Affichage des articles dont le libellé est Joshua Cassara. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Joshua Cassara. Afficher tous les articles

samedi 9 décembre 2023

X-MEN #29, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


C'est le dernier épisode de X-Men pour la période Fall of X. X-Men #30 se déroulera en parallèle de Fall of the House of X qui sera également écrite par Gerry Duggan, lequel nous promet une mini-saga très noire (tandis que Rise of the Powers of X écrit par Kieron Gillen se déroulera dix ans dans le futur). Joshua Cassara revient dessiner ce numéro 29 avec son punch habituel.


Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel sont en Latvérie et le Dr. Fatalis les accueille sur le pied de guerre avec sa propre équipe de mutants. Les trois X-Men les croient sous emprise mais se trompent. L'affrontement est inévitable.


Le mois prochain le monde des X-Men va connaître un nouveau basculement avec le début de la parution de deux mini-séries en six numéros chacune dont chaque épisode sortira à une semaine d'intervalle chacun, comme ce fut le cas en 2019 avec House of X et Powers of X.


Officiellement, c'en sera fini de la période Fall of X mais n'allez pas croire que les scénaristes Gerry Duggan et Kieron Gillen, respectivement aux commandes de Fall of the House of X et Rise of the Powers of X réservent une pause pour les X-Men.


Et surtout la série X-Men continuera d'être publiée pendant ce temps, exploitant d'autres intrigues parallèles mais simultanées. Toutefois, c'est bien une page qui va se tourner en 2024 pour nos héros et pas seulement sur un plan narratif.

En effet, Jordan White, qui supervisait toute la gamme mutante depuis 2019, va céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusque-là des Avengers. C'est un signal fort envoyé par Marvel aux fans, une manière de dire que désormais les X-Men deviennent (à nouveau) les vraies vedettes de l'éditeur. Et quand on sait que Kevin Feige commence lui aussi à prospecter pour trouver des auteurs susceptibles d'introduire les mutants dans le MCU, le mouvement est enclenché.

Des titres touchent à leur fin : d'abord ceux qui ont été lancés dans la foulée de Fall of X, mais aussi d'autres qui existaient avant (comme Immortal X-Men). D'autres seront certainement relaunchées l'an prochain (X-Force et Wolverine - Benjamin Percy qui les écrivaient a laissé entendre qu'il ne les écrirait plus, même s'il affirme aussi ne pas en avoir fini avec certains personnages). Et ce sans oublier le teaser concernant une série New X-Men (qui évoque immanquablement le run de Grant Morrison). Bref, ça va bouger.

Gerry Duggan est resté silencieux concernant son avenir sur la franchise après Fall of the House of X. Peut-être Marvel et Brevoort préparent-ils l'arrivée de nouveaux auteurs, histoire d'apporter du sang neuf (et se distinguer de ce qu'a supervisé Jordan White).

Quoiqu'il en soit, Duggan se sera tardivement révélé sur X-Men, comme si Fall of X et le dernier Hellfire Gala lui avait permis de s'émanciper de l'héritage de Hickman. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, ce n'est sans doute pas un grand scénariste, mais c'est un professionnel solide qui s'épanouit dans les contraintes qu'il s'est lui-même fixé. En l'occurrence une période de crise intense pour les mutants.

Duggan l'a expliqué en interview : il procède d'une manière spéciale pour développer ses histoires. Au lieu de s'intéresser aux héros, il part du méchant susceptible de les éprouver le plus. Avec le triomphe sanglant d'Orchis, en particulier du Dr. Stasis, MODOK, Nimrod, Moira X, il disposait d'antagonistes coriaces et retors à même de faire souffrir les X-Men.

De fait, depuis, l'équipe des X-Men n'existe plus vraiment : il subsiste un noyau de résistants éparpillés quand la majorité des krakoans a disparu et que ceux qui sont sur Arakko/Mars sont engagés dans une guerre contre Genesis (dans la série X-Men Red d'Al Ewing). Duggan s'est véritablement épanoui avec cette non-équipe réduite où chacun réagit de manière très différente à la crise actuelle. Kitty Pryde s'est assombrie comme jamais. Synch et Talon sont devenus des leaders. Wolverine, accaparé par ailleurs, est très discret. Rasputin IV tient un rôle ingrat de témoin qui aimerait bien agir davantage. Et MS. Marvel doit composer avec son nouveau statut. Enfin Firestar est dans une situation très compliquée d'agent double.

Le mois dernier, Wolverine, ShadowKat et Ms. Marvel apprenaient justement grâce au Fléau via Firestar que la Latvérie abritait des mutants. La logique conduisait Synch et Talon à penser qu'ils étaient retenus contre leur gré par Fatalis, même si Orchis n'avait entamé aucune action contre ou avec celui-ci. Cet épisode démarre donc exactement là où on en était resté avec Fatalis surprenant le trio Wolverine-ShadowKat-Ms. Marvel sur ses terres. Et là, surprise...

Il y a bien des mutants en Latvérie, mais très peu en vérité, et surtout au service de Fatalis, de leur plein gré. Et pour cause, il les a soustrait à des conditions de vie infâmes pour devenir sa garde rapprochée (même si certains, jugés instables, sont gardés sous clé). Ce malentendu va évidemment provoquer une bagarre, entrecoupée de flashbacks sur le passé des mutants latvériens.

Joshua Cassara revient sur le titre pour ce numéro qui lui va comme un gant car il est complètement dans son élément quand il s'agit de mettre en images une bonne bagarre. Il souligne le caractère coriace des mutants de Fatalis, qui possèdent des pouvoirs assez originaux, et le fait que l'artiste a créé leurs designs contribue immanquablement à la facilité avec laquelle il les anime.

L'épisode est donc découpé en trois blocs : les flashbacks, rapides et convenus ; la bagarre, expéditive et efficace ; et un dernier morceau, le plus surprenant, après l'affrontement, qui éclaire sur la position de Fatalis mais aussi de ses mutants (dont la position n'est pas forcément alignée sur celle de leur maître, ce qui encourage à penser qu'on pourrait les revoir dans un futur proche). Dans cette dernière séquence, Cassara nous fait apprécier son goût du détail pour le décor d'une salle de banquet bien garni mais aussi dans sa façon de représenter Fatalis, vraiment impressionnant.

La boucle est bouclée avec la scène d'ouverture qui se passe dans le passé, lorsque Charles Xavier aux côtés de Magneto et Moira, s'apprêtait à lancer son message à l'humanité sur la naissance de la Nation X. Duggan s'autorise une petite retcon habile en imaginant que Fatalis avait intercepté le message de Xavier et le lecteur découvre du même coup que, déjà, le maître de la Latvérie avait déjà sa bande de mutants aux ordres. Surtout, Fatalis avait prophétisé la chute de Krakoa dès le début en annonçant à Xavier qu'il n'avait pas l'étoffe d'un gouvernant et que son petit Etat ne serait jamais craint comme la Latvérie. Malin. Et juste.

Encore une fois, Duggan prouve son excellence dans ce genre d'exercice de style, avec une narration rapide, des personnages bien campés, des situations exploitées avec efficacité, sans fioritures. Cassara lui emboîte le pas avec son dessin brut. Le fan est comblé et attend maintenant avec impatience de lire Fall of the House of X (et Rise of the Powers of X).

vendredi 3 novembre 2023

X-MEN #28, de Gerry Duggan et Joshua Cassara

 

On sent que Fall of X approche de sa fin et c'est particulièrement vrai quand on suit X-MenGerry Duggan a vraiment pris ses responsabilités. Le scénariste montre progressivement comment les deux camps en guerre s'organisent et c'est captivant. Joshua Cassara revient sur la série pour un épisode très mouvementé où son style rugueux fait merveille.



Orchis a détecté des mutants en Latvérie et s'interroge sur la façon de traiter avec le Dr. Fatalis. Pendant ce temps Firestar pirate des données et les transmet au Fléau qui s'évade et rejoint la réistance. ShadowKat doit se rendre en Latvérie avec Ms. Marvel et Wolverine les attend déjà sur place...


Encore un épisode formidable ce mois-ci pour X-Men : Gerry Duggan prouve qu'il a les choses bien en main et excelle dans cette ambiance sombre où les mutants sont à terre mais pas vaincus. Il n'y a pas à dire : le scénariste a pris une autre dimension à l'occasion de Fall of X.


