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vendredi 3 mai 2019

DC'S YEAR OF THE VILLAIN #1, de Scott Snyder, Brian Michael Bendis, James Tynion IV, Jim Cheung, Alex Maleev et Francis Manapul

 

Demandez le programme ! DC publie ce Year of the Villain à la manière d'un dossier de presse pour annoncer comment vont se dérouler plusieurs histoires dans les mois à venir. C'est un peu fourre-tout, sous prétexte de nous faire croire que tout est lié, mais voilà de quoi prendre date, aussi bien pour précommander ses comics que pour éviter des tie-in.


- Doom (Ecrit par Scott Snyder, dessiné par Jim Cheung). - Lex Luthor dévoile à son complice, Brainiac, comment il compte mettre ses considérables moyens financiers à la disposition de tous les super-vilains pour une attaque coordonnée contre les super-héros. Avant de se faire exploser pour échapper à une arrestation par Captain Atom.


- Leviathan (Ecrit par Brian Michael Bendis, dessiné par Alex Maleev). - Batgirl est capturée après avoir aidé Green Arrow à appréhender Merlyn. Son ravisseur ne lui veut pourtant pas de mal mais lui soumet une alliance pour sauver le monde. Averti de la disparition de sa disciple, Batman écoute Damian Wayne/Robin supposer que Jason Todd/Red Hood est peut-être le maître d'oeuvre de Leviathan.
  

- Justice (Ecrit par James Tynion IV, dessiné par Francis Manapul). - En patrouille dans le secteur du Mur de la Source, la Justice League apprend que Perpetua, la mère du Multivers, s'apprête à réapparaître avec un mystérieux second... Qui n'est autre que Lex Luthor !

La disposition de ce numéro intrigue car si le segment écrit par Scott Snyder semble relié, logiquement, à celui de James Tynion IV (les deux scénaristes rédigent, parfois ensemble, les scripts de la série Justice League, au sein de laquelle s'est développée la Legion of Doom de Lex Luthor), en revanche Leviathan de Brian Michael Bendis ne présente aucun rapport avec la saga cosmique des deux premiers (puisque cet event murît dans les pages de Action Comics).

Pour ma part, évidemment, je suis plus intéressé par le projet de Bendis que je trouve très accrocheur et prometteur. Il a intégré Superman dans une histoire d'espionnage à grande échelle où le mystérieux Leviathan détruit toutes les officines, gouvernementales ou terroristes, sans qu'on sache pourquoi.

Cet aperçu lève un peu le voile en introduisant l'auteur de ces attentats non pas comme un simple méchant mais comme un individu, à l'identité encore inconnue, qui souhaite sauver le monde. Il s'en ouvre à Batgirl, qu'il considère comme la plus à même d'apprécier ce projet, et ses arguments sont troublants (les super-héros ont-ils jamais réussi à pacifier la Terre ? Non. Donc il faut essayer une autre méthode, qui passe visiblement par la suppression de toutes les agences de contrôle et les groupuscules criminels.).

Comme on peut le constater dans Action Comics actuellement, dont Bendis se sert comme d'une rampe de lancement pour Leviathan, il y a pléthore d'organisations de ce type dans le DCU, et même Superman (les yeux et les oreilles du monde) n'en a pas (pas toujours) conscience (voir la mafia invisible de Metropolis). Le choix de Bendis pour creuser ce sujet passe logiquement par des francs-tireurs et des détectives de métier : Batgirl, Green Arrow, mais aussi Batman, la Question, Plastic Man, Manhunter et... Lois Lane !

Taillé sur mesure pour Alex Maleev, c'est un récit qui a l'air passionnant, et qui sonne comme une revanche pour l'auteur (qui n'a jamais réussi à convaincre Marvel de lui laisser écrire une série sur Nick Fury et le SHIELD).

En ce qui concerne Doom et Justice, Snyder et Tynion IV posent les bases pour eux et d'autres. Perpetua, le Mur de la Source, le Batman-qui-rit, la Legion of Doom, Lex Luthor, tout cela sera prolongé dans les pages de Justice League (et, ponctuellement, dans d'autres titres, comme le précise un planning à la fin de la revue).

Mais on voit aussi, plus distinctement, l'implacation de Bane et Gotham comme un des théâtres du plan de Luthor : c'est le terreau d'un prochain arc ambitieux du Batman de Tom King (une histoire en huit épisodes, avec Tony S. Daniel au dessin).

Bref, c'est moins compact, plus dispersé que Leviathan (qui sonnera aussi le retour de Green Arrow, avant une nouvelle série régulière pour l'archer). Snyder et Tynion IV permettent aussi l'officialisation de la parution, dès Août prochain, d'un nouveau titre Batman/Superman, écrit par Joshua Williamson et dessiné par David Marquez (nouveau transfuge de Marvel), très alléchant, et qui verra le "World's Finest" aux prises avec le Batman-qui-rit (fusion de Batman et du Joker en provenance du Dark Multivers, apparu dans Dark Knights : Metal).

Selon qu'on est plus ou moins attiré par tel ou tel récit, on appréciera diversement cette "Année du Vilain". Mais force est de constater que DC depuis "Rebirth" enracine ses parutions événementielles profondèment (ce que ne réussit pas -plus ? - Marvel) avec un souci de rester accessible. 

jeudi 31 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #4, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton et Francis Manapul


La saga s'achève donc avec ce quatrième numéro et il fallait espérer que les scénaristes - Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton - en aient gardé sous le pied pour le grand final. De ce côté-ci, rien à redire : le dénouement est spectaculaire (mais pas que...). Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, Francis Manapul est aussi de retour pour conclure au dessin. Avec en fin de compte, une reconfiguration des Ligues de Justice...


La graine semée par les Titans Oméga a fait pousser quatre arbres sur Terre consécutivement à la destruction de Colu et de ses quatre plants arrivés à maturité. Mais désormais ces jardiniers cosmiques dominent notre planète, prêts à la dévorer. Et si Amanda Waller veut tenter de les repousser avec une attaque nucléaire, Green Arrow adresse un S.O.S. à Hal Jordan, déjà bien occupé avec le Green Lantern Corps à colmater le Mur de la Source. 


