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jeudi 7 mai 2015

Critique 612 : AVENGERS 2 - L'ERE D'ULTRON, de Joss Whedon


AVENGERS : L'ERE D'ULTRON (Age of Ultron, en v.o.) est le deuxième film consacré à l'équipe de super-héros (après le premier sorti en 2012). C'est aussi le 11ème film adapté d'un comic-book Marvel produit par Marvel Studios et distribué par Disney (après Iron Man 1, 2 et 3 ; Captain America 1 et 2 ; Hulk 1 et 2 ; et Les Gardiens de la Galaxie).


Le film est écrit et réalisé par Joss Whedon, d'après les personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby. D'une durée de 122', sa direction artistique est signée par Mike Stallion, sa photographie par Ben Davis.
Avengers 2 est sorti en salles en France le 22 Avril 2015.

Dans les rôles principaux, on trouve : (ci-dessus, de gauche à droite) Elisabeth Olsen (Wanda Maximoff/Scarlet Witch), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Jeremy Renner (Clint Barton/Hawkeye), Mark Ruffalo (Bruce Banner/Hulk), Robert Downey Jr (Tony Stark/Iron Man), Chris Evans (Steve Rogers/Captain America), Chris Hemsworth (Thor), Scarlett Johansson (Natasha Romanoff/Black Widow) et Aaron Taylor-Johnson (Pietro Maximoff/Quicksilver).
S'ajoute à la distribution : Paul Bettany (JARVIS/La Vision), James Spader (Ultron), Cobie Smulders (Maria Hill), Andy Serkis (Ulysses Klaw), Don Cheadle (James Rhodes/War Machine), Anthony Mackie (Samuel Wilson/Falcon), Stellan Skarsgard (Dr Erik Selvig), Claudia Kim (Dr Helen Cho), Idris Elba (Heimdall), Hayley Atwell (Peggy Carter), Julie Delpy (Madame X) et Josh Brolin (Thanos).   
*
ATTENTION ! SPOILERS !

Un an après le démantèlement du SHIELD (voir Captain America : Le Soldat de l'hiver ), l'équipe de super-héros des Avengers - Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye - sont à nouveau en action pour prendre d'assaut une des bases de l'organisation terroriste d'HYDRA en possession du sceptre de Loki (demi-frère de Thor). 
L'objet se trouve en Sokovie, un petit pays d'Europe de l'Est, dans un Q.G. tenu par le Baron Strucker, qui rechigne à utiliser contre les héros ses "jokers", deux jumeaux "optimisés" grâce à l'arme venue d'Asgard, Pietro et Wanda Maximoff (respectivement doués de super-vitesse et d'un mélange de télépathie-télékinésie), mais ses soldats ne font pas le poids face à l'adversaire. 
Captain America et Thor à l'assaut de la base de l'Hydra en Sokovie
(Chris Evans et Chris Hemsworth)

Strucker préfère, avant de se rendre, que son bras-droit (le Dr List) efface toutes les données informatiques sur ses projets scientifiques. Mais les jumeaux désobéissent à leur maître et interviennent après sa reddition : tandis que Pietro distrait les Avengers dehors, blessant notamment Hawkeye, Wanda manipule psychiquement Tony Stark en lui montrant une vision futuriste où il cause la mort de ses amis. 
Malgré tout, les Avengers repartent en ayant récupéré le sceptre de Loki.
Tony Stark/Iron Man et Bruce Banner/Hulk débattent du projet Ultron.
(Robert Downey Jr et Mark Ruffalo)

Revenu à New York, dans la tour Stark (reconvertie partiellement en QG pour l'équipe), Tony Stark compte mettre à profit les deux jours que lui accorde Thor pour analyser le sceptre afin de s'en servir pour finaliser un programme d'intelligence artificielle grâce auquel il pense pouvoir sécuriser la Terre. 
Ce projet baptisé Ultron n'enchante pas son collègue Bruce Banner (l'alter ego de Hulk) même s'il accepte finalement de l'aider à "doper" l'unité informatique JARVIS pour créer une nouvelle génération de l'Iron Legion, l'armée de soldats mécaniques de Stark destinée à suppléer les Avengers en cas de nouvelle menace globale. 
Les Avengers et leurs amis fêtent leur victoire contre l'Hydra
(de gauche à droite : Cobie Smulders/Maria Hill, Chris Evans/Steve Rogers,
Don Cheadle/James Rhodes, Claudia Kim/Dr Helen Cho, Chris Hemsworth/Thor,
Robert Downey Jr/Tony Stark, Jeremy Renner/Clint Barton, Mark Ruffalo/Bruce Banner,
Scarlett Johansson/Natasha Romanoff). 

Les procédures de Stark et Banner échouent, mais cela n'empêche pas le milliardaire d'organiser une soirée avec ses alliés pour fêter leur victoire en Sokovie. S'y joignent James Rhodes (alias War Machine, l'officier de l'armée ami de Stark), Sam Wilson (alias Falcon, partenaire de Steve Rogers), Maria Hill (l'ex-adjointe de Nick Fury au SHIELD) et le Dr Helen Cho, une savante coréenne qui a soigné Barton grâce à un protocole révolutionnaire de reconstitution cellulaire.
Natasha Romanoff/Black Widow flirte avec Bruce Banner/Hulk.
(Scarlett Johansson et Mark Ruffalo)

Ce cocktail donne l'occasion aux héros de mieux faire connaissance : ainsi Romanoff et Banner flirtent, et les hommes de l'équipe sont défiés par Thor à soulever son marteau Moljnir (sans succès). Personne ne sait que pendant ce temps Ultron s'est auto-activé, a absorbé JARVIS et pris les commandes de l'Iron Legion afin de concrétiser le but de son concepteur de manière radicale : assurer la paix mondiale en éradiquant l'espèce humaine. 
Attaqués par le robot, encore en cours de finition, les Avengers contiennent l'assaut de ses troupes mais sans l'empêcher de s'enfuir avec les sceptre ni d'infiltrer le réseau Internet (où il va chercher un moyen d'améliorer son incarnation physique).
Mais la bataille a révélé à tous le projet secret de Stark et provoqué de vives tensions au sein du groupe.
Ultron veut se renforcer avec l'aide d'Ulysses Klaw.
(James Spader et Andy Serkis)

Ultron gagne la Sokovie où il fabrique une armée de drones. Les jumeaux le rejoignent et concluent une alliance avec lui car ils veulent se venger de Stark, dont les armes ont détruit leur village et tué leurs parents (entraînant leur engagement dans l'HYDRA comme volontaires pour leurs expériences, à l'origine de leurs pouvoirs). 
Ultron est en quête de vibranium, ce métal rare avec lequel a été façonné le bouclier de Captain America : bien que ses filons sont officiellement épuisés, le robot contacte un trafiquant, Ulysses Klaw, capable de lui en procurer. La négociation est âpre mais à l'avantage d'Ultron, jusqu'à ce que les Avengers débarquent, après avoir remonté sa piste grâce à la technologie de Stark (qui a fait aussi affaire autrefois avec Klaw). 
Iron Man affronte Ultron pendant que le reste de l'équipe tente de neutraliser les jumeaux. Wanda torture mentalement Black Widow, Thor et Captain America en les confrontant aux démons de leur passé (pour elle sa formation en Russie, pour le dieu du tonnerre la décadence d'Asgard et le super-soldat le souvenir de sa vie dans les années 40). Seul Hawkeye évite l'envoûtement et éloigne les jumeaux en devançant leurs attaques. 
Mais Wanda n'a pas fini de causer des dégâts puisqu'elle déchaîne la colère de Hulk qui dévaste alors la ville voisine. Iron Man est obligé de laisser fuir les jumeaux et Ultron pour tenter de raisonner le colosse. Leur duel aboutit à la victoire de Stark mais force l'équipe à battre en retraite car la population civile et les forces de l'ordre les considèrent à présent comme un danger public.
Clint Barton/Hawkeye songe à se retirer après cette mission.
(Jeremy Renner)

Hawkeye offre alors à ses partenaires une solution de repli en les conduisant chez lui, à la campagne - l'occasion de leur présenter sa famille (il est marié et père de deux enfants, sa femme est enceinte), dont tous (sauf Romanoff) ignorait l'existence.
Les héros font le point sur la situation et leurs relations (la romance compliquée entre Romanoff et Banner, les divergences philosophiques entre Rogers et Stark), mais Thor s'éclipse pour analyser les visions qu'il a eues auprès de son ami, le Dr Erik Selvig. 

