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mercredi 10 janvier 2018

CHANCE (Saison 1) (Hulu)


Alors que je suis actuellement la deuxième saison de la série, j'en profite pour rédiger (enfin !) une critique des treize premiers épisodes de Chance, diffusés en 2016-2017 sur Hulu. Cette production fit sensation en marquant le retour à la télé de Hugh Laurie dans le rôle principal, après Dr. House. Mais c'est loin d'être la seule raison de s'intéresser à cette excellente adaptation du roman de Kem Nunn par lui-même et Alexandra Cunningham.

 Eldon Chance (Hugh Laurie)

Divorcé de sa femme Christina et père de leur fille, Nicole, Eldon Chance est neuropsychiatre à San Francisco. Il partage son temps entre une activité d'expert pour la justice, des consultations à l'hôpital et son cabinet. C'est dans ce dernier lieu qu'il fait la connaissance de Jacklyn Blackstone, enseignante à l'université de Berkeley et qui vient de quitter son mari, Raymond, un officier de police violent. Précédemment suivie par le Dr. Myra Cohen, morte dans des circonstances suspectes, elle souffre de troubles de la personnalité suite aux mauvais traitements infligés par son époux.

Jacklyn Blackstone (Gretchen Mol)

Estimant qu'il ne peut s'occuper de son cas parce qu'elle le trouble trop, Chance confie d'abord Jacklyn à une collègue, Suzanne Simms. Par ailleurs, il doit gérer les conséquences de son divorce, notamment auprès de sa fille impliquée dans une affaire de harcèlement auprès d'un garçon de son collège : Chance pense qu'elle a peut-être hérité d'une tare génétique car, bien qu'il l'ait caché, plus jeune, il a eu la même attitude envers une camarade et avait tenté de se suicider après qu'une ordonne restrictive l'ait empêché de l'approcher.

"D" (Ethan Suplee)

A la même époque, Chance rencontre Darius "D" Pringle, artisan chez un antiquaire à qui il essaie de revendre un vieux meuble : ce colosse ombrageux est un ancien soldat revenu d'Afghanistan dont l'apparence dissimule un être complexe, qui fascine le médecin. Jacklyn retrouve Chance après que, comme elle le lui raconte, son mari ait menacé Suzanne Simms et réclamé qu'elle rentre au domicile conjugal. Il cède à ses désirs et l'embrasse, lui promettant son aide.

Raymond Blackstone (Paul Adelstein)

Pour en savoir plus sur Raymond Blackstone, Chance profite de ses relations avec un procureur d'Oakland qu'il a aidé lors de procès et qui lui fournit le dossier du policier. Pendant ce temps, ce dernier, en surveillant Jacklyn, a appris où habitait Chance et intimide Nicole puis dépose dans la voiture de son père le procès-verbal relatant l'affaire de harcèlement à laquelle il fut mêlé autrefois.

"D" et Chance 

"D" conseille à Chance de renverser la vapeur et l'aide, en filant le policier, à accumuler des éléments à charge contre Raymond Blackstone. Ainsi découvrent-ils qu'il est corrompu et mêlé à un trafic de prostitution, couvert par des salons de massage. Jacklyn avoue que son mari la fait également chanter en menaçant de s'en prendre à la fille qu'elle a eue d'une précédente union. Suzanne reproche à Chance de trop s'impliquer dans cette histoire et il le vérifie douloureusement quand Raymond le tabasse dans un parking couvert. Mais, entre temps, "D" s'est introduit dans la voiture du flic et a recopié les fichiers de son ordinateur. Blackstone le surprend mais se fait poignarder et un de ses complices est abattu.

Chance et Jacklyn

Chance et Jacklyn s'abandonnent à leur passion mais quand le médecin retrouve "D", il le découvre inanimé dans son atelier, victime d'une crise tachycardie. Hospitalisé, il se rétablit vite et s'enfuit quand des sbires de son père arrivent pour le faire transférer. Lorsque Chance apprend que Nicole a été approchée par Raymond, il les éloigne, elle et son ex-femme, hors de la ville. Puis il examine le contenu des fichiers de l'ordinateur de Blackstone piraté par "D" lorsque le policier le contacte : il tient Jacklyn qu'il veut échanger contre les documents en possession du médecin et de son acolyte.