Toutes les scènes s'enchaînent avec fluidité et beaucoup de rythme, il y a une tension constante qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. C'est tout de même assez rare qu'une série mensuelle parvienne à conserver ces éléments sans chercher à épargner ni les personnages ni le lecteur.


Car, et c'est la réussite la plus notable sans doute actuellement, personne ne peut deviner comment tout ça va finir. Tout tend à la fin de Krakoa, à une redistribution des cartes, et 2024 verra même Jordan White, l'editor-in-chief de la franchise X, céder sa place à Tom Brevoort, qui s'occupait jusqu'à présent des Avengers.

A ce sujet, c'est le signe manifeste que Marvel mise désormais davantage sur les mutants que sur les Avengers. Une révolution après un long temps consacré à mettre les Avengers en première ligne et à synchroniser leur destin dans les comics et sur grand écran. D'ailleurs la rumeur court que Kevin Feige, qui n'était pas jusqu'alors pressé d'adapter les X-Men pour le cinéma, chercherait désormais à accélérer  sur ce plan en convoquant des scénaristes susceptibles de les introduire dans le MCU (même s'il ne faut pas non plus s'enflammer, ça ne sera pas non plus pour l'an prochain).

On a aussi eu la confirmation en début de semaine sur le site AIPT, à l'occasion d'un entretien avec plusieurs scénaristes de la franchise mutante, que Fall of X, même si Jonathan Hickman n'y a pas participé, avait été prévu par l'architecte dès le départ. Sa saga mutante était construite en trois actes (Dawn of X - Reign of X - Fall of X). Quelle vista quand même.

Pour en revenir à ce X-Men #28, ce qu'il faut en retenir, c'est que des brèches se multiplient dans le plan d'Orchis. Et ça commence par quelque chose qu'on n'avait pas vu venir : il y a des mutants en Latvérie, donc dans le pays du Dr. Fatalis et on fera plus ample connaissance avec eux le mois prochain. Vont-ils être des alliés pour les X-Men en résistance ? Ou rester en dehors du conflit ?

Il semble que Orchis soit embarrassé par tout ça : même cette organisation est réticente à affronter Fatalis, non seulement parce que ce serait un adversaire redoutable mais aussi parce que c'est le chef d'un Etat étranger. En revanche, Firestar communique l'info à la résistance via le Fléau qu'elle aide à s'évader...

Gerry Duggan arrive à lier tout ça avec une aisance admirable, y compris lors d'une scène d'une habilité épatante quand Firestar s'introduit dans la cellule de Cyclope et réussit (je vous laisse découvrir comment) à lui faire comprendre qu'elle n'a pas trahi les X-Men. L'astuce trouvée par Duggan est un bijou d'écriture.

Au dessin, on retrouve Joshua Cassara. Je l'admets, je n'ai pas toujours été fan de son travail tout en lui reconnaissant une efficacité indéniable. Disons, pour résumer, que je le trouve plus à l'aise quand il y a de l'action que pour les dialogues, les épisodes calmes.

Son trait n'est pas toujours flatteur avec les personnages, il est meilleur avec les gros durs qu'avec les femmes par exemple. C'est donc pour ça qu'ici il est parfaitement à sa place : le contexte dans lequel se déroule l'histoire, les protagonistes, l'ambiance, tout correspond à la dureté naturelle de son style.

En outre, quand à la fin de l'épisode, ShadowKat et Ms. Marvel retrouvent Wolverine (Logan), l'expérience qu'a acquise Cassara pour dessiner ce dernier quand il travaillait sur X-Force permet de rendre au griffu toute sa dangerosité et son souci de ne pas mettre en danger Kamala Kahn et Kitty Pryde pour ce qui les attend.

Vraiment, j'adore ce qui se passe en ce moment dans X-Men. Ce n'est pas destiné à durer mais c'est tout de même excitant sur le moment et pour la suite. Quoi que nous réserve l'après Fall of X, on pourra dire que ce qui se passe actuellement aura été une rampe de lancement idéal.

vendredi 18 août 2023

UNCANNY AVENGERS #1, de Gerry Duggan et Javier Garron (+ FCBD 2023 : X-Men / Uncanny Avengers)

Bon... J'ai craqué et je me suis procuré le n°1 de Uncanny Avengers, qui sera une mini-série en cinq numéros (et plus si affinités ?) publiée en complément de Fall of X. Gerry Duggan l'écrit et comme, par le passé, ce fut un de ses meilleurs travaux, j'y vais confiant. Il est soutenu au dessin par l'excellent Javier Garron (qui vient juste d'achever le run de Jason Aaron sur Avengers).

Pour être le plus complet abordable possible, j'ouvre cette critique en revenant sur l'exemplaire du Free Comic Book Day de cette année qui fournit une introduction bien pratique avec un segment consacré aux X-Men (dessiné par Joshua Cassara) et un autre aux Uncanny Avengers (déjà dessiné par Garron), et dont l'action se déroule le soir du Hellfire Gala 



L'exemplaire du FCBD 2023 annonçant le retour de Uncanny Avengers débute par un segment de X-Men dont l'action se situe lors du Hellfire Gala, juste avant le massacre commis par Orchis, lorsqu'une alarme du Treehouse des X-Men retentit et incite Cyclope à aller voir ce qui cloche...
 

Il tombe sur un intrus qui va dérober l'armure de Captain Krakoa et tente de l'en empêcher. Mais son adversaire le domine, s'empare de l'armure et jette Cyclope du haut de l'arbre auquel il met le feu. On a découvert dans X-Men #25 que Cyclope avait été récupéré par Orchis et remis au Dr. Stasis qui le torture pour lui soutirer des infos sur l'endroit où se cachent des mutants. 

Joshua Cassara illustre ces pages avec son style brut et explosif habituel, parfait pour rendre compte de l'agressivité de l'intrus.


On enchaîne avec la partie annonçant véritablement le retour du titre Uncanny Avengers. le nouveau Captain Krakoa attaque le Capitole et tue plusieurs membre d'une commission d'enquête sur les mutants. En apprenant la nouvelle, Captain America se rend sur place mais il tombe dans une embuscade tendue par Orchis d'où le tire Malicia. Avant que celle-ci n'entende l'appel à l'aide du Pr. Xavier sur l'île de Mykines suite au massacre commis par Nimrod, Moira X et compagnie... 

Javier Garron est déjà très en forme et produit des planches hyper dynamiques, grouillant de détails avec des personnages très expressifs.
 

Et nous voilà arrivé au n°1 de Uncanny Avengers (vol. 4). Gerry Duggan orchestre la renaissance de l'Unity Squad où humains et mutants s'allient pour trouver et punir les responsables du massacre mutant. Javier Garron est l'artiste associé à ces cinq nouveaux épisodes qui démarrent sur les chapeaux de roues sur une quarantaine de pages.


Tandis que Ben Urich au "Daily Bugle" réfléchit aux événements de ces derniers jours, Psylocke et Penance libèrent de nuit des mutants capturés par Orchis pour être traités ou bannis sur Mars/Arakko. Captain America surgit pour leur proposer d'intégrer son équipe auc côtés de Deadpool, Quicksilver et Malicia en lien avec Emma Frost, Tony Stark et la résistance mutante. De son côté, Captain Krakoa recrute aussi...


De 2015 à 2017, après l'event Secret Wars (de Jonathan Hickman et Esad Ribic), Gerry Duggan est désigné pour écrire Uncanny Avengers après deux premiers volumes écrits par Rick Remender. Ce dernier a quitté Marvel pour se consacrer à des creator-owned, sans doute aussi frustré que ses projets pour Marvel aient été stoppés net par Secret Wars (après que d'autres, nombreux, n'aient jamais vu le jour).


Même si Duggan n'a rien à voir avec Remender, il va réussir à relancer le titre avec beaucoup d'efficacité, d'abord avec Ryan Stegman puis Pepe Larraz comme artistes. Il y injecte de l'humour (avec Deadpool, dont il a été le scénariste le plus prolifique) et surtout il étend le concept en intégrant aux Avengers et X-Men présent un membre des Fantastic Four (la Torche Humaine) et des Inhumains (Synapse).


Duggan aura réussi son travail le plus abouti à mon sens (même si son run, plus bref, sur Guardians of the Galaxy ne manque pas de charme, mais a été un peu gâché par l'event Infinity Wars en 2018). Aujourd'hui, il est devenu un des hommes forts de "la maison des idées" qui lui fait confiance pour animer deux poids lourds : X-Men et Invincible Iron Man.
 

