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dimanche 14 août 2022

POUPEE RUSSE (Saison 2) (Netflix) (Critique avec spoilers !)


Trois ans après ses tonitruantes premières aventures, Poupéé Russe (Russian Doll en vo) revient pour une deuxième (et sans doute dernière) ssaison. Le show créé par Natasha Lyonne (également premier rôle), Amy Poehler et Leslye Headland est encore plus fou, plus troublant, et retombe toujours aussi miraculeusement sur ses pattes.


Quelques jours avant son quarantième anniversaire, Nadia Vulvokov découvre que le métro de la ligne 6 de New York lui permet de remonter le temps jusqu'en 1982. Son esprit occupe alors le corps de sa mère, enceinte d'elle. Elle est séduite par un malfrat, Chezare Carrera, avec lequel elle cambriole le domicile de sa propre grand-mère, Vera, la délestant d'un sac rempli de pièces d'or. De retour dans le présent, Nadia interroge sa tante Ruth sur Carrera et apprend qu'il était effectivement devenu l'amant de Nora après ce vol. Nadia met ensuite en garde son ami Alan contre le métro de la ligne 6 puis repart en 1982 récupérer les pièces d'or. Mais Carrera, intrigué par le comportement de Nora, s'enfuit avec le butin.
 

Toujours en 1982, Nora (toujours possédée par l'esprit de Nadia) reçoit la visite de sa mère, Vera, qui l'accuse de l'avoir dépouillée. Nadia revient de nos jours et consulte Internet pour remonter la trace de Carrera. Elle le retrouve, âgé, mais il lui explique avoir en 1982 vendu les pièces d'or et remis l'argent à Nora.. Nadia repart en 1982 et avec l'aide de la jeune Vera rachète les pièces d'or chez le joaillier. Puss elle laisse un message sur le répondeur de Vera, la suppliant de se ranger. Mais, alors qu'elle repart à notre époque en métro, elle est distraite en apercevant Alan dans une autre rame et perd de vue son sac rempli des pièces d'or.


Nadia, désespérée, questionne sa grand-mère, Vera, et sa tante, Ruth, pour découvrir la provenance des pièces d'or. Il s'agissait de la fortune familiale, spoliée par les nazis durant la guerre à bord d'un train parti de Budapest. Mais à la fin du conflit, ni ke train ni ses trésors ne furent retrouvés. Nadia demande à sa meilleure amie Maxine de l'accompagner pour un voyage en Hongrie sur les traces de ce train fantôme.


Pendant ce temps, de son côté, Alan n'a pas résisté à l'envie d'emprunter le métro de la ligne 6. Il a atterri à Berlin-Est en 1962 dans le corps de sa grand-mère qui y faisait ses études universitaires. Elle fréquentait un certain Lenny et ses amis qui voulaient passer à l'Ouest en se fiant au plan hasardeux d'un tunnel entre les deux zones de Berlin. Nadia, elle, arrive à Budapest avec Maxine, qui souffre du jet-lag et part se reposer à l'hôtel. Alan découvre que Lenny et ses amis ne l'ont pas attendu pour passer à l'Ouest, malgré ses mises en garde sur le danger d'une telle expédition.


Pendant que Maxine se repose, Nadia emprunte le métro de Budapest et remonte le temps jusqu'en 1944. Elle occupe à cette époque le corps de Vera, sa grand-mère, et s'introduit dans un entrepôt de Budapest où les nazis stockent les biens volés aux juifs. Elle récupère quelques pièces d'argenterie puis les cache dans les égoûts. Elle remet ensuite le plan de la cachette au Père Laszlo avec l'assurance que, une fois la guerre finie, il le lui enverra par courrier. Comme prévu, un an plus tard, Vera récupère ses biens dans les égoûts et va les vendre contre les pièces d'or - celles-là même que lui voleront Nora et Carrera en 1962. Réalisant que rien n'empêchera cela, Nadia enrage en passant de compartiment en compartiment dans le métro jusqu'en 1962. Elle sort sur le quai où l'attendent Ruth et Vera et perd les eaux.
 

