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samedi 27 février 2021

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #6, de Jeff Lemire et Tonci Zonjic


Il se sera fait attendre, ce sixième et dernier épisode de Skulldigger + Skeleton Boy. Depuis Octobre dernier, on était sans nouvelles de ce spin-off de Black Hammer. Mais, comme on dit, ça valait le coup. Car une fois encore Jeff Lemire réussit à livrer une conclusion épatante, lumineuse, pleine d'espoir. Tonci Zonjic est lui aussi en grande forme pour une de ses meilleure prestations.


1984. Crimson Fist et Alley Rat, son sidekick, se disputent après une patrouille où le second a brutalisé un malfrat. Il explique à son mentor qu'il n'y peut rien, que c'est dans sa nature. Sans doute l'héritage de son père, le criminel GrimJim.
 

1996. GrimJim vient d'enlever Skeleton Boy et Skulldigger se lance à leur poursuite avant que le dirigeable du vilain ne soit hors de vue. La détective Reyes n'a d'autre choix que de suivre le justicier mais appelle, en route pour Spyral City, des renforts.


GrimJim délire en pense que Skeleton Boy est son petit-fils. Skulldigger surgit dans le repaire de son père et tue ses acolytes. Pendant ce temps, Reyes, par une entrée dérobée, se glisse jusqu'à Skeleton Boy et le délivre.


GrimJim blesse Skulldigger et prend la fuite. Skeleton Boy veut le suivre pour l'arrêter. Mais Reyes tente de le retenir en lui expliquant qu'il peut encore décider de son destin. Quel choix fera le jeune garçon ?

Revenons un instant sur le retard pris par le série. Evidemment, comme toujours, ni l'éditeur ni les auteurs ne se sont exprimés à ce sujet. Pourtant communiquer clairement à ce sujet calmerait tout le monde et ferait comprendre aux fans les plus impatients (et intransigeants dans leurs commentaires) que la réalisation d'une BD ne va pas forcèment de soi. Cependant Tonci Zonjic a avoué, à demi-mots, qu'il avait connu des difficultés personnelles (de santé ?) récemment, l'empêchant de travailler régulièrement. Les artistes ne sont pas des machines et produire 20 pages/mois n'est pas naturel ni facile : ce serait bien que tout le monde s'en souvienne.

Cela pour dire aussi que, souvent, les critiques confondent la manière de dessiner avec le rythme de travail. Zonjic a un trait épuré, il est donc aisé de penser qu'il ne doit pas passer beaucoup de temps sur ses planches, tandis qu'un artiste généreux dans les détails est censé passer des heures, des jours entiers. Ce n'est pas si facile : dépouiller son dessin, c'est souvent au contraire faire des efforts pour sacrifier des effets et aller à l'essentiel, et donc, non, ce n'est pas parce qu'on a un dessin épuré qu'on dessine plus vite, plus facilement.

A cet égard, ce dernier épisode est un modèle du genre : Zonjic s'y affirme en grand storyteller. Ses planches sont un modèle du genre, toujours d'une lisibilité exemplaire, avec des enchaînements fluides, de magnifiques jeux d'ombres et de lumières, des compositions très équilibrées. Lire Zonjic, c'est savourer des images qui, justement, parce qu'elles semblent évidentes, exemptes d'efforts, trahissent l'exigence d'un dessinateur soucieux, tout le temps, de livrer des planches immédiatement appréciables, dans lesquelles on se plonge, qui ont cette qualité immersive propre aux travaus des meilleurs.

Si ça vous paraît évident, simple, normal, alors vous mésestimez l'investissement nécessaire pour produire une BD. Tout l'art de l'art séquentiel, c'est, pour ainsi dire, de faire comme si c'était facile. Le lecteur qui perçoit l'effort ne fait que lire une histoire en vérité laborieuse, qui cherche à épater la galerie plutôt qu'à convaincre qu'elle est accessible. Vous pouvez comparez ça à l'exercice d'un grand sportif qui réussit des figures sans que cela lui semble difficile, alors que c'est le résultat d'heures d'entraînement, d'années de pratique.

Si Tonci Zonjic brille autant dans cette mini-série, c'est parce qu'il ressemble à son scénariste. Jeff Lemire aussi est un narrateur redoutable. Il imagine des intrigues, les développe de telle manière qu'on a le sentiment qu'elles sortent de lui sans problème. L'univers de Black Hammer est devenu une marque en soi : en à peine quelques années, le scénariste est parvenu à développer un agrégat d'histoires, de personnages d'une cohérence impressionnante. Il fait jeu égal avec le Hellboy-verse de Mignola, et Dark Horse Comics doit être heureux de le compter dans ses rangs alors que son catalogue a été récemment dépouillé de franchises juteuses (Star Wars, Aliens, Predator, chez Marvel désormais).

Skulldigger + Skeleton Boy est une éclatante réussite et pour cela on lui pardonne tout, ses retards, ses twists improbables, quelques manques frustrants (comme un manque de caractérisation pour le méchant GrimJim dont j'aurai aimé savoir d'où il tenait son pouvoir régénérateur, transmis à son fils). Malgré donc des points faibles, cette mini-série se relira d'une traite avec plaisir (Urban Comics la traduira en Mai).

Le dénouement de l'histoire est bluffant alors qu'on pouvait légitimement se demander comment Lemire allait s'en sortir. Le scénariste joue sur des effets-miroir : dans la première scène de cet épisode, on assiste à une dispute entre Crimson Fist et Alley Rat, son sidekick, qui deviendra Skulldigger. La raison de cet échange houleux : le fait que Alley Rat a brutalisé un malfrat. Interrogé sur cet accès de violence, le garçon le justifie en expliquant qu'il n'a pas pu se retenir. Il pense qu'il tient ça de son père, le criminel GrimJim. Lors Crimson Fist cherche à le réconforter en l'appelant "fiston", Alley Rat répond sèchement qu'il n'est pas son fils.

Ce moment, ce dialogue, sont reproduits quasiment tels quels à la fin de l'épisode quand la détective Reyes, venant de libérer Skeleton Boy, tente de le raisonner car GrimJim vient de poignarder Skulldigger et prend la fuite. Le justicier incite son partenaire à prendre le criminel en chasse et le gamin est prêt à le faire. Pourquoi ? Parce qu'il a ça dans le sang. Il ne peut lutter contre ça. Vraiment ?

Je ne spoilerai pas le choix fait par Skeleton Boy. Disons que Lemire a préféré la lumière aux ténèbres et refuse tout fatalisme. Skeleton Boy n'est pas Alley Rat, c'est un gosse qui a subi une tragédie déchirante (le meurtre de ses parents) et réclame vengeance, encouragé par un mentor violent. La détective Reyes s'interpose en incarnant la voix de la raison, de la sagesse, de la maternité aussi. Mais rien n'est acquis et la décision prise par Skeleton Boy interroge la volonté du gamin. 

Ainsi l'histoire in fine est une réflexion poignante sur l'engrenage de la violence, de la vengeance, autant que sur la paternité. Car la figure du père traverse ces six épisodes : GrimJim et Skulldigger, Crimson Fist et Alley Rat, Skulldigger et Skeleton Boy. L'écrivain Pascal Jardin avait cette phrase que j'aime beaucoup sur le fait que les pères nous construisent spirituellement (et les mères émotionnellement) : Skulldigger + Skeleton Boy l'illustre parfaitement.

