Affichage des articles dont le libellé est Madibek Musabekov. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Madibek Musabekov. Afficher tous les articles

jeudi 3 novembre 2022

X-MEN : RED #8, de Al Ewing et Madibek Musanbekov


X-Men : Red #8 est un chef d'oeuvre !... Attendez, j'ai pas dit ça pour le n° précédent ? En tout cas, c'est encore vrai. Et bon sang, quelle série que Al Ewing écrit là, c'est vraiment incroyablement dense, intelligent, ça relie tout un tas d'histoires et c'est magistral ! Madibek Musanbekov s'impose lui aussi comme bien plus qu'un remplaçant en signant des planches à tomber. Un chef d'oeuvre, je vous dis !


Après avoir découvert grâce Wiz Kid les archives de Abigail Brand, Cable est déterminé à la tuer. Mais avant cela, il forme une équipe pour débusquer Orbis Stellaris avec lequel elle est associée.


Cependant, le conseil galactique se réunit à la demande de Paibok, le Skrull, qui dénonce une infamie perpétrée jadis par les Kree suivant de fausses infos transmises par les Shi'ar.


Grâce à Manifold, Cable et sa bande se téléportent dans le repaire de Orbis Stellaris où ils découvrent ce qu'il conçoit pour Brand mais aussi l'identité de son espion au sein de Krakoa et Arakko.


Le plan de Abigail Brand se dévoile complètement, mûri de longue date, et se développant sur le long terme, pour qu'elle devienne avec le SWORD la nouvelle puissance incontournable de la galaxie...

Quand on lit ce genre d'épisode, on est face à quelque chose de véritablement bluffant. Al Ewing n'écrit pas X-Men, la série-phrare, le vaisseau amiral de la franchise X, mais avec X-Men : Red, c'est lui qui oeuvre de la manière la plus ambitieuse et surtout la plus accomplie pour proposer un projet comparable à ce que Hickman fit jusqu'à Inferno.

Et encore, même en disant cela, on est en dessous de la vérité car ce que Ewing orchestre, sans faire de bruit, englobe plus que la franchise X : il opère une synthèse magistrale et captivante de qu'il semble avoir mis en chantier dans son coin depuis Empyre, donc avant sa série S.W.O.R.D. et aujourd'hui X-Men : Red.

Mais avant d'aller plus loin, il faut considérer la situation actuelle : Cable vient de découvrir que Abigail Brand a trahi la "mutanité" en s'alliant avec Orchis. Toutefois, il a aussi conscience qu'elle peut très bien avoir scellé cette alliance pour se jouer d'Orchis et donc neutraliser les mutants et cette organisation anti-mutants. Il a raison de penser cela quand on lit à la fin de l'épisode le plan de route qu'elle a rédigé et qui révèle depuis combien de temps elle prépare son coup et jusqu'à quand elle compte le développer.

Brand veut la guerre pour s'imposer comme celle par qui il faudra passer obligatoirement pour, sinon faire la paix, en tout cas parvenir à un règlement, un nouvel état. Pour cela, elle veut que les héros de la Terre (Avengers, Fantastic Four en premier) adhèrent à ce projet sans savoir évidemment qu'elle l'a planifié, mais en croyant qu'ils seront partie prenante grâce aux liens qu'ils ont avec différentes parties extra-terrestres.

On assiste donc à une réunion du conseil galactique, avec quelques absences notables (notamment celle de Tornade, qui, comme on l'a suivi récemment, a passé la main comme régente d'Arakko, suite au dénouement de Judgment Day). Une vieille affaire déterrée par Paibok, l'émissaire Skrull, va faire grimper la tension : jadis les Kree, mal informés par les Shi'ar, ont commis un massacre contre les Skrulls dans un endroit où leurs soldats se remettaient de blessures de guerre et non pas y fabriquaient de nouvelles armes. Paibok exige réparation sinon il promet une nouvelle guerre, à laquelle l'empereur Hukling ne saurait s'opposer vu la gravité des faits.

Xandra accède à sa demande mais comment abonder à la requête de Paibok ? Brand a sa réponse et elle abat sa carte maîtresse grâce à un mutant dont elle a su abuser depuis son retour à la vie. A ce stade, mieux vaut avoir lu X-Men #10 par Jonathan Hickman et Leinil Yu (paru en 2020) car Ewing fait référence à ce qu'a vécu un mutant et exploite ce subplot laissé en plan par Hickman (peut-être en suivant ses indications, mais je doute que Hickman ait rédigé un plan détaillé à ce sujet, étant donné qu'il a lui-même admis avoir abandonné en route plusieurs idées à cause de la pandémie et du désordre que cela a provoqué dans ce qu'il avait prévu pour X-Men).

