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samedi 12 novembre 2022

THE NEW GOLDEN AGE #1, de Geoff Johns et Diego Olortegui, Jerry Ordway, Steve Lieber, Todd Nauck, Scott Kolins, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Gary Frank


The New Golden Age est une one-shot qui fait la liaison entre la fin de Flashpoint Beyond et le début de la relance de Justice Society of America (le 29 Novembre prochain). L'architecte de tout ça est Geoff Johns et DC Comics semble lui avoir réservé un coin du DCU pour développer ce qu'il a en tête. Du coup, ce New Golden Age fait office de gros teaser, plein de questions en suspens et d'indices à décrypter.
N.B. : J'ai décidé de rédiger un résumé qui remet toutes les scènes dans l'ordre chronologique afin de mieux saisir la progression du récit.


12 Avril 1848. Corky Baxter annonce à John Wilkes Booth, le futur assassin d'Abraham Lincoln (soit trois jours avant les faits), qu'il deviendra célèbre. Les Maîtres du Temps surgisssent et grondent Corky puis l'embarquent pour reprendre leur traque des 13 héros réintégrés dans les années 1940.


22 Novembre 1940. La Justice Society of America se réunit pour la première fois. Doctor Fate (Kent Nelson) a une vision dramatique du futur où un étranger tue des enfants qui ont repris le flambeau des membres de la JSA. A la "une" des journaux, il est question du héros russe Vladimir Sokov alias Red Lantern qui a coulé un navire de l'armée américaine.


31 Octobre 1951. La JSA comparaît devant la commision parlementaire aux activités anti-américaines mais ses membres refusent de se démasquer pour prouver leur loyauté aux Etats-Unis.


22 Novembre 1976. Doctor Fate (Kent Nelson) est examiné par Doctor Mid-Nite (Charles McNider) au sujet de ses visions du futur. Ils sont interrompus par Power Girl et Star-Spangled Kid qui reprochent à la JSA de ne pas donner leur chance aux femmes et aux jeunes. Fate leur rappelle que Wonder Woman a été dans l'équipe pendant des décennies et que, le moment venu, les jeunes prendront la relève des vétérans.


Il y a 13 ans. Catwoman dérobe dans un musée l'Anneau maudit de Hauet malgré la mise en garde de Doctor fate (Kent Nelson). Un rayon d'energie surgit de l'Anneau et tue Fate. Il succombe en prévenant Catwoman que sa fille (qui n'est pas encore née) intégrera la JSA mais sera tuée par l'étranger.


Maintenant. Doctor Fate (Khalid Nassour) retrouve le détective Chimp et Deadman pour qu'ils l'aident à exociser son casque infecté par l'energie de l'Anneau de Hauet. C'est alors que Fate a une vision tragique de son successeur en 3022.


Dix ans dans le futur, 22 Novembre. Helena Wayne, âgée de dix ans, poignarde Batman en le prenant pour un cambrioleur. Il se démasque et l'entraîne dans sa Batcave où se trouve, entre autres reliques, la boule contenant l'univers Flashpoint. Selina Kyle surgit et reproche à Bruce de vouloir faire de leur fille une justicière, quitte à ce qu'elle connaisse le même sort, funeste, que ses Robins.


18 ans dans le futur. La JSA annonce à Selina que Batman a été assassiné, alors qu'il lui a vait promis de se retirer. Helena jure de venger son père et devient Huntress.


22 Novembre 3022. Une nouvelle incarnation de la JSA, composée de nouveaux Green Lantern, Atom et Doctor Fate (une nommée Sophie), pénètrent dans le Q.G. de l'équipe, dévasté, laissé à l'abandon. L'étranger surgit et tue Fate puis efface le reste du groupe avec le casque de Fate.

Il y a aussi une scène avec Nostalgia, cette fan d'Ozymandias à la recherche du Watchmen, en compagnie de Mime et Marionnette, mais elle n'est pas située dans le temps.

Et tout ça tient en un cinquantaine de pages ! C'est donc très dense, et pour ne pas faciliter la tâche au lecteur, Geoff Johns raconte àa dans le désordre. J'ai lu The New Golden Age deux fois pour réussir à rédiger ce résumé chronologique et tenter de déchiffrer ce que le scénariste voulait raconter. Même comme ça, ce n'est pas clair.

Alors sans doute le meilleur moyen d'apprécier The New Golden Age est de le lire comme un énorme teaser pour ce que Johns entreprend d'écrire dans les prochains moins (années). Dans deux semaines, le scénariste va relancer la série Justice Society of America et il signera aussi une mini-série Stargirl : The Lost Children (à partir du 15 Novembre) dans lesquels il a promis que tout serait exploité et explicité.