Ultron est à présent à Séoul où il a investi le laboratoire du Dr Helen Cho afin qu'elle l'aide avec sa machine de régénération cellulaire : il veut produire un nouveau corps de synthèse à base de vibranium et avec l'énergie contenue dans la gemme du sceptre de Loki. 
Une fois cette enveloppe presque prête, Ultron commence à y transférer sa personnalité mais Wanda en profite alors pour la sonder et y découvre le plan du robot. Les jumeaux, bouleversés par ce projet cataclysmique, préfèrent fausser compagnie à leur allié.

Chez Barton, les Avengers reçoivent la visite inattendue de Nick Fury, disparu depuis la fin du SHIELD, et qui les remotive pour vaincre Ultron dont il a deviné les intentions (évoluer pour être plus puissant).
Rogers, Barton et Romanoff s'en vont en Corée du Sud pour sauver le Dr Cho et Stark part pour Oslo où il pourra mieux protéger le réseau Internet et empêcher Ultron d'accéder aux codes de l'armement nucléaire. 
Natasha Romanoff/Black Widow est captive d'Ultron.
(Scarlett Johansson)

À Séoul, Captain America combat Ultron qui voient les jumeaux se retourner contre lui. Black Widow réussit à subtiliser la réplique du robot que récupère Hawkeye. Mais l'espionne est capturée par le robot qui se replie. Wanda et Pietro se joignent aux héros avec lesquels ils repartent.
Extension de JARVIS et d'Ultron à la fois, la Vision choisit d'aider les Avengers.
(Paul Bettany)

A la tour des Avengers, Stark voit dans le corps synthétique façonné par Ultron et ramené par Hawkeye une opportunité de battre leur ennemi car il pense que cette créature a intégré la bienveillance de JARVIS et la puissance de la gemme du sceptre de Loki. Mais l'activation de cette réplique ne plait pas aux autres héros. C'est Thor lui-même, qui resurgit soudainement, qui le libère avec Mjolnir. 
Le dieu du tonnerre justifie ensuite son action en expliquant qu'il a compris que les différentes pierres d'infinité sont toutes à l'origine des événements survenus dans l'univers récemment (le Tesseract, l'Éther, l'Orbe et la Pierre de l'Esprit). Le "fils" d'Ultron qui en porte une désormais pourrait donc effectivement être la solution contre le robot fou. 
Appelé La Vision, l'androïde accepte d'aider les Avengers contre son créateur et achève de les convaincre de sa valeur en réussissant à soulever Mjolnir.
D'abord alliés d'Ultron, Pietro Maximoff/Quicksilver et
Wanda Maximoff/Scarlet Witch décident aussi de l'affronter.
(Aaron Taylor-Johnson et Elisabeth Olsen)

En Sokovie, dans l'ancienne forteresse de Strucker, Ultron a planté un gigantesque pilier jusque dans les profondeurs de la terre. Ainsi, il compte soulever la ville voisine puis la laisser retomber, le choc provoquera une secousse telle qu'elle pourrait détruire toute vie sur la planète.
Tandis qu'il part "recevoir" les Avengers, Ultron laisse Black Widow dans une cellule où la retrouve Banner. Dehors, la bataille a débuté et Romanoff pousse son ami à se transformer en Hulk pour partir aider les héros.

Les Avengers s'occupent d'évacuer les habitants de la ville attaqués par l'armée d'Ultron pendant qu'Iron Man défie Ultron. La cité commence son irrésistible ascension. 
Les Avengers réunis pour le dernier round contre Ultron.
(De gauche à droite : Hulk, Captain America, Thor, Iron Man, Black Widow et Hawkeye)

Nick Fury, aux commandes d'un héliporteur et de plusieurs agents dissidents du SHIELD, arrive pour assister l'équipe auprès des civils. War Machine est aussi là en renfort. Pietro Maximoff tombe sous le feu nourri des drones ennemis ce qui fait quitter son poste, auprès du pilier central, à sa soeur jumelle, Wanda.  
La ville complètement évacué, Iron Man laisse Thor détruire avec sa foudre le pilier, ce qui pulvérise l'endroit sans créer de dommages au sol. 
Aux alentours du cratère formé par le décollage de la ville, la Vision retrouve le dernier avatar d'Ultron et le détruit, préférant donner une chance à l'humanité.
Dans la confusion, Hulk a préféré s'éclipser pour ne plus mettre en danger ses co-équipiers et les civils.

Alors qu'ils s'installent dans un nouveau bâtiment financé par Stark, les Avengers assistent au départ de Thor pour Asgard (où il va enquêter sur les Pierres d'Infinité) puis de Tony Stark (qui songe à se retirer comme Barton). Captain America devient de facto le nouveau leader, aux côtés de Black Widow, avec un groupe composé de la Vision, Wanda Maximoff, Falcon et War Machine.

Ailleurs, Thanos enfile le Gant d'Infinité et annonce qu'il va désormais récupérer les gemmes tout seul.
*
Artwork pour Avengers : Age of Ultron.

Trois ans après le premier film qui a réuni les Vengeurs, Joss Whedon a donc livré une nouvelle super-production (au budget estimé de 250 millions de $ !) avec l'ambition de faire plus fort mais aussi plus sombre, tout en prenant en compte des éléments développés dans les aventures solos d'Iron Man, Thor et Captain America mais aussi des Gardiens de la Galaxie (même si ces derniers ne sont ni présents ni même évoqués ici).

Les références citées par le cinéaste sont à la (dé)mesure du projet : il a évoqué Le Parrain 2 (de Francis Ford Coppola) et L'Empire contre-attaque (d'Irvin Kershner, deuxième volet de la première trilogie de Star Wars). Concilier ces exigences cinéphiles et le pur plaisir d'un blockbuster d'action n'était pas une mince affaire. Le résultat est une production qui ne manque pas de souffle, ni d'humour, mais souffre de coutures un peu trop grosses et d'une intrigue inégale.

La grande qualité du premier film Avengers résidait dans sa simplicité : c'était un récit en crescendo qui parvenait à réunir une demi-douzaine de héros (dont quatre avaient eu droit à leur propre production - Iron Man, Captain America, Thor et Hulk) plus un méchant (déjà présent dans le premier Thor). Certes, tout n'était pas parfait, avec des personnages parfois psychologiquement sommaires (Hawkeye surtout), un sentiment d'artificialité dans la réunion de ces super-héros. Mais pour le fan de comics comme pour le simple spectateur avide de sensations fortes ou à la recherche d'un divertissement musclé et fun, subsistaient le plaisir de voir en live les héros de son adolescence dans une aventure tonique et une collection de séquences spectaculaires jouissives (culminant avec la bataille finale, un morceau de bravoure d'une vingtaine de minutes avec une invasion extraterrestre dévastatrice en plein coeur de New York).