Nora accouche de sa fille mais Nadia, qui occupe son esprit, lui fait kidnapper le bébé (elle-même donc), craignant que Vera ne lui en retire la garde. De retour à notre époque avec le nourrisson, Nadia reçoit un appel de Maxine la prévenant que Ruth est hospitalisée. Sur place, Nadia se rend compte que la présence de son double tout juste né provoque une importante distortion temporelle et s'enfuit. Alan la retrouve à la fête d'anniversaire de ses 36 ans chez Maxine.


Alan tente de convaincre Nadia de ramener le bébé en 1962 car le temps va s'effondrer sur lui-même. Elle refuse d'abord, ne voulant pas que le nouveau-né vive dans les mêmes conditions déplorables qu'elle, puis, comprenant qu'elle peut sauver Ruth, elle se résigne. Ne voyant pas le métro de la ligne 6 arriver, Alan et Nadia s'enfoncent dans les tunnels avant que deux rames ne les percutent de chaque côté. Séparés par le choc, ils tombent dans le Vide temporel : Alan retrouve sa grand-mère qui lui dit de faire son deuil d'elle tandis que Nadia retrouve Nora à qui elle remet l'enfant. Alan et Nadia se retrouvent à la fête donnée par Maxine pour le quarantième anniversaire de Nadia.

Disponible depuis Avril dernier sur Netflix, j'avais complètement zappé cette seconde saison de Poupée Russe, quand bien même j'avais adoré la première il y a trois ans. Après avoir regardé Sandman, j'avais besoin d'une série capable de me changer les idées tout en n'étant de qualité similaire, donc j'ai rattrapé mon retard ces derniers jours.

Cette saison compte sept épisodes (contre huit pour la précédente), mais on n'y perd pas au change. Surtout les créatrices du show - Natasha Lyonne, Amy Poehler et Leslye Headland - ont su motiver leurs scénaristes pour imaginer une histoire cnore plus folle et pourtant aussi habile sur une trame de leur invention.

Dans sa première saison, l'influence de Un Jour sans Fin était très présente, même si, in fine, la série parvenait à s'en distinguer, explorant comment deux individus pris au piège d'une boucle temporelle s'en libéraient en comprenant que leurs destins étaient liés. Cette fois, on peut dire que Poupée Russe s'émancipe complètement en osant repartir dans des voyages temporels mais aussi en sondant des motifs plus troubles, plus troublants.

Evidemment, la comédie reste présente, et l'abattage énorme de Natasha Lyonne, qui campe Nadia, y est pour beaucoup. C'est une vraie tornade et elle le sait, elle joue en sachant très bien qu'elle est filmée, en comptant sur la complicité du spectateur, mais aussi en souhaitant visiblement le surprendre, non par sa manière de réagir aux événements mais par la nature des péripéties qu'elle traverse.

Lyonne en fait des caisses mais le personnage qu'elle compose est irrésisitible, avec une démarche unique, des mimiques savoureuses, ce côté à la fois buté et incrédule, irresponsable et justicier. En découvrant qu'une ligne de métro lui permet de remonter jusqu'à l'époque où sa mère était enceinte d'elle, elle se trouve embarquée dans une aventure épique digne d'une chasse au trésor, en l'occurrence une centaine pièces d'or qui constitueront son héritage. Ce magot passe de main en main, et son origine l'entraîne jusqu'au coeur de la Hongrie durant la seconde guerre mondiale.

Mais en vérité, on va l'apprendre en même temps que Nadia, ce butin n'est qu'un prétexte à un récit initiatique. Qu'importe si elle peut récupérer cette fortune en la récupérant, en la rachetant, en la cachant, l'important est que cela la conduise à découvrir l'histoire de sa famille et la sienne propre. Spoliée par les nazis, la grand-mère Vera ruse pour obtenir ces pièces d'or au nez et à la barbe des barbares et des filous. La mère de Nadia, Nora (incarnée par Chloë Sevigny), atteinte de shizophrénie, est le grain de sable qui, invariablement, fait tout dérailler; Et Nadia, désirant s'offrir bébé une nouvelle vie, va encore faire empirer les choses en créant une distortion temporelle.