Chance

Chance se réveillera à l'hôpital après plusieurs jours dans le coma, jurant à l'agent Hynes ne se souvenir de rien mais apprenant que Blackstone a été tué - lors de l'échange, mais le médecin le cache. A sa sortie, Chance retrouve Jacklyn qui a décidé de partir avant que les autorités ne l'interrogent. Puis il rejoint "D" avec lequel il décide de s'occuper, à leur façon, de futurs patients problématiques...

Je dois d'abord préciser que je n'ai pas lu le roman de Kem Nunn, il m'est donc impossible de savoir s'il s'agit d'une adaptation fidèle, mais que l'auteur soit un des producteurs de la série et en ait supervisé l'écriture laisse penser que le résultat correspond à sa vision.

Et c'est ce qui séduit en premier dans Chance : le soin apporté à l'ambiance et à la caractérisation. La série nous présente un personnage principal très original et la galerie d'individus qu'il croise, positivement et négativement, se distingue par leur complexité, une richesse psychologique qui rejaillit sur une intrigue fouillée, touffue, palpitante, même s'il faut un peu de temps pour s'habituer au rythme un peu languissant avec lequel elle se déploie.

On pouvait craindre qu'avec Hugh Laurie dans le premier rôle, on ait affaire à un héros similaire à celui qui a fait sa gloire mais Eldon Chance n'a rien à voir avec le misanthrope Dr. House. Toutefois, les deux ne sont pas dissemblables : dans les deux shows, ce sont des médecins borderline, mais là où Gregory House était un freak control odieux avec les autres à cause de son infirmité, Eldon Chance est un être dépassé par ses pulsions alors même qu'il a pour profession d'analyser celles des autres et de les accompagner dans leur thérapie.

Sa liaison toxique avec Jacklyn Blackstone est fascinante instantanément et son incarnation par Gretchen Mol permet au téléspectateur de comprendre pourquoi car l'actrice lui donne sa beauté et une sensibilité troublantes, passant de Jacklyn à "Jackie", son double sensuel, avec une subtilité confondante. La fébrilité qui s'empare de Chance et la manière sensationnelle avec laquelle l'exprime Laurie confèrent à la série une intensité remarquable.

L'intrigue ménage constamment des surprises, entretient le doute avec brio : a-t-on affaire à une affabulatrice ? Une maniaque complice et non victime d'un flic ripou ? Et jusqu'à quel point Chance va-t-il réussir à épargner ses proches avec ce dans quoi il s'implique ? Cette lente et inexorable glissade psycho-sexuelle nous embarque dans un monde de plus en nocturne, étrange, inquiétant (jusqu'à un camp de "survivalistes" para-militaires), et donne une chair à la fois tentatrice et violente au cauchemar cérébral du héros à mesure qu'il suit (dépend de plus en plus) de "D", joué par l'impressionnant Ethan Suplee.

La morale de Chance dessine bien la frontière ténue entre le sexe et la violence, le désir de jouir d'une femme clandestinement et celui de se faire justice - d'ailleurs, l' "amnésie" dont prétend être atteint le héros résume bien son basculement : il a tué celui qui se dressait entre lui et celle qu'il voulait, mais surtout ses limites éthiques se sont brisées, il ne sera plus jamais un simple thérapeute qui accompagne des patients, des victimes ; il est devenu un justicier.

Cette porte ouverte, vertigineuse, laisse deviner la direction de la saison suivante, dont le récit est, pour l'instant, effectivement encore plus tortueux et amoral... 

mardi 8 août 2017

MOZART IN THE JUNGLE (Saison 2) (Amazon)


La première saison m'a tellement emballé que je n'ai pas tardé à suivre la saison 2 de Mozart in the Jungle, toujours conduite par le quatuor Roman Coppola-Jason Schwartzman-Alex Timbers-Paul Weitz pour Amazon.

Ci-dessus : un petit résumé des relations des principaux personnages de la série

L'orage gronde au New York Symphony quand démarre cette nouvelle saison, qui se situe deux mois et demi après la fin de la précédente : en effet, les musiciens menacent de faire la grève si leurs salaires et leurs revendications sociales ne sont pas renégociés par le conseil d'administration.

Rodrigo et "Hail Lai" (Gael Garcia Bernal et Lola Kirke)

Le souci est d'autant plus grand que l'orchestre se prépare à partir en tournée en Amérique du Sud, après un concert dont l'invité de marque est le violoncelliste Andrew Walsh - notoirement connu aussi pour aimer coucher avec les plus jolies musiciennes, Cynthia a été sa maîtresse, et maintenant il convoite Hailey, ce qui déplaît à Rodrigo, le chef (qui angoisse à la perspective de jouer à Mexico, sa ville natale, où vit encore son mentor, Rivera).

