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jeudi 1 février 2024

BATMAN - SUPERMAN : WORLD'S FINEST ANNUAL 2024 (Mark Waid, Cullen Bunn, Dennis Culver, Stephanie Phillips, Christopher Cantwell / Edwin Galmon, Travis Mercer, Rose Kämpe, Jorge Fonres)


4 histoires courtes au programme de cet Annual :


- IMPeriled (Mark Waid & Cullen Bunn / Edwin Galmon) - Mr. Mxyzptlk convoque avec Bat-mite tous les lutins de la 5ème dimension pour leur parler d'une menace à venir. Mais la réunion tourne à la foire d'empoigne...

Ce segment, le seul écrit (ou plutôt co-écrit) par Mark Waid, sert en vérité d'introduction à une histoire qui débutera dans World's Finest #25 à paraître en Mars prochain. Les lutins de la cinquième dimension sont de grands gamins investis de pouvoirs énormes comme Bat-mite et Mr. Mxyzptlk mais qui vont devoir faire face à un adversaire encore plus redoutable qu'eux tous réunis.

Bon, c'est mignon, mais guère palpitant. Il faut espérer que Mark Waid a une idée intéressante pour la suite. On ne voit pas non plus très bien quelle plus-value a apportée Cullen Bunn à cette histoire (sans doute a-t-il rédigé le script et les dialogues en suivant les indications de Waid). On ne peut que se sentir floué puisque cet Annual ne propose absolument rien mettant en scène Batman et Superman par ailleurs.

Les dessins d'Edwin Galmon sont corrects même si informatisés à l'extrême. A se demander si certains artistes sauraient encore se débrouiller avec un crayon et une gomme...   
 

- The Ties That Bind (Dennis Culver / Travis Mercer) - Pour le compte de Simon Stagg, Metamorpho doit aller chercher au coeur d'un volcan le marteau de Vulcain. Sauf que quelqu'un l'a devancé et qu'il s'agit d'une vieille connaissance...

Ce deuxième segment se déroule après les événements rapportés dans World's Finest #17. On retrouve donc Metamorpho, qui était au coeur de cet arc, et Dennis Culver s'approprie le personnage avec aisance (il apprécie visiblement ce genre d'outsider puisqu'il vient de signer une mini-série Unstoppable Doom Patrol avec Chris Burnham).

L'intrigue est assez rythmée pour ne pas ennuyer et la rencontre que fait Rex Mason au coeur de ce volcan invite à une suite. Donc, la question se pose de savoir si DC ne préparerait pas quelque chose avec Metamorpho, d'autant que James Gunn l'a intégré au casting de son Superman Legacy (dont le tournage commence en Mars).

Les dessins de Travis Mercer sont convenables, sans plus. Disons que j'aurai apprécié un artiste avec un peu plus de fantaisie, vu le potentiel de ce héros. Mais ça n'était pas la priorité visiblement.



- Sting Like A Bee (Stephanie Phillips / Rose Kämpe) - Avant de devenir la super-héroïne Bumblebee et d'intégrer les Teen Titans, Karen Bercher a signé son premier coup d'éclat en infiltrant les locaux d'une compagnie, filière de Stagg Industries...

C'est déplorable mais Stephanie Phillips perd son temps en acceptant ce genre de travail de commande qui ne lui apportera rien et je me demande si DC (comme Marvel d'ailleurs) sait vraiment quoi faire de cette excellente scénariste, à part lui refiler des jobs pourris, quand, en indé, elle brille sur son propre titre, Grim.

Car, franchement, qui ça intéresse de connaître les origines de Bumblebee, personnage pompée sur la Guêpe de Marvel, puis tardivement incorporée aux Teen Titans (dont Waid a écrit une catastrophique mini-série récemment terminée) ? Pas moi en tout cas.

Rose Kämpe a un style encore trop balbutiant pour rattraper l'affaire, même si c'est déjà plus agréable à lire que Galmon et Mercer. En fait, cet Annual ressemble plus à un fourre-tout qu'à quelque chose de digne de World's Finest


- Time Check (Christopher Cantwell / Jorge Fornes) - Les Challengers de l'Inconnu s'aventurent dans une dimension parallèle pour sauver le docteur Elias, au péril de leur vie et de la réalité même...

Heureusement, les plus patients seront récompensés avec le dernier segment de cet Annual qui, s'il n'a lui aussi rien à voir avec World's Finest, se distingue sans mal par sa qualité narrative et graphique du lot. Il faut dire que c'est Christopher Cantwell qui est aux manettes et ça change tout.

S'il s'agit là encore d'un teaser, alors j'ai hâte que DC confirme qu'il a un projet avec les Challengers de l'Inconnu puisqu'ils sont à l'affiche dans cette histoire. Cantwell les entraîne dans une aventure certes compressée mais haletante, valorisant leur job d'explorateurs et d'aventuriers (après tout, ils inspirèrent à Stan Lee et Jack Kirby les Fantastic Four).

Surtout, on a enfin droit à des planches de dingue puisque c'est Jorge Fornes qui illustre le script de Cantwell et l'espagnol prouve une fois de plus quelle envergure il a pris en  signant chez DC. Tout ça donne donc furieusement envie que Cantwell et Fornes nous produisent une mini-série Challengers of the Unknown au sein du DC Black Label. Jim Lee, s'il vous plait, exaucez-moi !

vendredi 28 juillet 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #3, de Dennis Culver et Otto Schmidt, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Jackson Lanzing & Collin Kelly et Jorge Molina


Le n°3 de Batman : The Brave and the Bold voit un changement dans son sommaire puisque l'histoire principale  a pris du retard et est remplacé par un récit complet. Le reste est intact et de très bonne facture. Cette anthologie est un vrai plaisir.


