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mardi 24 mai 2022

HELLBOY AND THE B.P.R.D. : THE SEVEN WIVES CLUB, de Mike Mignola et Adam Hughes

 

Comme ce sera une semaine très maigre en nouveautés à critiquer, je vais revenir sur des lectures que je n'ai pas commentées quand elles sont parues. Et quelque chose que j'aime bien lire pour, disons, me changer les idées, ce sont les one-shots ou mini-séries Hellboy and the B.P.R.D.. C'est rapide, souvent divertissant, on n'a pas besoin d'être très cultivé sur cet univers. Et The Seven Wives Club par Mike Mignola et Adam Hughes est un régal.



Savannah, Georgie. 1992. Hellboy vient au secours de Jane Howell, une amie passionnée par les maisons hantées, et qui vient d'être arrêtée pour avoir tué accidentellement son fiancé.


L'agent du BPRD Pauline Raskin présente à Hellboy Joey Ford dont la mère fut infirmière durant la première guerre mindiale et qui pratiqua plusieurs autopsies sur le corps de Walter Wakeman.


C'est dans la maison de ce dernier que Jane a tué son fiancé et où la mère de Ford avec six autres infirmières commirent des atrocités avant d'être victimes d'étranges accidents.


Hellboy est assailli par leurs fantômes lorsque Pauline découvre sur le corps de Wakeman des coeurs en tissu par lesquels elles ont uni leurs âmes à la sienne....

Hellboy, c'est toujours un peu la même chose :des histoires de monstres, de Grands Anciens inspirés par la littérature de H.P. Lovecraft, de maisons hantées, de fins du monde, de sorciers, etc. Si lire ces histoires intégrées à des séries au long cours, comme celles de Hellboy (en solo) ou du B.P.R.D. (le Bureau de recherche et de défense sur le paranormal, au sein duquel opérent les amis de Hellboy comme Liz Sherman et Abe Sapien) peut être fastidieux, en revanche il existe des productions plus modestes et sympathiques patronnées par Mike Mignola.

Aujourd'hui, alors qu'il prépare(rerait) son retour à sa table de dessin, Mignola est plus actif comme scénariste, ou en tout cas comme chef d'orchestre de son univers aux côtés d'autres auteurs (John Arcudi, Chris Roberson, Chrsitopher Golden...). Mais de temps à autre, le maestro s'offre une escapade en compagnie d'un prestigieux collègue artiste pour un one-shot sur les années de formation de Hellboy au sein du BPRD (avant qu'il y soit rejoint par Sapien et Sherman et compagnie).

C'est ainsi qu'il a écrit The Seven Wives Club pour Adam Hughes, avec lequel il avait déjà collaboré sur Hellboy : Krampusnacht (par ailleurs assez décevant). C'est donc un mini-événement parce que, comme Mignola, Hughes ne dessine plus guère de pages intérieures, ayant acquis gloire et fortune comme cover-artist. Ajoutez-y le coloriste Dave Stewart et vous avez l'équipe complète et prestigieuse de ce numéro.

Comme je l'écrivais en préambule, Hellboy fonctionne sur des recettes éprouvées par son créateur et donc il ne faut pas chercher une quelconque originalité, plutôt le confort qu'assure une histoire complète de vingt pages. 

Ici, on a donc droit à une affaire de maison hantée qui a causé le meurtre accidentel d'un jeune homme par sa fiancée, qui se trouve être une amie de Hellboy. L'action se situe en 1992 dans l'Etat de Georgie dans le Sud-Est de l'Amérique. Flanqué de l'agent Pauline Raskin du BPRD, Hellboy promet de sortir la malheureuse de prison. Pour cela il va devoir suivre Joey Ford dans la demeure précitée où il s'en est passé de belles.