Gloria Windsor (Bernadette Peters)

Cependant, Gloria Windsor, l'administratrice du NYS, bataille avec son rival au conseil, Biben, pour préserver l'orchestre. Elle a recruté un suppléant pour Rodrigo, Lennox (aux méthodes aussi discutables), et entame une liaison avec le régisseur, Pavel, qui a découvert son secret (mais je ne le spoilerai pas).

Nina Robertson et Cynthia Taylor (Gretchen Mol et Saffron Burrows)

A Mexico, entre le vol du violon de Warren Boyd (et les recherches mouvementées pour le retrouver in extremis) et le concert, Rodrigo présente "Hai Lai" à sa grand-mère, qui l'a élevé, puis à Rivera, qui souhaiterait que son disciple reprenne sa classe d'étudiants, des gosses désoeuvrés pour qui la musique est la seule chance de s'élever socialement. Une offre impossible à accepter et donc déchirante pour le maestro... Qui, de retour à New York, se croit maudit alors qu'il souffre d'amusie (le mal qui rendit Beethoven sourd).

Rodrigo De Souza

Nina Robertson, l'avocate engagée par Cynthia pour défendre les intérêts des musiciens, emploie la manière forte pour contraindre le conseil d'administration, ce qui aura de fâcheuses conséquences (pour le couple qu'elle forme avec Cynthia et tout l'orchestre). Thomas Pembridge enterre sa femme, qui décède en écoutant la symphonie qu'il vient de composer. Rodrigo met sa démission dans la balance pour sauver le New York Symphony...

Hailey Rutledge

Mais cela paiera-t-il ? Et évitera-t-il à Hailey de quitter la ville pour partir en tournée avec Walsh et vivre une liaison avec son nouvel amant ?

C'est bien simple, c'est comme si les auteurs de cette nouvelle saison avaient décidé d'appuyer à fond sur la pédale de l'accélérateur tellement il s'y passe de choses, tellement les cartes sont rebattues, et que le spectateur est entraîné dans un grand huit émotionnel.

Pour l'essentiel, on retrouve les fondamentaux de la série, qui est toujours aussi drôle et original (avec son cadre, ses personnages, son lot d'intrigues, de péripéties), en adoptant ce ton unique, subtilement décalé, tour à tour fantasque, sentimental et mélancolique.

Mais Rodrigo n'est plus le seul à capter l'attention : bien que toujours aussi excentrique, il gagne en nuances et cela rejaillit sur le reste de l'orchestre, les relations entre les musiciens sont plus creusées (via la menace de la grève et la tournée sud-américaine). 

Les épisodes s'enchaînent à toute allure, tout en réservant au spectateur des moments suspendus (Rodrigo, la veille du départ en tournée, seul sur la scène, prenant conscience qu'il a trouvé là sa maison - comme il l'avouera à voix haute à son orchestre plus tard - , les retrouvailles avec le maestro Rivera, la rencontre avec Mémé DeSouza, la disparition loufoque et tragique à la fois de la femme de Pembridge...). 

L'histoire s'encanaille aussi avec la liaison entre Nina, l'avocate carnassière (incarnée par la superbe Gretchen Mol), et Cynthia, la violoncelliste "fucking hot", ou entre Gloria "Antoinette" et Pavel (qui souffrira de ne pouvoir être vu avec elle en public), ou encore le couple désormais établi entre Lizzie (la coloc de Hailey) et Bradford Sharp (le podcasteur mélomane - joué par Jason Schwartzman lui-même).

La réussite de la première saison a permis à la production d'attirer des guests incroyables, comme le pianiste Lang Lang ou d'autres virtuoses comme Emmanuel Wax, Joshua Bell. Face à eux, Wallace Shawn (alias Winslow Elliott) et Dermot Mulroney (alias Andrew Walsh) restent parfaitement crédibles.

La distribution est là, dans une forme prodigieuse : Gael Garcia Bernal toujours aussi déchaîné et attachant bien sûr, Malcolm McDowell royal, Bernadette Peters et sa voix flûtée, Saffron Burrows plus que parfaite, et la solaire Lola Kirke. Le show ne serait pas le même sans eux ou avec d'autres qu'eux.

Dix nouveaux épisodes euphorisants !