- BATMAN : MR. BASEBALL (Ecrit par Dennis Culver, dessiné par Otto Schmidt) - Batman doit protéger le caïd Victor Grande de Mr. Baseball, un voleur qui l'a dépouillé et qu'il a défiguré en représailles...
 

Dennis Culver et Otto Schmidt ont été chargés de réaliser en vitesse ce récit complet sur la vengeance d'un voleur surdoué et défiguré qui contraint Batman à protéger une fripouille. Tout ça est sympathique, mais demeure très anecdotique. Le vilain et sa passion du baseball, défiguré (comme Harvey Dent/Double-Face mais en moins spectaculaire), n'est pas un antagoniste susceptible de faire trembler Batman et encore moins convaincre le lecteur qu'il incarne une menace sérieuse.

Dennis Culver se repose beaucoup sur Otto Schmidt qui livre des planches nerveuses mais parfois un peu à l'arrache. Très vite lu, et oublié.
 

- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Pt. 3) (Ecrit par Ed Brisson, dessiné par Jeff Spokes avec Trevor Hairsine) - L'équipe de Stormwatch infiltre le building de Halo Corporations pour saboter ses serveurs avec un logiciel malveillant particulièrement féroce. Cependant, le directeur Bones collectionne des armes capables de neutraliser la Justice League...
  

Ed Brisson tient la baraque depuis le début de la parution de cette anthologie avec sa mini-série Stormwatch, et il serait bien récompensé si DC lui donnait l'opportunité de continuer avec une série régulière. La caractérisation est certes un peu sommaire, par manque de place, mais les intrigues de cette équipe de black ops sont toujours captivantes, avec des dangers singuliers. Par ailleurs le scénariste développe un subplot accrocheur où Bones, à la manière d'Amanda Waller, recueille des armes susceptibles de neutraliser la Justice League.

Jeff Spokes dessine la quasi-intégralité de cet épisode avec sa classe coutumière. Mention spéciale quand il représente Shado, l'archer, ex de Green Arrow, avec une présence magnétique égale à celle de Ravager (c'est bien la première fois que la fille de Deathstroke m'intéresse autant). Les dernières pages sont signées par Trevor Hairsine, qui bizarrement n'est pas crédité dans la table des matières mais dont le style est reconnaissable entre mille.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP (Pt. 3) (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Javier Rodriguez) - Superman a retrouvé Hop Harrigan mais tous deux sont piégés par le Dr. Anthelme qui entend bien faire en sorte que tout le monde oublie le kryptonien comme cela a été le cas pour l'aventurier...
 

C'est la conclusion de cette histoire écrite par Christopher Cantwell. A moins que... En effet, un "The End ?" interrogatif dans la dernière case laisse espérer une suite pour ce récit qui conviendrait parfaitement pour le DC Black Label. En tout cas, tel quel, ce triptyque a été passionnant à suivre, avec un ton rétro tout à fait maîtrisé.

Javier Rodriguez aura été pour beaucoup dans cette réussite et ses planches sont une nouvelle fois somptueuses. Il a brillé pour sa première prestation chez DC avec la lourde tâche d'animer Superman dont il a donné sa version, très élégante comme toujours, soutenue par une colorisation quatre étoiles. 

Encore !


- BATMAN : BLACK & WHITE - CITY OF MONSTERS (Ecrit par Jackson Lanzing & Collin Kelly, dessiné par Jorge Molina) - Dans une version alternative de Gotham, un jeune Batman affronte Man-Bat qui, avec sa horde de vampires, a tué ses parents...  

Comme d'habitude, on termine avec un court récit Batman : Black & White. Cette fois c'est le binôme Jackson Lanzing & Collin Kelly qui s'y colle en imaginant une variation vampirique des origines de Batman. Rien de révolutionnaire, mais c'est plaisant et très rythmé.

Cimme d'habitude (bis), c'est surtout l'occasion d'admirer de magnifiques planches par un artiste qui donne tout : Jorge Molina n'a pas fait que dessiner ce segment, il en a donné l'idée et a travaillé les designs depuis longtemps sans savoir quand il pourrait les utiliser. C'est absolument renversant de beauté gothique et son Batman juvénile, arrogant et svelte est inoubliable.

Encore un excellent numéro même si on espère vite le retour de King et Gerads à leur poste respectif pour que le sommaire retrouve toute sa superbe.

vendredi 30 juin 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #2, de Tom King et Mitch Gerads, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Joelle Jones


Après un premier numéro très réussi, l'anthologie Batman : The Brave and the Bold revient avec quasiment le même programme, trois histoires à suivre et un récit court en noir et blanc. La qualité est au rendez-vous et chaque segment est captivant, chacun dans un registre très différent. DC a bien fait les choses.



- BATMAN : THE WINNING CARD (Part 2) (Ecrit par Tom King, dessiné par Mitch Gerads) - Pour piéger le Joker, Batman a l'idée d'utiliser Brute Nelson en l'attirant chez ce dernier. Mais le plan va dérailler à cause de la férocité démente du clown du crime...


Qu'est-ce qui ressemble plus à un comic-book de Tom King et Mitch Gerads... Qu'un autre comic-book par Tom King et Mitch Gerads ? Ajoutez Batman à la recette et vous aurez un bon aperçu de ce que raconte et ce à quoi ressemble The Winning Card, récit en rétro-continuité sur la première rencontre entre le dark knight et le Joker. C'est ce dernier qui est la vraie vedette de cette intrigue glaçante et glauque, parfois un peu complaisante sur ce dernier point. 