Son retour sur Uncanny Avengers me tentait trop pour que je fasse l'impasse, même si au départ je compter le zapper, n'étant pas très chaud pour tous les tie-in à Fall of X. De fait, il ne s'agit pas d'une relance sur le long terme mais seulement pour cinq épisodes - même si, une fois Fall of X terminé, on pourrait très bien imaginer qu'une idée pareille survive.

Dans le flot de mini-séries attachées à Fall of X, Uncanny Avengers est peut-être la plus organique dans le sens où, comme on le voit dans une des premières scènes de l'épisode, alors que Captain America est face à Psylocke et Penance venus délivrer des griffes d'Orchis des mutants, Steve Rogers invite les deux femmes à venger les leurs, tués lors du Hellfire Gala, tout en incarnant à ses côtés l'union humain-mutant.

Dans le FCBD, Duggan met en place une situation explosive avec un usurpateur choisi par le Dr. Stasis et M.O.D.O.K. pour reprendre le rôle de Captain Krakoa. Pour rappel, lors de la première saison de X-Men par Duggan et Larraz, Stasis piégeait Cyclope et le faisait tuer devant des témoins civils. Pour garder secret le protocole de résurrection des Cinq, le Conseil de Krakoa trouvait un subterfuge : Cyclope restait mort aux yeux du public mais endossait le masque de Captain Krakoa pour continuer à opérer avec son équipe de X-Men.

Qui est ce nouveau Captain Krakoa ? Duggan ne le révèle pas et on peut donc spéculer à loisir. J'ai ma propre idée, mais je ne la dévoile pas (mais si vous voulez me faire part de la votre, n'hésitez pas à laisser un commentaire). On sait en revanche que c'est un individu bien entraîné vu la correction qu'il inflige d'abord à Cyclope puis à Captain America. Peut-être a-t-il bénéficié de quelques améliorations génétiques de la part de Stasis et MODOK...

Ce qui est surtout bien vu et qui correspond parfaitement à la méthode du scénariste, telle qu'il l'a dévoilée récemment en interview , c'est que tout repose sur l'apparence. Captain Krakoa enrôle des mutants qui croit avoir affaire à Cyclope et pense partir pour une mission vengeresse en qualité de nouveau Front de Libération des Mutants. Et ce ne sont pas des enfants de choeur : Blob, Wildside, les jumeaux Fenris !

L'Unity Squad de Captain America est moins universelle que la précédente animée par Duggan : on y trouve trois mutantes (Malicia, Psylocke/Kwannon, Penance), Deadpool (qui peut aussi être assimilé à un mutant), Quicksilver (qui a longtemps cru en être un... Avant que Remender retconne ses origines, à lui et sa soeur Scarlet Witch). Captain America est le seul Vengeur. Pas d'Inhumain, pas de Fantastic Four. Même si Duggan a teasé un dernier membre à venir...

Suivant la tonalité brutale du Hellfire Gala et X-Men #25, Duggan écrit un épisode violent, brutal, sombre. La deuxième loi sacrée de Krakoa ("D'humains tu ne tueras") n'a plus cours, même s'il s'agit pour les mutants de tuer uniquement ceux qui les ont agressés. Et à ce sujet, si on peut s'étonner que Steve Rogers s'allie avec Psylocke et Penance après qu'elles aient trucidé plusieurs agents d'Orchis, Duggan répond par le biais du héros qu'il sait ce que c'est de lutter contre des fascistes. C'est la guerre et il y a des morts de chaque côté.

Javier Garron est devenu une valeur sûre de Marvel. Après avoir brillé sur Secret Warriors (dont j'ai parlée récemment), il est devenu l'artiste régulier le plus productif du run de Jason Aaron sur Avengers

Ce dessinateur espagnol fait penser à Brad Walker et Kevin Maguire : du premier, il a le goût des images fournies, détaillées, avec des compositions dynamiques ; du second, il a le talent pour rendre les personnages très expressifs. Chaque page vous en donne pour votre argent et il met un point d'honneur à valoriser les héros dans toute leur splendeur. Ainsi Psylocke en tueuse ninja terriblement efficace, Captain America en force tranquille, Quicksilver en bolide : les pouvoirs sont représentés de manière très puissante avec un sens de l'ellipse (quand Pietro transporte l'équipe dans les égoîts) ou au contraire de la décomposition des mouvements (lorsque le bouclier de Captain America ricoche en assommmant plusieurs membres d'Orchis) assez extraordinaires.

Vous l'aurez compris, j'ai retourné ma veste en m'apercevant qu'elle était doublée de vison (même si c'est un peu trop chaud pour la saison). Mais cette relance (fusse-t-elle éphémère) de Uncanny Avengers est réellement accrocheuse. Et Fall of X a quelque chose de définitivement séduisant dans sa dimension désespérée. J'ignore sur quoi ça va déboucher, mais finalement cet électrochoc chez les mutants rebat les cartes franchement.

jeudi 27 juillet 2023

X-MEN : HELLFIRE GALA 2023, de Gerry Duggan, Jonathan Hickman, Adam Kubert, Luciano Vecchio, Valerio Schiti, Matteo Lolli, Russell Dauterman, Javier Pina, R.B. Silva, Joshua Cassara, Kris Anka et Pepe Larraz

 


Je m'étais promis de revenir aux X-Men à l'occasion de la troisième édition du Hellfire Gala, sortie hier. Même si Fall of X a déjà officiellement démarré, ce numéro spécial de 80 pages marque vraiment un tournant dans cette nouvelle ère mutante. Gerry Duggan orchestre tout cela et réussit à vraiment choquer le lecteur. Même si ça ne signifie pas qu'il réussira à me faire revenir...

 


De la résurrection de Kamala Kahn/Ms. Marvel par les Cinq sur Krakoa à la révélation de la nouvelle équipe de X-Men puis à l'attaque lancée par Orchis sur l'île de Mykines où se tient le Hellfire Gala 2023, venez assister à la chute de la maison que X a bâtie. Et croyez-le : plus rien ne sera comme avant.
 

Ci-dessus, vous pouvez lire les (très) grosses lignes de ce numéro spécial consacré à l'édition 2023 du Hellfire Gala. En 2021, sur l'île de Mykines, propriété de Emma Frost cédée à elle par Namor, fut présentée la première équipe des X-Men de l'âge de Krakoa et la terraformation de Mars rebaptisée Arakko pour y loger les anciens sujets de Genesis et Apocalypse. 


En 2022, une nouvelle formation des X-Men fut intronisée, avec moins de cérémonial, mais en coulisses déjà se préparaient de manoeuvres pour gâcher la fête et préparer une attaque d'ampleur sur le peuple de Krakoa. L'année qui suivit confirma ce futur noir : Orchis propagea des fake news pour discréditer les mutants, tout en piratant leur technologie.


Depuis de longs mois, Marvel promettait Fall of X dont la forme est curieuse : il ne s'agit pas à proprement parler d'un event avec une saga centrale et des séries satellites, ni d'un crossover, mais plutôt d'une myriade de titres, de mini-séries confirmant un changement de statu quo brutal sur la chute de Krakoa, la fin de l'âge de Krakoa. Il faudra sans doute attendre 2024 pour réellement savoir quelle apparence prendra la nouvelle ère mutante.


Mais il faut reconnaître que, même si j'ai tout laissé tomber du côté des mutants ces derniers mois, en partie parce que la série X-Men me tombait des mains, en partie parce que l'event Sins of Sinister m'a découragé, en partie enfin parce que regrettais que Marvel mette fin à l'âge de Krakoa, la lecture de X-Men : Hellfire Gala 2023 était sur mon programme, en espérant trouver une forme de synthèse de Fall of X.


Et de ce côté, je ne suis pas déçu. Gerry Duggan, qui, jusqu'à présent, ne m'avait pas semblé en capacité tout comme en inspiration pouvoir ni produire un page-turner vraiment renversant ni se distinguer de ce qu'avait fondé Jonathan Hickman, réussit un tour de force exemplaire, une vraie apocalypse, qui redistribue profondément les cartes, balaie tout sur son passage. 


