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samedi 24 novembre 2018

DOCTOR STRANGE #8, de Mark Waid, Andres Guinaldo et Javier Pina


La bonne nouvelle avec une publication comme celle de Doctor Strange, dont les numéros se suivent rapidement, c'est que lorsqu'un arc narratif n'est pas bon, on n'a pas à le subir trop longtemps. Le métier de Mark Waid fait le reste, comme s'il était bien conscient de n'être pas soutenu par des dessinateurs trop faibles - ici encore Andres Guinaldo et Javier Pina. Episode inégal donc, mais pas dénué d'intérêt pour la suite - avant le retour de Jesus Saiz...


Le Doctor Strange découvre donc que c'est le Baron Mordo qui manipule Casey Kinmont pour dérober des artefacts magiques en prenant son apparence. Mais le sorcier suprême sait que son ennemi est aussi trop faible pour posséder la jeune femme : alors, pour qui travaille-t-il ?


Cependant, à la Forge, Kanna confectionne une nouvelle arme pour Strange en écoutant Bats le chien fantôme lui expliquer que Casey Kinmont les a surveillés durant leur voyage spatial. Il mentionne, par mégarde, parmi leurs exploits, la Pierre du Temps que Strange a confisquée à Kanna.
  

Blessé par Casey Kinmont, le Dr. Strange résiste difficilement aux assauts conjugués de son ex-disciple et de Mordo. Jusqu'à ce que Kanna et Bats ne surgissent et ne l'aident à les paralyser. Pour rendre la raison à Casey, Strange prélève un extrait de l'âme de Kanna et Bats pour le lui implanter.
  

Libérée de l'emprise de Mordo, Casey se venge du Baron en l'expédiant dans la dimension de son commanditaire. Elle remercie Strange de l'avoir sauvée mais le met aussi en garde contre un plus gros danger à venir et s'éclipse.


De retour à son sanctuaire, Strange n'a pas le temps de savourer cette victoire car Kanna lui reproche de l'avoir trompée au sujet de la Pierre du Temps en effaçant cet épisode de sa mémoire. Parce qu'il agit ainsi avec tous ses proches, le sorcier se condamne à rester seul et elle rompt avec lui.

Bon, soyons clairs et nets immédiatement, cet épisode est aussi visuellement raté que les deux précédents. L'absence de Jesus Saiz n'est pas compensée par les prestations piteuses de Javier Pina et, pire encore, d'Andres Guinaldo. Qu'un artiste comme Saiz ait besoin d'un fill-in, cela se conçoit parfaitement en considérant la fréquence de parution des épisodes de la série, mais que son remplaçant ait lui-même besoin d'un suppléant, c'est un comble. La faute à Marvel, incapable d'anticiper cela, et de puiser dans son réservoir en choisissant des dessinateurs au niveau navrant (chaque case de Guinaldo est tellement truffée d'erreurs techniques, est tellement laide, qu'on se demande si le type est un professionnel).

Pina est un peu mieux, mais hélas ! il réalise très peu de planches et il devient alors difficile de juger sa prestation en pointillés. Il faudra vraiment que l'editor de Doctor Strange soit capable de dénicher un artiste de substitution à Saiz de meilleure qualité ou que la série sorte mensuellement (et non au rythme bizarre qu'elle a actuellement) pour son bien - et celui des lecteurs. Car si le héros a profité d'une exposition médiatique inédite avec le film de Scott Derrickson et est devenu par conséquent un personnage sur lequel compte Marvel, il faut lui offrir des graphistes à la hauteur et non le traiter comme un personnage de seconde zone.

Le scénario de Mark Waid sur ces trois derniers épisodes n'est pas son meilleur non plus, loin s'en faut. L'idée de rebondir sur l'imposture de Casey Kinmont était prometteuse, mais la révélation du Baron Mordo comme son manipulateur a fait long feu. Pas davantage que Jason Aaron, Waid n'estime visiblement que ce sorcier rival de Strange n'a a carrure d'un méchant vraiment redoutable - et d'ailleurs Strange soupçonne vite qu'il agit pour le compte de quelqu'un de plus puissant.

L'issue de leur bataille, même avec Casey au milieu, ne fait alors guère de doute et l'intensité de l'histoire en pâtit énormément, trop pour qu'on soit indulgent avec elle. Le plus intéressant se situe alors dans les marges de l'épisode, avec les scènes réunissant Kanna et Bats le chien fantôme dont les bavardages vont avoir des conséquences réelles.

Le dénouement de l'épisode voit la rupture entre l'extra-terrestre et le sorcier au motif, légitime, qu'il l'a abusé en effaçant de sa mémoire qu'il lui avait confisqué la pierre d'éternité du Temps. En soi, le mal est fait et n'empêche pas Kanna de porter secours à Strange dans le feu de l'action. En revanche, la confiance qu'elle lui accordait est détruite par la manipulation dont elle a été la victime. Pire : elle remarque, à juste titre, que ce n'est pas la première fois que Strange se comporte ainsi avec ses proches et que ceci explique pourquoi ses proches l'abandonnent toujours, pourquoi il reste seul.