Mignola convoque des motifs familiers avec une sombre histoire qui évoque Barbe-Bleue, dans une ambiance de série Z, avec des infirmières déjantées qui pratiquent des autopsies peu orthodoxes sur un cadavre et unissent leurs âmes à celle de leur cobaye, avant de toutes succomber à d'étranges accidents comme autant de punitions pour leurs péchés. On ne peut réprimer un sourire en lisant ces scènes, voir même un rire franc tellement c'est croquignolet. Mignola s'autoparodie (ou alors se prend vraiment trop au sérieux en croyant nous faire peur) et c'est effectivement très efficace.

La contribution d'Adam Hughes est ici plus concluante que sur Krampusnacht. L'artiste produit des planches somptueuses, dans un style plus expressionniste qu'à l'accoutumée. En effet, il n'a pas ici le loisir de s'adonner à la représentation de jolies filles girondes comme il sait si bien le faire (même si c'est loin d'être son unique talent, mais enfin après toutes ces couvertures de Wonder Woman ou Catwoman, difficile d'occulter cette spécialité).

Son trait réaliste donne une dimension moins effrayante à Hellboy dont, par ailleurs, la caractérisation est plus bonhomme, moins bougonne. La beauté de Pauline Raskin ne parasite pas son tempérament téméraire et résolu. Et Joey Ford s'avère un vrai trouillard dès qu'il entend la voix de sa défunte maman lui conseiller de ne pas rester dans le sous-sol de la maison Wakeman. L'apparition des spectres est d'une élégance funeste imparable tandis que celle du cadavre de Wakeman fait son petit effet (le seul véritable horrifique du récit).

Les couleurs de Dave Stewart sont merveilleuses. Bien que Hughes ait employé un encrage très marqué avec des effets de clair-obscur prononcés, la palette employée créé des contrastes intéressants et habille le dessin sans jamais chercher à le concurrencer. C'est de la très belle ouvrage.

San surprise donc, Mignola et Hughes donnent le meilleur d'eux-même dans cet exercice où affleure une bonne dose d'auto-dérision. Mais avec quelle classe !

jeudi 28 juin 2018

MAN OF STEEL #5, de Brian Michael Bendis, Adam Hughes et Jason Fabok


Le dénouement est proche pour la mini-série Man of Steel écrite par Brian Michael Bendis dont c'est le pénultième numéro, cette fois en compagnie d'Adam Hughes - l'illustre cover-artist réalise les planches de ce numéro, ce qui est en soi un événement. L'histoire doit rebondir après son précédent chapitre décevant et avant sa conclusion la semaine prochaine, qui s'annonce à tout point de vue décisive...


Superman a déplacé son affrontement avec Rogol Zaar dans l'espace afin d'éviter des victimes innocentes. Le combat redouble de brutalité mais le guerrier prend l'avantage grâce à sa puissance physique. Atterrissant sur la Lune, il vainc Superman et considère ensuite à nouveau la Terre d'un air menaçant.
  

A Metropolis, après avoir prêté main forte aux pompiers une nouvelle fois appelés sur le lieu d'un incendie, Supergirl est rejointe par des membres de la Justice League qui désirent en savoir plus sur Rogol Zaar. Avant cela, elle doit savoir où est son cousin et elle le repère, inconscient sur la Lune.
  

Transporté au Hall de Justice pour y être soigné, Superman se rétablit vite et montre à Flash, Cyborg, Green Lantern, Wonder Woman et Batman un symbole gravé sur la hache de son adversaire. Nul ne l'identifie mais Batman revient sur les termes employés par Rogol Zaar au sujet de Krypton. Qu'entendait-il par son "nettoyage" ? 


Soudain Superman comprend tout et s'envole sans un mot pour ses camarades. Wonder Woman invite Supergirl à ne pas le suivre si Rogol Zaar a l'intention de tuer un autre kryptonien que son cousin. Superman plonge au centre de la Terre.


Et comme Batman et lui s'y attendaient, il trouve Rogol Zaar, prêt à détruire le noyau terrestre pour en purger les ultimes survivants de Krypton...