Pour illustrer ces 80 pages, j'ai choisi huit pages issues de cet épisode qui me semblent bien résumer les moments forts de ce qui s'y passe, sans trop en dévoiler mais en en disant suffisamment. Il n'est plus réellement question de spoilers : le lecteur est prévenu d'emblée, depuis  longtemps, que les mutants vont prendre cher et que rien (vraiment !) ne sera plus comme avant (en tout cas plus comme depuis quatre ans, depuis House of X/Powers of X).


Dans cette configuration, et même si la notion de mort reste relative étant donné le protocole de résurrection créé par les mutants, on sort de cette lecture tout de même très remué. C'est la réussite la plus notable du script de Gerry Duggan : il parvient à nous faire croire à une crise de grande ampleur, à une situation désespérée, à la fin d'une époque, à un changement de paradigme. Bien entendu, il faudra confirmer ça ensuite et ne pas se contenter d'un simple match retour pour qu'en 2024 on reparte pour un tour de manège. 

Non, si le projet doit aboutir concrètement, il faut que l'an prochain les mutants soient dans un état aussi bouleversant et bouleversé que lors de HoX/PoX. Et disons que ce Hellfire Gala 2023 donne à Duggan tous les moyens d'y arriver. C'est entre ses mains et celles des autres auteurs de la franchise mutante que revient la conversion de cette promesse en réalité. Sinon tout n'aura été qu'un coup d'éclat.

Le déroulement de cet épisode se caractérise par un rythme très soutenu : on a droit à 80 pages très denses, très énergiques, très dramatiques. Tous les curseurs sont à fond, quitte à entrer dans le rouge. Mais comme ça fait bien deux ans qu'on n'a pas lu pareil récit, aussi électrisant, avec des mutants, on se régale. Duggan casse tous les jouets,, sème un chaos incroyable. Il le fait comme un gamin en colère, qui s'est longtemps retenu, mais sans que ce soit un simple caprice. Il hérite de pièces disposées par ses collègues et les assemble de manière efficace pour un résultat paroxystique.

Il y a là une succession de moments très forts, très puissants, et pourtant ça démarre moyen avec la résurrection de Ms. Marvel (Kamala Kahn), piteusement tuée par Marvel (et Zeb Wells, dans les pages de The Amazing Spider-Man). Désormais, le personnage est aligné sur le canon du MCU : elle est devenue une mutante. Duggan se fait étonnamment subtil en développant à la fois ce choc pour le personnage et le fait qu'elle n'ait pas envie de se définit comme tel tout de suite, qu'elle se demande ce qu'il en est de ses pouvoirs, de sa vie privée. C'est le seul passage obligé de l'épisode mais Duggan l'intègre bien.

Puis on entre dans le vif du sujet avec l'élection de la nouvelle équipe des X-Men. Jean Grey annonce qu'elle et Cyclope ont décidé de passer la main à Synch et Talon (Laura Kinney). La formation élue est surprenante avec les entrées de Cannonball, Prodigy, Frenzy, Jubilé, Dazzler, et le Fléau. Mais à peine ont-ils été intronisés que la fête bascule dans le carnage. Nimrod les tue (presque) tous !

La suite est une longue mais captivante opération bien préparée par Orchis. Les méchants entrent en scène les uns après les autres : Dr. Stasis (un clone de Mr. Sinistre), Karima Shapendar/Oméga Sentinelle, l'A.I.M., Moira X, les Sentinelles Stark conçues par Feilong. L'assaut est si massif, rapide, bien déployé que les mutants sont dépassés comme jamais. Le carnage est inévitable et il ne sera pas évité.

On assiste en particulier à la mort, vraiment horrible, d'un X-Man historique, à la défaite d'un autre qu'on pensait impossible, Jean Grey est poignardée, Firestar hérite d'une mission abominable, les portails de Krakoa sont piratés et deviennent des pièges affreux, Lourdes Chantel se sacrifie d'une manière déchirante, Charles Xavier se rend, Malicia opère un baroud d'honneur et un sauvetage in extremis... N'en jetez plus ! On est littéralement saisi par le massacre mutant, à la hauteur du premier (qui donna son titre à une saga culte), par la déroute des survivants, par le désespoir absolu qui étreint Xavier. Mais on est aussi intrigué par ce qu'on voit du côté de Mother Righteous (sur l'archipel de Krakoa basée dans l'Atlantique, et il est certain que cela va faire phosphorer les fans).

Visuellement, 80 pages, c'est l'occasion d'un défilé de dessinateurs et Marvel a convié stars confirmés et recrues en devenir. Adam Kubert ouvre la marche et plus tard donne une belle scène à Wolverine. Puis Luciano Vecchio lui succède, plus fade. Russell Dauterman, comme chaque année, se charge de la présentation de la nouvelle équipe : deux pages seulement, mais superbes. Ensuite, la catastrophe commence pour les héros et les artistes s'enchaînent : Javier Pina et Matteo Lolli ne font pas de quartier, RB Silva qui signe des pages magnifiques, Joshua Cassara ne fait que passer, Kris Anka a droit à un autre moment fort, et Pepe Larraz conclut en beauté. Franchement, c'est un régal pour les yeux, élégant, et brutal.

On a même droit à deux pages par Jonathan Hickman et Valerio Schiti, parfaitement intégrées au reste, qui introduisent deux des futurs protagonistes de leur projet G.O.D.S., de manière très habile. Cela suffit au binôme pour ironiser sur la fameuse affirmation de Magneto dans House of X #1 comme quoi, à présent, les mutants seraient les nouveaux dieux.

Maintenant, dans les mois à venir vont éclore de nombreuses mini-séries exploitant la situation, utilisant les survivants, ramenant des personnages qu'on n'a pas vus depuis des lustres (comme Alpha Flight), investissant plusieurs territoires. Je ne vais rien lire de tout ça. A vrai dire, je pense que cela aurait été bien plus fort et culotté de ne plus rien publier de mutant jusqu'en 2024, histoire de vraiment angoisser les fans et repartir sur des relaunchs, une nouvelle collection de séries (avec de nouveaux noms, comme celui, teasé à la San Diego Comic Con le week-end dernier, de New X-Men). 

Mais Marvel comme la nature a horreur du vide et préfère combler les mois prochains avec une avalanche de projets qu'on sait par avance très inégaux (en qualité et en intérêt). Une stratégie similaire au MCU qui, s'il avait misé sur un break après Avengers : Endgame, aurait permis au spectateur de souffler, de se remettre de ses émotions et pour les studios Marvel de créer une attente, un désir, un manque bien plus efficace. Selon l'offre qui sera proposée au terme de Fall of X, je verrais si ça m'intéresse de revenir lire des aventures mutantes. Ce Hellfire Gala donne un terrain fertile pour une sorte de nouveau départ. Aux scénaristes et editors de savoir en tirer la meilleure liqueur.

jeudi 24 novembre 2022

X-MEN #17, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


Le premier arc de la "saison" 2 de X-Men version Gerry Duggan s'achève avec ce n°17. Le scénarisste sait surprendre en entraînant le lecteur là où il s'y attendait pas et la fin de l'épisode est sentimental à souhait, reformant un couple emblématique. Les dessins de Joshua Cassara semblent avoir trouvé le bon équilibre, se démarquant plus nettement de ce qu'il avait produit pour X-Force.


A l'intérieur de la Voûte, Forge a découvert le corps en animation suspendue de Laura Kinney. Mais il n'est pas venu pour elle. Serafina lui tombe dessus et l'interroge sur sa présence ici.


Lui répondant honnêtement, Forge a la vie sauve et Serafina s'éclipse. Mais c'est alors que Forge a un malaise. Darwin pénétre son esprit et a une conversation avec lui  en toute discrétion.


Depuis le début de captivité, Darwin a fait l'objet d'expériences éprouvantes par les Enfants de la Voûte. Mais il a réussi à infiltrer mentalement l'endroit et continue à recueillir des informations.


Forge sort de la Voûte, sans Darwin, qui a souhiaté continuer sa mission. Synch appelé par Jean Grey découvre alors avec qui Forge est revenu...

C'est du beau travail que fait Gerry Duggan avec cette nouvelle "saison" de X-Men et le scénariste a prévenu qu'il réservait quelques surprises aux fans, que les prochains mois seraient agités et que la nouvelle équipe des mutants serait beaucoup plus instable que la précédente.