Waid ne dresse pas un portrait très sympathique de son héros, dont l'ambiguïté le rapproche presque d'un Pr. Xavier chez les X-Men (attention donc à ne pas trop charger la mule). La menace suggérée par Casey prend alors une dimension supplémentaire : il ne s'agira pas seulement d'un ennemi de plus à affronter mais d'un test pour Strange et sa manière de le vaincre. Parce qu'il est désormais vraiment seul, sans personne pour assurer ses arrières. Après son trip cosmique, on va voir s'il est à nouveau prêt pour le service.

Réponse dans quinze jours.  

jeudi 8 novembre 2018

DOCTOR STRANGE #7, de Mark Waid, Javier Pina et Andres Guinaldo


Autant le dire d'entrée, ce numéro est une déception : derrière une belle couverture de Kevin Nowlan (qu'on aurait aimé voir dessiner les intérieurs), Mark Waid rate la marche. A sa décharge, il n'est pas aidé par la défection de Javier Pina suppléé par Andres Guinaldo. Mais le scénariste de Doctor Strange semble surtout avoir perdu, depuis le début de ce nouvel arc, ce qui faisait la singularité de sa narration sur le titre...


Le démon Baroshtok a pris possession de Casey Kinmont, ex-disciple de Stephen Strange, qui a vendu son âme pour le sauver jadis. Depuis, en prenant l'apparence de son ancien mentor, elle vole des artefacts magiques très puissants. Strange tente de la raisonner à Atlantis mais elle réussit à lui échapper.
  

Cependant, dans la dimension de Baroshtok, Kanna et Bats le chien fantôme ont découvert le cadavre du démon. Kanna procède à son autopsie et, grâce à une rétro-projection, assiste au crime, apercevant l'assassin sans l'identifier.
  

Ces images à sa disposition, Strange ne reconnaît pas non plus le tueur dans le feu du combat contre le démon. Par ailleurs, Scarlet Witch et le Dr. Voodoo l'avertissent que Casey continue de collecter des armes magiques en prenant son apparence, ce qui ruine sa réputation et créé la confusion dans la communauté mystique.


Strange comprend que pour faire cesser cela, il doit s'armer lui aussi et emmène Kanna à la Forge pour qu'elle lui confectionne un arsenal. A cette occasion, le magicien flatte son amie, qui n'est pas insensible à son charme.


A Tokyo, Casey agresse Lady Onymodo mais il s'agit en vérité de Strange qui a pris l'apparence de la vieille dame. Il maîtrise son ancienne élève qui avoue que, pour se venger, elle a dû payer le prix. Auprès de qui, puisque Baroshtok est mort ? Strange ne tarde pas à le savoir en étant attaqué...

Parlons donc de ce qui fâche dans cet épisode : que Jesus Saiz ait eu besoin de souffler après avoir illustrer un premier arc produit à un rythme soutenu, où il a assumé dessins et couleurs, soit. Que Javier Pina le remplace, normal. Mais que Pina défaille après un épisode, c'est déplorable : l'espagnol ne signe qu'un quart de l'épisode (soit toute la séquence à Atlantis et la scène dans la dimension de Baroshtok) et ensuite il passe le relais à Andres Guinaldo.

Pina est déjà moins fort que Saiz, mais il fait tout de même très bien ce qu'il sait faire. En revanche, Guinaldo est une calamité : son style (ou ce qui en tient lieu) n'a rien à voir avec celui de Saiz ou Pina, c'est un tâcheron médiocre, un vrai bon à rien. Ses personnages ne ressemblent à rien, avec des expressions bizarres, des proportions hasardeuses, des décors pitoyables. Il faut vraiment se faire violence pour supporter ses pages.

C'est d'autant plus dommage que Doctor Strange était donc jusqu'ici une série de belle facture. La voilà qui rétrograde visuellement très méchamment. Espérons juste que ce soit provisoire.

Mais Mark Waid n'est pas à la fête non plus. La réussite du début de son run tenait beaucoup au ton qu'il lui donnait, avec une voix-off distanciée et présente, proche de la narration d'un conte. En ramenant Strange sur Terre, tout cela a disparu pour céder la place à une écriture plus directe, classique, et, disons-le, paresseuse.

J'avais souhaité que le voyage spatial de Strange ne s'éternise pas, mais je le regrette à présent car cela dépaysait le personnage et le lecteur (quand bien même le twist accompagnant son retour, avec un imposteur dans son sanctuaire - et les rangs des Avengers - était savoureux). Waid a du métier et il sait rendre un récit distrayant, à plus forte un épisode - et il serait faux de dire qu'on s'ennuie dans ce septième numéro. Mais tout y semble mécanique, sans tonus, sans originalité.

Surtout, Waid commet une erreur étonnante en révélant l'identité de celui qui manipule Casey Kinmont et a tué, pour cela, le démon Baroshtok. Dans Daredevil, il avait pris l'habitude de jeter dans les pattes du héros des adversaires inhabituels (Klaw, Ikari, Coyote, le Suaire, l'Homme Pourpre...). On pouvait attendre la même originalité ici et il n'en est rien puisque c'est un ennemi bien connu du sorcier suprême qui resurgit (dans une mise en scène très plate).

Il sera difficile de susciter un quelconque suspense pour la fin de cet arc à partir de là, et la lecture s'annonce laborieuse. Sauf surprise... Waid en est capable, et Pina peut étonner. Mais bon courage quand même !