C'est difficile d'en dire plus sans spoiler, même si le mois prochain, quand il me faudra parler de X-Men : Red #9, je ne pourrai pas faire autrement que de révéler l'identité de ce fameux mutant. En tout cas, un peu comme ce que fait actuellement Gerry Duggan avec les Enfants de la Voûte dans X-Men (là aussi en reprenant une idée de Hickman), Ewing fait feu de tout bois et construit une mythologie fgascinante sur ce qu'avait entrepris Hickman. Le plan de Brand rassemble des événements survenus dans X-Men (version Hickman donc), mais aussi l'event Empyre (que Ewing co-écrivit avec Dan Slott), et encore plus loin dans le passé War of Kings (de Dan Abnett et Andy Lanning). Et le plus fort, c'est que tout fait sens, tout est spectaculairement cohérent. Tout cela forme une fresque dont on comprend qu'elle n'en est qu'à sa moitié, si Brand réussit son affaire. Vertigineux.

Mais, bien sûr, Brand a un caillou dans la chaussure et il s'appelle Cable. Comme je l'ai déjà dit, Nathan Summers a découvert la trahison de Brand et son double, voire triple jeu. Il veut se débarrasser d'elle, mais aussi, avant cela, savoir ce qu'elle manigance avec Orbis Stellaris, un généticien marchand d'armes. Grâce aux talents de Manifold et le renfort de l'Epervier (Thunderbird), Wiz Kid, Khora et sa soeur Zsen, il a assemblé une bande pour débusquer le complice de Brand.

Ce qu'ils vont découvrir relie le dossier de ce mutant mystère à une affaire de clonage du virus techno-organique qui a infecté Cable et qu'il maîtrise avec beaucoup d'effort, mais qui pourrait devenir une arme terrible pour l'ennemi. La manière là aussi dont Ewing relie tous ces fils narratifs est impressionnante de clarté et d'intensité. Cet épisode est d'une telle richesse, d'une telle densité que ce qui s'y passe vous submerge dans un premier temps. Il faut digérer tout ce qui arrive pour véritablement comprendre la rigueur du travail du scénariste, sa portée, son envergure, sa puissance. C'est du grand art.

Et Al Ewing peut compter sur un dessinateur de choix pour illustrer tout ça sans que le lecteur n'en perde une miette et, mieux encore, soit embarqué dans cette aventure. Stefano Caselli étant toujours occupé ailleurs (avec le retour de Hack/Slash de Tim Seeley dans l'anthologie Image !), je doutais franchement que Madibek Musanbekov soit à même de supporter la comparaison, lui qui venait des productions Dynamite Comics.

J'avais tellement tort ! Musanbekov est une révélation telle que Caselli peut bien prendre son temps, X-Men : Red a trouvé un artiste plus que capable pour le remplacer avantageusement.

En vérité, quand je lis les planches de ce dessinateur, ce qui me frappe, c'est la ressemblance stylistique avec Juann Cabal, qui faisait équipe avec Al Ewing sur Guardians of the Galaxy : même trait ligne claire, même souci de lisibilité, même efficacité sobre pour la narration graphique. Musabekov est moins audacieux dans ses compositions (là où Cabal faisait parfois penser à J.H. Williams III), mais à vrai dire, cela n'est pas une faiblesse car le script est tellement foisonnant que des planches trop sophistiquées risqueraient de surcharger la lecture.

Ce qui ne veut pas dire que Musanbekov se contente de peu : quand il doit livrer une double page de ouf, il le fait et avec la manière (lors de la scène où Manifold et Wiz Kid pénétrent dans la zone où se trouve le repaire de Orbis Stellaris. Les personnages sont expressifs, les décors sont précis (et le fait qu'ils soient infographiés ne pique pas les yeux). Les couleurs de Federico Blee font merveille sur ce dessin à l'encrage un peu plat, très fin.