Un dernier mot pour Dave Stewart : cet exceptionnel coloriste, habitué des productions Dark Horse, accomplit encore une prestation de haute volée. Sa complicité avec Zonjic est fabuleuse. Mais surtout Stewart, c'est un partenaire, un vrai, toujours au service de la série, qui ne se met jamais en avant. Un artiste dans son registre, qui valorise les autres, quitte à s'effacer, à être mésestimé.

Ne passez pas à côté de cette mini-série si vous ne l'avez pas suivi en singles. rattrapez-vous avec le recueil, en vo ou en vf, c'est un régal à lire, et c'est aussi une oeuvre intense, profonde. Le meilleur des deux mondes, entre divertissement de qualité et réflexion subtile.

vendredi 30 octobre 2020

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #5, de Jeff Lemire et Tonci Zonjic

 

Le précédent numéro de Skulldigger + Skeleton Boy s'achevait sur un coup de théâtre tel qu'on pouvait légitimement se demander comment Jeff Lemire allait poursuivre sa mini-série sur deux épisodes supplémentaires. Le scénariste étonne encore, même s'il ne convainc qu'à moitié pour son pénultième chapitre. En revanche, Tonci Zonjic rend une copie virtuose grâce à laquelle l'histoire demeure aussi efficace et troublante.

 



Après que Skulldigger ait été abattu par GimJIm lui-même abattu par la détective Reyes, cette dernière a forcé, en le menottant, Skeleton Boy à la suivre. Mais elle ne le conduit ni au poste ni à l'orphelinat et le garçon proteste car son mentor est mort par la faute de a policière.


Sortie de Spiral City, Reyes téléphone à sa compagne pour l'informer de la situation. Elle refuse de rendre l'enfant aux services sociaux et compte s'isoler avec lui quelque temps. Avant de pouvoir être convaincue de la folie de son projet, Reyes raccroche et reprend le volant.


Cependant, grâce à la protection de son gilet pare-balles, Skulldigger a survécu à ses blessures. Il constate que GrimJim a disparu avant de descendre dans son garage où il trouve sa moto. Il prend la détective Reyes en chasse pour récupérer Skeleton Boy grâce à un traceur posé sur le costume de l'enfant.


En route, Reyes tente de raisonner l'enfant en lui expliquant que Skulldigger n'a rien d'un héros. Elle-même a vécu un drame dans sa jeunesse en étant victime d'un père violent. Le gmin finit par craquer, hanté par la vision de Tex Reed décapité par GrimJim dans la maison de Skulldigger.


C'est alors que GrimJIm resurgit et enlève Skeleton Boy. Skulldigger arrive sur les lieux mais trop tard : son ennemi s'enfuit à bord d'un dirigeable avec l'enfant comme otage...

Jeff Lemire est un narrateur fabuleux et Skulldigger + Skeleton Boy en a apporté une preuve supplémentaire. Inscrit dans le monde de Black Hammer, cette mini-série est fidèle à ce que l'auteur a déjà fait dans d'autres spin-off, sous la forme d'un hommage sibyllin à des comics mythiques tout en sachant leur donner une identité, une personnalité propres.

Toutefois, en concluant le quatrième et précédent épisode, Lemire a pris tout le monde de court en mettant scène la mort de Skulldigger, ce vigilante hyper-violent, et GrimJim, le méchant de l'histoire qui est aussi le père de ce justicier, lors d'une fusillade provoquée par la détective Reyes. Comment enchaîner, poursuivre après ça ?

En se concentrant sur les survivants de ce carnage, c'est-à-dire Skeleton Boy, cet orphelin dont les parents ont été assassinés et que Skulldigger a pris sous son aîle (à contrecoeur), et Reyes, cet flic à la fois obsédée par le projet d'appréhender le justicier et de sauver le gamin. Et Lemire réussit une première partie d'épisode étincelante.

On assiste à une fuite en avant poignante entre Reyes, complètement dépassée par les événements, et l'orphelin, qui vient d'assister au décès brutal de son père de substitution. Le dialogue est impossible entre l'enfant qui considérait Skulldigger comme un héros et la policière qui en avait fait son ennemi. Une halte pour téléphoner à sa compagne et l'avertir de son projet de protéger l'enfant elle-même, c'est-à-dire en ne le rendant pas aux autorités, permet de mesurer l'improvisation insensée qui préside à sa manoeuvre. 

Plus loin, on comprend que Reyes a été victime de la violence de son père, ce qui explique, de manière un peu (trop) appuyée, sa réaction envers l'orphelin et sa lubie de le sauver à tout prix. Plus convaincant : on assiste au moment où ce gamin déboussolé (on le serait à moins) craque nerveusement parce qu'il a vu Tex Reed décapité par GrimJim, une vision si traumatisante qu'il ne peut l'intègrer et qui, ainsi, lui prouve que le monde de Skulldigger est trop violent pour lui. Reyes le réconforte, mais en vérité on comprend à cet instant que ce sont deux êtres brisés par les circonstances qui se rencontrent véritablement, qui partagent une souffrance commune. Une scène magnifique.

On pense alors que la mini-série va emprunter une sortie inattendue et audacieuse. Mais Lemire déçoit en ne l'osant pas. Car Skulldigger n'est pas mort (il portait un gilet pare-balles) et GrimJim non plus. C'est à propos de ce dernier que j'ai tiqué car rien n'explique comment il a pu survivre à des tirs de pistolet automatique à bout portant. Evidemment, on se doute que GrimJim est une sorte d'humain modifié vu la couleur pourpre de sa peau, son physique très endurant (il n'a pas changé en plusieurs décennies comme on l'a vu dans les flashbacks où the Crimson Fist l'affrontait et les scènes au temps présent contre Skulldigger). Mais je pense qu'un peu plus de clarté sur la condition réelle de GrimJim n'aurait pas été un luxe pour justifier qu'il sorte indemne d'une fusillade.

L'autre élément problématique dans la belle mécanique de Lemire, c'est que si Skulldigger retrouve Skeleton Boy grâce à un traceur, ce qui suppose que le costume du garçon était équipé (à son insu) d'un mouchard permettant ce traçage, rien n'explique comment GrimJim soit capable lui aussi de resurgir pile là où s'est arrêtée la détective Reyes avec l'enfant. Cette incohérence est trop dérangeante pour qu'on ne la relève pas et qu'elle ne gâche le plaisir de la lecture. Je présume qu'il faudra faire sans puisque, à l'issue de cet épisode, le récit s'engage dans sa dernière ligne droite, loin de ces considérations "techniques". Cette négligence fait tâche et surprend de la part d'un auteur aussi rigoureux que Lemire.

Malgré tout, il reste indéniable que Skulldigger + Skeleton Boy demeure une lecture très efficace et agréable (même si le qualificatif est un peu impropre car le ton et les événements n'ont rien de confortables). Cela, on le doit à la prestation impeccable de Tonci Zonjic qui produit une fois encore des planches formidables.