Plus encore que King, c'est bien à Gerads qu'on doit de voir ce Joker effrayant, sans doute une des versions les plus cauchemardesques à laquelle le personnage a eue droit. Sinon, tout y est : des planches en "gaufrier", des inter-titres façon cartons du cinéma muet, des blagues sinistres, une tension permanente, une ambiance lugubre. Il faut avoir le coeur bien accroché, mais le cliffhanger final donne irrésistiblement envie de lire la suite.
 


- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS (Part 2) (Ecrit par Ed Brisson, dessiné par Jeff Spokes) - L'équipe de Stormwatch doit récupérer une épée atlante dans les eaux de Puerto Rico. Mais les Xébelliens la convoitent aussi. En jeu : un terrible poison qui se propage grâce à l'eau salée...


A proprement parler, cette itération de Stormwatch n'a pas grand-chose de commun avec l'originale et elle fait davantage penser à une reformulation de la Suicide Squad, hormis le fait que les membres de l'équipe n'ont pas de bombe miniature implantée et qui risque de les tuer s'ils tentent de fuir leur mission.

Mais Ed Brisson mène vraiment bien son affaire, avec des anti-héros bien définis même si bizarrement peu outillés par rapport aux risques de leur job. Jeff Spokes est une vraie révélation au dessin, dans un style qui me fait penser à Ryan Sook; Ses compositions sont parfois un peu brouillonnes dans le feu de l'action, mais c'est tout de même diablement efficace et le plaisir de lecture est indéniable.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP (Part 2) (Ecrit par Christopher Cantwell, dessiné par Javier Rodriguez) - Superman suit la piste de l'Ordre de la Lampe Noire jusque dans les montagnes du Kashmir. Il découvre une citadelle secrète mais tombe dans un piège tendu par le maître des lieux...


L'histoire de Christopher Cantwell est sans doute celle que je préfère. D'abord parce que le récit est captivant avec une touche de naïveté, d'aventure old school très agréable. Le scénariste maîtrise son sujet et écrit avec justesse Superman qui mène l'enquête comme s'il collaborait avec Clark Kent. Les décors sont exotiques et là encore le cliffhanger final est imparable.

Visuellement Javier Rodriguez produit des planches merveilleuses. Il s'amuse avec le découpage, la forme des vignettes, le flux de lecture. La mise en couleurs est magnifique. Lui aussi s'est approprié Superman avec une rare élégance, et on regrette déjà que l'histoire se termine dans le prochain numéro.
 

- BATMAN : BLACK & WHITE - ALL THINGS CONSIDERED (Ecrit et dessiné par Joelle Jones) - Batman rentre à la Batcave blessé. En attendant que Alfred arrive pour le soigner, il se remémore les circonstances dans lesquelles il a eues ses nombreuses cicatrices...

C'est presque plus un mini-artbook qu'un véritable récit que signe Joelle Jones. Pas vraiment d'histoire mais plutôt une succession d'images, splendides, en noir et blanc, sur les cicatrices, aussi bien physiques que mentales, de Batman, au gré de pages d'une maîtrise incroyable. Plaisir des yeux, donc. Les grincheux diront que c'est du remplissage. Mais Joelle Jones est trop rare pour que je m'en plaigne.

Cette anthologie impressionne toujours autant. Le format est idéalement exploité par des auteurs inspirés. Une excellente surprise.

mercredi 17 mai 2023

BATMAN : THE BRAVE AND THE BOLD #1, de Tom King et Mitch Gerads, Ed Brisson et Jeff Spokes, Christopher Cantwell et Javier Rodriguez, Dan Mora


C'est la grosse sortie de la semaine chez DC : le retour de l'anthologie The Brave and The Bold. Bien entendu, Batman est mis en avant (avec deux histoires), mais il a toujours été la vedette de ce titre historique. Et l'éditeur a mis les petits plats dans les grands en convoquant le gratin des auteurs à venir composer le menu. Une réussite.


- BATMAN :  THE WINNING CARD part 1 (Tom King/Mitch Gerads) - Jim Gordon et et un commando de la police de Gotham se rendent chez Henry Claridge, détenteur d'un diamant de grande valeur et menacé de mort. Batman poursuit et appréhende un homme qui a tué sa femme. Helen Robinson, une fillette, fugue et croise la route du Joker...
 

Tom King et Mitch Gerads se retrouvent pour conter ce que le scénariste promet comme la rencontre la plus glaçante entre Batman et le Joker. Le récit se déroule durant la première année d'activité de Batman, il est d'ailleurs fait une mention explicite à Batman : Year One (de Frank Miller et David Mazzuccehlli et notamment de sa toute dernière page). Mais l'action se découpe en plusieurs segments sur une vingtaine de pages bien denses.


Bien entendu, de toutes ces partiess, c'est qui est la plus inquiétante met en scène le Joker et le petite Helen Robinson : l'imprévisibilité du clown du crime maintient en alerte le lecteur et Mitch Gerads découpe l'action le plus souvent avec des "gaufriers" de neuf cases, qui encadre le récit de manière oppressante. On comprend aussi sur la toute fin ce qui relie ce segment à celui de Henry Claridge avec Jim Gordon.

Le traitement photoréaliste du dessin, très infographique, de Gerads peut agacer (comme ça a été mon cas), chacun supportera ça comme il peut. En revanche, la tension instaurée par le script de King est indéniable et promet effectivement une intrigue à la hauteur des promesses.


