 1, mais le bonhomme a un sacré charisme. Je doute encore qu'il puisse rivaliser avec le Thanos que campait Josh Brolin, mais il a les épaules pour être ce grand adversaire impitoyable, dangereux qu'exige la suite du MCU.

Par ailleurs, j'ai lu beaucoup de trucs sur la laideur du film et honnêtement je n'ai pas compris pourquoi. Il était fait mention d'un mauvais pastiche de Star Wars pour la population et quelques décors du royaume quantique. Mais comme l'univers Star Wars ne m'a jamais passionné, je n'ai pas été gêné. D'autant moins que, faut-il la rappeler, Star Wars n'a absolument rien inventé puisque George Lucas a tout pompé sur Valérian et les graphismes de Mézières (et ceux de Moebius aussi).

Bien sûr, ce n'est pas parfait non plus sur ce plan-là et il faudrait vraiment que les concepteurs des effets spéciaux soient mieux traités par Marvel/Disney (la grogne dure depuis un moment maintenant), alors que, auparavant, il n'y avait pas grand-chose à redire. On se serait passé d'un MODOK aussi ridicule (même si la véritable erreur réside davantage dans le fait de l'avoir intégré à du live action parce que même mieux écrit qu'ici, impossible de garder son sérieux avec une telle créature). Toutefois, la diversité du bestiaire deu royaume quantique, la diversité des environnements, jusqu'à la citadelle de Kang (vraiment impressionnante, j'ai trouvé) compensent ces faiblesses et montrent l'investissement de Peyton Reed et ses équipes pour faire le show.

Peut-être suis-je trop bon public, trop gentil, trop indulgent avec ce Ant-Man et la Guêpe : Quantumania. Mais je l'ai trouvé plus satisfaisant que tous les films de la Phase IV. Je crois (et j'en suis même sûr) que Les Gardiens de la Galaxie vol. 3 et The Marvels cette année me plairont plus, seront plus aboutis. Que cette Phase V sera aussi très différente (Feige a déjà tenu à rassurer que le multivers ne serait pas au programme de tous les prochains films), y compris avec les séries Disney +. 

samedi 30 juillet 2022

THOR : LOVE AND THUNDER, de Taika Waititi (Critique avec spoilers !)


Avant-dernier chapitre de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder a profondément divisé le public et la critique. Mais le cinéma de Taika Waititi ne fait jamais l'unanimité. C'est également le quatrième opus consacré au dieu du tonnerre de Marvel (la première tatrlogie pour un héros). Le résultat est effectivement clivant, parfois too much, mais aussi malin, drôle et épique.


Désormais compagnon d'aventures des Gardiens de la Galaxie, Thor reçoit un appel de détresse de Lady Sif, sauvagement attaqué par Gorr le boucher des dieux. Celui-ci a juré de tuer toutes les divinités depuis qu'il a perdu sa fille alors que ses idoles n'ont pas répondu à ses appels à l''aide. Cependant sur Terre, Jane Foster suit une chimiothérapie alors qu'elle est atteinte d'un cancer en phase 4. Condamnée par la médecine, elle décide de s'en remettre à la magie en se rendant à la Nouvelle Asgard où sa présence permet au marteau Mjolnir (brisé par Hela) de se reformer et de la transformer en la Puissante Thor.


Odinson resurgit avec Sif à qui des soins sont prodigués. La nuit venue, Gorr s'en prend à la cité et Odinson découvre à la fois le boucher des dieux et Jane Foster brandissant Mjolnir. Gorr s'éclipse après avoir été malmené mais en kidnappant tous les enfants de la ville. Valkyrie promet aux parents que leur progéniture leur sera rendue puis s'en remet à Odinson pour échafauder un plan. Il entraîne Jane, Valkyrie et Korg à Omnipotence City, refuge des dieux, pour lever une armée.


Mais sur place, Zeus, qui préside cette assemblée, refuse de prêter main forte aux asgardiens, considérant que Gorr n'osera pas attaquer ici. Valkyrie dérobe l'éclair de Zeus et s'enfuit avec Odinson, Jane et Korg. Stormbreaker génère un Bifrost qui les conduit jusqu'au repaire de Gorr, localisé grâce à Axl, le fils de Heimdall qui a réussi à contacter Odinson.