Bien que dans l'event, actuellement en cours de publication, Dark Crisis (on Infinite Earths), Joshua Williamson a utilisé la Justice Society of America, Johns va certainement raconter quelque chose de différent, sans tenir compte de ce qu'a fait son collègue. The New Golden Age plonge dans le passé mais se projette aussi dans le futur pour redéfinir la JSA et DC a visiblement accordé au scénariste un coin de son univers pour qu'il ait les mains libres.

Ce one-shot se divise en trois parties : la plus importante se déroule dans le passé (cinq segments), une dans le présent, trois dans le futur. Deux personnages attirent notre attention : un individu mystérieux, l'Etranger, hante ces trois périodes, tandis que Helena Wayne, fille de Batman et Catwoman, sert de guide en quelque sorte. Toute la problématique du projet de Johns ici est de savoir de qui et de quand on parle.

De qui : actuellement, dans la continuité, Batman et Catwoman ne sont plus en couple (depuis la fin du run de Tom King sur la série Batman. La mini-série Batman/Catwoman qu'il a écrite ensuite paraît être hors continuité, comme la majorité des projets édités sous le Black Label). Il existe une Huntress, qu'on a croisé dans Nightwing puis Detective Comics, mais ce n'est visiblement pas la même que celle qu'introduit (ou plus exactement réintroduit) Johns ici. La Huntress de Johns, qui est donc la fille de Bruce Wayne et Selina Kyle, le devient 18 ans dans le futur, après l'assassinat de Batman (encore une différence avec la mort de Batman imaginée par King, qui établissait qu'il s'était éteint d'une longue maladie dûe à un combat contre le Dr. Phosphorus), pour venger son père.

Quand : le temps dans les comics, et particulièrement le présent, est un concept fluctuant. Le temps ne s'écoule pas comme dans la réalité sinon des personnages seraient en vérité centenaires au bas mot. Dans les comics, on vit, comme l'écrivait Patrick Modiano, dans une sorte de "présent éternel". Aussi quand un carton indique "Now" ("Maintenant"), c'est très relatif. Cela semble indiquer que ce "Now" se situe au moment où nous lisons l'histoire, mais en vérité, c'était déjà valable l'année dernière ou ça le sera encore l'année prochaine. Plutôt que "maintenant", il serait plus pratique de dire "de nos jours".

Et donc cela situe, par exemple, le vol de l'Anneau de Hauet par Catwoman 13 ans avant "de nos jours". Le costume qu'elle porte à cette occasion est celui qu'elle a dans Batman : Year One, donc elle est au tout début de sa carrière de voleuse costumée. Doctor Fate lui annonce qu'elle aura une fille, qui deviendra une justicière mais mourra des mains de l'Etranger. Cela fait rire Catwoman qui répond à Fate qu'elle n'a pas prévu d'avoir d'enfant.

Mais 10 après "de nos jours", Selina Kyle et Bruce Wayne sont parents d'Helena, qui découvrent la double identité de son père. Et 18 ans après "de nos jours", Helena devient Huntress après l'assassinat de Batman. Comme la future série Justice Society of America a pour premier rôle Huntress, faut-il en déduire qu'elle se déroule 18 ans après "de nos jours" ? Ou bien Helena Wayne aura-t-elle trouvé un moyen de remonter le temps pour empêcher l'assassinat de Batman (mais ausi en existant à la même époque que l'autre Huntress vue dans Detective Comics) ?

Résumons : nous avons une cosntante - l'Etranger, qui s'en prend à la JSA à travers les âges, en l'ayant observé puis en l'attaquant - , nous avons Huntress et sa quête de vengeance dans le futur. Mais qui est vraiment le personnage intermédiaire entre l'Etranger et Huntress ?

Il s'agit de Doctor Fate, que Geoff Johns semble envisager comme un mix du magicien classique, héritier des pouvoirs de Nabu, gardien de l'Ordre, mais aussi une sorte de version de Dr. Who, avec plusieurs personnages qui héritent du titre. Celui qui a été Fate le plus longtemps est Kent Nelson : il est là dès la première réunion de la JSA en 1940 au cours de laquelle il a la première de ses visions dramatiques sur le futur macabre de l'équipe et ses héritiers. Il est encore là en 1976 quand Dr. Mid-Nite l'examine avant que Power Girl et Star-Spangled Kid n'interrompent leur échange. Et il est toujours là 13 ans avant "de nos jours" lorsqu'il surprend Catwoman en train de voler l'Anneau de Hauet et le tue accidentellement. De nos jours, Fate est incarné apr Khalid Nassour. Et en 3022, c'est une fille, Sophie, qui a hérité du casque du Doctor.