Comme il assume tous les postes (dessin, encrage, colorisation), Zonjic est maître du résultat visuel et ainsi il est aussi responsable de ce qui peut marcher ou pas dans ce domaine. Mais c'est un aertiste complet et il ne commet aucune erreur. Ses effets sont dosés à la perfection et sa conduite du récit sur le plan graphique est éblouissante. 

Ce qui épate le plus dans cet épisode, c'est sa gestion du rythme de lecture. Il sait donner une intensité fièvreuse aux scènes les plus mouvementées à travers des compositions très dynamiques, comme en attestent la fuite de Reyes et l'enfant quand ils quittent Spiral City. Zonjic anime ces moments en virtuose en alternant les cases dans et hors du véhicule de la détective. Il suggère aussi habilement les heures qui filent puisqu'on commence avec une scène de nuit (qui prolonge directement la fin de l'épisode 4) et ensuite de jour (quand Reyes téléphone à sa compagne).

Aux dilaogues vifs entre Reyes et l'enfant, succèdent deux pages silencieuses où on découvre que Skulldigger a survécu, puis peut suivre le déplacement de Skeleton Boy et enfin où il découvre sa moto pour partir le récupérer. Zonjic alterne une double page avec des cases verticales qui grandissent et rapetissent en fonction des mouvements de Sulldigger, puis une pleine page quand il ôte de sa moto le drap qui la recouvrait. Là encore, l'effet est simple mais percutant. Avec son masque-casque au dessin symboliste de tête de mort, c'est comme si on voyait le justicier ressuciter littéralement pour accomplir sa dernière mission.

Le dernier tiers de l'épisode réserve encore de belles trouvailles visuelles, notamment quand GrimJim resurgit et fracasse le pare-brise de la voiture de Reyes. Zonjic prolonge cet effet de casse en disloquant ses vignettes, signifiant le retour du chaos dans la vie de la détective et de l'enfant, un chaos terrifiant puisque incarné par la figure maléfique du vilain qui enlève un gamin venant de craquer nerveusement et que GrimJim ravit au nom d'une vieille vengeance (the Crimson Fist/Tex Reed lui avait enlevé son fils - le futur Skulldigger).

Le dénouement promet d'être explosif et sûrement tragique, car Lemire n'est pas tendre avec ses héros (comme il l'a prouvé avec un autre spin-off de Black Hammer, le bouleversant Doctor Star, une autre histoire de paternité contrariée). Cela compensera sûrement les quelques facilités incongrues de cet épisode. 

vendredi 25 septembre 2020

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #4, de Jeff Lemire et Tonci Zonjic

 


Après six mois d'attente, le quatrième épisode de Skulldigger + Skeleton Boy est enfin disponible. Avec autant de temps entre le précédent et l'actuel numéro, on pouvait craindre quelque difficulté à se replonger dans l'histoire écrite par Jeff Lemire et dessinée par Tonci Zonjic. Pourtant la reprise s'avère très facile. Et l'intrigue aussi palpitante et imprévisible.


GrimJim a enlevé le candidat à la mairie, Tex Reed. Dans le passé, ce dernier était le justicier the Crimson Fist et avait sauvé le fils de son ravisseur. L'enfant est aujourd'hui devenu à son tour un vigilant, Skulldigger, dont GrimJim veut connaître l'adresse.


Flanqué de Skeleton Boy, l'orphelin qu'il a a pris sous son aîle, Skulldigger entend retrouver Tex Reed en interrogeant des malfrats dans les bas quartiers. Le gamin insiste pour l'accompagner car il veut  se débarrasser des assassins comme GrimJim qui ont tué ses parents.



Skulldigger et Skeleton Boy tabassent quelques fripouilles dans un bar et parviennent à en faire aprler un. Mais Skulldigger ne veut pas attaquer GrimJim tout de suite car il le sait coriace et préfère préparer sa riposte. Il rentre donc avec Skeleton Boy à son repaire.


Cependant, la détective Amanda Reyes reçoit un savon de son supérieur. En sortant de son bureau, un collègue la prévient que Skulldigger a été vu dans les bas quartiers. Elle s'y rend aussitôt et aperçoit le justicier et son partenaire en train de quitter le bar. Elle les file.


Mais la situation va prendre une tournure inattendue et dramatique quand Skulldigger trouve GrimJim chez lui et que Reyes intervient au même moment...

Comme je le disais hier au sujet de X of Swords : Creation, un signe qui ne trompe pas sur la qualité d'une histoire, c'est sa capacité à rester en mémoire dans le flot des lectures qu'on absorbe. Prévu pour sortir en Mars dernier, cet épisode avait valeur de test car il fallait se souvenir des événements du numéro 2 de Skulldigger + Skeleton Boy.

On reconnaît donc bien là le savoir-faire de Jeff Lemire qui sait brillamment construire des histoires à la fois denses et claires, dont on n'a aucun mal à se souvenir, même des mois après. Il sait également magistralement développer une intrigue en animant ses personnages, en développant les liens qui les unissent afin de déployer une grande toile cohérente.

Le dénouement du précédent épisode révélait ainsi que le criminel GrimJim était le père de Skulldigger, qui, enfant, avait été sauvé par le justicier the Crimson Fist. Aujourd'hui ce dernier briguait la mairie mais son ennemi venait le kindapper lors d'un meeting en plein air.

Lemire avait disposé ses pions, restait à savoir quel serait son prochain coup. La vengeance de Skulldigger et la recherche de Tex Reed étaient attendues, mais le scénariste déjoue efficacement les pronostics en soulignant le caractère sadique de GrimJim qui torture Reed pour savoir où habite son fils. Reed doit le savoir puisqu'il fit de l'enfant son sidekick. De son côté, le justicier, flanqué de son protégé, est aussi sur les traces de son père.

Dans le dernier tiers de l'épisode pourtant, Lemire bouscule les attentes du lecteur et précipite son histoire dans une direction dramatique et imprévisible. La situation dévie complètement à cause de la détective Reyes, qui est obsédée par l'idée d'appréhender Skulldigger. En le suivant jusqu'à sa planque, elle surprend GrimJim. Une fusillade éclate et fait deux victimes (mais je ne vous dirai pas lesquelles).

C'est en tout cas culotté de la part de Lemire car le lecteur, après cela, ne sait plus du tout quelle sera la suite de l'histoire. C'est un délicieux frisson qui vous étreint alors parce qu'au fond c'est ce qu'on recherche : un vrai suspense, ne plus savoir où l'on va, comment l'auteur va rebondir. On sort des sentiers balisés dans lesquels la série semblait pourtant bien engagée. C'est comme si, avec ce rebondissement, Lemire remettait son titre en jeu, nous disait qu'il nous avait bien eus avec son intrigue de justiciers, de pères (biologique ou de substution), de filiation. 

Mais au fond est-ce si étonnant ? Oui si on considère la série en elle-même. Mais moins si on juge cela en fonction de Lemire lui-même car Skulldigger + Skeleton Boy est, rappelons-le, un spin-off de Black Hammer, par définition la série qui a été la plus imprévisible, la plus déroutante, et la plus jubilatoire proposée par un éditeur indépendant ces dernières années. Lemire ne fait "que" répéter ce qu'il maîtrise parfaitement. Et quand on connaît le talent du bonhomme, on peut être confiant sur le fait qu'il saura emmener cette histoire jusqu'à une conclusion satisfaisante.