Il faut maintenant rappeler que Joss Whedon, qui a écrit et mis en scène ce nouvel opus, vient de la télé où sa réputation d'auteur n'est plus à faire depuis le succès de la série-culte Buffy contre les vampires (et son spin-off Angel, et dans une moindre mesure Firefly, autre production d'inspiration SF). Pourquoi préciser cela ? Parce que Avengers : L'ère d'Ultron ressemble, avec ses défauts et ses qualités, davantage à une mini-série sur grand écran qu'à un film à grand spectacle classique.

Ce que je veux dire, c'est qu'avec Age of Ultron on n'a pas un gros film mais plutôt trois épisodes mis bout à bout : la construction de l'histoire fait plus penser à un agglomérat qu'à un récit fluide de 140'. Il n'y a même pas besoin d'attendre la fin pour remarquer les trois actes qui forment l'intrigue comme autant de chapitres réunis et dont le montage souligne les transitions.

La première partie commence avec la séquence du pré-générique où les Avengers abattent une base de l'HYDRA et récupèrent le sceptre de Loki jusqu'à l'affrontement entre Iron Man (en armure Hulkbuster) et Hulk, manipulé mentalement par Scarlet Witch.

Puis une deuxième partie, que les plus sévères qualifieront de "ventre mou" du film, se déroule lorsque les Avengers se réfugient chez Hawkeye par la force des choses, à la fois parce qu'ils sont désormais considérés comme un danger public et parce qu'ils doivent se remobiliser pour trouver un moyen de vaincre Ultron et ses alliés.

Enfin, une troisième partie met en scène le groupe de héros, auquel vont venir s'ajouter Scarlet Witch, son frère jumeau Quicksilver et l'androïde la Vision, "rejeton" d'Ultron, contre Ultron lui-même, sur le point de déclencher une catastrophe pouvant détruire l'humanité.

L'écriture et la réalisation de Whedon révèlent à quel point les mécanismes narratifs des séries télé imprègnent son film. Si l'on est bien disposé, on se dit, en quittant la salle de projection, qu'on a eu droit à trois films en un. Mais en vérité, il est difficile de ne pas être gêné par un film dont les blocs narratifs sont si nettement visibles. 

Toutefois, soyons juste (ce qui ne veut pas dire qu'il faut être exagérément indulgent), il est aussi délicat d'être franchement dérangé par le contrepoint d'une telle construction et sa mise en scène. Avengers 2 n'est certes pas un film de gourmet, c'est un film de gourmand (pour reprendre une métaphore exprimée autrefois par Christophe Gans) et c'est un film généreux même s'il est un "hénaurme", excessif, surpeuplé.

Whedon a su, notamment, corriger des erreurs et des faiblesses présentes dans Avengers 1. Les améliorations les plus notables concernent la caractérisation de ses héros : c'est particulièrement remarquable dans le cas de Hawkeye, qui devient un personnage avec un vrai background, doté de dialogues sobres mais profonds, avec un impact indéniable sur l'histoire.

La dynamique du groupe peine encore parfois à convaincre, même si, sur le papier, le principe d'une équipe comme les Avengers demeure d'une désarmante simplicité (se réunir pour affronter des menaces qu'un seul d'entre eux ne pourrait vaincre). Il faut avouer que, par la force des choses et de l'interprétation de certains des acteurs, cette évidence n'est pas toujours effective : Thor et Iron Man écrasent un peu le groupe par leur puissance de feu et/ou leur importance tactique.

Mais Whedon est malin et réactif : la distribution est mieux équilibré que dans Avengers 1 et les rapports entre certains personnages sont à la fois mieux définis (avec un potentiel certain pour de futurs développements) et plus originaux. Par exemple, la complicité entre Black Widow et Hawkeye est encore plus nette, les divergences philosophiques entre Captain America et Iron Man plus marquées, et surtout la romance inattendue entre Black Widow et Hulk capte l'intérêt (même chez un fan averti car, à ma connaissance, rien de commun n'existe dans les comics).

Les dialogues permettent à tous ces faisceaux de relations d'exister très naturellement, de manière vivante, subtile. Whedon glisse même quelques punchlines efficacement drôles qui offrent des respirations bienvenues dans un récit qui ne ménage pas le public en action ou enrichissent les articulations dramatiques du récit.

Le deuxième acte du film est celui qui suscitera sans doute le plus de réserves, quel que soit le spectateur. Le rythme s'apaise d'une manière si prononcée qu'il ne peut en être autrement. Pourtant, si la manoeuvre est risquée, elle m'a semblé intelligente car elle s'inspire d'un code bien propre aux comics (grosso modo : les héros affrontent le méchant qui leur inflige une dérouillée, les héros se retirent pour panser leurs blessures physiques et psychologiques et réfléchir à une riposte, les héros repartent au combat et gagnent). 
C'est moins, en vérité, le break rythmique qui m'a dérangé que ce que Whedon fait alors de Thor - ou plutôt ce qu'il n'en fait pas : le dieu du tonnerre préfère partir trouver des réponses ailleurs, en l'occurrence auprès du Dr Selvig, personnage pénible depuis le premier film consacré à Thor, et toujours aussi mal campé par son interprète : tout cela aboutit à quelques scènes très/trop fugaces, peu compréhensibles, et qui rendent ensuite le retour de Thor à la fois trop abrupt et providentiel. Peut-être est-ce là que Joss Whedon a dû le plus couper de scènes puisqu'il a reconnu que son premier montage approchait les 180' et que la production a exigé un rabotage (le dvd permettra sans doute de revoir le film dans une version plus longue, et donc plus conforme aux souhaits du cinéaste).

Avant et après cela, Avengers 2 est un film à grand spectacle extraordinairement jubilatoire, qui donne à voir des scènes d'action, d'affrontements les plus bluffantes des productions Marvel. 
Le prologue possède même un plan-séquence formidable, si réussi qu'on ne s'en rend d'abord même pas compte avant que le mouvement continu de la caméra s'achève. L'autre grand moment de ce premier acte a lieu dans le duel titanesque opposant Hulk fou furieux, désorienté par Wanda Maximoff, à Iron Man (qui revêt alors une armure adaptée) : il est impossible de ne pas être soufflé par l'échange de coups et l'ampleur des dégâts causés par les deux héros.
Un délicieux frisson, comparable à celui qui a parcouru les fans du premier Avengers lors de la bataille finale, revient alors et Joss Whedon prouve qu'il est aussi à l'aise dans ces grandes manoeuvres, exercice de style et passage obligé du genre, que lorsqu'il filme simplement un dialogue plein de sous-entendus (dans le registre de la séduction surtout).

Le troisième et dernier acte a (presque) du mal à rivaliser avec le premier, malgré une nouvelle démonstration de force. Sans doute parce qu'on éprouve à nouveau un sentiment familier mais trop voyant, trop claqué : tout comme Loki conduisait l'armée de Chitauris contre New York dans les premier Avengers, Ultron, trahi par Scarlet Witch et Quicksilver puis Vision, mène une armée de robots contre les Avengers, dépassés donc en nombre mais point dépourvus de ressources (et de renforts opportuns, comme Nick Fury, son héliporteur, War Machine... Ne manque bizarrement à l'appel que Falcon).