Fate est donc partout, tout le temps. Mais c'est le contrepoint tragique de l'Etranger. Car on sait très vite que Kent Nelson va mourir et sa mort déclenche une progression dans la narration. Kent Nelson mort, c'est Khalid Nassour qui hérite du rôle. Khalid Nassour disparu, c'est Sophie qui est la (dernière ?) Dr. Fate. Tout cela desssine quelque chose de familier, d'obsessionnel chez Johns : la notion d'héritage, de transmission. La JSA n'est pas seulement la première super-équipe de DC, c'est aussi celle qui va inspirer et former les générations suivantes de super-héros. La JSA, c'est l'Histoire de DC, l'incarnation du temps dans le DCU. Et Johns a choisi cette fois de faire de Dr. Fate l'emblême vivant de cette incarnation. Ce qui tombe en fait sous le sens puisque Fate signifie destin.

Johns, avec l'ambition qui ne l'a jamais quitté de configurer le DCU en un grand tout cohérent, malgré les relaunchs, les reboots, les Crisis, place la JSA au-dessus de tout. Sans elle, rien n'existe, rien ne se construit. C'est la colonne vertébrale de son grand plan. Il intègre des épisodes comme celui dans les années 50 la JSA refuse de se démasquer devant la commission parlementaire aux activités anti-américaines pour prouver leur loyauté envers les Etats-Unis (épisode repris dans le Elseworlds JSA : The Golden Age de James Robinson et Paul Smith mais aussi dans DC : The New Frontier de Darwyn Cooke). Et bien qu'il ait été un des architectes des New 52, Johns n'en fait pas mention ici puisque durant cette période éditoriale la JSA n'avait plus de série et son existence avait d'ailleurs été effacée.

Johns incorpore par contre deux éléments plus récents qu'il a écrits. La première, c'est le retour en force des Maîtres du Temps (Time Masters) de Rip Hunter, intervenus lors de Flashpoint Beyond, mais auparavant dans Infinite Crisis : 52. Dans la première scène chronologiquement, Corky Baxter motive presque John Wilkes Booth à tuer Abraham Lincoln avant d'être réprimandé et de repartir avec les Maîtres du Temps. Leur mission : vérifier que les 13 héros cités à la fin de Flashpoint Beyond (tout en ayant en tête qu'ils s'agissaient de 13 personnages n'ayant jamais existé auparavant, entièrement créés par Johns) ont bien réintégrés les années 40. A la fin de The New Golden Age, on a droit aux 13 fiches signalétiques de ces personnages, avec un luxe de détails biographiques complètement fou pour justifier leur création rétroactive. Et durant la scène du 31 Octobre 1951, en "une" des journaux, il est fait mention du Red Lantern, le plus puissant héros russe de l'époque qui a coulé un navire de l'armée américaine (ce Red Lantern tient-il son pouvoir du corps des Red Lanterns ? Ou d'une version alternative du du Starheart comme le Green Lantern Alan Scott ?). En tout cas, Johns semble bel et bien avoir des plans pour ces 13 héros, certainement pour la série Justice Society of America.

L'autre incorporation d'un récit de Johns concerne Doomsday Clock visant à intégrer Watchmen dans la continuité du DCU. A la fin de Flashpoint Beyond, on découvrait une jeune femme, Nostalgia, dans l'ancienne forteresse de Ozymandias au Pôle Nord, et qui cherchait le Watchman (et non les Watchmen). On la retrouve ici avec Mime et Marionnette (deux personnages introduits dans Doomsday Clock). Par contre impossible de savoir à quand se déroule cette scène, très brève, c'est la seule qui n'est pas datée. Là aussi, tout indique que Johns n'en a pas fini avec l'oeuvre de Moore (et je cache pas que ça me soûle).

Vous l'aurez compris : je ne fais pas à proprement parler une critique de The New Godlen Age. Pour moi, il s'agit plus d'une feuille de route présentée par Johns, et encore c'est une feuille de route pleine de trous, d'interrogations. C'est à la fois confus, frustrant et excitant, prometteur. Johns revient en tout cas très en forme, plein de projets. En cas de succès de Justice Society of America, il pourrait signer un run aussi consistant que le premeir qu'il a écrit sur JSA (à la suite de James Robinson et David Goyer). Il paraît surtout évident qu'il développe ce projet ambitieux en marge des autres séries, dans une sorte de pré carré, sans doute avec la possibilité pour d'autres auteurs d'y faire référence, mais en conservant la main sur ces références. Personnellement, je ne pense pas que beaucoup de scénaristes vont embêter, parasiter Johns, chaque auteur vedette de DC a déjà fort à faire avec leur propre série et Joshua Williamson (que je persiste à voir comme le futur scénariste de Justice League) ne me semble pas menacé dans son rôle d'architecte principal du DCU.