Le retour de Skulldigger + Skeleton Boy permet aussi de relire des planches de Tonci Zonjic et c'est un plaisir. L'artiste a dû profiter de la suspension de parution de la série pour la terminer (même si Lemire et lui-même n'ont pas communiqué là-dessus). Il a en tout cas un style assez affirmé pour que sa production ne souffre pas de baisse de niveau après plusieurs mois d'absence.

 Si vous n'êtes pas convaincu, il vous faudra peu de temps pour être rassuré car dès les premières pages, glaçantes, Zonjic met en scène ses personnages dans des scènes intenses auxquelles son trait épuré confère une limpidité terrible. Les tortures de GrimJim impressionnent sans sombrer dans une représentation vulgaire et complaisante d'un tel exercice de violence. Idem quand il montre Skulldigger et Skeleton Boy tabasser des malfrats dans un bar avec des méthodes finalement proches de celles de leur ennemi.

Cette ambiguïté morale est superbement rendue par le dessin. La simplicité, apparente, du graphisme permet d'insister sur le fait que tout cela est hautement répréhensible et que les actes commis par le justicier et son apprenti ne sont pas pas plus nobles que les atrocités perpetrées par le méchant. Sous le prétexte de la lutte du bien contre le mal, on voit ici de supposés gentils se comporter comme des crapules alors qu'ils se prétendent plus élevés éthiquement. Le fait qu'un gosse comme Skeleton Boy, certes meurtri par l'assassinat de ses parents, veuille faire souffrir des malfrats en leur soutirant des renseignements dit tout sur la pente glissante qu'il a empruntée en suivant les enseignements de son mentor.

Zonjicv est un dessinateur intelligent, comme son scénariste. Il sait utiliser les codes visuels de la bande dessinée pour mieux les détourner et appuyer le propos de l'histoire qu'il illustre. Ainsi une pleine page en noir et blanc traduit le manichéisme de Skulldigger (pour qui le monde se partage entre bons et méchants). Mais les couleurs nuancées rappellent le moment venu que les zones grises de la réalité indiquent bien que les "bons" sont parfois aussi méprisables que les "méchants" qu'ils traquent. A cet égard, Tex Reed a aussi une ardoise salée : il a tiré des griffes d'un psychopathe un enfant, mais n'a rien trouvé de mieux que d'en faire ensuite son sidekick. Et la détective Reyes, dans son obsession, pense agir avec bon sens mais précipite une nouvelle tragédie pour celui qu'elle pensait protéger.

Pour tout cela, Skulldigger + Skeleton Boy est une production remarquable. Et une BD dont on se souvient. Et qu'on suivra jusqu'à son terme.

mardi 25 février 2020

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #3, de Jeff lemire et Tonci Zonjic


La mini-série écrite par Jeff Lemire arrive à mi-parcours et on s'attend donc légitimement à des révélations et des rebondissements pour préparer les deux derniers épisodes. On n'est pas déçu car ce numéro est encore une fois exceptionnel d'intensité et les surprises sont vraiment excitantes. Visuellement, c'est une "tuerie" grâce à Tonci Zonjic, exceptionnel.


1976. Crimson Fist trouve le repaire de GrimJim. Il affronte ses sbires avec difficulté - Tex Reed sent que l'âge le rattrape et il lui faut appréhender le vilain sans tarder. Mais pourtant une fois sur le point de le neutraliser, celui-ci réussit à lui échapper.


1996. Tex Reed tente de maîtriser GimJim qui a interrompu son meeting de candidat à la mairie de Spyral City. Mais il ne fait plus le poids face à son ennemi que le temps a épargné. Skulldigger intervient alors comme le voit l'orphelin devant la télé qui retransmet l'événement.


Le garçon crochète avec succès la serrure du réduit où l'a enfermé Skulldigger et enfile son costume de Skeleton Boy pour aller l'aider. C'est que le justicier est en fâcheuse posture car GrimJim a réussi à le poignarder au flanc droit et s'apprête à l'exécuter avec un pistolet.


Skeleton Boy évite le drame sous le regard sidéré de la détective Reyes, présente sur place. Dans la confusion qui s'ensuit, GrimJim enlève Tex Reed en s'enfuyant grâce à un hélico et Skeleton Boy évacue Skulldigger en semant Reyes grâce à une grenade phosphorescente.


De retour à leur base, l'orphelin soigne son mentor tout en l'interrogeant sur GrimJim et leur adversité. Skulldigger rechigne à répondre avant d'avouer que le vilain est son père, dont Crimson Fist l'a jadis libéré.

Aucun temps mort dans la narration de Jeff Lemire : l'efficacité avec laquelle il conduit son récit est un modèle du genre et rappelle justement la réflexion récente de Tom King sur la manière dont des auteurs comme Frank Miller dans les années 80 réussissaient à boucler des histoires, devenues des classiques, en peu de numéros alors qu'aujourd'hui la décompression narrative n'est pas toujours bien exploitée.

Je ne veux pourtant pas utiliser Skulldigger + Skeleton Boy pour faire le procès d'une façon de raconter contre une autre, ou fredonner le refrain si facile du "c'était mieux avant". Nous n'avons pas le recul nécessaire pour cerner ce qui pourra devenir des classiques alors que les années 80 nous offrent la distance pour juger ce qui a révolutionné le genre.

Par ailleurs la démarche de Lemire s'inscrit, dans le monde de Black Hammer, dont ce titre est issu, comme un hommage et non comme une vision nostalgique. Il est fascinant d'analyser comment le scénariste recycle des idées, des motifs pour en donner sa version. Il ne copie pas, ne plagie pas non plus, mais joue avec l'Histoire du média.

C'est particulièrement remarquable dans ce troisième numéro où la construction dramatique procède par des effets de miroir, de renvoi. L'action fonctionne en écho entre ce qui s'est passé en 1976 et vingt ans plus tard. Les agissements du Crimson Fist (dont j'aimerai, à l'occasion, lire une mini-série dédiée) ont des répercussions en 1996 quand Tex Reed se présente à la mairie de Spyral City mais aussi dévoilent le passé du Skulldigger. On se doutait bien que les destins de GrimJim, Crimson Fist et le justicier étaient liés mais Lemire orchestre ce chassé-croisé magistralement et surtout cela éclaire d'un jour nouveau la relation avec Skeleton Boy.

Ce n'est pas la première fois que Lemire joue sur la répétition (déjà dans Black Hammer, Lucy succédait à son père, et les manigances de Mme Dragonfly et du colonel Weird réécrivaient les existences de leurs compagnons), mais il maîtrise si bien son affaire qu'on se fait prendre à chaque fois.

Par ailleurs, la série bénéficie d'un traitement visuel exceptionnel grâce à Tonci Zonjic. Ce dernier s'est investi dans la conception graphique en ne laissant rien au hasard : le design du Crimson Fist est fabuleux et la séquence d'ouverture est un morceau de bravoure, une leçon de découpage, toute en simplicité et en efficacité.