On retrouve aussi Alan (excellemment joué par Charles Barnett), le garçon largué par sa fiancée et suicidaire que rencontrait Nadia dans la première saison et qu'elle fréquente toujours. On relève alors que Nadia est une personne toxique dans la mesure où, en voulant préserver son ami, elle le contamine en lui parlant de la ligne de métro "magique". Ce qui, évidemment, va l'inciter à l'emprunter à son tour et le précipiter dans un périple tout aussi déjanté. On déplorera juste que, dans cette saison 2, contrairement à la précédente, la série ne développe pas autant le fil narratif d'Alan alors qu'avec quelques épisodes de plus on aurait eu droit à une intrigue parallèle aussi fournie, dans le cadre de Berlin-Est en 1962.

Ce qui impressionne surtout, c'est la déconcertante facilité apparente avec laquelle la série retombe toujours sur ses pattes, justifie ses excentricités. Par exemple, lorsque Nadia occupe le corps de sa grand-mère Vera en 1944, cela coïncide évidemment avec son bref séjour à Budapest où Vera se trouvait à l'époque. Sa relation avec sa tante Ruth (tante par alliance) donne aussi cours à des échanges émouvants et pétillants, au cours desquels Lyonne et Annie Murphy (qui interprète Ruth jeune), comédienne géniale (comparée par Nadia à Melanie Griffith, ce qui est parfaitement vrai), affichent une complicité merveilleuse. Enfin, quand arrivent les deux derniers épisodes où règne un chaos incroyable à cause des initiatives irresponsables de Nadia, la série parvient à résoudre son intrigue avec une adresse remarquable sans que cela paraisse expédiée ni capillotractée (enfin, dans le contexte de la série).

Mine de rien, le propos est souvent complexe et poignant : les notions de maternité, d'héritage, de transmissions, de sacrifice, d'amour familial sont travaillées avec une subtilité et une verve rares, sur un rythme soutenu mais toujours clair. Un exercice d'écriture et de mise en scène virtuose.

Poupée Russe n'a pas la reconnaissance qu'elle mérite. Avec un titre pareil par les temps qui courent, pas certain que de nouveaux fans penseront à jeter un oeil à cette seconde saison (il semble que Netflix ne renouvelera pas le show pour une troisième fois). Pourtant, c'est une des productions originales de la plateforme parmi les plus originales et les plus abouties. Alors, donnez-lui sa chance !

lundi 11 février 2019

POUPEE RUSSE (Netflix)


Poupée Russe (Russian Doll) est une autre excellente surprise de ce début d'année en provenance de Netflix. En huit épisodes d'une durée minime (entre 25 et 30 minutes), l'actrice-scénariste Natasha Lyonne avec Amy Poehler et Leslye Headland vont vous en faire voir de toutes les couleurs. La série est un hommage irrésistible mais aussi complexe à Un Jour sans fin, dont elle reprend le principe narratif, naviguant entre comédie et existentialisme avec une épatante spontanéité.

 Nadia Vulvokov (Natasha Lyonne)

Nadia Vulvokov travaille comme programmatrice dans une société de jeux vidéos. Pour ses 36 ans, ses deux meilleures amies, Maxine et Lizzy lui ont organisée une fête. Mais cela lui rappelle surtout qu'elle a désormais dépassé l'âge de sa mère lorsqu'elle est morte. Ivre, Nadia fuit ces mondanités au bras de Mike. En voyant de l'autre côté de la rue son chat, Flocon, elle traverse et se fait renverser par une voiture... Morte, elle se réveille pourtant à la fête de Lizzy et Maxine !

 Mike et Nadia (Jeremy Bob et Natasha Lyonne)

En croyant d'abord à un mauvais trip, Nadia connaît plusieurs fois une expérience similaire à la fin de laquelle elle passe de vie à trépas puis ressuscite. Comprenant qu'elle est piègée dans une boucle temporelle, elle cherche à résoudre ce mystère.