Johns a tenté par le passé (notamment avant et pendant les New 52) d'être ce grand architecte du DCU. Mais les polémiques autour du film Justice League et ses projets chez Image Comics (avec Geiger et son univers) ont diminué son influence chez l'éditeur. J'ai le sentiment qu'il a encore de l'ambition pour le DCU, mais en ayant obtenu qu'on lui donne un secteur, sans avoir l'obligation d'interagir avec les autres auteurs, les autres séries. C'est presque comme s'il avait son propre label (chose qu'a eu Bendis en arrivant chez DC, ou comme le Black Label, mais de manière plus circonscrite).

Cela confère à Johns une position à part, un statut singulier. Plus vraiment central, essentiel, mais encore star, enfant prodige. Dès lors, The New Golden Age, c'est d'abord et surtout Johns. Les huit dessinateurs qui illustrent ce one-shot sont ses hommes de main, de différentes renommées : si Gary Frank, Scott Kolins, Todd Nauck, Jerry Ordway sont des habitués, Diego Olortegui, Viktor Bogdanovic, Brandon Peterson et Steve Lieber ne déméritent pas mais ont été visiblement conviés pour soulager leurs collègues. L'ensemble est esthétiquement très déparaillé et inégal, mais globalement de belle facture.

Pour résumer, ça m'a plutôt donné l'eau à la bouche (exception faite de la scène découlant de Doomsday Clock). J'attends donc avec gourmandise le retour de Justice Society of America, qui plus est parce que Mikel Janin en sera l'artiste. Et je croise les doigts pour que Johns soit bien inspiré.

jeudi 8 octobre 2020

X OF SWORDS, CHAPTERS 3-4-5 : WOLVERINE #6 - X-DORCE #13 - MARAUDERS #13, de Benjamin Percy et Victor Bogdanovic, Vita Ayala et Matteo Lolli

 Cette semaine, X of Swords se décline en trois chapitres et autant de séries impactées. Mais il fuat nuancer ce programme car ce qui se déroule dans Wolverine #6 et X-Force #1" est organiquement liés, au point qu'il s'agit en vérité d'un seul récit en deux parties. Le mutant griffu laisse ensuite la place à Tornade dans Marauders #13



Benjamin Percy est le scénariste des séries Wolverine et X-Force et il a donc eu toute lattitude pour les lier de manière étroite pour les chapitres 3 et 4 de X of Swords. A vrai dire, il s'agit d'une illustration parfaite de la complémentarité de deux titres au service de la saga. Mais aussi d'un exemple flagrant que, éditorialement, décliner le crossover à travers tous les titres de la franchise X est une manière artificielle de faire croire au lecteur que tous les mutants sont impliqués.



Wolverine a compris qu'il faisait partie des champions appelés à représenter Krakoa dans le futur tournoi contre les élus d'Arakko. Pour descendre dans l'arène de l'Outremonde, il doit posséder l'épée Muramasa. Problème : son forgeron est mort.


Autre problème : Solem, son challenger, doit lui aussi mettre la main sur cette épée. Mais celui-ci est aussi l'assassin du mari de Guerre. Wolverine atteint un temple au Japon où se serait retiré Muramasa, mais qui est aussi un passage vers l'enfer...


Pour trouver l'épée, Solem consulte l'Oracle d'Arakko qui le guide. Il se sert de sa dague comme d'une clé pour ouvrir la porte vers l'enfer. Il sait que, dans ses geôles, il trouvera surtout Wolverine, qui le ménera à l'épée selon l'Oracle.


Les deux mutant s'allient pour dérober les deuxé épées forgées par Muramasa pour la fille et le gendre de la Bête qui doivent se marier. Wolverine consent à un sacrifice secret pour achever son périple et rejoint Magik dans le cercle des champions de Krakoa.


Surprise ; ce n'est pas Gerry Duggan mais Vita Ayala qui écrit le 13ème épisode de Marauders, cinquième chapitre de X of Swords. On comprend surtout que la première partie du crossover va ainsi dresser le portrait de chaque champion de Krakoa et comment ils trouvent leurs épées pour le tournoi.


Tornade, comme Wolverine, a deviné qu'elle était une des championnes désignées pour représenter Krakoa dans le tournoi contre Arakko. Elle doit à présent se rendre au Wakanda pour obtenir le prêt de l'épée Skybreaker, une arme sacrée que seul Black Panther peut légitimement brandir.