Toutefois, avant de vérifier sur pièce, ce qu'on retient surtout, c'est la volonté de Duggan d'exploiter des histoires amorcées par Jonathan Hickman. L'ex-grand architecte du renouveau mutant est certes parti depuis plus d'un an, en laissant de son propre aveu beaucoup de choses en suspens, contrarié dans ses plans par la pandémie et l'impact qu'elle a eue sur les publications. Mais Duggan entend bien faire fructifier l'héritage Hickman.

La question que cela pose, c'est à quel point en vérité cela est justement la volonté de Duggan ou celle du staff éditorial de Marvel, qui a aussi tout à gagner à cultiver ce que Hickman a laissé en plan. On sent bien en tout cas que les lignes bougent depuis le départ de ce dernier qui avait établi une sorte de protectorat autour de la fraanchise, ne permettant plus aux autres scénaristes de l'éditeur d'emprunter les mutants.

Or désormais les deux Wolverine ou Magik (Logan et Ilyana font partie des Midnight Suns) sont utilisés hors des frontières de Krakoa et du département X de Marvel. Et il faut donc s'attendre inévitablement à ce que les mutants se mélangent avec les autres héros dans le futur. On parle par exemple d'une relance du titre Uncanny Avengers, signant une réconciliation ou du moins une coopération entre X-Men et Avengers.

Pour en revenir à la série X-Men proprement dîte, Duggan n'est pas un scénariste aussi bon que Al Ewing, il n'a pas, me semble-t-il, cette ambition ou cette mentalité d'architecte, construisant des intrigues d'envergure capables d'ébranler toute la franchise. Et le fait qu'il se serve dans les réserves d'Hickman le confirment à mes yeux. Je ne dis pas que c'est moins bien, ni même que c'est mal, mais ça donne l'impression que Duggan est bien content de disposer d'idées aussi fertiles que celles inachevées de Hickman. Et Jordan White ne doit pas être malheureux de voir Duggan oeuvrer en ce sens car il sait ce que la franchise X doit à Hickman (tant que "l'âge de Krakoa" subsistera).

Cet arc qui se termine avec ce n°17 prouve tout ça : la mission de Wolverine (Laura Kinney), Darwin et Synch dans la Voûte date du run de Hickman et s'était à moitié conclu avec la sortie du seul Synch. Darwin avait été capturé et Wolverine avait couvert la fuite de Synch. Duggan a donc entrepris de savoir ce qu'était devenu Darwin et de le tirer de là, tout en entretenant un doute (raisonnable) sur l'état d'esprit du mutant captif depuis des lustres (le temps s'écoulant différemment à l'intérieur de la Voûte, on pouvait penseer que Darwin se serait senti légitimement abandonné).

La fin de l'épisode 16 nous laissait sur le flanc quand Forge, au lieu de trouver Darwin, découvrait Laura Kinney conservée dans un caisson. Ce qui voulait dire que la Laura Kinney ressucité au terme de l'histoire d'Hickman l'a été sans que celle restée dans la Voûte soit morte (mais il n'y avait aucun moyen de le savoir - normalement, c'était le boulot de X-Factor, série annulée depuis, de vérifier ça, mais évidemment aucun d'eux ne l'a fait).

Quid de Darwin ? Comme il est littéralement "intuable" (ses pouvoirs lui permettent de s'adapter à n'importe quoi), il a fait l'objet d'expériences éprouvantes par les Enfants de la Voûte, dont des examens cérébraux. On le voit trépané et son cerveau raccordé à un tas de fils et de cables et il s'en est servi pour pirater le logiciel de la Voûte et amasser d'énormes quantités d'informations à leur sujet comme il le révèle à Forge. Il refuse de partir, estimant qu'il peut encore en apprendre plus, sans souffrir plus qu'il a enduré déjà.

Forge accepte tout en remerciant Darwin et sort de la Voûte en emmenant Laura Kinney. Qui retrouve donc à l'extérieur Synch. Contrairement à celle qui a été ressucitée, cette Laura a conservé intact le souvenir de leur romance durant leur séjour dans la Voûte.

Mais Duggan, sans avoir besoin de le souligner, dit qu'un problème se pose en en ayant résolu un : il y a désormais deux Laura Kinney à Krakoa, un cas inédit. Que va-t-il se passer ? Celle qui vient de sortir de la Voûte et est l'amante de Synch est la plus légimite. Mais cela signifie-t-il que celle qui a été ressucitée doit/va être éliminée (et comment ?). De même, l'histoire avec les Enfants de la Voûte est appelée à se poursuivre dans le futur puisque Darwin est toujours leur "prisonnier" mais aussi que Serafina a surpris Forge lors de sa mission. Cela pourrait-il fournir l'argument pour l'event Fall of X annoncé pour l'été 2023 ? 

Visuellement, cet épisode est celui qui m'a le plus plu depuis l'arrivée de Joshua Cassara au dessin. Il m'a semblé que l'artiste avait enfin trouvé un équilibre. Encore marqué par le style sombre de X-Force sur les deux mois précédents, Cassara accusait quelques maladresses. Ce n'est toujours pas devenu un narrateur très subtil, au trait élégant, mais j'ai l'impression qu'il commence à prendre ses marques.

La réserve que j'ai toujours avec lui concerne la musculature trop prononcée qu'il donne à certains personnages (comme Cyclope, qu'on ne surnomme pas "Slim" pour rien). Mais en ce qui concerne ses personnages féminins, il y a du mieux alors que Cassara n'est pas toujours flatteur avec eux. A voir comment cela va évoluer car l'épisode n'offre pas non plus de garantie absolue.

En revanche, là où Cassara est très fort, c'est pour tout ce qui est décors. la scène onirique entre Forge et Darwin permet d'apprécier son brio pour camper des extérieurs à la végétation luxuriante, dans des compositions très aérées et spectaculaires (voir ci-dessus). Cela offre un contraste saisissant avec l'intérieur de la Voûte, froid, dur, souligné par les couleurs de Guru-FX.

Tout ça manque donc un brin de personnalité mais est contrebalancé par le fait qu'on suit des pistes ouvertes par Hickman. Et il y a du potentiel pour la suite.

samedi 22 octobre 2022

X-MEN #16, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


Ce seizième épisode de X-Men version Gerry Duggan est très bon. Ne serait-ce que pour son cliffhanger, vraiment imprévisible, il vaut le coup. Le scénariste mène vraiment bien son affaire, hormis quand il caractérise un des mutants (mais j'y reviendrai). Joshua Cassara est inégal, à cause d'un storytelling trop  frustre.
 

Forge a infiltré la Voûte en compagnie de Caliban, le détecteur de mutants. Ensemble, ils s'enfoncent dans la cité tentaculaire des post-humains et veillent à ne pas éveiller les soupçons.


A l'extérieur de la Voûte, Havok se dispute avec Cyclope lorsque celui-ci lui révèle n'avoir voulu de lui dans l'équipe mais que Forge a insisté pour qu'il y soit.


La dispute dégénère et, privé de sa visière, Cyclope libère accidentellement Perro. Les X-Men doivent s'employer pour le maîtriser et le replonger dans un cocon en stase.


Cependant, toujours sous l'apparence de Perro, Firge et Caliban atteignent la salle où est gardé Darwin. Mais en ouvrant le caisson où il est enfermé, une énorme surprise les attend...

Depuis qu'il a repris la série X-Men, renumérotée à cette occasion, Gerry Duggan semble avoir suivi une consigne précise : refaire du titre un divertissement plus classique, plus tourné vers l'action, avec une formation de héros mutants aux relations électriques.

Après une première saison de rodage en quelque sorte, correcte, le scénariste paraît avoir gagné sa liberté et pouvoir oser plus de choses, avec des personnages qu'il a choisis. Mais Duggan a aussi, visiblement, à coeur de développer des intrigues lancées par Jonathan Hickman, conscient de leur potentiel dramatique. Celle qui ramenait sur le devant de la scène les Enfants de la Voûte en premier.

Wolverine (Laura Kinney), Synch et Darwin ont séjourné pendant une très longue période dans la Voûte où le temps s'écoule différemment que dans notre dimension. Darwin a été fait prisonnier et Wolverine s'est sacrifiée pour que Synch puisse en sortir. Ressucités, Synch a conservé les souvenirs de son temps dans la Voûte mais pas Wolverine, ce qui a pesé sur leur relation car ils avaient développé des sentiments amoureux l'un pour l'autre. Quant à Darwin, nul ne sait ce qui lui est arrivé depuis.