La bagarre est homérique, l'ascension d'une ville entière ahurissante, Ultron est un adversaire coriace, diabolique (au moins autant que Loki, même si on ne ressentira jamais avec un robot ce plaisir coupable qu'on a avec un méchant comme le renégat asgardien, dont les motivations sont plus touchantes), mais le procédé est un peu trop grossier pour que sa répétition ne soit pas rapidement remarquée.

Par ailleurs, dans cette bataille finale, le film souffre d'un mal prévisible car intégré dans le déroulement même de l'intrigue, c'est-à-dire une distribution trop abondante. Qu'un des héros ne survive pas à cette baston (même si, dans ce domaine, il ne faut jurer de rien car il est rare qu'on meurt pour toujours chez les super-héros...) ne change rien à l'affaire : il y a beaucoup trop de monde sur scène à ce stade de la représentation et Whedon, qui ne peut pas être partout à la fois, semble s'en rendre compte en même temps que nous. Comptez bien : nous avons là les six Avengers plus les jumeaux plus la Vision plus Ultron (et son armée de robots) plus Nick Fury (et son héliporteur plein d'agents du SHIELD)... Soit plus d'une dizaine de rôles à animer ! 

Les pouvoirs de chacun sont alors diversement bien mis en scène et en évidence : Thor utilise (pour la seconde fois seulement) la foudre, on distingue à peine que la Vision peut altérer sa densité (en devenant intangible ou invulnérable) et que la gemme sur son front peut projeter un rayon, la super-vitesse de Pietro est peu (et mal) exploité (comme, du reste, dans tout le film : un grand regret quand on pense au potentiel cinématographique d'un tel pouvoir).
En revanche, lorsque Hulk se déchaîne à nouveau, que Black Widow et Captain America refont la paire, que Hawkeye réussit à nouveau des tirs à l'arc impossibles, ou qu'Iron Man vole autour de la ville dans le ciel, on se régale sans faire la fine bouche grâce à une réalisation virevoltante, un montage très dynamique, des effets spéciaux déployés avec intelligence (sur ce point, Avengers 2 échappe aux excès de beaucoup de grosses productions en ne sacrifiant jamais les personnages aux figurants et décors numériques - il y en a pourtant mais toujours mis en scène sans qu'ils éclipsent l'essentiel, sans que le spectateur soit submergé par les artifices).

Un mot sur les comédiens : à la tête d'un casting très fourni, le savoir-faire d'un directeur d'acteurs comme Joss Whedon est crucial, qu'il s'agisse de réserver aux vedettes des scènes qui les mettront en valeur ou de donner aux nouveaux visages une exposition digne de ce nom.

C'est un sans-faute sur ces plans-là : Robert Downey Jr assure toujours le show même si son Tony Stark s'est (heureusement) calmé (depuis Iron Man 3) ; et Chris Hemsworth incarne toujours Thor avec un charisme épatant (au point même qu'il semble le vrai leader de l'équipe parfois), dans un registre très sobre mais avec une présence très physique.
Les autres bonnes surprises du film sont le "couple" formé par Scarlett Johansson (de mieux en mieux à chaque film Marvel) et Mark Ruffalo (qui joue aussi tout en retenue et s'impose sans forcer), puis Jeremy Renner (c'est vraiment lui à qui ce nouvel épisode profite le plus, son Hawkeye héritant de plus de place pour s'exprimer : ce mix de lassitude et d'abnégation qu'il dégage est excellent).
Chris Evans est par contre un peu décevant (après ses formidables prestations dans les deux premiers Captain America), tandis qu'Elisabeth Olsen et Aaron Taylor-Johnson sont convaincants en jumeaux ambivalents (sans plus, mais pas moins - comme il est acquis qu'on reverra la première dans le futur, il sera intéressant de surveiller si elle peut livrer une interprétation plus intense).
James Spader a prêté sa voix (même si je n'ai pu voir le film qu'en vf, mais c'est le même comédien qui le double habituellement qui officie dans Avengers 2 et il n'y a pas lieu de finasser) et sa gestuelle à Ultron (grâce au procédé de motion capture) : une performance un peu en demi-teintes, mais pouvait-il en être autrement avec ce personnage ?
Paul Bettany, qui était déjà la voix (en v.o.) de JARVIS dans les films Iron Man et le premier Avengers, campe cette fois la Vision et on ne pouvait rêver meilleur casting tant l'acteur ressemble à l'androïde et le joue avec justesse.
La participation de Samuel L. Jackson et l'apparition finale de Josh Brolin sont frustrantes : là encore, Avengers 3 (qui devrait en fait compter deux longs métrages) permettra sans doute de corriger ça.    

En bref, Avengers : L'ére d'Ultron n'est pas un grand film, mais c'est un divertissement tout de même haut de gamme, riche en morceaux de bravoure, spectaculaire, généreux. On peut juste déplorer que son écriture soit si visible et que quelques répétitions soient trop systématiques, avec un nombre de personnages excessif.
Ces réserves ne sauraient cependant occulter la qualité première de cette super-production : on en prend plein les yeux mais sans jamais être pris pour des abrutis. A cet égard, c'est tout de même exemplaire : peu de blockbusters sont aussi puissants, possèdent autant de souffle, ont le souci de proposer des personnages et une histoire dignes de ce nom, sans se contenter de n'être qu'une suite si ébouriffante soit-elle.
Son aspect hybride, parfois bancal, mais intense et fun à la fois, est en définitive au diapason de son sujet : ce récit d'une machine conçue par un apprenti sorcier qui en perd le contrôle est une réflexion punchy et maline sur le genre dans lequel il s'inscrit, et les failles qu'il dessine sont pleines de promesses.