Mais T'challa est absent et la reine-mère Ramonda comme la princesse Shuri ne peuvent risquer de prêter l'épée, dont l'absence provoquerait une guerre civile. Tornade décide de la voler, en affrontant Shuri puis en défiant Black Panther. Qui condamne ensuite le portail qui assure la liaison entre le Wakanda et Krakoa.

Il faut bien se rappeler qu'à l'origine Jonathan Hickman et Tini Howard avait prévu que X of Swords ne compterait que neuf épisodes. Après avoir lu les trois épisodes de cette semaine, on comprend mieux pourquoi le projet a enflé jusqu'à vingt-deux numéros : en voulant impliquer tous les titres de la franchise, l'équipe éditoriale n'a fait que délayer la sauce et se donner du temps pour développer la situation de certains personnages (le fameux champions de Krakoa et un peu ceux de Arakko).

Cette narration décompressée n'est pas désagréable en soi, d'ailleurs les trois épisodes sont tous menés sur un bon rythlme, on ne s'ennuie pas en les lisant. Malgré tout, un sentiment curieux subsiste après les avoir découvert.

C'est particulièrement flagrant en ce qui concerne le périple de Wolverine. Alors qu'un gros épisode de sa série aurait certainement suffi à la raconter, Benjamin Percy commence son histoire dans Wolverine #6 et l'achève dans X-Force #13 comme si de rien n'était. On ne voit aucun membre de la X-Force dans la série qui lui est pourtant dédiée (tout comme on notait l'absence quasi-totale de membres de X-Factor dans le numéro 4 de leur série la semaine dernière).

Percy écrit bien Wolverine, c'est indéniable. La meilleure scène, peut-être, est celle qui ouvre l'épisode 6 de sa série où le mutant griffu s'adresse à Krakoa dans la salle déserte du conseil et relève que l'île vivante, en voulant que le portail externel reste ouvert avec Arakko, désire la guerre, quitte à sacrifier les mutants qui l'habitent. Krakoa n'est pas digne de confiance, comme le remarque avec à-propos Wolverine. C'est très bien vu.

La suite est beaucoup plus convenu, et sombre même dans le grand n'importe quoi à un moment. Wolverine part pour le Japon pour y trouver une épée, parvient à un temple isolé, refuge d'un forgeron mythique, qui est aussi un passage vers l'enfer. Wolverine est poussé dans la fournaise et seul son squelette d'adamantium lui permet de survivre. On voit donc son squelette sortir de la lave infernale puis se régénérer dans une cellule qu'il partage avec un certain Solem.

D'une manière inattendue, c'est de ce personnage issu d'Arakko que les deux épisodes de Wolverine et X-Force tirent le meilleur. Voilà un méchant tout désigné mais bien plus complexe que prévu. D'abord on apprend qu'il a assassiné le mari de Guerre, puis condamné à croupir au fonds d'un puits. mais c'est aussi un redoutable séducteur qui a convaincu les Arakki de le nourrir et qui est doté d'un code de l'honneur particulier. Il ne souhaite pas défendre les couleurs d'Arakko mais s'éprouver, prouver aux Arakki qu'i est resté le meilleur de ses tueurs. Pour cette raison, il ne tue pas Wolverine quand il en a l'occasion car il préfère un combat à la loyale dans l'arène de l'Outremonde. Un personnage tout à fait fascinant, bien plus que Wolverine en vérité.

On pouvait craindre que els champions d'Arakko ne soient réduits à des figures patibulaires et manichéennes. Solem prouve le contraire. Sans lui, ces deux épisodes ne vaudraient honnêtement pas grand-chose tant ils se complaisent dans le pires clichés concernant Wolverine, increvable jusqu'au grotesque, avec les sempiternels renvois au Japon.

La fin de l'épisode de X-Force laisse planer un doute savoureux sur un sacrifice consenti par Wolverine pour rentrer à Krakoa avec l'épée. Qu'a-t-il conclu avec Solem au point de craindre de le regretter ? 

Les deux épisodes sont dessinés par Viktor Bogdanovic. Ce n'est pas un grand artiste, du moins à mes yeux. Il singe Greg Capullo, pour lequel je n'ai déjà pas une admiration folle. Ses planches font souvent l'économie des décors au profit de jeux d'ombres et de lumières à grand coups de hachures et avec l'aide d'une mise en couleurs efficace. Les personnages sont peu expressifs, le découpage parfois inventif, parfois très paresseux.

Graphiquement Marauders #13, le chapitre 5 de X of Swords, n'est guère mieux loti puisqu'il a été confié à Matteo Lolli. L'italien se fend de quelques pages intéressantes au début, quand il retrace à la fois le passé de Tornade et surtout de l'épée Skybreaker. Mais ensuite, il retombe dans la facilité, avec des personnages peu élaborés, aux expressions peu variées, et des décors sommaires. Le découpage est fluide mais les compositions des plans souvent bancales, manquant d'espace, de dynamisme.