Les premières pages déconcertent visuellement, autant vous prévenir : une vue en contre-plongée à l'intérieur de la cloche de Kandor avec l'oeil menaçant de Rogol Zaar dans son ciel, puis le combat brutal entre ce dernier et Superman dans le vide spatial. Adam Hughes brouille les repères de ses fans en produisant des images très sombres mais finalement logiques d'un point de vue esthétique puisque aucune source lumineuse n'éclaire ce qui se passe comme sur Terre.

Brian Michael Bendis n'a pas peur de désarçonner lui non plus car le duel entre les deux adversaires est bref et s'achève avec la victoire, nette, de Rogol Zaar. Décidément l'Homme d'Acier n'arrive pas à prendre le dessus sur ce guerrier enragé et massif, qui le laisse pour mort sur la Lune. Comme entrée en matière, il y a de quoi être tourneboulé...

... Et ce n'est pas fini puisqu'on enchaîne avec les deux pages familières de Jason Fabok concernant le visiteur des Kent : on sait depuis le précédent épisode qu'il s'agit de Jor-El, le père de Clark Kent, et on apprend enfin pourquoi il apparaît soudain. Il réclame son petit-fils pour lui enseigner la culture kryptonienne lors d'un voyage dans l'espace. Lois et Clark s'y opposent mais le gamin accepte ! La résolution de cette affaire et l'explication de ses conséquences seront au menu du sixième et dernier numéro de la mini-série.

Hughes reprend la main graphiquement ensuite, dans un registre plus coutumier, et livre des pages superbes, depuis le sauvetage de Supergirl d'une bande d'enfants dans un immeuble en flammes jusqu'à la récupération de Superman et une scène d'explications/déductions au Hall de Justice.

De façon suggestive, par des dialogues vifs, Bendis lève le voile sur le plan de Rogol Zaar : comment Batman en vient à le comprendre et Superman ensuite montre l'efficacité du scénariste à montrer les héros perplexes et le lecteur avec eux jusqu'à ce que le dark knight revienne à la base même du discours de l'ennemi, la vraie clé du mystère.

Hughes sait parfaitement croquer les mimiques des personnages tout en variant les effets de son découpage et son dessin rend l'ensemble très vivant, avec une maîtrise de la composition des plans et la bonne place laissée aux couleurs d'Alex Sinclair. Quand Superman prend subitement congé de ses collègues et s'envole puis plonge dans les entrailles de la Terre, il donne au personnage une majesté naturelle tout en traduisant ses efforts pour creuser et se contenir avant son ultime face-à-face avec son ennemi. Comme Bendis, l'artiste interprète Superman comme une force tranquille, lumineuse, mais en même temps consciente qu'elle n'est pas invulnérable. Je parie en tout cas que l'issue du combat ne sera pas une simple victoire par KO et que Rogol Zaar ne sera pas un méchant de passage uniquement imaginé pour cette mini-série.

Le final promet en tout cas son lot d'émotions fortes entre la famille El et celui qui a juré d'éliminer tous les kryptoniens : ce sera à Bendis d'assurer avec cette fois le seul Jason Fabok au dessin.  

jeudi 3 mai 2018

CAPTAIN AMERICA #701, de Mark Waid et Leonardo Romero, avec Adam Hughes et J.G. Jones


Ici démarre l'ultime arc narratif écrit par Mark Waid pour Captain America et intitulé Promised Land (une référence à Springsteen et à une de ses plus belles chansons ?). Cette histoire sera aussi brève que les précédentes puisqu'en Juillet une nouvelle équipe créative prendra les rênes de la série. Mais en attendant, il s'agit de soigner sa sortie et pour cela Waid est aussi bien inspiré que bien entouré...


Haute-Vienne, France. 1944. Captain America et Bucky sauvent, dans des conditions difficiles, la dernière fiole contenant le sérum du super-soldat du Pr. Erskine détenue par le Dr. Straussen.