La fin tragique de Colu a traumatisé les quatre Ligues de Justice envoyées là-bas par feu Brainiac mais Vril Dox, son fils cloné, ne veut plus aider les héros et vilains de cette mission qu'il juge désastreuse. Il se téléporte sur Terre pour en précipiter la fin et venger son père.


Les Green Lanterns humains - Hal Jordan, John Stewart, Guy Gardner, Simon Baz et Jessica Cruz - arrivent à la prison de Belle Reve où a surgi le nouvel arbre d'Entropie et Vril Dox pour empêcher Amanda Waller de déclencher une riposte nucléaire contre les Titans Oméga et stopper le fils de Brainiac.


L'équipe Entropie de Batman se téléporte sur place grâce à un boom-tube d'Apokolopis de Cyborg et élabore un plan pour stopper les Titans en attendant l'arrivée des renforts. Il s'agit de faire converger l'énergie des trois autres arbres vers celui-ci puis d'expédier ce flux en direction du Titan Oméga Entropie, ce qui poussera les trois autres à le dévorer pour se sustenter.


Afin de détourner une telle masse d'énergie dans l'arbre d'Entropie, Cyborg se sert des données de Brainiac puis Hal Jordan matérialise une arbalète géante avec laquelle Green Arrow tire une flèche contenant les forces de Sagesse, Merveille et de Mystère en direction du Titan éponyme. Comme prévu, ses trois semblables l'engloutissent puis disparaissent, repus. Profitant de la situation, les vilains recrutés par Brainiac pour aider les quatre Ligues en profitent pour s'éclipser avant d'être arrêtés et incarcérés sur place, dans le pénitencier de Belle Reve.
  

Cependant, cette victoire oblige les héros à repenser leurs formations et leur missions car, même avec le Mur de la Source réparé, l'univers a été profondément altéré et il faut être paré pour de nouvelles menaces : Cyborg prend la tête de la Justice League Odyssey en charge des affaires cosmiques (avec Starfire, Azrael, Jessica Cruz et... Darkseid !), Wonder Woman veut veiller aux forces occultes avec la Justice League Dark (aux côtés de Zatanna, Man-Bat, Swamp Thing, Man-Bat et le détective Chimp), et enfin une nouvelle Justice League présidée par le Martian Manhunter compte dans ses rangs Superman, Batman, Wonder Woman, Flash, Aquaman, Cyborg, John Stewart et Hawkgirl. Green Arrow se voit remettre par J'onn J'onzz un coffret contenant toutes les données de Brainiac sur la JL afin de l'arrêter si elle représente un jour un danger pour la Terre.

Si on excepte le précédent épisode, un peu gâché par une partie graphique décevante, la tétralogie composée par Justice League : No Justice aura été un sans-faute pour moi. Concis, rapide, dense, efficace, spectaculaire, le récit a proposé un divertissement franchement impeccable et une redistribution des cartes bien menée pour préparer en quelque sorte l'Acte II de DC version "Rebirth".

Le dénouement de cette aventure parvient à une synthèse satisfaisante même si évidemment elle est expéditive et ne corrige pas quelques défauts et curiosités du projet. Parmi ces derniers, les scénaristes n'auront jamais justifié le nombre absurde de participants à l'expédition sur Colu, encore moins la présence dans leurs rangs de vilains (qui ont d'ailleurs peu pesé sur l'action - à l'exception notable de Luthor et Sinestro et du sacrifice surprenant de Starro). Cette véritable légion étrangère a aussi empêché de caractériser les acteurs de l'histoire, mais on sera plus indulgent sur ce point car on sait bien que les sagas de ce type n'aident guère à affiner psychologiquement ceux qui sont convoqués.

On passera aussi sur quelques facilités bien pratiques comme le fait, dans cet ultime volet, que tout ce contingent de héros et vilains, lâchés par Vril Dox, doit trouver un moyen de regagner la Terre au plus vite et que l'utilisation d'un boom-tube - la technologie d'Apokolips contenue dans l'exosquelette de Cyborg aura été bien providentielle (pour contourner celle de Brainiac au moment d'absorber la banque de données dans l'arbre de la Sagesse sur Colu ou, donc, rejoindre notre planète au pic de la crise). Mais c'est aussi le jeu : il faut accepter ces raccourcis, ces béquilles scénaristiques, on n'est pas dans un récit réaliste de toute façon, et il faut tout boucler en quatre épisodes.

L'objectif de Justice League : No Justice était de toute façon moins de vaincre les Titans Oméga (on se doutait bien qu'ils ne boufferaient pas la Terre) que de justifier honnêtement la création de trois Ligues de Justice annoncés avant même la mini-série. Et là, pas de souci, tout est disposé de manière crédible, acceptable : les héros ont compris que leurs actions passées et récentes ont créé de nouveaux champs des possibles, donc autant de menaces potentielles, et il faut donc se préparer à y faire face sans tarder mais avec des effectifs correspondants.

La Justice League classique, qui sera écrite par Scott Snyder et dessinée par Jim Cheung et (surtout) Jorge Jimenez, sera l'équipe des titulaires, la formation en première ligne : son effectif est fourni (pas moins de neuf membres - on se croirait revenu au temps de Brad Meltzer, en souhaitant que ce soit mieux exploité).
La Justice League Dark fait son retour (après avoir été un des titres les plus plaisants des "New 52") et s'occupera des affaires magiques. Wonder Woman devra cumuler son poste de leader de ce groupe avec celui qu'elle occupe dans la JL, mais comptons sur James Tynion IV et Alvaro Martinez pour produire une série captivante (l'auteur en parle comme d'un "vieux rêve").
Enfin, la Justice Ligue Odyssey de Joshua Middleton et Stepjan Sejic n'est pas complètement prête à l'usage à la fin de No Justice car Darkseid en sera un des membres : une recrue de choc, dont on se demande comment elle sera intégrée, mais qui donnera du poids à ce groupe opérant dans l'espace.