Cette semaine de critiques comics s'achève donc avec cet épisode, qui n'a aucun mal à dominer les sorties par son brio. Mais même au coeur d'une semaine plus chargée en publications, il aurait quand dominé les débats. X-Men : Red est tout simplement trop fort.

samedi 8 octobre 2022

X-MEN : RED #7, de Al Ewing et Madibek Musabekov - Tie-in A.X.E. : Judgment Day


X-Men : Red #7 est un chef d'oeuvre. C'est le meilleur comic-book que j'ai lu cette semaine et Al Ewing s'impose mois après mois comme l'auteur le plus captivant de la franchise X. Cette fois, en l'absence de Stefano Caselli, le titre est dessiné par Madibek Musabekov, un inconnui ne devrait pas le rester longtemps.


Au centre de la Terre, dans la Machine des Eternels. Magneto s'éteint dans les bras de Tornade en lui demandant de veiller sur Charles Xavier qui pourrait être amené à prendre des décisions terribles.


Arakko. Isca l'imbattable, prétendant remplacer Tornade, est défiée par le Roi Pêcheur qui lui fait prendre conscience qu'elle n'appartient plus à la communauté à force d'avoir toujours changé de camp.


Tornade, toutefois, a pris conscience de son échec et cède sa place à Lodus Logos pour siéger à la place de feu Magneto dans le Grand Cercle réformé.


Cependant, dans la station du Dongeon, Wiz-Kid accède au journal de bord d'Abigail Brand et découvre ses secrets. Qui motivent Cable à prendre des mesures radicales...

Cette semaine, par jeu, j'ai voulu passer en revue mes lectures par ordre alphabetique de leurs titres. Et le hasard a voulu qu'ayant commencé par Ant-Man écrit par Al Ewing, je termine par X-Men : Red également signé par ce scénariste. 

Si Ewing m'a déçu sur Ant-Man, il m'a une fois de plus impressionné sur X-Men : Red, qui confirme sa place de série la plus intéressante de la franchise mutante. Et ce septième épisode est rien moins qu'un chef d'oeuvre, un vrai tournant, un sommet.

L'épisode s'ouvre par la mort de Magneto. J'avoue que je ne croyais pas que cela arriverait, surtout à l'occasion d'un épisode attaché à l'event A.X.E. : Judgment Day, et plus généralement depuis que Jonathan Hickman depuis House of X/Powers of X a rendu toute disparition d'un mutant dépassée. 

Mais il semble bien que ce bon vieux Magneto ait connu sa dernière heure (même si je doute qu'il ne renaisse pas un jour). Ewing a voulu, c'est évident, mettre en scène cette mort dde telle manière que le lecteur n'ait aucun doute sur sa réalité, qu'il ne s'agit pas d'un coup dans l'eau, une simple péripétie. Et le scénariste avait d'ailleurs préparé son affaire puisque, précédemment, Magneto détruisait son module Cerebro miniature avec sa dernière mise à jour de son esprit, renonçant ainsi à sa résurrection par les Cinq de Krakoa pour se conformer à la tradition arakki où les guerriers acceeptent la possibilité de leur mort.

Cette scène est vraiment extraordinairement écrite et mise en images. Magneto acceepte son sort, non pour devenir un martyr, mais parce qu'il accepte sa fin. Il a une ultime requête adressée à Tornade à ses côtés à cet instant : prendre soin de/surveiller Charles Xavier, qui va désormais se trouver très isolé au sein du Conseil de Krakoa, après le départ d'Apocalypse, le revirement d'Emma Frost, l'arrivée de Destinée. Par ailleurs, la situation des mutants (aux prises avec les Eternels, Orchis, Feilong, etc) est préoccupante et Xavier pourrait avoir à faire de choix radicaux pour sauver Krakoa, entraînant la "mutanité" dans une direction potentiellement fatale.

On reconnaît un épisode extraordinaire, supérieur à la moyenne, à sa capacité à enchaîner les temps forts, à prendre le lecteur à la gorge. Et ce n'est effectivement pas fini car ce qui reste du Grand Cercle d'Arakko, décimé par l'assaut d'Uranos et de l'armée éternelle, est l'occasion pour Isca l'imbattable d'avancer ses pions.

Elle prétend diriger la plnaète en profitant de la faillite de Tornade et parce qu'elle ne perd, littéralement, jamais. L'argument est suffisamment imparable pour être pris au sérieux. Comment évincer quelqu'un qui, effectivement, invincible ? Physiquement, ce seriat signer son arrêt de mort. Alors Ewing dégaine une nouvelle scène renversante.