- STORMWATCH : DOWN WITH THE KINGS part 1 (Ed Brisson/Jeff Spokes) - Le directeur Bones accueille Phantom-One, un ancien membre de Batman Inc. et partenaire du Ghost-Maker, à bord de la station orbitale de Stormwatch. Winter briefe l'équipe sur sa mission : récupérer le Dr. Huskk que l'organisation Black Hole va tenter de faire évader de la prison de Iron Heights au moyen d'une bombe temporelle...


Depuis quelque temps (et gageons que ce n'est pas fini maintenant que Jim Lee est président de DC Comics), les tentatives se multiplient pour intégrer les personnages de feu Wildstorm à la continuité de DC. Actuellement, paraît une série WildC.A.T.S. et ici nous avons droit à une nouvelle version de Stormwatch, ancêtre de The Authority.

Ed Brisson renouvelle le casting et insiste sur la dimension équipe black ops de Stormwatch. Le résultat est haletant et très efficace, sans doute ce que j'ai lu de mieux de la part de ce scénariste depuis un bail. La composition de l'équipe est habile, récupérant Peacemaker-01 (issu du run de James Tynion IV sur Batman), Ravager (la fille de Deathstroke, ex-membre des Titans), Phantom-One (ancien de Batman Inc.)... Et les méchants disposent d'une arme réellement flippante, qui donne lieu à une séquence très spectaculaire dans le pénitencier.

C'est à Jeff Spokes, davantage connu pour ses covers, que revient la partie graphique, et elle est de toute beauté. Le découpage se compose majoritairement de cases occupant toute la largeur de la bande, mais les compositions sont très énergiques, les personnages sont expressifs, et les couleurs (également assurées par Spokes) sont impeccables.

Une excellente surprise.


- SUPERMAN : ORDER OF THE BLACK LAMP part 1 (Christopher Cantwell/Javier Rodriguez) - Clark Kent à qui Lois Lane a demandé un article susceptible de faire sensation reçoit un colis avec un jouet qui lui évoque son enfance mais aussi une carte appelant à l'aide. Il décide d'enquêter en suggérant à Lois de créditer Superman comme co-auteur du reportage...


Je retrouve avec plaisir Christopher Cantwell dont j'avais adoré The Blue Flame aux commandes de cette histoire à suivre mettant en scène Superman. Et le plaisir se double de la présence au dessin de l'excellent Javier Rodriguez, dont c'est la première prestation pour DC.

L'histoire se déroule de nos jours, avec quelques légères mentions à ce qui s'est passé dans Action Comics (mais nul besoin de lire la série pour comprendre). Toutefois, il s'agit d'une intrigue fondée sur la mémoire et dans le contexte d'aujourd'hui, il convient de rappeler que (quasi) plus personnage ne se souvient de la double identité de Superman (suite à des manoeuvres de Lex Luthor). Et voici donc Clark/Supes parti enquêter sur une affaire en relation avec son enfance.

Il y a une mélancolie séduisante dans ce récit et Cantwell nous charme avec cet angle singulier. Rodriguez illustre cette aventure avec beaucoup d'inventivité dans les compositions, un trait d'une élégance rare. On a hâte de lire la suite.
 

- BATMAN : HEROES OF TOMORROW (Dan Mora) - Dans une univers futuriste alternatif, Batman sauve deux jeunes garçons de versions robotisées du Royal Flush Gang. Ils sont orphelins et cherchent leur frère...

Dan Mora avait un week-end à tuer certainement, et en plus de World's Finest et Shazam !, il a donc trouvé le temps d'écrire et dessiner cette courte histoire en noir et blanc de sept pages. C'est bref mais toujours aussi spectaculaire visuellement, avec un rythme trépidant, et un nombre sidérant de références parfaitement intégrés (les deux gosses se prénomment Dick et Jason, ce qui fait penser à deus sidekicks bien connus de Bats).

Bref, Mora stupéfie encore et toujours et clôt ce premier numéro en force et en beauté.

Cette anthologie démarre sur les chapeaux de roues avec son casting all-stars, et des épisodes de grande qualité. C'est un sans-faute et une nouvelle preuve de la vitalité créatrice et éditoriale de DC actuellement. C'est certes un peu cher, mais on a presque 70 pages de comics haut de gamme

jeudi 9 février 2023

NAMOR THE SUB-MARINER #5, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


Ici s'achève la mini-série Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores. Il y a toujours quelque chose de frustrant avec les mini-séries Marvel car elles sont trop courtes, mais il faut reconnaître que celle-ci restera une des meilleures que j'ai lues ces dernières années. Christopher Cantwell et Pasqual Ferry ont sur redonner à Namor sa superbe et il faut désormais espérer qu'ils inspireront les futurs auteurs qui l'utiliseront.


Comme je n'aime pas spoiler la fin, je vais zapper l'habituel résumé de l'épisode (que j'ai par ailleurs considérablement réduit depuis le début de cette année). Episode qui s'ouvre par un flashback avec les Invaders dont durant la seconde guerre mondiale quand Namor faisait équipe avec Captain America, John Hammond, Bucky et Toro, contre les nazis.
 

Cette ouverture donne le ton de l'épisode, nostalgique et quelque peu hantée. C'est l'état d'esprit de Namor qui termine cette aventure en prenant conscience d'une remarque que lui firent Jim Hammond et Captain America dans les années 1940 alors que la guerre s'achevait mais que lui pensait déjà à la suivante.


Namor ou la tragédie du guerrier sans repos : protecteur des mers et de ses habitants, il a affronté les héros de la surface quand il estimait que leur peuple menaçait le sien. Il a rarement reconnu ses erreurs de jugement mais s'est rangé du côté des justes aunt la situation l'exigeait. Mais, profondément, c'est un homme qui a toujours été déchiré entre sa loyauté envers les atlantes et sa méfiance envers les humains.
 