XXIVème siècle. Cette histoire est projetée à Steve Rogers, l'arrière-arrière-arrière petit fils de Captain America, malade et hospitalisé, dont son père, Jackson désespère de trouver le moyen de le guérir. Il en appelle au Président des Etats-Unis, Robbins, pour qu'il déclassifie les documents relatifs au sérum du super-soldat afin de trouver un antidote. Mais le général Pursur s'y oppose, malgré la prestigieuse lignée dont descend l'historien, car cela relève su secret défense.


San Francisco, Californie. 1968. Captain America déjoue un attentat fomenté par le Dr. Faustus dans les coulisses d'un concert de rock en se faisant passer pour un roadie, en mission pour le SHIELD sous les ordres de Nick Fury. 


Jackson Rogers décide, lui aussi, d'agir en douce et s'introduit dans la Maison-Blanche de nuit. Il accède aux Archives nationales en piratant ingénieusement la sécurité et consulte les documents relatifs au sérum du super-soldat. Mais il découvre alors que son usage a été détourné par le général Pursur qui agit en qualité d'agent double auprès des alliés Kree pour qu'ils exterminent leurs ennemis - sans que Robbins le sache.
  

Mais l'intrusion de Jackson Rogers finit par être remarquée et il doit fuir. Le général Pursur, alerté, ordonne à ses hommes de le rattraper, de le capturer et de le lui ramener pour éviter qu'il ne divulgue ce qu'il a appris...

Le choix de Mark Waid de situer ses derniers épisodes dans le futur (un futur encore plus lointain que celui où le Rampart avait envoyé Captain America dans l'arc précédent) peut surprendre, mais seulement si on ne prend pas en compte deux éléments.

Le premier est que Waid sait que son successeur comme scénariste, Ta-Nehisi Coates, s'occupera d'animer le héros dans le présent où il est revenu (et, d'après les premières previews, il va à nouveau se confronter à des organisations fascistes, en relation avec la saga Secret Empire...). 

Le second est que Waid aime voyager dans le temps et que Captain America est un véhicule idéal pour cela. La description du futur était d'ailleurs au centre de son chef d'oeuvre chez DC, Kingdom Come. Le rapport à demain chez le scénariste est ambigu, à la fois plein d'espoir et volontiers pessimiste. C'est encore une fois le cas ici, dans cet épisode rapide mais dense.

Au XXIVème siècle, la Terre est devenue une sorte de pays de Cocagne, pacifié mais aussi inspirateur pour d'autres mondes, grâce à la diffusion d'une médecine basée sur le sérum du super-soldat, dont le développement a été rendu possible à partir de la dépouille de Captain America. Pourtant, un grain de sable va perturber cette harmonie, précisément en touchant un des descendants du héros, son arrière-arrière-arrière petit-fils, également prénommé Steve, atteint d'un mal dont personne ne trouve le remède.

L'épisode s'ouvre par un flash-back en 1944, magnifiquement illustré par Adam Hughes, une des prestigieuses guest-stars invitées pour la dernière ligne droite tracée par Waid : c'est tout sauf gratuit puisqu'on y relate prestement comment Captain America et Bucky récupéra la dernière fiole du sérum du Pr. Erskine. Plus loin, toujours en quatre pages magnifiques, cette fois réalisées par J.G. Jones, nous voilà transportés en 1968 pour une opération du SHIELD où savoir opérer sous couverture sera précieux pour empêcher un attentat.

Ces astuces narratives, Waid s'en sert à chaque fois pour préparer le lecteur au problème et à la tactique que doit affronter Jackson Rogers auquel on refuse l'unique moyen de sauver son enfant. Et comme ce refus ne peut que dissimuler une vérité plus suspecte, nous allons découvrir avec lui un complot d'ampleur. Le récit est magistralement mené, tout en rythme et en rebondissements, en parallèles entre le passé et l'avenir. Waid nous donne une leçon.