Durant le voyage, Jane et Odinson renouent l'un avec l'autre puis elle lui avoue sa maladie. Avant que Odinson ait pu intégrer cette nouvelle, l'équipe pénètre dans le royaume des ombres, antre de Gorr, et leur vaisseau atterrit sur une planète désolée. Gorr tend un piège à Odinson pour récupérer Stormbreaker qui lui ouvrira la Porte d'Eternité qui, exauce le voeu de celui qui la franchit le premier. Odinson affronte Gorr qui blesse Valkyrie et oblige ses ennemis à rentrer à la Nouvelle Asgard. Mais Gorr a eu ce qu'il voulait.
 

Valkyrie survit mais Jane est dans un état critique : Odinson lui explique que chaque fois qu'elle se transforme grâce à Mjolnir, elle écourte son espérance de vie car la magie de l'arme annule les effets de la chimiothérapie. Il convainc Jane qu'il doit repartir affronter seul Gorr et délivrer les enfants avant qu'il n'ouvre la Porte d'Eternité.


Gorr est déjà à l'oeuvre pour forcer l'entrée de la Porte d'Eternité lorsque Thor revient dans le royaume des ombres. Ne pouvant battre seul à la fois les créatures des ténèbres que créé le boucher des dieux et ce dernier, Thir transmet une partie de ses pouvoirs aux enfants pour qu'ils affrontent les monstres. Armé de l'éclair de Zeus, le dieu du tonnerre ne réussit pourtant pas à dominer son adversaire, plus enragé que jamais au moment de voir son souhait exaucé de tuer tous les dieux.


Mais Jane Foster resurgit et brise la Nécrolame de Gorr. Celuic-ci franchit la Porte d'Eternité mais il est comme Jane à l'article de la mort. Thor le conjure de ne pas commettre l'irréparable et de ramener plutôt sa fille, Love, à la vie en lui promettant qu'il s'en occupera. Gorr acquiesce tandis que Jane s'éteint et de volatilise. De retour à la Nouvelle Asgard, son sacrifice est honorée, les parents retrouvent leurs enfants et Thor, comme promis, devient le tuteur de Love, qu'il entraîne dans ses nouvelles aventures cosmiques.

Deux scènes post-générique de fin viennent conclure le film :

- Zeus, furieux de s'être fait humilié par Thor et ses amis, envoie son fils Hercule éliminer le dieu du tonnerre.

- Jane Foster arrive au Valhalla, accueillie par Heimdall qui la remercie d'avoir veillé sur son fils Axl.

Quand, après la sortie de Black Panther 2 : Wakanda Forever, en Novembre prochain, il faudra tirer un bilan de la Phase IV du MCU, Thor : Love and Thunder résumera certainement bien les hauts et les bas de cette période. Avec sept longs métrages au compteur, les productions initiées par Kevin Feige auront globalement déroutés et déçus les fans, malgré de beaux scores au box office (même si aucun des titres n'a détrôné Avengers : Endgame).

On aura assisté en parallèle des sorties en salles à l'émergence des séries Marvel sur Disney +, où là aussi l'ensemble a été très inégal. Certaines ont contribué à enrichir le MCU (Loki, WandaVision, Ms Marvel, Falcon et le Soldat de l'Hiver), d'autres ont été des projets standalone à la pérennité plus qu'incertaine.(Moon Knight, What if...?, Hawkeye). Mais il est avéré désormais qu'il vaut mieux tout voir pour tout comprendre à cet univers étendu et partagé.

Si j'ai zappé Shang-Chi (mais il faudra bien que je me rattrape), et que j'ai été déçu par Black Widow et Les Eternels, en revanche j'ai apprécié Spider-Man : No Way Home et Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Le premier trailer de Wakanda Forever est plutôt prometteur. Quid de Thor : Love and Thunder ?