lundi 7 mai 2012

Critique 324 : THE AVENGERS, de Joss Whedon

The Avengers est un film écrit et réalisé par Joss Whedon, d'après un scénario de Zak Penn et Joss Whedon, inspiré des personnages créés par Stan Lee, Joe Simon, Larry Lieber, Jack Kirby et Don Heck, produit par Marvel Studios et sorti le 24 Avril 2012.
*
Considéré comme mort après son combat contre son demi-frère Thor et qui avait abouti à la destruction du Bifröst (passerelle permettant de passer d'Asgard à la Terre), Loki passe un marché avec un mystérieux extraterrestre pour disposer de l'armée des Chitauris afin de conquérir la Terre. En échange, le dieu asgardien promet de livrer le cube cosmique à son débiteur.
Sur Terre, justement, le colonel Nick Fury arrive dans un centre de recherche du SHIELD en cours d'évacuation après que le tesseract (le fameux cube cosmique) ait manifesté des signes inquiétants d'instabilité énergétique.
Loki apparaît peu après dans la base et s'empare de l'objet et assujettit, avec son sceptre, Hawkeye (tireur d'élite du SHIELD), le Dr Selvig et neutralisé Fury. Ils s'enfuient tandis que le centre s'effondre, mais Fury, les agents Maria Hill et Phil Coulson, et la majeure partie du personnel ont survécu.
Fury décide d'activer le projet Avengers Initiative pour capturer Loki et récupérer le cube cosmique : la Veuve Noire, Natasha Romanoff, recrute Bruce Banner alias Hulk, réfugié en Inde, tandis que Coulson requiert les services de Tony Stark alias Iron Man et que Fury informe Steve Rogers alias Captain America de la mission qui les attend.
L'équipe est rassemblée à bord de l'héliporteur, le quartier général volant et gigantesque du SHIELD, et réfléchit au moyen de localiser le tesseract. Banner et Stark le localisent à Stuttgart et Captain America et Iron Man y affrontent Loki, qui se rend après avoir brièvement résisté (pendant que ses sbires dérobent de l'iridium.
Thor surgit ensuite pour ramener son demi-frère à Asgard mais Iron Man et Captain America s'interposent. Une bagarre oppose les trois héros qui choisissent de s'allier pour le bien commun.
A nouveau à bord de l'héliporteur, les désaccords sur la stratégie à employer et les projets de Fury divisent le groupe. Seule la Veuve Noire, qui, par la ruse, réussit à deviner les intentions de Loki (provoquer justement des tensions entre les héros et réveiller Hulk), prend conscience du danger qui couve. Hawkeye attaque au même moment le vaisseau du SHIELD et le prend d'assaut.
Dans la panique qui suit, non seulement Loki s'échappe mais piège Thor alors que Hulk dévaste le bâtiment volant et rudoie Thor avant de s'enfuir à son tour. Iron Man, Captain America, l'agent Hill et Fury rétablissent miraculeusement la situation, la Veuve neutralise Hawkeye, mais l'agent Coulson a trouvé la mort entretemps.
Cette perte va pourtant servir Fury qui s'en sert pour souder l'équipe et en convaincre les membres restés à bord de collaborer. Reste à savoir où Loki va frapper : sa nature vaniteuse conduit Stark et Rogers à penser qu'il va se servir de la tour du milliardaire pour sa position géographique (en plein coeur de New York) et son goût du spectacle.
Pendant ce temps, Thor se prépare à en découdre avec son demi-frère et Banner cherche à rejoindre la ville.
Hélas ! les Vengeurs arrivent trop tard pour empêcher l'ouverture par Selvig d'un portail dimensionnel grâce au cube cosmique et l'armée chitauri envahit New York par une brêche géante dans le ciel. Banner rejoint le champ de bataille et reprenant la forme de Hulk prête, avec Thor, main-forte aux héros face aux assaillants et Loki.
Le combat est titanesque et dévastateur, l'issue incertaine - au point que le gouvernement ordonne qu'une bombe atomique rase Manhattan.
Mais, libéré de l'emprise de loki, Selvig révèle à la Veuve Noire que le portail peut être refermé grâce au sceptre du dieu asgardien et Iron Man réussit à se débarrasser du missile nucléaire dans la plaie interdimensionnelle.
Les chitauris, coupés de leur base, tombent tous. La Terre est sauvée.
Thor ramène enfin Loki en Asgard grâce au cube cosmique et le reste des Vengeurs se disperse, Fury étant désormais convaincu qu'ils répondront de nouveau à son appel en cas de nouvelle menace.
Le contact extraterrestre de Loki enrage de l'échec subi et de la résistance des humains. Mais son chef se révèle alors : il s'agit de Thanos, l'incarnation cosmique de la Mort, dont le sourire inquiétant suggère qu'il n'entend pas malgré tout en rester là...
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Dire que l'adaptation d'Avengers était attendu (au tournant) relève de l'euphémisme, d'autant plus quand on mesure la folle audace qui a abouti à la réalisation d'un tel film. Pour cela, revenons quelques années en arrière...
En 2008, Marvel Studios, entité désormais comprise dans l'entreprise Disney, entreprend, après avoir récupéré les droits de plusieurs personnages, auparavant détenus par d'autres majors qui ne les ont pas exploités, d'en tirer des longs métrages. Kevin Feige, le chef de projet de la compagnie, ambitionne rapidement de développer un univers partagé semblable à celui des comics et ainsi d'aboutir à une superproduction qui réunira les principaux héros Marvel.
Auparavant, depuis le début de la décennie 2000, Marvel a su revitaliser la franchise "Avengers" en la formulant comme une gamme : d'un côté, il y a plusieurs titres successifs (et parfois simultanés) prenant leur source dans la série historique classique, créée par Stan Lee et Jack Kirby, désormais pilotés (en majeure partie) par Brian Bendis, et de l'autre, il y a la version des Ultimates, plus adulte et "réaliste", revisitée par Mark Millar. Le succès commercial de ces opérations et leurs directions artistiques vont servir de base aux films, au point que (surtout dans le cas des Ultimates) on puisse les envisager comme des comics "prêt-à-filmer".
Dès 2008 donc, sortent Iron Man 1, réalisé par Jon Favreau, avec Robert Downey Jr dans le rôle-titre (une surprise et un carton), puis L'Incroyable Hulk, de Louis Leterrier, avec Edward Norton (conçu aussi pour faire oublier la version précédente d'Ang Lee. Là encore un succès, moindre mais notable). Au cours et à la fin de chaque film, des indices sont semés pour que les spectateurs comprennent que les personnages évoluent dans le même univers, sont connectés, et préparent le terrain pour des suites et l'apparition d'autres héros (ainsi sont évoqués le projet Avengers Initiative, le bouclier de Captain America, le SHIELD, le marteau de Thor, le cube cosmique... Le colonel Nick Fury et l'agent Coulson servent de relais entre ces éléments.).
En 2010, la suite d'Iron Man remporte un nouveau succès en salles, malgré des critiques plus réservées.
En 2011, c'est au tour de Thor, réalisé par Kenneth Branagh, avec Chris Hemsworth, et de Captain America (sous-titré The First Avenger, confirmant que la réunion des personnages est programmée), par Joe Johnston, avec Chris Evans, remplissent les salles à leur tour (le second film recevra cependant de meilleures critiques).
Joss Whedon est alors annoncé officiellement comme le metteur en scène d'Avengers qui démarre dans la foulée de celui de Captain America : le choix du créateur de Buffy contre les vampires étonne un peu car, cinématographiquement, c'est un débutant (en matière de réalisation) mais pour l'écriture, c'est un script-doctor confirmé et un scénariste-connaisseur de comics aguerri (d'ailleurs, son run sur Astonishing X-Men le prouve, et lui avait valu d'être pressenti pour réaliser X-Men 3).  Bien entendu, tous les acteurs ont rempilé (à l'exception d'Edward Norton dans le rôle de Banner, mais sa vision du personnage divergeait déjà avec celle de Leterrier).
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Le dessin animé Avengers : Earth's Mightiest Heroes (Avengers : l'équipe des héros en vf) démontra que le potentiel de cette équipe de personnages, qui s'unit pour triompher d'une menace à laquelle aucun de ses membres seul ne pourrait résister, mais dont les caractères tranchés, les méthodes, les pouvoirs (ou l'absence de pouvoirs) et les origines les obligent à une coalition difficile, était prometteur sur le papier et dans un cadre feuilletonnesque pour un format animé. Transformer cet essai avec des comédiens et sur un format plus court (le film dure 2h 22, ce qui est conséquent sans être démesuré, en comparaison avec des épisodes du Seigneur des anneaux ou d'Harry Potter) serait-il possible sans sacrifier des pièces précieuses ? Et comment réussir un film qui soit accessible au spectateur attendant un blockbuster épique mais assez référencé pour attirer la connivence de fans hardcore ?
Le pari était difficile, mais ne faisons pas durer le suspense, il est largement remporté. On peut même affirmer qu'il s'agit de la meilleure adaptation d'un comic-book à l'écran, la plus intelligente, la plus respectueuse, un spectacle à la fois divertissant et malin, dont la qualité principale est de ne prendre personne de haut.
Si on voit plus loin que les simples films Marvel et qu'on l'étalonne par rapport à d'autres productions inspirées par des créations de l'éditeur ou d'autres comics, cette réussite est encore plus flagrante. Souvent, parmi les adaptations de comics que j'ai vues, l'ensemble était convaincant mais un détail, parfois dérisoire, gâchait la fête, empêchait d'adhérer complètement. Parfois, le projet lui-même part avec un handicap tel qu'il faut se résigner à l'avance : par exemple, Watchmen de Zack Snyder est un objet qui n'a rien d'honteux, mais qui ne peut rivaliser avec la richessse et la finesse du matériau d'origine. Parfois, aussi, la production opère des choix hasardeux ou malheureux ou stupides : dans le premier Spider-Man de Sam Raimi, le Bouffon est affublé d'un costume grotesque, et dans le deuxième, les regrets de Dr Octopus dans sa dernière scène sont pathétiques et ruinent un peu le bouquet du feu d'articices. Parfois, enfin, la prétention de la mise en scène étouffe un genre qui ne gagne pas à être traité comme du cinéma d'auteur (quand bien même la bande dessinée gagne à être, elle , audacieuse) : les interminables Batman de Christopher Nolan sont si sérieux, complaisants dans leur névrose et leur violence, qu'ils ressemblent à des films d'auteurs gonflés aux hormones (qui plus est affligés de l'interprétation inexpressive de leur star).