Pour terminer, un mot quand même sur le retour de Francis Manapul (qui pourrait maintenant s'atteler à un graphic novel Aquaman : Earth One, depuis longtemps dans les tuyaux) qui livre de superbes planches, souvent doubles, avec un encrage plus soutenu. Si la couverture et les crédits intérieurs le citent comme unique artiste, j'ai quand même l'impression que Marcus To a signé la première page avec le Green Lantern Corps, mais je ne peux rien assurer. Manapul en tout cas s'occupe bien du reste et avec brio, prouvant qu'il a les épaules pour animer un casting aussi abondant dans un concentré d'action spectaculaire, même si, à l'avenir, DC devra veiller à préparer plus longtemps à l'avance une parution hebdomadaire pour dispenser les lecteurs de fill-in moins convaincants.

Rendez-vous le 6 Juin maintenant pour assister aux premiers pas de la nouvelle série Justice League made by Scott Snyder et Jim Cheung, à un rythme bimensuel (puis en Juillet pour la Justice League Dark). 

jeudi 17 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #2, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton, Francis Manapul et Marcus To


Justice League : No Justice se lit comme un sprint avec sa parution hebdomadaire. Mais ce rythme a un avantage considérable : compte tenu de son casting pléthorique et du foisonnement de son intrigue, on ne risque pas ainsi d'oublier ce qui s'est passé dans l'épisode précédent. Il n'empêche, il faut être disposé à s'installer dans ce train lancé à toute allure car les scénaristes ne lèvent pas le pied avec ce deuxième chapitre toujours aussi mouvementé.


Les vingt héros et vilains recrutés par Brainiac débarquent après la mort de ce dernier, dont le cerveau a grillé à cause du piratage orchestré depuis la Terre par Amanda Waller, sur la planète Colu dont il était le maître tyrannique. La population est affolée à la fois par la présence d'un des Titan Oméga venu détruire ce monde et celle de ces énergumènes costumés aux couleurs de leur leader.


Suivant les instructions de Brainiac, les héros et vilains, sous l'impulsion de Lex Luthor, se séparent en quatre Ligues de Justice pour atteindre les quatre arbres correspondant aux semences des Titans Oméga - l'équipe Entropie de Batman avec Lobo, Deathstroke, Beast Boy, Luthor ; l'équipe Merveille de Wonder Woman avec Zatanna, Etrigan le démon, Raven, Dr. Fate ; l'équipe Mystère de Superman avec le Martian Manhunter, Sinestro, Starfire, Starro ; et l'équipe Sagesse de Flash avec Cyborg, Harley Quinn, Atom, Robin.
  

Mais chaque arbre dispose d'un système de défense repoussant ces intrus trop curieux, obligeant chaque membre de chaque équipe à agir solidairement. C'est l'équipe Mystère qui, la première réussit à traverser la protection de l'arbre qui lui correspond et elle y fait une découverte renversante.


Là sont entreposés des centaines (milliers ?) de containers remplis de mondes miniaturisés, autant de planètes et d'habitants que Sinestro pense d'abord à commander mais que le Martian Manhunter veut d'abord délivrer car c'est là leur vraie mission - et peut-être la clé de la victoire contre les Titans Oméga.


Cependant, sur Terre, Amanda Waller, grâce aux données qu'elle a hackées en attaquant Brainiac, se dirige vers la Forteresse de Solitude de Superman avant de trouver sur sa sorte Green Arrow qui l'informe que tous les héros restants ont été placés dans une sorte de stase par le Coluan - lequel avait en fait pour objectif de sacrifier la Terre pour sauver sa planète. Or, sur Colu, l'équipe Entropie découvre dans son arbre l'Ultra-Pénitence dont une des cellules a pour prisonnier Vil Drox, le fils cloné de Brainiac, qui leur confirme l'intention de son père en les amenant ici.

Avec Justice League : No Justice, il flotte comme un air de "Crisis" (davantage celle de Marv Wolfman que celle de Geoff Johns) : on n'a pas (pas encore ?) droit à un ciel rouge annonciateur de l'apocalypse - et d'un reboot - mais par contre cette mini-saga possède un vrai souffle, celui de l'aventure, avec ses alliances improbables, ses menaces hors normes, ses twists imprévisibles, et ses révélations haletantes.

Pour cela, on comprend vraiment pourquoi Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton ont embarqué tant de personnages pour leur mission sur Colu contre les Titans Oméga. Il ne s'agit pas tant de disposer d'une armée que de créer des groupes avec des objectifs en relation avec leurs talents particuliers. Et à ce jeu, on a quelques surprises de taille, notamment du côté des leaders.

Voir Lex Luthor réussir à convaincre Batman (pourtant le stratège absolu) de la pertinence de sa tactique (et celle de Brainiac accessoirement) est savoureux. Assister à l'émergence du Martian Manhunter dans l'équipe de Superman confirme que son retour au premier plan (après la saga Metal de Synder) indique que le personnage n'est plus un extra-terrestre de second plan. 

En revanche Harley Quinn dans une équipe conduite par Flash et Cyborg (donc plutôt science et technologie) relève plus de la fantaisie d'auteurs. Et la "team Wonder" constituée de magiciens est plus classique.

Malgré donc quelques menues réserves, on ne s'ennuie pas et le grand spectacle est au rendez-vous : Francis Manapul a besoin du renfort de Marcus To, dessinateur moins flamboyant que lui mais très solide et compatible, pour réaliser ces plances. To s'occupe plus particulièrement des scènes avec Amanda Waller et Green Arrow sur Terre et de quelques cases complémentaires sur Colu. Manapul s'illustre dans une collection de doubles planches qui, si elle masque mal leur répétition systématique, ont le mérite de montrer les personnages ensemble et donnent un aspect "widescreen" à l'histoire.