Cette lutte interne, loin de nous rendre Namor étranger, en fait plutôt un personnage auquel il est simple de s'identifier car les sentiments qui le tourmentent, qui le définissent même, sont partagés par nombre d'entre nous. Et c'est ce que Christopher Cantwell a parfaitement compris.

En somme, le scénariste a remet l'église au milieu du village et cessé de traiter Namor comme une sorte d'individu hautain et unidimensionnel, mû uniquement par la colère et la défiance. Si Namor se distingue apr son rang social (c'est un régent), il reste sensible, comme l'a rappelé cette série en rappelant le lien qui existait entre lui et Sue Richards, entre lui et Captain America et Jim Hammond, entre les gens de la surface et le peuple des mers.

Si Namor n'était qu'un arrogant impulsif, il se ficherait bien d'avoir des amis, d'avoir aimé une humaine, ce ne serait qu'un méchant de plus. Or si on néglige cette part d'ambiguïté chez lui, comme par exemple chez Emma Frost chez les X-Men (avec laquelle il a aussi partagé une certaine forme d'intimité), alors on perd le personnage, ce qui le caractérise, et il devient une caricature.

Cantwell n'a, à mon sens, commis qu'une seule véritable erreur dans sa mini-série, en tuant Captain America, dans une mise en scène par ailleurs maladroite. Il eût été, mais ce n'est que mon avis, plus émouvant que Namor fasse ce voyage en compagnie de Steve Rogers car cela aurait apporté un poids supplémentaire au récit, tandis que Luke Cage a paru être une solution de rechange qui n'a pas porté ses fruits, qui a été mal, ou trop faiblement exploité. 

Au début, cela me semblait une idée intéressante car Cage n'a jamais été ami avec Namor et donc en l'accompagnant, le lecteur savait qu'il ne passerait rien au prince des mers (là où Captain America aurait sans doute été plus souple). Mais Cantwell n'a finalement que peu exploité la relation Cage-Namor et du même coup il s'est privé de la réunion des trois héros emblématiques que sont Captain America, Namor et la Torche Humaine.

Mais la conclusion de cette mini-série reste satisfaisante, surtout parce que le scénariste montre bien, de manière efficace, à quel point les enseignements de Namor se sont retournés contre lui, et qu'à la toute fin, ils le poussent à vraiment changer, certes contraint, mais déterminé.

L'autre grande qualité de cette mini, c'est d'avoir profité des dessins de Pasqual Ferry. L'artiste espagnol s'est vraiment investi dans ce projet et a rappelé qu'il était un graphiste de grand talent, au style unique, très élégant et inventif.

Sa manière de camper les personnages correspond bien à ce qu'avait en tête Cantwell, entre survivants et protagonistes résolus à rester dignes dans la tempête. Les décors aussi sont éblouissants et Ferry prouve quel superbe designer il est. Associé à Matt Hollingsworth aux couleurs, il a produit des planches magnifiques tout au long de cette histoire, sans jamais forcer le trait. Sachant qu'il va s'occuper de la prochaine série Doctor Strange, j'ai hâte de voir ce qu'il va faire avec un héros magique  qui se prête à encore plus de fantaisie visuelle.

J'ignore quand et sous quelle forme Panini traduira cette mini-série, mais je vous encourage à surveiller les plannings de l'éditeur et à mettre quelques euros pour l'acquérir car Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores est un excellent comic-book.

jeudi 19 janvier 2023

NAMOR THE SUB-MARINER #4, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


Le pénultième épisode de Namor the Sub-Mariner : Conquered Shores fonce à toute allure vers un final qui sera dramatique. Christopher Cantwell lâche les chevaux et entraîne le lecteur dans un récit de haute volée, à haute teneur émotionnelle. Pasqual Ferry, lui, continue de nous enchanter avec des pages merveilleusement belles, achevant de faire de cette mini-série un sommet.


Jim Hammond conduit Namor, Luke Cage et Egad au pôle Nord où il a établi une colonie pour les robots et les androïdes. Il dément toute intention de s'en prendre aux atlantes et aux humains, même si Namor a du mal à le croire. Pendant ce temps, Steve Rogers et Eudora reçoivent Machine Man au refuge et là, comme dirait l'autre, c'est le drame...


L'ironie n'a pas sa place dans cette histoire, encore moins quand elle arrive à sa fin, dans un mois. Christopher Cantwell avait jusqu'à présent conduit son affaire sur un rythme assez tranquille, nous laissant découvrir le monde post-apocalyptique dans lequel évoluait son "old man Namor" et quelques humains familiers. Il a décidé d'accélerer.


La réunion, attendue, entre Namor et Jim Hammond, la première Torche Humaine, est d'abord tendue, et pour cause, le prince des mers est convaincu que son ancien allié au sein des Invaders prépare un assaut contre les derniers survivants humains et la population atlante. Pourtant, la vérité est ailleurs.
 

Hammond a déplacé ses semblables, robots en androïdes au pôle Nord où il a établi une colonie futiriste et autonome, cherchant elle aussi à subsister après la guerre menée par les Kree. Mais si la Torche semble innocent, alors que se passe-t-il avec Machine Man, qui commet l'irréparable en son nom ?

L'épisode est clairement scindé en deux parties, mais la narration pose les deux actions en parallèle.  A n'en pas douter, le dernier numéro éclaircira ce qui a poussé Aaron Stack à faire ce qu'il a fait. Mais cela aura eu des conséquences immédiates, comme on le voit ici, et sans que je vous les dévoile. Car Namor a lui aussi eu un geste tragique.