Forge, comme on l'a découvert, a mis au point une opération pour leurrer les Enfants de la Voûte, leur faisant croire qu'ils avaient tué tous les mutants, les héros de la Terre et même les dieux d'Asgard. Cela pour pouvoir pénétrer dans la Voûte à son tour, y retrouver Darwin et l'évacuer. Pendant que Forge, avec Caliban, infiltrait la Voûte, les X-Men veillaient à l'extérieur.

L'épisode de ce mois-ci poursuit donc cette intrigue et se découpe en deux parties distinctes. Forge se déplace dans la Voûte et remonte la piste de Darwin grâce à Caliban, dont le pouvoir consiste précisèment à repérer les mutants. Forge se camoufle sous l'apparence d'un nommé Perro, un colosse qui fait partie des Enfants de la Voûte, mais veille à ne pas attirer l'attention. On remarquera quand même qu'il ne passe pas complètement inaperçu, ce qui compromet sa sortie.

Duggan consacre une plus grande quantité de pages à ce qui passe dehors. Et il le fait efficacement à défaut de le faire adroitement. En effet, il prend un prétexte pour provoquer une bagarre entre les frères Summers qui aboutit à un accident que les X-Men jugulent avec beaucoup de difficulté. Mais le souci est ailleurs.

Depuis le début de "l'âge de Krakoa" (soit depuis la refondation des titres mutants par Hickman), certains personnages s'en sortent mieux que d'autres, suivant la caractérisation choisie par les scénaristes qui en ont la charge. Je ne cache pas que, jusqu'à Kieron Gillen, Diablo m'a paru, apr exemple, particulièrement mal employé et défini. L'autre mutant maltraité selon moi est Havok.

Alex Summers a souvent été malmené durant sa carrière, comme si personne ne parvenait à s'entendre sur sa personnalité et quoi en faire. Jusqu'à Rick Remender qui en fit le leader de Uncanny Avengers et redora singulièrement le blason du cadet de Cyclope, déjà en le détachant de Polaris, puis en en respectant sa puissance, et enfin en synthétisant tous les éléments qui jalonnèrent son parcours chaotique.

Mais Remender, curieusement, ne le conserva pas dans l'effectif du volume 2 de Uncanny Avengers. Et depuis "l'âge de Krakoa", le vent a à nouveau (aml) tourné pour Havok, que Zeb Wells dans Hellions a eu la (mauvaise) idée de rattacher à Madelyne Prior tout en en faisant un parfait abruti. C'est hélas ! aussi la direction qu'a conservé Duggan, comme on peut le voir dans cet épisode, où, certes, il réagit de manière assez légitime à l'arrogance de Cyclope (qui lui avoue ne pas avoir voté pour qu'il intègre l'équipe des X-Men, estimant qu'il n'en était pas digne, mais qu'il devait sa place à l'insistance de Forge - dont on sait qu'il a fait cela précisèment parce que lui-même ne voulait pas faire partie du groupe).

Bref, je n'aime pas cette caractérisation de Havok, pas plus que je n'aime le retour de son costume historique avec cette espèce de casque insensé (alors que John Cassaday l'avait redesigné de façon si classe). Et Joshua Cassara y va franco, dessinant Havok comme un culturiste (qu'il n'a jamais été), avec ce fameux casque ici représenté avec des proportions délirantes.

Cassara est pourtant convaincant sur le reste. Il a un trait assez frustre, qui ne flatte pas particulièrement les personnages, et c'est parfois grossier sur les X-women. Son découpage est sommaire avec des compositions elles aussi très basiques, et parfois maladroites.

Toutefois, quand il suit Forge et Caliban, étonnamment, il réussit des planches superbes, avec une colorisation soignée de Guru-FX. Cassara, on s'en rend alors compte, est plus à l'aise pour dessiner des environnements, qu'ils soient naturels ou technologiques, que des personnages, et c'est encore plus net quand il y a de l'action, où son trait bourrin s'accommode pas de notions comme la valeur des plans, les compositions, les transitions, etc.

Il y a tout de même une efficacité dans ce dessin, mais il faudrait que Cassara pense un peu plus ses images, afin que la lecture de ses planches soit plus fluide. Il a du potentiel, mais c'est certain qu'on est loin de la maestria (même bridée) d'un Pepe Larraz. Et c'est pourquoi je regrette que Javier Pina n'ait pas été conservé comme artiste régulier sur la série.  
 

Reste donc le cliffhanger final et là, par contre, Duggan comme Cassara sortent le grand jeu. Une planche suffit pour vraiment nous cueillir. Ce que découvrent Forge et Caliban remet en question un tas de choses et promet des développements futurs passionnants. Mais avant cela, il faudra d'abord voir ce que vont en faire les deux mutants et comment ils sortiront de la Voûte. Autant dire que le prochain épisode va être palpitant.

jeudi 29 septembre 2022

X-MEN #15, de Gerry Duggan et Joshua Cassara


Gerry Duggan reprend le contrôle de X-Men avec ce quinzième épisode, qui peut se lire comme le vrai début de la "saison" 2 de son run. Il est désormais associé à Joshua Cassara au dessin (Pepe Larraz étant occupé sur un projet avec Mark Millar). L'histoire qui débute ici est accrocheuse et renoue avec une intrigue lancée par Jonathan Hickman. Mais elle spoile aussi du coup la fin de A.X.E. : Judgment Day...


Forge emmène Cyclope au coeur de la jungle sud-américaine, là où se trouve la Sentinelle dans laquelle résident les Enfants de la Voûte. Devant l'entrée, il a disposé un énorme canon.


Mais l'arme ne suffit pas à effrayer les Enfants de la Voûte quand ils se montrent. C'est le début d'un carnage : Krakoa, puis les Avengers, puis les magiciens, et même Asgard tombent...


Retour en arrière. Forge emmène Cyclope au coeur de la jungle sud-américiane et lui montre le dôme qu'il a érigé pour contenir les Enfants de la Voûte. Qui ignorent qu'ils sont ainsi piégés.


Les X-Men rejoignent Cyclope et Forge, qui va pénétrer le dôme avec la mission de récupérer Darwin, toujours détenu par les Enfants de la Voûte depuis son expédition aux côtés de Synch et Wolverine...

Le seul vrai reproche qu'on peut faire à cet épisode, donc autant l'évacuer tout de suite, c'est de paraître un peu tôt. S'ilé tait sorti dans une quinzaine de jours, au lendemain de la fin de l'event A.X.E. : Judgment Day, il n'aurait pas spoilé, bêtement, le sort des mutants en nous révélant qu'ils vont donc survivre au verdict rendu par l'Ancêtre. C'est ballot.

Ceci étant dit, ça n'entame en rien la qualité de ce que propose ici Gerry Duggan. X-Men #15 peut être considéré comme le premier vrai épisode de la "saison" 2 de son run, puisque le Hellfire Gala 2022 a intronisé une nouvelle formation de l'équipe. Wolverine (Laura Kinney), Malicia, Sunfire, et Polaris sont partis, remplacés par Magik, Havok, Firestar, Iceberg et donc Forge. Mais Synch est absent de ce chapitre.

Cette composition a déjà un peu montré de quoi elle était capable dans les n°13 et 14, mais ce n°15 va mettre en lumière Forge. Dans un flashback situé au centre du récit, on le voit converser avec Charles Xavier à propos d'un projet "Boîte Noire" (Black Box), déjà mentionné lors du Hellfire Gala, dont on découvre l'objet : les Enfants de la Voûte.

Gerry Duggan n'est pas un scénariste révolutionnaire, mais, comme dit la chanson, c'est un bon camarade, qui accepte de reprendre des intrigues initiées par Jonathan Hickman. Il ne fait pas par obligation mais bien parce qu'on devine qu'il a des idées pour les développer. 

Pour rappel, dans X-Men #18-19, on découvrait la mission d'investigation menée par Synch, Wolverine (Laura Linney) et Darwin au coeur de la Voûte. Une mission qui allait durer plusieurs centaines d'années, car le temps s'écoule différemment dans la Voûte que dans notre dimension, et au cours de laquelle les trois mutants allaient traverser des épreuves terribles. Mais au terme de laquelle ils rentrèrent sans Darwin, fait prisonnier et dont les pouvoirs servirent à améliorer ceux des Enfants de la Voûte.