La découverte finale du plan réel de Brainiac et l'apparition du fils cloné de celui-ci (immédiatement arrogant et brillant, comme l'était son géniteur, donc tout aussi équivoque) fournissent largement de quoi donner envie de lire la suite. Rendez-vous dans une semaine ! 

jeudi 10 mai 2018

JUSTICE LEAGUE : NO JUSTICE #1, de Scott Snyder, James Tynion IV, Joshua Middleton et Francis Manapul


Les mois de Mai et Juin vont être intenses chez DC Comics, à commencer par la publication hebdomadaire des quatre numéros de cette mini-saga Justice League : No Justice, écrite par Scott Snyder, James Tynion IV et Joshua Middleton, et dessiné par Francis Manapul (qui se faisait trop rare). Au menu : du très grand spectacle, mené à un train d'enfer, avec des enjeux cosmiques, et un casting pléthorique. Mais surtout parfaitement lisible et captivant. Prêts à embarquer dans ce grand 8 ?
  

John Stewart a convoqué tout le corps des Green Lantern pour colmater la brèche du Mur de la Source, endommagé par la dernière bataille menée par la Justice League (dans la saga Metal). L'urgence est indéniable car derrière se trouve une énergie destructrice qui pourrait anéantir notre univers, celle du Dark Multiverse.


Sur Terre, Brainiac a débarqué et enlevé une importante partie des héros. Superman a tenté de s'interposer mais son adversaire lui a montré télépathiquement la menace qui nécessite de telles mesures. Les justiciers se réveillent donc dans l'immense vaisseau du roi de Colu, rhabillés de tenues customisées.


Ils rejoignent le cockpit où les attend leur hôte qui tenant le lasso de vérité de Wonder Woman ne peut leur mentir sur la raison de leur enlèvement. Même les plus réfractaires et les plus méfiants sont obligés d'accepter leur sort en comprenant que le danger impose une alliance inédite. Inédite car des vilains sont aussi invités à grossir les rangs de cette armée pour le bien commun !


Sur Terre, le passage-éclair de Brainiac s'est présenté comme une opportunité pour d'autres, spécialement Amanda Waller, la patronne de la Suicide Squad, qui a intercepté les coordonnées de l'extra-terrestre et réuni une section de hackers afin de pirater son vaisseau et absorber ses données - officiellement au cas où les choses tourneraient mal.


Cependant, Brainiac résume la situation : jadis, quatre frères, les Destructeurs Entropie, Mystère, Merveille et Sagesse, ont ensemencé toutes les planètes où la vie s'était développée. Aujourd'hui, l'heure de la récolte a sonné et pour se sustenter, les quatre géants vont consommer leur jardin cosmique en consommant les mondes. Colu comme la Terre sont en danger. Mais Brainiac n'a pas le temps de développer son plan car Amanda Waller a lancé son piratage et il perd connaissance...

N'y allons pas par quatre chemins : en termes d'entrée en matière, cette saga est un modèle du genre et la coordination entre ses trois auteurs est parfaite. On sent que Snyder, Tynion IV (dont Snyder a été le mentor durant les "New 52") et Middleton ont vraiment beaucoup bossé en amont pour accorder leurs violons, et la lecture s'en trouve fluidifiée de manière impeccable.

L'effort est d'autant plus louable que No Justice ne fait pas les choses à moitié avec son casting très abondant, sa menace énorme, et sa narration parallèle (dans le temps - avec un flash-back sur la nature du danger - et l'espace - avec plusieurs sites exposés). Faire tenir tout ça en un seul épisode introductif sans égarer le lecteur ni le saturer d'infos est un exploit.

Il y a une ambition cinématographique digne des blockbusters ici, c'est évident : DC n'a guère d'inspiration avec ses films et c'est comme si les scénaristes, soutenus par le staff éditorial, prenaient leur revanche en profitant à fond du média comics, des moyens de la bande dessinée, pour se "payer" tout ce que la Warner échoue à produire sur le grand écran (et aussi sur le petit car des séries comme Arrow, Supergirl, Flash ou DC's Legends of Tomorrow ne valent vraiment pas tripette)..

Qu'un méchant, historiquement lié à Superman, soit à la manoeuvre pour sauver l'univers ajoute une pointe de malice au dispositif en même temps qu'elle met le kryptonien au centre du DC Univers, peu avant sa refonte par Brian Michael Bendis. C'est habile sans être forcé. Tout comme l'est le geste d'Amanda Waller, qui est à la fois tactique (se méfier de Brainiac) et opportun (prévenir plutôt que guérir, "officiellement"). Et on a à peine vue les Destructeurs (tout comme dans DC Nation #0) !

Visuellement, avoir fait appel à un artiste rapide, efficace et flamboyant comme Francis Manapul est une autre idée géniale car il se faisait rare depuis un certain temps (c'est donc un plaisir de le relire) mais aussi parce que son découpage est à la hauteur de l'événement. Il y a beaucoup de doubles pages dans ce premier chapitre (et il risque d'y en avoir un paquet dans les trois prochains numéros) mais elles sont audacieusement composées, de sorte qu'on a une proposition de lecture puissamment originale et pas simplement une succession de grandes images bien remplies. 

Ajoutez-y une colorisation qui n'hésite pas à utiliser une palette très vive mais adéquate pour ce genre de baroud : on en prend plein la vue.

Si Metal était parfois confus et pénible à suivre, donnant l'impression de vouloir être à la fois une saga globale et la rampe de lancement de spin-offs, avec son lot de retours de personnages disparus entre le passage des "New 52" à "Rebirth", Justice League : No Justice séduit par une intrigue plus directe et un but déjà défini. Stratégiquement, c'est d'une (fausse) simplicité exemplaire, en se passant de tout logo marketing artificiel : Marvel peut en prendre de la graine, quand on veut relancer ses publications mieux vaut s'appuyer sur une histoire que sur des slogans.   

mercredi 27 décembre 2017

DC HOLIDAY SPECIAL 2017


C'est une tradition chez DC Comics : chaque fin d'année, l'éditeur publie un numéro pour célébrer l'esprit de Noël dans un fascicule regroupant leurs héros emblématiques écrits et dessinés par des auteurs et artistes en vue. Je n'ai pas eu toujours l'occasion de les lire mais le cru 2017 est particulièrement accrocheur avec un casting de première classe.