Le reste est à l'avenant avec le combat entre Skulldigger et GrimJim, l'évasion de Skeleton Boy, la présence du détective Reyes aux premières loges. Zonjic compose avec tous ces éléments sans jamais égarer le lecteur. Son découpage est exemplaire de lisibilité, on sait toujours où on est, ce qu'il faut regarder, et les compositions de chaque plan mériteraient d'être étudiées par tout aspirant bédétiste.

Quand on est à ce niveau d'excellence, il suffit de se laisser porter. Il n'y a strictement rien à jeter, ça se lit tout seul et en même temps c'est d'une richesse narrative et graphique merveilleuse. C'est très fort. 

jeudi 16 janvier 2020

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #2, de Jeff Lemire et Tonci Zonjic


Le premier épisode de Skulldigger + Skeleton Boy avait été un de mes gros de coeur du mois dernier et on peut compter sur Jeff Lemire pour tenir bon le cap encore sur ce numéro. C'est toujours un modèle du genre, à la fois simple, fluide et dense, avec des personnages et des situations fortes. Qui plus superbement mis en images par Tonci Zonjic, qui se lâche vraiment et transcende le script.


Skulldigger a emmené l'orphelin dans son repaire mais il lui réserve un accueil peu commode puisqu'il l'enferme dans une pièce trois jours durant. Le garçon réclame sa liberté et l'obtient en défiant son protecteur. Qui s'empresse de le tester au combat.


Après une rapide visite à l'hôpital psychiatrique qui vient juste de signaler la disparition de l'enfant, la détective Amanda Reyes suggère au capitaine Howard que Skulldigger a enlevé le garçon. Elle se fait rappeler à l'ordre et comprend que l'action du justicier arrange les affaires de la police.


L'orphelin suit un entraînement très dur de la part de Skulldigger. Mais il ne baisse pas les bras et finit par gagner le respect de son hôte. Lors d'un dîner, il découvre même son visage et ses manières vieux-jeu. Mais il n'est pas encore question de l'accompagner en mission.

Amanda Reyes doit encore s'absenter et sa compagne, Theresa, le lui reproche, ayant remarqué que même lorsqu'elles sont ensemble, la détective reste préoccupée par son métier. Reyes est prête à la séparation plutôt que de sacrifier sa vocation.


 Reyes dans la salle, Skulldigger et le garçon devant la télé, ils assistent au discours de Tex Reed lors de sa campagne électorale. Il promet l'arrestation de Skulldigger mais c'est GrimJim qui s'invite au meeting et annonce sa candidature comme maire de Spiral City.

Jeff Lemire est un homme pressé mais qui ne confond pas vitesse et précipitation. Comme les précédents spin-off de Black Hammer, Skulldigger + Skeleton Boy est une mini-série (en six épisodes), ce qui ne laisse pas le loisir à son auteur de traîner pour en exposer le cadre et les protagonistes ou l'argument. Mais de cette contrainte, Lemire fait son miel.

En s'imposant une limite d'épisodes, le scénariste s'oblige à une certaine urgence. Ce qui ne l'empêche pas d'y mettre les formes car rien ne souffre ici l'approximation, ni la dimension d'hommage du projet, ni le développement de l'intrigue.

Par exemple, par rapport au précédent chapitre, celui-ci accorde une place plus déterminante au détective Reyes : elle a droit aux scènes les plus frappantes, les plus éloquentes aussi, de son passage à l'HP à son dialogue avec son supérieur et à l'explication sèche avec sa compagne. Lemire brosse le portrait d'une femme flic intègre, intransigeante, mais aussi dépassée par des considérations politiques sur lesquelles elle n'a aucune prise. Il est ainsi clair que la police s'arrange fort bien d'avoir un vigilante dans les rues de Spiral City, prêt à tuer des voyous, car c'est moins de boulot pour les forces de l'ordre et plus de tranquillité pour les honnêtes citoyens. Tant pis si ce justicier violent kidnappe un gamin et applique sa propre conception du bien et du mal, en jouant le juge et le bourreau sans contrôle.

Mais Reyes n'est peut-être pas si seule que ça. A la fin de cet épisode, elle assiste au discours électoral de Tex Reed, l'ancien justicier Crimson Fist (qui a combattu aux côtés des héros de Black Hammer), et qui dresse un constat sans concessions sur la société. Il condamne sans appel Skulldigger, promet son arrestation s'il est élu.

Devant un écran de contrôle dans son repaire, avec son protégé, l'intéressé ne bronche pas. Est-ce parce qu'il est, comme c'est suggéré, l'ancien sidekick de Crimson Fist ? Ou alors parce qu'il se fiche d'un néo-politicien dont il doute qu'il changera une ville s'accommodant fort bien des brutalités de Skulldigger ?

Ce héros (ou anti-héros) reste une énigme pour le lecteur. Lemire ne nous donne pas son vrai nom (pas plus que celui de l'orphelin qu'il a pris sous son aile), et finalement même quand on découvre son visage sans son sinistre masque, tout est fait pour qu'on ne soit pas plus avancé. Mais Lemire joue habilement sur ce mélange de frustration et d'excitation pour prouver que la question "qui est Skulldigger ?" peut attendre sa réponse. Elle viendra sans doute en même temps que celle concernant son éventuel passé en tant que Alley Rat (le second de Crimson Fist). Pour l'instant, c'est davantage la dimension symbolique du personnage qui importe. Le Skulldigger est l'avatar de son époque au même titre que le méchant de l'histoire, GrimJim, autre représentant du "gim'n'gritty" des comics des années 80.

Au centre de tout cela, il y a surtout l'orphelin anonyme (comme pour mieux synthétiser tous les orphelins des comics devenus justiciers). En étant prêt à tuer son mentor pour lui prouver son mérite d'être son assistant, il le convainc de l'entraîner. Pour le convaincre de sa volonté, il encaisse les coups. Mais ça reste une gamin, impatient, et qui se demande ce que Tex Reed comprend de la vie à Spiral City quand il promet un avenir radieux. Ce garçon, c'est l'innocence perdue de la ville.

Pour traduire cela en images, il fallait un artiste inspiré. Et Tonci Zonjic l'est. Mieux encore : il sublime le script dont il dispose. Plus que dans le premier épisode où il illustrait, certes très élégamment, le propos, cette fois il se lâche vraiment.

Le découpage se fait audacieux, le temps d'une somptueuse double page (voir plus haut) qui résume l'entraînement de Skulldigger. Zonjic s'est fait les crayons sur les productions Mignola, en particulier Lobster Johnson, ce n'est pas un débutant, mais un narrateur accompli, avec une palette très large. On voit qu'il pense ses compositions en considérant tous les aspects, y compris la colorisation.

Ainsi n'hésite-t-il pas à imposer à plusieurs reprises des cases en noir et blanc pour souligner une action-clé, un tournant dans la formation de l'orphelin. C'est souvent fugace, mais le procédé est si efficacement utilisé qu'on reconnait son importance.

Parce qu'il a un style sobre, dépouillé, en émule d'Alex Toth, Zonjic sait qu'il doit dessiner chaque case comme une vignette sans fioritures, un plan-une idée. Et parce qu'il maîtrise son art, il n'a pas besoin d'en rajouter dans les détails. Ainsi chaque trait est-il une inflexion capitale, chaque angle de vue est soigneusement sélectionné, chaque ombre cache une partie de l'image pour mettre en valeur ce qui reste.