Sachant que le pouvoir de Darwin consiste à s'adapter à tout, on imaginait sans peine comment il allait renforcer les Enfants de la Voûte, ces post-humains déjà très puissants. Et Duggan s'en sert avec braucoup d'adresse pour nous montrer les conséquences : on assiste à la sortie des Enfants de la Voûte et au massacre qu'ils commettent en un temps record, dévastant Krakoa, exterminant les Avengers, éliminant les magiciens, et allant même jusqu'à conquérir Asgard...

... Sauf que, et c'est un twist très efficace, tout ce qu'on vient de lire n'est qu'une projection opérée par Forge. D'où le "projet Boîte Noire". Et si, au lieu de se préparer à la sortie des Enfants de la Voûte et au combat qui s'ensuit, on les contenait, on les enfermait dans une boîte, sans qu'ils aient l'impression d'être reclus ?

L'idée de Forge va évidemment plus loin et a un objectif plus précis : retrouver Darwin dans la Voûte et le ramener, pendant que els X-Men font diversion. Duggan écrit formidablement Forge, une recrue pourtant assez improbable dans l'équipe, en en faisant un futuriste, comme l'est Iron Man chez les Avengers (ou Batman au sein de la Justice League), le bonhomme qui pense déjà au coup suivant, qui ainticipe tout, mais qui travaille aussi dans son coin, sans rien dire à personne (sinon à Charles Xavier) - ce qui pourra peut-être créer des tensions à l'avenir avec Cyclope ou les autres X-Men (car, comme pour Iron et Batman, on sait que ces cachottiers finissent souvent mal).

L'autre inconnue, évoquée ici, c'est quel Darwin va sauver Forge : car en étant resté tout ce temps dans la Voûte, en se croyant abandonné, laissé derrière, par Synch et Wolverine, il est fort possible qu'il soit en colère, écoeuré, peu coopératif. On peut imaginer aussi qu'il soit devenu l'allié des Enfants de la Voûte, librement ou pas. Je pense que Duggan peut jouer là-dessus pour pimenter la suite de son histoire (même si l'arc devrait être court, pas plus de deux épisodes, peut-être trois).

Passionnant donc, l'épisode est aussi l'occasion de voir à l'oeuvre Joshua Cassara sur le titre vedette de la franchise. C'est une vraie promotion pour l'artiste qui s'est fait remarquer sur X-Force de Benjamin Percy.

D'entrée de jeu, il tape fort avec des planches qui lui permettent de montrer qu'il n'est pas là pour faire de la figuration, ni comme le simple successeur de Pepe Larraz. La première partie de l'épisode, sur un rythme d'enfer, lui fournit de la matière pour des planches spectaculaires, avec une splash-page en plongée sur la sentinelle qui sert de repaire aux Enfants de la Voûte dans une clairière de la jungle, puis avec la sortie des Enfants, et le carnage ahurissant qu'ils commettent en un temps record.

Le flashback au centre de l'épisode offre un répit au lecteur et au dessinateur. Les couleurs de Guru-FX donnent à la scène un côté chaleureux entre ces deux comploteurs professionnels que sont Forge et Xavier (ces deux-là aiment ces conversations à l'abri des regards depuis Powers of X, quand le Professeur demanda au savant d'améliorer son casque Cerebro).

Le "reboot" de la seconde partie de l'épisode s'ouvre sur une nouvelle splash fascinante avec le dôme. Cassara est dans son élément car il a déjà prouvé dans X-Force qu'il adorait dessiner la végétation de Krakoa comme un corps bien vivant et parfois franchement bizarre, inquiétant. L'artiste apporte une touche plus organique à la série, et même les personnages sont touchés, avec moins de réalisme et de dynamisme que chez Larraz.

Parfois, Cassara fait penser à Jerome Opena, surtout à ses débuts (quand il dessinait Fear Agent), avec une pointe de Humberto Ramos, des exagérations morphologiques, des attitudes, des expressions. Son découpage est simple, direct, et colle à merveille à l'écriture, elle-même simple et directe, de Duggan. Ce sera intéressant de voir comment la série va évoluer avec ce style (même si Duggan a déjà annoncé que C.F. Villa produirait aussi des épisodes quand Cassara soufflera - mais ça ne me dérange pas car Villa m'a fait bonne impression quand il était sollicité, comme récemment sur les #13 et 14).

Cette "saison" 2 débute donc très bien : je sui content de retrouver les Enfants de la Voûte, positivement surpris par Forge, intrigué par le retour de Darwin. Duggan a su m'embarquer et Cassara me convaincre.

jeudi 3 juin 2021

HELLFIRE GALA, CHAPITRES I - II - III : MARAUDERS #21 (Gerry Duggan/Matteo Lolli) - X-FORCE #20 (Benjamin Percy) - HELLIONS #12 (Zeb Wells/Stephen Segovia)

 AVANT-PROPOS 

Ici commence le nouvel event mutant : Hellfire Gala. Celui-ci va concerner douze séries dont la publication va s'étaler sur quatre semaines, durant tout le mois de Juin. Comme pour X of Swords l'an dernier, j'ai choisi d'en rédiger le résumé et la critique par lots, en regroupant les épisodes qui sortiront chaque semaine (avec peut-être une exception pour Planet-Size X-Men, dans 15 jours), et en suivant l'ordre de lecture évidemment. J'espère que cela vous donnera envie de découvrir cet event qui s'annonce une fois encore très atypique.

*


On démarre donc avec Marauders #21, écrit par Gerry Duggan (le chef d'orchestre de l'event, sous la supervision de Jonathan Hickman) et dessiné par Matteo Lolli.


Sur l'île qu'elle a achetée à Namor, via Magneto, Emma Frost reçoit les invités du Gala du Club des Damnés, en compagnie de Kitty Pryde et Sebastian Shaw. Successivement, les Avengers, les Fantastic Four, le Dr. Strange et même des ambassadeurs de pays hostiles à Krakoa arrivent.


Après un petit concert télépathique de bienvenue, les invités conversent. La présence du Dr. Fatalis électrise l'ambiance. Un ambassadeur Shi'ar vient annoncer à Emma Frost que sa livraison est arrivée, mais elle n'a aucune idée de quoi il s'agit et délégue son frère Christian pour s'en occuper.


Tout semble bien se passer, même si Mr. Fantastic semble n'être venu que pour faire plaisir à son fils Franklin, couvé par Kitty Pryde. Et que Captain America dit à Cyclope qu'il espère qu'il sait ce qu'il fait après leur conversation quelques jours plus tôt...


On poursuit avec X-Force #20, écrit par Benjamin Percy et dessiné par Joshua Cassara.


La X-Force s'occupe de la sécurité du Gala. Kid Omega s'accroche brièvement avec Iron Man qui atterrit sur l'île au lieu d'arriver via un portail de Krakoa avec une fleur. Domino et Wolverine surveillent la livraison de diamants logiques par les Shi'ar dont Christian Frost accuse la réception.


Le Fauve observe les invités et vérifie qu'ils sont parasités à leur insu par des implants végétaux importés de Terra Verde, ce qui lui permettra ensuite de surveiller tout le monde. Mais Emma Frost surprend ce manège et rejoint Sage au PC de sécurité.


Tandis que Wolverine et Domino doivent règler une intrusion à l'extérieur, Emma ordonne à Sage de neutraliser les implants végétaux. Mais elle n'y arrive pas car ceux-ci ont été piratés...
 

On finit (pour cette semaine) avec Hellions #12, écrit par Zeb Wells et dessiné par Stephen Segovia.


Les Hellions n'ont pas été invités à la fête à cause de leur passé criminel. Seuls Psylocke, Havok et Mr. Sinistre se rendent au gala. Psylocke confie la surveillance du groupe à Greycrow, ébloui par la robe de sa partenaire, mais amer d'être ostracisé.


Finalement, après avoir descendu une bouteille d'alcool, Greycrow décide de désobeir à Psylocke et entraîne Nanny, Orphan-Maker, Empath, et Wild Child au gala. Leur arrivée ne passe pas inaperçu et le Pr. X confie à Havok le soin de veiller à ce que son équipe ne fasse pas de bêtise.
 

Mais évidemment tout va rapidement dégénérer et Magneto avec l'aide de Magik doit congédier les agitateurs. Seul Havok, au bras de Polaris, échappe à l'exclusion. De retour dans leurs quartiers, les Hellions voient surgir de l'ombre un clone à l'air menaçant de Mr. Sinistre...