Alan Zaveri (Charles Barnett)

Ce qu'ignore Nadia, c'est qu'un jeune homme qu'elle ne connaît pas traverse la même épreuve : Alan Zaveri, le même soir, s'apprête à demander en mariage sa petite amie, Beatrice, avant de découvrir qu'elle le trompe avec un de ses professeurs - qui n'est autre que Mike, l'amant éphémère de Nadia. Lui aussi entreprend d'enquêter sur cette anomalie aux allures de calvaire.

Alan et Nadia

Les routes de Nadia et Alan finissent par converger dans un refuge pour SDF où dort "Horse", qui a recueilli Flocon, le chat de Nadia et à qui Alan a donné la bague qu'il voulait offrir à Beatrice. L'ascenseur du refuge fait une chute mortelle mais qui permet à Nadia et Alan de saisir qu'ils vivent la même situation paranormale.

"Horse", le chat Flocon et Nadia (Brendan Sexton III et Natasha Lyonne)

Nadia et Alan scellent une alliance pour se sortir de ce piège et elle l'entraîne à sa soirée d'anniversaire. Nadia tente de se racheter auprès de John Reyes, son amant, tandis qu'Alan règle ses comptes avec Mike. Mais cela ne suffit pas.

Maxine et Lizzy (Rebecca Henderson et Greta Lee)

Nadia a ensuite l'intuition que tout s'est joué lors de leur première mort. Elle se souvient bien de la sienne, mais pas Alan, qui s'était soûlé après avoir découvert l'infidélité de Beatrice. En ressassant cela, il reconstitue la suite de sa soirée et Nadia déduit qu'il s'est suicidé en se jetant du toit de son immeuble.

Nadia et John Reyes (Natasha Lyonne et Yul Vasquez)

Tandis que le passé commence à faire sens, Nadia et Alan s'accordent sur un point : ils doivent mutuellement s'empêcher d'être tuer ou de se tuer. Ensuite, il s'agit de faire la paix avec eux-mêmes. Autrement dit résoudre paisiblement de plus ou moins vieux contentieux personnels. 

Nadia et sa tante, Ruth Brenner (Natasha Lyonne et Elizabeth Ashley)

Alan en profite donc pour accepter sa rupture avec Beatrice et la laisser vivre heureuse avec Mike. Pour Nadia, c'est un peu plus délicat car elle culpabilise au sujet de la mort précoce de sa mère : en se confiant à sa tante, Ruth Brenner, psychanalyste, elle admet n'être pour rien dans la dépression suicidaire de Lenora. Ne reste plus à Nadia et Alan qu'à se retrouver là où ils se sont croisés la première fois, en ignorant tout l'un de l'autre, dans l'épicerie d'un ami commun...

Ce qui séduit d'emblée avec Poupée Russe, c'est sa densité derrière son apparente légèreté. Pendant les deux premiers épisodes, on rit de bon coeur aux morts multiples et absurdes subies par Nadia, avant qu'au troisième chapitre, un rebondissement ne vienne tout faire basculer.

On se croyait parti pour une comédie surréaliste largement inspirée d'Un Jour sans fin (Harold Ramis, 1993), avec le risque que le procédé lasse vite car n'étant ni original ni apte à tenir huit épisodes consécutifs. Et puis, voilà qu'on découvre que Nadia n'est pas la seule dans cette boucle temporelle à décéder et ressusciter, sans comprendre pourquoi et sans savoir comment s'en échapper.

Car, malgré l'abattage sidérant et drôlatique de Natasha Lyonne, vedette/co-créatrice/co-scénariste du show, le propre de la boucle, c'est de tourner en rond etle comique de répétition a des limites. Mais en partageant l'intrigue, Lyonne, avec ses deux partenaires, la comédienne Amy Poehler et la showrunner Leslye Headland, loin de la diluer, l'enrichit, la compléxifie et lui donne une profondeur vertigineuse, la transforme en un jeu d'esprit captivant, troublant, aussi ludique que philosophique.