Voilà ce qu'est la narration graphique quand un dessinateur dispose d'un script solide et d'une pratique accomplie de sa discipline. Zonjic fait beaucoup avec peu, littéralement. On aurait tort de ne pas s'attarder sur son dessin parce qu'il est simple parce que c'est justement sa justesse qui l'autorise à être simple.

Décidément Skulldiger + Skeleton Boy a tout d'un futur classique. Ne passez pas à côté, que vous choisissiez de le lire mensuellement ou d'attendre sa publication en recueil.
La couverture variant de James Harren.

samedi 21 décembre 2019

SKULLDIGGER + SKELETON BOY #1, de Jeff Lemire et Tonci Zonjic


Avec le premier épisode de la nouvelle série dérivée du Black Hammer-verse, j'ai gardé le meilleur pour la fin des critiques des nouveautés de cette semaine car la nouvelle production de Jeff Lemire est sans conteste un instant-classic. Cette fois, le prolifique scénariste rend un hommage avoué aux comics de Frank Miller dans les années 80. Et il s'est adjoint les services du surdoué (mais trop discret) Tonci Zonjic pour la peine. Le résultat est extraordinaire.


Spiral City. Un jeune garçon assiste au meurtre de ses parents par un malfrat récidiviste, William Bowers. Il ne veut pas laisser de témoin et s'apprête à exécuter l'orphelin qui est pétrifié. Mais un bruit détourne l'attention de l'assassin.


Skulldigger, un vigilante, intervient et fracasse le crâne de Bowers, après avoir demandé, en vain, au garçon de ne pas regarder. Le justicier ne s'attarde pas, la police va arriver et s'occuper de l'orphelin, mais il s'excuse quand même de ne pas avoir pu agir à temps pour éviter le drame.


Au commissariat, l'enquête est confiée à la detective Reyes, qui a l'interdiction par son supérieur de chercher à relier l'affaire à Skulldigger. Elle doit boucler le dossier, point barre. Pourtant elle montre une photo du justicier au garçon, mais il garde le silence.


Cependant, à l'asile de Spiral City, le super-criminel GrimJim croupit dans une cellule et se moque de son gardien, également surhumain. Lorsqu'il remarque la "une" du journal, annonçant que Tex Reed alias Crimson Fist, se présente à la mairie, il organise son évasion.


Une nouvelle nuit tombe sur la ville. Reyes retrouve sa compagne. Skulldigger esst obsédé par l'orphelin qui a été remis à l'hôpital psychiatrique. Le justicier va l'y chercher et le garçon accepte de le suivre tout en sachant que c'est un aller sans retour.

Les familiers des séries écrites par Jeff Lemire pour Dark Horse ont peut-être le souvenir d'avoir entendu parler de Skulldigger dans Sherlock Frankenstein, un des spin-off de Black Hammer. Il fallait être attentif pour le retenir, mais si cela vous a échappé, pas de souci, cette série est accessible sans cela.

De même qu'auparavant, dans cet univers, le scénariste creuse ce qu'on pourrait qualifier de filon puisqu'il réinterprète à sa façon des comics et leurs personnages fondateurs. Cette fois-ci, il rend un hommage déclaré à Frank Miller qui l'a, dans les années 80, comme beaucoup de lecteurs (dont moi), marqué au fer rouge. C'était l'époque où Miller aligna des classiques comme Daredevil : Born Again, Batman : Year One, The Dark Knight returns, bien avant que son aura ne se dissipe et ne s'abîme dans des polémiques désastreuses et des productions bien moins mémorables.

Skulldigger & Skeleton Boy est donc une relecture de Batman et Robin mais ici l'homme chauve-souris serait plutôt un avatar du Punisher et son sidekick annonce à la fin de l'épisode que son mentor sera l'homme qu'il finira par tuer.

Narré par la voix off du garçon (qui n'a pas de nom, tout comme Skulldigger dont on ignore la véritable identité - on découvre juste, subrepticement, qu'il travaille dans le civil comme boucher), le récit emprunte le même procédé que celui de Miller dans ses classiques suscités. Mais Lemire n'est pas un bavard impénitent et l'usage qu'il fait de cet instrument est mesuré, éclairant sur l'état d'esprit de l'orphelin sans jamais céder au sentimentalisme.

La caractérisation est admirable, précise, concise. Lemire n'a pas besoin de souligner ses effets pour présenter une flic désobéissante et homosexuelle, qui souhaite coincer Skulldigger, ni un candidat à la mairie qui est un ancien justicier masqué - ce qui conduit à introduire le méchant de l'histoire, GrimJim, au faciès ravagé comme l'esprit. Et quand on va de Skulldigger au garçon (qui n'est pas encore le Skeleton Boy du titre), l'effet miroir fonctionne pleinement sans qu'on ait besoin de nous coller le nez sur cette évidence (il est suggéré que le vigilant est lui-même l'ancien partenaire d'un super-héros, peut-être également victime d'un drame familial ou de mauvais traitements). De même que le parallèle entre GrimJim et l'orphelin ne manque pas de piquant (l'un est enfermé dans un asile semblable à celui d'Arkham et l'autre est confié à l'hôpital psychiatrique car il ne prononce plus un mot depuis l'assassinat de ses parents).

Initialement, Lemire avait prévu de dessiner cette série - un signe qu'il y est spécialement attaché - mais son emploi du temps ne le lui a pas permis. Cela m'arrange car si je suis fan de son écriture, je le suis beaucoup moins de son graphisme. Et c'est ainsi que, sur la proposition de son editor, il a confié cette tâche à Tonci Zonjic.

Depuis sa révélation grâce à Who is Jake Ellis ? (écrit par Nathan Edmondson), Zonjic s'est fait discret alors que la voie semblait toute tracée pour lui vers la gloire. Au lieu de ça, il a servi de suppléant sur des titres côtés (comme Immotal Iron Fist), ou s'est perdu dans des projets sans avenir (Heralds, toujours chez Marvel). Puis il a intégré le "Mignola-verse" en dessinant la série Lobster Johnson, dérivée de Hellboy et du BPRD, dont les ambiances rétro et délirantes lui ont permis de mûrir tranquillement.

N'empêche, ce disciple surdoué de Alex Toth méritait mieux que de jouer les utilités. Et Lemire lui offre l'occasion de briller pleinement avec Skulldigger & Skeleton Boy. Zonjic semble l'avoir compris qui s'est emparé du projet en assurant le character's design, au-delà des espérances du scénariste. Il suffit de voir les deux protagonistes en couverture pour avoir la certitude qu'on ne les oubliera plus.

Le reste est à l'avenant : Zonjic produit des planches magnifiques, de son trait épuré mais impeccablement expressif. C'est un sommet de "less is more", avec une science remarquable des effets d'ombre et lumière, un découpage d'une fluidité et d'une intelligence rares (voyez comme il aligne les cases verticales sur la fin pour montrer Reyes, Skulldigger, GrimJim et le garçon, chacun dans leur intimité).