Inutile de s'acharner davantage sur ce point. Intéressons-nous plutôt au script. Comme je le signalai en ouverture, ce n'est pas Gerry Duggan qui le signe et c'est assez étonnant. Comment interpréter son absence ? Comme un signe avant-coureur de son abandon prochain du titre (au terme du crossover) ? Ou un agenda trop chargé (Duggan écrit aussi Savage Avengers) ?

Vita Ayala le supplée donc, mais sans vraiment convaincre. Elle n'a pas la tâche facile puisqu'elle débarque sur un titre engagé dans une histoire établie, sur laquelle elle n'a pas son mot à dire, et pour une série sur laquelle elle ne restera pas. En outre, elle doit s'occuper du cas de Tornade qui a été désignée comme une des championnes de Krakoa.

C'est tout de même une surprise car on n'associe pas immédiatement Ororo avec un tournoi d'épéistes. Certes, par le passé, elle a prouvé qu'une lame en main il ne fallait pas la chercher - Callisto peut en témoigner qui fut vaincue et remplacée à la tête de Morlocks par la mutante. Mais l'épisode se charge pourtant habilement de justifier tout cela.

En effet, l'action se déplace vite au Wakanda. Il faut cependant d'entrée de jeu composer avec une bizarrerie car le Wakanda est une nation qui n'a pas reconnue Krakoa comme un Etat souverain... Et pourtant on découvre qu'un portal krakoan y a été placé ! J'ai été très surpris par cela, mais bon, passons.

Comme Wolverine, l'épée que Tornade doit posséder est spéciale : il s'agit de Skybreaker, une arme antédiluvienne, en vibranium, forgée par le premeir roi du Wakanda. Un objet aussi très symbolique, politique puisqu'il est une sorte de trésor national que les wakandais refuseraient de voir brandir par quelqu'un d'autre que leur roi. 

Logiquement, la reine-mère Ramonda et la princesse Shuri, qui gouvernent le royaume en l'absence de Black Panther/T'challa, refusent de prêter l'épée à Tornade jusqu'u retour du roi. Problème : Ororo et T'challa ont été époux avant de se séparer (au terme de Avengers vs X-Men) en mauvais termes. Cela fait beaucoup d'obstacles à surmonter. Mais Tornade n'a pas le temps de tergiverser et elle décide de voler l'épée.

L'épisode prend la forme d'un récit de braquage classique et spectaculaire avec une conclusion particulièrement amère (et sans doute lourde de conséquences). Ceux qui estiment que les X-Men sont devenus d'insupportables connards ne vont sûrement pas se raviser après cela. Et les fans de Tornade (s'il en reste) l'aurotn mauvaise (même si, enfant, elle était déjà une voleuse). Mais Vita Ayala a le mérite d'aller jusqu'au bout de sa mission comme son héroïne et ainsi de souligner que la guerre qui se prépare, le tournoi qui s'annonce va placer chacun dans une situation critique, même s'il gagne leur duel. 

Il y a, vous l'aurez compris, une drôle d'ambiance dans ces trois chapitres. Un goût de cendres. Wolverine a gagné le droit de ramener une des épées Muramasa à Krakoa, mais au prix fort. Tornade a commis un braquage au Wakanda pour s'emparer de Skybreaker. Je ne dirai pas qu'il y a un parfum de défaite dans l'air, mais les X-Men n'ont pas la tâche facile et ne l'auront certainement pas davantage dans l'arène de l'Outremonde. Si Marvel a déjà spoilé (comme d'habitude) sur l'identité de quelques-uns des champions qui s'en sortiront, on peut d'ores et déjà parier que la communauté de Krakoa n'en sortira pas indemnes, au moins psychologiquement. Et ma foi, ça donne du piquant à cette saga.

jeudi 7 mars 2019

YOUNG JUSTICE #3, de Brian Michael Bendis, Patrick Gleason et Viktor Bogdanovic


Ce troisième numéro de Young Justice reprend les choses où elles avaient été laissées au premier épisode mais annonce aussi la réunion prochaine de l'équipe au grand complet. Toujours aussi énergique, la narration de Brian Michael Bendis permet aussi bien à Patrick Gleason qu'à Viktor Bogdanivic, le guest artist, de s'éclater.


Conner Kent/Superboy et Bart Allen/Impulse se sont donc retrouvés dans le Gemworld. Mais ils n'ont pas le temps de s'expliquer comment ils sont arrivés là que des gardes de Lord Opal viennent les arrêter.