Le procédé est simple, revu, mais Cantwell l'utilise à bon escient, avec beaucoup d'efficacité. On tourne les pages, pris par l'enchaînement des événements, entre surprise et effroi. Le scénariste ne se contente pas pour autant de nous accrocher avec de l'action et du grand spectacle, il glisse vers l'introspection avec habileté.

En effet, un dilaogue entre Eudora, la chef scientifique atlante, et Steve Rogers revient sur le passé des Invaders dont il fit partie aux côtés de Namor et Hammond. Qu'est-ce qui unissait trois hommes aussi dissemblables ? D'abord, il y avait l'époque, c'était la guerre et cette équipe de surhommes formait la première ligne de combat des alliés contre les nazis en Europe.

Dans l'horreur des combats, ils forgèrent une amitié indéfectible, même si au lendemain du conflit, ils prirent tous des chemins différents; Du moins conservaient-ils l'un pour les autres du respect. Et un rêve, une aspiration, la foi en un futur meilleur, pacifique, pacifié. Qu'en reste-t-il aujourd'hui, que le futur est là avec son visage catastrophique ?

Au fond, ce que Cantwell dit, en creux, c'est que Rogers/Captain America était pour Namor comme pour Jim Hammond un exemple et un lien. C'était lui l'idéaliste de la bande, tandis que Namor incarnait le cynisme, la méfiance, et que Hammond figurait le détachement (puisqu'il était un androïde, certes capable d'émotions, mais pour la majorité de ceux qui le cötoyaient, il restait une machine). Rogers voyait en Namor un allié puissant et noble, même si son attitude arrogante et soupçonneuse n'était pas facile à gérer. Et il considérait Jim Hammond comme un homme plus que comme un robot.

Aujourd'hui, comme le lui dit Eudora, Rogers pourrait à noveau jouer son rôle de lien et d'exemple entre Namor et la Torche. Mais Cantwell va renverser la table et précipiter les trois hommes dans une tragédie. La fin de l'épisode choque par l'incertitude qu'elle fait peser sur l'un d'eux, et le sort subi par un autre. Tout compte fait, c'est donc une histoire noire que raconte Conquered Shores.

Et comme pour l'atténuer ou la nuancer du moins, la contribution de Pasqual Ferry s'avère un choix judicieux car le dessinateur ibérique nous émerveille avec des planches d'une beauté rare. L'épisode met en valeur le sens du design de Ferry, qu'il s'agisse du vaisseau de Jim Hammond, tout en courbes, ou de la base-colonie qu'il a installée dans l'Arctique, là aussi avec un bâtiment aux formes arrondies, aux perspectives acceuillantes et profondes, davantage une ville qu'une simple installation.

La complicité de longue date entre Ferry et le coloriste Matt Hollingsworth aboutit à des iamges composées avec une grâce divine et des ambiances toujours douces. Même quand une explosion survient, les flammes et le souffle de la déflagration ont quelque chose de moins terribles que de poétique, ce qui rend évidemment l'effet encore plus dramatique puisque le lecteur ne se rend compte qu'après des dégâts.

La manière dont Ferry représente la Torche tranche avec les canons établies par Alex Ross (qui pour figurer la chaleur des flammes avait peint Jim Hammond en s'inspirant d'un négatif photo et donc de la signature thermique imprimée sur le film). Hollingsworth et Ferry préfèrent des flammes qui semblent danser autour de la silhouette de Hammond, ce qui le rend moins menaçant mais pas moins intense ni puissant.

Quelle que soit l'issue de cette mini-série, on peut déjà affirmer que Cantwell et Ferry auront réussi à redonner son lustre à Namor, personnage fondateur de la maison des idées au même titre que la Torche Huimaine.

vendredi 23 décembre 2022

NAMOR THE SUB-MARINER #3, de Christopher Cantwell et Pasqual Ferry


L'odyssée futuriste de Namor the Sub-Mariner par Christopher Cantwell et Pasqual Ferry est décidément une franche réussite. Pour qui est fan du héros, c'est même une bénédiction car rarement ces dernières années il aura été si bien traité. Le scénario réserve cette fois-ci encore des surprises et visuellement c'est tout simplement magnifique.


Alors que Eudora, la scientifique atlante, tente de reconstituer l'ADN de Jim Hammond, elle est enlevée par un androïde. Au même moment, Namor et Luke Cage atteignent la Latvérie désertée par Dr. Fatalis.


Accueillis et escortés par des Fatalibots, les deux hommes cherchent des indices sur la Torche Humaine et découvrent dans les sous-sols du château des survivants humains et leurs enfants.


Ceux-ci sont sous la protection de Egad le mort-vivant, créature de Fatalis, qui engage le combat avec Namor qu'il accuse de vouloir tuer les enfants. La bataille dégénère mais Namor calme son adversaire.


Eudora réussit à échapper à son ravisseur et contacte Namor, convaincu que Jim Hammond prépare un mauvais coup, même si Egad et Luke Cage sont plus réservés...

J'ai souvent été déçu ces derniers temps par les mini-séries produites par Marvel qui ressemblent plus pour moi à des moyens de garder dans l'actualité des personnages par ailleurs absents de titres popualires. Je compare fréquemment les ambitions de l'éditeur en la matière avec ce que réussit à faire DC et son Black Label, autrement plus ambitieux et abouti.

Mais Namor The Sub-Mariner : Conquered Shores de Christopher Cantwell pourrait bien marquer un tournant et inspirer de futurs projets et donc Marvel à être plus audacieux. Car si Namor est actuellement présent dans les pages de Avengers par Jason Aaron, il reste mal écrit par beaucoup, qui se satisfont de le décrire comme un vilain colérique, seulement sauvé par son amitié avec Captain America.