- The Reminder (Part 1) (Jeff Lemire & Guiseppe Camuncoli). Un barman reproche à John Constantine, le chasseur de démons, de voir toujours l'avenir en noir et menace de le mettre à la porte s'il continue de miner le moral de sa clientèle. Puis servant Clark Kent, qui doute aussi du futur, il entreprend de lui raconter quelques histoires susceptibles de lui redonner foi...

On commence par ce prologue malicieux où Jeff Lemire (de retour chez DC après un séjour en demi-teinte chez Marvel) teste les limites du cynisme de John Constantine (héros de la série Hellblazer) et de l'idéalisme de Superman. Une manière habile de présenter le programme qui va suivre, joliment mis en images par Guiseppe Camuncoli, qui a, lui aussi, quitté Marvel (où il oeuvrait sur Amazing Spider-Man) cette année.


 - Batman : Twas the night before Christmas (Denny O'Neil & Steve Epting). Conduit par Alfred Pennyworth, son majordome, Batman va délivrer le couple Brandon séquestré par Fritzy dans leur résidence de Mount Hawley. Le jeune homme agit ainsi parce qu'enfant, lui et sa défunte grand-mère s'étaient vus refuser l'hospitalité par les parents Brandon la veille de Noël et aujourd'hui l'esprit de la défunte réclame vengeance.

Le vétéran Denny O'Neil fait équipe avec un de ses plus grands fans, l'excellent Steve Epting (qui avait signé il y a quelques mois le premier arc de la nouvelle série Batwoman) et les promesses de cette collaboration inédite sont superbement tenues. Un zeste de fantastique, une ambiance tendue, le poids d'un passé douloureux, tout est là : on est comblé. Le scénario est d'une fluidité impeccable, les dessins magnifiques (avec une colorisation parfaite de Dave McCaig).


- Green Arrow & Black Canary : You better think twice (Mairghread Scott & Phil Hester). Green Arrow convainc Black Canary de se déguiser en Père et Mère Noël pour apporter des cadeaux à des orphelins. En route, ils surprennent le braquage d'un fourgon et arrêtent les voleurs mais la bagarre a raison de leurs accoutrements, quoique cela ne fasse aucune importance pour les enfants.

Le couple le plus volcanique de DC Comics nous entraîne, sous les plumes de Mairghread Scott (une découverte) et du toujours fringant Phil Hester, dans une aventure amusante et tonique. Le caractère bien trempé des deux héros dynamise un récit classique à la morale touchante sans être mièvre. Léger mais avec du swing.


- Sgt. Rock : Going down easy ! (Tom King & Francisco Francavilla). Le Sergent Rock se rappelle comment un de ses soldats de la "Easy Company", Hammerman, captura un officier allemand avant qu'un obus n'explose près d'eux. Bien que blessé par un éclat de shrapnel, Hammerman garda huit nuit d'affilée son prisonnier sous la menace de son fusil, attendant des renforts, avec confiance, motivé par la fierté pour un juif comme lui d'avoir eu un nazi.

Quand, il y a quelques semaines, Tom King avait annoncé avoir "pitché" à DC Comics une histoire du Sergent Rock (immortalisé pendant longtemps par le légendaire Joe Kubert), bien des dessinateurs s'étaient portés candidats pour participer au projet. Avant peut-être de voir plus grand, le scénariste de Mister Miracle a produit cette nouvelle avec Francesco Francavilla, une histoire dramatique (la plus noire du lot) mais poignante, où le découpage en "gaufrier" porte la signature de King. La prestation de l'artiste est plus inégale, mais ne boudons pas notre plaisir.


- The Flash : Hope for the holidays (Joshua Williamson & Neil Googe). Flash affronte le Rainbow Raider dans l'aéroport de Central City, mais sa victoire provoque une chute de neige qui empêche tout avion de décoller. Pour s'excuser, il transporte les uns après les autres chacun des passagers à sa destination... Avant de retrouver à San Francisco Wally West pour réveillonner tranquillement avec lui.

L'équipe qui anime la série Flash mensuellement est aussi aux commandes de ce récit très divertissant, qui dégage un vrai charme. Joshua Williamson imagine une situation issue des conséquences d'un affrontement remporté par le héros et en tire un rebondissement savoureux. Neil Googe illustre ça de manière très expressive, avec la vivacité qui sied au speedster en chef de DC.


- Deathstroke : A Wilson christmans family (Christopher Priest & Tom Grummett). Alors qu'il jure au téléphone à sa femme Adeline qu'il est en train de lui acheter son cadeau de Noël, Slade Wilson remplit un contrat en compagnie de Wintergreen. Mais il se replie aussitôt sa mission accomplie pour rejoindre sa famille victime d'un accident de la route sans gravité, pour la plus grande joie de son fils.

Sans discussion, le segment le plus faible et même le plus déplacé de la collection : on ne comprend pas bien ce que fait là un tueur comme Deathstroke (quand bien même le personnage bénéficie de sa propre série mensuelle) et je m'étonnerai toujours du prestige dont jouit Christopher Priest comme scénariste car son histoire ne vaut pas grand-chose. Tom Grummett imite assez bien le style de José-Luis Garcia-Lopez, mais ne sauve pas l'affaire. Un faux pas.


- Superman & Lois Lane : Driver's seat (Max Landis & Francis Manapul). Après avoir arrêté un scientifique licencié de son laboratoire et qui venait de commettre un vol, Superman le remet à la police et Clark Kent rejoint Lois Lane qui vient d'emboutir sa voiture. Tenant à ce véhicule qu'elle possédait depuis l'université, elle tente de se changer les idées en passant les fêtes chez des amis. Superman lui fait un touchant cadeau, plein d'à-propos, pour la consoler.