On a fait connaissance avec les membres des Sièges Nocturnes, sorte de cabinet secret longtemps dissous, petit comité d'éminences grises chez les Arakki, et reformés par Sunspot avec le Roi Pêcheur et Syzia des ombres. Le Roi Pêcheur se dresse devant Isca pour un match peu commun où il s'agit de se mesurer à l'aune de la notion de perte, de défaite.

Ewing a recours à une data page, un procédé qu'il a toujours employé avec sagesse et parcimonie. Mais là, c'est particulièrement pertinent et brillant car Isca se remémore les fois les plus marquantes où son pouvoir l'a conduit à changer de camp pour rester dans celui des vainqueurs, multipliant les opportunismes et les trahisons et aussi les sacrifices. L'occasion aussi de rappeler que Isca est originaire d'Amenth, ce pays de démons, et qu'aujourd'hui, finalement, elle n'est de nulle part, ni de Krakoa, ni d'Arakko, ni d'Amenth. Elle a voulu être partout, tout le temps à la bonne place, mais elle n'est plus d'ici ou d'ailleurs. Donc  elle comprend, défaite, qu'elle ne peut prétendre gouverner Arakko ni autre part.

Quelle sortie de scène ! Ewing est vraiment fort. Là encore, on peut douter que Isca ne reviendra pas (et on peut sans doute imaginer qu'Abigail Brand tentera de la recruter), mais tout de même, que c'est malin comme façon d'éjecter ce personnage. Et ce n'est toujours pas fini.

Avant de poursuivre, un mot quand même sur les dessins, tout aussi excellents que le script. A chaque fois que Stefano Caselli n'est pas là, il y a une appréhension car c'est un formidable artiste, qui complète à merveille Ewing. Il s'est absenté pour illustrer le retour de Hack/Slash dans l'anthologie Image !, sur des scénarios de Tim Seeley.

Marvel, plutôt que d'appeler un dessinateur de rechange en interne, donne sa chance à un inconnu : Madibek Musabekov. Renseignement pris, j'ai appris qu'il avait jusqu'à présent officié sur des licences chez Dynamite Comics (Red Sonja). Mais quelle bonne pioche !

Musabekov ne rate pas son entrée dans la cour des grands et produit de superbes planches, très complètes. Il soigne les décors, s'aproprie avec aisance les personnages et se révèle un narrateur très doué. Quand il doit mettre en scène la mort de Magneto, son découpage est d'une précision impeccable qui ajoute à l'emotion du moment. Le résultat esst intense, poignant.

La scène avec Isca est également un joyau, tout aussi électrique, et on appréciera l'expressivité du dessin, Musabekov dessinant parfaitement les émotions qui traversent les protagonistes, en particulier l'assurance et la hargne de Isca.

Ce qui suit et conclut l'épisode donne envie que ce dessinateur devienne sinon l'artiste titulaire de la série, en tout cas le remplaçant officiel de Caselli, qu'il suppléé avec un vrai bonheur. Car Ewing va en profiter pour reconfigurer l'avenir du gouvernement d'Arakko dans la foulée. Tornade reconnaissant qu'elle s'est trop dispersée entre Krakoa et Arakko pour empêcher la catastrophe actuelle, renonce à sièger à la présidence du Grand Cercle. Elle préfère s'installer à la place de Magneto, à la fois pour lui rendre hommage mais aussi aprce que c'est la place de la perte, du deuil. Lodus Logos, l'artiste devient le nouveau gouverneur d'Arakko et ce choix est inspiré, le personnage incarnant un avenir plus serein et mesuré, insensible à la corruption ou à l'éparpillement, un vrai sage. Le Grand Cercle, ayant perdu pour toujours trois des siens, se résoud à n''en avoir plus que six - Sunspot, le Roi Pêcheur et Syzya des ombres déclinant l'offre de remplacer les disparus.

Madibek Musabekov nous gratifie d'une image sublime (voir ci-dessus) lorsque Tornade s'installe à la place de Magneto avec en arrière-plan un nuage qui prend la forme du casque du mutant tombé contre Uranos.

La conclusion de l'épisode est un tremplin prometteur pour la suite, qui ne dépendra plus de l'agenda de A.X.E. : Judgment Day, avec Wiz-Kid et Cable, ce dernier prêt à en découdre avec Brand dont il découvre les secrets.

Autant dire que X-Men : Red va encore nous régaler dans les mois qui viennent.