Après X of Swords, dont le format et le développement étaient déjà spéciaux (quitte à déconcerter et décevoir les lecteurs - même si, pour ma part, j'ai apprécié), le Hellfire Gala s'annonce déjà comme un nouvel event mutant atypique. En effet, pas de grandes batailles à l'horizon mais une grande fête organisée par Emma Frost sur l'île qu'elle a acquise auprès de Namor, par l'entremise de Magneto (dans Giant-Size X-Men : Magneto), où sont conviés les plus grands héros mais aussi des représentants de plusieurs pays (pas tous amis avec la Nation X) et de l'univers (Shi'ars en tête). L'objectif de ce gala : nouer de nouvelles relations mais aussi présenter la nouvelle équipe des X-Men, élue par la communauté de Krakoa, et qui incarnera les champions de la "mutanité".

C'est Gerry Duggan (le scénariste de Marauders, mais aussi Cable et le futur auteur de la nouvelle série X-Men) qui est aux commandes de l'event, même si Jonathan Hickman le supervise. Marvel a abondamment communiqué et plusieurs séries ont fait mention de cette sauterie depuis plusieurs mois maintenant - on peut même dire que tout a commencé dans Giant-Size X-Men : Magneto et X-Men #16.

Plusieurs dessinateurs ont, pour l'occasion designé les costumes de gala des mutants, déployant une imagination débridée pour créer des looks qui évoquent ouvertement le MET gala, mélange de défilé de mode et d'oeuvre de charité où les stars du cinéma, de la chanson, des médias se présentent dans des tenues extravagantes, avec l'ambition affichée d'en mettre plein la vue mais aussi d'abolir les distinctions de races et de genres.

Tout cela n'a évidemment pas manqué de faire grincer quelques dents et de provoquer des ricanements ou de la consternation de la part de lecteurs (quand il ne s'agissait pas tout simplement de gens qui ne suivent pas/plus les séries X depuis que Hickman les a relancées), au prétexte que c'était grotesque, out of character, et j'en passe. A ces gardiens du temple qui prétendent savoir comment doivent être écrits les X-Men, je répondrai simplement  qu'il leur suffit de passer leur chemin au lieu de se complaire dans les râleries. Il s'agit de toute façon des mêmes qui se plaignent que rien ne bouge dans les comics mainstream mais qui, dès que ça frémit, se plaignent encore plus bruyamment que ça change trop.

Le principe de Hellfire Gala repose sur le fait que l'action se déroule lors d'une unique soirée dont tous les aspects sont montrées dans douze épisodes sur onze séries et un numéro spécial. C'est une construction qui impose aux scénaristes une coordination parfaite car il ne s'agit pas de raconter autre chose que ce qui est prévu dans ce laps de temps. A en croire les trois premiers chapitres publiés cette semaine, le contrat est rempli, il n'y a pas d'écart, les épisodes se répondent, se complètent harmonieusement, ce qui n'exclut pas quelques moments savoureux ou surprenants et quelques intrigues secondaires.

Dans Marauders, Gerry Duggan se concentre sur l'accueil des invités. Emma Frost, Kitty Pryde et Sebastian Shaw reçoivent en première ligne. Tempo (future membre de l'équipe des Marauders) épingle une fleur de Krakoa pour permettre aux convives de passer les portails donnant accès à l'île de la Reine Blanche du Club des Damnés, comme c'est le cas des Avengers. D'autres arrivent par leurs propres moyens sur plance, comme les 4 Fantastiques, le Dr. Strange, le Dr. Fatalis (qui a accepté de faire le déplacement bon gré mal gré).

Le scénariste insiste sur les détails qui vont faire phosphorer les fans : que dit Reed Richards au Pr. X ? Que fait exactement là Fatalis ? Pourquoi avoir accepter que des ambassadeurs de pays hostiles aux mutants viennent ? Certaines réponses sont données ensuite, dans X-Force notamment, mais d'autres demeurent inconnues.  C'est malin et accrocheur.

Malheureusement, Matteo Lolli dessine tout ça sans grand talent. Comme à son habitude, il rend une copie trop sage, avec des personnages manquant de consistance, de distinction. Dommage vraiment que Stefano Caselli n'ait pas pu signer cet épisode d'ouverture, auquel il aurait donné sans mal beaucoup plus de cachet.

Dans X-Force, très logiquement, Benjamin Percy détaille le dispositif de sécurité mise au point pour l'événement. Wolverine et compagnie sont réquisitionnés pour garantir que la soirée ne souffrira d'aucun accroc. On apprécie déjà de voir que le scénariste éclaire un point laissé en suspens par Duggan dans Marauders avec l'ambassadeur Shi'ar venu remettre un colis à Emma Frost (il s'agit de diamants logiques, qui permettent de stocker des informations en quantité quasi-infinie mais aussi d'alimenter des éléments technologiques mutants, comme l'enregistrement des copies mentales de chaque mutant afin que, lors de leur résurrection, grâce à Cérébro, Charles Xavier puisse doter à nouveau les revenants de leurs esprits).

Mais le véritable intérêt de l'épisode réside encore une fois dans les manigances du Fauve qui a imaginé une utilisation très discutable de la végétation spéciale de Terra Verde. Il s'en sert ici comme d'implants qui parasitent les invités à leur insu pour qu'ensuite il puisse les surveiller, une fois qu'ils seront rentrés chez eux. Tout le monde est ciblé, y compris les super-héros sur place, donc les Avengers, les FF. Une gigantesque opération d'espionnage qui vient alourdir le casier déjà bien rempli de Hank McCoy dont Percy a fait un des mutants les plus objectivement abjects.

Sauf que Emma Frost veille et remarque la manoeuvre puis ordonne à Sage de neutraliser ces implants. Pas si simple... Et c'est sans compter sur un autre souci : Deadpool veut taper l'incruste et Wolverine et Domino doivent l'en empêcher (si on a déjà droit à une belle petite bagarre, Wolverine #13 dans trois semaines devrait développer cette partie).

Joshua Cassara est fidèle au poste et illustre l'épisode brillamment. Il ne s'économise pas sur les décors (la salle de réception remplie d'invités) ni sur la figuration. Cela a un coût : l'artiste est moins inspiré pour les tenues de circonstance de la X-Force, qui ressemblent à des tuxedos moulants pas très beaux. Mais bon, Cassara fait vraiment bien sa part du boulot, surtout après Lolli, donc on lui pardonne.

Enfin, Hellions offre une rupture de ton bienvenue. Comme c'était déjà le cas lors de X of Swords, les vilains petits canards de la Nation X occupent une place à part dans le déroulement de l'histoire. Il était évident qu'ils n'allaient pas être invités, en dehors de Mr. Sinistre (qui siège au conseil de Krakoa et qui n'adore rien tant que de parader dans les soirées mondaines), Havok (qui est le frère de Cyclope) et Psylocke (à qui on doit bien quelques égards après que Betsy Braddock ait investi son corps pendant des années).

Zeb Wells s'amuse (et nous amuse) beaucoup avec cet épisode très drôle et cruel où, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu. Le scénariste connait bien ses personnages, leur passé, et il exploite tout cela dans une collection de scènes qui renvoient aux relations des Hellions avec le reste des mutants : Wild Child jaloux de Daken au cou duquel se jette Aurora, Nanny qui pour se venger d'avoir été écartée de la fête suit Sinistre toute la soirée pour lui faire honte, Greycrow qui tente d'exprimer ses sentiments auprès de Psylocke (on le comprend, elle est vraiment sublime dans sa robe échancrée), Orphan-Maker qui veut à tout prix goûter aux cocktails et qui a la mauvaise idée de se fier aux conseils de Empath...

Mine de rien, on se prend d'affection pour ces personnages pourtant infréquentables, mise au ban d'une société qui prétend pourtant intégrer tous ses sujets mieux que lorsqu'ils essayaient de s'assimiler au reste de l'humanité. 

En prime, Stephen Segovia, qui n'a pourtant rien d'un artiste de génie, se lâche avec succès, animant cette équipe d'électrons libres en soulignant à quel point leur présence dérange les hôtes du gala et qui se font renvoyer chez eux sans ménagement quand tout dérape franchement.

Ces trois premiers chapitres sont un régal, diversement illustrés, mais tous bien écrits. Une bonne entrée en matière, à la structure habile et fertile en péripéties. A suivre la semaine prochaine avec Excalibur #21 et X-Men #21...