Pourtant, à bien y regarder, une partie de la solution est déjà dans la présentation de l'héroïne : Nadia Vulvokov est programmatrice de jeux vidéos et la série en emprunte les codes, avec ses paliers à franchir, ses pièges, ses "game over", ses trophées remportés, etc. Avec Alan, elle gagne un partenaire pour ces parties, sans que cela devienne un argument romantique (bon, ils couchent une fois ensemble, mais c'est moins par attirance que pour tester les conséquences sur leur situation), et une sorte d'adjoint pour ses investigations.

Il s'agit de cracker le code, de découvrir la pièce secrète, la clé qui ouvrira la porte, les libérera de cet imbroglio fantastique et cauchemardesque. Comme le dit l'accroche de la série, "mourir est facile. C'est vivre qui est difficile". Et vivre, c'est traîner derrière soi des frustrations, des chagrins, des regrets. En s'y  confrontant d'abord puis en prenant sur soi de les solder ensuite, ce qui n'est pas sans mal, on peut à nouveau avancer. Vivre enfin.

Les maux dont sont lestés les deux héros sont de nature et de poids différents mais pas moins douloureux : Alan subit une terrible déconvenue sentimentale qui dévaste sa routine et détruit son avenir, Nadia n'a toujours pas règlé un vieux complexe qui la fait se sentir coupable de la mort d'une mère sujette à la dépression. Alan doit faire table rase du présent pour son futur. Nadia doit liquider son passé (passif) pour aller de l'avant.

Le scénario progresse en semant des indices qui perturbent rétrospectivement : par exemple, à chaque résurrection, ce qui vit se dégrade - les fruits pourrissent, des invités à la fête manquent (jusqu'à ce que seule Lizzy danse seule dans son appartement vide), même Nadia et Alan finissent par revenir de moins en moins en forme (ils saignent du nez entre autres). En parallèle, cette boucle temporelle compte des constantes : le SDF, inquiétant et comme déjà hors-monde, le chat de Nadia, la mouche dans la salle de bain d'Alan, le miroir dans les WC de chez Lizzy, l'épicerie de l'ami commun de Nadia et Alan, l'ancien temple juif reconverti en immeuble où habite Lizzy... Sont comme autant de signes, parfois trompeurs, parfois déterminants, pour cerner la bizarrerie du piège.

A 39 ans (quasiment l'âge de son personnage donc), Poupée Russe marque l'improbable retour en force de Natasha Lyonne, qui avait complètement disparu des radars après un prometteur début de carrière il y a une vingtaine d'années, quand Woody Allen la fit débuter dans Tout le monde dit I love you (1996). Elle s'était ensuite investie dans des productions indés puis la saga American Pie.

En initiant ce projet, Lyonne s'est taillée un rôle en or, sur-mesure : sa gouaille, son débit de mitraillette, son allure qui évoque la Rebelle de Pixar avec un caractère de geek sarcastique, est une vraie tornade. Elle est irrésistible puis touchante. Sa prestation est aussi remarquable que celle de Rachel Brosnahan l'an dernier dans The Marvelous Mrs. Maisel (donc elle peut rêver raisonnablement à un futur Emmy award).

Je ne connaissais pas Charles Barnett mais son interprétation d'Alan est aussi formidable. En amoureux obsédé par le contrôle et l'ordre mais terrassé par une déconvenue sentimentale, il joue un parfait contrepoint à l'énergie de Lyonne. Son rôle est plus ingrat dans la mesure où on hésite à le considérer comme une victime ou un gentil couillon trompé par une pimbêche, mais la dignité avec laquelle il s'empare de sa partition force le respect et il existe vraiment face à sa volcanique partenaire.

Les seconds rôles sont également parfaits, parfois plus grossièrement caractérisés mais mémorables aussi pour cela (Jeremy Bob, John Reyes et Elizabeth Ashley sortent du lot, et la présence lors des deux derniers épisodes, dans des flash-backs de Chloë Sevigny, est un sympathique bonus).

Portée par une bande-son entêtante à souhait et une réalisation fluide et sans fioritures, Poupée Russe s'apprécie comme les matriochkas auxquelles elle se réfère : inattendue, imprévisible, passionnante.