Comment Superboy a-t-il atterri ici ? Tout a débuté par une bataille contre un monstre échappé des S.T.A.R. Labs. La responsable du complexe veut étouffer cet incident et demande à Conner Kent de garder le secret.


Mais il ne l'entend pas de cette oreille et veut savoir ce qui se cache dans ces laboratoires. Après avoir défoncé quelques murs, il découvre une salle où est ouvert un portail inter-dimensionnel.


Aspiré dans ce tunnel, il se retrouve dans le Gemworld. Il semble y être depuis un moment car, comme le découvre Impulse, il est désormais marié et père de famille. Et les gardes de Lord Opal insiste pour que les deux amis les suivent.


Cependant, après avoir affrotné Lord Opal, le reste du groupe, composé de Robin, Wonder Girl, Jinny Hex, Teen Lantern et Amethyst, croupit dans les oubliettes de l'ennemi, sans savoir comment s'en évader...

Si la manière de raconter cette histoire joue avec les nerfs et la patience du lecteur, il faut reconnaître que les aventures de Young Justice sont un agréable moment livré par Brian Michael Bendis.

Le scénariste renoue ici franchement avec ce qu'il faisait dans l'univers Ultimate de Marvel et la série Ultimate Spider-Man, notamment quand il entourait le héros de ses "amazing friends" (comme la Torche Humaine, Firestar, Kitty Pryde, mais aussi MJ Watson, Gwen Stacy, sous le toit de Tante May). Bendis prouve qu'il est toujours à l'aise avec les jeunes personnages, dont il fait entendre la voix de façon très spontanée et naturelle. Ce ne sont pas des ados s'exprimant artificiellement : leur attitude, leur langage sont crédibles, même dans le cadre super-héroïque.

L'épisode reprend là où se teminait le premier avec les retrouvailles de Bart Allen/Impulse et Conner Kent/Superboy. C'est sur ce dernier que Bendis porte son attention, conscient que sa réapparition au-delà de ce titre, interroge beaucoup de lecteurs (au point qu'on a soupçonné Young Justice de ne pas se dérouler dans la continuité "Rebirth").

C'est que l'auteur a lui-même brouillé les pistes en montrant Jon Kent, le fils de Superman, devenu subitement un ado de seize ans dernièrement. Comment, dès lors, justifier l'existence de Conner Kent, l'autre Superboy - même si, lui, est un clone de l'homme d'acier et de Lex Luthor ?

Bendis s'en sort habilement en expliquant surtout pourquoi et comment avait disparu Conner. La "pilule" passe d'autant mieux que tout va très vite, et précise que le temps s'écoule différemment dans le Gemworld. La situation du personnage s'en trouve considérablement modifiée et nuancée, densifiant une intrigue qui pouvait sembler un peu légère avec des extra-terrestres débarquant sur Terre puis de jeunes héros étant téléportés sur une autre planète en les poursuivant.

Bien entendu, une fois encore, il faut en passer par un flash-back qui coupe l'épisode en trois (un prologue, un retour en arrière, un épilogue), donc qui décompresse le récit. Mais, sans cela, il serait aisé de reprocher à Bendis de ne pas justifier le retour de Conner. Si le rythme est un peu haché donc, au moins chaque héros a droit à une re- présentation (bien utile pour ceux qui ne sont pas familiers avec eux).

Après Emanuela Lupacchino, la série accueille un nouvel artiste invité à mettre en images le passage sur Superboy. C'est Viktor Bogdanovic qui s'y colle, et si, qualitativement, on baisse d'un cran, il faut reconnaître que le résultat reste honorable. Bogdanovic me pose surtout problème dans la mesure où il copie trop Greg Capullo sans que son dessin ait la même tenue, mais les pages qu'il livre tiennent le coup.

Je préfére de loin celles de Patrick Gleason, surtout quand il met en scène Impulse (qu'à l'évidence il prend un plaisir fou à dessiner). Il représente excellemment aussi Superboy en détaillant subtilement sa barbe naissante, son look décalé, qui le rend plus adulte que ses comparses. Enfin, les dernières planches (hormis une superbe double-page, voir plus haut) sont découpées en "gaufriers" et saisissent de manière efficace la détention dans des fosses du reste de l'équipe.

Agrémenté d'une couverture alternative très chouette d'Evan Shaner (dont le style conviendrait parfaitement au titre), cet épisode relance bien l'intérêt. Young Justice n'est peut-être pas le team-book le plus renversant qui soit, mais c'est un divertissement tonique et prometteur.
  