A contrario, les oeuvres les plus accomplies et les plus jubilatoires sont souvent celles où la production, du réalisateur aux comédiens en passant par la technique et la direction artistique et le scénario, ne cherche pas à surpasser les comics mais à tenter d'en reproduire la magie naïve, mélodramatique et extravagante, ou alors à prendre un chemin de traverse pour qu'un cinéaste puisse faire cohabiter ses visions personnelles et les excentricités de la bande dessinée. Dans le premier cas, le premier Superman de Richard Donner reste un exemple enchanteur de ce que le cinéma peut apporter aux comics : le film a bien entendu un peu vieilli (ne serait-ce qu'au niveau des effets spéciaux) mais il conserve une grâce étonnante, un charme enfantin unique - pour la première fois, on croyait vraiment qu'un surhomme pouvait voler. Dans le second cas, Tim Burton fit de Batman le défi (2ème film de la franchise, première époque) un savoureux "contre-film de super-héros" en privilègiant les vilains (Catwoman et le Pingouin), ces "freaks" semblables aux créatures fantastiques qui peuplent son oeuvre.
Reste une troisième voie, qui est curieusement peu exploitée : celle des dessins animées pour le grand écran. Les Indestructibles de Brad Bird est un authentique chef-d'oeuvre et un gros succès commercial qui semblait ouvrir une voie royale au genre dans ce format-là (une suite avait même été annoncée, on l'attend toujours). Mais depuis les super-héros n'ont plus eu les honneurs de l'animation !
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Joss Whedon a su, avec Avengers, puiser dans ce que les films précédents des studios Marvel avaient préparé (les personnages bien sûr, mais aussi des éléments narratifs qu'il fait converger - le cube cosmique en étant la clé de voûte) et se paie le luxe, dans la désormais rituelle scène-surprise de générique de fin, d'indiquer une piste pour la suite, avec une menace qui ravira les fans et attisera la curiosité des profanes.
Roué à l'écriture de séries télé, le cinéaste sait que le moteur d'une bonne histoire de super-héros repose d'abord sur ses personnages et les relations qui les agitent : aux quatre vedettes ayant déjà eu droit à leur film (Iron Man, Hulk, Thor et Captain America), il a eu la sagesse de n'en ajouter que deux autres (Black Widow, apparue dans Iron Man 2, et Hawkeye, aperçu dans Thor), plus évidemment Nick Fury (dans un rôle plus étoffé) et Phil Coulson. On pourra discuter de la nécessité de la présence de Maria Hill, sans toutefois qu'elle ne gêne le déroulement des opérations. Le méchant est à nouveau Loki (comme le suggérait la scène finale de Thor) et en même temps, c'est heureux sur un plan historique puisque, dans les comics, il provoquait également la création des Vengeurs - mais pas de la même manière car le film ne s'inspire pas d'une histoire déjà lue (ni dans l'univers classique de Marvel, ni dans la collection Ultimate - exception faîte des chitauris, qui sont l'autre nom des skrulls mais dont Disney n'a pas le droit d'utiliser le nom pour d'obscures raisons juridiques).
Le scénario comporte trois actes dont le classicisme est compensé par le crescendo dramatique et spectaculaire de l'action : d'abord, la menace est identifiée (Loki est de retour, s'empare du tesseract et prépare une guerre contre la Terre) ; ensuite, le groupe est assemblé mais échoue et à coopérer intelligemment et à deviner le piège tendu par l'ennemi qu'il croit avoir maîtrisé (suite de séquences qui va de la capture de Loki à l'attaque de l'héliporteur avec la mort de Coulson et le retour d'Hawkeye) ; enfin, l'équipe se soude autour d'un double objectif commun (venger Coulson - et par ricochet leur honneur - et contrecarrer l'invasion chitauri menée par Loki).
Chacun des ces actes est très bien écrit et prouve que, à partir du synopsis de Zak Penn, Joss Whedon asu à la fois doser les moments forts, avec de l'action, du grand spectacle, et des plages plus calmes, avec les rapports entre les personnages, le rappel de leurs passés (même quand il n'est que suggéré, on comprend parfaitement qui est qui, d'où il vient), l'apprentissage du travail d'équipe, avec en plus une dose d'humour (jamais facile, jamais gratuite, à la fois discrète et efficace, permettant à la fois de respirer et de prendre du recul sans jamais se moquer). C'est ce délicat mélange de premier degré (avec de vrais valeureux héros et de vrais méchants ennemis) et de distance (où quelques bons mots fusent, des "punchlines" percutantes - quoique le fameux cri de guerre "Avengers assemble / Vengeurs rassemblement" ne soit jamais prononcé !) auquel est parvenu Whedon.
On peut dire que la meilleure leçon à retenir, le plus grand enseignement à tirer d'Avengers, c'est qu'il renoue avec le cinéma de genre car les comics super-héroïques sont eux-même au carrefour de plusieurs genres bien définis : dans les livres, on trouve du mélodrame, de l'aventure, du fantastique, de la connivence. C'est un mix de récit chevaleresque (à la fois moyen-âgeux, de pirates et de cape et d'épée), de western, de soap opera, d'histoire de guerre, de romance parfois, de roman de gare, de polar, de science-fiction, d'histoire d'amitié. Et tout ça, on le retrouve dans Avengers le film rhabillé façon super-héros mais rattaché à ce qui a précédé dans l'histoire du cinéma populaire, avec un viking volant et son marteau magique (Thor), son soldat du passé au bouclier emblématique (Captain America), son homme-robot futuriste (Iron Man), son archer post-Robin Hood (Hawkeye), son espionne tueuse séduisante (Black Widow), son monstre comparable à un ogre de conte (Hulk), son mauvais génie revanchard (Loki), et des militaires manipulateurs et justiciers à la fois (le SHIELD). Tous ces ingrédients sont comparables à une fresque où des archétypes issus de diverses sources littéraires s'uniraient pour contrer un danger menaçant leurs existences distinctes (des univers différents) et communes (tous proviennent de l'imaginaire ou d'une réalité transformée) à la fois. Et finalement, c'est en s'adressant à ce qui a émerveillé l'enfance de tous les lecteurs et/ou spectateurs qu'Avengers gagne son pari : le film procure un plaisir enfantin mais sans sombrer dans la mièvrerie ou ricaner des codes narratifs et esthétiques qu'il convoque.
Tout cela suffit à dominer les bémols qui surgissent subrepticement ça et là : un dialogue un peu lourd en termes pseudo-scientifiques entre Stark et Banner, la fuite de Loki (avec Hawkeye et Selvig) en voiture (alors qu'un dieu capable plus tard de se démultiplier peut certainement se téléporter avec ses complices), l'absence d'Asgard (une simple et rapide scène montrant Odin envoyant Thor sur Terre, grâce au Bifröst reconstruit, récupérer Loki aurait été bienvenue plutôt que de faire allusion à de "l'energie noire" dépensée par le régent divin nordique pour permettre à son fils de retourner parmi les hommes)... Mais, comme on peut le compter, c'est vraiment dérisoire en comparaison avec le reste et ça ne suffit en tout cas pas à gâcher le plaisir.
Et quand bien même serait-on d'humeur tâquine, la dernière partie du film comblerait largement n'importe quel amateur de grand spectacle et de baston homérique : en effet, Avengers dispose de la plus impressionnante et jouissive bataille qu'on ait pu voir au cinéma dans cette catégorie de film. Une bonne quarantaine de minutes qui voit les Vengeurs face aux chitauris et Loki, avec des destructions massives, des morceaux de bravoure, du suspense, de la tension, un rythme échevelé. Joss Whedon y glisse même un plan-séquence virtuose où les héros, souvent en binômes sur le champ de bataille, dans les airs et au sol, sont filmés avec une fluidité éblouissante, grâce à une caméra aérienne : sans doute tout cela n'est-il qu'un vaste trucage, avec des raccords maquillés, des images purement virtuelles, mais quelle sensation ! On est littéralement cloué à son fauteuil, l'effet étant amplifié par la spatialisation du son, c'est presque comme si on était à côté des héros, dans Manhattan dévasté. Si un bon western se juge souvent à l'intensité de son duel, le comic-book super-héroïque se mesure à la puissance de sa "battle royale", et assurèment Avengers place la barre à un niveau extraordinaire, pas parce que le spectateur est assommé mais plutôt parce qu'il vibre du début à la fin - nuance décisive !.
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Le casting est parfaitement dirigé et évite là encore les pièges qu'on pouvait craindre, confirmant que les teasers ne racontaient pas tout, et que Whedon a su à la fois profiter de la distribution et la bonifier. On pouvait, par exemple, appréhender que Robert Downey Jr, qui a tellement dopé son personnage de Tony Stark, ne soit en roue libre, cabotinant à qui mieux-mieux, et éclipsant dans un one-man show déplacé ses partenaires : or, si le comédien continue de sa tailler la part du lion et gagne des répliques irrésistibles, il s'intègre au reste de la troupe sans chercher à tirer la couverture.
Mark Ruffalo (Bruce Banner) et
Robert Downey Jr (Tony Stark)