Chris Samnee parti (bien qu'on ne sache toujours pas où...), c'est au formidable Leonardo Romero (le partenaire de Kelly Thompson sur Hawkeye) qu'échoit la lourde tâche de le remplacer. Il a douze pages pour prouver qu'il en est capable et il ne déçoit pas : son style est semblable à celui de son prédécesseur et on peut louer l'intelligence de l'editor de la série d'avoir pensé à lui. Même trait élégant et vif, des plans aux compositions efficaces et claires, des décors soignés, des personnages expressifs à l'allure immédiatement identifiables.

Ces pages sont superbes et n'ont pas à rougir d'être ponctuées par les participations de Hughes et Jones. Mais elles nourrissent des regrets car, une fois encore, si Waid avait eu l'opportunité de poursuivre son run, avec Romero il avait de quoi faire : l'intrigue qu'il débute est déjà tellement riche et trépidante qu'elle pourrait alimenter des mois la série (comme dans les arcs précédents). 

C'est pour cela qu'au fond on lit ces épisodes avec plaisir mais aussi déjà de la mélancolie : ils présentent Captain America dans une vraie vision, originale et captivante, la promesse d'aventures parmi les plus singulières. A cet égard, la "Terre Promise" du titre de cette histoire résonne bien ironiquement comme si Mark Waid nous glissait à l'oreille les plans prometteurs qu'il avait et qu'on lui a confisqués.    

mardi 2 janvier 2018

HELLBOY : KRAMPUSNACHT, de Mike Mignola et Adam Hughes


Un dernier conte de Noël pour la route, ça vous dit ? Deux arguments pour vous tenter : Mike Mignola et Adam Hughes. Et Hellboy  ! Que vaut cette rencontre au sommet pour ce one-shot ? Voilà en tout cas ce que j'en ai pensé.


Autriche, 1977. En route pour la maison de Wilhem Schulze, Hellboy est surpris par l'apparition d'une dame en blanc qui lui demande de sauver son fils avant de se volatiliser, tel un spectre. Peu après, l'agent spécial du B.P.R.D. frappe à la porte de son hôte, un vieil homme à l'air sympathique, qui l'invite à entrer pour souper en sa compagnie.


Mais Hellboy n'est pas là pour festoyer : le vieillard a semé, quelques jours auparavant, dans l'église du village voisin et il avoue l'avoir exprès pour attirer son visiteur. Wilhem Schuze prétend en effet être Gruss Vom Krampus, l'équivalent du Père Fouettard, qui punit de mort les enfants qui n'ont pas été sages.


Pour convaincre Hellboy, il lui tend le crâne d'un jeune garçon qui permet à l'agent spécial de découvrir la véritable apparence du vieillard, un monstre hideux, à la tête de chèvre, ornée de grandes cornes. Il réclame qu'on le tue pour regagner l'Enfer dont il dit être un des princes et s'échapper de ce monde froid qu'est la Terre. 


Hellboy commence par lui tirer dessus mais la créature veut être battue à mort par le poing de pierre de son adversaire et lui oppose une résistance virulente. Le Krampus plaque Hellboy au sol et commence à l'étrangler jusqu'à lui faire presque perdre connaissance.


Hellboy, pendant quelques secondes, se voit alors entouré des enfants victimes de son ennemi, dont l'un lui tend un couteau pour l'achever. Avec cette arme, il poignarde le Krampus qui est alors aspiré dans l'au-delà.
  

De retour au quartier général du B.P.R.D., 72 heures plus tard, le jour de Noël, Hellboy apprend l'origine de celui qu'il a terrassé par son mentor, Broom, tandis que Liz Sherman commente son aventure en la qualifiant de "joliment bizarre".

Alors que Mike Mignola a, dans les comics, tué son emblématique héros (mais pas supprimé les aventures des autres membres du BPRD), Hellboy reste exploité dans des mini-séries (écrites le plus souvent par John Arcudi) situées dans le passé (et illustrées par des pointures comme Alex Maleev, Paolo Rivera). Ainsi, chaque apparition du démon rouge reste un événement.