La variant cover d'Evan Shaner.

dimanche 2 décembre 2018

THE TERRIFICS #10, de Jeff Lemire et Viktor Bogdanovic


Cette fois, c'est certain, c'est le dernier épisode des Terrifics que je lis et dont je dresse la critique. La série n'a de toute façon, certainement, que quatre moins à vivre, puisque Jeff Lemire annoncé qu'il cesserait de l'écrire au #14, et ça m'étonnerait que le titre y survive. On sent d'ailleurs dans ce numéro 10 comme une résignation.


Sapphire Stagg a découvert que Java, l'homme de néanderthal au service de son père, se cachait derrière les exactions commises par le Dr. Dread. Ayant échoué à éliminer les Terrifics et en particulier Rex Mason, l'amant de Sapphire, il doit maintenant les affronter ainsi que la famille de Tom Strong.


Dépassé par le nombre d'adversaires mais toujours motivé pour les supprimer, il bat en retraite dans la maison de Simon Stagg qui a peine à croire que l'homme des cavernes l'a trahi.
  

Java/Dread libère le Sombre Aîné, ce géant déjà croisé par Tom Strong puis les Terrifics dans le Dark Multivers. Mr. Terrific, Plastic Man et Tom Strong demandent à leurs amis de tenter de le contenir pendant qu'ils cherchent une solution pour l'abattre.


Le trio retrouve dans le laboratoire de Mr. Terrific l'antenne de Tom Strong et la répare. Catapulté jusqu'à la tête du géant par Plastic Man, il le renvoie dans sa dimension.


Mais cette victoire va laisser Phantom Girl démunie : Rex et Sapphire s'éloignent pour vivre leur amour en paix, Plastic Man reprend sa liberté, et Mr. Terrific lui assène que les Terrifics ne sont plus - n'ont jamais été, que contraints et forcés.

Le coeur n'y est plus. Ni pour moi, ni (semble-t-il) pour Jeff Lemire. Cet épisode ressemble à un baroud d'honneur, même si le scénariste va apparemment expédier les affaires courantes d'ici au #14 (Mr. Terrific déclare qu'il va traquer et neutraliser Java après la dissolution de l'équipe).

L'auteur canadien a sans doute compris qu'il ne disposerait jamais d'un soutien éditorial solide pour conduire ce titre où pas un dessinateur n'a tenu plus de deux épisodes d'affilée et qui fait partie d'une collection dont les parutions sont toutes annulées les unes après les autres (The UnexpectedNew Challengers, Sideways, The Curse of Brimstone ...).

DC a fait n'importe quoi sur la base d'une promesse jamais tenue (des séries portées par des stars du dessin) et dont les sujets ressemblaient davantage à des tentatives maladroites d'ironiser sur des titres de Marvel qu'à des projets mûrement conçus. On ne bâtit pas un label sur des fondations aussi fragiles, en laissant les scénaristes composer avec des artistes de passage et des personnages sans avenir.

La révélation que Java était le Dr. Dread avait quelque chose de grotesque, mais surtout ses motivations, peu originales (un ressentiment envers tous les homo sapiens, lui qui est un homme de néanderthal), ont été exposées dans l'Annual... Par un autre auteur que Lemire ! L'épisode remet en scène le géant du Dark Multivers pour une bataille spectaculaire que le canadien résoud de manière volontairement absurde (comme si une aiguille suffisait à renvoyer dans sa dimension l'équivalent d'un Céleste). On devine qu'à ce point, Lemire s'est dit : "pourquoi se forcer ? C'est mort depuis longtemps."

Une énième fois, The Terrifics accueille un nouveau dessinateur avec Viktor Bogdanovic. Son style fait plus qu'évoquer celui de Greg Capullo, il le copie sans vergogne, mais sans talent non plus. On ne peut que s'interroger sur la raison pour laquelle, en son temps, DC a signé un contrat d'exclusivité à cet artiste médiocre comme s'il s'agissait d'un bon parti pour l'avenir (tout comme l'infâme Brett Booth).

De tous ceux qui ont oeuvré sur le titre, Bogdanovic est certainement le pire. Mais en vérité, rien ne sert de l'accabler puisque le staff éditorial s'est payé notre tête depuis le début. Reis n'allait pas s'attarder quand il devait déjà s'échauffer pour Superman, Shaner a montré qu'il ne tiendrait pas le choc, Benitez et Bennett ont dépanné comme José Luis, et Eaglesham a payé son passage en étant déjà à la bourre pour Shazam ! (dont le #1 sort la semaine prochaine, mais le #2 aura cinq semaines de retard sur la date prévue). Bogdanovic, qui n'a rien sur le feu, ne restera pas non plus. N'importe quoi vraiment !

Adieu veaux, vaches, cochons, adieu "The New Age of Super-Heroes".