Par le passé, John Byrne par exemple avait écrit un run resté dans les mémoires de ceux qui l'ont lu et qui faisait honneur au prince des mers. James Robinson et Steve Pugh dans leur relance des Invaders l'animèrent aussi avec application. Et puis il y eut le superbe Namor : Voyage au fond des mers de Peter Milligan et Esad Ribic. Maigre bilan malgré tout pour le personnage imaginé par Bill Everett en 1939.

Christopher Cantwell a eu une riche idée en déplaçant l'action de son récit dans le futur car cela lui permettait d'appréhender Namor sans avoir à tenir compte de ce qui en a été fait récemment, de faire en somme table rase du passé. C'est un peu un "Old Man Namor" qu'on trouve dans les pages de Conquered Shores, moins impulsif, moins arrogant, et plus sage, presque repenti.

Namor n'a pas perdu sa morgue ni sa majesté, mais son périple en compagnie de Luke Cage fait irrésistiblement penser à Ulysse dans L'Odyssée de Homère. Son voyage s'apparente à une initiation tardive, celle d'un roi déchu en quête de réconciliation avec les gens de la surface qu'il a si souvent pris pour ennemi.

Ce troisième épisode souligne avec à-propos ce à quoi il doit faire face quand on lui rappelle sans cesse, Luke Cage le premier, à quel point son attitude hautaine et agressive a abouti à une méfiance éternelle à son égard. Même maintenant qu'il a abandonné son trône au profit de sa cousine et tente de s'imposer comme un protecteur de tous les rescapés d'une attaque kree qui a envoyé tous les super-héros dans l'espace, Namor doit persuader tous ceux qu'il croise qu'il a changé, mûri, appris de ses erreurs.

Dans cette étape qui le mène avec Cage en Latvérie, il est rappelé à ses alliances ponctuelles avec le Dr. Fatalis et à sa réputation de conquérant aux méthodes expéditives quand Egad le mort-vivant l'accuse de vouloir tuer des enfants qu'il a mis à l'abri dans les sous-sols du château. En parallèle, Cantwell met en scène l'enlèvement de Eudora, la scientifique atlante, par un androïde mais souffle chaud et le froid à ce sujet. Comme Namor, on devient sûr que Jim Hammond prépare un vilain coup avec les machines. Mais la voix de Cage nuance cela quand il s'agit de questionner le mobile de cette attaque. La dernière page nous plonge encore plus dans la perplexité.

Le script, nuancé donc et malin aussi, est magnifiquement mis en image par Pasqual Ferry qui revient en très grande forme - et ce retour semble se faire sur la durée puisque le dessinateur espagnol va enchaîner ensuite avec le relaunch de Docto. Strange (écrit par Jed MacKay, à partir de Mars 2023).

Ferry était fait pour dessiner Namor à qui il donne cette allure altière sans forcer. L'époque futuriste lui a permis de le vieillir légèrement en lui donnant des tempes blanches (comme son rival Mr. Fantastic) mais aussi un vêtement en rapport avec une régression de ses pouvoirs, sous la forme d'une armure. Ainsi, Namor ressemble à un chevalier revenant de la guerre, comme Ulysse ou un membre de la Table Ronde.

Surtout, Ferry respecte la physionomie du personnage, loin de son incarnation dans le MCU (où le personnage est devenu mézo-américain, un choix qui ne cesse de m'interroger alors qu'à tout prendre j'aurai davantage vu Namor campé par un asiatique comme le suggère ses yeux en amande). Il le représente ni trop grand ni trop musclé, svelte, ce qui apporte un contraste intéressant avec le plus massif Luke Cage ou le très grand Egad.

Tout cela évoulue dans des décors auxquels le dessinateur ibérique avec le coloriste Matt Hollingsworth insufflent un côté hanté, désolé sans être post-apocalyptique. Ces "rivages conquis" comme l'indiquent le sous-titre de la mini-série sont surtout ceux d'une Terre délaissée, déserté, où ceux qui sont restés vivent comme dans d'ultimes refuges et dans un dénuement poignant.

Si seulement Marvel avait l'idée de confier à Cantwell une série régulière dans le présent sur Namor, avec un artiste d'une classe équivalente à celle de Ferry, ce serait idéal. Mais en attendant cela, cette production a de quoi combler les fans du prince des mers.

jeudi 15 décembre 2022

THE BLUE FLAME #10, de Christopher Cantwell et Adam Gorham


Et rideau sur une des meilleures mini-séries de l'année 2022 ! Car, oui, The Blue Flame aura été jusqu'au bout une superbe histoire, conduite de main de maître par Christopher Cantwell et Adam Gorham. Il faut que vous guettiez sa sortie en vf - en espérant qu'un éditeur s'y intéresse !


Je ne vais rien divulgâcher pour cette critique du dernier épisode de The Blue Flame. D'abord parce que, quand vous lirez cette mini-série, vous la savourerez jusqu'au bout. Mais surtout parce que, en vérité, il n'y a rien à spoiler !


En effet, Christopher Cantwell a conçu le dénouement de son histoire en laissant au lecteur le privilége de l'interpréter comme il le veut. C'est un choix logique somme toute puisque rien n'a jamais été asséné dans ce comic-book qui joue beaucoup sur la question de la foi et de la rédemption.


Sam Brausam est convoqué par son alter ego The Blue Flame au procès de la Terre. Le procédé est assez vertigineux et tient toutes ses promesses grâce à des dialogues admirables mais surtout à un découpage virtuose (je pèse mes mots !).