En revanche, les retrouvailles de Max Landis et Francis Manapul, après leur épisode dans la mini-série Superman : American Alien, est une vraie merveille. Le scénario tient à peu de choses mais possède un charme indéniable et surtout exploite superbement l'image de Superman, éternel bon samaritain, un peu moraliste, très philosophe, et généreux. Les dessins sont somptueux, évoquant parfois Will Eisner par leur force expressive mais sans emphase. Un pur bonheur.


- Atomic Knights : Silent Night (Dan Didio & Matthew Clark). Le Maire de Durvale alerte ses citoyens d'une attaque de trèfles mutants, menée par l'ancien chevalier atomique Javins. Les compagnons de ceux-ci refusent de le croire mais se préparent à l'assaut. En vérité, les plantes veulent sceller un accord de paix en se joignant pour Noël aux habitants de la cité ayant survécu à la guerre nucléaire.

Difficile de dire "non" au patron et donc Dan Didio a glissé son histoire dans les onze fables de ce numéro : le résultat est franchement quelconque, pas honteux ou indigne mais dispensable. Les dessins de Matthew Clark sont soignés. Voilà, voilà.



- Teen Titans : Holiday spirit (Shea Fontana & Otto Schmidt). San Francisco est attaquée par des spectres terrifiants mais les Teen Titans les font fuir. Starfire, qui ne comprend pas pourquoi les humains célèbrent Noël, s'éloigne lorsqu'elle repère un dernier esprit effrayant les civils et intervient pour le chasser avec le renfort de ses amis. Elle saisit alors ce que signifie l'esprit de cette fête.

L'argument est plutôt malin - jouer sur l'incompréhension culturelle de Starfire - mais il est faiblement développé par Shea Fontana, plus intéressée par l'action que par l'esprit de Noël pourtant convoqué dans le titre de son récit, qui se clôt de manière mièvre. Les dessins d'Otto Schmidt ont une fraîcheur certaine mais manque de consistance, à l'image de ce qu'ils doivent illustrer. Bof.


- Swamp Thing : The echo of the abyss (Scott Bryan Wilson & Nic Klein). Depuis six mois en quarantaine dans la station spatiale Archer, l'équipage n'a pas le coeur à fêter Noël comme le voudrait Ciampo car sur Terre la menace d'une guerre gronde. Démoralisé, il songe à se suicider mais la branche de gui qu'il a laissée tomber se transforme en la créature du marais et tente de le rassurer. A son réveil, incapable d'expliquer sa mésaventure, Ciampo a la bonne surprise de voir ses co-équipiers préparer la décoration d'un sapin.

Une surprise positive que ce récit mettant en scène de façon fugace la Swamp Thing dans un cadre inattendu : je n'avais rien lu de Scott Bryan Wilson auparavant mais il s'en sort très bien. Et il profite aussi de la contribution non négligeable d'un excellent dessinateur en la personne de Nic Klein (dont la série Drifter, écrite par Ivan Brandon, vient de s'achever chez Image), dont le style est bien inspiré par celui de Moebius et ses disciples franco-belges, comme Ralph Meyer. Epatant.


- Batman & Wonder Woman : Solstice (Greg Rucka & Bilquis Evely). Batman arrête un voleur à la tire une nuit tandis que Wonder Woman apporte de l'eau potable à des immigrés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Leurs bonnes actions accomplies, ils se retrouvent pour célébrer le solstice d'hiver devant un feu de bois dont la lumière leur rappelle que celle-ci triomphe toujours.

En quelque sorte, la lettre d'adieu de Greg Rucka à sa chère Wonder Woman (dont il a laissé l'écriture depuis peu à James Robinson) qu'il associe à Batman dans une histoire soulignant, un peu pesamment, les différences symboliques : le protecteur de Gotham agissant la nuit, l'amazone intervenant le jour, tous deux s'accordant sur le fait que Superman contrairement à eux produit sa propre lumière. Pas très subtil mais divinement dessiné par la talentueuse Bilquis Evely, un talent que DC devrait plus exploiter (elle s'est exercée sur WW sans s'attarder).
  

- The Reminder (Part 2). Clark Kent, revigoré par les fables du barman, retrouve John Constantine dehors et pour lui remonter le moral l'invite à dîner chez lui, en famille. Suffisant pour apaiser le cynique détective de l'occulte ?

La chute, qui renoue avec l'introduction mettant en scène le duo Clark Kent-John Constantine, est savoureuse et referme ce consistant fascicule dont le bilan global est plus que satisfaisant. Dommage que Marvel n'imite pas son concurrent avec une publication semblable... A l'année prochaine pour un nouveau numéro !

mardi 4 février 2014

Critique 404 : FLASH, VOLUME 3 - GORILLA WARFARE, de Francis Manapulet Brian Buccellato

THE FLASH: GORILLA WARFARE rassemble les épisodes 13 à 19 de la série co-écrite par Brian Buccellato (seul pour les #18-19) et Francis Manapul et dessinée par Francis Manapul (#13-17), Marcus To (10 pages du #15) et Marcio Takara (#18-19), publiée en 2013 par DC Comics.
Deux histoires au programme :
- Gorilla Warfare (#13-17). Après avoir affronté les Lascars, un groupe de malfrats, Flash est à bout de force. C'est alors que pleut sur Central City des dizaines de capsules d'où sortent des gorilles menés par le Roi Grodd. Ce dernier, dont la force et la rapidité ont été dopées par la Force Véloce, cette dimension parallèle d'où Flash tire ses pouvoirs, entend bien non seulement envahir la ville mais aussi voler au bolide rouge son énergie et l'accès à celle-ci. Contre toute attente, les Lascars décident de se combattre au côté de Flash. Mais cela suffira-t-il ? 
J'avais laissé tomber la lecture de la série Flash en arrêtant d'acheter rapidement la revue "DC Saga", avant la fin de son premier arc (des épisodes qui ne m'ont pas fait forte impression, au moins au niveau du scénario). En me replongeant dans le mensuel et le titre qui lui a succédé, "Justice League Saga", j'ai pu commencer avec la troisième histoire.