C'est très beau, c'est efficace, c'est un vrai régal. Quand on lit cela, on lit ce que les comics offrent de mieux, cette narration limpide et efficace, au service des mythes d'une culture qui assume sa marginalité, ses auto-citations mais filtrées par un auteur inspiré et un artiste au top.

Alors oui, si je ne devais que vous encourager à démarrer une série ce mois-ci, ce serait ce Skulldigger & Skeleton Boy qui m'a fait une impression très forte, ce sentiment d'avoir affaire à un classique instantané, une pépite. C'est le cadeau de cette fin 2019.     
La variant cover de Mike Deodato Jr.

mercredi 30 mai 2012

Critique 328 : WHO IS JAKE ELLIS ? de Nathan Edmondson et Tonci Zonjic

Who Is Jake Ellis ? est une mini-série en 5 épisodes, écrite par Nathan Edmondson et dessinée par Tonci Zonjic, publiée en 2011 par Image Comics.
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Jon Moore était analyste pour la CIA avant de servir de cobaye (involontaire) à un mystérieux laboratoire dont il s'est échappé il y a quatre ans. Depuis, il est en cavale et vit d'escroqueries diverses. Lorsqu'il est dans de sales draps, il peut compter sur Jake Ellis. Mais qui est Jake Ellis ? Un fantôme ? Un ange gardien ? Une voix dans la tête de Jon Moore ? Jon Moore est-il donc fou ? Ou Jake Ellis est-il un être à part entière que seul lui peut voir et entendre ?
Lorsque de curieux poursuivants le traquent pour le ramener à ce laboratoire, Jon Moore est convaincu par Jake Ellis de cesser de fuir et de chercher à connaître enfin la vérité sur ceux qui ont pratiqué des expériences sur lui et leurs objectifs.
Ce périple va le mener d'Europe en Afrique du Nord, jusqu'à une vérité dérangeante et totalement inattendue...
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Le titre ne ment pas et constitue effectivement le programme de cette intrigue : qui est vraiment Jake Ellis et pourquoi n'apparaît-il qu'à Jon Moore ? La réponse qu'apporte le scénario est si surprenante et efficacement amenée que ce serait un crime de la dévoiler ici, mais c'est incontestablement une des meilleures histoires conspirationnistes que la bande dessinée américaine a offerte récemment.
Tous les ingrédients sont là pour accrocher le lecteur et ne plus le lâcher, autant de clichés subtilement employés et aboutissant à un dénouement renversant : comment Jon Moore, fonctionnaire ordinaire de la CIA, est devenu un mercenaire de haut vol et quelle est la nature de sa relation avec Jake Ellis, qui semble tout connaître des méthodes de ceux qui sont à leurs trousses, quelle sombre organisation para-gouvernementale se cache derrière cette traque, quelle issue aura cette course-poursuite, tout cela est redoutablement prenant.
La sensation oppressante du fugitif qu'est devenu Jon Moore est parfaitement retranscrite : il doit à la fois résoudre l'énigme à l'origine de son "partenariat" avec Jake Ellis et survivre à plusieurs porte-flingues en traversant la France, l'Espagne, le Maroc, sans savoir si on veut l'abattre ou l'attraper vivant.
Le lecteur n'a pas plus le temps de souffler que le héros : Who is Jake Ellis? se déroule comme un film d'action non-stop sur un tempo infernal que Nathan Edmondson (retenez bien son nom, cet auteur est désormais à suivre de très près, une future vedette ou alors je n'y comprends plus rien) imprime à ces cinq épisodes construits sans aucune faille. Ses dialogues sont concis, sans fioritures, il soigne ses ambiances, ses personnages possèdent une force d'attraction peu commune.
Si vous êtes attentifs, vous remarquerez même qu'Edmondson adresse quelques clins d'oeil à plusieurs scénaristes à la fin du chapitre 4 (et même avant puisqu'en appelant ses héros Moore et Ellis, ça rappelle forcèment quelques illustres auteurs...).
Un sans-faute remarquable.
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Mais si j'ai adoré Who is Jake Ellis? pour sa manière de me manipuler si intelligemment et l'expertise avec laquelle il mêle le récit d'espionnage et le fantastique, l'autre élément qui m'a conquis réside dans sa partie graphique assurée par le croate Tonci Zonjic.
Et là, je dis : "Respect." Je dis : "Chapeau l'artiste".
La preuve par l'image avec ce qui est une des meilleures séquences d'ouverture que j'ai lue : les six premières pages du premier épisode.





Non seulement, c'est brillamment découpé (l'enchaînement des plans, l'angle des prises de vue, la composition des images, le jeu sur les lumières : tout y est), mais surtout c'est réalisé avec intelligence, avec justesse. Jon Moore est en fâcheuse posture suite à un deal foireux et réussit à échapper à ses clients mécontents. Mais on a deviné que ses réflexes dissimulaient quelque chose d'extraordinaire. Alors Edmondson a cette idée ingénieuse mais terriblement casse-gueule pour l'artiste d'effectuer un "rewind", un retour en arrière de quelques secondes où il nous révèle l'atout secret de son héros, la présence spectrale et les conseils avisés de Jake Ellis. Zonjic arrive à "rejouer" la scène en en gardant les motifs essentiels mais surtout en modifiant légèrement quelques plans de manière à ne pas grossièrement user d'un effet "copier-coller" sur lequel il aurait ajouté Jake Ellis et des phylactères supplémentaires. Résultat : la séquence entière parvient à donner l'impression d'être similaire sans être identique et à fournir au lecteur juste les pièces qui manquaient à sa compréhension tout en posant rapidement le statut spécial du héros.
Formidable !
Pour fréquenter régulièrement le site de Tonci Zonjic, j'ai pu apprécier l'étendue de son art, et reconnaître ses influences, dont la plus évidente est celle d'Alex Toth (le lien vers http://www.tothfans.com/ est d'ailleurs visible sur sa page). Et il a incontestablement bien étudié le maître avec qui il partage un trait à la fois précis et économe. Son sens du storytelling et de l'animation des personnages est épatant. Auparavant, Zonjic s'était fait remarquer comme fill-in artist sur Immortal Iron Fist ou grâce à des mini-séries comme Marvel Divas ou Heralds, des histoires avec des super-héros mis en scène dans des activités banales. Mais avec Who is Jake Ellis ?, il a trouvé un matériau où ses qualités sont bien mieux exploités.
Un autre exemple ? Voyez cette page au cadrage simple mais étonnamment percutant : 

Zonjic est vraiment à son meilleur lorsqu'il dessine des gens réels (il est par ailleurs un portraitiste talentueux, au style beaucoup plus réaliste pour des journaux de presse quotidienne) dans des situations où ils sont confrontés à des dangers réels.
Son autre particularité tient à sa polyvalence puisqu'il s'occupe réellement de toute la partie visuelle de la série, du dessin à l'encrage jusqu'au lettrage et à la colorisation. Sur ce dernier point, il soigne avec une palette réduite des atmosphères fortes, n'hésitant pas à aligner quelques planches avec des à-plats vifs pour une séquence tout aussi saisissante :
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La fin du livre laisse un double sentiment : elle offre une conclusion qui suggère que l'histoire est vraiment terminée, mais en même temps tout reste ouvert et l'indication qu'il s'agit d'un "volume 1" peut signifier qu'une suite est envisageable (même si le scénariste n'a rien précisé à ce sujet).
Quoiqu'il en soit, Who is Jake Ellis ? est une oeuvre parfaitement aboutie, excellemment écrite et superbement illustrée, à la fois divertissante et troublante : un vrai coup de coeur.