La vraie révèlation du film est Mark Ruffalo : cet excellent acteur, souvent sous-exploité, avait la tâche ingrate de remplacer Edward Norton dans le rôle de Bruce Banner. Il réussit mieux que cela en le faisant carrèment oublier, notamment parce que l'équipe des effets spéciaux a eu la riche idée de lui faire également jouer Hulk grâce au procédé de "motion capture" (le monstre a donc le physique "amplifié" de son interpréte et n'est plus seulement une créature en images de synthèse). Jamais vous n'avez vu le colosse de jade aussi puissamment représenté !
Chris Evans a gagné en autorité dans le costume (élégamment redesigné) de Captain America : si le personnage n'est pas encore autant en décalage avec son époque que dans les comics, c'est certainement celui qui à l'écran possède le plus de potentiel pour les suites prévues (dans ses aventures en solo ou en équipe).
Chris Hemsworth (Thor) et
Chris Evans (Captain America)
Chris Hemsworth doit négocier le rôle le plus délicat de la distribution : son entrée en scène est, comme indiquée plus haut, un peu maladroite, de plus Thor est le personnage le plus extra-ordinaire du lot et incarne d'abord le contrepoint de Loki. Mais comme Tom Hiddleston, suave et infect à souhait, Hemsworth a l'intelligence de ne pas en rajouter dans le registre du viking colérique et musclé : la sobriété de sa composition est finalement judicieuse.
Tom Hiddleston (Loki) 
Jeremy Renner (Hawkeye) et
Scarlett Johansson (Black Widow)

L'autre couple en vue est celui formée par Scarlett Johansson et Jeremy Renner : Whedon qui aime et sait écrire des rôles féminins forts a su attribuer à la première une dimension à la fois sexy et trouble bien plus aboutie que dans Iron Man 2 et la comédienne sait en profiter.
Pour camper l'archer (plus ombrageux que dans sa version papier), Renner doit attendre le deuxième tiers du film (après que son personnage ne soit plus sous l'emprise de Loki) pour briller par l'intensité de son jeu (très Steve McQueen).
Enfin, la galerie des seconds rôles est soignée : Samuel L. Jackson est impeccable en Fury chef d'orchestre, le charisme de l'acteur fêtiche de Tarantino suffit à habiter le personnage. Gregg Clark et Cobie Smulders parfaits en agents Coulson et Hill, Stellan Skarsgard en Selvig, et Gwyneth Paltrow en Pepper Potts (lumineuse) complètent la distribution. 
A ce niveau-là aussi, Avengers touche juste : le choix des interprètes et leur direction n'empiètent jamais sur la dimension de leurs personnages, les fans y retrouveront leurs héros respectés, les autres seront satisfaits par la prestation mesurée des comédiens.
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Avengers est donc bien l'aboutissement du projet fou entrepris par Marvel Studios il y a cinq ans. Mais il est aussi mieux que ça : un grand divertissement ludique, complice, percutant, et la porte ouverte vers un nouvel acte qui va voir les retours successifs d'Iron Man, Thor et Captain America dans des "sequels", peut-être d'autres films consacrés à d'autres personnages (Black Widow, Nick Fury, Hawkeye), voire l'exploitation de nouveaux venus (Ant-Man - et The Wasp ?). Et le triomphe commercial impressionnant du long métrage (déjà largement remboursé en moins de quinze jours !) et l'apparition de Thanos ont de quoi faire rêver... Même si, en définitive, après un tel coup de maître, c'est d'abord Avengers lui-même que sa suite devra surpasser en qualité ! 
En tout cas, que vous soyez un geek ou un simple curieux, c'est un pur "kif" (ou un "nerdgasm", au choix) pour un blockbuster qui tout en vous en donnant pour votre argent ne se moque ni de ses héros ni de vous.

lundi 20 avril 2009

Critique 33 : ASTONISHING X-MEN, de Joss Whedon et John Cassaday



En 2004, Marvel a réutilisé le titre Astonishing X-Men pour lancer une nouvelle série-événement puisqu'elle serait écrite par Joss Whedon, célèbre pour avoir créé le programme télé Buffy et les vampires, et dessinée par John Cassaday, l'artiste aux commandes de Planetary avec Warren Ellis.
En vérité, cette série prolonge le run de Grant Morrison sur New X-Men. et rend hommage à celui de Chris Claremont et John Byrne. Toutefois le projet de Whedon et Cassaday peut très bien s'apprécier sans avoir lu ces épisodes. En outre, les deux auteurs en ont profité pour introduire quelques tout nouveaux personnages dans l'univers Marvel comme l'agent spécial Brand du SWORD, Hisako Ichiki, Ord et Blindfold.
Appréciable aussi pour celui qui a délaissé le monde des mutants depuis longtemps - comme c'était mon cas à l'époque où je me suis plongé dans cette série - est la volonté de Whedon d'écrire une histoire s'inscrivant en dehors de la production courante de Marvel (même si les Astonishing X-Men, comme groupe, sont apparus dans House of M). Toutefois, cette "marginalité" était aussi la conséquence des retards de plus en plus conséquents que prit la série au fur et à mesure de sa réalisation... Mais le résultat est si brillant qu'il vaut toutes les excuses.