Il m'a fallu un petit temps pour m'adapter car le tandem Brian Buccellato-Francis Manapul fait référence à des éléments d'épisodes antérieurs, mais l'un dans l'autre, rien d'insurmontable.
L'intrigue, si j'ose dire, court beaucoup de lièvres à la fois et jongle avec une multitude de personnages qui ne rendent pas vraiment service au déroulement de l'action. Entre Flash, les Lascars, le roi Grodd, son armée de gorilles, et le supporting cast de Barry Allen (sa fiancée Patty Spivot, son ami Darryl, Iris West et les autres prisonniers de la dimension de la Force Véloce), ça fait beaucoup (trop) de monde pour une histoire en cinq parties. Ecrire, c'est choisir, et visiblement Manapul et Buccellato n'ont pas su le faire.

Au coeur de tout cela, il y a la lutte entre Grodd et Flash, le premier disputant au deuxième la propriété exclusive de la Force Véloce. Leur combat réserve des séquences spectaculaires mais curieusement le scénario manque de souffle pour traduire l'ampleur que prend la situation à plusieurs moments (comme lorsque les gorilles capturent les citoyens de Central City pour les parquer dans le stade municipal où ils servent à alimenter mentalement le bras droit de Grodd, qui projette ainsi une illusion faisant croire à l'armée que la ville subit une attaque nucléaire... Résumer cela montre bien à quel point le récit est inutilement tarabiscoté).
Le rôle des Lascars eux-mêmes fait tiquer le lecteur : voilà une bande de fripouilles qui avait réussi à épuiser Flash mais qui sont ensuite prés à l'aider contre Grodd au prétexte que le gorille s'attaque à leur ville, comme s'ils avaient l'exclusivité pour en agresser les habitants et leur protecteur ! Dans les épisodes présents, ils servent donc ni plus ni moins qu'à suppléer Flash quand celui-ci est k.o. ou qu'il ne peut pas affronter toute l'armée de singes à lui seul. On peut raisonnablement douter que des vilains comme eux ne choisiraient pas plutôt de fuir ce genre d'ennuis plutôt que de se transformer subitement en sauveurs de la cité.

Si, malgré tout, on parvient à se faire une raison de tout cela, ce n'est pourtant pas désagréable à lire, surtout à partir du moment où Flash trouve le moyen de vaincre Grodd. La façon dont il a l'idée pour gagner et comment il l'applique est vraiment surprenante et donne à voir des applications des pouvoirs du bolide écarlate très originales : c'est d'ailleurs le point fort de Manapul et Buccellato depuis le début de leur run, avoir su imaginer que Flash n'était pas qu'un super-héros qui courait vite mais que sa vitesse affectait aussi sa capacité de raisonnement, que la dimension parallèle de la Force Véloce qui lui donne ses pouvoirs est un endroit qui altère la réalité toute entière à la fois dans l'espace et le temps et que, donc, elle pouvait toucher et métamorphoser l'entourage direct du héros.

Cela permet à Francis Manapul de laisser libre cours à sa verve graphique déchaînée. L'artiste s'inspire avec ses découpages, et jusque dans le titrage de la série, de dessinateurs comme Will Eisner et J.H. Williams III, avec des cadres en forme d'éclairs, des pages aux vignettes éclatées, des bordures en déséquilibre constant. Cela pourrait ressembler à un exercice de style un peu gratuit, mais en vérité c'est une traduction visuelle très intelligente et parfois virtuose des effets des pouvoirs propres à Flash, capable d'anticiper l'avenir, de disloquer le tissu du réel.
L'impact est d'autant plus saisissant que Manapul représente les personnages avec un style qui n'emprunte pas la voie classique du réalisme : son trait est simple, vif, mais par un jeu de contraste très fort, ce dessin énergique est prolongé par une mise en scène très sophistiquée. Le dispositif est exigeant aussi bien pour le lecteur qui doit parfois s'arrêter sur des doubles pages complexes dans leur construction que pour l'artiste, obligé sur l'épisode 15 d'être secondé par Marcus To.

La colorisation de Brian Buccellato est appliquée directement sur un dessin encré certes mais qu'elle atténue parfois avec des effets aquarellés de toute beauté, pour indiquer que certaines scènes se déroulent dans le passé ou dans la dimension de la Force Véloce. On ne peut qu'être épaté qu'avec une telle technique la série soit prête chaque mois sans retard, d'autant que donc Buccellato et Manapulo cumulent les postes de scénaristes et de graphistes.

Dommage cependant qu'un tel feu d'artifices ne serve pas à enjoliver une meilleure histoire.

- The Hero's Journey / The Stuff of Heroes (#18-19). Un cambriolage a lieu dans une bijouterie dont le gardien est tué. Barry Allen, en attendant d'être réintégré au sein de la brigade scientifique de la police de Central City, gagne sa vie en travaillant dans un bar louche la nuit, et y croise le Charlatan, un ancien membre des Lascars. La police interpelle le malfrat en l'accusant du vol et du meurtre. Barry Allen est convaincu de l'innocence du Charlatan mais bientôt la prison d'Iron Heights où il est incarcéré est prise d'assaut par le gang des Etrangers qui veulent l'en faire sortir...