Et Adam Gorham respecte à la lettre ce découpage, strict, rigoureux, qu'il fait sien, sans être contraint, mais en en tirant tout l'avantage. On est dans une expérience immersive envoûtante qui rend justice à tout ce qui a précédé. Et qui vous hante longtemps après avoir refermé cette ultime épisode.

Vous connaissez cette célèbre formule qui était citée sur l'affiche du film La Liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993) : "Qui sauve une vie sauve l'humanité toute entière.". C'est un extrait du Talmud, la loi orale chez les juifs, mais on peut aussi lire cela dans le Coran. Or, c'est ce vers quoi toute l'histoire de The Blue Flame entraîne le lecteur et le héros.

Christopher Cantwell a expliqué, dans une interview donnée en compagnie de son dessinateur Adam Gorham, ce qui l'avait le plus tracassé en écrivant The Blue Flame : la fusillade au cours de laquelle Sam Brausam est blessé gravement et où ses amis et des civils innocents meurent. Les Etats-Unis sont régulièrement frappés par ce genre de drame atroce commis par des désaxés. Mais comment transcrire ça justement dans un comic-book sans être racoleur, maladroit ?

Surtout, on peut se demander si le plus grand défi, en démarrant une histoire par une telle scène, ce n'est pas d'enchaîner, en partant dans quelque chose de fantaisiste. Car The Blue Flame jouait sur deux tableaux : la vie de Sam Brausam après cette tragédie, et le périple du justicier the Blue Flame aux confins du cosmos en train de défendre la Terre lors d'un procès devant déterminer si l'humanité méritait de continuer à exister.

Tout cela est lié : le fait de sauver une vie et l'humanité toute entière, de survivre à une fusillade commise par un forcené, de continuer à vivre malgré tout, de défendre l'humanité malgré sa violence auto-destructrice. Et cette synthèse s'opère dans ce récit en dix épisodes.

Sam Brausam est un homme brisé à plus d'un titre, ayant souffert dans sa chair mais plus encore dans son âme, à qui on vient reprocher d'avoir été une sorte de justicier costumé grotesque ayant perdu pied avec la réalité, et d'avoir inventé un récit délirant sur un procès galactique. La première vie qu'il a à sauver est sans doute la sienne.

Et s'il sauve sa peau, s'il survit, surmonte tout ça, alors l'humanité sera sauvée. Et c'est quand il décide finalement d'assumer son récit qu'il s'affronte lui-même. Cela est mis en scène de manière fascinante dans ce dernier épisode qui montre à quel point un homme peut ressembler à un super-héros, même sans partager son physique, sa rigueur morale, ou à un procureur alien. Ou comment l'humanité se résume à un enfant nouveau-né.

Peut-être que la partie avec the Blue Flame est une fiction. Mais comme toutes les grandes oeuvres de fiction, elle vient des tripes de son auteur et dit une vérité aussi intime qu'universelle. Peut-être que la partie avec Sam Brausam est la fiction. Mais alors c'est une fiction de super-héros qui revient à l'essentiel, la vie d'un homme avant celle d'un surhomme, qui cherche dans le banal, le quotidien, le terre-à-terre le sens de la vie, la raison de son engagement héroïque, sa place dans le cosmos.

Il n'y a pas de héros ni de vilain dans The Blue Flame, pas au sens traditionnel de ce qu'on lit dans les comcis super-héroïques classiques. Ce n'est pas non plus une énième déconstruction de la figure super-héroïque inspirée par Alan Moore. C'est autre chose, subtile et singulier, digne. Cantwell signe ainsi un de ces récits de genre qui ne redéfinit peut-être pas le genre lui-même mais oriente notre regard dessus, offre une nouvelle perspective.

Pour illustrer un propos tel, il faut un grand artiste et Adam Gorham, dans la même interview, avouait que The Blue Flame a été son travail le plus exigeant et le plus ambitieux. C'était la première fois qu'il s'engageait dans dix épisodes et s'il a pris du retard vers la fin, c'était aussi pour respecter l'histoire à défaut de contenter le lecteur voulant son fix régulier.

Ce qui frappe dès lors, c'est à quel point Gorham a, comme Cantwell, tenu à ce que cette histoire ait de la... Tenue justement. Tout ce qui aurait pu être vulgaire a été évité et quand le récit allait dans une direction presque abstraite (comme montrer l'horizon cosmique où peut-être Dieu se trouve), Gorham a trouvé la solution que même son scénariste n'envisageait pas, ne visualisait pas.

Ce qu'accomplit Gorham dans cet épisode final est du grand art. pas forcément de grandes iamges qui vont claquer, vous en mettre plein la vue. Mais des transitions d'une fluidité exceptionnelle, un exercice de haute voltige où d'une case à l'autre un personnage échange sa place avec son interlocuteur, et ce simple tour de passe-passe va vous surprendre, va vous faire comprendre la complexité des enjeux, des échanges. Quand la narration graphique parvient à ce degré de finesse, alors, oui, c'est magistral car ça semble être fait sans effort alors que c'est là le plus compliqué : étonner tranquillement et vous faire des noeuds au cerveau.

C'est très frustrant de ne pas être plus précis, mais franchement ce serait injuste de spoiler. Plus injuste serait que vous passiez à côté de The Blue Flame. Il faut vraiment qu'un éditeur traduise cette histoire (je verrai bien une maison comme 404 Comics s'y intéresser). Et alors il faudra la mettre sur votre liste d'achats. Tant pis si ça prend la place d'un album Urban, Panini ou Delcourt, vous acheterez ceux-ci plus tard. Mais s'il vous plait, quand le moment sera venu, achetez et lisez The Blue Flame !