Procèdons par ordre et examinons chacun des 4 recueils de cette saga, comprenant 24 chapitres plus un long épilogue.


- Volume 1 : "Gifted" (épisodes 1 à 6). Ce premier arc narratif se concentre sur la présentation des protagonistes et établit l'intrigue générale. Une scientifique indienne, le Dr Kavita Rao, met au point un sérum qui supprime le gène mutant. Cette découverte fait l'effet d'une bombe, mais ce que tous ignorent, c'est que la mise au point de cette antidote a été possible grâce à une alliance avec le guerrier extraterrestre Ord, venu sur terre pour y tuer un mutant dont les prophéties de son monde affirment qu'il sera son exterminateur. Hank McCoy alias Beast rend visite à Rao et apprend qu'elle a, pour finaliser sa formule, pratiqué des expériences sur un sujet humain inconnu. Les X-Men s'introduisent dans les laboratoires de Benetech et y retrouvent leur camarade Colossus, porté disparu et présumé mort. Avec son aide, l'équipe neutralise Ord, mais celui-ci a le temps de leur révèler le sort qui attend sa planète - le Breakworld - et donc sa mission sur terre.
- Volume 2 : "Dangerous" (épisodes 7 à 12). A peine remis de leur précédente aventure, les X-Men vont devoir faire face à une nouvelle menace. Il s'agit d'une des fameuses Sentinelles, un de ces robots gigantesques conçus pour le surveiller, mais qui est ici déterminée à les supprimer. Qui a réanimé cette Sentinelle ? Rien moins que la salle des dangers, qui a acquis une conscience et s'est rebaptisée "Danger" en prenant forme humaine. Bientôt, l'affrontement mène les mutants sur l'île de Genosha où vit désormais le professeur Charles Xavier, responsable de la transformation de la Salle des Dangers, installée initialement pour entraîner ses élèves au combat. Au terme d'une bataille disputée, durant laquelle Emma Frost s'éclipse subitement avant de réapparaître, on comprend que cette dernière s'est alliée avec une nouvelle formation du Club des Damnés.
- Volume 3 : "Torn" (épisodes 13 à 18). De retour à leur école, les X-Men vont être mentalement manipulés par ce nouveau Club des Damnés, composé de Cassandra Nova, Emma Frost, Perfection, Negasonic Teenage Warhead et Sebastian Shaw. Mais, en vérité, Emma est asservie par Cassandra Nova et surtout ce Club des Damnés n'est qu'une illusion mentale. Mais l'équipe de mutants est mise à mal : la rafale optique de Cyclops est bloquée, Beast devient un animal sauvage, Wolverine retombe en enfance... Seule Shadowcat réussit à esquive l'attaque et trouve les ressources pour sauver ses acolytes. C'est alors que Ord et Danger surgissent et que l'agent Brand téléportent les belligérants à bord du vaisseau du SWORD - direction : le Breakworld.


- Volume 4 : "Unstoppable" (épisodes 19 à 24 et "Giant-Size Astonishing X-Men" 1). Les X-Men, les agents du S.W.O.R.D., Danger et Ord se dirigent vers l'issue de leur épopée. Sur la planète Breakworld, les héros mutants découvrent qu'ils sont au centre d'un conflit politique entre deux dirigeants dont les prophéties de fin du monde, impliquant Colossus, opposent leurs partisans. Constatant l'échec de Ord, les extraterrestres ont élaboré un nouveau plan visant à la destruction de la Terre par un projectile géant. Shadowcat s'introduit dans cette balle de revolver pour en contrarier la trajectoire mais en devient prisonnière. Elle parvient néanmoins à éviter l'impact avec la Terre mais se condamne ainsi à errer dans l'espace. Son sacrifice laisse ses amis dans un profond désarroi tandis que sur le Breakworld, la situation s'apaise.
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Astonishing X-Men est une véritable fresque, et pour moi qui suis devenu fan des récits de super-héros avec les X-Men de Chris Claremont et John Byrne, le run de Whedon et Cassaday a ressemblé à un véritable retour aux sources. Comme à la grande époque, on y suit une histoire qui se développe patiemment mais amplement sur plus de 20 épisodes tout en étant ponctuée par des rebondissements palpitants. Que Whedon se soit fait connaître à la télé est sensible dans cette vaste entreprise où il déploie un art certain pour les coups de théâtre rocambolesques (comme dans le volume 1), les pirouettes jubilatoires (comme dans le volume 3), et une alternance de séquences d'exposition intriguantes et de scènes d'action spectaculaires.
L'autre talent de Whedon se situe dans les dialogues, qui permet à chaque protagoniste d'être puissamment caractérisé, mais aussi d'injecter une dose d'humour agréable. Un personnage effacé comme Cyclops y gagne une épaisseur séduisante ; Beast revêt une ambiguïté tout aussi épatante ; quant à Wolverine, il n'est plus résumé à une machine à tuer. Mais c'est avec Shadowcat que l'auteur semble avoir trouvé son vrai porte-parole : tout comme avec Buffy, il imagine une femme-enfant que les évènements conduisent à faire des choix poignants. Ce n'est pas si courant d'être ainsi ému par le destin d'une héroïne de comic-book.
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Graphiquement, John Cassaday a également abattu un travail de titan. Déjà éblouissant dans le registre décalé de Planetary, son style fait merveille dans le genre mainstream des super-héros. Ses personnages féminins ont une beauté fabuleuse, une allure à la fois élégante et racée : Emma Frost, Kitty Pryde n'ont peut-être jamais été si bien dessinées.
Mais les protagonistes masculins ne sont pas moins bien traités : Beast inspire une authentique empathie, Cyclops fait vraiment jeu égal avec le charismatique Wolverine, et Colossus possède une expressivité qui lui a souvent fait défaut sous le crayon d'autres artistes.
Quant aux décors, ils sont tout simplement époustouflants : l'institut Xavier est pleinement exploité et le dénouement sur le Breakworld dépayserait le plus blasé des lecteurs. C'est magnifique.
Mais cette réussite esthétique n'aurait pas été complète sans le concours de la coloriste Laura Martin, peut-être la meilleure dans sa partie actuellement. La manière dont elle magnifie les ambiances, embellit chaque scène, est exemplaire et digne de tous les éloges.
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Quoi qu'il en soit, c'est avec un mélange d'émerveillement et d'émotion qu'on achève cette lecture. Deux sentiments qui suffisent à distinguer cette série, et à la recommander vivement.