Pour ce deuxième récit, Brian Buccellato est seul aux commandes du scénario et Francis Manapul cède sa place à Marcio Takara au dessin.
Le récit a pour lui sa concision et cette brièveté lui donne une densité qui faisait défaut à Gorilla Warfare. Là, en deux épisodes, on a un maximum de rebondissements au sein d'une intrigue certes classique, avec le thème rebattu du faux coupable, mais c'est bien ficelé, assez en tout cas pour qu'on ne devine pas avant la fin qui est le véritable meurtrier.
A la fin de l'épisode 18, Flash perd brusquement ses pouvoirs : c'est une conséquence provenant d'une autre série, inédite en vf (Dial H for HERO), mais parfaitement intégré et assimilable pour le lecteur qui ne lit que Flash. En prime, cela conduit à l'épisode 19 où c'est donc Barry Allen, devant faire preuve d'ingéniosité dans une situation critique (il est à l'intérieur de la prison où les amis du Charlatan sont venus le libérer), qui est mis en avant : cela évoque de façon savoureuse le film Die Hard 1 (Piège de Cristal en vf).

Marcio Takara remplace plutôt bien Manapul aux dessins. S'il n'a pas son inventivité pour le découpage et que son trait est parfois un peu sommaire, c'est un fill-in honorable, rien de déplorable et même, parfois, sur quelques cases/pages, une belle efficacité.

Un recueil d'épisodes inégal pour ce qui concerne l'écriture mais d'un niveau graphique souvent bluffant.

mercredi 2 novembre 2011

Critique 278 : DC HEROES 5 - FLASH, de Geoff Johns et Francis Manapul

Le 5ème numéro de la revue trimestrielle DC Heroes (le dernier que Paninicomics traduit, DC Comics sera distribué en France par Dargaud en 2012 sous le nom d'Urban Comics) rassemble les 6 premiers épisodes de la série Flash, écrite par Geoff Johns et dessinée par Francis Manapul, publiée par DC Comics en 2010 et 2011.
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La monstrueuse mort des Lacars (The dastardly death of the Rogues, en vo) raconte comment Flash (alias Barry Allen, revenu dans le monde des vivants depuis la saga Final Crisis, écrite par Grant Morrison) est accusé de meurtre par une équipe de super-policiers du futur, les Renégats, en provenance du XXVème siècle. La victime est un des membres du groupe, mais là où l'affaire se corse, c'est que le crime n'a pas encore eu lieu à notre époque !
Dans le même temps, Barry Allen, malgré les protestations du directeur de la brigade scientifique (où il a repris son poste), s'intéresse à un dossier classé : le fils d'une vieille femme noire a été reconnu coupable d'un crime crapuleux. Et si les deux affaires étaient liées, et qu'en résolvant l'une, Flash sauvait sa peau et celle d'un innocent...
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25 ans après sa mort sacrificielle dans Crisis on infinite earths, le retour de Barry Allen, le Flash du "silver age", imaginé par le mythique éditeur Julius Schwartz et le scénariste John Broome en 1959, a été le point fort de la saga Final Crisis de Grant Morrison. Pour toute une génération de lecteurs, le décés de Barry Allen avait été un fait aussi marquant que celui de Jean Grey/Phénix (dans Uncanny X-Men) ou Captain Marvel (dans La mort de Captain Marvel) : d'une certaine manière, le personnage a gagné, en mourrant, une dimension iconique plus forte encore que de son vivant.
Mais cette résurrection a aussi déplu à ceux qui lui préféraient son successeur, Wally West : même si les deux speedsters ont co-existé (comme on le voit dans Blackest night), il est évident que Allen a repris sa place en haut de l'affiche. Comme pour confirmer cet état de fait, le récent relaunch massif du DCU a carrèment effacé Wally West et confirmé le Flash de l'âge d'argent.
Je n'entrerai pas dans ce débat pro ou anti-Barry Allen, et ce point n'entre pas en ligne de compte pour apprécier l'histoire que voici.
Avec sa bande de flics surgissant du futur pour arrêter Flash avant qu'il ne commette un crime a priori inévitable, le scénario imaginé par Geoff Johns fait furieusement penser à Minority report de Philip K. Dick (adapté au cinéma par Steven Spielberg) : cela ne fait que souligner à quel point, en étant au four et au moulin chez DC Comics (auteur, relanceur de séries, grand prêtre des events maison, directeur artistique), Johns ne semble plus avoir le temps d'inventer des intrigues originales. Ce trait était déjà frappant à la fin de son (pourtant excellent) run sur Justice Society of America, dans lequel, avec Alex Ross, il développait la trame du Kingdom Come de Mark Waid et Ross. Mais à l'époque, il s'inspirait d'un récit mythique avec plus d'ambition. Là, il est évident que Johns n'a pas voulu/eu le temps de consacrer autant d'énergie à revamper Flash comme il le fit avec la JSA ou Green Lantern.
Néanmoins, ce n'est pas désagrèable à lire. D'une part, on sent qu'à défaut d'avoir une grande vision pour le héros, il a de l'affection pour lui et qu'il a donc à coeur de bien le situer, en n'éludant pas les conséquences de son retour (il est fait mention du programme de protection des témoins pour expliquer la longue absence de Allen). D'autre part, il alterne à la fois les relations avec des personnages familiers (Iris Allen, les Lascars) et nouveaux (le directeur Singh, les Renégats, le Juge). Collant au pouvoir du héros, l'intrigue joue sur la temporalité et privilègie la vitesse (ce qui atténue un peu le manque d'originalité de l'idée principale et de caractère des dialogues, toujours aussi plats chez Johns).
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Par ailleurs, et c'est l'atout-maître de ce story-arc, la série profite d'un artiste parfait pour le personnage avec Francis Manapul. Son style semi-réaliste, semi-cartoony, au trait vif, expressif, est idéal, et le découpage (même si, comme souvent désormais avec les scripts de Johns, on déplorera l'abus de splash et double-pages gratuites, même si très bien exécutées) est très efficace.
Mais Manapul bénéficie aussi d'un partenaire impeccable avec le coloriste Brian Buccellato : celui-ci intervient directement sur les crayonnés (au crayon bleu ou rouge) du dessinateur en employant l'aquarelle, ce qui donne une palette à la fois délicate et lumineuse. De la belle ouvrage.
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Une saga complète (avec une fin ouverte malgré tout, car le titre préparait la saga Flashpoint) mineure mais brillamment illustrée pour un des héros les plus enthousiasmants de DC.