Depuis ses premières bandes annonces et sa sortie, il ya une quinzaine de jours, les réactions ont été très mitigées. Déjà la durée du film a surpris (1h 59). Et le style de Taika Waititi, qui avait déjà divisé sur Thor : Ragnarok, a encore plus dérangé. Quand à l'intrigue, en puisant dans le run de Jason Aaron avec Gorr le boucher des dieux et Jane Foster en Puissante Thor, certains ont eu beaucoup de mal à en apprécier la synthèse radicale.

Si je dis plus haut que Love and Thunder risque fort d'être le maître étalon de la Phase 4, c'est parce que ce n'est pas un film évident, il a des faiblesses, des excès, et des points forts, mais de façon très contrastée. C'est un objet hybride, extrême, presque expérimental, comme si Kevin Feige avait voulu voir ce que donnerait un film du MCU où le réalisateur pouvait faire ce qu'il voulait (alors qu'on sait le producteur interventionniste, jusqu'au clash parfois).

Il ne fait en effet, pour moi, aucun doute que Waititi est le seul responsable du résultat. Les acteurs ont révélé en voyant le montage final que beaucoup de scènes tournées n'y figuraient plus et le cinéaste lui-même a reconnu qu'il avait beaucoup coupé et même qu'il était farouchement contre les director's cut (qui ne l'ont jamais convaincu). Donc, ce que nous avons vu est ce qu'il voulait montrer. C'est comme Doctor Strange 2 où Sam Raimi avait aussi beaucoup élagué, malgré des reshoots importants.

Par ailleurs, l'esthétique de Waititi est, on le sait depuis Ragnarok, très, très colorée. Il enfonce le clou ici avec une bande son très rock FM 80's (avec une part belle à Guns'n'Roses), mais aussi une photo n'hésitant pas à flirter avec le kitsch mais aussi des audaces formelles à la fois toutes simples (les scènes en noir et blanc dans le royaume des ombres) et très prononcées donc. Waititi s'amuse beaucoup, parfois, avouons-le, plus que nous certainement (il ne se contente d'ailleurs pas de mettre en scène puisqu'il interprète aussi Korg), et assume tout, sans complexe, y compris un certain mauvais goût, quelques moments de gêne, du sentimentalisme.

Après les deux premiers films Thor, qui dressait un portrait sérieux du dieu du tonnerre, sans convaincre, Waititi a eu carte blanche pour réinterpréter le héros en l'entraînant vers la comédie, à la limite de la parodie, du moins de la farce. Le succès de Ragnarok a convaincu Marvel Studios que c'était une formule gagnante et payante. Logiquement, le réalisateur a pu souligner ses effets encore plus avec Love and Thunder et ne s'en est pas privé, commençant par faire de Thor un super-aventurier costumé aux côtés des Gardiens de la Galaxie (avec qui il quittait la Terre à la fin de Avengers : Endgame) tiraillé par des interrogations existentielles. D'un côté, il resre ce guerrier viking immortel, maîtrisant la foudre, et qui aime se battre ; de l'autre il aspire à trouver un sens à sa vie, quitte à troquer le combat pour la méditation.

La menace de Gorr le rappelle à l'ordre et Waititi réussit, selon moi, à établir ce vilain de manière remarquable, à la fois dangereux, violent, et aussi émouvant, motivé par une vengeance légitime. dans un cadre un peu moins déconnant, le scénario (co-écrit par Waititi et Jennifer Kaylin Robinson) aurait même pu creuser un peu plus franchement la question de la foi, de la confiance dans les dieux, dépeints comme des êtres égocentriques, jouisseurs, et indifférents au sort des mortels. Mais c'est à peine effleuré. Dommage. 

L'autre aspect de l'histoire, c'est le retour au premier plan de Jane Foster. Son traitement dans les deux premiers films avaient découragé son actrice à renoncer au MCU (pour une carrière ponctuée de coups d'éclats mais peu récompensée par des succès commerciaux). Jason Aaron, qui a, lui, écrit un chapitre important redéfinissant le personnage dans les comics a inspiré ce retour reproduit fidélement dans le film. Mais là encore, Waititi ne parvient pas à convertir avec suffisamment d'intensité le matériau d'origine, notamment en semblant refuser de filmer la maladie de trop près. C'est là encore dommage.