La situation d'Adam Hughes est un peu comparable : il n'est heureusement pas décédé, mais en se cantonnant quasi-exclusivement à son activité de cover-artist il transforme sa participation comme dessinateur de pages intérieures en un moment rare pour ses fans. Il a ces dernières années participé à des projets comme Before Watchmen (les quatre épisodes consacrés au Dr. Manhattan, écrits par J. Michael Straczinski) ou écrit et dessiné deux épisodes consacrés à Betty & Veronica, un spin-off de la série Archie (chez Archie Comics).

La réunion de ces deux monstres sacrés que sont Mignola et Hughes a provoqué une attente énorme, fut-elle concentrée pour la réalisation d'un simple one-shot d'une vingtaine de pages publié pour Noël. Malheureusement, les fans comme les amateurs risquent d'être déçus par le produit de leurs efforts.

Le Krampus est dans la mythologie de Noël en Amérique l'équivalent de notre Père Fouettard (celui qui, comme le chanta Jacques Dutronc dans La Fille du Père Noël, "Toute la nuit avait fouetté/ A tour de bras les gens méchants") et si la représentation qu'en donne, graphiquement, Hughes est impressionnante de réalisme, il ne sort guère du lot des nombreuses abominations qu'a pu affronter Hellboy durant sa carrière.

Mignola se s'embarrasse guère d'installer une ambiance particulièrement angoissante pour son petit conte, condamnant ainsi l'entreprise dans sa volonté d'effrayer ou de surprendre, malgré une introduction à la poésie mortifère avec l'apparition d'une dame en blanc - seule moment où Hughes peut exercer son talent pour dessiner une de ses fascinantes jeunes femmes dont il a le secret et le goût.

Le combat qui suit et qui occupe un bon tiers de l'épisode manque par trop d'énergie, de férocité, de suspense pour susciter davantage d'excitation. Hughes montre là à la fois ses limites de narrateur avec un découpage trop sage et sans doute aussi son manque de pratique dans la réalisation de pages intérieures, avec des cadres parfois maladroits, manquant d'envergure, avec des angles de vue trop peu dynamiques. 

C'est vraiment regrettable car le trait, l'encrage et la colorisation de l'artiste sont splendides, d'un réalisme saisissant, d'une beauté formelle indéniable. Mais cet esthétisme semble aussi avoir engourdi le récit et sa manière de le narrer, déjà que Mignola n'en livre pas un traitement qui se distingue par sa densité. L'épilogue en forme de cours d'Histoire sur les origines du Krampus n'apporte rien au projet qui aurait très bien pu se clore une fois l'empoignade entre Hellboy et le monstre terminée.

Tout donne le sentiment que ces deux fortes personnalités ne se sont jamais vraiment rencontrés, que leurs tempéraments respectifs n'ont pas su se compléter, s'émuler, transcender l'exercice. Le fantastique de Mignola est ici trop minimaliste et paresseux, et l'humour de Hughes est absent. La faute à qui ? Aux deux sans doute : Mignola pour n'avoir pas su imaginer quelque chose de plus original, Hughes pour avoir méjugé de sa compatibilité avec cet univers, ce personnage.

Malgré tout, même si c'est (trop) peu, le lecteur trouvera un peu de consolation dans les bonus du fascicule avec trois superbes cartes de voeux - où, là, Hughes se lâche complètement et livre des images magnifiques :




Et puis, pour les amateurs de visite en coulisses, quelques ultimes pages permettent d'apprécier le travail graphique préparatoire de ce one-shot - les crayonnés de Hughes sont une rareté, sachons les apprécier.



vendredi 14 juin 2013

LUMIERE SUR... ADAM HUGHES

 Adam Hughes
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Fairest covers (#1-17 & 19):

















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Women of DC :
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Le site de l'artiste : www.justsayah.com