dimanche 31 mai 2009

Critique 52 : IMMORTAL IRON FIST 2 : THE SEVEN CAPITAL CITIES OF HEAVEN, d'Ed Brubaker, Matt Fraction et David Aja

Ce nouveau receuil de la série Immortal Iron Fist est la suite directe du premier, intitulé The Last Iron Fist Story : The Seven Capital Cities Of Heaven prolonge l'histoire tout en bouclant l'intrigue amorcée précédemment. On a également droit au premier "Annual", dont la lecture sans être indispensable, apporte quand même quelques éclaircissements sur un des protagonistes apparus dans le premier tome.
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Après avoir successivement appris que le titre d'Iron Fist était un legs attribué au champion de K'un Lun (une des Sept Capitales du Paradis) une fois par génération et qu'il y avait déjà eu 66 précédents porteurs du nom, Orson Randall a rencontré son successeur désigné en la personne de Daniel Rand et lui avoué avoir renoncé à cet héritage après la Première Guerre Mondiale.
Mais aujourd'hui, Randall était traqué par les agents du Steel Serpent (au service de Crane Mother, ennemie de K'un L'un) et l'organisation terroriste HYDRA. Orson donna à Daniel le Livre d'Iron Fist, contenant tous les secrets de cet ordre, et qui devait le préparer au prochain tournoi des champions des Sept Capitales du paradis.
Steel Serpent, dont les pouvoirs étaient augmentés par la magie de Crane Mother, retrouva Randall et le tua en combat singulier. Avant de mourir, ce dernier transmit son Chi à Danny, censé lui donner ainsi assez de puissance pour vaincre leur ennemi commun.
Sur ces entrefaîtes, Rand fut convoqué par son maître, Lei Kung (père du Steel Serpent), au dît tournoi qui allait décider de l'accès d'une des Capitales du Paradis avec la Terre.
Ce que nous apprenons d'abord, c'est que les leaders des Sept Capitales ont fait construire en secret une passerelle entre la Terre et chacune de leurs cités, à l'insu de leurs peuples. La corruption de ces chefs convainc Iron Fist, son entraîneur Lei Kung the Thunderer, la fille d'Orson Randall, et John Aman, le Prince des Orphelins, à élaborer une révolution.
Simultanèment, Iron Fist découvre que Crane Mother et Xao, un des patrons de l'HYDRA, ont orchestré un plan pour détruire K'un Lun en utilisant un portail interdimensionnel bâti par le père d'Orson Randall. Steel Serpent ignore apparemment tout de ce projet et lorsqu'il l'apprend, il s'allie avec Danny et les autres champions pour le faire échouer.
Rand stoppe Xao en pulvérisant le train avec lequel il comptait dévaster K'un Lun (et aussi les autres Cités du Paradis). La révolution menée par Lei Kung et la fille d'Orson Randall oblige Nu-an, alias Yu-Ti chef de K'un Lun à s'enfuir.
Face à Danny, Xao préfére le suicide à la reddition mais avant de mourir, il lui révèle l'existence d'une Huitième Cité.
Steel Serpent se repent auprès de son père et de Danny, qui avant de retourner sur Terre avec Luke Cage, Misty Knight, Coleen Wing (venus l'aider à combattre l'HYDRA) , et les autres champions, Danny suggère à Lei Kung d'être le successeur de Yu-Ti avec la fille d'Orson Randall
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Cet album est en tout point remarquable et digne du premier volume, peut-être même supérieur. L'histoire développée par Ed Brubaker et Matt Fraction prend une ampleur exaltante, dévoilant une richesse et une efficacité admirables.
Après avoir exploré le thème de l'héritage dans les 6 premiers épisodes, à travers la passation de pouvoir entre Orson Randall et Danny Rand (et tous ceux qui les ont précédés en tant qu'Iron Fist), c'est ici la question du pouvoir et de son usage qui est puissamment traitée.
Tout comme l'entreprise du héros richissime a été piégée par l'HYDRA, le royaume de K'un Lun a lui aussi été contaminé de l'intérieur par la corruption de son chef. Il faudra une prise de conscience et une riposte d'envergure pour rendre à ce territoire son intégrité.
Cette réhabilitation est en marche alors qu'un tournoi oppose sept guerriers de cités différentes pour décider laquelle communiquera avec la Terre. C'est l'occasion pour les deux scénaristes d'épicer leur intrigue avec une série de duels spectaculaires dont les acteurs rivalisent d'originalité et d'agressivité : moments de violence, mais jamais complaisants, et qui ponctuent le récit avec une habilité jubilatoire.
Chacune des "Armes Immortelles" des Sept Capitales est vraiment singulière et il faut saluer le talent avec lequel Brubaker et Fraction ont su caractériser ces personnages au charisme immédiat. L'issue de chacun des combats est indécise et cela produit un authentique suspense, surtout lorsqu'on voit comment finit la première des joutes (entre Iron Fist et Fat Cobra). C'est un vrai régal que d'être ainsi surpris dans ce genre de comics tellement codifiés narrativement.
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Lorsqu'au terme du chapitre 9, l'album est comme prématurèment coupé en deux par l' "Annual" de la série, on est désarçonné. Ce n'est pas tant que ce qu'on nous propose alors soit dénué d'intérêt, mais cela vient briser le beau tempo de l'ensemble.
Surtout que, visuellement, cela n'a plus rien à voir : il faut alors supporter les illustrations épouvantables d'Howard Chaykin et les planches peintes de Dan Brereton et Jelena Kevic Djurdjevic...
Les quelques infos qu'on y gagne sur le passé d'Orson Randall confirment le caractère iconoclaste du personnage et lèvent le voile sur des péripéties commises avec une équipe d'aventuriers, dont fit partie Wendell Rand, le père de Danny. Mais, in fine, cela reste anecdotique et dispensable.
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Heureusement, David Aja est toujours là pour la (quasi) totalité des graphismes. Il nous offre encore une fois des planches magnifiques où éclate son art du découpage, son sens de la lumière et des ambiances. On songe souvent à Mazzucchelli dans cette façon d'en faire mieux que beaucoup avec peu d'effets, mais si judicieusement disposés : il restera comme LA grande révèlation de cette entreprise.
Comme pour le volume 1, les flash-backs sont illustrés par d'autres artistes : Roy Allan Martinez, Scott Koblish, et surtout Kano s'en acquittent fort bien - même si aucun ne fait oublier la contribution de Derek Fridolfs.
Mais aux 13ème et 14ème épisodes, c'est un débutant, Tonci Zonjic, qui (avec Javier Pulido et Clay Mann en soutiens discrets) prend les commandes et impose des pages d'une sobriété et d'une efficacité prometteuses. Assurèment, un nom à retenir.
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Bref, l'essai est totalement transformé. Ne passez surtout pas à côté !