Pourtant, une fois ces éléments posés, le film se tient plutôt bien et l'intrigue se déploie agréablement. Il subsiste des trous d'air, une narration parallèle pas totalement aboutie (quand on suit Thor et sa bande d'un côté et Gorr et les enfants de l'autre côté - ces derniers étant trop absents et passifs alors qu'on aurait pu montrer le boucher des dieux continuer à massacrer quelques divinités en attendant que les asgardiens tombent dans son piège). C'est aussi sans doute à ce stade que Waititi a fait les coupes les plus remarquables car j'ai eu le sentiment que la séquence à Omnipotence City avait dû faire l'objet, à l'origine, d'une représentation plus consistante du panthéon, avec sans doute des caméos mémorables (on sait par exemple que Jeff Goldblum revenait revenait dans le rôle du Grand Maître et que Peter Dinklage apparaissait à un moment ou un autre).

Reste Zeus et sans doute un moment, disons, délicat. Car si Waititi ne se prive pas de montrer le père des dieux grecs (ici en grand patron de tous les dieux, au-delà du panthéon grec) en  hédoniste colérique, vantard et bedonnant (ce qui n'est pas si éloigné de la "vérité"), il ose aussi en faire une sorte de bouffon pleutre sans qu'on comprenne pourquoi (au-delà de la simple envie de faire rire facilement). Russell Crowe fait preuve d'une belle auto-dérision mais on aimerait, quand le prochain Thor sera en boîte (car un cinquième épisode est prévu, sans qu'une date ne soit fixée, mais pas avant 2024-2025), qu'il soit plus sérieusement traité (comme on en a un aperçu dans une des deux scènes post-générique de fin).

Le dernier acte du film offre des affrontements que j'ai trouvés très convaincants. Gorr y est présenté comme un adversaire coriace et tragique, les deux Thor affichent une complentarité efficace. Les effets spéciaux sont très bien (alors que les responsables ont exprimé leur exaspération concernant leurs conditions de travail). Le dénouement est émouvant, un peu fleur bleue aussi, mais j'ai apprécié.

Il se dégage de tout ça quelque chose d'à la fois euphorisant, qui fait du bien après deux années éprouvantes (à cause de la Covid, de la guerre en Ukraine, qui ne sont ni l'un ni l'autre résolues), et je remercie volontiers Waititi d'avoir pondu Love and Thunder avec la volonté manifeste d'offrir une parade à tout ça. Cela ne signifie pas que j'excuse tout, mais je ne peux pas non plus jouer la comédie et prétendre que j'ai détesté pour répéter ce que beaucoup disent au sujet du film. J'ai passé un bon moment, en reconnaissant que ce n'est pas un sommet du MCU, mais néanmoins plus aimable, de mon point de vue, plus convaincant que Black Widow ou Les Eternels (que je n'ai là, pour le coup, pas du tout aimé).

Cela vient aussi du casting. J'aime beaucoup Chris Hemsworth, dont la complicité avec Waititi fait plaisir à voir, et qui incarne parfaitement Odinson, avec beaucoup d'humour mais aussi une présence indéniable (et très, très musclée). Natalie Portman est formidable en Puissante Thor (et la deuxième scène post-générique de fin laisse supposer qu'elle pourrait revenir, comme Jane Foster dans les comics), c'est agréable de voir cette actrice épatante être plus légère, séduisante et badass. Comme Tessa Thompson, même si, elle, a moins l'occasion de briller que dans Ragnarok. Quant à Christian Bale, si son jeu très actor's studio m'horripile souvent, il incarne avec brio Gorr, hanté, rongé de l'intérieur : un sacré bon méchant dans le MCU (qui ne soigne pas toujours aussi bien les adversaires des super-héros).

Cette critique, je le sais, ne fera pas changer d'avis ceux qui n'ont pas aimé le film. Mais de manière plus générale, je ne crois pas qu'un film, quel qu'il soit, mérite d'être englouti sous des qualificatifs consternés. Certainenement pas Thor : Love and Thunder qui assume ses parti-pris et ne peut que surprendre ceux qui pensaient que Taika Waititi changerait son fusil d'paule.